Covid-19, surprise stratégique ?

Covid-19, surprise stratégique ?

Commission de la défense nationale et des forces armées


La crise du Covid-19 n’est pas finie et il faut faire preuve de beaucoup d’humilité, car cet ennemi invisible est difficile à cerner. Mon sentiment est que nous n’avons pas vécu de vraie surprise stratégique car une épidémie de grande ampleur était envisagée depuis longtemps. Pour autant, la force de la pandémie nous a collectivement déséquilibrés. À ce stade, j’estime que l’armée de Terre résiste bien et reste en mesure d’exécuter ses missions. Nous devons toutefois rester vigilants et bien apprendre de ces deux mois de crise.

Quelles sont tout d’abord les caractéristiques de cette crise ? J’en identifie deux principales. La première est que l’armée de Terre a dû composer avec deux impératifs apparemment contradictoires : protéger nos soldats contre le virus et continuer de préparer nos opérations. L’impératif le plus évident est de protéger nos soldats contre le virus et d’éviter que ces derniers participent à sa diffusion en interne, dans nos unités, et en externe, dans le reste de la population. Cette priorité que nous nous sommes fixés a été confirmée par la ministre des Armées. Pour autant, le télétravail n’a pas grand sens pour 80 % des militaires de l’armée de Terre. De même, d’un régiment à l’autre, nous devons également prendre en compte de multiples métiers et des configurations de casernes très différentes. Il a donc fallu inventer une nouvelle manière de travailler qui a changé le quotidien de toute l’armée de Terre. Grâce à l’autonomie laissée à nos formations, l’armée de Terre a su trouver des solutions adaptées pour protéger ses soldats. 

L’autre impératif, qui est aussi une priorité, est de préparer le mieux possible mes hommes à s’engager. Vos propos introductifs rappellent que nos opérations se poursuivent et qu’elles ne sont pas moins dangereuses. Or une contamination massive de l’armée de Terre ne permettrait plus de remplir nos missions. Ces deux impératifs qui sont moins contradictoires qu’il n’y paraît doivent donc être combinés. Protéger nos hommes et nos femmes du virus ne suffit pas car le Covid n’arrête pas nos ennemis. Vis-à-vis de la Nation, l’armée de Terre a le devoir d’être prête à s’engager en opérations. J’ai aussi un devoir vis-à-vis de mes hommes qui doivent être déployés avec toutes les chances de réussir leurs missions. Pour concilier ces deux exigences, il faut faire preuve de pédagogie, en interne et en externe, car certains se sont étonnés que nos soldats continuent de s’entraîner au lieu de rester confinés. Il s’agit bien de préparer nos soldats à l’exécution des missions que le Gouvernement nous confie. Et en voulant les protéger à court terme contre le risque du Covid, en stoppant tout entraînement, nous leur ferions prendre, ultérieurement, des risques plus grands en opérations. 

En outre, cette crise a exigé de la réactivité et de l’imagination. Cette réactivité de l’armée de Terre a d’abord consisté, le temps d’évaluer la situation, à « jeter un premier dispositif » permettant de faire face à toutes les options possibles. Avant même le lancement de l’opération Résilience, une mise en alerte a été déclenchée pour se préparer à d’éventuelles prochaines missions, tout en renforçant et en adaptant le fonctionnement pour protéger nos soldats. Il s’agissait de se tenir prêts à déployer sans délai les militaires et les moyens dont le pays avait besoin et d’adapter les activités de formation et de préparation opérationnelle indispensables à nos unités. Être capables de produire un engagement important en hommes et en matériels au profit de l’opération Résilience était bien notre objectif. Personne n’aurait compris que l’armée de Terre reste confinée et n’intervienne pas pour aider nos concitoyens et appuyer la résilience de l’État. 

Il a également fallu être imaginatif pour soutenir au mieux les Français et les services de l’État. Il n’existe aucun manuel pour qu’une section d’infanterie agisse en appui d’un hôpital. Nous avons donc engagé un dialogue étroit avec les acteurs locaux pour répondre à leurs attentes.

Des sections ont aussi été déployées pour monter des tentes à l’entrée de certains EHPAD pour permettre aux visiteurs de s’équiper avant de retrouver leurs aînés. Vous vous en doutez, cela ne s’improvise pas et nécessite un vrai dialogue entre civils et militaires.

