“Les exigences d’une dissuasion globale” : Nouvelle lettre ASAF 19/09/2019

Les exigences d’une dissuasion globale” : Nouvelle lettre ASAF 19/09/2019

 

Le terme dissuasion est souvent associé à celui de nucléaire et celui-ci présente un caractère de grande actualité en cette année du 30e anniversaire de la fin de la Guerre froide (1).

 "Les exigences d’une dissuasion globale" : Nouvelle lettre ASAF 19/09 à découvrir

Le terme dissuasion est souvent associé à celui de nucléaire et celui-ci présente un caractère de grande actualité en cette année du 30e anniversaire de la fin de la Guerre froide (1).

En effet les tensions, suscitées ou entretenues par les États-Unis avec la Corée du Nord et l’Iran, la rupture de l’accord sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (INF) (2), sans parler des nouvelles menaces – cyber et spatiales – qui sont susceptibles de peser sur nos intérêts vitaux, replacent la notion de dissuasion sur le devant de la politique internationale.

La dissuasion ne peut être que globale sauf à être contournée

Les menaces auxquelles notre pays doit se préparer à faire face exigent de disposer de capacités dissuasives à vaste spectre. En effet, l’arme nucléaire, qui peut dissuader une puissance nucléaire ou conventionnelle disposant d’une armée puissante, ne dissuadera pas des groupes terroristes, des milices ou un pays ayant des ambitions territoriales limitées loin d’Europe.
La dissuasion ne doit donc pas être seulement nucléaire mais aussi classique.

La France dispose aujourd’hui de capacités nucléaires crédibles : deux composantes – sous-marine et aéroportée – dont la fiabilité est régulièrement testée ; les armes le sont grâce à la simulation que permet le laser mégajoules, les vecteurs portant les charges et les leurres sont renouvelés à un rythme tel qu’il garantit les capacités de pénétration à travers les défenses adverses ; enfin les équipages sont entraînés et évalués lors d’exercices réguliers dont nombre d’aspects demeurent confidentiels. Le raid d’une durée de 11h30 effectué cette année par l’armée de l’Air de l’île de la Réunion jusqu’en Métropole à l’issue duquel un missile de croisière fut tiré avec succès dans le sud-ouest de la France conforte la crédibilité de cette composante au même titre que les patrouilles de SNLE effectuées sans discontinuité depuis le 21 mars 1972, date de la 1ère patrouille du Redoutable.

Mais la palette dissuasive doit être complétée par des capacités de frappe conventionnelle puissante et à longue distance.
La France dispose du Rafale équipé de missiles de croisière air-sol à charge conventionnelle et, depuis peu, de frégates multimissions (FREMM) et bientôt de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) équipés de missiles de croisière navals (MdCN) d’une portée de plus de 1 000 km avec une précision métrique.
Enfin une dissuasion classique complète exige de pouvoir projeter rapidement une force interarmées puissante sur une zone éloignée soit pour renforcer des forces prépositionnées, soit pour mener une opération de rétorsion visant à restaurer une situation et la dissuasion en montrant sa force et sa détermination à agir par les armes, le cas échéant dans la durée.

Outre le nombre des personnels et le volume des matériels ainsi que leurs caractéristiques, ce sont la qualité des hommes et des femmes des Armées, leur niveau d’entraînement individuel et collectif, leur moral, leur sens du devoir, leur esprit de sacrifice qui concourent directement à la crédibilité de cette dissuasion globale.

La crédibilité de la dissuasion repose autant sur les capacités opérationnelles que sur la détermination des décideurs politiques et la cohésion de la Nation

Tout système de forces n’a de valeur que s’il est animé par la volonté politique et soutenu par la Nation. La crédibilité de la dissuasion repose sur ces deux autres piliers.

En France, le président de la République est le chef des Armées. C’est à lui que revient la décision d’emploi de l’arme nucléaire s’il estime que les intérêts vitaux sont menacés. Cette notion d’intérêts vitaux, jamais définie, pourrait inclure non seulement l’intégrité du territoire mais aussi celle de ses dispositifs spatial et informatique qui fondent aujourd’hui et plus encore demain l’indépendance de la Nation et la vie de la population (eau, énergie, …).
Cette crédibilité politique doit être validée au quotidien par la détermination dont doit faire preuve le chef de l’État pour tout ce qui a trait aux fonctions régaliennes.
Quelle crédibilité peut avoir un chef d’État s’il accepte l’existence de zones de non droit ? Que l’intégrité territoriale soit, de fait, remise en question dès le temps de paix par des citoyens ?
Qu’une minorité activiste puisse vivre hors la loi et dans une quasi impunité ?

