Pour la première fois, les Véhicules Haute Mobilité de l’armée de Terre ont été engagés dans une opération au Mali

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Catastrophes et guerres: l’Amérique s’entraîne au Muscatatuck Urban Training Center

Catastrophes et guerres: l’Amérique s’entraîne au Muscatatuck Urban Training Center

Par Philippe Chapleau – Lignes de défense – Publié le 24 juin 2019

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Prenez 400 ha et bâtissez-y un centre de préparation aux interventions de crise et au combat urbain, voire au cybercombat, et plongez-y vos primo-intervenants civils,  secouristes, pompiers,  sapeurs (comme sur la photo ci-dessus prise lors de Guardian Response 19), marines, fantassins, spécialistes NBC et transmetteurs… Bienvenu au Muscatatuck Urban Training Center, l’une des composantes du complexe de formation et d’entraînement d’Atterbury-Muscatatuck, un complexe de 14 000 ha situé dans l’Indiana.

Le Muscatatuck Urban Training Complex (ou MUTC, voir son Facebook ici) est dédié aux opérations urbaines de secours et de combat. Ainsi, du 1er au 7 juin, 1 500 pompiers s’y sont formés dans le cadre d’un  tremblement de terre fictif (lire ici). Simultanément, s’y formaient des secouristes US, sud-africains et israéliens.

Ses 1 000 acres (400 ha) abrite 200 bâtiments en dur pour l’entraînement au combat urbain, un espace aérien dédié fréquenté par des hélicoptères et des drones, 2,5 km de tunnels (photo ci-dessous), un centre de gestion des opérations conjointes(le Combined Arms Collective Training Facility ou CACTF) et un environnement cyber (le CyberTropolis) pour des actions offensives et défensives… 

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C’est là que se sont entraînés, il y a quelques mois, les soldats de la compagnie Echo, du 2 bataillon du 6e régiment de Marines (photo tout en haut) et ceux de la 3e brigade de la 101e division aéroportée. Et c’est là qu’en août prochain, vont se déployer ceux de la compagnie Kilo du 3e bataillon du 8e régiment des Marines. Des Marines qui seront déployés avec leurs camarades britanniques pour s’entraîner au combat urbain rapproché et à manoeuvrer dans un environnement où drones et robots seront présents.

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Ils s’entraîneront sous la supervision du Marine Corps Warfighting Laboratory, basé à Quantico, en Virginie. Ce “Lab” a lancé un vaste programme baptisé “Projet Metropolis 2.0” pour mieux former les combattants au combat urbain et robotisé, comme le demandait un document de 2016, le Marine Corps’ Operating Concept.

Mali : Des hommes armés ont quasiment rasé un village et tué au moins 95 personnes

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La stratégie d’influence du Hezbollah au Sud-Liban 3/3

La stratégie d’influence du Hezbollah au Sud-Liban 3/3


Devenue chaîne satellitaire en 2000, al-Manar s’est développée pour le Hezbollah comme un lien direct avec les autres populations arabes. Dès le début 2001, al-Manar comptait plus de 10 millions de téléspectateurs et était ainsi la deuxième chaîne la plus regardée dans le monde arabe48.

Son site internet, qui diffuse le journal en direct, disponible en quatre langues, adapte son contenu selon la langue choisie, contournant ainsi son interdiction dans certains pays occidentaux49. Outre sa couverture ininterrompue de la deuxième intifada en 2000, al-Manar diffuse, entre autres, un programme dans lequel des familles de la diaspora palestinienne sont réunies avec leurs proches dans les territoires occupés. En adoptant le slogan «la chaîne de tous les Arabes et les musulmans», elle marque sa volonté d’étendre sa portée au-delà des frontières libanaises.

Tous les évènements marquants (la seconde intifada, le 11 septembre ou la «guerre contre la terreur») deviennent autant d’opportunités politiques pour le Hezbollah, de diffuser son message dans l’ensemble du monde arabe et pan-arabiser son image50. Sa communication s’adapte aux différents publics pour élargir le spectre de la mobilisation de la rue arabe. Aussi, la guerre de 2006, bien que provoquée par l’enlèvement par le Hezbollah de deux soldats israéliens, a offert une tribune au mouvement qui s’est auto-proclamé porte-parole du monde arabe et vainqueur du conflit. Le mouvement se présente comme le seul acteur arabe ayant réussi à résister à l’État hébreu et à le défaire, ce que sa communication parfaite l’autorise à démontrer51.

