Un entretien pour que MGCS puisse passer la seconde

Un entretien pour que MGCS puisse passer la seconde



Les ministres de la Défense de France et d’Allemagne s’entretiendront demain [reprogrammé au jeudi 18/02 selon l’agenda ministériel] par téléphone, dans la foulée du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS) du 5 février. Pour les deux ministres, il s’agira de progresser dans la réalisation des programmes industriels binationaux, à commencer par le système de combat terrestre principal (MGCS).

Une nouvelle étape franchie d’ici peu

Le ton avait été donné par la ministre des Armées, Florence Parly, fin janvier lors de ses vœux aux armées : que ce soit pour MGCS, piloté par l’Allemagne, ou pour le système de combat aérien du futur (SCAF), confié à la France, « l’objectif est de pouvoir contractualiser la phase suivante de ces projets au plus tard mi-2021. Les mois à venir seront décisifs, je compte sur l’engagement de toutes les personnes impliquées pour y parvenir. L’Histoire nous regarde. »

Un échéancier ambitieux, reprécisé deux semaines plus tard par le président Emmanuel Macron à l’issue du CFADS. « Nous sommes confiants que dans les 15 prochains jours, nous pourrons marquer une nouvelle étape », déclarait-il le 5 février.

« Cet échange téléphonique sera l’occasion pour les deux ministres de maintenir cette impulsion et de faire en sorte que les résultats demandés par les chefs soient à la hauteur et à la date dite », soulignait ce jeudi le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean. Soit, des résultats attendus d’ici la fin de la semaine prochaine et qui permettront à chaque programme d’enclencher la seconde et de se sanctuariser davantage.

Passer la seconde avant l’été

Si les mois à venir s’annoncent si déterminants pour MGCS, c’est parce qu’ils préludent au franchissement d’un jalon majeur dans la phase dite de « démonstration technologique » (TDP). Les premiers travaux d’architecture système (SADS 1) avaient été confiés en mai 2020 au consortium (ARGE) formé par Nexter, Rheinmetall et KMW, avec un premier jalon contractuel atteint en août 2020.

Financé à hauteur de 30 M€, le marché SADS 1 livrera ses premiers résultats cette année. Cette étude durera entre 18 et 20 mois et s’achèvera donc à l’horizon 2022. Elle laissera place à une nouvelle phase (SADS 2), que la France et l’Allemagne prévoient d’alimenter à hauteur de 200 M€ répartis à parts égales entre les deux pays. Cette enveloppe soutiendra la réalisation de 14 « Main Technological Demonstrators » (MTD, démonstrateurs d’équipements majeurs).

Une fois conclus les arbitrages industriels, encore faudra-t-il décrocher l’aval du parlement allemand, indispensable pour tout programme d’armement supérieur à 25 M€. Conformément au souhait de Mme Parly, tout l’enjeu sera d’obtenir ce feu vert suffisamment tôt que pour pouvoir finaliser la notification des contrats avant la fin de la session parlementaire allemande, en juin prochain.

La population allemande étant appelée aux urnes en septembre pour les élections fédérales, l’absence de contractualisation avant l’été engendrerait en effet un retard conséquent dans le processus de décision politique, voire une paralysie potentiellement fatale. Et cela, sans compter l’immobilisme que pourraient engendrer les élections présidentielles françaises d’avril 2022.

Les industriels allemands dans les starting-blocks

Un alignement rapide des planètes, synonyme d’ambitions et de financements à la hausse, permettra au trio industriel de changer d’échelle et d’ouvrir davantage le champ aux filières nationales. Côté français, seul Thales a jusqu’à présent été mandaté pour l’intégration de MGCS au sein de la bulle Scorpion.

Confortés par le leadership allemand, les industriels d’outre-Rhin ont ouvertement commencé à se positionner en vue de l’élaboration de certaines briques. La dernière sortie en date provient d’Hensoldt, entreprise de défense spécialisée dans les capteurs et détenue minoritairement par le ministère de la Défense allemand depuis décembre dernier.

La « vision » promue par Hensoldt, dont le responsable France occupe un siège au comité exécutif, s’appuie principalement sur la fusion multi-senseurs et les réseaux de capteurs. Selon l’entreprise, un tel réseau reliant les différentes plateformes de MGCS et soutenu par une intelligence artificielle constituerait une rupture en matière de reconnaissance, d’acquisition de cible et de transfert de données.

Un autre, Diehl Defence, lorgne sur le volet protection. Dès l’an dernier, cette filiale du groupe Diehl axée sur les missiles et munitions, avançait son système de protection active AVePS (Active Vehicule Protection System) et l’intégration de contre-mesures passives multispectrales. Enfin, la filiale allemande du missilier européen MBDA, par la voix de son PDG Thomas Gottschild, a d’emblée considéré MGCS comme un programme essentiel à sa stratégie de développement.

