Ces autres programmes d’équipement attendus pour 2020

Ces autres programmes d’équipement attendus pour 2020

 

Illustration du système de brouillage électronique ECLIPSE de Thales, rebaptisé Barage par le ministère des Armées (Crédit : Thales)

 

Pour qui ne craint pas les montagnes de chiffres et autres termes financiers, les documents techniques annexés au budget 2020 des Armées offrent un panorama particulièrement détaillé des programmes en cours et à venir. C’est notamment le cas de la « Justification au premier euro » du programme 146 (Équipement des forces), qui passe en revue les crédits demandés par le ministère des Armées en vue de l’acquisition de nouveaux matériels.

Une fois passés les interminables tableaux chiffrés, les quelques lignes justificatives disponibles apportent un éclairage précieux sur les projections du programme 146. À commencer par l’armée de Terre, dont la politique de renouvellement des matériels, résumée à tort aux véhicules Scorpion, fait pourtant la part belle à d’autres projets essentiels, quoique moins médiatiques. Petit tour d’horizon non exhaustif des développements et achats planifiés pour l’an prochain (et après).

Fusils pour tireurs d’élite : Le PLF 2020 envisage l’acquisition de « fusils pour tireurs d’élite », à ne pas confondre avec le programme FPSA qui, lui, vise au remplacement des fusils FR-F2. Le document ne mentionne ni cible, ni calendrier, ni raison précise au lancement de ce programme. S’agit-il de remplacer le PGM Hécate II ? D’une modernisation des fusils existants ? Conçu par le Français PGM Précision, le fusil Hécate II est en service depuis le milieu des années 1990 dans les sections TELD de l’armée de Terre.

CAESAR : Parmi les principaux engagements repris dans la sous-action « Frapper à distance », le ministère des Armées prévoit de continuer « les travaux préparatoires à l’acquisition d’un complément de 32 CAESAR » pour atteindre la cible de 109 pièces annoncée par la LPM 2019-2025. Le PLF 2020 y alloue 35M€ en autorisations d’engagement. Selon le document consulté, la réalisation de cette commande supplémentaire n’est pas programmée avant 2021, pour des livraisons devant se clôturer en 2025.

AT4 F2 : Attendue depuis 2018, « l’acquisition de munitions dont la roquette AT4 de nouvelle génération […] » est à nouveau au menu de la loi de finances. Un accord-cadre pluriannuel avait été signé dans ce sens avec Saab en 2014, pour un coût global estimé à 193M€. L’entreprise suédoise avait alors sélectionné Nexter Munitions pour la fourniture d’un soutien logistique tout au long du programme. Baptisée AT4 F2 par l’armée de Terre, cette nouvelle version du lance-roquette de 84 mm est encore « en développement » d’après le général Beaudoin, directeur plans et programmes à l’EMAT. Le standard F2 est appelé à reprendre la relève de l’Eryx et de l’AT4 CS F1, en complément du missile MMP. Il apportera un complément essentiel en terme de portée et de variété de munitions. L’AT4 F2 permettra au fantassin de choisir entre une roquette anti-blindé (ABL), une roquette anti-structure (AST) partagée avec les sapeurs et une roquette antipersonnel (AP). Une fois couplée à un nouveau moyen d’aide à la visée non jetable, absent sur la version CS F1, la roquette AP procurera un mode airburst efficace jusqu’à 1000 mètres. Les travaux en cours concernent l’acquisition d’une capacité de tir de nuit à l’horizon 2020.

Fardeau Mistral : Le ministère des Armées est engagé depuis une décennie dans la rénovation à mi-vie du système sol-air à très courte portée Mistral, produit par MBDA. Après la livraison de 850 missiles de nouvelle génération, ce programme prévoyait dès 2017 la confection d’un nouveau fardeau pour l’aérolargage du système d’armes. Après des reports successifs, il pourrait enfin se concrétiser l’année prochaine. Le sujet devrait tout particulièrement intéresser le 35e régiment d’artillerie parachutiste, principale unité d’appui de la 11e brigade parachutiste, et le 1er régiment du train parachutiste, spécialisé dans l’appui à la projection et le soutien par voie aérienne.

