La robotique militaire low cost comme outil de nivellement capacitaire ?

La robotique militaire low cost comme outil de nivellement capacitaire ?

 
Par le Sous-lieutenant Dylan Rieutord –  CDEC –

 

Les nouvelles technologies ne sont plus réservées aux pays à la pointe du progrès. Les technologies duales et l’essor des innovations dans le domaine civil, comme l’impression 3D par exemple, font qu’il est très facile de trouver des matériaux peu chers pour se rapprocher de l’effet recherché.

 En assumant toutefois le fossé technologique et donc la différence de performance entre un même produit issu d’un État ayant des ressources et un acteur non étatique ayant des moyens limités, l’innovation technologique se développe à deux vitesses. Les guerres sont un terreau favorable catalysant les recherches technologiques et l’innovation de défense. Il n’est donc pas surprenant de voir le Moyen-Orient en ébullition quant aux technologies employées sur le champ de bataille. S’ils sont parfois rudimentaires, les armements conçus par les acteurs non étatiques sont pensés pour la même utilisation que celle envisagée par les nations. Il arrive même que ces acteurs inventent des modes d’action que les puissances gouvernementales n’avaient pas envisagés. C’est ainsi que l’État islamique a utilisé un drone capable de lancer une grenade[13] sur des soldats français et des combattants kurdes en opération près d’Erbil. La tentative de nivellement capacitaire avec les nations concernant l’utilisation de l’armement développé industriellement est donc bien réelle.

Les groupes armés sont ainsi capables d’utiliser des armes télé-opérées, comme le prouve une vidéo de 2012, publiée sur les réseaux sociaux, où le groupe Jamaat Ansar al-Sunnah montre un chariot sur roulettes muni d’une mitrailleuse avec un viseur laser, le tout relié par câbles jusqu’à un écran [14].

En mai 2013 dans la région d’Idlib, l’armée syrienne libre (ASL) récupère un robot construit par les djihadistes, une sorte de mini char capable d’embarquer plusieurs types d’armes. En juillet 2013, dans la région de Homs, l’ASL publie une nouvelle vidéo où l’on peut voir une mitrailleuse aidée d’une caméra pour l’acquisition de cibles, contrôlée par un joystick de console de jeux et reliée par câbles ; la structure permet à la machine de tourner à 360 degrés ou de déplacer le canon sur un axe vertical[15].

En 2015, les premières images et vidéos de robots utilisées par les Kurdes sont diffusées[16]. A Mossoul, des mitrailleuses télé opérées à bord de pick-up ou fixes sont utilisées[17]. Si chaque camp tente d’innover et de créer, les transferts d’armes résultant des fuites, défaites, vols lors des combats sont courants. Ainsi les Peshmergas ont trouvé à Kirkouk un fusil de précision télé opéré mis au point par l’Etat islamique[18], et le système se révèle être assez moderne. La rotation du canon, son élévation, son déclenchement étaient rendus possibles par les câbles, et une caméra permettait d’affiner la précision de l’image retransmise sur l’ordinateur.

En février 2016, des Unités de mobilisation populaire, une coalition paramilitaire de milices en majorité chiites formée en 2014, appelée aussi Hachd al-Chaabi, témoignent de l’utilisation d’armement similaire[19]. Un de leurs principaux groupes, les Brigades de la Paix (Sarāyā al-Salām), avait déjà mis au point en 2015 deux robots[20], un de combat muni d’une mitrailleuse 12.7mm de type DsHk (mitrailleuse lourde soviétique), l’autre plutôt destiné au déminage, muni d’un bras mécanique et d’une mitrailleuse 7.62mm de type PKM (mitrailleuse Kalachnikov). A la frontière du Kurdistan irakien, les Kurdes ont trouvé un fusil de précision télé opéré appartenant à l’Etat islamique, monté sur une base mobile mais pourvu d’un système limitant le recul, protégée elle-même par des chiens, pendant que l’opérateur était sous terre dans un bunker[21]. 

