Le général d’armée Thierry Burkhard veut une armée de Terre “audacieuse” et inventive

Le général d’armée Thierry Burkhard veut une armée de Terre “audacieuse” et inventive

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Par Philippe Chapleau – Lignes de défense – Publié le 5 juillet 2019

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2019/07/31/le-general-d-armee-thierry-burkhard-veut-une-armee-de-terre-audacieuse-et-i.html

Le général d’armée Thierry Burkhard, nouveau chef d’état-major de l’armée de Terre, a officiellement succédé au général Bosser. 

Le nouveau CEMAT a diffusé, ce mercredi, un ordre du jour (le n°1) dans lequel il rend hommage à son prédécesseur: “Je compte résolument m’ inscrire dans sa continuité”, précise-t-il. Cet ordre du jour est à lire ici.

Il entend aussi “sous l’impulsion de la ministre des armées, stabiliser et consolider l’armée de Terre tout en lui donnant l’agilité nécessaire pour s’adapter aux nouvelles menaces et contraintes“.

Le CEMAT ajoute: “Nous sommes entrés dans un monde en transformation rapide qui présente des formidables opportunités, notamment technologiques. Mais ce monde est aussi celui de l’incertitude et de l’instabilité, où le rapport de force redevient le mode de règlement des différends entre nations. Nous devons résolument nous y préparer en gardant à l’esprit que le combat de haute intensité devient une option très probable. Agir ensemble, avec nos alliés et nos partenaires, est un impératif”.

La préparation opérationnelle sera, pour moi, un point d’attention majeur. Préparer La guerre ne peut souffrir aucune approximation. Cultivons, sans relâche, l’esprit guerrier. La formation initiale et tactique, de même que l’entraînement, socle de la force morale, seront nos priorités. Les premiers Griffon ont été livrés mais l’aventure Scorpion n’est qu’à ses débuts. Les efforts de tous seront donc nécessaires pour entrer, de plein pied, dans le monde du combat info valorisé et garder la supériorité sur nos adversaires.

L’ordre du jour se conclut sur cette exhortation: “Volonté, disponibilité, inventivité et courage au combat, comme dans l’adversité, sont les vertus militaires qui doivent guider notre action. Une armée de Terre forte, fière et audacieuse, telle est mon ambition. Les défis ont nombre. Les relever est notre devoir de soldat. Vous pouvez compter sur moi comme je sais pouvoir compter sur vous.”

Le général Thierry Burkhard sera le prochain chef d’état-major de l’armée de Terre

Le général Thierry Burkhard sera le prochain chef d’état-major de l’armée de Terre

http://www.opex360.com/2019/07/11/le-general-thierry-burkhard-sera-le-prochain-chef-detat-major-de-larmee-de-terre/

CEMAT: « Garder un temps d’avance »

CEMAT: « Garder un temps d’avance »


Le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre (Crédit: Twitter/@CEMAT_FR)

« L’armée de Terre est désormais entrée dans le compartiment de terrain de l’innovation », se félicitait le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Jean-Pierre Bosser, lors d’une sixième et probablement dernière audition de cette législature le 5 juin face à la Commission défense de l’Assemblée nationale. Entres autres défis et points d’attention, le CEMAT, qui quittera ses fonctions le 30 juillet après cinq années à ce poste, est longuement revenu sur la nécessité pour l’armée de Terre de poursuivre la modernisation de ses équipements et d’accélérer l’appropriation des innovations.

 La LPM 2019-2025, entrée dans sa première année de concrétisation, consacre non moins de 172,8Md€ à l’agrégat « équipements », dont un effort financier de 58,6Md€ en faveur des grands programmes d’armement. Parmi les cinq défis présentés par le CEMAT, le troisième sera dès lors de conserver « la maîtrise des ressources et la consolidation de la remontée en puissance ». En d’autres termes, il reviendra à son successeur de persévérer dans le remplacement de matériels arrivés à bout de souffle et d’accélérer l’innovation tout en respectant l’un des credo de la ministre des Armées, Florence Parly, à savoir que « chaque euro dépensé doit être un euro utile ». « Nous devons donc veiller à quantifier et justifier le plus précisément possible nos besoins ; à être exigeants quant à la qualité et à la pertinence de la dépense ; à être rigoureux dans l’armement et l’exécution des contrats opérationnels », souligne à son tour le CEMAT.