Désignateur laser : À nouveau, le sujet se limite à « la commande […] de pointeurs-désignateurs-illuminateurs laser ». Il faut revenir en avril 2017 pour retrouver le lancement par la DGA d’un projet de « qualification et [d’] acquisition de Désignateurs Laser Nouvelle Génération (DL-NG) légers, à longue distance de désignation efficace ». Le besoin alors exprimé était 70 systèmes d’une masse égale ou inférieure 4 kg et dont le faisceau laser présente une énergie supérieure ou égale à 80 millijoules. Deux industriels français pourraient en bénéficier, à savoir CILAS et Safran.

VBL Ultima : Nouvelle motorisation, nouvelles suspensions, tourelleau téléopéré, radio CONTACT, etc. : 800 VBL subiront une cure de jouvence nécessaire pour assurer l’intervalle jusqu’à l’horizon 2025 et l’arrivée progressive du VBAE. Prévue à l’origine pour décembre de cette année, la livraison du 50e VBL Ultima interviendra finalement l’an prochain. Des commandes ont déjà été passées pour les 250 premières plateformes. L’exercice 2020 envisage la commande d’un nouveau lot de 120 unités, de même que la livraison de 103 véhicules supplémentaires. Après avoir subi un décalage de quelques semaines, l’inauguration de la ligne de production devrait intervenir au début du mois de décembre par la DGA.

Kits Barage : Les Armées envisagent ensuite l’acquisition de kits d’adaptation véhicules pour le brouilleur Barage. On ne sait que peu de choses de ce discret programme mené par la DGA, hormis qu’il est destiné à équiper les véhicules Scorpion d’un nouveau système de protection électronique contre les IED. Basé que le système Eclipse de Thales, déjà en service dans d’autres pays, le brouilleur Barage couvre toute la gamme de fréquences (20 à 2500 MHz) tout en restant compatible avec les communications amies, dont les radios tactiques, GPS militaires et communications par satellites en bande X. Selon Thales, trois modes sont disponibles : hybride, réactif et actif duel pour optimiser l’efficacité du brouillage. Le système a passé avec succès les essais de qualification de la DGA en 2016.

[En bonus] SAMP/T NG :  Oui, nous savons parfaitement que, dans l’armée française, le système de défense antiaérienne SAMP/T Mamba n’est pas opéré par les Terriens mais par l’armée de l’Air. Nous ferons une exception pour cette fois. Lancé cette année, le développement du SAMP/T NG projette l’intégration du missile Aster 30 B1 NT (Block 1 Nouvelle Technologie) et du successeur du radar multifonction Arabel aux sections SAMP/T de l’armée de l’Air. Si MBDA s’est naturellement imposé pour le développement du standard B1NT, le segment conduite de tir devrait en théorie reposer sur le radar AESA GF 300 (Ground Fire 300) conçu par Thales. Les autorisations d’engagement ouvertes en 2020 pour ce programme s’élèveront à 343M€ afin de couvrir « le développement de la conduite de tir du système SAMP/T NG ». Les livraisons du premier missile Aster 30 B1NT sur les 118 de la cible globale et de la première section rénovée ont par ailleurs été décalées de 2024 à 2027 « en cohérence avec les travaux d’ajustement de la programmation militaire ».

Quel avenir pour le parc blindé de la Gendarmerie ?

Quel avenir pour le parc blindé de la Gendarmerie ?


Les quatre véhicules aujourd’hui à l’étude pour le renouvellement du parc blindé de la Gendarmerie

 

Que faire des 84 véhicules blindés à roues de la Gendarmerie (VBRG), entrés en service en 1974 ? Régulièrement déployé lors des manifestations menées dans le cadre des ZAD et des Gilets jaunes, le vénérable VBRG se cherche désormais un avenir, ballotté en entre retraite anticipée et prolongation du service. Longuement évoqué à l’occasion du budget 2020 de la Gendarmerie, le sujet est à nouveau revenu sur le devant de la scène lors du salon Milipol, organisé cette semaine à Paris.