Toutes ces observations démontrent plusieurs choses. D’une part, que les acteurs se nourrissent les uns des autres en termes de TTPs (tactics, techniques, and procedures). Pour les États comme pour les terroristes, le besoin de pallier la haute intensité du combat urbain et de limiter l’attrition des effectifs est le même. Dès lors, le recours aux supplétifs s’impose, la robotique jouant désormais le rôle de « proxy »[22] dans les guerres d’aujourd’hui. Les retours d’expériences de l’utilisation des robots au Moyen-Orient pourraient être d’un grand intérêt pour nourrir la réflexion doctrinale occidentale, et permettrait d’anticiper sur les formes éventuelles des conflits futurs dans la région et sur la tactique, à l’heure de la robotique.

Les Unités de mobilisation populaires semblent être un des acteurs les plus prolifiques en termes de robots artisanaux. Ceci s’explique par leur expérience du combat avec les robots américains déployés en Irak depuis 2003. Un homme, marqué par ces années, est devenu l’ingénieur de cet arsenal robotisé[23]. Ayant rejoint ces unités, il a mis son expérience et son savoir-faire dans la construction de différents robots pour limiter les pertes alliées. Tous ses robots sont télé opérés, fonctionnent grâce à un joystick et sont gérés par les technologies Bluetooth, Wifi, Android ou par câbles. Ses créations ne se limitent pas simplement à un fusil avec une vision déportée. L’Ashura, le Launch of the Greatest Prophet, le Karar Sniping Base ou bien encore l’Armored Tiger répondent tous à des effets recherchés précis. Si les deux premiers sont de conception assez classique, le Karar Sniping Base est chenillé, et utilise un bras mécanique à commande hydraulique pour tirer les blessés hors du champ de bataille. L’Armored Tiger embarque trois lance-grenades propulsées par fusées. Si les effets opérationnels de ces machines sont à relativiser, la prouesse technique est toutefois louable et leur concept d’utilisation est directement inspiré des combats menés dans ce milieu depuis plus de dix ans. De plus, la construction de ces robots revient entre 1000 et 4000 dollars[24] alors qu’un Packbot, petit robot démineur produit de l’entreprise iRobot, reviendrait à 150 000 dollars[25]. 

Conclusion

La guerre encourageant l’adaptation, le Moyen-Orient est devenu le théâtre d’expérimentation de la guerre robotique pour nombre d’acteurs étatiques aux moyens financiers considérables, mais aussi pour des groupes armés qui ne peuvent compter que sur leur inventivité. Ces derniers ont tiré parti des robots occidentaux détruits ou capturés, pour les analyser et façonner ainsi leur propre doctrine. Par ailleurs, la réflexion sur les utilisations possibles des robots au combat a nettement bénéficié de la typologie même de ces conflits, se déroulant majoritairement en milieu urbain et impliquant des armées aux effectifs limités. Rustiques, rudimentaires, artisanaux, ces robots permettent de faire exploser à distance des engins explosifs improvisés ou autres pièges, permettent de reconnaître un axe, de passer une porte, de franchir un croisement, etc. Devenant des « proxys » pour les belligérants, ils forment un premier rideau défensif ou offensif, permettant à la fois de limiter les pertes humaines amies tout en étant capables de causer la mort de l’ennemi. Le Moyen-Orient représente un laboratoire géant, réceptacle d’une innovation qui n’a de limite que la ressource financière et la créativité.

Cependant, l’Occident dispose de la technologie et des moyens financiers adéquats, mais peine à trouver un concept d’emploi, voire limite volontairement la robotisation de ses armées. D’un autre côté, le Moyen-Orient a des ressources plus limitées mais utilise ces robots en opérations sans prendre le temps parfois d’établir des doctrines précises quant à leur utilisation. La question de la robotisation d’une partie des armées pour limiter les pertes en vies humaines continue donc de se poser.                                             
 

[13] http://www.opex360.com/2017/03/01/attaque-terroriste-avec-drone-ne-pourra-pas-toujours-etre-empechee/, Consulté op.cit.

[14] BUNKER Robert J., KESHARVAZ Alma, Terrorist and Insurgent Teleoperated Sniper Rifles and Machine Guns, FMSO, 2016, 43p.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Ibid.

[18] Ibid.

