Expérimentation – Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

Expérimentation – Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

Mars attaque – paru le 12 févrieer 2021

http://mars-attaque.blogspot.com/2021/02/reserves-armee-de-terre-vision-strategique-defense-operationelle-territoire-reservistes-territoire-national.html

Faut-il des batteries d’artillerie, des escadrons de transport logistiques, des escadrons de reconnaissance et d’investigation armés par des réservistes ?“, s’interrogeait le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Thierry Burkhard, lors d’une audition parlementaire en juin 2020. “Il faut prendre le temps de la réflexion avec le ministère et avec vous“, ajoutait-il ensuite. Si une réponse définitive ne semble pas avoir encore été apportée à la question, des expérimentations sont menées pour éclairer les choix.

Amener la réserve “à maturité“, pour disposer d’ “une masse de réserve”

Dans la Vision stratégique “Supériorité opérationnelle 2030” de l’armée de Terre dévoilée fin 2020, il est indiqué que : “L’armée de Terre doit disposer d’une réserve opérationnelle massive et engagée, sur laquelle repose davantage la contribution terrestre aux missions de protection du territoire national“. Un peu plus loin, parmi les 12 projets principaux dévoilés dans le document d’orientation, le n°2 (dans la catégorie “Des hommes à la hauteur des chocs futurs“), précise les axes de l’ambition opérationnelle pour la réserve (“qui nécessite une rénovation profonde“) :
  • Une masse de manœuvre plus nombreuse, plus autonome, mieux territorialisée ;
  • Une offre d’engagement mieux adaptée à la variété des modes de vie (urbains/ruraux, étudiants/vie active, mobilité géographique) ;
  • Une ambition haute : être apte à couvrir si nécessaire le contrat opérationnel “territoire national” et à s’engager à terme au-delà de la fonction protection“.

Dans des auditions parlementaires qui suivirent la publication (notamment en juin 2020), le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Thierry Burkhard, a précisé l’état de la réflexion sur le sujet du rôle envisageable pour les réserves : “soit la maintenir dans des missions de sécurisation du territoire, soit lui demander de faire quelque chose du type de la défense opérationnelle du territoire – ce qui nécessiterait de la former à d’autres missions, comme se battre contre un ennemi infiltré, des parachutistes, par exemple, ou défendre des points sensibles – soit être intégrée pour partie dans la relève des unités engagées dans un combat de haute intensité. […] Mais si des unités de réservistes devaient être engagées en opération en haute intensité, il faudrait les former et les équiper comme des soldats d’active, ce qui devrait être pris en compte dans la Loi de Programmation Militaire (LPM) suivante. Pour l’heure, la LPM actuelle ne le prévoit pas“. Ayant rappelé en préambule que : “Faute de moyens suffisants, il convient d’agir successivement. L’objectif à court terme est la remontée en puissance de l’armée d’active et c’est là-dessus que je fais porter mon effort. Dans cet intervalle, le meilleur appui que puisse m’apporter la réserve, c’est de continuer à fonctionner durant deux à trois ans en remplissant avec l’armée d’active les mêmes missions qu’aujourd’hui. Ce délai permettra de réfléchir au rôle qu’elle sera amenée à jouer dans un conflit de haute intensité“.

 

Il précisait ensuite dans une autre enceinte : “Nous ferons des propositions. Nous pouvons ne rien changer, avec une réserve maintenue dans un rôle de protection, et une formation militaire assez basique. Au contraire, nous pouvons souhaiter qu’elle s’engage plus avant. Nous reviendrions alors à des missions comparables à celles de la Défense opérationnelle du territoire (DOT), avec des régiments plus équipés et mieux entrainés. Enfin, nous pouvons envisager que dans la haute intensité, la réserve, au moins en partie, soit un complément à l’armée d’active. Cela impliquerait un effort budgétaire particulier dans la future LPM. La création d’une éventuelle batterie d’artillerie de réservistes exigerait par exemple des canons, des obus pour s’entraîner, et des formations spécifiques“. Une réflexion qui s’appuiera sur des expérimentations actuellement menées, qui permettent de tirer des enseignements, peser les avantages, les opportunités, les contraintes et les coûts.

 

Parallèlement, le document conceptuel Action terrestre future (ATF) retenait “la masse” parmi les 8 facteurs de supériorité opérationnelle (FSO) du combat aéroterrestre : “Au-delà du seul rapport de force, la masse se comprend comme la capacité à générer et entretenir les volumes de forces suffisants pour produire des effets de décision stratégique dans la durée, prenant en compte les impératifs dictés par le cadre espace/temps spécifique à chaque opération“. 

