“LUCIDITÉ” : Lettre ASAF du mois de février 2021

LUCIDITÉ” : Lettre ASAF du mois de février 2021

Un an après son irruption en Occident, la Covid-19 continue d’occuper le devant de la scène politique et médiatique, au point que nous courons le risque d’en oublier que la marche du monde ne se réduit pas à la question sanitaire, fût-elle jugée essentielle dans nos sociétés vieillissantes et fuyant la mort à mesure que la longévité humaine augmente.

"LUCIDITÉ" : Lettre ASAF du mois de février 2021

Un an après son irruption en Occident, la Covid-19 continue d’occuper le devant de la scène politique et médiatique, au point que nous courons le risque d’en oublier que la marche du monde ne se réduit pas à la question sanitaire, fût-elle jugée essentielle dans nos sociétés vieillissantes et fuyant la mort à mesure que la longévité humaine augmente

Aussi, pour éviter une lecture étroite, réductrice et, in fine, dangereuse de l’actualité, il n’est pas inutile de se remémorer le conseil que donnait Charles Péguy, en 1910, dans Notre jeunesse : « Il faut toujours dire ce que l’on voit, surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ».

C’est muni de cette recommandation qu’il y a lieu de lire attentivement le document d’actualisation de l’analyse stratégique présenté le 21 janvier dernier par la ministre des Armées. Cet exercice met en lumière les profondes évolutions apparues depuis 2017 et qui, conjuguées, aboutissent à un dangereux délitement de l’ordre international en lieu et place des espoirs placés dans un univers coopératif et solidaire ou dans les vertus pacifiantes du marché.

Aussi la réalité qu’il importe de voir et de méditer est celle-ci :

  • accroissement de la compétition entre grandes puissances (en huit ans la Chine a doublé son budget de Défense tandis que celui des États-Unis atteint aujourd’hui 720 milliards de dollars, celui de la France étant de 39,2 milliards d’euros – soit 47,3 milliards de dollars – en 2021) ;
  • existence de stratégies hybrides combinant actions militaires et non militaires tout en demeurant à distance du conflit ouvert ;
  • affirmation de puissances régionales comme la Turquie ou l’Iran ;
  • aggravation des risques de prolifération nucléaire au Moyen-Orient et en Asie ;
  • ruptures technologiques dans le domaine du numérique et du spatial.

Partant de ce constat le ministère des Armées n’hésite pas à évoquer le risque de déclassement stratégique de l’Europe et de la France ; en contrepoint, il souligne l’effort de notre pays pour, via la Loi de programmation militaire 2019-2025, remonter en puissance nos forces. Celles-ci, grâce à la régénération nécessitée par des décennies de vaches maigres budgétaires et à l’adaptation aux nouveaux enjeux technologiques, devraient satisfaire à l’Ambition 2030, étape à franchir pour être efficaces à cet horizon sur l’ensemble du spectre des conflits possibles.

Quoique la période en soit achevée, formulons des vœux pour que ces ambitions, dont la réalisation conditionne non seulement le rang mais peut-être la survie de la France, soient traduites dans la durée, ce qui supposerait une véritable rupture avec des pratiques très anciennes résultant, qui sait, d’une vision insuffisamment tragique de l’Histoire…

On peut d’ailleurs se demander si cela n’est pas ce type de regard trop superficiel sur la nature de l’Histoire qui anime la Cour de Justice de la Communauté européenne. En effet, le 28 janvier dernier, à l’issue d’une affaire concernant l’armée slovène, elle a considéré, en écartant les arguments de spécificité absolue des militaires, que ceux-ci relevaient en principe, comme tous les travailleurs, du champ d’application de deux directives européennes (2003/88/CE et 89/391/CEE) relatives au temps de travail et à son aménagement et à la sécurité et à la santé des travailleurs, et qu’ils n’en étaient exclus que pour certaines activités spécifiques liées directement aux opérations et à l’entraînement.

Ce raisonnement, que d’aucuns apprécieront comme traduisant la recherche d’une voie moyenne entre les impératifs de sécurité et les droits individuels, nous apparaît irrecevable pour plusieurs raisons : d’une part il y va de la sécurité nationale qui est de la seule responsabilité des États membres,  d’autre part, l’application de ces directives affaiblirait le principe même de disponibilité, élément central du statut militaire et à ce titre emportant de nombreuses conséquences directes et indirectes favorables du point de vue de la condition du personnel et enfin il introduirait des complications de gestion et des surcoûts ( besoins en effectifs) dont une armée tournée vers les opérations et contrainte financièrement – comme l’est l’armée française –  n’a nul besoin.