[19] Ibid.

[20] https://medium.com/war-is-boring/an-iraqi-shi-ite-militia-now-has-ground-combat-robots-68ed69121d21, Consulté le 20 mars 2018.

[21] BUNKER Robert J., KESHARVAZ Alma, Terrorist and Insurgent Teleoperated Sniper Rifles and Machine Guns, FMSO, 2016, 43p.

[22] Dans le domaine informatique, les proxys sont des serveurs relais, des intermédiaires. Dans la guerre d’aujourd’hui, nous pouvons considérer la robotique comme un proxy, à l’origine d’effets sur un espace, protégé par sa condition propre et qui se révèle être une interface de projection et de protection.

[23] https://www.wired.com/2017/02/warbot-builders-middle-east-spill-secrets/, Consulté le 20 mars 2018.

[24] Ibid.

[25] SINGER P., Wired for War : The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century, New-York, Penguin Books, 2009, 512p.

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L’armée de Terre fait face aux difficultés des industriels pour doter ses régiments d’artillerie en obus de précision

L’armée de Terre fait face aux difficultés des industriels pour doter ses régiments d’artillerie en obus de précision

 

http://www.opex360.com/2019/12/22/larmee-de-terre-fait-face-aux-difficultes-des-industriels-pour-doter-ses-regiments-dartillerie-en-obus-de-precision/

Barkhane : Première frappe d’un drone Reaper français lors d’une opération anti-jihadiste

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33+7: 40 membres d’un GAT tués au Mali par Barkhane

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Un premier tir opérationnel pour un Reaper du Belfort ce week-end!


Selon l’EMA, dans la journée du 21 décembre, poursuivant l’action d’opportunité lancée dans la nuit précédente contre un important regroupement de combattants terroristes, l’opération Barkhane a neutralisé 7 terroristes supplémentaires ainsi que mis hors d’état des ressources importantes.

Cette action a été conduite dans la forêt de Ouagadou, zone d’évolution de la Katiba Macina, située à 150 kilomètres au Nord-Ouest de la ville de Mopti.

l’EMA explique que “alors que les commandos engagés dans cette opération procédaient à la fouille de la zone de combat, ceux-ci ont été pris à partie par un groupe de terroristes infiltrés à moto. Œuvrant dans un environnement difficile, dans une région densément boisée, cette action a été rendue possible par l’action des troupes au sol appuyés par la composante aérienne“.

Les tirs ont été délivrés par un drone Reaper et une patrouille de Mirage 2000, a précisé l’EMA qui ajoute que “cette frappe est la première réalisée en opération par un drone armé”.

Au bilan, ce nouveau succès porte à 40 le nombre de terroristes mis hors de combat au cours de la totalité de l’opération, qui a par ailleurs permis la libération de deux gendarmes maliens retenus en otage. En outre, c’est un coup très dur porté aux GAT dans la région avec la neutralisation de plusieurs motos, de véhicules armés et d’un important volume d’armement.

Le 1er RCA, rouage essentiel de la mécanique Scorpion

Le 1er RCA, rouage essentiel de la mécanique Scorpion


Le 1er RCA, rouage essentiel de la mécanique Scorpion_001


Entre les premières formations Griffon prodiguées au 3e RIMa et les phases de réception et de vérification des nouveaux véhicules, le 1er régiment de chasseurs d’Afrique (1er RCA) de Canjuers (Var) est désormais solidement ancré au coeur de la mécanique Scorpion. Retour sur les missions essentielles d’un régiment encore trop peu médiatisé en compagnie du lieutenant-colonel Marc, commandant du Centre de formation et de perception interarmes (CFPIA) du 1er RCA.

 

FOB : Quel sera le rôle des chasseurs d’Afrique au sein du programme Scorpion ?

LCL Marc : Le 1er RCA a été désigné comme centre de formation et de perception unique pour les matériels Scorpion, à commencer par les Griffon et Jaguar. En tant que tel, le 1er RCA réalise une mission d’appui au sein des forces terrestres, sachant que cette mission recouvre deux aspects. Un premier aspect qui est assez technique et consiste en la réception des engins livrés par l’industriel, leur vérification en bon fonctionnement et puis, ensuite, la perception par les régiments, qui est réalisée ici à Canjuers, et la livraison dans les garnisons.