Explorer la voie de blinder la réserve

L’expérimentation actuelle menée par le 6ème escadron du 501ème régiment de chars de combat (RCC) de Mourmelon-le-Grand (rattaché à la 2ème brigade blindé (BB) d’Illkirch), avec la mise sur pied depuis l’année dernière d’une patrouille sur blindés légers de type VBL, est à ce titre particulièrement illustratif. Unité d’intervention de réserve (UIR) des “As de Champagne“, l’escadron (ex 5ème escadron depuis sa recréation en 1997 et jusqu’à la réorganisation des régiments dotés de chars Leclerc et l’ajout d’un escadron supplémentaire de reconnaissance) poursuit en 2021 l’expérimentation : après la patrouille aujourd’hui formée, il devrait être formé un peloton de recherche et d’investigation (PRI) pour fin 2021, avant la bascule en 2022 en escadron de recherche et d’investigation de réserve.

 

 

L’escadron de réserve du 501ème RCC reprend les traditions du 21ème bataillon de chars de combat (BCC). Son insigne intègre la Croix de Lorraine argentée rappelant les origines de son régiment de base (le 507e régiment de chars de combat, ayant tenu garnison à Montigny-lès-Metz), couvrant le heaume et les canons croisés de l’arme de la Cavalerie, et surmontant la devise de ce bataillon “Je passe”, avec un écu de 3 chiffres 7 (anagramme pour 21).

L’escadron est constitué à ce jour de trois pelotons de combat (la patrouille formée étant au sein du 1er peloton), d’un peloton d’instruction et d’un peloton de commandement et de logistique, avec environ 180 réservistes sous contrat (avec une forte montée en puissance (puisque comptant environ 130 réservistes fin 2019). Depuis 2020, au sein de son 1er peloton, est donc lancée une expérimentation de patrouille sur VBL. Pour cela, plusieurs formations collectives et individuelles ont eu lieu, comme des formations d’adaptation complémentaire qualifiante (FACQ) pour les adjoints de patrouille (brigadiers ou brigadiers chefs), avec des camarades d’active en juillet 2020. Ainsi que des exercices en terrain libre ou des exercices lors de rotations d’unités d’active au Centre d’entrainement au combat (CENTAC) à Mailly-le-Camp. Suite à cette première étape, jugée concluante, la décision a été prise de transformer progressivement cet escadron blindé de réserve (EBR) en escadron porté pour constituer un escadron de recherche et d’investigation de réserve, apte à mettre en œuvre des modes d’action et employer des matériels jusque-là réservés à des unités d’active.

Les défis à relever et les points à explorer sont nombreux en termes de formations et de qualifications individuelles ou collectives (pilote, tireur, maintenancier…), de rétention des réservistes et évitement d’une trop forte déperdition, intégration de militaires d’active (ayant l’avantage d’être déjà en partie formés) en fin de contrat (et donc l’éventuel lien avec la réserve opérationnelle de second niveau (RO2), composée des ex-militaires d’active, soumis à l’obligation de disponibilité pendant les 5 années suivant leur départ de l’armée de Terre), poursuite des autres activités (renforts de service au régiment, opérations Sentinelle ou Cuirasse, etc.) en parallèle de la montée en compétences, disponibilité des véhicules et équipements en nombre suffisant, gestion des priorités active/réserve, gestion des délai, alertes et réactivité, etc. Une bascule pour le moment relativement inédite au sein de l’armée de Terre, allant de pair avec une montée en compétences des ressources internes de l’escadron (moniteurs / instructeurs qualifiés) pour gagner en autonomie. Mais une bascule qui, si elle se révélait pertinente, pourrait en amener d’autres, par exemple, au niveau des batteries de réserve des régiments d’artillerie pour le service de pièces de mortiers, des compagnies de réserve des régiments d’infanterie pour du combat embarqué sous blindage, etc.

 

 

Combinaison de tankiste et béret noir à larges bords de tradition pour les chefs de corps montant et descendant du 501ème RCC. Porté depuis 1917, le béret noir n’est officiellement reconnu qu’en août 1919. Le général Estienne, premier directeur de “l’artillerie spéciale” (puis de “l’artillerie d’assaut” et enfin de “la cavalerie blindée”), voulait reconnaitre l’artilleur spécial ou le tankiste au premier coup d’œil, et dota ses équipages de bérets noirs brochés de la bombarde (“la puissance de l’artillerie avec la rapidité de la cavalerie”). 

