” Réflexions autour d’un débarquement méconnu ”  Lettre d’information de l’ASAF – 19 août

Réflexions autour d’un débarquement méconnu ” 

Lettre d’information de l’ASAF – 19 août

" Réflexions autour d’un débarquement méconnu " : Découvrez la nouvelle lettre d'information de l'ASAF 19/08

Les commémorations du débarquement de Provence ont suscité, comme c’est le cas après chaque déclaration du président de la République, de nombreux commentaires, souvent très politiciens, liés en l’occurrence à une petite phrase: « La France a une part d’Afrique en elle», ou à la présence de M. Nicolas Sarkozy à ses côtés. Mais il y a plus important.

Le débarquement de Provence, événement largement méconnu de nombreux Français, a revêtu en 1944 une importance considérable pour l’avenir de notre pays. Il devrait constituer dans le contexte actuel une source de réflexion féconde pour orienter notre politique nationale.

Restaurer la place de la France dans le monde

Dès le 18 juin 1940, la finalité de l’action du général de Gaulle ne consistait  pas seulement à vaincre l’armée allemande et à la repousser au-delà du Rhin. Le but stratégique était de restaurer la place de la France dans le monde ainsi que sa crédibilité, notamment vis-à-vis des alliés anglo-saxons, après la terrible défaite de 1940 qui consacrait un véritable démembrement de notre pays. La nature de l’action conduite par le chef de la France Libre n’était donc pas seulement militaire mais plus globale, c’est-à-dire politique au sens complet et noble du terme.

Ce deuxième débarquement sur le territoire national, après celui de Normandie auquel peu de troupes françaises avaient participé – puisque la plupart étaient engagées victorieusement en Italie -, allait permettre à la France de déployer sur le sol national une armée de 270 000 hommes sans  compter les équipages de plusieurs dizaines de bâtiments de la Marine et de centaines d’avions des Forces aériennes françaises libres.
En débarquant avec des effectifs significatifs, l’armée « B » du général de Lattre de Tassigny, constituée de troupes souvent aguerries et sous les ordres de généraux de très grande valeur, permettait aux Français enfin libérés de retrouver leur fierté mais aussi aux Alliés de reconnaître que la France recouvrait sa puissance et son rang. Après ses succès remportés en Italie, elle libérait Toulon en 10 jours puis Marseille avec 1 mois d’avance.
En outre les effectifs de l’armée B n’ont cessé d’augmenter jusqu’à la capitulation allemande grâce à l’intégration en son sein des nombreux maquis qui menaient déjà depuis plusieurs semaines des opérations de renseignement indispensables aux Alliés ainsi que des actions de harcèlement contre les forces allemandes afin de créer l’incertitude sur le lieu exact du débarquement et d’en faciliter ainsi le déroulement.

Enfin, la remontée rapide de l’armée de Lattre contraignait les Allemands à se replier très rapidement pour éviter que leurs Ière et XIXarmées, qui occupaient le sud de la France, ne soient prises en tenaille. À cet égard, il est symptomatique d’observer que ce furent deux unités françaises qui firent leur jonction en Bourgogne : la 2e DB, après avoir débarqué en août en Normandie et libéré Paris, et la 1ère DFL  venant de Provence et qui venait de libérer Lyon.
Cet engagement  militaire français, croissant au fur et à mesure que la libération progressait, permettait au général de Gaulle de placer la France dans le camp des puissances alliées et de s’imposer définitivement comme chef du gouvernement provisoire de la République française, prélude indispensable pour que la France retrouve toutes ses prérogatives d’avant 1939.

Cette restauration nationale s’appuyant sur la puissance militaire amplifiait l’engagement hautement symbolique de la France au côté de l’URSS dans les combats sur le front de l’Est. La France fut en effet la seule nation alliée à accepter de sacrifier ses soldats aux côtés des armées soviétiques rappelant ainsi aux Anglais et aux Américains que la France de 1943, encore très faible militairement, était une puissance alliée indépendante. L’escadrille Normandie Niémen reste encore aujourd’hui très présente dans la mémoire combattante russe.