Je voudrais maintenant vous faire une appréciation de situation sur l’engagement de l’armée de Terre et sur les conséquences de la crise sur notre armée.

Auparavant, je voudrais dire combien les soldats de l’armée de Terre sont admiratifs devant l’action du personnel de santé ; ils ont mesuré la force de leur engagement et l’ampleur des risques qu’ils prennent. C’est admirable et nous étions heureux de les aider et de les appuyer.

Dans cette crise, l’engagement de l’armée de Terre a été « multi-domaines », sur un très large spectre de missions. L’opération Résilience est beaucoup plus diverse que Sentinelle. En effet, l’armée de Terre s’est déployée depuis l’Assemblée nationale jusqu’à des hôpitaux de toutes petites villes, en passant par des entreprises et des centres d’action sociale. L’armée de Terre a ainsi montré qu’elle était un peu « l’armée des territoires », s’appuyant sur la densité de son maillage géographique.

Pour vous donner quelques exemples de la diversité des missions, nous avons appuyé les structures médicales et hospitalières par des unités d’active et des unités de réserve, en particulier à Paris. Vous avez cité le 2e régiment étranger de génie à l’hôpital de La Conception. Des militaires, spécialisés dans le secourisme, au 68e régiment d’artillerie d’Afrique ont aussi contribué, aux côtés du SAMU, à la régulation médicale à Bourg‑en‑Bresse. Nous avons également apporté un appui logistique auprès des services de l’État en transportant des malades, en distribuant des équipements sanitaires ou en sécurisant des sites sensibles. Tout le monde a vu les évacuations par hélicoptères, une cinquantaine de patients transportés au total. Il y a eu des actions moins visibles comme la distribution de plusieurs dizaines de millions de masques dans l’ensemble du pays. Le 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine a assuré la protection du site hospitalier de Toulouse. Le 92e régiment d’infanterie a assuré la protection de l’hôpital de Limoges et la sécurisation de la livraison de matériels. Mais au-delà des effets produits sur le terrain, la participation de l’armée de Terre à l’opération Résilience a permis la « réassurance » de certaines structures hospitalières, dont le personnel de santé a ressenti, au travers de l’aide des armées, l’appui de l’ensemble du pays. L’armée de Terre doit montrer l’exemple en appuyant psychologiquement la résilience de la nation.

Le 2e régiment de dragons, régiment d’appui NRBC a exécuté 250 opérations de désinfection, principalement d’administrations, et une dizaine d’équipes a été déployée outre‑mer. Son expertise n’aurait pas été maintenue à ce niveau si, dès février, son chef de corps n’avait pas pris l’initiative de constituer des stocks de produits de désinfection ! 

Une action moins visible a été l’appui aux structures de commandement et de gestion de crise. L’armée de Terre a déployé assez vite des officiers en scolarité à l’école de guerre ou affectés en état-major, en renfort des structures de l’État, comme au ministère des solidarités et de la santé ou dans les agences régionales de santé (ARS), avec lesquelles il a fallu dialoguer et avec lesquelles nous étions assez peu familiarisés. 

Je vous ai décrit l’engagement. J’identifie deux facteurs qui l’ont rendu possible : notre chaîne de commandement et le maillage territorial.

Si nos unités ont bien réagi, c’est d’abord lié à une chaîne de commandement, qui est solide, efficace et qui repose sur trois principes : la subsidiarité, le contrôle et l’appui aux subordonnés. Ce triptyque est fondamental pour construire une confiance qui ne se décrète pas mais se travaille en permanence. Dans l’incertitude, nos soldats se tournent vers leur chef et attendent des réponses à leurs interrogations. Dans cette crise, la chaîne de commandement a donc réussi à jouer ce rôle : donner du sens à la mission. C’est ce que nos hommes attendent des chefs : réduire et éclairer l’incertitude. 

L’efficacité de la réponse réside également dans notre maillage territorial qui rend possible le contact à tous les niveaux : il y a d’abord Paris au niveau central, il y a ensuite les officiers généraux de zone de défense et de sécurité en contact avec le préfet de zone de défense et de sécurité, il y a enfin les délégués militaires départementaux en contact avec les préfets de département et les chefs de corps avec les maires, les parlementaires, les conseillers régionaux et les chefs d’entreprise.