MAJ : Du côté du 3ème régiment d’artillerie de Marine (RAMa) de Canjuers, la 5ème batterie de réserve monte également en gamme depuis l’année dernière, avec des périodes de service des pièces de mortiers de 120 mm Rayé Tracté.

 

 

Vers une DOT 2dot0 ?

Le cadre d’emploi possible et probable est un champ encore largement ouvert. Il sera, par exemple, apte à participer, notamment, à la Défense Opérationnelle du Territoire (DOT), conception datant de 1962. Selon le code de la défense (version du 16 novembre 2020), “La DOT, en liaison avec les autres formes de la défense militaire et avec la défense civile, concourt au maintien de la liberté et de la continuité d’action du Gouvernement, ainsi qu’à la sauvegarde des organes essentiels à la défense de la nation. Les autorités militaires auxquelles incombe son exécution ont pour mission :

  1. En tout temps, de participer à la protection des installations militaires et, en priorité, de celles de la force nucléaire stratégique ;
  2. En présence d’une menace extérieure reconnue par le conseil de défense et de sécurité nationale ou d’une agression […], d’assurer au sol la couverture générale du territoire national et de s’opposer aux actions ennemies à l’intérieur de ce territoire ;
  3. En cas d’invasion, de mener les opérations de résistance militaire qui, avec les autres formes de lutte, marquent la volonté nationale de refuser la loi de l’ennemi et de l’éliminer“.

Il s’agira de juger de la pertinence de faire de la réserve opérationnelle un apport d’Ultima ratio de la Nation en assurant la défense militaire du territoire, contribution différente en ambition du niveau d’emploi moyen actuel de 1.000 réservistes par jour participant aux opérations Sentinelle (protection du territoire), Cuirasse (protection des emprises militaires) et Résilience (crise sanitaire du Covid-19). Un emploi aujourd’hui en défense civile, c’est-à-dire un engagement sur la base d’une réquisition émise par l’autorité civile pour intervenir en appui des forces de sécurité intérieure ou des forces de sécurité civile. Une contribution majoritairement à des missions de protection, notamment dans la posture interarmées dite de posture de protection terrestre (PPT) qui recouvre l’ensemble des dispositions permanentes ou conjoncturelles prises par les armées dans le cadre de la fonction stratégique “protection” pour le milieu terrestre, et qui permet notamment de réagir en cas de crise majeure sur le territoire national (TN), en métropole et outre-mer. La participation des réservistes opérationnels représente à ce jour en moyenne 10% de l’engagement TN de l’armée de Terre (jusqu’à 20% en période estivale), engagement s’inscrivant dans la durée, avec des exigences fortes en termes de préparation opérationnelle. Les réflexions menées à ce jour consisteraient à dépasser la recherche d’une simple hausse des effectifs, en bâtissant une force de réserve plus agile, pouvant aller jusqu’à être capable d’un engagement opérationnel massif sur court préavis. A ce titre, le volet “réserves” de l’exercice Orion de niveau division prévu en 2023 (cf. article précédent à ce sujet) sera également un révélateur du niveau d’ambition.

 

Un axe majeur pour le commandement Terre pour le Territoire National (COMTN), créé officiellement en octobre 2017, l’un des 12 commandements divisionnaires du modèle d’armée de Terre “Au contact“. Ce récent état-major a pour ambition d’incarner “le rééquilibrage stratégique de l’armée de Terre” au profit de la protection du territoire national décidé notamment par les précédents chef d’état-major des armées et chef d’état-major de l’armée de Terre, notamment au travers de la posture de protection terrestre (PPT) : “de la défense de l’avant à la protection des Français sur le territoire national“. Le COMTN œuvrant à ce que l’armée de Terre soit “organisée, acculturée et préparée à un engagement sur le TN“, en se dotant d’une capacité d’anticipation et de transformation pour répondre au mieux aux exigences d’une crise majeure affectant la métropole comme les Outre-mer. Le COMTN est ainsi le réfèrent pour la réserve opérationnelle de l’armée de Terre (le Délégué aux réserves de l’armée de Terre, étant l’adjoint du COMTN), et participe à l’évolution de la réserve. Et pas uniquement en volume, même si des résultats ont été obtenus au cours des dernières années. Au 31 décembre 2019, 41.047 personnes avaient intégré la réserve opérationnelle de premier niveau, contre environ 26.000 en 2016, dont 24.885 pour l’armée de Terre (avec environ 41,6 jours/hommes réalisés). Ils étaient, fin 2018, 22.728 réservistes au sein de l’armée de Terre (et 38.529 au total), selon les Chiffres clés de la Défense. En parallèle, le budget des réserves (interarmées et interservices) est passé de 70 millions d’€ en 2016 à 170 millions d’€ en 2020.