Mais la population a également toute sa place dans la valeur de la dissuasion d’autant qu’il n’y a pas d’armée forte et de Défense crédible sans une nation unie, soudée et déterminée à rester indépendante. Elle doit le montrer à chaque occasion. À cet égard, les attentats ne doivent pas seulement susciter des vagues d’émotion mais inciter à mettre en œuvre des mesures à la hauteur du défi. La Nation doit accepter ces contraintes comme elle accepte les efforts financiers qu’elle fait pour disposer de forces armées bien équipées et toujours disponibles.

La France a une ambition à vocation mondiale et des responsabilités particulières. Elle doit en priorité remettre à niveau ses capacités militaires de dissuasion et d’action. Le président de la République a rappelé que les engagements budgétaires retenus dans la LPM seront rigoureusement respectés.
Mais il faut aussi qu’il s’engage sur la disparition des zones de non droit et la restauration de la cohésion nationale faute de quoi sa crédibilité et celle de la dissuasion seront considérablement amoindries.

 

La Rédaction de l’ASAF
www.asafrance.fr

 

” Réflexions autour d’un débarquement méconnu ”  Lettre d’information de l’ASAF – 19 août

Réflexions autour d’un débarquement méconnu ” 

Lettre d’information de l’ASAF – 19 août

" Réflexions autour d’un débarquement méconnu " : Découvrez la nouvelle lettre d'information de l'ASAF 19/08

Les commémorations du débarquement de Provence ont suscité, comme c’est le cas après chaque déclaration du président de la République, de nombreux commentaires, souvent très politiciens, liés en l’occurrence à une petite phrase: « La France a une part d’Afrique en elle», ou à la présence de M. Nicolas Sarkozy à ses côtés. Mais il y a plus important.

Le débarquement de Provence, événement largement méconnu de nombreux Français, a revêtu en 1944 une importance considérable pour l’avenir de notre pays. Il devrait constituer dans le contexte actuel une source de réflexion féconde pour orienter notre politique nationale.

Restaurer la place de la France dans le monde

Dès le 18 juin 1940, la finalité de l’action du général de Gaulle ne consistait  pas seulement à vaincre l’armée allemande et à la repousser au-delà du Rhin. Le but stratégique était de restaurer la place de la France dans le monde ainsi que sa crédibilité, notamment vis-à-vis des alliés anglo-saxons, après la terrible défaite de 1940 qui consacrait un véritable démembrement de notre pays. La nature de l’action conduite par le chef de la France Libre n’était donc pas seulement militaire mais plus globale, c’est-à-dire politique au sens complet et noble du terme.

Ce deuxième débarquement sur le territoire national, après celui de Normandie auquel peu de troupes françaises avaient participé – puisque la plupart étaient engagées victorieusement en Italie -, allait permettre à la France de déployer sur le sol national une armée de 270 000 hommes sans  compter les équipages de plusieurs dizaines de bâtiments de la Marine et de centaines d’avions des Forces aériennes françaises libres.
En débarquant avec des effectifs significatifs, l’armée « B » du général de Lattre de Tassigny, constituée de troupes souvent aguerries et sous les ordres de généraux de très grande valeur, permettait aux Français enfin libérés de retrouver leur fierté mais aussi aux Alliés de reconnaître que la France recouvrait sa puissance et son rang. Après ses succès remportés en Italie, elle libérait Toulon en 10 jours puis Marseille avec 1 mois d’avance.
En outre les effectifs de l’armée B n’ont cessé d’augmenter jusqu’à la capitulation allemande grâce à l’intégration en son sein des nombreux maquis qui menaient déjà depuis plusieurs semaines des opérations de renseignement indispensables aux Alliés ainsi que des actions de harcèlement contre les forces allemandes afin de créer l’incertitude sur le lieu exact du débarquement et d’en faciliter ainsi le déroulement.