La guerre psychologique: utiliser la communication pour cibler l’ennemi

Dans son analyse de la stratégie de communication du Parti de Dieu, Ron Schleifer identifie une «audience ennemie» et une «audience domestique»52. Là où l’audience «domestique» doit être convaincue de la légitimité du conflit, il s’agit avec l’audience «ennemie» de la persuader que, non seulement ses chances de gagner sont nulles, mais que la guerre est également injustifiée et futile. La guerre psychologique joue donc un rôle essentiel, non seulement sur le plan militaire, mais également sur le plan communicationnel. Ainsi, une dimension cruciale de la communication du Hezbollah est la diffusion auprès des populations israéliennes d’images et messages susceptibles de saper leur moral.

Depuis 1996, al-Manar diffuse des annonces en hébreu annonçant la victoire prochaine du Hezbollah contre son ennemi, ainsi que des interviews de juifs antisionistes ou des images de bombardements de civils libanais accompagnées de commentaires en hébreu53. La chaîne a également un «département d’observation hébraïque» pour suivre les médias israéliens. Certaines de ses émissions s’inscrivent dans une dynamique similaire : La toile d’araignée identifie et analyse les faiblesses d’Israël, tandis que Terroristes illustre les actes «terroristes» dont les Israéliens se rendent coupables en Palestine54. Le Hezbollah a aussi utilisé une technique de confusion à l’attention des médias pour décrédibiliser l’ADI auprès des citoyens israéliens : il annonce que ses soldats ont pénétré une position de l’ADI, mais ne fournit que peu de preuves vidéos. Ce n’est qu’une fois que l’ADI a nié la véracité de l’attaque que le Hezbollah diffuse la totalité de ses enregistrements, remettant ainsi en question les informations communiquées par l’armée à la population55.

Résumé par un officiel du Hezbollah, «sur le terrain, on touche un soldat, mais un enregistrement de lui en train de pleurer en touche des milliers »56. Cette guerre psychologique se poursuit également sur le web. Les hackers du Hezbollah ont à plusieurs reprises répondu aux piratages israéliens de leurs moyens de communication par d’autres attaques virtuelles. Ils ont ainsi utilisé des sites vulnérables, notamment en Inde, au Canada et aux États-Unis. Grâce à ces derniers, ils sont parvenus à diffuser leurs vidéos de recrutement ou des coordonnées bancaires de comptes au profit desquels leurs soutiens à l’étranger pouvaient verser des donations57. Si la guerre de l’information repose dans une large mesure sur la capacité de diffusion, le contrôle de l’information fournit également un avantage stratégique au mouvement. Ainsi, pendant la guerre de 2006, le parti a autorisé des journalistes à se rendre sur les zones de conflit qu’il contrôlait mais uniquement accompagnés par des militants, sur un parcours présentant les zones les plus touchées par les bombardements israéliens. Le Hezbollah dissimule ainsi, à la fois, ses combattants blessés et ses propres actions militaires, tout en maîtrisant les faits et gestes de journalistes qui sont presque insérés (embedded). À ce contrôle institutionnel s’ajoute un encadrement informel, exercé par les journalistes d’al-Manar faisant pression sur leurs confrères étrangers quant au contenu de leurs publications58. La stratégie informationnelle du Hezbollah repose ainsi sur deux caractéristiques: d’une part, l’existence d’une «culture du secret» manifestée par cette dissimulation organisée ; d’autre part, l’utilisation d’habitants ou militants à des fins informationnelles59. Cette stratégie de communication s’exerce donc à la fois vers l’extérieur et vers l’intérieur60.

Conclusion

L’objectif stratégique principal du Hezbollah demeure, aujourd’hui encore, d’apparaître aux yeux des Libanais, aussi bien que des autres populations du monde arabe, comme la figure de proue dans la lutte contre Israël. Malgré une dissymétrie nette, le Parti de Dieu a mobilisé une stratégie d’influence protéiforme, reposant à la fois sur des bases militaires, politico-sociales et communicationnelles. Ces trois dimensions ont toutes visé à produire simultanément un même schéma narratif. Prise dans son ensemble, cette stratégie démontre que le soutien populaire est le pilier de la capacité d’influence du mouvement au Liban-Sud. Cette stratégie a moins évolué dans ses objectifs que dans sa forme. Elle repose toujours sur un savant mélange de guerre d’usure, guérilla opérationnelle, ancrage social et mobilisation par un accent mis sur la communication.