Le deuxième aspect est celui de la formation, qui est aussi réalisé ici. S’agissant du Griffon, le régiment forme les instructeurs régimentaires et les aides-moniteurs pilotes. Cette population va ensuite former le reste des équipages au sein des régiments. Nous sommes dans un principe de formation semi-décentralisée. Pour réaliser cette mission, le 1er RCA a lui-même suivi des primo-formations dispensées par l’industriel, qui ont été réalisées pour partie à la Courtine et pour partie à Canjuers. Nous nous sommes par la suite appropriés ces connaissances et compétences, ce qui nous a permis de construire notre propre contenu de formation, dispensé aujourd’hui pour la première fois au profit du 3e régiment d’infanterie de marine [3e RIMa].

Pour le régiment, il s’agit finalement d’une mission assez naturelle, car historique. Former les pilotes et tireurs de l’infanterie et de la cavalerie est une des missions « cœur de métier » du régiment depuis sa recréation ici à Canjuers. Nous avons tout d’abord bénéficié d’un effort en ressources humaines. Une dizaine de postes supplémentaires ont été ou seront abondés pour accompagner la montée en puissance du programme Scorpion. En terme d’infrastructures, le régiment est naturellement bien doté, à la fois en matière de stockage et d’instruction. Nous bénéficions des salles de cours, champs de tir et pistes de roulage préexistants. Ce sera également le cas pour la future simulation au tir sur base du tourelleau téléopéré du Griffon, qui trouvera sa place dans le dispositif existant.

 

FOB : Pourriez-vous revenir plus en détails sur le cycle de formation Griffon ?

LCL Marc : La formation que nous conduisons repose sur deux stages conduits en simultané, l’un pour les instructeurs régimentaires durant quatre semaines et l’autre pour les aides-moniteurs pilotes durant trois semaines. Cela couvre deux volets : le volet pilotage et le volet tir. Les instructeurs suivent les deux cursus, quand les pilotes se concentrent davantage sur le premier volet. Au-delà de ces volets principaux, nous avons aussi intégré un environnement, parce que le Griffon a été nativement conçu dans une logique incrémentale. C’est à dire que la plateforme de base reçoit des kits spécialisés en fonction de la mission réalisée. Progressivement, nous intégrons cette formation spécifique aux kits en majeure partie destinée aux instructeurs, un peu moins pour les pilotes. La dernière couche concerne les outils de formation dont les régiments bénéficieront en dotation dans leur garnison. Nous avons donc le souci que les instructeurs soient parfaitement aptes à les utiliser.

Le 1er RCA dispense six sessions de ce type par an, tant au profit des régiments que des organismes de formation car l’école de l’infanterie formera aussi ses élèves sur le véhicule Griffon. Elle devra elle-même avoir des instructeurs formés. Ce sera ensuite le tour des écoles du génie, de l’artillerie, etc. Et puis cela concernera aussi tous les organismes qui dépendent du commandement des écoles et de l’entraînement au combat interarmes [COME2CIA], à l’image de centres d’entraînement comme celui de Mailly-le-Camp. Outre la plateforme, il s’agira pour le 1er RCA d’intégrer son système d’information au combat [SICS], qui est une partie essentielle car le régiment assume une mission de contrôle des unités et devra donc s’approprier des savoir-faire nouveaux qui seront à acquérir par les équipages.

 

FOB : Selon vous, ce volet formation est aujourd’hui mature, ou une session inaugurale telle que celle menée avec le 3e RIMa permettra d’encore affiner le processus ?

LCL Marc : En réalité, nous avons déjà conduit une première session expérimentale, la session « 0 ». Elle avait pour but de tester le dispositif imaginé et a forcément abouti à des corrections en termes d’organisation et de contenu. À l’issue de chacune des sessions, nous conduirons ce processus de retour d’expérience qui nous permettra d’ajuster le dispositif au fur et à mesure. C’est un matériel nouveau, tout l’environnement n’est pas encore arrivé à maturité et se développe en continu. Nous aurons une formation parfaitement consolidée à l’été 2020. Nous disposerons alors à la fois de la complétude des kits, des moyens pédagogiques et puis d’un engin qui aura lui-même atteint le niveau de maturité attendu.