Enfin, la remontée rapide de l’armée de Lattre contraignait les Allemands à se replier très rapidement pour éviter que leurs Ière et XIXarmées, qui occupaient le sud de la France, ne soient prises en tenaille. À cet égard, il est symptomatique d’observer que ce furent deux unités françaises qui firent leur jonction en Bourgogne : la 2e DB, après avoir débarqué en août en Normandie et libéré Paris, et la 1ère DFL  venant de Provence et qui venait de libérer Lyon.
Cet engagement  militaire français, croissant au fur et à mesure que la libération progressait, permettait au général de Gaulle de placer la France dans le camp des puissances alliées et de s’imposer définitivement comme chef du gouvernement provisoire de la République française, prélude indispensable pour que la France retrouve toutes ses prérogatives d’avant 1939.

Cette restauration nationale s’appuyant sur la puissance militaire amplifiait l’engagement hautement symbolique de la France au côté de l’URSS dans les combats sur le front de l’Est. La France fut en effet la seule nation alliée à accepter de sacrifier ses soldats aux côtés des armées soviétiques rappelant ainsi aux Anglais et aux Américains que la France de 1943, encore très faible militairement, était une puissance alliée indépendante. L’escadrille Normandie Niémen reste encore aujourd’hui très présente dans la mémoire combattante russe.


Rassembler la Nation dans le creuset de son armée

Si les armées françaises, par le volume de leurs effectifs – plus de 500 000 hommes au jour de la capitulation allemande le 8 mai 1945 – mais aussi par les objectifs importants et symboliques qu’elles ont atteints en Allemagne – Ulm et Berchtesgaden -, vont constituer un atout décisif pour replacer la France parmi les quatre vainqueurs et devenir une puissance occupante, elles ont aussi largement contribué à refaire l’unité de la Nation.
A l’instar de Leclerc qui avait su rassembler au sein de sa division des soldats ayant rejoint de Gaulle dès 1940, au combat depuis 4 ans, et des soldats de l’armée d’Afrique – c’est-à-dire essentiellement de l’armée d’armistice – qui n’avaient repris le combat que fin 1942, de Lattre intégra au sein de la 1ère armée nombre de maquis tous très différents par leur volume, leur valeur militaire, leur encadrement et leur équipement mais aussi par leur orientation politique.

En agissant ainsi l’armée devenait le creuset d’une armée de libération nationale où se fondait un grand nombre de soldats d’origines très diverses et dans laquelle tous les citoyens pouvaient se retrouver, contribuant ainsi à restaurer l’unité de la Nation déchirée par les choix différents parfois opposés que firent les Français au moment de l’armistice.
Cette intégration en masse de jeunes Français de tous horizons était d’autant plus indispensable que les combats en hiver dans les Vosges et en Alsace réduisaient l’efficacité des troupes coloniales et que de Gaulle souhaitait qu’un maximum de Français participent directement à la libération du sol national.

Connaître et comprendre notre Histoire

On comprend ainsi que le débarquement de Provence a permis à la France de restaurer son rang de grande puissance et son unité nationale ; l’armée en fut l’instrument premier. Ce constat mérite réflexion.

Mais cela n’a été possible que parce que la France et son armée, en ces moments cruciaux, avaient à leur tête des chefs déterminés et courageux, pour qui l’action guerrière servait une ambition politique claire et forte : la grandeur de la France et la place qu’elle doit occuper dans le monde, à la mesure de son génie qui s’est exprimé au cours des 15 siècles de son Histoire.

                                                                                                 

La Rédaction de l’ASAF
www.asafrance.

“14 juillet : Examen de conscience”. Lettre d’information de l’ASAF 19/07

“14 juillet : Examen de conscience”. Lettre d’information de l’ASAF 19/07.

"14 juillet : Examen de conscience". Lettre d'information de l'ASAF 19/07.

                       

                       14 juillet : Examen de conscience

Comme chaque année, le 14 juillet, la France rendra hommage à ceux qui la servent au péril de leur vie et notamment ses soldats. Les Français honoreront en particulier les « Blessés pour la France », comme ils le font, chaque année, le 11 novembre, pour les « Morts pour la France ».