Souhaitons vivement que la France reste ferme sur la position qu’elle tient sur ce sujet depuis 2014 ; si tel n’était pas le cas il y aurait quelque contradiction gravement fautive entre les principales conclusions de l’actualisation stratégique et la banalisation du métier militaire…

La RÉDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr

Expérimentation – Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

Expérimentation – Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

Mars attaque – paru le 12 févrieer 2021

http://mars-attaque.blogspot.com/2021/02/reserves-armee-de-terre-vision-strategique-defense-operationelle-territoire-reservistes-territoire-national.html

Faut-il des batteries d’artillerie, des escadrons de transport logistiques, des escadrons de reconnaissance et d’investigation armés par des réservistes ?“, s’interrogeait le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Thierry Burkhard, lors d’une audition parlementaire en juin 2020. “Il faut prendre le temps de la réflexion avec le ministère et avec vous“, ajoutait-il ensuite. Si une réponse définitive ne semble pas avoir encore été apportée à la question, des expérimentations sont menées pour éclairer les choix.

Amener la réserve “à maturité“, pour disposer d’ “une masse de réserve”

Dans la Vision stratégique “Supériorité opérationnelle 2030” de l’armée de Terre dévoilée fin 2020, il est indiqué que : “L’armée de Terre doit disposer d’une réserve opérationnelle massive et engagée, sur laquelle repose davantage la contribution terrestre aux missions de protection du territoire national“. Un peu plus loin, parmi les 12 projets principaux dévoilés dans le document d’orientation, le n°2 (dans la catégorie “Des hommes à la hauteur des chocs futurs“), précise les axes de l’ambition opérationnelle pour la réserve (“qui nécessite une rénovation profonde“) :
  • Une masse de manœuvre plus nombreuse, plus autonome, mieux territorialisée ;
  • Une offre d’engagement mieux adaptée à la variété des modes de vie (urbains/ruraux, étudiants/vie active, mobilité géographique) ;
  • Une ambition haute : être apte à couvrir si nécessaire le contrat opérationnel “territoire national” et à s’engager à terme au-delà de la fonction protection“.

Dans des auditions parlementaires qui suivirent la publication (notamment en juin 2020), le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Thierry Burkhard, a précisé l’état de la réflexion sur le sujet du rôle envisageable pour les réserves : “soit la maintenir dans des missions de sécurisation du territoire, soit lui demander de faire quelque chose du type de la défense opérationnelle du territoire – ce qui nécessiterait de la former à d’autres missions, comme se battre contre un ennemi infiltré, des parachutistes, par exemple, ou défendre des points sensibles – soit être intégrée pour partie dans la relève des unités engagées dans un combat de haute intensité. […] Mais si des unités de réservistes devaient être engagées en opération en haute intensité, il faudrait les former et les équiper comme des soldats d’active, ce qui devrait être pris en compte dans la Loi de Programmation Militaire (LPM) suivante. Pour l’heure, la LPM actuelle ne le prévoit pas“. Ayant rappelé en préambule que : “Faute de moyens suffisants, il convient d’agir successivement. L’objectif à court terme est la remontée en puissance de l’armée d’active et c’est là-dessus que je fais porter mon effort. Dans cet intervalle, le meilleur appui que puisse m’apporter la réserve, c’est de continuer à fonctionner durant deux à trois ans en remplissant avec l’armée d’active les mêmes missions qu’aujourd’hui. Ce délai permettra de réfléchir au rôle qu’elle sera amenée à jouer dans un conflit de haute intensité“.

 

Il précisait ensuite dans une autre enceinte : “Nous ferons des propositions. Nous pouvons ne rien changer, avec une réserve maintenue dans un rôle de protection, et une formation militaire assez basique. Au contraire, nous pouvons souhaiter qu’elle s’engage plus avant. Nous reviendrions alors à des missions comparables à celles de la Défense opérationnelle du territoire (DOT), avec des régiments plus équipés et mieux entrainés. Enfin, nous pouvons envisager que dans la haute intensité, la réserve, au moins en partie, soit un complément à l’armée d’active. Cela impliquerait un effort budgétaire particulier dans la future LPM. La création d’une éventuelle batterie d’artillerie de réservistes exigerait par exemple des canons, des obus pour s’entraîner, et des formations spécifiques“. Une réflexion qui s’appuiera sur des expérimentations actuellement menées, qui permettent de tirer des enseignements, peser les avantages, les opportunités, les contraintes et les coûts.