 

 

 

 

 

 

 

Renforcer la dynamique armées-industriels

Le défi est de taille, car aux besoins – immenses – des forces correspondent des volumes conséquents et des jalons calendaires précis qu’il faudra impérativement respecter. Un pari réussi, pour l’instant. Ainsi, en l’espace de six mois, l’armée de Terre aura pris livraison de 5000 fusils d’assaut HK 416F sur les 9600 prévus en 2019. L’ALAT a quant à elle perçu deux hélicoptères NH90 Caïman et un Cougar, soit un quart de la cible attendue. Enfin, MBDA a d’ores et déjà livrés les 75 postes de tir pour missiles MMP promis pour cette année. Pour autant, la prudence reste de mise et « la balle est désormais dans le camp des industriels pour les livraisons attendues en 2019 », annonce le CEMAT.  Hors de question de « taper sur les doigts », mais plutôt d’exercer « la juste pression » au bénéfice du cercle vertueux qui, lentement, s’installe entre la DGA, l’armée de Terre et les industriels.

Contrairement aux préceptes établis par les fournisseurs de biens et services « grand public », il est bien entendu inconcevable pour les Armées de changer de prestataire au seul motif, par exemple, d’un retard de livraison. « Si une banque me dit que je ne peux pas retirer plus de 200 euros sur mon compte, je changerai de banque et choisirai celle qui me laissera retirer 500 euros vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Dans le secteur de la défense, en revanche, je n’ai pas le choix », illustre parfaitement le CEMAT. La relation entre les Armées et les entreprises se veut donc davantage être « un coude-à-coude de la DGA, non pas face à l’industriel, à ce stade, mais avec lui ». À ce titre, le premier grand jalon concernant l’armée de Terre restera la livraison des premières briques du programme Scorpion, à l’image des trois premiers véhicules Griffon attendus pour début juillet.

Au-delà de cet évènement emblématique, l’ambition capacitaire de l’armée de Terre dépendra de cette capacité qu’auront les différents acteurs engagés à faire se rejoindre des visions parfois en décalage. « C’est la raison pour laquelle j’appelle de mes vœux la tenue de revues des principaux programmes de la LPM » afin que la dynamique engagée « ‘percole’ jusque dans les usines de nos industriels », souhaite le CEMAT.

 

Garder un temps d’avance sur ses adversaires

À l’instar de ce que Florence Parly déclarait la semaine dernière à Pau, le CEMAT a par ailleurs insisté sur la nécessité pour l’armée de Terre de « garder un temps d’avance sur ses adversaires grâce à sa capacité d’appropriation rapide des innovations ». Le mandat du général Bosser est aussi celui qui aura vu naître un nouvel élan en faveur de l’innovation « Made in France ». L’Agence de l’innovation de défense, l’Innovation defense lab et, plus récemment, le Battle-Lab Terre sont autant de structures initiées ces derniers mois avec pour objectif principal d’insuffler la dynamique qui permettra de générer les innovations dont l’armée de Terre a besoin. Appelé à doubler ses effectifs d’ici 2021, le Battle-Lab Terre « viendra concrétiser les efforts de structuration du Pôle Innovation Terre ». Pour ce faire, cette nouvelle structure est basée sur le plateau de Satory, à proximité des acteurs clé de l’innovation terrestre que sont la STAT, Nexter, Arquus, ou encore le cluster scientifique et technologique de Paris-Saclay. De son côté, l’état-major de l’armée de Terre se réorganise autour d’un pilier « Numérique et Innovation » placé sous la houlette d’un officier général directement subordonné au major général de l’armée de Terre, le général Barrera.

Ensembles, industriels, startups, universités, laboratoires civils et militaires, devront oeuvrer à soutenir une armée de Terre aujourd’hui pleinement investie sur le terrain de l’innovation. Hormis les axes majeurs de la robotisation et de l’IA, l’armée de Terre rebondit sur les nombreux RETEX acquis au Sahel et au Levant pour s’engager dans de nouvelles voies exploratoires.