Devoirs

Quelle chance notre pays a de posséder en son sein un tel vivier de citoyens prêts à le servir jusqu’au sacrifice suprême si le devoir ou la mission l’exige, comme on l’a vu récemment face aux islamistes du Sahel et dans la lutte parfois mortelle contre les incendies !
Chez ces hommes et ces femmes le sens du devoir, de la mission à accomplir coûte que coûte et de l’intérêt général se mêlent intimement. Pour eux, « Honneur et Patrie » riment avec « Valeur et Discipline ».
Au-delà des clivages exprimés et souvent exacerbés par les partis politiques, les ego et les calculs intéressés de leurs responsables, il y a la France. Elle seule peut rassembler les Français si différents, sous réserve qu’on leur apprenne qu’ils appartiennent à une communauté nationale, qu’ils sont ainsi dépositaires d’un héritage sans lequel ils ne seraient rien et qu’ils ont des devoirs envers cette communauté, au moins celui de transmettre dans le même état l’héritage reçu à la génération suivante. Comme leurs parents et ancêtres l’ont fait souvent au prix du sang, ils doivent le protéger et veiller d’abord à ce que notre pays demeure la terre d’un peuple libre et indépendant, capable de s’unir face à l’ennemi et aux multiples adversaires qui cherchent à l’affaiblir voire à le conquérir.


Éducation

Mais ce vivier de jeunes Français prêts à sacrifier leur vie pour la France, d’où vient-il ? Que fait-on aujourd’hui pour le développer ? Quel projet, quelle ambition, quelle vision les responsables politiques proposent-ils pour susciter dévouement et abnégation jusqu’au sacrifice ? Quelle éducation est donnée et par quels maîtres ? Les parents sont-ils conscients que leur premier devoir est celui d’éduquer avant de gagner plus, de dépenser plus, de consommer plus ?

Certains médias évoquent parfois le recrutement « par tradition familiale » au sein des armées mais, outre le fait qu’il est moins fréquent que dans d’autres professions (enseignants, agriculteurs, …), il faut plutôt s’interroger sur ses causes et se demander qui parle aux jeunes Français de la France, de sa tragique et glorieuse Histoire, de ses héros, de la richesse de son exceptionnel patrimoine et de son rayonnement international. Certaines bonnes âmes s’interrogent même sur le faible nombre de noms « exotiques » dans les listes d’admission aux concours des écoles militaires alors que l’information sur les carrières militaires n’a jamais été aussi accessible…
Ne faut-il pas y voir d’abord une insuffisance d’éducation patriotique, oui osons le mot, car il est celui qui exprime les devoirs envers nos pères desquels nous avons reçu le patrimoine commun. Pour les Français de fraîche date, il s’agit de découvrir, d’accueillir, d’adopter, d’assimiler et d’aimer la France ; faire sienne cette nouvelle Patrie choisie en acceptant la perspective de se sacrifier pour elle.


Étrangers

Combien, parmi les dizaines de milliers d’étrangers qui rejoignent la France chaque année, peuvent déclarer comme le fit le lieutenant-colonel Dimitri Amilakvari, Géorgien, formidable entraîneur d’hommes, héros de Bir Hakeim, Compagnon de la Libération, commandant la 13e demi-brigade de Légion étrangère et tué au combat : « Nous étrangers n’avons qu’une façon de prouver notre amour pour la France : nous faire tuer pour elle ! »

A cet égard, comment interpréter les flux de jeunes Africains de 20 ans « fuyant la guerre dans leur pays » ? Outre le fait que nombre de pays d’où viennent les immigrés ne sont pas en guerre (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire, …), faut-il faciliter l’accueil de ces jeunes Maliens, Nigériens, Burkinabés en âge de porter les armes pour défendre leur pays ? Faut-il donc que ce soient uniquement des jeunes Français qui aillent se sacrifier pour lutter contre la terreur islamiste dans le Sahel ? N’y a-t-il pas en France des volontaires maliens, nigériens ou burkinabés, en attente de naturalisation, pour se battre au Sahel pour leur ancienne ou future patrie ? Bref, pourquoi ne pas constituer en France des « forces sahéliennes libres », les entraîner et les engager aux côtés des soldats français, soit pour défendre leur pays d’origine, soit pour prouver leur attachement à la France, leur future patrie, comme le firent tant d’étrangers amoureux de la France durant les deux guerres mondiales ?