 

Parallèlement, le document conceptuel Action terrestre future (ATF) retenait “la masse” parmi les 8 facteurs de supériorité opérationnelle (FSO) du combat aéroterrestre : “Au-delà du seul rapport de force, la masse se comprend comme la capacité à générer et entretenir les volumes de forces suffisants pour produire des effets de décision stratégique dans la durée, prenant en compte les impératifs dictés par le cadre espace/temps spécifique à chaque opération“. 

Explorer la voie de blinder la réserve

L’expérimentation actuelle menée par le 6ème escadron du 501ème régiment de chars de combat (RCC) de Mourmelon-le-Grand (rattaché à la 2ème brigade blindé (BB) d’Illkirch), avec la mise sur pied depuis l’année dernière d’une patrouille sur blindés légers de type VBL, est à ce titre particulièrement illustratif. Unité d’intervention de réserve (UIR) des “As de Champagne“, l’escadron (ex 5ème escadron depuis sa recréation en 1997 et jusqu’à la réorganisation des régiments dotés de chars Leclerc et l’ajout d’un escadron supplémentaire de reconnaissance) poursuit en 2021 l’expérimentation : après la patrouille aujourd’hui formée, il devrait être formé un peloton de recherche et d’investigation (PRI) pour fin 2021, avant la bascule en 2022 en escadron de recherche et d’investigation de réserve.

 

 

L’escadron de réserve du 501ème RCC reprend les traditions du 21ème bataillon de chars de combat (BCC). Son insigne intègre la Croix de Lorraine argentée rappelant les origines de son régiment de base (le 507e régiment de chars de combat, ayant tenu garnison à Montigny-lès-Metz), couvrant le heaume et les canons croisés de l’arme de la Cavalerie, et surmontant la devise de ce bataillon “Je passe”, avec un écu de 3 chiffres 7 (anagramme pour 21).

L’escadron est constitué à ce jour de trois pelotons de combat (la patrouille formée étant au sein du 1er peloton), d’un peloton d’instruction et d’un peloton de commandement et de logistique, avec environ 180 réservistes sous contrat (avec une forte montée en puissance (puisque comptant environ 130 réservistes fin 2019). Depuis 2020, au sein de son 1er peloton, est donc lancée une expérimentation de patrouille sur VBL. Pour cela, plusieurs formations collectives et individuelles ont eu lieu, comme des formations d’adaptation complémentaire qualifiante (FACQ) pour les adjoints de patrouille (brigadiers ou brigadiers chefs), avec des camarades d’active en juillet 2020. Ainsi que des exercices en terrain libre ou des exercices lors de rotations d’unités d’active au Centre d’entrainement au combat (CENTAC) à Mailly-le-Camp. Suite à cette première étape, jugée concluante, la décision a été prise de transformer progressivement cet escadron blindé de réserve (EBR) en escadron porté pour constituer un escadron de recherche et d’investigation de réserve, apte à mettre en œuvre des modes d’action et employer des matériels jusque-là réservés à des unités d’active.

Les défis à relever et les points à explorer sont nombreux en termes de formations et de qualifications individuelles ou collectives (pilote, tireur, maintenancier…), de rétention des réservistes et évitement d’une trop forte déperdition, intégration de militaires d’active (ayant l’avantage d’être déjà en partie formés) en fin de contrat (et donc l’éventuel lien avec la réserve opérationnelle de second niveau (RO2), composée des ex-militaires d’active, soumis à l’obligation de disponibilité pendant les 5 années suivant leur départ de l’armée de Terre), poursuite des autres activités (renforts de service au régiment, opérations Sentinelle ou Cuirasse, etc.) en parallèle de la montée en compétences, disponibilité des véhicules et équipements en nombre suffisant, gestion des priorités active/réserve, gestion des délai, alertes et réactivité, etc. Une bascule pour le moment relativement inédite au sein de l’armée de Terre, allant de pair avec une montée en compétences des ressources internes de l’escadron (moniteurs / instructeurs qualifiés) pour gagner en autonomie. Mais une bascule qui, si elle se révélait pertinente, pourrait en amener d’autres, par exemple, au niveau des batteries de réserve des régiments d’artillerie pour le service de pièces de mortiers, des compagnies de réserve des régiments d’infanterie pour du combat embarqué sous blindage, etc.

 

 

Combinaison de tankiste et béret noir à larges bords de tradition pour les chefs de corps montant et descendant du 501ème RCC. Porté depuis 1917, le béret noir n’est officiellement reconnu qu’en août 1919. Le général Estienne, premier directeur de “l’artillerie spéciale” (puis de “l’artillerie d’assaut” et enfin de “la cavalerie blindée”), voulait reconnaitre l’artilleur spécial ou le tankiste au premier coup d’œil, et dota ses équipages de bérets noirs brochés de la bombarde (“la puissance de l’artillerie avec la rapidité de la cavalerie”). 

