“Liberté individuelle et indépendance nationale” – Lettre ASAF – mars/ 2020

Liberté individuelle et indépendance nationale” – Lettre ASAF – mars/ 2020

NOUVEAU 16 mars 2020 : « Liberté individuelle et indépendance nationale » LETTRE ASAF - 03/20

La pandémie du coronavirus fait prendre conscience aux Français de la dépendance de leur pays dans de nombreux secteurs. La « mondialisation heureuse » n’était, jusqu’à présent, remise en question que pour des raisons de réchauffement climatique.

Depuis des années, les entreprises délocalisaient pour rester compétitives et maintenir leurs profits. Mais depuis quelques semaines, elles prennent conscience des risques d’une trop grande dépendance de l’étranger.

Dans la même logique, les Français, dits individualistes, pressent le gouvernement de donner des directives pour les rassurer, les protéger et anticiper les risques à venir. Ils découvrent que l’homme, seul, ne peut rien. La liberté individuelle ne peut exister qu’au sein d’une communauté organisée et puissante, c’est-à-dire soudée.

La Nation et les Français

Deux millions de Français vivent hors de l’Hexagone sans parler des touristes qui partent en vacances à l’étranger. Nous avons tous en mémoire ces deux compatriotes « en vadrouille » au Bénin pour la liberté desquels deux membres des forces spéciales sont récemment morts. De nombreuses interventions militaires ont été lancées en Afrique pour « extraire » des Français menacés. L’exemple le plus emblématique reste l’opération Léopard sur Kolwezi, en 1978, qui a permis de sauver près de 2 000 Européens et plusieurs centaines d’Africains pris en otage et dont le massacre avait commencé. Ces « miraculés » ont mesuré très concrètement ce que représentait la France.

Aujourd’hui, notre pays a rapatrié plusieurs centaines de ses ressortissants vivant en Chine. Ils ont été accueillis et ont bénéficié d’un suivi médical bien supérieur à celui dont ils auraient pu bénéficier dans les « hôpitaux 10 jours » de Wuhan. Ainsi, quand nos expatriés sont en danger, ils mesurent très vite la chance qu’ils ont d’être les ressortissants d’un pays indépendant et puissant qui accepte de risquer la vie de ses soldats et de ses médecins pour les sauver.

L’État et les entreprises

Cette crise du coronavirus illustre aussi notre dépendance à l’égard de nombre de produits stratégiques. Elle nous a ainsi révélé que plus de 80 % des molécules importantes nécessaires à l’industrie pharmaceutique conçues en Occident et, en particulier en France, sont fabriquées en Chine et en Inde.

Dans le domaine militaire, cette dépendance technologique est d’autant plus inquiétante qu’elle est de nature à remettre en question les capacités de dissuasion et d’action de nos systèmes d’armes les plus puissants. Nous connaissions déjà celle vis-à-vis des États-Unis pour le maintien en condition des catapultes du porte-avions Charles de Gaulle, pour le recueil des renseignements au Sahel à partir des drones Reaper, qui nous appartiennent mais dont la mise en œuvre complète nous échappe, et aussi, depuis la vente d’Alstom Énergie, pour les turbines des réacteurs des sous-marins à propulsion nucléaire, qu’ils soient lanceurs d’engins ou d’attaque ! Chaque jour, dans ce domaine, des pépites françaises sont menacées de rachat conduisant notre pays à risquer de perdre la maîtrise de la chaîne de production d’équipements de haute technologie, au point d’être vulnérable aux chantages et embargos, ou interdit d’exportation de matériels y compris par des pays alliés.

Notons que, déjà, toutes les armes individuelles de nos soldats – fusils d’assaut et de précision, pistolets – sont d’origine étrangère : allemande, belge et autrichienne. Aussi nos armées doivent reconstituer leurs capacités et notre industrie doit renforcer la maîtrise de la fabrication de nos armes. Cela concerne en priorité les matériels majeurs : sous-marins et frégates, avions de chasse et drones, missiles et blindés avec leurs milliers de sous-ensembles et de composants, sans oublier les nombreux moyens de renseignement et de transmission.

Fragilités et cohésion

Nos sociétés sont devenues plus fragiles et présentent des vulnérabilités accrues en raison de l’urbanisation. Ces concentrations humaines, devenues les poumons économiques des nations, sont très dépendantes des réseaux d’eau, d’énergie, de transport, faciles à neutraliser. De plus, les points d’entrée sur le territoire sont nombreux. Outre les frontières terrestres et maritimes, ce sont les ports et aéroports dont le volume de trafic ne cesse de croître.