Cependant, le conflit syrien, dans lequel le Parti de Dieu occupe une place cruciale en apportant un soutien militaire, technique et logistique au régime, complexifie la position du mouvement. D’une part, il semble démontrer sa continuité: le Hezbollah y utilise sa connaissance des techniques de guérilla en formant des milices et continue de prouver sa supériorité en territoire urbain. Il cherche également à y étendre son influence politique et sociale, par exemple en créant des branches syriennes de ses propres organisations, comme les scouts Imam Mahdi61.

En revanche, le Parti de Dieu semble s’éloigner de sa stratégie d’influence telle qu’elle avait été conçue pour son opposition à Israël. Sur le plan militaire, de nombreux observateurs ont noté que les capacités du Hezbollah se rapprochaient de plus en plus de celles d’une armée conventionnelle: le mouvement aurait envoyé entre 7 000 et 9 000 combattants en Syrie et déployé des systèmes de missiles air-surface particulièrement sophistiqués tandis que selon un général israélien, «travailler auprès des forces russes va certainement encourager le tournant du mouvement vers une stratégie plus offensive»62. De même, la stratégie du Hezbollah se transforme sur le plan politique. Son soutien au régime syrien, de même que les pertes enregistrées (1 300 combattants morts et des milliers blessés en 2016), engendrent des critiques aussi bien au sein de la population libanaise que de la direction du parti, fragilisant ainsi son ancrage domestique63.

Malgré son identité profondément chiite, qui reste visible dans ses actions et déclarations, le Parti de Dieu cherche au Liban à nationaliser son discours politique pour le rendre plus inclusif. En Syrie, au contraire, il a recours à une rhétorique et symbolique éminemment chiite, aggravant considérablement les tensions confessionnelles sur place. La «lutte existentielle» n’est donc plus uniquement contre Israël, mais aussi à l’encontre des extrémistes sunnites, qualifiés de «takfiris»64.

En outre, son intervention en Syrie a mis l’accent sur ses liens avec l’Iran, fragilisant ses revendications nationalistes. Enfin, la stratégie de communication du Hezbollah a également changé en devenant davantage réactive que proactive, cherchant ainsi à limiter les dommages sur son image et à détourner l’attention de la situation syrienne65. L’expérience syrienne souligne ainsi que la stratégie d’influence du mouvement est par essence évolutive. Deux lectures peuvent donc être faites de l’impact du conflit syrien sur le Hezbollah: à la fois nouvelle structure d’opportunité pouvant donner lieu à une possible montée en puissance du mouvement et source de fragilisation remettant en question l’ancrage populaire du Parti de Dieu au Liban.

48 Joseph Daher, The Political Economy…, op. cit.

49 Briec Le Gouvello de la Porte, Les stratégies d’information…, op. cit.

50 Khatib, Matar et Alshaer, The Hizbullah phenomenon…, op. cit., p. 77.

51 Peter Ajemian, “Resistance beyond time and space: Hezbollah’s Media Campaigns”, Arab Media & Society, 5, Spring 2008, pp.1-17.

52 Ron Schleifer, Psychological Warfare…, op. cit.

53 Olfa Lamloum, “Hezbollah Communication Policy…”, op. cit.

54 Briec Le Gouvello de la Porte, Les stratégies d’information…, op. cit.

55 Iver Gabrielsen, art.cit.

56 Walid El-Houri et Saber Dima. “Filming Resistance: A Hezbollah Strategy”. Radical History Review, 106, 2010, pp.70 – 85.

57 Iver Gabrielsen, art.cit.

58 Briec Le Gouvello de la Porte, Les stratégies d’information…, op. cit.

59Ibid.

60 Khatib, Matar et Alshaer, The Hizbullah phenomenon…,op. cit.

61 Joseph Daher, Les conséquences de l’intervention militaire du Hezbollah…op. cit.

62 Général de brigade Muni Katz et Nadav Pollack, «Hezbollah’s Russian Military Education in Syria», The Washington Institute, décembre 2015.