Valeurs

Les valeurs cultivées quotidiennement par les Armées, – courage, discipline, camaraderie, esprit de corps, abnégation, sens de l’effort, goût du travail bien fait, caractère sacré de la mission -, sont des valeurs auxquelles sont sensibles les Français. Sans doute ressentent-ils leur absence ou insuffisance au sein de la société actuelle. Ils devinent confusément que notre pays ne peut relever les défis et gagner que si ses dirigeants sont capables de les mobiliser, de susciter leur adhésion à un projet collectif qui les dépasse et qui soit beaucoup plus que la somme des intérêts individuels ; mais surtout ils exigent une élite qui montre l’exemple du courage et de l’abnégation, de la primauté du bien commun et de l’intérêt général.

Alors, en ce 14 juillet 2019, il appartient à chaque Français et en priorité à nos responsables politiques de s’interroger sur leurs devoirs avant de faire valoir leurs droits, leurs privilèges et leurs intérêts personnels. Il nous faut retrouver tous, sans exception, le sens du devoir d’état, du service et plus que jamais du courage sans lequel, comme le disait Napoléon qui savait de quoi il parlait, « Un homme sans courage est une chose ».

                                                                                               
La Rédaction de l’ASAF
www.asafrance.fr

Deux regards avant l’été” : Nouvelle lettre ASAF 19/06 à découvrir

Deux regards avant l’été” : Nouvelle lettre ASAF 19/06 à découvrir

"Deux regards avant l’été" : Nouvelle lettre ASAF 19/06 à découvrir

Il n’y a pas de vie collective sans respect de soi, sans respect de l’autre, du patrimoine commun et de valeurs partagées. En rendant un hommage national à nos soldats tués en opération, c’est autour de l’armée que le Président rassemble la Nation car l’armée symbolise à la fois l’unité et l’identité de la France. Une nation peut-elle être libre sans une armée forte ? A l’inverse, une armée peut-elle vaincre sans la nation rassemblée qui la soutient d’une manière indéfectible et dans la durée ?


                         Deux regards avant l’été

Exiger le respect

Il n’y a pas de vie collective sans respect de soi, sans respect de l’autre, du patrimoine commun et de valeurs partagées. En rendant un hommage national à nos soldats tués en opération, c’est autour de l’armée que le Président rassemble la Nation car l’armée symbolise à la fois l’unité et l’identité de la France. Une nation peut-elle être libre sans une armée forte ? A l’inverse, une armée peut-elle vaincre sans la nation rassemblée qui la soutient d’une manière indéfectible et dans la durée ?

Le 8 mai, à l’issue de la cérémonie du ravivage de la flamme sous l’Arc de Triomphe, le président de l’ASAF, s’appuyant sur l’unanimité des réactions recueillies sur son site, toutes opposées à l’empaquetage de ce monument envisagé en avril 2020, a demandé au président de la République de renoncer à donner une suite favorable à ce projet imaginé par  l’artiste américain Christo. Il lui a signifié qu’un tel projet susciterait inévitablement un très fort rejet d’une grande partie de l’opinion publique, qu’il serait une source de polémiques et de divisions, compte tenu du caractère sacré que revêt ce monument.

Cette « arche immense » est en effet l’écrin dans lequel repose le Soldat inconnu, auprès de laquelle brûle, sans interruption depuis 1923, la flamme ravivée chaque soir à 18h30 au cours d’une cérémonie empreinte d’une grande ferveur populaire.
Les noms des victoires et des héros gravés dans la pierre, les hauts-reliefs retraçant notre histoire sculptés sur les piliers sont-ils destinés à disparaître sous un voile un mois durant au nom d’une supposée œuvre d’art ?

Quels conseillers ou proches collaborateurs ont pu proposer au Président de donner son accord pour qu’un tel projet inévitablement facteur de divisions voit le jour ? N’y a-t-il pas d’autres monuments qui feraient davantage consensus : Beaubourg, temple de l’art contemporain, l’Assemblée nationale (comme l’a été le Bundestag) ou l’obélisque de la Concorde, voire la tour Eiffel, qui ne présentent pas ce caractère sacré ?