Des mouvements de relocalisation d’usines s’opèrent car le coût de la main-d’œuvre comme celui du transport (générateur de carbone taxable) augmentent vite dans les pays en développement et l’impératif de réactivité et de qualité rend la sous-traitance moins attrayante dans certains secteurs. Il faut aller au-delà et retrouver la notion de communauté nationale fondée sur une prise de conscience d’un bien commun supérieur. La liberté individuelle n’est pas l’individualisme. La solidarité dans l’épreuve ne peut s’exercer qu’au profit de ceux qui acceptent de partager et servir la communauté à laquelle ils veulent appartenir. Elle seule est en mesure de leur procurer la sécurité et la protection.

Face à cette situation, la France veut-elle recouvrer son indépendance ?

Cela n’exclut pas les coopérations en priorité avec des pays européens. Le système satellitaire Galileo, réalisé à 27, qu’aucun pays n’aurait pu développer seul, permet au contraire à chacun d’entre eux de n’être plus dépendant du seul système GPS américain. Pour la France il est urgent de préserver et développer son excellence technologique, dans les grands projets européens particulièrement en matière de défense et dans le numérique. L’enjeu est le renforcement de notre autonomie stratégique tout en favorisant celle de l’Europe. Pour nos concitoyens, il convient de privilégier l’achat de produits conçus et fabriqués en France sous réserve qu’ils soient au meilleur niveau.

Cela représente un coût, mais c’est le prix de notre souveraineté. Comme le rappelle Jacqueline de Romilly à propos des Grecs : « Être libre, était avant tout appartenir à une cité libre, c’est-à-dire indépendante» (extrait de La Grèce antique à la découverte de la liberté. Coll. Bouquins 2019).

LA RÉDACTION de l’ASAF

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Pourquoi et comment soutenir l’armée française – Lettre ASAF – Février/2020

« Pourquoi et comment soutenir l’armée française ?» Lettre ASAF – Février/2020

 

« Pourquoi et comment soutenir l’armée française ?» LETTRE ASAF - 02/20

Pour l’ASAF, soutenir l’armée, c’est exercer son action au profit des armées avec le seul souci de l’intérêt national d’autant plus qu’une grande majorité des Français n’a plus clairement conscience, depuis la disparition du service militaire obligatoire, il y a plus de 20 ans, de l’impérieuse nécessité de le faire.

 

Les armées véhiculent depuis plusieurs années, chez nos concitoyens, une image très positive.

Celle-ci repose sur la confiance que les citoyens portent à l’institution militaire, sans d‘ailleurs bien connaître les exigences du métier de soldat. Mais ils doivent savoir que cette armée est à l’image de la Nation, dont elle est l’émanation. Si cette dernière se divise ou que des communautés se rejettent ou s’affrontent, elle ne pourra jamais vaincre. Il importe donc qu’un État fort et juste garantisse la cohésion de la Nation, s’appuie sur la confiance des Français et veille à ce que les Armées disposent des capacités suffisantes.  
                                        .
Pour être forte, une armée doit être composée de soldats motivés, bien sélectionnés, équipés et entraînés. Elle doit également être engagée dans des opérations dont le but sert les intérêts supérieurs français car on n’engage pas la vie de jeunes Français pour une cause de second ordre. Pour recruter ces soldats de qualité, il est impératif de disposer d’un vivier de jeunes en nombre suffisant, en bonne santé et avec de bonnes aptitudes. Or aujourd’hui, alors que nous peinons déjà à recruter des jeunes dans des classes d’âge encore nombreuses, notre pays ne renouvelle plus ses générations. La démographie devrait être la priorité absolue d’un pays. Si cette situation est préoccupante pour l’avenir du régime des retraites, il en va tout autant pour celui de la Défense.                                                                       .

Mais le plus important demeure le moral qui donne aux soldats l’ardeur de vaincre. Avoir une mission claire et savoir que c’est toute la France, sans exception, qui s’engage avec son armée constituent des préalables incontournables. Aucune ambiguïté ne doit donc exister sur les buts de guerre, tant pour les soldats que pour tous les autres Français qui doivent être parfaitement conscients des efforts financiers à consentir et des représailles éventuelles que cet engagement peut entraîner à « l’arrière », au sein de la population.