 

FOB : Quels sont les kits Griffon dont vous disposez pour l’instant et les évolutions attendues ?

LCL Marc : Dans le programme Scorpion, la notion de kit est très large et une bonne partie d’entre-eux sont installés nativement sur les engins. Moins d’une trentaine de kits font véritablement varier l’emploi opérationnel de l’engin. L’essentiel a déjà été livrés au régiment à des fins de formation, mais des compléments sont attendus, tel que le système de brouillage anti-IED BARAGE.

Nous attendons par ailleurs les versions déclinées du Griffon, développées pour répondre aux besoins des différentes fonctions opérationnelles. Ce sont les Griffon infanterie, génie, artillerie, etc. Dans chacune de ces versions, nous allons trouver des variantes très spécifiques. Le véhicule d’infanterie par exemple, sera décliné en quatre sous-versions : le Griffon que l’on va appeler « rang », les Griffon pour les unités d’appui, doté d’un mortier de 81 mm, le Griffon tireur d’élite et le Griffon MMP. Ces sous-versions sont intégrées au fur et à mesure de l’avancée du programme. Finalement, la formation Griffon s’étoffera au rythme du programme, mais l’été 2020 reste notre jalon principal.

 

Le 1er RCA, rouage essentiel de la mécanique Scorpion_002

 

FOB : Hormis la formation, le 1er RCA est également responsable de la phase de vérification en bon fonctionnement des véhicules ?

LCL Marc : La vérification en bon fonctionnement repose sur une check-list établie conjointement avec la STAT, et qui répertorie l’ensemble des fonctionnalités dont l’on veut s’assurer qu’elles soient opérationnelles. Cette liste va évoluer au gré des développements du programmes. Elle se concentre aujourd’hui sur la version VTT Félin du Griffon. Demain, nous intégrerons les éléments spécifiques aux versions et variantes à venir : génie, artillerie, etc. De la même manière, nous établissons ce type de vérification pour les kits qui sont adjoints au véhicule et dont les fonctionnalité sont accessibles hors-SICS.

Cette étape essentielle est réalisée par la vingtaine de militaires du peloton de formation du 4e escadron du 1er RCA. Ceux-ci ont à la fois ces fonctions d’instruction et de VBF. Finalement, c’est une organisation interne à cet escadron qui permet de réaliser efficacement et en parallèle ces différentes composante de la missions d’appui au déploiement de ce matériel qui est la nôtre. La partie réception est quant à elle réalisée par la cellule technique de ce même escadron, soit à peu près sept militaires.

Le rythme de croisière pour cette phase de VBF est établi à 15 véhicules par mois, ce qui permet de répondre efficacement au rythme de livraison aux régiments. Nous en recevons davantage que cette cible pour l’instant, ce qui est conjoncturel. Ponctuellement, nous sommes préparés à en contrôler davantage pour répondre à un besoin particulier car, si les cibles industrielles sont établies, le cadencement, lui, peut évoluer.

 

FOB : Le 1er RCA sera par ailleurs responsable de la livraison en régiment…

LCL Marc : Dans la cinématique générale, les engins sont livrés par l’industriel puis vérifié en bon fonctionnement par le régiment. Tout cela constitue un flux, donc un stock tampon que l’on a commencé à réaliser avant les formations et qui doit être suffisamment dimensionné pour éviter toute rupture dans la livraison aux unités. Le léger décalage dans la première perception d’une dizaine de Griffon par le 3e RIMa, qui interviendra en février et non à l’issue de ce stage, s’explique par le fait qu’il était nécessaire « d’alimenter la pompe » des perceptions par les régiments. Je précise que cette mission de perception n’est pas uniquement portée par le 4e escadron, mais également par le bureau maintenance logistique du 1er RCA, qui a ses spécialistes. Aujourd’hui, notre stock tampon atteint la cinquantaine de véhicules. Nonobstant le cas du 3e RIMa, les régiments suivants resteront dans une logique de ‘je suis formé, je perçois une partie des engins qui constitueront le parc du régiment et je repars avec’. Chaque régiment repartira avec une première bordée d’une dizaine de véhicules. Ce parc sera ensuite progressivement abondé par lots successifs avec d’autres véhicules au fur et à mesure de leur production et du développement des autres versions. Cette première dizaine de véhicules permettra à chaque régiment d’entamer directement sa transformation en interne, grâce aux instructeurs régimentaires formés au 1er RCA.