Rassembler la Nation dans le creuset de son armée

Si les armées françaises, par le volume de leurs effectifs – plus de 500 000 hommes au jour de la capitulation allemande le 8 mai 1945 – mais aussi par les objectifs importants et symboliques qu’elles ont atteints en Allemagne – Ulm et Berchtesgaden -, vont constituer un atout décisif pour replacer la France parmi les quatre vainqueurs et devenir une puissance occupante, elles ont aussi largement contribué à refaire l’unité de la Nation.
A l’instar de Leclerc qui avait su rassembler au sein de sa division des soldats ayant rejoint de Gaulle dès 1940, au combat depuis 4 ans, et des soldats de l’armée d’Afrique – c’est-à-dire essentiellement de l’armée d’armistice – qui n’avaient repris le combat que fin 1942, de Lattre intégra au sein de la 1ère armée nombre de maquis tous très différents par leur volume, leur valeur militaire, leur encadrement et leur équipement mais aussi par leur orientation politique.

En agissant ainsi l’armée devenait le creuset d’une armée de libération nationale où se fondait un grand nombre de soldats d’origines très diverses et dans laquelle tous les citoyens pouvaient se retrouver, contribuant ainsi à restaurer l’unité de la Nation déchirée par les choix différents parfois opposés que firent les Français au moment de l’armistice.
Cette intégration en masse de jeunes Français de tous horizons était d’autant plus indispensable que les combats en hiver dans les Vosges et en Alsace réduisaient l’efficacité des troupes coloniales et que de Gaulle souhaitait qu’un maximum de Français participent directement à la libération du sol national.

Connaître et comprendre notre Histoire

On comprend ainsi que le débarquement de Provence a permis à la France de restaurer son rang de grande puissance et son unité nationale ; l’armée en fut l’instrument premier. Ce constat mérite réflexion.

Mais cela n’a été possible que parce que la France et son armée, en ces moments cruciaux, avaient à leur tête des chefs déterminés et courageux, pour qui l’action guerrière servait une ambition politique claire et forte : la grandeur de la France et la place qu’elle doit occuper dans le monde, à la mesure de son génie qui s’est exprimé au cours des 15 siècles de son Histoire.

                                                                                                 

La Rédaction de l’ASAF
www.asafrance.

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Les armes hypersoniques vont-elles rendre le porte-avions obsolète?

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Retour d’expérience de l’emploi de la cynotechnie par l’armée de Terre française

Retour d’expérience de l’emploi de la cynotechnie par l’armée de Terre française

Par le Lieutenant-colonel Claire Debeaux – CDEC – publié le 04/08/2019

https://www.penseemiliterre.fr/retour-d-experience-de-l-emploi-de-la-cynotechnie-_114183_1013077.html

Les équipes cynotechniques constituent un complément capacitaire efficace dans les missions de combat débarqué, les actions de défense et de sécurité des installations militaires et en recherche de détection d’explosif, armement et munitions . Cette capacité opérationnelle poursuit son adaptation et son intégration pour accroître ses performances opérationnelles dans des environnements complexes où sa plus-value est avérée .

 

  • 1 . Évolution de l’emploi de la cynotechnie par l’armée de Terre

La capacité de recherche d’armement et de munitions des équipes cynotechniques a été découverte de manière empirique depuis les projections dans les Balkans et utilisée très tôt en appui des EOD[1]. Par le biais des opérations au Kosovo et en Afghanistan la cynotechnie est devenue une composante opérationnelle de l’infanterie.

1-1 L’emploi de la cynotechnie : des besoins croissants qui mènent au renforcement et à la réorganisation de cette capacité   

En Afghanistan, la lutte contre les IED impose très rapidement la mise en place d’une capacité cynotechnique de recherche d’explosifs au profit des GTIA, en appui des opérations[2], mais aussi dans le cadre du filtrage des véhicules à l’entrée des emprises françaises. Des chiens spécialisés dans la recherche d’explosifs sont utilisés en accompagnement des sections d’infanterie pour ratisser les bords de route en liaison avec le Génie ; en protection des Bases opérationnelles avancées (Forward operating base – FOB), le flux des vecteurs logistiques a nécessité la présence permanente d’un maître de chien spécialisé dans la détection des matières explosives.

L’ennemi, insurgé, trafiquant, constitue une cible adéquate pour les chiens spécialisés sur les missions de fouille. Comme il connaît leurs capacités et les craint, les équipes cynos sont ciblées en priorité par les snipers. Les chiens errants, nombreux, servent de sonnette et peuvent présenter un danger, notamment les chiens de type molosse entraînés pour le combat.