MAJ : Du côté du 3ème régiment d’artillerie de Marine (RAMa) de Canjuers, la 5ème batterie de réserve monte également en gamme depuis l’année dernière, avec des périodes de service des pièces de mortiers de 120 mm Rayé Tracté.

 

 

Vers une DOT 2dot0 ?

Le cadre d’emploi possible et probable est un champ encore largement ouvert. Il sera, par exemple, apte à participer, notamment, à la Défense Opérationnelle du Territoire (DOT), conception datant de 1962. Selon le code de la défense (version du 16 novembre 2020), “La DOT, en liaison avec les autres formes de la défense militaire et avec la défense civile, concourt au maintien de la liberté et de la continuité d’action du Gouvernement, ainsi qu’à la sauvegarde des organes essentiels à la défense de la nation. Les autorités militaires auxquelles incombe son exécution ont pour mission :

  1. En tout temps, de participer à la protection des installations militaires et, en priorité, de celles de la force nucléaire stratégique ;
  2. En présence d’une menace extérieure reconnue par le conseil de défense et de sécurité nationale ou d’une agression […], d’assurer au sol la couverture générale du territoire national et de s’opposer aux actions ennemies à l’intérieur de ce territoire ;
  3. En cas d’invasion, de mener les opérations de résistance militaire qui, avec les autres formes de lutte, marquent la volonté nationale de refuser la loi de l’ennemi et de l’éliminer“.

Il s’agira de juger de la pertinence de faire de la réserve opérationnelle un apport d’Ultima ratio de la Nation en assurant la défense militaire du territoire, contribution différente en ambition du niveau d’emploi moyen actuel de 1.000 réservistes par jour participant aux opérations Sentinelle (protection du territoire), Cuirasse (protection des emprises militaires) et Résilience (crise sanitaire du Covid-19). Un emploi aujourd’hui en défense civile, c’est-à-dire un engagement sur la base d’une réquisition émise par l’autorité civile pour intervenir en appui des forces de sécurité intérieure ou des forces de sécurité civile. Une contribution majoritairement à des missions de protection, notamment dans la posture interarmées dite de posture de protection terrestre (PPT) qui recouvre l’ensemble des dispositions permanentes ou conjoncturelles prises par les armées dans le cadre de la fonction stratégique “protection” pour le milieu terrestre, et qui permet notamment de réagir en cas de crise majeure sur le territoire national (TN), en métropole et outre-mer. La participation des réservistes opérationnels représente à ce jour en moyenne 10% de l’engagement TN de l’armée de Terre (jusqu’à 20% en période estivale), engagement s’inscrivant dans la durée, avec des exigences fortes en termes de préparation opérationnelle. Les réflexions menées à ce jour consisteraient à dépasser la recherche d’une simple hausse des effectifs, en bâtissant une force de réserve plus agile, pouvant aller jusqu’à être capable d’un engagement opérationnel massif sur court préavis. A ce titre, le volet “réserves” de l’exercice Orion de niveau division prévu en 2023 (cf. article précédent à ce sujet) sera également un révélateur du niveau d’ambition.

 

Un axe majeur pour le commandement Terre pour le Territoire National (COMTN), créé officiellement en octobre 2017, l’un des 12 commandements divisionnaires du modèle d’armée de Terre “Au contact“. Ce récent état-major a pour ambition d’incarner “le rééquilibrage stratégique de l’armée de Terre” au profit de la protection du territoire national décidé notamment par les précédents chef d’état-major des armées et chef d’état-major de l’armée de Terre, notamment au travers de la posture de protection terrestre (PPT) : “de la défense de l’avant à la protection des Français sur le territoire national“. Le COMTN œuvrant à ce que l’armée de Terre soit “organisée, acculturée et préparée à un engagement sur le TN“, en se dotant d’une capacité d’anticipation et de transformation pour répondre au mieux aux exigences d’une crise majeure affectant la métropole comme les Outre-mer. Le COMTN est ainsi le réfèrent pour la réserve opérationnelle de l’armée de Terre (le Délégué aux réserves de l’armée de Terre, étant l’adjoint du COMTN), et participe à l’évolution de la réserve. Et pas uniquement en volume, même si des résultats ont été obtenus au cours des dernières années. Au 31 décembre 2019, 41.047 personnes avaient intégré la réserve opérationnelle de premier niveau, contre environ 26.000 en 2016, dont 24.885 pour l’armée de Terre (avec environ 41,6 jours/hommes réalisés). Ils étaient, fin 2018, 22.728 réservistes au sein de l’armée de Terre (et 38.529 au total), selon les Chiffres clés de la Défense. En parallèle, le budget des réserves (interarmées et interservices) est passé de 70 millions d’€ en 2016 à 170 millions d’€ en 2020.