 

FOB : D’autres véhicules Scorpion, le Jaguar et le Leclerc XLR sont attendus dans les deux années à venir, comment le 1er RCA s’y prépare ?

LCL Marc : Pour le Jaguar, nous serons dans un processus équivalent à celui adopté pour le Griffon, si ce n’est que la formation des équipages sera centralisée au 1er RCA. Des travaux sont en cours pour établir le calendrier de livraison aux unités, qui déboucheront sur ce que nous appelons un plan d’équipement des forces. En parallèle, des études sont en cours sur la primo-formation qui sera assurée par l’industriel au profit du 1er RCA et de l’école de cavalerie, organismes formateurs sur ce nouveau système d’armes. Cette étape est attendue au début de l’année 2021. L’objectif, après une montée en puissance d’une durée estimée à six mois, sera d’accueillir la première unité au 1er RCA à la fin de l’année 2021. Nous n’avons pas encore de date précise pour la réception des premiers véhicules, mais celle-ci se matérialisera nécessairement en parallèle à celle de la primo-formation, soit au printemps 2021.

 

FOB : Le 1er RCA est par ailleurs un élément essentiel du cycle de préparation opérationnelle des régiments, notamment au travers du centre d’entraînement au tir interarmes (CETIA) Opéra inauguré en mars dernier ?

LCL Marc : Actuellement, les troupes s’entraînent toujours sur base du VAB. Avec comme objectif opérationnel la projection d’un GTIA sur Griffon fin 2021, il est certain que Canjuers accueillera des unités montées sur ce véhicule à partir de 2021. En effet, toute unité projetée suit un parcours de préparation avec, a minima, un cycle de mise en condition finale réalisé au détachement d’adaptation opérationnelle du 1er RCA. De la même manière, sur les parcours Opéra, je pense que 2021 devrait voir arriver les premières unités dotées de matériels Scorpion.

 

FOB : Le 1er RCA aura-t-il aussi un rôle à jouer dans le partenariat stratégique franco-belge CaMo ?

LCL Marc : Nous sommes toujours dans les travaux préparatoires à la concrétisation du partenariat stratégique noué entre la France et la Belgique. Le principe acquis est la mutualisation des moyens dans le domaine de la formation. Dans ce cadre, il n’est pas exclu, tant pour le Griffon que pour le Jaguar, que des instructeurs de l’armée belge viennent se ‘plugger’ au dispositif français. Soit pour ensuite former des militaires à Canjuers, soit pour former les équipages chez eux ; cela dépendra de l’architecture de formation que la partie belge retiendra. Il était également question que des pilotes français puissent être formés en Belgique et vice-versa. Si des formations au profit de la partie belge devaient se concrétiser au 1er RCA, elles interviendraient dans un tempo correspondant au calendrier d’équipement belge, c’est-à-dire 2025 pour le Griffon et 2027 pour le Jaguar. Ce dont nous sommes pratiquement sûrs aujourd’hui, c’est que les futurs instructeurs de l’armée belge viendront un petit peu en avance de phase au 1er RCA pour s’intégrer dans nos équipes de formation et de VBF à des fin d’acculturation sur ces nouveaux matériels. Le volet VBF n’a par contre pas encore été abordé pour les futurs parcs belges. Faut-il que les engins, qui sont produits à Roanne, descendent jusqu’à Canjuers pour ensuite remonter jusqu’en Belgique ? Je pense que parmi les critères de décision figurera l’aspect pratique. De fait, certains aspects très pratiques du partenariat dicteront aussi les décisions prises à ce sujet.