Pourtant cette armée, malgré ses lacunes et insuffisances actuelles, cultive des qualités, notamment l’esprit de corps ou la cohésion, qui doivent infuser dans la Nation.

À cet égard, il est urgent de s’opposer à tout ce qui divise inutilement les Français comme cette décision, insultante pour nombre d’entre eux, qui consiste à autoriser l’empaquetage de l’Arc de Triomphe, haut lieu de mémoire et de recueillement de la Nation. La célébration du 100e anniversaire de l’adoption en 1920, à l’unanimité du Sénat et de l’Assemblée nationale, de la loi célébrant annuellement « la fête de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme », permettrait en revanche de rassembler tous les Français, puisque cette héroïne a été célébrée aussi bien par Aragon que par Brasillach et revendiquée tant par la Gauche que par la Droite.

Il est également urgent de mettre fin à ces stupides crises de repentance relatives à la colonisation française. Elles sont autant le fait d’idéologues que d’ignorants. De même que prononcer le nom « d’Algérie » avant 1830 est un non-sens, parler de la colonisation comme « un crime contre l’humanité » occulte tous les éléments de civilisation qu’elle a apportés. Soyons bien persuadés que l’empaquetage d’un monument aussi emblématique de notre Histoire la plus douloureuse et glorieuse ainsi que la repentance maladive, dont font preuve certains de nos dirigeants, s’inscrivent dans une logique visant à déstabiliser et fragiliser la population. Elle contribue ainsi à affaiblir l’armée sans même devoir l’affronter. Il y a donc là un « désarmement à distance » très dangereux.                                          .
Il est enfin plus que jamais indispensable que les comportements et les actes de ceux qui aspirent aux hautes responsabilités soient cohérents avec leurs déclarations et professions de foi, faute de quoi les Français perdront toute confiance en une classe politique dont la légitimité et la crédibilité sont aujourd’hui de plus en plus contestées.


C’est dans cet esprit que l’ASAF s’est engagée depuis une dizaine d’années dans un double combat :

celui d’exiger que la France consacre à son armée, ultima ratio en cas de crise aiguë et de conflit, les ressources nécessaires pour lui permettre de remplir sa mission. Il faut donc expliquer aux Français les menaces et les efforts à consentir mais aussi amener l’exécutif et les parlementaires qui votent le budget à « sanctuariser » celui de cet instrument central de notre souveraineté plutôt que de privilégier le financement de projets électoralement plus rentables à court terme ;

– celui de contribuer à rassembler les Français en dénonçant le processus de déconstruction de notre Nation, en développant l’appropriation par le plus grand nombre de Français des valeurs qui font aujourd’hui la force de nos armées – esprit de sacrifice, courage, détermination – mais aussi en plaçant le bien commun au-dessus des intérêts particuliers, en exprimant notre fierté d’appartenir à un pays au passé glorieux et au potentiel extraordinaire, et enfin en recherchant dans tous les domaines l’excellence, d’autant que la France y est condamnée pour être fidèle à sa vocation.

Compte tenu du nombre croissant de ses sympathisants, l’ASAF peut et doit rapidement compter plus de 10 000 adhérents-militants. Ne restons pas isolés, atomisés et impuissants. Il y a urgence. Devenons une force capable de défendre nos intérêts stratégiques, d’exiger des moyens suffisants pour disposer de capacités cohérentes tant avec notre ambition que contre les menaces auxquelles nous sommes exposés, et enfin de préparer de futurs responsables, enthousiastes et désintéressés, animés du seul souci de servir une communauté nationale forte, sereine, rayonnante et influente.                              .                                      

La RÉDACTION de L’ASAF
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Gagner ensemble” : Lettre ASAF du mois de janvier 2020

“Gagner ensemble” : Lettre ASAF du mois de janvier 2020

 Gagner ensemble" : Lettre ASAF du mois de janvier 2020

L’homme seul ne peut survivre et encore moins gagner. Seules les équipes, les entreprises, les armées, les nations gagnent. L’Histoire comme l’actualité nous le montre. Les Français quand ils sont divisés, dévorés par l’égoïsme, à quelque niveau que ce soit, ne peuvent être vainqueurs que ponctuellement.