Équilibre intervention / spécialisation

Dans le cadre du projet Réserve 2019 qui, en 2017, rénovait l’emploi des réservistes pour répondre aux besoins des armées face aux enjeux sécuritaires (et qui pourrait mériter d’être mis à jour avec les réflexions en cours), un des axes d’efforts portait sur les Unités Spécialisées de Réserve (USR), réparties notamment dans les régiments de Génie, du Train ou dans d’autres unités aux compétences particulières (par exemple : lutte nucléaire, radiologique, biologique ou chimique (NRBC), transit maritime, ou maintenance). A leur niveau, ces USR partagent des missions similaires à celles des unités d’active au sein de leur régiment d’appartenance, par exemple : travaux de chantier ou franchissement pour les USR des régiments du Génie, circulation ou transport routier pour les USR des régiments du Train, etc. A ce jour, l’armée de Terre en compte 16.

 

Ainsi, la 25ème compagnie de franchissement de réserve (CFR) du 6ème régiment du génie (RG) d’Angers, constitué d’une centaine de personnels, maitrise la mise en œuvre du pont flottant motorisé (PFM). Elle doit aussi être capable d’intervenir au profit de la population (dispositif Orsec) en cas de catastrophe naturelle ou d’inondation majeure (plan Neptune). Pour monter en compétences, elle renforcera la 23ème compagnie d’appui amphibie et de franchissement (CAAF) du 6ème RG pour des exercices interalliés en Belgique ou en Italie. Au sein du 19ème régiment du génie (RG) de Besançon, régiment d’appui de la 1ère division pour l’appui Génie au combat et l’appui au déploiement, la 53ème compagnie spécialisée de réserve, forte de 150 réservistes, est l’une des deux compagnies de réserve du régiment (en plus d’une UIR plus classique). En plus de l’entraînement et du développement des compétences militaires de base, elle est l’unique compagnie de réserve spécialisée dans les travaux de création/rénovation de routes civiles et militaires, création/rénovation de bâtiments, d’ouvrages et d’infrastructures (postes de combat, FOBs…), création/rénovation de voies ferrées, etc. Pour cela, elle est composée de 5 sections ayant chacune leurs spécificités : 1 section commandement, 1 section Route, 1 section ADL (Aide au Déploiement Lourd), 1 section VF (Voie Ferrée), 1 section Ouvrage, et 1 section Instruction (notamment pour les qualifications sur les engins bien particuliers). Les questions logistiques s’étant relevées prégnantes dans l’opération Résilience, l’apport de escadrons de circulation et d’escorte de réserve (ECE-Rés) de régiments du Train, comme au 503ème régiment du Train (RT) de Nimes ou 511ème RT d’Auxonne, sont également des sujets d’intérêts dès lors qu’ils sont convenablement dotés en véhicules (camions / moyens de chargement-déchargement, notamment).

Comme les autres unités de réserve, ces unités au format ProTerre ont pour vocation d’intervenir en cas de crise ou de catastrophe naturelle survenant sur le territoire national. Elles sont en mesure de remplir des missions d’aide à la population, d’appui à la sécurité générale et de protection de points d’intérêts vitaux. Pour les 86 autres unités élémentaires d’intervention (dont 4 appartenant au 24ème régiment d’Infanterie, unique régiment de réserve de l’armée de Terre) de type Proterre, pour “PROjection pour accomplir des missions principalement de PROtection, de PROfessionnels de l’armée de TERRE“, capables de renforcer toute unité pour des missions de sécurisation d’emprise ou du territoire national, les réflexions sont donc aussi ouvertes. En les rapprochant des spécificités de leur régiment d’appartenance, ou dans le cadre d’une plus forte spécialisation (logistique, maintenance, renseignement…). Sans forcément révolutionner les procédés génériques (escorte, patrouiller…) maitrisés dans le cadre des Missions Communes à l’Armée de Terre (MICAT) misent en œuvre : Surveiller, Soutenir, Boucler une zone, Tenir et Interdire. Un avenir à écrire pour la réserve opérationnelle de l’armée de Terre, 2nde composante, en termes d’effectifs, de la Garde nationale.