63 Joseph Daher, The Political Economy…, op. cit.

64 Joseph Daher, Les conséquences…, op. cit.

65 Khatib, Matar et Alshaer, The Hizbullah phenomenon…, op. cit., p. 77.

 

La stratégie d’influence du Hezbollah au Sud-Liban 2/3

La stratégie d’influence du Hezbollah au Sud-Liban 2/3

https://www.penseemiliterre.fr/la-strategie-d-influence-du-hezbollah-au-sud-liban-2-3_114121_1013077.html


Un ancrage social en continuité avec la stratégie politique du Hezbollah

Comme le rappelle Peter Thomas, le pouvoir politique d’un groupe dépend dans une large mesure de sa capacité à créer un lien durable avec sa base sociale28. Ainsi, le Hezbollah inscrit sa stratégie sociale dans une démarche politique plus générale pour mobiliser la société toute entière dans un combat contre Israël. L’insertion du Hezbollah en sein du tissu social libanais doit donc être comprise comme un prolongement de sa stratégie politique.

Le mouvement chiite assure son ancrage dans la société libanaise grâce à un réseau d’institutions sociales et caritatives qui lui permettent de mobiliser une partie de la population libanaise dans sa lutte contre l’État hébreu. Un tel enracinement a été rendu possible par la structure communautaire du système politique, caractérisé historiquement par la domination d’une bourgeoisie maronite ou sunnite sur la vie économique et politique du pays. Dans le sud du Liban ou dans la plaine de la Bekaa, à majorité chiite, le taux de pauvreté dépasse les 30 %29. Le Hezbollah a ainsi endossé le rôle de substitut de l’État en développant un appareil d’action sociale complet, structuré autour d’organisations autonomes et opérant en réseau, dans ces zones chiites où les pouvoirs publics n’assurent pas leur fonction30. Le parti a notamment développé des institutions qui prennent en charge les fonctions d’assistance aux victimes des combats.

Par exemple, la Fondation du martyr (Mu’assasat alchahîd) fournit salaire, habitat, et prise en charge des frais médicaux aux familles des soldats tombés pour la Résistance, s’occupant des funérailles et de l’entretien de la mémoire du combattant. De même, l’Association de l’institution développementale pour l’effort de construction, Jihâd al binâ’, prend en charge la reconstruction des zones touchées par les combats. Les institutions du Hezbollah s’occupent également d’autres fonctions touchant la société dans son ensemble: assistance aux démunis (bourses de soutien scolaire, rations alimentaires, vêtements, formations professionnelle, etc.), services techniques (provision d’électricité et collecte des déchets), aide à l’emploi ou hôpitaux.

À ces services sociaux s’ajoute l’endoctrinement de la jeunesse. Le Hezbollah a fondé quatorze écoles al-Mhadî au Liban et dispose de considérables réseaux de soutien dans le monde universitaire. L’association des scouts al-Mhad, grâce à laquelle il inculque entre autres les valeurs associées à la Résistance telles que courage et respect des martyrs, aurait réuni en 2010 plus de 70 000 jeunes31. Ce large réseau permet au mouvement de se présenter auprès des populations chiites comme le défenseur de la cause communautaire, là où le parti Amal avait failli, et de consolider et d’étendre sa base de soutien32. Par cette stratégie sociale, le Hezbollah ne cherche pas à créer un rapport de clientélisation avec les populations bénéficiant de ces services. En effet, bien que jouant un rôle important, ces institutions peuvent corriger des dérives, mais en aucun cas améliorer significativement les conditions de vie des populations locales. Aussi, l’appui matériel promis par le Hezbollah compte moins que l’instrumentalisation qui en est faite pour véhiculer valeurs et messages33.