Entre autres exemples, la SIMMT a acquis dernièrement deux imprimantes industrielles 3D ProMaker P1000 auprès de l’entreprise française Prodways Technologies. L’une sera mise en oeuvre par la 13e BSMAT de Tulle, et la seconde sera conteneurisée en vue de son déploiement sur un théâtre extérieur. Ce type de technologie pourrait à terme répondre aux soucis d’approvisionnement en matière des pièces détachées vécus en OPEX en réduisant drastiquement les coûts et délais de livraison. À condition de survivre au climat exigeant du Sahel. « À ce stade, l’interrogation porte notamment sur la capacité à produire des pièces résistantes à des pressions mécaniques ou à la chaleur », précise un CEMAT résolument optimiste sur l’issue de l’expérience: « l’imprimante 3D fonctionne dans l’espace, elle devrait donc pouvoir fonctionner en bande sahélo-saharienne ! ».

Dans un tout autre registre, la fin de la mission d’appui-feu allouée à la Task Force Wagram au Levant fut révélatrice de « la nécessité de maîtriser davantage nos effets, dans des environnements de plus en plus contraints ». Malgré un regain appréciable de précision, l’obus guidé BONUS, utilisé pour la première fois en décembre 2018, s’est avéré insuffisant « pour limiter les dégâts collatéraux ». C’est pourquoi, au début du mois de juin, le général Bosser a demandé à Nexter de relancer les études relatives à « un projet d’obus de précision de 155 millimètres que nous avions entamé il y a cinq ans ».

 

Voulue par M. Macron, l’Initiative européenne d’intervention a désormais sa feuille de route

Voulue par M. Macron, l’Initiative européenne d’intervention a désormais sa feuille de route

Le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Jean-Pierre Bosser, a récemment fait part aux députés de la commission de la Défense des incompréhensions de ses homologues européens au sujet de l’Initiative européenne d’intervention (IEI), lancée par le président Macron afin de forger une culture stratégique commune aux pays souhaitant y adhérer.

« Cela se comprend d’une certaine manière car il s’agit d’un concept récent. Les pays qui, depuis 60 ans, sont membres de l’Otan se sont organisés, équipés, architecturés, interopérabilisés au travers de cette organisation. Tout cela me fait dire qu’il sera difficile de tracer un chemin », a ainsi expliqué le général Bosser.

Cette Initiative européenne d’intervention a fait l’objet d’une lettre d’intention signée en juin dernier par 9 pays, dont l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la France, les Pays-Bas et le Portugal. La Finlande vient de le faire à l’occasion d’une réunion organisée le 7 novembre à Paris.

Cette dernière, qui a donc rassemblé les ministres de la Défense [ou leur représentant] des pays ayant rejoint IEI, aura-t-elle permis de réduire ces « incompréhensions » évoquées par le CEMAT? En tout cas, elle a été l’occasion de donner les « orientations politiques qui guideront les travaux pour le cycle 2018-2019 », lesquels débuteront le 9 novembre avec la tenue des premiers « Military European Strategic Talks » [MEST] au niveau des états-majors.

Ainsi, les dix membres de l’EI se sont engagés dans un « partage d’analyse sécuritaire ». En outre, il a été décidé qu’ils « s’attacheront à identifier les points de convergence qui permettront d’établir des liens plus étroits et une coopération plus forte aux niveaux politique et militaire » dans quatre domaines, dont « l’anticipation stratégique », les « scénarios d’engagement », le « soutien aux opérations » et le « retour d’expérience et la doctrine ».

« L’IEI apportera une contribution à l’Union Européenne, y compris à la Coopération structurée permanente, ainsi qu’à l’Otan », précise le communiqué de presse conjoint publié à l’issue de cette réunion.

« Les états-majors étudieront comment mieux coordonner leur action militaire à tous les niveaux, en s’appuyant dans un premier temps sur leurs récentes expériences opérationnelles. […] Nous travaillerons également au développement d’une approche commune des crises au sein de l’IEI, notamment en réponse aux enjeux climatiques régionaux, et pour renforcer notre contribution au profit de la sécurité maritime », poursuit le texte, qui assure que d’autres « axes de travail » seront ouverts pour traiter des problèmes de sécurité « plus larges ».