 

Trois scénarios

Le parc blindé de la Gendarmerie comprend une centaine de véhicules, dont 84 VBRG. À ceux-ci, stationnés pour la plupart au Groupement blindé de gendarmerie mobile de Satory (38) et en Outre-mer (32), s’ajoute une vingtaine de VAB récupérés auprès de l’armée de Terre. Quatorze d’entre-eux bénéficient d’un surblindage hérité de leur engagement précédent en Afghanistan. Ils présentent une moyenne d’âge de 34 ans. Si ces derniers peuvent encore « tenir » quelques décennies, l’accélération et l’intensification des crises rencontrées ces deux dernières années, rend par contre impérieux le renouvellement du parc de VBRG. Trois scénarios sont pour l’instant à l’étude, rapporte la députée LREM Aude Bono-Vandorme dans un rapport sur le projet de loi de finances pour 2020. Il s’agira soit d’identifier une nouvelle plateforme adaptée au meilleur prix, soit de remettre à niveau les VBRG tout en récupérant des VAB destinés à la déconstruction, soit, enfin, de choisir une solution mixte reposant sur l’acquisition de nouveaux matériels et le « rétrofitage » d’une partie des véhicules en service.

La seconde alternative était celle privilégiée par le général Lizurey, aux manettes de la Gendarmerie jusqu’au 15 octobre dernier et son adieu aux armes. « Nous nous orientons vers le rétrofit des véhicules blindés actuels et des VAB qui ne sont plus d’utilité aux armées, » annonçait-il devant la Commission défense de l’Assemblée nationale. Selon l’ancien Directeur général de la Gendarmerie nationale (DGGN), rafraîchir les VBRG coûterait environ 250 000€ à l’unité, « incluant la remotorisation complète, la climatisation et la révision de l’ensemble du système ». La modernisation de la totalité de la flotte reviendrait donc à une vingtaine de millions d’euros. Soit, « cinq à six fois moins cher que le développement d’un matériel par des industriels, » notait alors le général Lizurey .

Si elle est économique, cette formule n’en est pas moins complexe et n’apporterait pas le sursaut technologique suffisant pour correspondre aux missions d’aujourd’hui. « Pour des véhicules de 45 ans d’âge, cela devient un peu problématique. Nous pouvons les améliorer quelque peu, mais il ne faut pas croire que ce soit une solution si économique que cela. Et les véhicules qui en découleront présenteront des capacités assez limitées par rapport aux véhicules plus récents et mieux équipés, » relève le PDG d’Arquus, Emmanuel Levacher. Le constructeur originel du VBRG, Berlier, a disparu, de même que la majeure partie des connaissances techniques au sein du groupe Arquus, sans parler de l’absence de pièces détachées. Concurrent historique du VAB, le VBRG partage des caractéristiques techniques globalement similaires. S’acharner à prolonger son existence n’apporterait finalement qu’une plus-value toute relative face à une évolution vers un modèle « 100% VAB » plus cohérent.

Le transfert et la modernisation de VAB de l’armée de Terre serait probablement la solution médiane idéale entre un VBRG hors d’âge et du neuf hors budget. « Tout existe déjà pour le VAB, » déclare Arquus, qui réalise pour le moment le rétrofit de 150 véhicules au profit d’un client du Moyen-Orient. Il s’agirait, grosso modo, de récupérer quelques briques du standard Ultima, auquel il conviendra intégrer les systèmes spécifiques aux missions de sécurité. Tout en restant peu onéreuse, l’idée permettrait de reposer sur les savoir-faire existants, tant du côté de l’industriel en charge de la DTO que des opérationnels rompus au maniement de l’engin. Les dispositifs de soutien continueront d’exister à Fourchambault, de même que la petite forge nécessaire pour créer les pièces détachées nécessaires. Contrairement au VBRG, « il reste des mécaniciens formés pour donner une seconde vie à un VAB, » explique Arquus.

 

Sherpa vs Serval

Reste l’éventualité d’une nouvelle plateforme blindée. « Nous préférons bien entendu proposer des matériels neufs que de rétrofiter à l’infini des matériels anciens, » ajoute Levacher. Bien que celle-ci soit « hors de portée budgétaire » et qu’aucun programme n’a été formalisé à ce jour, la Gendarmerie a récemment exprimé un embryon de besoin auprès d’Arquus et de Nexter. Ni calendrier ni cible précise, mais un choix qui s’orienterait vers un véhicule 4×4, « l’option du TITUS est donc totalement à oublier, » confirme-t-on du côté de Nexter. Sa masse maximale devra permettre à la fois d’évoluer sur la voirie française et de conserver un niveau de protection suffisant.