De fait, l’action sociale du Hezbollah sait élargir son spectre d’intervention vers d’autres communautés:par exemple, l’Association Libanaise pour les Prisonniers et les Libérés (ALPL) suit les dossiers des prisonniers incarcérés au Liban-Sud et en Israël et les assiste ainsi que leur famille, quelle que soit leur appartenance confessionnelle ou politique. De son côté, l’Association de l’institution développementale pour l’effort de construction a pris en charge la remise en état de maisons de citoyens de toutes confessions34. Selon Aurélie Daher, «l’objectif premier de l’appareil social du Hezbollah n’est pas d’enclencher un développement social des régions chiites, mais de désamorcer toute rancœur (…) qui pourrait mettre en péril le soutien de la société libanaise à la Résistance»35. Le succès de cette stratégie est illustré par la diversification sociale de ses soutiens: touchant initialement les populations chiites défavorisées, ses adhérents incluent désormais une large partie des classes moyennes et bourgeoises36.

La stratégie politico-sociale du Hezbollah est un pilier pour assurer la présence hégémonique du parti. Comme formulé par Ali Fayyad, député du Parti de Dieu, «les organisations du Hezbollah ont été mises en place pour construire une relation solide entre le peuple et le parti; elles sont un élément essentiel dans sa stratégie de mobilisation»37. Son large réseau d’institutions sociales, qui sont autant de points d’accès à la population, couplé à son intégration graduelle au système politique, lui permettent de se développer comme un apparatus hégémonique, soutenant ainsi sa domination de la population chiite et sa résistance militaire, politique et sociale contre Israël38. Et cela explique l’importance d’une stratégie de communication qui renforce ces objectifs.

L’utilisation des outils de communication: un amplificateur des stratégies militaires et socio-politiques

Une stratégie de communication visant à légitimer et consolider

L’accent mis par le Hezbollah sur sa stratégie de communication illustre l’importance, particulièrement dans le cadre d’une guerre d’usure, de la mobilisation populaire dans la lutte contre Israël. Cette stratégie de communication vise ainsi à légitimer les moyens militaires employés, étendre son influence auprès de différents groupes d’électeurs et consolider l’ancrage politique du mouvement. Depuis ses débuts, le Parti de Dieu a apporté une attention particulière à son image, cherchant à la fois à la gérer et à l’institutionnaliser39. À cet effet, il a développé un éventail d’instruments de communication. Dès 1982, la création d’organismes de communication écrite telles que al-Mujtahid, Ahl al-Thugour, al-Intiqad ou al-‘Ahd lui a rapidement permis de disséminer son message théologique et de promotion de la Résistance. La radio al-Nour (la lumière), créée en 1988, élargit la possession de l’espace public et amplifie l’effet dramatique des messages40. Le lancement de la chaîne de télévision al-Manar (le phare), en 1991, reflète encore davantage le rôle de la communication dans la stratégie globale du Hezbollah, en introduisant une narration visuelle à la lutte contre Israël. Ce nouveau modèle narratif, reposant sur le culte des martyrs et des combattants, la mobilisation de symboles chiites et la diffusion de vidéos des combats, cherche ainsi directement à influencer les masses en faveur de la cause du Hezbollah.

En mai 2000, en diffusant en direct le retrait désorganisé des troupes de Tsahal et la libération des prisonniers du centre de Khiyam par les populations civiles, al-Manar fournit au monde arabe les premières images de la libération d’un territoire occupé sans recourir à des accords de paix ou autre forme de négociation41. Enfin, Internet est également devenu l’un des outils de communication les plus importants du mouvement. Depuis le lancement de son premier site en 1996, le Hezbollah a étendu sa présence sur le web à plus de 50 sites, certains présentant les services éducatifs, religieux ou sociaux du groupe, d’autres ses principaux leaders et figures religieuses, ou en s’attachant à traiter l’actualité voire à diffuser sa doctrine religieuse. Le recours à internet a permis au mouvement de renforcer sa présence internationale tout en lui fournissant un moyen de communication direct avec ses soutiens42. Grâce au web, le Parti de Dieu peut également cibler, spécifiquement, les jeunes populations, comme en atteste le jeu vidéo «Forces Spéciales», disponible en ligne en arabe, farsi, français et anglais, au travers duquel les joueurs participent à des opérations du Hezbollah contre Israël et peuvent s’entraîner au tir sur des cibles à l’effigie de personnalités politiques israéliennes43. Parallèlement, le Hezbollah démontre sa maîtrise des moyens traditionnels de communication.