La dynamique de rayonnement local que nous construisons et que nous entretenons avec soin dans nos garnisons depuis des années, s’est muée, durant cette crise, avec l’aide des acteurs locaux, en dynamique opérationnelle.

Cette crise nous apprend aussi que nous gagnerions à diversifier le panel de nos contacts. Mais n’oublions pas que le rôle du préfet doit rester central, la connaissance interpersonnelle et la confiance mutuelle pouvant accélérer la réponse à la crise.

Je voudrais maintenant évoquer l’impact de la crise sur l’armée de Terre. L’armée de Terre reste en mesure d’exécuter les missions qui lui sont fixées. Pour autant, il ne faut être ni catastrophiste ni naïf mais deux mois de crise Covid avec beaucoup d’activités gelées ne peuvent pas être sans conséquence. Elles sont multiples. Dans le domaine des ressources humaines, l’interruption du recrutement, qui reprendra la semaine prochaine, entraîne un déficit potentiel de mille à deux mille jeunes engagés. Ce retard ne sera pas rattrapé en intégralité mais nous avons pris des mesures pour faciliter les engagements et permettre à ceux qui ne voudraient pas quitter l’armée de rester. 

S’agissant de la préparation opérationnelle, nous avons réduit des deux tiers nos activités d’entraînement interarmes et interrompu une bonne partie de nos formations pour nous concentrer sur les relèves et sur l’opération Résilience. Il y a donc un déficit de préparation opérationnelle que nous allons chercher à résorber.

Malgré un entraînement moins important que prévu, nous n’avons pas réduit le niveau d’engagement en OPEX. La prise de risque est maîtrisée pour la relève de juin et devrait être acceptable pour celle de fin d’année. Si le niveau de contrainte continue à être très fort l’an prochain et si le périmètre des opérations change – une nouvelle crise qui se déclare par exemple – la prise de risque sera plus forte et devra être finement évaluée. 

La situation du maintien en condition opérationnelle (MCO) apparaît comme satisfaisante à court terme. Les ateliers ont continué de travailler en utilisant les stocks de pièces dont nous disposons. Certains véhicules ayant moins roulé, nous avons donné la priorité technique à des véhicules engagés dans l’opération Résilience. La disponibilité technique opérationnelle (DTO) s’améliore, mais au prix d’un fort recours aux stocks. Si l’industrie de défense ne rouvre pas rapidement les flux, nous serons en difficulté, à moyen terme. Je suis donc très vigilant.

L’armée de Terre est prête à s’engager et à exécuter ses missions. Il y a toutefois des inquiétudes et des incertitudes bien normales. Les soldats se posent les mêmes questions que tous les Français, mais cela ne remet pas en cause l’engagement opérationnel. Nos soldats et leurs familles s’interrogent sur la sortie du confinement, la scolarisation, les vacances d’été et les mutations, etc.

J’en viens maintenant aux enseignements. Le premier, c’est qu’un modèle d’armée complet n’est pas une assurance inutile. Il y a six mois, certains auraient peut-être jugé le 2e régiment de dragons, qui aligne 800 à 900 hommes, un peu trop coûteux. Mais ce n’est pas au moment du déclenchement d’une crise que l’on peut acquérir une telle expertise, rassembler des hommes et des matériels, etc.

Deuxième enseignement : la résilience n’est pas un luxe même si elle ne fait pas toujours bon ménage avec l’efficience. Et l’autonomie stratégique est bien évidemment une composante de cette résilience. Nous devons donc identifier nos équipements les plus stratégiques dont il faudra sécuriser toute la chaîne de valeur. En cas de guerre ou même de crise, nos ennemis feront tout pour nous empêcher de compléter nos stocks de munitions et de pièces de rechange. On ne saurait en constater l’insuffisance, comme cela a été le cas pour les stocks de masques, que seule la loi de l’offre et de la demande nous a empêchés de reconstituer plus rapidement.