 

Le Sherpa APC modifié présenté par Arquus durant le salon Milipol

Le Sherpa APC modifié présenté par Arquus durant le salon Milipol

 

Pour réduire la facture, les deux groupes versaillais ont décidé de construire leur proposition sur base de plateformes existantes ou bientôt disponibles qu’il suffira de modifier en temps voulu. Du côté d’Arquus, il n’est dès lors pas surprenant de retrouver le Sherpa APC, déjà opéré en version « échelle d’assaut » par le GIGN. Avec près de 1000 unités produites toutes variantes confondues, le Sherpa est particulièrement présent sur le segment du maintien de l’ordre, avec des ventes enregistrées notamment en Inde, au Brésil, au Kosovo et au Chili. L’exemplaire exposé durant Milipol conserve sa couleur noire caractéristique, et ajoute principalement une lame de déblaiement et une tourelle d’observation.

 

Une variante "Gendarmerie" dévoilée par Nexter au salon Milipol

Une variante « Gendarmerie » dévoilée par Nexter au salon Milipol

 

Nexter propose quant à lui une nouvelle version « Gendarmerie » du VBMR Léger commandé par le ministère des Armées. Hautement protégé, ce blindé de plus de 15 tonnes sera livré à 978 exemplaires à l’armée de Terre, dont 489 d’ici 2025. La version « Gendarmerie » présentée à Milipol reprend à son tour les fondamentaux du VBRG : une lame capable de déployer jusqu’à six tonnes de débris, des grilles de protection et une tourelle d’observation. Nexter y apporte ensuite une motorisation, un niveau de protection et une capacité de transport supérieurs, de même que cinq diascopes et quatre caméras offrant une vision à 360°. Le niveau de blindage du Serval pourra par ailleurs être sensiblement diminué pour consacrer le gain masse à d’autres ajouts. Pour l’heure, tant Nexter qu’Arquus sont encore au stade du « maquettage » et aucune configuration précise n’a été verrouillée pour l’instant. Certaines spécifités propres à la Gendarmerie, tel que l’ajout d’une cage pour les chiens policiers, sont autant d’axes de développement sur lesquels les deux entreprises devront encore plancher.

 

Des options mais pas de fonds

Des solutions ont donc été identifiées mais leur traduction en programme se heurte à de nombreux obstacles, à commencer par une absence de clarté sur le processus de réflexion interne mené par la Gendarmerie. Celui-ci est tellement complexe que « nous avons un peu de mal à suivre. Nous sommes en dialogue permanent, des besoins sont exprimés mais ne se traduisent pas forcément en programmes. Cela est aussi dû au fait que le ministère de l’Intérieur a des processus d’acquisition qui ne sont pas aussi structurés que ceux des Armées, » souligne Emmanuel Levacher.

Le sujet, pourtant maintes fois évoqués par le passé, intervient également à l’heure où le général Rodriguez prend ses fonction en tant que nouveau commandant de la Gendarmerie. Cette étape de passation de pouvoir, synonyme de flottement décisionnel, à l’heure où l’absence de remontée des budgets est pointée du doigt par les parlementaires. Éternel parent pauvre des lois de finances, la Gendarmerie sera dotée de 9Md€ de crédits de paiement en 2020, dont seulement 43,6M€ seront consacrés au renouvellement des moyens mobiles. Des inscriptions budgétaires qui, selon la députée Bono-Vandorme, ne permettront pas d’acquérir les 1600 véhicules prévus. Celle-ci préconise en conséquence de recourir à des dispositifs locatifs, une astuce qui, si elle se matérialise, pourrait par la suite être étudiée pour matérialiser la modernisation du parc blindé.

Ce schéma de « leasing » a déjà fait ses preuves en Belgique. Face aux contraintes budgétaires, la Défense a choisi dès 2014 de remplacer sa flotte vieillissante de véhicules utilitaires au travers d’un contrat de location. Réussie, l’expérience a été renouvelée cet été avec Arval et le groupe automobile PSA pour un montant de 16M€. Outre une ventilation moins contraignante des budgets, l’externalisation de certaines tâches de gestion de flotte et de maintenance permettrait de libérer des postes au sein des unités de soutien.

Malgré ces appels du pied répétés des parlementaires et du DGGN, le question du VBRG risque de rester sans réponse tant qu’elle ne sera pas inscrite dans la trajectoire financière de la Gendarmerie. En l’absence de solution immédiate, il ne fait donc aucun doute, selon la député que cette problématique devra être élevée au rang de priorité à la fois « dans le cadre des travaux d’élaboration du Livre blanc de la sécurité intérieure » et dans la loi de programmation en cours d’écriture. Réponse, au mieux, en début d’année prochaine.