Au Sud-Liban et sur la route reliant Beyrouth à l’aéroport, le mouvement a installé une série de panneaux publicitaires présentant son message et commémorant les succès du groupe, aussi bien en arabe qu’en anglais et français. Le Hezbollah a également ouvert un site touristique au Sud-Liban, Mleeta, dans lequel il expose ses opérations militaires et illustre son attachement à la défense du territoire et aux valeurs de sacrifice. Les rassemblements politiques spectaculaires, regroupant une foule, contribuent également à cette représentation visuelle de son pouvoir et à conforter les membres du Hezbollah de la force du mouvement. En ces occasions, la personnification extrême du mouvement autour de son leader, le charismatique Hassan Nasrallah, d’autant plus mythique que ses apparitions physiques restent rares, prend toute son ampleur et renforce encore davantage le lien qui unit le groupe et la population44. Enfin, le mouvement cible plus spécifiquement les enfants en produisant des cartes de jeux, posters, porte-clés, bande-dessinées ou autres jouets45.

Élargir son audience L’attention portée par le Hezbollah aux divers moyens de communication, ainsi que le rôle croissant accordé aux structures dédiées à l’information dans l’organigramme interne du parti, reflètent son souci de modifier son image auprès du public et le tournant pragmatique qu’a en conséquent connu sa stratégie politique. Elle souligne également le parti pris de ne plus se limiter au Liban et de rechercher des soutiens dans l’ensemble du monde arabe46. Depuis la victoire de 2000, le mouvement a donné à sa stratégie de communication une orientation panarabe. L’identité chiite du parti a été nuancée au profit d’une identité arabo-musulmane plus consensuelle et d’une approche nationaliste au conflit israélo-arabe47. En s’ouvrant à d’autres figures (femmes non voilées, représentants d’autres courants politiques, etc.), Al-Manar a accompagné la transition politique du parti. Grâce à un budget de près de 15 millions de dollars, la chaîne a diversifié ses programmes en proposant des émissions de divertissement ou des programmes à l’attention des enfants. Elle diffuse par exemple al-Muhemma (l’opération), un jeu télévisé pendant lequel les participants répondent à des questions sur le Hezbollah, ses leaders, ses valeurs religieuses ou ses ennemis israéliens et américains, afin d’avancer sur un chemin virtuel menant vers Jérusalem.

28 Peter Thomas, The Gramscian Moment: Philosophy, Hegemony and Marxism, Leiden Brill, , 2009, p. 226.

29 PNUD, Rapid poverty assessment in Lebanon, 2016.

30 Aurélie Daher. «C hapitre IV. Le Hezbollah, un entrepreneur social ? Action sociale et mobilisation, ou l’édification de la « société de résistance?»»,Le Hezbollah.Mobilisation et pouvoir, sous la direction deDaherAurélie Paris, Presses Universitaires de France, 2014, pp. 147-188.

31 alAkhbâr, 21/4/10.

32 Joseph Daher, Hezbollah, The Political Economy of Lebanon’s Party of God, Londres Pluto Press, 2016.

33Ibid.

34 Aurélie Daher, Le Hezbollah. Mobilisation et pouvoir, p. 152.

35 Aurélie Daher, Le Hezbollah. Mobilisation et pouvoir, p 180.

36 Joseph Daher, Hezbollah…, op. cit., p. 93.

37 Cité dans Joseph Daher, Hezbollah…, op. cit., p93.

38 Ibid, p126.

39 Khatib, Matar et Alshaer, The Hizbullah phenomenon…, op. cit.

40 Briec Le Gouvello de la Porte, Les stratégies d’information…, op. cit.

41 Olfa Lamloum, “Hezbollah Communication Policy…”, op. cit.

42 Gabriel Weimann, “Hezbollah Dot Com: Hezbollah’s online campaign”, in New Media and Innovative Technologies (Eds. D. Caspi and T. Azran), Beer Sheva: Ben-Gurion University Press, 2008, pp. 17-38.

43Ibid.

44 Khatib, Matar et Alshaer, The Hizbullah phenomenon…,op. cit.

45 Colin P. Clarke, «How Hezbollah Came to Dominate Information Warfare», Rand Corporation, Septembre 2017.

46 Briec Le Gouvello de la Porte, Les stratégies d’information…, op. cit.

47 Olfa Lamloum, “Hezbollah Communication Policy…”, op. cit.