Troisième enseignement : notre mode de fonctionnement est devenu trop complexe. L’accumulation de normes et de directives multiples nous empêche de fonctionner de manière souple et réactive. Nous devons retrouver une forme d’agilité au service de l’opérationnel, à l’instar de la procédure des urgences opérationnelles qui nous permet d’obtenir rapidement certains équipements qui nous font défaut. C’est donc possible. L’état d’esprit qui consiste à trouver la solution plutôt que d’expliquer pourquoi les choses ne devraient pas être faites devrait être un peu plus répandu. Beaucoup réglementent mais les armées à qui l’on demande de remplir ses missions en tout temps, en tous lieux, sont enfermées dans un excès de normes. Il faut être vigilant à ce que celles-ci ne nous étouffent pas. C’est une de mes priorités car l’armée de Terre n’est pas exempte de reproches dans ce domaine, nous devons aussi trouver des solutions, simplifier nos procédures et faire évoluer certaines mentalités.

Cette crise inédite n’est pas finie, nous continuerons à vivre sous cette menace, mais le monde n’a pas changé : loin de se substituer aux autres défis sécuritaires, la pandémie peut les exacerber ou en créer de nouveaux. Nous n’en mesurons pas encore toutes les conséquences, notamment économiques. Nous pourrions d’ailleurs être un acteur du plan de relance gouvernemental et nous nous préparons à faire des propositions dans ce sens.

Cette crise conforte mon point de vue sur les orientations du plan stratégique de l’armée de Terre. Le monde est dangereux, la crise contribue à cette dangerosité et un conflit majeur n’est pas improbable – on voit en Libye quelque chose qui s’en approche. Face à une crise majeure, il faut être prêts d’emblée, et il faut être résilients, savoir encaisser les chocs, sinon nous serons balayés.

La Chine aurait fait pression sur l’UE pour édulcorer un rapport sur la désinformation relative au Covid-19

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Le ministère des Armées confirme avoir acheté du phosphate de chloroquine « par précaution »

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Situation du Covid-19 (coronavirus) au 23 avril par le Général (2S) Dominique Delawarde

Situation du Covid-19 (coronavirus) au 23 avril par le Général (2S) Dominique Delawarde*

Situation du Covid-19 (coronavirus) au 23 avril par le Général (2S) Dominique Delawarde*


Depuis le début de l’épidémie:

  • 210 pays ou territoires ou bateaux (2) ont été affectés par le virus, pour  2 635 719 cas déclarés.
  • 184 066 décès (+ 6 607  hier) ; 717 439 guérisons (+ 27 400 hier)) ;
  • 1 734 214 patients  traités (+ 46 152 hier), dont 56 686  en état critique (- 568 hier).

     A noter que:

10 pays ou territoires ne seraient toujours pas affectés par l’épidémie à ce jour ( Corée du Nord, Tadjikistan, Turkménistan, Lesotho, Comores, Tonga, Salomon, Îles Marshall, Micronésie, Palaos)  

72 pays ou territoires ont eu de 1 à 100 cas détectés depuis le début de l’épidémie (38 d’entre eux ne comptent aucun décès, et les 34 autres ne comptent, au total, que 93  décès.)

58 pays ou territoires comptent entre 101 et 1000 cas détectés depuis le début de l’épidémie pour un total de 801 décès.

 Sur les 210 pays ou territoires concernés par l’épidémie, 151 ont déclaré de 0 à 50 décès….. 

  • 6 607 nouveaux décès du coronavirus le 22 avril (- 455 par rapport à la veille). 
  • 15 pays ont déclaré plus de 1 000 décès depuis le début de l’épidémie (Italie,  Espagne, USA, France, Chine, Iran,  Royaume Uni, Pays Bas, Belgique, Allemagne, Brésil, Suisse, Turquie, Suède, Canada) 
  • Sur les 184 066 décès enregistrés dans le monde depuis le début de l’épidémie, 170 257 l’ont été dans ces 15 pays (92,5%) et 162 714 (88,4%) dans les pays occidentaux (US, UE, OTAN).
  • 5 812  des 6 607  décès déclarés hier (88%) sont « US, UE, OTAN ». C’est ce camp qui paye aujourd’hui et payera demain le prix le plus fort tant sur le plan humain que sur le plan économique (récession certaine + crise économique probable)

Au niveau de la planète,  la vague épidémique poursuit son ascension aux USA et au Royaume Uni. Elle reflue ailleurs en Europe. Dans les prochains jours, les bilans devraient s’alourdir encore aux USA et au Royaume Uni. Le cap des 3 millions de cas et des 200 000 décès devrait être franchi dès le week-end prochain..