De nouvelles montures pour le CPEOM

De nouvelles montures pour le CPEOM

Des stagiaires du CPEOM à l’entraînement avec l’un de leurs jet-skis (Crédit: SIRPA Terre)

 

Il est extrêmement rare que le service action de la DGSE communique ne fût-ce qu’une ébauche de « liste de courses ». C’est exceptionnellement le cas aujourd’hui, avec un projet d’acquisition de jet-skis émis pour l’une de ses unités, le Centre parachutiste d’entraînement aux opérations maritimes (CPEOM).

 

Comme l’indique le ministère des Armées, le CPEOM « cache, en réalité, un des centres du service Action de la DGSE », unité militaire chargée de la planification et la réalisation de missions clandestines au profit des renseignements extérieurs. Situé à Quélern (Finistère), le CPEOM est l’une des trois branches du service action dirigées par l’armée de Terre. Les militaires qui y sont affectés sont spécialisés dans les interventions en milieu maritime et disposent pour cela d’un large éventail de moyens, dont des jet-skis.

L’appel d’offres en question prévoit l’acquisition de cinq nouveaux véhicules : deux exemplaires de type Ultra 310R et de trois exemplaires de type STX 160X, tous deux produits par Kawasaki. Les entreprises intéressées sont invitées à soumettre une offre d’ici le 25 novembre. La dernière version du STX 160X est mue par un moteur quatre cylindres de 1,498 cm³. En comparaison avec les modèles précédents, celle-ci comprend une plateforme arrière plus large et une meilleure autonomie. Légèrement plus long et taillé pour la vitesse, le modèle Ultra 310R présente une motorisation deux fois plus puissante (300 ch) et des dossiers légèrement rehaussés pour une plus grande stabilité.

 

Les STX-160X et Ultra 310R, modèles retenus par le CEOPM

Les STX-160X et Ultra 310R, modèles retenus par le CEOPM

 

Cet appel d’offres constitue l’un des rares témoignages de l’usage de ce type de véhicules par les unités spéciales françaises. Bien plus bruyant qu’un kayak, le jet-ski sacrifie la discrétion à la vitesse et à l’agilité, essentielles, par exemple, pour des missions d’évacuation médicale, de contre-terrorisme et autres opérations où l’urgence l’emporte sur la furtivité. Le CPEOM reste forcément discret sur l’usage précis qu’il est fait de tels engins lors des opérations clandestines. Quelques jet-skis ont été aperçus lors d’entraînements et d’exercices, tantôt pour « tracter » des nageurs de combat, tantôt pour fournir une capacité d’appui-feu supplémentaire lors des manoeuvres d’embarquement/débarquement. Ils peuvent alors recevoir une mitrailleuse de type Minimi montée sur un bras articulé fixé à l’arrière du véhicule.

Forte d’un peu plus de 5600 agents, la DGSE verra ses crédits n’augmenter que de 1% l’an prochain pour s’élever à 816M€ (titre 2 compris). Le plafond d’emplois sera en baisse à 5670 ETPT, contre 5843 pour cette année. Une situation préoccupante pour le député LR François Cornut-Gentille qui, dans un récent rapport parlementaire sur le PLF 2020, a insisté  sur le fait que « les moyens humains et budgétaires du renseignement extérieur français étaient relativement limités par rapport à ceux de pays comparables ». Le seul Government Communications Headquarters britannique, consacré au renseignent électronique, dispose quant à lui d’un budget annuel de 1,64Md€ et emploie 10 000 personnes.

 

Programme Scorpion : vers d’autres opportunités pour FN Herstal ?

Programme Scorpion : vers d’autres opportunités pour FN Herstal ?

 


De ce démonstrateur VAB Mk2 aux futurs véhicules Scorpion, le TTOP deFNder Medium s’imposera-t-il à nouveau en France ? (Crédit: FN Herstal)

 

Après le Leclerc XLR, verra-t-on les tourelleaux téléopérés (TTOP) du Belge FN Herstal sur d’autres futures plateformes du programme Scorpion ? Ce scénario, de moins en moins hypothétique, est évoqué pour la première fois en France par le député LREM Jean-Charles Larsonneur dans un rapport concernant le budget 2020 des Armées.