Équilibre intervention / spécialisation

Dans le cadre du projet Réserve 2019 qui, en 2017, rénovait l’emploi des réservistes pour répondre aux besoins des armées face aux enjeux sécuritaires (et qui pourrait mériter d’être mis à jour avec les réflexions en cours), un des axes d’efforts portait sur les Unités Spécialisées de Réserve (USR), réparties notamment dans les régiments de Génie, du Train ou dans d’autres unités aux compétences particulières (par exemple : lutte nucléaire, radiologique, biologique ou chimique (NRBC), transit maritime, ou maintenance). A leur niveau, ces USR partagent des missions similaires à celles des unités d’active au sein de leur régiment d’appartenance, par exemple : travaux de chantier ou franchissement pour les USR des régiments du Génie, circulation ou transport routier pour les USR des régiments du Train, etc. A ce jour, l’armée de Terre en compte 16.

 

Ainsi, la 25ème compagnie de franchissement de réserve (CFR) du 6ème régiment du génie (RG) d’Angers, constitué d’une centaine de personnels, maitrise la mise en œuvre du pont flottant motorisé (PFM). Elle doit aussi être capable d’intervenir au profit de la population (dispositif Orsec) en cas de catastrophe naturelle ou d’inondation majeure (plan Neptune). Pour monter en compétences, elle renforcera la 23ème compagnie d’appui amphibie et de franchissement (CAAF) du 6ème RG pour des exercices interalliés en Belgique ou en Italie. Au sein du 19ème régiment du génie (RG) de Besançon, régiment d’appui de la 1ère division pour l’appui Génie au combat et l’appui au déploiement, la 53ème compagnie spécialisée de réserve, forte de 150 réservistes, est l’une des deux compagnies de réserve du régiment (en plus d’une UIR plus classique). En plus de l’entraînement et du développement des compétences militaires de base, elle est l’unique compagnie de réserve spécialisée dans les travaux de création/rénovation de routes civiles et militaires, création/rénovation de bâtiments, d’ouvrages et d’infrastructures (postes de combat, FOBs…), création/rénovation de voies ferrées, etc. Pour cela, elle est composée de 5 sections ayant chacune leurs spécificités : 1 section commandement, 1 section Route, 1 section ADL (Aide au Déploiement Lourd), 1 section VF (Voie Ferrée), 1 section Ouvrage, et 1 section Instruction (notamment pour les qualifications sur les engins bien particuliers). Les questions logistiques s’étant relevées prégnantes dans l’opération Résilience, l’apport de escadrons de circulation et d’escorte de réserve (ECE-Rés) de régiments du Train, comme au 503ème régiment du Train (RT) de Nimes ou 511ème RT d’Auxonne, sont également des sujets d’intérêts dès lors qu’ils sont convenablement dotés en véhicules (camions / moyens de chargement-déchargement, notamment).

Comme les autres unités de réserve, ces unités au format ProTerre ont pour vocation d’intervenir en cas de crise ou de catastrophe naturelle survenant sur le territoire national. Elles sont en mesure de remplir des missions d’aide à la population, d’appui à la sécurité générale et de protection de points d’intérêts vitaux. Pour les 86 autres unités élémentaires d’intervention (dont 4 appartenant au 24ème régiment d’Infanterie, unique régiment de réserve de l’armée de Terre) de type Proterre, pour “PROjection pour accomplir des missions principalement de PROtection, de PROfessionnels de l’armée de TERRE“, capables de renforcer toute unité pour des missions de sécurisation d’emprise ou du territoire national, les réflexions sont donc aussi ouvertes. En les rapprochant des spécificités de leur régiment d’appartenance, ou dans le cadre d’une plus forte spécialisation (logistique, maintenance, renseignement…). Sans forcément révolutionner les procédés génériques (escorte, patrouiller…) maitrisés dans le cadre des Missions Communes à l’Armée de Terre (MICAT) misent en œuvre : Surveiller, Soutenir, Boucler une zone, Tenir et Interdire. Un avenir à écrire pour la réserve opérationnelle de l’armée de Terre, 2nde composante, en termes d’effectifs, de la Garde nationale.