Si nombre de Français, comme cela est probable, s’opposent par une réaction massive à ce travestissement de l’Arc de Triomphe, verrons-nous alors le ministre de l’Intérieur déployer les forces de Police ou de Gendarmerie contre les Français pacifiques qui refuseraient cette  défiguration annoncée, alors qu’il n’a pas réussi à s’opposer au vandalisme dont il fut l’objet le 1er décembre dernier ?
Faut-il préciser en outre que, à l’issue de cet événement lamentable, le coût de la restauration s’est élevé à 1 million d’euros financé pour partie par au moins une grande association de blessés au service de la France, celle des « Blessés de la face et de la tête », « Les Gueules Cassées » ?  

Viser l’autonomie stratégique de l’Europe

Les élections européennes passées, les questions posées doivent être réglées mais aussi celles qui ne l’ont pas été ou trop peu.
A cet égard, les questions de Défense et plus généralement d’autonomie stratégique de l’Europe, c’est-à-dire de nos pays, n’ont pas occupé une place centrale dans les débats tant ceux-ci se sont réduits à des affrontements politiciens très franco-français.

Au-delà du face-à-face proposé « populistes, progressistes » ou « souverainistes, mondialistes », caricatural, réducteur et trompeur, il est urgent de voir comment les nations européennes doivent s’organiser pour garantir leur indépendance et les valeurs de leur civilisation commune.
Inutile de nier ou de refuser la mondialisation, certaines de ses nécessités et de ses contraintes (un Français sur trois travaille pour l’exportation qui nous permet de payer le pétrole que nous n’avons pas) ;  mais tout aussi stupide et dangereux est le projet de nous dissoudre dans un vaste ensemble au sein duquel chaque nation d’Europe aurait perdu son identité, ses spécificités, bref ce qui fait l’une des richesses de notre continent.

Face aux grandes puissances comme les États-Unis et la Chine, disposant de capacités de domination qui augmentent de manière exponentielle, il est indispensable que nos nations coopèrent activement et partagent sur les domaines nouveaux qui conditionneront notre liberté dans les années à venir. Sinon nous serons inexorablement dominés, vassalisés, soumis aux intérêts de ces puissances étrangères.

C’est particulièrement vrai dans le domaine militaire et notamment pour ce qui concerne le renseignement, l’espace et la cyberguerre. Mais là comme ailleurs, ces coopérations renforcées qu’il faut développer dans les domaines hautement stratégiques exigent une volonté et des efforts considérables s’inscrivant dans la durée de la part des États qui sont les plus déterminés. Dans tous les cas, l’Europe, sans permettre aux nations d’économiser, suscitera des synergies significatives. Mais surtout, elle contribuera à faire que nos pays restent libres.

C’est l’enjeu majeur et urgent auquel doivent faire face les nations européennes. Unis nos pays peuvent rentrer à nouveau dans le jeu mondial ; isolés, chacun d’eux sera balloté au gré des intérêts des grandes puissances. Il faut méditer les exemples de Galileo, d’Ariane et d’Airbus, et se persuader que l’Europe peut être le cadre dans lequel, par des coopérations renforcées dans des domaines stratégiques, chaque nation pourra rester elle-même.

La RÉDACTION de l’ASAF

https://www.asafrance.fr/item/deux-regards-avant-l-ete-nouvelle-lettre-asaf-de-juin-2019-a-lire-et-diffuser.html

” Le sens de l’engagement ” – Lettre de l’Association de Soutien à l’Armée Française

” Le sens de l’engagement ” – Lettre de l’Association de Soutien à l’Armée Française

Lettre n°19/05

https://www.asafrance.fr/item/retrouver-le-bon-sens-decouvrez-la-nouvelle-lettre-d-information-de-l-asaf-19-05.html

 

 

C’est pour remplir leur mission coûte que coûte, celle de libérer et ramener vivants deux otages français, que deux commandos des forces spéciales de notre armée ont été tués dans la nuit du 9 au 10 mai 2019. Ils ont accepté de sacrifier leur vie pour ne pas risquer celle des otages. Il y a là l’expression d’un sens supérieur du devoir que le colonel Arnaud Beltrame incarna avec superbe et que les Français identifient intuitivement et admirent. Ils le mesurent d’autant mieux quand ils comparent le sens des responsabilités et du sacrifice des soldats engagés dans cette opération à l’irresponsabilité égoïste des deux touristes.