Un entretien pour que MGCS puisse passer la seconde

Un entretien pour que MGCS puisse passer la seconde



Les ministres de la Défense de France et d’Allemagne s’entretiendront demain [reprogrammé au jeudi 18/02 selon l’agenda ministériel] par téléphone, dans la foulée du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS) du 5 février. Pour les deux ministres, il s’agira de progresser dans la réalisation des programmes industriels binationaux, à commencer par le système de combat terrestre principal (MGCS).

Une nouvelle étape franchie d’ici peu

Le ton avait été donné par la ministre des Armées, Florence Parly, fin janvier lors de ses vœux aux armées : que ce soit pour MGCS, piloté par l’Allemagne, ou pour le système de combat aérien du futur (SCAF), confié à la France, « l’objectif est de pouvoir contractualiser la phase suivante de ces projets au plus tard mi-2021. Les mois à venir seront décisifs, je compte sur l’engagement de toutes les personnes impliquées pour y parvenir. L’Histoire nous regarde. »

Un échéancier ambitieux, reprécisé deux semaines plus tard par le président Emmanuel Macron à l’issue du CFADS. « Nous sommes confiants que dans les 15 prochains jours, nous pourrons marquer une nouvelle étape », déclarait-il le 5 février.

« Cet échange téléphonique sera l’occasion pour les deux ministres de maintenir cette impulsion et de faire en sorte que les résultats demandés par les chefs soient à la hauteur et à la date dite », soulignait ce jeudi le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean. Soit, des résultats attendus d’ici la fin de la semaine prochaine et qui permettront à chaque programme d’enclencher la seconde et de se sanctuariser davantage.

Passer la seconde avant l’été

Si les mois à venir s’annoncent si déterminants pour MGCS, c’est parce qu’ils préludent au franchissement d’un jalon majeur dans la phase dite de « démonstration technologique » (TDP). Les premiers travaux d’architecture système (SADS 1) avaient été confiés en mai 2020 au consortium (ARGE) formé par Nexter, Rheinmetall et KMW, avec un premier jalon contractuel atteint en août 2020.

Financé à hauteur de 30 M€, le marché SADS 1 livrera ses premiers résultats cette année. Cette étude durera entre 18 et 20 mois et s’achèvera donc à l’horizon 2022. Elle laissera place à une nouvelle phase (SADS 2), que la France et l’Allemagne prévoient d’alimenter à hauteur de 200 M€ répartis à parts égales entre les deux pays. Cette enveloppe soutiendra la réalisation de 14 « Main Technological Demonstrators » (MTD, démonstrateurs d’équipements majeurs).

Une fois conclus les arbitrages industriels, encore faudra-t-il décrocher l’aval du parlement allemand, indispensable pour tout programme d’armement supérieur à 25 M€. Conformément au souhait de Mme Parly, tout l’enjeu sera d’obtenir ce feu vert suffisamment tôt que pour pouvoir finaliser la notification des contrats avant la fin de la session parlementaire allemande, en juin prochain.

La population allemande étant appelée aux urnes en septembre pour les élections fédérales, l’absence de contractualisation avant l’été engendrerait en effet un retard conséquent dans le processus de décision politique, voire une paralysie potentiellement fatale. Et cela, sans compter l’immobilisme que pourraient engendrer les élections présidentielles françaises d’avril 2022.

Les industriels allemands dans les starting-blocks

Un alignement rapide des planètes, synonyme d’ambitions et de financements à la hausse, permettra au trio industriel de changer d’échelle et d’ouvrir davantage le champ aux filières nationales. Côté français, seul Thales a jusqu’à présent été mandaté pour l’intégration de MGCS au sein de la bulle Scorpion.

Confortés par le leadership allemand, les industriels d’outre-Rhin ont ouvertement commencé à se positionner en vue de l’élaboration de certaines briques. La dernière sortie en date provient d’Hensoldt, entreprise de défense spécialisée dans les capteurs et détenue minoritairement par le ministère de la Défense allemand depuis décembre dernier.

La « vision » promue par Hensoldt, dont le responsable France occupe un siège au comité exécutif, s’appuie principalement sur la fusion multi-senseurs et les réseaux de capteurs. Selon l’entreprise, un tel réseau reliant les différentes plateformes de MGCS et soutenu par une intelligence artificielle constituerait une rupture en matière de reconnaissance, d’acquisition de cible et de transfert de données.

Un autre, Diehl Defence, lorgne sur le volet protection. Dès l’an dernier, cette filiale du groupe Diehl axée sur les missiles et munitions, avançait son système de protection active AVePS (Active Vehicule Protection System) et l’intégration de contre-mesures passives multispectrales. Enfin, la filiale allemande du missilier européen MBDA, par la voix de son PDG Thomas Gottschild, a d’emblée considéré MGCS comme un programme essentiel à sa stratégie de développement.