Le groupe français SOFRAME propose le projet « MOSAIC » pour remplacer les Véhicules blindés légers

Le groupe français SOFRAME propose le projet « MOSAIC » pour remplacer les Véhicules blindés légers

http://www.opex360.com/2021/02/06/le-groupe-francais-soframe-propose-le-projet-mosaic-pour-remplacer-les-vehicules-blindes-legers/

Inquiétude parlementaire sur le retard au démarrage du programme CIFS

Inquiétude parlementaire sur le retard au démarrage du programme CIFS


Initié dans l’ombre de MGCS, le programme franco-allemand d’artillerie du futur (CIFS*) peine à voir le jour et pourrait ne pas être livré avant 2045, relevait récemment La Lettre A. De quoi susciter l’inquiétude du député LR Patrick Hetzel, auteur d’une question écrite adressée à la ministre des Armées, Florence Parly.

Inertie politique

Le sujet CIFS semble politiquement au point mort depuis la lettre d’intention signée en juin 2018 par les ministres de la Défense français et allemand. Conséquence de cet immobilisme, les premiers systèmes arriveraient dans les forces armées avec, au mieux, cinq années de retard par rapport au calendrier initial.

« L’inertie des gouvernements français et allemand empêche les industriels d’avancer sur la conception du système, notamment dans le choix des technologies pour atteindre une portée de 100 kilomètres, soit 60 kilomètres de plus que le Caesar », souligne Patrick Hetzel. Le lancement des programmes SCAF et MGCS n’avait pas été exempt de difficultés, rééditer l’erreur avec CIFS serait « du plus mauvais effet en terme de coopération franco-allemande », estime le député.

Il faudra probablement attendre plusieurs mois avant qu’une réponse ministérielle soit publiée. Son impact sur le processus de décision serait très probablement limité car l’année 2021 s’annonce surtout décisive pour d’autres axes de coopération, SCAF et MGCS en tête. « L’objectif est de pouvoir contractualiser la phase suivante de ces projets au plus tard mi-2021 », annonçait Florence Parly le 21 janvier lors de ses vœux aux Armées.

Pas un mot sur l’artillerie, alors qu’industriels et instituts de recherche poussent au démarrage. Une Integrated Product/Project Team de KNDS (Nexter+KMW), industriel auquel a été confié CIFS, continue de plancher sur le sujet. D’autres pistes technologiques ont trouvé un ancrage européen. Le projet PILUM, par exemple, retenu par le dispositif d’Action préparatoire sur la recherche en matière de défense (PADR) de la Commission européenne. Piloté par l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL), PILUM vise à démontrer l’apport du canon à rails électromagnétiques pour l’appui d’artillerie à longue distance.

Même modernisé, le CAESAR ne parviendrait pas à compenser le retard au démarrage du programme CIFS (Crédits : 93e RAM)

Une possible rupture capacitaire à l’horizon

Derrière le revers politique, un report pourrait être synonyme de rendez-vous manqué, voire de rupture capacitaire, pour l’armée de Terre. CIFS est en effet l’un des piliers majeurs du programme Titan de l’armée de Terre. Successeur de Scorpion, Titan renouvellera les matériels du segment de décision. Hormis CIFS et MGCS, il comprendra le remplacement du VBCI et le développement du système sol-air basse couche (SABC) et du successeur du Tigre, le système d’attaque de l’aérocombat du futur (SAAF).

À l’instar de MGCS, CIFS est présenté comme un système multi-plateforme. Il combinera des capacités d’appui sol-sol à longue (80-100 km pour le canon) et très longue portée (plusieurs centaines de km pour la roquette) qui succéderont aux canons automoteurs CAESAR et aux lance-roquettes unitaires (LRU) côté français et aux systèmes PzH 2000 et MARS II côté allemand.

Titan est attendu pour 2040. CIFS ne serait donc pas au rendez-vous à temps, alors qu’aucun des deux parcs français actuels n’est conçu pour compenser le décalage. Le CAESAR, en service depuis 2008, devrait être complété et modernisé en cours de LPM, mais la prolongation de sa durée de vie ne serait pas suffisante pour opérer la jonction. La situation est encore pire pour les LRU, théoriquement obsolètes à l’horizon 2030. Pour éviter une rupture, l’armée de Terre se verrait dans l’obligation d’adopter une solution intérimaire susceptible de menacer davantage la poursuite du programme franco-allemand.