Par méconnaissance de leurs capacités, les équipes cynotechniques ont pu être sous-exploitées par les unités de contact, d’où la nécessité d’un entraînement commun et de connaissances réciproques, préalable indispensable lors de la MCP. Les équipes cyno, bien intégrées, ont, elles, très vite constitué une importante plus-value pour le moral des détachements appuyés.

1-2 Emploi des groupes cynophiles à SERVAL puis BARKHANE : la capacité ARDE confirme sa complémentarité avec les moyens du génie

Dédiée au groupe FOS (fouille opérationnelle spécialisée), la capacité cynotechnique engagée au Mali indifféremment avec celui-ci ou avec les sections de combat du Génie qualifiées FOC (fouille opérationnelle complémentaire) a apporté une réelle plus-value dans les opérations de fouille, même si, en raison des contraintes climatiques particulièrement éprouvantes, l’emploi des chiens peut être restreint[3], imposant un environnement climatisé (tente et véhicule – PVP) et un travail en binôme d’équipe cyno.

Des équipiers Appui à la recherche et à la détection d’explosifs (ARDE) sont intégrés lors des stages de formation fouille opérationnelle au Pôle interarmées de traitement du danger des munitions et explosifs (PIAM). Il s’avère alors indispensable que les divisions programment des exercices et des entraînements communs avec les équipes ARDE de l’armée de Terre.

1-3 Sur le Territoire national (TN) dans le cadre de la mission Sentinelle

Sur un plan tactique, le déploiement de chiens sur le TN s’avère particulièrement adapté : en permettant de varier les modes d’action et de les rendre plus difficilement prédictibles, il renforce l’effet dissuasif d’une patrouille face à des individus hostiles. L’appui cynotechnique permet une gradation de la menace et une alternative à l’ouverture du feu. Sur le plan de l’emploi, le déploiement de chiens d’intervention permet au 132e Bataillon cynophile de l’armée de Terre (BCAT) de s’entraîner dans son cœur de métier, tout en privilégiant la réversibilité.

Les équipes ARDE, sollicitées depuis longtemps pour contribuer à la sécurisation d’événements sur le territoire national, n’appellent aucune réticence des autorités civiles quant à leur emploi. La vigilance doit même s’imposer au regard des besoins importants formulés par ces autorités. La crainte d’une accoutumance, voire d’abus d’emploi de la part des autorités d’emploi qui mènerait les équipes cynotechniques militaires à devenir les supplétifs de leurs homologues des autres ministères, constitue une limite.

Les chiens ADNH[4], en revanche, utilisés pour faire du mordant ou de la percussion avec muselière, sont assimilés à une arme par destination. Leur utilisation doit, dans le cadre légal applicable pour ce type engagement notamment en matière d’emploi de la force et d’usage des armes, respecter les conditions d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité. Si le MININT reste plutôt réticent à l’emploi de ces chiens sur le TN dans le cadre de Sentinelle, il est néanmoins vraisemblable que la connaissance mutuelle au niveau du département est déterminante[5].

Des chiens ADNH sont d’ailleurs déjà employés en appui de la mission Harpie (Guyane). Compte tenu de la spécificité du milieu, les sollicitations se sont multipliées et des besoins en protection et en préparation opérationnelle ont été identifiés118. Cette capacité a donné toute satisfaction dans ce milieu cloisonné au climat éprouvant.

Le maître-chien et le chien débarque du zodiac pour rejoindre la rive. Pendant une semaine les maîtres-chiens et leurs chiens de la zone terre sud-est (ZTSE) se sont rassemblés au Centre d’entraînement et d’instruction aux techniques aquatiques (CEITA) de Fréjus. Ce stage avait pour but de former et d’habituer les chiens à évoluer en milieu aquatique pour neutraliser une menace.

 

2 . Une capacité souple et réversible qui poursuit son adaptation LIBRES RÉFLEXIONS 

La capacité de discrimination des équipes cyno constitue un atout considérable[6]. L’appui cynotechnique se caractérise par l’aptitude de l’équipe à rechercher des individus à partir d’indices, des engins explosifs, participer à un point de contrôle, rechercher de l’armement, nettoyer une zone, appuyer le contrôle d’une foule, reconnaître, surveiller, éclairer. Ces modes d’actions sont particulièrement adaptés à un engagement type contrerébellion/contre-terrorisme, dans un contexte d’engagements où, mêlés à la population, terroristes et « combattants réguliers » se confondent.