En revanche, quand ils sont unis dans la durée, guidés et déterminés, ils ne sauraient être vaincus. Si c’est la leçon de la Grande Guerre, c’est aussi celle de tous les grands projets développés depuis la dernière guerre telles les aventures aéronautique et spatiale.

Mais pour gagner, il importe que tous identifient la menace à affronter  ou le défi à relever pour y prendre leur part avec le meilleur d’eux-mêmes. Cependant il faut aussi que règne entre tous les acteurs et à tous les niveaux une relation de confiance. La cohésion est à ce prix.

Compte tenu des missions confiées et des risques encourus, l’armée développe, par nécessité, des vertus individuelles et collectives cultivées depuis des siècles qui sont les fruits de notre Histoire. La Nation doit se les réapproprier si elle veut préserver son indépendance et sa liberté, et relever les défis de tous ordres qui se présentent à elle. Parmi ceux-ci, l’éradication  définitive de « l’hydre islamiste » qui constitue pour notre pays, faut-il le rappeler, une menace totalitaire existentielle d’autant plus dangereuse qu’elle est insidieuse.


« 
Préparer la guerre, c’est préparer des chefs »

Un peuple, un groupe, quels qu’ils soient, ne peuvent avancer et gagner que s’il y a, devant eux, montrant la direction et l’exemple, des chefs  qui les guident. Aucun chef ne possède tous les talents, mais il n’est rien sans celui de la clairvoyance. Il lui faut l’énergie, le goût de servir, la volonté de vaincre pour obtenir la confiance de ceux qu’ils dirigent. Il ne s’agit donc pas d’être seulement en mouvement mais d’orienter l’action vers un but et d’être soutenu par une ambition collective qui dépasse chacun. Il convient enfin que ce chef soit capable de susciter l’engagement, de combiner les talents, bref de tirer la meilleure part de chacun.

Pris  isolément, un individu  ne peut se prévaloir en fait que de peu de talents, mais chacun en possède toujours au moins un ! Certains croient les avoir tous ; c’est naturellement une illusion. Il nous appartient donc de développer et de partager les talents qui nous ont été donnés. C’est souvent l’orgueil de quelques uns qui ruine le succès collectif alors que sans « les autres », rien ne serait possible. Les anciens élèves des grandes écoles françaises, tous ceux qui visent le pouvoir ou les responsabilités doivent être habités par une grande humilité. Il importe que l’on trouve en chaque chef un équilibre de fraternité et de rigueur indispensable au succès.


Le sens de l’intérêt général

Nous avons hérité d’un pays libre de par les sacrifices des générations précédentes, et d’un patrimoine d’une richesse infinie de par l’excellence de nos ingénieurs et de nos ouvriers. Par « nos héros et nos saints », nous avons acquis les références morales capables de nous inspirer  et de nous inciter au dépassement personnel. Il appartient donc à chacun de faire au mieux son devoir à son niveau dans son domaine, c’est-à-dire son devoir d’état.

En ce sens, la grève de « services publics », transformant les usagers en bétail, se révèle inacceptable. Si les transports, comme l’énergie, l’eau, les ports et aéroports, sont considérés comme des installations vitales pour la Nation, il est indispensable qu’un statut spécial soit défini et mis en œuvre, où les avantages seraient la contrepartie de contraintes particulières telles la disponibilité totale et l’absence de droit de grève. On mesure aujourd’hui comment un petit nombre de personnes déterminées peut paralyser la vie d’une nation. Cette vulnérabilité dangereuse, liée notamment à l’urbanisation et à l’importance des flux, doit être corrigée. Aucune victoire n’est possible sans une organisation rigoureuse du pays et des devoirs exigés et assumés par chacun.


La communauté nationale

La France est notre communauté. Son indépendance, sans laquelle point de liberté ni de protection pour les plus faibles, justifie l’engagement de chaque citoyen jusqu’au sacrifice de sa vie en cas de menace grave. Dans ce cadre, comment imaginer des bi, voire des trinationaux qui, outre les droits supérieurs dont ils disposent, puissent en venir à s’opposer, voire à trahir la France. Pour autant, être étranger en France ne veut pas dire être ennemi (voir la Légion étrangère dont la devise est « Honneur et fidélité » !) mais n’appartenant pas à la communauté nationale, comme un Français peut l’être à l’étranger !