 

« Nexter, en discussion avec le ministère belge de l’Économie autour du contrat dit CaMo ‒ pour « capacité motorisée » ‒ d’acquisition de matériels Scorpion par la Belgique, est convenu que FN Herstal développerait un TTOP compatible avec les matériels Scorpion ainsi qu’avec le char Leclerc rénové» rappelle le rapporteur. Comme nous le dévoilions en septembre, FN Herstal et Nexter se sont effectivement accordés sur l’intégration d’un TTOP belge dans le cadre du futur standard rénové du char Leclerc, dont une première tranche pour 50 unités se matérialisera l’an prochain. Arquus, concepteur des tourelleaux T1 et T2, a quant à lui reçu des commandes pour équiper « 75 % du parc de Griffon ». En revanche, souligne le député, « rien n’interdit à la DGA de choisir un TTOP fourni par FN Herstal pour d’autres programmes, y compris le futur véhicule blindé d’aide à l’engagement (VBAE) ». Le rapporteur n’ayant logiquement pas auditionné d’industriels ou de militaires belges pour ce rapport, il est clair que cette perspective n’a pu être évoquée que par un intervenant français.

Si l’usage du conditionnel reste de rigueur, cette sortie rejoint néanmoins celle évoquée récemment sur FOB par le commandant de la Direction générale des ressources matérielles (DGMR) de la Défense belge, le lieutenant-général Debaene. Selon ce dernier, la DGMR étudie de près la possibilité de rejoindre la DGA sur le sujet du VBAE, un besoin sensiblement équivalent à celui de l’armée de Terre étant clairement exprimé en outre-Quiévrain. Ce type de rapprochement est désormais grandement facilité par les mécanismes mis en place au travers de CaMo et pourrait tout à fait impliquer de négocier un développement commun profitable à l’industrie belge.

 

Le concept de VBAE tel qu’évoqué cet été par le général Beaudoin. (Crédit: ministère des Armées/EMAT/Plans)

 

Pour l’heure, on en sait toujours très peu sur ce mystérieux VBAE, hormis quelques visuels à usage purement illustratif diffusés par les Armées et le fait qu’il devrait remplacer la flotte de VBL à compter de 2025, voire avant ? « Nous avons bon espoir de lancer ce programme pendant la LPM et peut-être – soyons fous ! – de voir les premières livraisons avant son terme. En tout cas, nous n’attendrons pas 2025 pour penser et dérisquer ce véhicule, » ambitionnait le général Beaudoin, sous-chef d’état-major Plans et Programmes à l’EMAT, en mai 2018 devant la Commission défense de l’Assemblée nationale. Ce dernier est revenu durant l’été sur les principaux enjeux du programme, à l’occasion d’une présentation réalisée aux États-Unis. L’apparition de nouvelles menaces impliquant de nouvelles missions, le VBAE devra rechercher l’équilibre entre un haut niveau de mobilité, une meilleure furtivité grâce à l’hybridation de la motorisation, une capacité C2 au niveau compagnie, une neutralisation des menaces proches et hors de la vue directe, ainsi qu’une protection accrue de l’équipage (3+1).

 

Du côté des industriels, on tâte le terrain, on développe des briques sur fonds propres et on continue d’affiner le modèle en attendant une spécification du besoin par les autorités militaires. C’est premièrement le cas d’Arquus dont le démonstrateur Scarabee, s’il n’est pas officiellement mentionné comme tel, se veut être la vitrine de l’industriel versaillais pour le programme VBAE. Le Hawkei de Thales sera aussi probablement attendu dans les starting blocks. Un véhicule que le groupe français a d’ailleurs présenté en avril au salon SOFINS équipé… d’un tourelleau deFNder Medium de FN Herstal.

Pas d’ « aéronefs convertibles » pour les Armées, mais…

Pas d’ « aéronefs convertibles » pour les Armées, mais…

Le projet RACER d’Airbus Helicopters, scruté de près par la DGA et les armées (Crédit photo: Airbus Helicopters)

 

Par Nathan Gain – Blog Opérations Forces – Publié le 21 octobre 2019

http://forcesoperations.com/pas-d-aeronefs-convertibles-pour-les-armees-mais/

 

La France « n’entend pas acquérir l’aéronef de transport V280-VALOR ou tout autre appareil de type convertible, » rappelait cette semaine le ministère des Armées dans une réponse écrite au député LR Franck Marlin. Pour autant, les armées et la DGA ne restent pas les bras ballants et étudient d’autres pistes liées à « l’apport de la grande vitesse pour les hélicoptères ».