Face à la montée des périls, l’Institut Montaigne propose de revoir le format des armées à la hausse

Face à la montée des périls, l’Institut Montaigne propose de revoir le format des armées à la hausse

http://www.opex360.com/2021/02/09/face-a-la-montee-des-perils-linstitut-montaigne-propose-de-revoir-le-format-des-armees-a-la-hausse/

La Marine a vérifié « l’immunisation » du porte-avions Charles de Gaulle contre certains types de mines

La Marine a vérifié « l’immunisation » du porte-avions Charles de Gaulle contre certains types de mines


Le groupe français SOFRAME propose le projet « MOSAIC » pour remplacer les Véhicules blindés légers

Le groupe français SOFRAME propose le projet « MOSAIC » pour remplacer les Véhicules blindés légers

http://www.opex360.com/2021/02/06/le-groupe-francais-soframe-propose-le-projet-mosaic-pour-remplacer-les-vehicules-blindes-legers/

Inquiétude parlementaire sur le retard au démarrage du programme CIFS

Inquiétude parlementaire sur le retard au démarrage du programme CIFS


Initié dans l’ombre de MGCS, le programme franco-allemand d’artillerie du futur (CIFS*) peine à voir le jour et pourrait ne pas être livré avant 2045, relevait récemment La Lettre A. De quoi susciter l’inquiétude du député LR Patrick Hetzel, auteur d’une question écrite adressée à la ministre des Armées, Florence Parly.

Inertie politique

Le sujet CIFS semble politiquement au point mort depuis la lettre d’intention signée en juin 2018 par les ministres de la Défense français et allemand. Conséquence de cet immobilisme, les premiers systèmes arriveraient dans les forces armées avec, au mieux, cinq années de retard par rapport au calendrier initial.

« L’inertie des gouvernements français et allemand empêche les industriels d’avancer sur la conception du système, notamment dans le choix des technologies pour atteindre une portée de 100 kilomètres, soit 60 kilomètres de plus que le Caesar », souligne Patrick Hetzel. Le lancement des programmes SCAF et MGCS n’avait pas été exempt de difficultés, rééditer l’erreur avec CIFS serait « du plus mauvais effet en terme de coopération franco-allemande », estime le député.

Il faudra probablement attendre plusieurs mois avant qu’une réponse ministérielle soit publiée. Son impact sur le processus de décision serait très probablement limité car l’année 2021 s’annonce surtout décisive pour d’autres axes de coopération, SCAF et MGCS en tête. « L’objectif est de pouvoir contractualiser la phase suivante de ces projets au plus tard mi-2021 », annonçait Florence Parly le 21 janvier lors de ses vœux aux Armées.

Pas un mot sur l’artillerie, alors qu’industriels et instituts de recherche poussent au démarrage. Une Integrated Product/Project Team de KNDS (Nexter+KMW), industriel auquel a été confié CIFS, continue de plancher sur le sujet. D’autres pistes technologiques ont trouvé un ancrage européen. Le projet PILUM, par exemple, retenu par le dispositif d’Action préparatoire sur la recherche en matière de défense (PADR) de la Commission européenne. Piloté par l’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL), PILUM vise à démontrer l’apport du canon à rails électromagnétiques pour l’appui d’artillerie à longue distance.

Même modernisé, le CAESAR ne parviendrait pas à compenser le retard au démarrage du programme CIFS (Crédits : 93e RAM)

Une possible rupture capacitaire à l’horizon

Derrière le revers politique, un report pourrait être synonyme de rendez-vous manqué, voire de rupture capacitaire, pour l’armée de Terre. CIFS est en effet l’un des piliers majeurs du programme Titan de l’armée de Terre. Successeur de Scorpion, Titan renouvellera les matériels du segment de décision. Hormis CIFS et MGCS, il comprendra le remplacement du VBCI et le développement du système sol-air basse couche (SABC) et du successeur du Tigre, le système d’attaque de l’aérocombat du futur (SAAF).

À l’instar de MGCS, CIFS est présenté comme un système multi-plateforme. Il combinera des capacités d’appui sol-sol à longue (80-100 km pour le canon) et très longue portée (plusieurs centaines de km pour la roquette) qui succéderont aux canons automoteurs CAESAR et aux lance-roquettes unitaires (LRU) côté français et aux systèmes PzH 2000 et MARS II côté allemand.

Titan est attendu pour 2040. CIFS ne serait donc pas au rendez-vous à temps, alors qu’aucun des deux parcs français actuels n’est conçu pour compenser le décalage. Le CAESAR, en service depuis 2008, devrait être complété et modernisé en cours de LPM, mais la prolongation de sa durée de vie ne serait pas suffisante pour opérer la jonction. La situation est encore pire pour les LRU, théoriquement obsolètes à l’horizon 2030. Pour éviter une rupture, l’armée de Terre se verrait dans l’obligation d’adopter une solution intérimaire susceptible de menacer davantage la poursuite du programme franco-allemand.

Les conséquences dépasseraient le seul cadre franco-allemand. De fait, CIFS est l’unique piste crédible pour les armées désireuses de renouveler leur artillerie avec une solution de rupture européenne. Les systèmes qui en découleront seront ainsi autant de candidats naturels au remplacement, entre autres, des parcs de CAESAR (Danemark, bientôt la République tchèque) et de PzH 2000 (Pays-Bas, Hongrie, Italie, Lituanie, Grèce, Croatie).

La Coopération permanente structurée (CSP/PESCO) comprend bien un volet « Indirect Fire Support Capability » (EuroArtillery), adopté en mars 2018 par le Conseil de l’Europe et piloté depuis lors par la Slovaquie. Il envisage le développement d’une plateforme d’artillerie, de nouvelles munitions et d’un système de conduite de tir communs sur le court à moyen terme. Bien moins ambitieux que CIFS, celui-ci n’a pourtant pas été retenu dans les 26 projets PESCO pour lesquels la Commission européenne espère l’atteinte d’une capacité opérationnelle finale d’ici à 2025.

*Common Indirect Fire System