D’autant qu’être français signifie assumer le passéL’ignorer, le nier, voire le renier sont des fautes impardonnables. La repentance, trop en vogue chez nombre de nos dirigeants, par ignorance, par idéologie ou par suivisme, est la porte ouverte à la condamnation demain des actions que nous conduisons actuellement au Mali. Alors, comment exiger de nos soldats qu’ils se battent aujourd’hui là-bas ?

À cet égard, l’empaquetage de l’Arc de Triomphe par l’« artiste » américain Christo, prévu après l’été 2020, s’inscrit dans une logique de « déconstruction » qui marque notre époque. Sait-on que le corps d’un Poilu y repose, symbolisant ainsi tous les sacrifices consentis par notre pays pour défendre sa liberté ? Une telle opération médiatique, à finalité publicitaire, contribue à instiller le doute, à susciter les critiques, à nourrir les tensions voire à déclencher des affrontements entre Français, bref TOUT ce qu’il ne faut pas faire pour gagner les combats d’aujourd’hui. Quelle idée saugrenue !

En conclusion et quoi qu’on en dise, les temps ne sont pas plus difficiles qu’hier ni les défis  impossibles à relever. Ils sont seulement différents et exigent les mêmes qualités de vérité, de courage, d’engagement et d’excellence de chacun. Notre pays saura-t-il gagner ? Oui, s’il accepte de s’inspirer des valeurs qui font la force de son armée. La France a le devoir de la soutenir par sa mobilisation, sa cohésion et par la cohérence de sa stratégie générale, c’est-à-dire de sa politique. Alors, ses soldats seront bien certains de ne pas mourir pour rien !


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« « Urgence stratégique » : lettre d’information de l’ASAF du 19 décembre

« Urgence stratégique » : lettre d’information de l’ASAF du 19 décembre

 


Les chefs d’état-major ont été récemment auditionnés par les deux Commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat. Combien de Français ont eu connaissance de leurs propos ? Hélas, aucun de ces chefs ne semble avoir été sollicité par les grands médias pour s’exprimer devant les Français sur les menaces et enjeux stratégiques, la singularité militaire et les exigences opérationnelles. C’est d’autant plus surprenant que notre pays est en guerre et qu’on enterre régulièrement ses soldats morts au combat pour la France.

Tous ont exposé leurs préoccupations. Elles doivent être connues non seulement de quelques dirigeants politiques mais aussi du plus grand nombre de Français qui ne peuvent se plonger dans le compte-rendu des différentes auditions. C’est l’objet de cette lettre d’information et de sensibilisation.

Menaces

Elles ne cessent de se diversifier, de se combiner et de muter en des formes nouvelles. Elles se signalent par une hausse importante des dépenses d’armement dans le monde.
Sur certains théâtres d’opérations, l’armée de l’Air se heurte à des tentatives destinées à lui interdire l’espace aérien ce qui l’oblige à disposer de capacités de neutralisation des défenses antiaériennes plus performantes. Sur et autour de notre territoire national, nos forces font face à des menaces directes telles que la présence plus fréquente d’aéronefs et de sous-marins étrangers dans des zones situées à proximité de nos côtes et de notre espace aérien.

Sans que cette liste soit exhaustive, il y a la menace que font peser les groupes terroristes, et l’utilisation, pour le moment à l’étranger, de drones difficiles à détecter et à neutraliser. Ces menaces sont combinées avec des actions médiatiques et psychologiques visant à fragiliser la cohésion et la résilience de la Nation.

Ressources financières

En 2015, le budget consacré aux Armées atteignait le seuil catastrophique de 1,5 % du PIB et, sans sa stabilisation provoquée par les attentats, il devait se réduire encore jusqu’à 1,3 % du PIB.
Cette chute mortelle était ininterrompue depuis 1980, année où la part du PIB atteignait 3 %, et ce malgré les crises pétrolières de 1975 et 1978. Ces réductions drastiques ont conduit à un affaiblissement considérable de notre armée occulté par la plupart des responsables politiques de tous bords. Cette baisse était d’autant plus pénalisante pour nos forces conventionnelles, celles qui font la guerre, que la dissuasion nucléaire devait être préservée et que les opérations extérieures se multipliaient.
Cela s’est traduit par un vieillissement des matériels dont les principaux avaient entre 30 et 50 ans d’âge. Les stocks de munitions étaient réduits à la portion congrue et l’infrastructure, qui ne disposait plus de crédits suffisants pour l’entretien élémentaire, ne cessait de se délabrer.