 

Développé par Bell, le V-280 Valor est l’une des plateformes à décollage et atterrissage verticaux (VTOL) proposées pour le programme Future Vertical Lift de l’US Army. Grâce à ses deux rotors basculants, le prototype a atteint la vitesse de 556 km/h en mars dernier. Un succès d’autant plus retentissant que la BITD européenne est aujourd’hui clairement à la traîne dans ce domaine. « En Europe il n’existe aucune offre industrielle tant sur les hélicoptères lourds que sur les aéronefs à décollage et atterrissage verticaux (…), qui incarnent manifestement le prochain trou capacitaire, » déplore le député Marlin, qui oublie manifestement l’existence du programme AW609 dirigé par l’Italien Leonardo Helicopters.

La France, il est vrai, a tourné le dos aux aéronefs VTOL. Elle conserve néanmoins un intérêt pour d’autres types de propulsion, à commencer par celui envisagé par le démonstrateur RACER d’Airbus Helicopters. Développé dans le cadre du projet de recherche civil européen Cleansky II, le RACER présente une motorisation « combinée » conçue sur base d’une voilure tournante classique et de deux hélices latérales fixées sur un modèle d’aile innovant. Un prototype devrait voler en 2020 pour viser, à terme, une vitesse de pointe de 410 km/h. Hormis les applications civiles, le RACER a été offert à l’armée américaine dans la perspective du Future Attack Reconnaissance Aircraft (FARA). Sans succès, le Pentagone ayant d’emblée choisi de privilégier les propositions américaines.

La militarisation du RACER n’est pas à l’ordre du jour coté français et l’aérocombat continue officiellement de reposer sur la motorisation conventionnelle du futur trio Tigre Standard 3-Guépard-Caïman Standard 2. Ce dernier sera livré au 4e RFHS à compter de 2025 pour les six premiers appareils. Le Tigre Standard 3 arrivera dans les forces à partir de 2025, suivi un an plus tard des premiers Guépards. En parallèle à ces programmes de renouvellement, des études sont aujourd’hui menées afin de moderniser les systèmes d’autodéfense destinés à équiper « l’ensemble des flottes d’hélicoptères et d’avions de transport tactique » à l’horizon 2030 au travers du programme SAHAT. Selon le ministère des Armées, ces évolutions permettront de compenser l’absence de gain en terme de vitesse par un niveau accru de protection « afin de contrer le développement des systèmes d’armes destinés à l’interdiction de l’espace aérien ».

Le déclic devra donc provenir du développement d’une nouvelle plateforme, ce qui pourrait intervenir plus tôt qu’espéré. Dans sa réponse au député Marlin, le ministère des Armées signale en effet que les études préliminaires au lancement du « programme hélicoptère de manœuvre de nouvelle génération » démarreront en cours de LPM 2019-2025. Celui-ci permettra de pourvoir au remplacement « après 2030 » des Caracal et des Cougar en service au sein des forces françaises. La LPM ne mentionne nulle part un tel projet et l’information disponible s’arrête donc là, réduisant la réflexion à de prudentes suppositions. Le mode de propulsion des trois hélicoptères évoqués plus haut étant fixé depuis longtemps, ne subsiste que le scénario d’une intégration sur une future plateforme issue d’une feuille blanche.

Si cette option l’emporte, l’un des prétendants naturels resterait le X6 d’Airbus Helicopters, à condition que celui-ci redécolle un jour. Annoncé en 2015 lors du salon du Bourget, le X6 devait succéder au H225 Super Puma et à sa variante militaire à l’horizon 2025. Ambitieux et risqué, son développement devait théoriquement profiter d’une avance remboursable de 377M€ octroyée par l’Union européenne. Ce prêt ne s’est jamais concrétisé et l’évolution du marché, en particulier la crise du secteur offshore, de même que le manque de maturité des technologies disruptives nécessaires, ont conduit à sa mise au frigo sine die en janvier 2018. Et si la recherche d’un successeur aux Caracal  et Cougar était l’électrochoc nécessaire au réveil de ce projet ? Qu’il s’agisse ou non d’un X6 auquel Airbus accolera la propulsion du RACER, gageons en priorité que l’alignement des planètes s’opèrera durant la prochaine décennie pour que l’aérocombat français ne soit pas pris de vitesse par les menaces émergentes.