L’appui cyno au contrôle de foule, aptitude qui a été employée au Kosovo et en RCA, constitue un savoir-faire entretenu au 132e BCAT dans le cadre des rotations au Centre d’entraînement en zone urbaine (CENZUB) et qui fait partie des prérequis avant projection. La réversibilité des équipes cyno constitue un point crucial : un maître-chien maîtrise plusieurs savoir-faire, ce qui octroie souplesse d’emploi, imprédictibilité et réactivité en fonction des situations (sécurisation/appui direct). L’aspect dissuasif du chien produit un effet psychologique significatif et contribue à l’effet tactique produit.

Le chien contribue directement à la résilience : il représente une présence sécurisante pour celui qui l’utilise et/ou pour l’environnement dans lequel il évolue, et cet aspect doit être pris en compte chaque fois qu’est envisagée l’utilisation de robots à la place de l’animal.

Le champ d’intervention du système d’arme homme-chien doit en revanche être exploité dans des modes d’action innovants en lien avec les évolutions technologiques (drones, cameras, lasers, etc.). Le binôme cynotechnique s’est d’ailleurs révélé une capacité clef pour les opérations spéciales dans tout le spectre des missions. Il est également particulièrement adapté à l’emploi en souterrain (recherche en tunnel) et milieux confinés (zone urbaine).

Une connaissance fine des capacités cyno mais également des contraintes spécifiques engendrées (logistique, rythme des opérations notamment, besoins vétérinaires) par les unités appuyées est indispensable. L’emploi des chiens n’est pas concevable en ambiance Nucléaire radiologique biologique et chimique (NRBC) ; il est également techniquement compliqué d’en envisager l’emploi pour des sauts à très haute altitude. Climat extrême et terrain difficilement praticable constituent un frein à l’emploi des chiens[7]. L’engagement opérationnel peut impliquer la mise en place d’un environnement dédié à l’animal (climatisation, protection) afin qu’il soit dans les meilleures conditions physiques lors des opérations.

Comme tout soldat, la capacité de travail d’un chien est liée aux conditions de préparation et d’entraînement à la mission : une optimisation de l’entraînement cynotechnique lié aux théâtres et aux environnements doit être privilégiée. Des entraînements communs et des procédures concertées constituent les préalables indispensables à une utilisation judicieuse de cette capacité. Les exercices conjoints permettent de pousser le niveau d’intégration des unités, poursuivi en en interarmes, interarmées, interalliés et interministériel.

Tout en étudiant la mise en œuvre de certaines adaptations réactives, il faut néanmoins se garder d’une surenchère en matériels spécifiques. La recherche constante d’adaptation ne doit pas conduire à en privilégier l’acquisition avant d’en définir les structures, le niveau d’intégration et la doctrine d’emploi.

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[1] Opération Baliste 2006 .

[2] Reconnaissance de tunnels, grottes, maisons et points particuliers d’itinéraires .

Revue de doctrine des forces terrestre

[3] Période de travail réduite à 20 mn suivies d’une période de repos avant reprise du travail de détection .

Revue de doctrine des forces terrestres

[4] Aide à la détection et neutralisation humaine, anciennement chiens d’intervention .

[5] Le 132e BCAT a conduit au printemps 2018 des patrouilles en gare de Châlons-enChampagne pour acclimater ses chiens à évoluer en milieu civil . Un détachement cyno à 10 équipes a été déployé à Lyon début décembre 2018 dans le cadre du renfort Sentinelle à l’occasion de la fête des lumières . Une séquence d’acclimatation au milieu urbain a été conduite en amont en liaison avec la police ferroviaire en Ile-de-France . 118  Entraînement à la nage utilitaire et à la recherche de carburant .

[6] Ex : désignation au chien de son objectif par laser .

Revue de doctrine des forces terrestres

[7] Même si les races bergères, qui constituent le cheptel canin des armées, présentent une bonne rusticité et une bonne capacité d’adaptation .