Dans ces conditions, la très récente remontée des crédits budgétaires qui a pour objectif d’atteindre le seuil de 2 % du PIB en 2025 (soit celui de l’année 1990) ne pourra, au mieux, que combler une partie des lacunes, d’autant que deux nouvelles dimensions de la Défense doivent être davantage prises en compte : la cyberdéfense et le spatial qui deviennent des domaines vitaux pour notre pays.

Matériels

La Marine, qui commence à bénéficier de capacités de frappes à longue distance par des missiles de croisière, souffre cependant de ne pas disposer d’un nombre suffisant de bâtiments lui permettant de contrôler notre zone économique exclusive (ZEE) de plus de 11 millions de km2 (la 2e du monde).
L’armée de Terre utilise encore en opération des VAB qui ont plus de 40 ans d’âge et elle ne peut aligner plus d’une quinzaine d’hélicoptères au Sahel, pour couvrir une superficie équivalente à 10 fois celle de la France !
Notre industrie d’armement se doit d’être puissante et doit donc exporter. C’est non seulement pour des raisons économiques et technologiques mais aussi parce qu’il vaut mieux connaître les armes qui pourraient un jour nous être opposées que celles vendues par d’autres pays.


Les ressources humaines

Mais la force d’une armée repose avant tout sur la qualité de ses personnels, qui est liée à leur recrutement, leur formation, leur expérience, leur cohésion et leur moral, mais aussi sur le soutien dont fait preuve la Nation à l’égard de ses soldats. Leur mission est unique ; elle consiste à donner la mort, et à la recevoir le cas échéant, au nom du peuple français pour assurer sa protection, garantir l’intégrité du territoire et défendre ses intérêts stratégiques.

Notre armée a donc besoin d’hommes et de femmes plaçant le service du pays au-dessus des intérêts personnels et acceptant la perspective du sacrifice suprême. Mais que deviendrait une armée si elle ne se sentait pas soutenue par le pays, pire, si elle se sentait trahie par ses dirigeants ?

En conclusion

2020 verra le 80e anniversaire de la défaite de 1940. Sachons tirer les leçons des deux décennies qui l’ont précédée : une démographie insuffisante liée aux immenses pertes de la Grande Guerre, des alliances illusoires, une confiance excessive dans la sécurité collective fondée à l’époque sur la Société des Nations, un refus de voir, de dénoncer et d’agir vite et fort contre la menace nazie, mais aussi une baisse prolongée des budgets de Défense et une impossible remontée en puissance car trop tardive, une absence d’industrie de Défense puissante et de délais suffisants pour transformer du matériel et des hommes en armée cohérente et forte.
Mais peut-être et avant tout, à cette époque régnaient chez un grand nombre de Français cette lassitude, ce doute, ce sentiment oublié que la liberté était le fruit d’un combat permanent que leurs aïeux avaient su mener et qu’il leur revenait de poursuivre…

Que 2020 soit une année de prise de conscience, de mobilisation et de redressement de la France par tous les Français ! C’est notre vœu le plus cher.

 

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« De la Grande Guerre à la guerre actuelle »  La lettre d’information de l’ASAF du 19/11/2019

« De la Grande Guerre à la guerre actuelle »  La lettre d’information de l’ASAF du 19/11/2019

Les leçons de la Grande Guerre

Le 11 novembre 1918 marque la fin de la Grande Guerre. Cette guerre mondiale fut gagnée par tous les Français qui firent preuve d’une exceptionnelle cohésion. Ceux du front où tombèrent 1 450 000 soldats et où y furent blessés plus de 4 millions, mais aussi ceux de « l’arrière » qui ont assuré la logistique des combats, l’éducation des enfants, les soins aux blessés et supporté les souffrances de l’attente et des deuils. La Grande Guerre nous rappelle une fois de plus que « la France unie est invincible ». C’est une leçon essentielle que nous devons tirer pour vaincre aujourd’hui et relever avec succès les redoutables défis qui conditionnent notre liberté de demain.

Le traité de Versailles, qui conclut la paix avec l’Allemagne, sera signé le 28 juin 1919, mais il ne sera pas ratifié par les États-Unis, pourtant notre allié de la Grande Guerre et alors qu’il reposait sur la proposition de Woodrow Wilson, leur président ! C’est aussi une leçon pour aujourd’hui, d’autant que ce pays n’entrera pas en guerre en septembre 1939 lors de l’invasion de la Pologne comme le firent la Grande-Bretagne et la France, mais seulement le 11 décembre 1941, après que l’Allemagne lui ait déclaré la guerre.