Les conséquences dépasseraient le seul cadre franco-allemand. De fait, CIFS est l’unique piste crédible pour les armées désireuses de renouveler leur artillerie avec une solution de rupture européenne. Les systèmes qui en découleront seront ainsi autant de candidats naturels au remplacement, entre autres, des parcs de CAESAR (Danemark, bientôt la République tchèque) et de PzH 2000 (Pays-Bas, Hongrie, Italie, Lituanie, Grèce, Croatie).

La Coopération permanente structurée (CSP/PESCO) comprend bien un volet « Indirect Fire Support Capability » (EuroArtillery), adopté en mars 2018 par le Conseil de l’Europe et piloté depuis lors par la Slovaquie. Il envisage le développement d’une plateforme d’artillerie, de nouvelles munitions et d’un système de conduite de tir communs sur le court à moyen terme. Bien moins ambitieux que CIFS, celui-ci n’a pourtant pas été retenu dans les 26 projets PESCO pour lesquels la Commission européenne espère l’atteinte d’une capacité opérationnelle finale d’ici à 2025.

*Common Indirect Fire System

Un nouveau venu dans le ciel de Barkhane

Un nouveau venu dans le ciel de Barkhane


Déployé depuis peu au Mali, le nouveau système de mini-drones de reconnaissance (SMDR) de l’armée de Terre y enchaîne désormais les missions en appui de l’opération Barkhane.

Successeur du drone de reconnaissance au contact (DRAC), le SMDR « a réalisé plusieurs dizaines de vols depuis son arrivée fin 2020 », annonçait l’état-major des armées ce vendredi.

« Il permet, pendant plusieurs heures, de jour comme de nuit, d’effectuer à plusieurs dizaines de kilomètres des missions d’observations et de surveillance de zones à proximité de nos emprises mais également lors de nos déploiements », a ajouté l’EMA.

Produit par Thales sur son site d’Élancourt (Yvelines), le SMDR offre des performances accrues en matière de détection, de reconnaissance et d’identification grâce à la charge utile bi-capteur haute définition. Celle-ci a été développée par la PME française Merio suivant les spécifications fournies par Thales. Déployé en moins de 12 minutes, il dispose d’une autonomie de 2h30 et d’un rayon opérationnel de 30 km.

(Crédits : EMA)

L’armée de Terre a pris livraison en juin 2020 des trois premiers systèmes SMDR à trois vecteurs et une station sol. Ils ont été confiés à la Section technique de l’armée de Terre (STAT) à des fins d’expérimentation par des opérationnels. Une dizaine de systèmes supplémentaires étaient attendus l’an dernier. Le marché SMDR a été notifié en 2016 à Thales, associé à Aviation Design et Merio. Un contrat évalué à 100 M€ pour 70 systèmes, dont 35 en option.

Au moins un système avait été perçu début décembre par le 61e régiment d’artillerie de Chaumont, régiment de référence en matière de drones, en vue de leur projection en OPEX. Les Diables Noirs en seront les principaux utilisateurs avec les batteries d’acquisition et de surveillance des autres régiments d’artillerie.

Le SMDR vient compléter une trame drones en plein renouvellement et déjà composée de nano-drones Black Hornet 3 (DrOP) et micro-drones NX-70 Block II opérés depuis longtemps au Sahel. Le segment des micro-drone sera complété dans quelques mois par les premiers systèmes ANAFI USA, commandés cette semaine auprès du Français Parrot.

L’échelon supérieur de cette trame, le SDT Patroller, apportera une élongation et une capacité SA2R supérieures, ainsi que la possibilité de mettre en œuvre des armements. Après quelques déboires, deux systèmes SDT à cinq vecteurs devraient être livrés cette année pour respecter l’objectif d’une mise en service opérationnelle d’ici à 2022.

Image : EMA

ESM Saint-Cyr : Trois peines de prison avec sursis ont été prononcées pour la noyade du sous-lieutenant Hami

ESM Saint-Cyr : Trois peines de prison avec sursis ont été prononcées pour la noyade du sous-lieutenant Hami

http://www.opex360.com/2021/01/14/esm-saint-cyr-trois-peines-de-prison-avec-sursis-ont-ete-prononcees-pour-la-noyade-du-sous-lieutenant-hami/