En effet, si le soldat estime que sa mission revêt toujours un caractère sacré qui justifie si nécessaire le sacrifice de sa propre vie et celle de ses camarades, le touriste, lui, dans une démarche toujours individualiste, oublie que, s’aventurant dans une zone dangereuse, il constitue une cible monnayable et qu’il engage alors  la France, sa Patrie, dont la règle de conduite est de ne jamais abandonner aucun de ses citoyens. Pour tenir cet engagement notre pays met en œuvre toutes les capacités militaires dont il dispose, en acceptant de risquer la vie de ses soldats. Car, par nature,  une opération de libération de ressortissants, contrainte par le souci de préserver la vie des otages, est toujours complexe et dangereuse. Elle se déroule souvent de nuit, sur court préavis, dans une zone favorable et sur un terrain connu des ravisseurs qui restent toujours aux aguets.

C’est cette exigence supérieure et permanente qui fait du soldat un citoyen à part au sein de la Nation. L’armée cultive inlassablement des valeurs qui ne s’arrêtent pas à de simples « paroles verbales » ponctuant les discours politiques mais qui sont appliquées au quotidien par les soldats au prix de leur sang. En ces temps de doute et de fragilisation de la société, ces deux commandos de la Marine adressent un message à chacun d’entre nous.

La France est notre Patrie. Nous avons reçu en héritage un pays de liberté. Nous devons le défendre et être prêts, lorsqu’il est menacé comme aujourd’hui et comme ce fut souvent le cas dans son histoire,  à nous battre et à nous sacrifier pour lui si nécessaire. La France entretient une armée, mais elle ne peut vaincre que si la Nation tout entière est rassemblée et soutient indéfectiblement ses soldats, marins et aviateurs qui veillent au quotidien et se battent souvent au loin ou dans l’ombre.


La primauté de la communauté nationale 

Car, répétons-le, notre liberté, notre sécurité et notre culture sont aujourd’hui menacées. Après avoir vaincu deux totalitarismes en moins d’un siècle, le nazisme et le communisme, notre pays doit en affronter un troisième : l’islamisme. Pour vaincre cette nouvelle idéologie conquérante,  le combat qui est engagé exige une nation soudée, une armée forte et une détermination sans faille de tous nos concitoyens, responsables comme anonymes, dans la durée.

En effet, la force d’une nation réside dans les liens qui unissent l’ensemble de ses membres. Les talents de chacun doivent être identifiés puis sollicités et surtout conjugués. L’esprit de corps des unités militaires s’appuie sur ce constat. Du général au simple soldat, tous ont fait le même choix à vingt ans. Si c’est au chef qu’il appartient d’orienter les énergies et les capacités pour permettre à chacun de se dépasser, la victoire demeure toujours collective.

La France et son armée : le lien du sang

Le sacrifice de ces deux officiers mariniers, comme celui du colonel Beltrame et de tous ceux qui depuis des siècles sont morts pour la France, rappelle la force du lien qui attache le peuple français à ses soldats. C’est ce qui explique la fidélité à la cérémonie quotidienne du ravivage de la flamme qui brûle sans interruption depuis 1923 devant le tombeau du Soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe.

C’est aussi, hélas, l’occasion de dénoncer l’incongruité du projet d’empaquetage de l’Arc de Triomphe par Christo en avril 2020. Les réactions de milliers de Français à la suite du sondage lancé par l’ASAF contre ce projet sont unanimes ; tous, jeunes ou anciens, civils ou militaires, jugent insultant ce détournement par un « artiste » en mal de publicité de ce qui est aujourd’hui un sanctuaire national inviolable destiné à rassembler les Français autour des immenses sacrifices de nos soldats d’hier et d’aujourd’hui.

Espérance

Heureusement, chaque événement tragique que notre pays traverse offre aussi l’occasion de montrer que se trouvent en son sein certains de ses fils prêts à mourir pour lui. Même si c’est à bas bruit, une guerre se déroule actuellement. Il importe donc que tous les Français participent au combat et se mettent en ordre de bataille, chacun dans son domaine de compétence et en remplissant au mieux son devoir. C’est seulement à ce prix et dans une unité retrouvée face à un ennemi clairement identifié et désigné que notre pays vaincra et que le sacrifice de ces deux héros français ne sera pas vain.

L’armée, toujours prête à défendre les Français où qu’ils se trouvent et quelles que soient les circonstances, a plus que jamais besoin de sentir le soutien indéfectible de la Nation.