En fait, et comme le rappelait le général de Gaulle en créant la « force de frappe », la Défense de la France doit reposer d’abord sur elle-même. Les alliés ne le sont que pour des objectifs bien identifiés et souvent limités dans le temps et dans l’espace. L’anniversaire de la fin de la Guerre froide nous rappelle que Roosevelt, Truman et Churchill, qui furent les alliés de Staline contre Hitler, furent ses adversaires farouches à peine la guerre terminée.

C’est à juste titre que la date du 11 novembre a été retenue pour honorer tous les morts pour la Patrie. Aussi, l’inauguration, en ce jour anniversaire, du monument aux morts pour la France au cours des opérations extérieures (OPEX) depuis la fin de la guerre d’Algérie est-elle très symbolique. Elle signifie que les guerres, toutes différentes et qui ne font plus l’objet d’une déclaration depuis 1945, concernent l’ensemble des Français : les soldats qui portent les armes, mais aussi tous les citoyens, qui, au quotidien, par leur travail, la solidarité dont ils témoignent, contribuent à la cohésion de la France pour faire en sorte qu’elle soit vainqueur dans le combat permanent qu’il nous faut mener pour défendre notre liberté et notre indépendance.

Dévoiement et diversion

Dans ce contexte, les incessantes manifestations, les dégradations, les agressions et les outrages dont nos monuments aux morts sont la cible constituent des actes qu’il est urgent de sanctionner avec la plus grande fermeté. Il ne s’agit plus de pousser des cris d’orfraie mais d’agir avec détermination. Ces actes sont inacceptables aux yeux de nos soldats qui se battent pour un pays qu’ils voient livré aux nihilistes et autres anarchistes, véritables barbares des temps modernes. Ces images de violence, révélant l’impuissance de l’État, servent nos ennemis et nos adversaires. Dès lors, les « casseurs », qui sont leurs collaborateurs du temps de guerre, doivent être traités comme tels.

À cet égard, l’accord donné par le président de la République à l’artiste américain Christo pour empaqueter l’Arc de Triomphe en octobre 2020 est inacceptable. Il contribue à banaliser ce sanctuaire et à diviser les Français au lieu de les rassembler autour de ce lieu de mémoire et de gloire nationale. Pour la plupart d’entre eux, empaqueter l’Arc est incongru, scandaleux et indécent ; c’est défigurer, au sens propre, ce sanctuaire où repose depuis un siècle le Soldat inconnu et sur les murs duquel sont gravés les noms de soldats morts pour la France.

Faut-il rappeler que l’Arc a déjà été profané le 1er décembre 2018 par des voyous dont certains étaient affublés d’un gilet jaune ?

Le précédent du Pont-Neuf avancé par le Président ne peut être un argument car l’Arc de Triomphe est un sanctuaire et non un simple bâtiment. Aurait-il donné son accord pour faire empaqueter le monument aux morts en OPEX qu’il vient d’inaugurer et qui porte comme l’Arc le nom de soldats morts pour la Patrie ? N’aurait-il pas été plus pertinent de mieux mettre en valeur, par des éclairages laser par exemple, les superbes hauts et bas reliefs de l’Arc, ainsi que les noms qui y sont gravés sur les piliers ?

Et la guerre que nous menons aujourd’hui ?

Le monument aux morts en OPEX est le seul monument sur lequel seront gravés les noms de nos soldats qui vont tomber dans les mois et les années à venir à l’extérieur du territoire national. Mais le nom d’Arnaud Beltrame qui a affronté le même ennemi sur le territoire national, ne devrait-il pas y figurer aussi ? Et si demain des opérations de guerre sont déclenchées sur notre sol pour détruire des groupes islamistes armés, les noms de nos soldats tués figureront-ils sur ce monument aux morts ? Leurs corps reposeront-ils dans nos carrés militaires comme tous les corps de ceux morts pour la France devraient y reposer ?

Car le corps d’un soldat mort pour la France est une parcelle de la France que notre pays et nos concitoyens doivent conserver et honorer afin d’entretenir le souvenir du sacrifice consenti.
« Mon âme à Dieu, mon corps à ma Patrie et mon cœur à ma famille »[1] 

 

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[1] Lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume, qui inspira le fameux « Crabe Tambour ».