Mort des maths : Une menace pour la démocratie

Mort des maths : Une menace pour la démocratie

“L’érosion très rapide du niveau de maths de notre pays constitue une menace réelle pour notre démocratie.”
© dpa Picture-Alliance via AFP

Par Philippe ManièreMarianne Cet article est issu du n° 1244 p.59 – Parution le 14 janvier 2021

https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/mort-des-maths-morts-de-la-democratie

 

Un peuple qui n’a plus la capacité de distinguer les ordres de grandeur ou de faire une règle de trois ne peut pas comprendre les grands enjeux contemporains et s’expose à toutes les manipulations.

Voilà près de trois ans, Luc Ferry et Cédric Villani s’étaient engagés, par plateaux télé interposés, dans une drôle de dispute sur l’utilité réelle des mathématiques dans la vie de tous les jours. Au-delà du distinguo théorique entre argumentation et démonstration qui ressortait de ce débat au sommet, la question n’est pas sans importance opérationnelle pour le pays : confirmant la déculottée annuelle de Pisa, une étude de l’IEA (Association internationale pour l’évaluation de la réussite scolaire) vient de nouveau de montrer l’étendue du naufrage. En 2019, nos élèves de 4e sont, en moyenne, revenus au niveau de connaissance de la 5e de 1995. Et seuls 2 % d’entre eux ont, au niveau international, un niveau « avancé » – 25 fois moins que les petits Singapouriens du même âge ! Est-ce grave ?

”Des cours de “stats” permettent d’apercevoir les bienfaits d’un vaccin – encore faut-il avoir bénéficié des uns pour désirer l’autre.”

La question est généralement abordée du point de vue économique et géopolitique. À juste titre: la France fut longtemps un pays d’excellence scientifique et de performance technologique, il est peu probable que ce qui lui reste de cet avantage comparatif majeur subsiste si ce qui en est l’indispensable base, la compétence mathématique, n’est plus acquis par une part suffisante de sa population. De la Silicon Valley à la City (lieux d’excellence où brillent d’ailleurs nombre de cracks français), en passant par la Corée du Sud, ou même par l’Allemagne et la Suisse, on voit aujourd’hui le bénéfice que tout un pays peut tirer, en puissance économique et en rayonnement international, de cet atout majeur tant qu’il est conservé. Et l’on tremble a contrario pour une France qui s’effacerait complètement de ce paysage.

Très mauvais calcul

Mais il y a une autre raison, plus importante encore si cela est possible, de déplorer la chute de notre niveau de maths : celui-ci a un lien direct avec la capacité civique. Il ne s’agit nullement ici de subordonner le droit de vote à la compréhension des fractales ou de l’intégrale double ! Mais le minimum d’esprit mathématique, principalement au sens du « calcul » d’antan, est indispensable à une participation éclairée au débat public moderne. Si l’on ne maîtrise pas la règle de trois, si l’on ne se figure pas ce que sont des intérêts capitalisés, si l’on ne distingue pas les ordres de grandeur, alors on n’est pas équipé pour comprendre le problème des retraites ni celui de la dette, on se représente mal l’importance du décollage de la Chine, on ne voit pas pourquoi deux années de croissance à 3 % ne compensent pas une récession de 6 %. On passe à côté des grands enjeux contemporains.

Pis : on est vulnérable à toutes les manipulations, et la proie de tous les complotismes.

Quelques heures de statistiques suffisent pour rapporter l’importance d’un fait divers à son caractère significatif ou non, mais beaucoup n’ont pas cette capacité. Les « stats » permettent aussi d’apercevoir les bienfaits d’un vaccin – encore faut-il avoir bénéficié des unes pour désirer l’autre. Un peu d’algèbre suffit à comprendre que si la France réduit moins que d’autres ses émissions de CO2, c’est d’abord parce qu’elle en produit déjà très peu – mais il faut pour cela avoir été familiarisé avec ce qu’est un effet de base. Tout est à l’avenant.

L’érosion très rapide du niveau de maths de notre pays constitue une menace réelle pour notre démocratie.

 

Remise du fanion à la Préparation militaire Marine

Remise du fanion à la Préparation militaire Marine

par le Lieutenant-colonel (h) Jean-Marc Noegelen – publié le 13 février 2021

Enfin, une cérémonie ouverte aux associations patriotiques le 30 janvier dernier à Saint Laurent d’Aigouze où la promotion P.M.M. 2020-2021 recevait le fanion.