Selon la ministre française des Armées, Florence Parly, l’IEI doit permettre aux participants de se « réunir autour d’objectifs concrets, pragmatiques. » Et d’ajouter qu’elle se « distingue des initiatives existantes, en ce qu’elle offre la flexibilité nécessaire pour permettre à chaque membre de travailler sur les sujets qui sont au cœur de ses préoccupations stratégiques. »

« L’opération Sentinelle I a laissé beaucoup de traces », admet le chef d’état-major de l’armée de Terre

« L’opération Sentinelle I a laissé beaucoup de traces », admet le chef d’état-major de l’armée de Terre

Les personnels du 61e régiment d’artillerie patrouillent dans la ville de Metz. Ils sécurisent la fête de la Mirabelle. Le groupe du maréchal des logis Mélanie arrive au village Mirabelle situé sur la place d’armes à Metz.

 

Lancée après les attentats de janvier 2015, l’opération intérieure Sentinelle, confiée pour une large partie à l’armée de Terre, n’aura pas été sans conséquences. D’abord sur le moral des militaires, un rapport parlementaire publié quelques mois plus tard ayant alerté sur le risque de « lassitude grave » dans leurs rangs.

« L’ancrage de Sentinelle dans le quotidien […] pourrait alimenter un sentiment de dénaturation du métier militaire et de faible légitimité de la mission » ce qui, « à courte échéance, pourrait conduire à un certain mécontentement », prévenait ce document, qui citait également un « sentiment de dénaturation du métier militaire » et la « faible légitimité de la mission » ainsi que les « conditions de vie sur les lieux d’hébergement ».

L’opération Sentinelle a également eu des effets sur la préparation opérationnelle de soldat, par ailleurs déjà sur-sollicités dans l’attente de l’arrivée des 11.000 recrues promise à l’époque pour renforcer la Force opérationnelle terrestre. Ainsi, durant les premiers mois de l’année 2015, 70 % des rotations dans les centres d’entraînement spécifiques furent annulées…

Depuis septembre 2017, le dispositif de l’opération Sentinelle a évolué, de façon à ce qu’il soit plus « mobile et imprévisible » et selon trois niveaux (un échelon permanent, un échelon de renforcement planifié et une réserve stratégique de 3.000 soldats appelés à intervenir si besoin).

Cela étant, lors de son audition par les sénateurs de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, dans le cadre de l’examen du budget des Armées pour 2019, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Jean-Pierre Bosser, a admis que « Sentinelle I a laissé beaucoup de traces », notamment sur la capacité opérationnelle de ses soldats. Notamment parce que, a-t-il expliqué, cette opération « a fonctionné avec des modes d’action très statiques particulièrement pénibles pour nos soldats » et « on était beaucoup plus proche des modes d’action de sécurité intérieure que de ceux que peuvent mener des forces militaires. »

« Heureusement, l’évolution vers Sentinelle II a permis des modes d’action plus dynamiques et de réduire la facture en effectifs immédiatement déployés tout en maintenant un volume en alerte sur court préavis. Nous avons d’ailleurs vécu trois ‘surges’ à 10 000 hommes », a poursuivi le CEMAT.

Pour autant, ce dernier envisage une nouvelle évolution du dispositif « Sentinelle ».

« Je m’interroge, un an après la mise en œuvre de ce Sentinelle rénové, sur le visage que pourrait prendre Sentinelle III, pour deux raisons : d’abord parce que la menace diminue – et si les services de renseignement confirment cette situation, je pense que le moment est venu de ne pas inscrire Sentinelle dans une sorte de plan ‘Vigipirate’ permanent – et ensuite parce qu’il est encore possible de faire évoluer nos modes d’action », a expliqué le général Bosser.

Aussi, l’enjeu sera de diminuer les effectifs engagés dans Sentinelle tout en cherchant à accroître la « visibilité » des militaires sur le territoire national.

« Deux choses me paraissent importantes sur Sentinelle : d’une part la manière dont on se présente sur le territoire national, en termes d’action, d’autre part, la visibilité que l’on veut donner de nos soldats, vis-à-vis des Français ou de nos adversaires potentiels », a en effet affirmé le général Bosser.

Pour lui, le fait que la venue de touristes étrangers à Paris ait retrouvé le niveau qui était le sien avant les attentats de 2015 serait en partie lié « à la place des soldats déployés » dans les rues parisiennes. D’où l’importance de cette visibilité ».

« D’ici quelques semaines, je proposerai à la ministre un projet de Sentinelle III, pour accroitre la visibilité de la force armée sur le territoire, tout en baissant sa présence », a précisé le général Bosser. « Peut-être faudra-il revenir à des exercices en terrain libre, pour entretenir cette relation avec les Français? », s’est-il demandé.