A l’initiative de l’EV1 ® Paul Badre, initiative  fort bien accueillie par monsieur le maire Thierry Féline, la traditionnelle cérémonie eut lieu dans les arènes de la ville sous un ciel menaçant et avec une forte participation.

C’est ainsi que 24 stagiaires reçurent le fanion, symbole de la cohésion et de la solidarité de ses membres.

A l’issue d’une revue du dispositif, la promotion a été baptisée « Georges Cornu », maître compétent et sérieux qui a servi la Marine nationale durant de longues années.

Les stagiaires ont été accueillis par monsieur le maire, les membres du conseil municipal, le président de Terre Camargue Robert Crauste, le maire honoraire René Audemard, les sénateurs Vivette Lopez et Laurent Burgoa, et le député Nicolas Meizonnet.

Assistaient à la cérémonie les représentants du conseil municipal des jeunes, les délégations des armées et anciens combattants dont le président d’honneur de l’ADORAC Pierre Longobardi et le président, les porte drapeaux des associations patriotiques, les familles des stagiaires et la population de Saint Laurent d’Aigouze.

Le fanion fut remis solennellement par le LV Fabrice Gouezou, représentant le contre-amiral commandant la Marine nationale de Marseille.

Une remise de lettre de félicitations a été effectuée au profit de Thyffaine Vandenstraetten, matelot de 1ère classe, instructeur de la P.M.M., pour son exemplarité et sa participation active à la campagne J.N.R. 2020.

Une belle cérémonie gage de continuité du service à la patrie.

 

 

Biographie du parrain PMM 2020-2021 Maître Georges Cornu

Georges Cornu est né le 10 mars 1932 à Macon. Il choisit de s’engager à 17 ans dans la Marine nationale en juillet 1949. Après le Centre de formation maritime de Mimizan, il rejoint l’Ecole de manœuvre à Bret sur le « Tourville ». Matelot gabier, il se porte volontaire pour l’Indochine en juillet 19590 où il est affecté sur les engins d’assaut maritime des flottilles amphibies au Tonkin. Remarqué par sa combativité et ses qualités de pilote, il effectue en Cochinchine le cours accéléré de fusilier-marin commando. Il va ainsi servir au sein des commandos « Crève Cœur », « François » et « De Montfort ». Il participe pendant deux campagnes, soit près de cinq années dont six mois en baie  d’Ha Long, à de multiples opérations pour lesquelles il reçoit deux citations comportant l’attribution de la Crois de guerre TOE avec étoiles de bronze.

De retour en France en janvier 1955, George Cornu est affecté comme pilote aux Forces maritimes du Rhin et navigue en patrouille sur le fleuve comme chef d’embarcation. En janvier 1958, il embarque sur le destroyer « Somali » qu’il quittera en en juin 1959 pour rejoindre les opérations en Afrique du nord. Dans un premier temps au Maroc, il participe à la protection défense de l’unité marine Casablanca puis de la Base d’aéronautique navale de Port Lyautey sous les ordres du CC Langlet dit « Le Crabe tambour ». De juin 1961 à juin 1963, sur la Base d’aéronautique navale de Lartigue en Algérie près d’Oran, il assure cette même mission jusqu’à son retour en France. Par décret du 07 juillet 1964, la Médaille militaire est concédée à Georges Cornu.

En métropole, il est muté sur la Base d’aéronautique navale de Nîmes-Garons. Le maître Georges Cornu quitte l’uniforme le 1er décembre 1966 totalisant près de 18 ans de service actif. Il intègre au même lieu le contingent civil de la base en tant qu’ouvrier de la base, pour en devenir le responsable. Il dirigera en même temps l’école de conduite pour tout type de véhicule équipant le parc. Il quitte pour la seconde fois la Marine en 1992 après 43 années au sein de l’institution. Il laissera un souvenir indélébile d’un homme compétent, sérieux, disponible, aux valeurs intrinsèques exceptionnelles. Ses pairs et ses supérieurs lui auront assuré estime et respect. Il rejoint rapidement diverses associations patriotiques, maritimes ou autres, car très attaché à la condition militaire et fidèle à son passé. Il sera parmi d’autres prérogatives porte-drapeau départemental des Médaillés militaires du Gard, fonction qu’il assurera durant 25 ans avec dévouement et constance. Le maître Georges Cornu est fait chevalier de la Légion d’honneur le 31 mai 2007 le récompensant de l’ensemble des services rendus à son pays. Il s’éteint le 29 janvier 2017 à l’âge de 85 ans à Nîmes.

Source : EV1 Paul Badre.