Les bilans les plus lourds de la journée d’hier restent ceux des USA , de la France et du Royaume Uni. Ces pays enregistrent, à eux trois : 45,3% des nouveaux cas,  55,2 % des nouveaux décès et 36,7% des cas critiques de la planète.        

Un tableau du bilan actuel du nombre de cas et de décès par grande région du monde permet de réaliser celles qui s’en sortent bien, pour l’instant, et celles qui ont souffert et continuent de souffrir. 

Continents ou  Sous continents Population en millions d’h Pop.  En %    Nb  de cas      % des cas / total  monde Nb de décès des décès
Europe 747 9,58% 1 168 284 44,33% 111 202 60,41% 
Amérique septentrionale (USA+ Canada)  365 4,69% 888 907 33,73% 49 633 26,96%
Asie 4 641 59,58% 422 287 16,02% 15 854 8,61%
Amérique latine du Mexique inclus à Ushuaïa + Caraïbes 655 8,41% 120 665 4,58%  6 030 3,28%
Afrique 1 340 17,20% 26 653 1,01% 1 244 0,68%
Océanie 42 0,54% 8 201 0,31% 88 0,05%
Bateaux 0 0% 721 0,03% 15 0,01%
Total Monde 7 790 100 % 2 635 719 100 % 184 066 100 %

L’Asie, à l’exception de l’Iran et du Japon qui enregistre une vague de nouveaux cas et 18 décès, est quasiment sortie de l’épidémie. Sa part dans le bilan devrait se réduire progressivement. La part du continent américain (Nord et Sud) et de l’Afrique va très progressivement s’accroître.    

Pour relativiser encore et toujours les bilans humains de cette pandémie, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) nous apprend que, chaque année, la grippe saisonnière est responsable de 5 millions de cas « graves » qui entraînent entre 280 000 et 600 000 décès. Le Covid-19 n’a, à ce jour, affecté que 2,63 millions de personnes (testées) dont près de 390 000 cas graves qui se sont traduits par près de 184 000 décès.   

Reprenons pays par pays 

Les  USA maintiennent leur bilan au dessus des 2 000 décès par jour. Ils sont toujours «dans le dur» de l’épidémie. Le nombre de patients en cours de traitement a augmenté de 25 000 hier pour atteindre près de 717 000 pour cette seule pathologie dont plus de 14 000 cas critiques. 

La situation de la France continue de s’améliorer très doucement. Le nombre de décès quotidiens, lié au nombre de patients en réanimation, continue progressivement de baisser. Son taux de mortalité de 327 décès par million d’habitants, pour une moyenne mondiale de 23,5  fait aujourd’hui, de son bilan en pertes humaines, l’un des plus lourds de la planète. 

Avec 7 100 tests / million d’habitants, déclarés à ce jour, la France reste en 61ème position mondiale pour la détection des malades. Il est vrai que son compteur de test est à nouveau bloqué depuis plusieurs jours, ce qui ne permet pas vraiment d’évaluer correctement ses efforts en la matière. Avec un taux de guérison totale, à ce jour, de 25,4% des cas déclarés, au niveau national, la France a beaucoup moins guéri que l’Allemagne qui a déjà renvoyé 66,2% de ses patients chez eux, guéris. Elle  a fait moins bien que l’Espagne qui en a déjà guéri 41% ou que l’Autriche qui en a guéri 76%

Après les problèmes de masques, de respirateurs, de tests et de médicaments nécessaires à la réanimation, aurait-on également appliqué une mauvaise stratégie de prise en compte des patients, en les hospitalisant trop tard, à un moment où la gravité de leur état nécessite une hospitalisation très longue ? Ou aurait-on appliqué une mauvaise stratégie de traitement des malades ? Il faudra chercher les réponses à ces questions en fin d’épidémie.

La situation du Royaume Uni reste mauvaise mais stable. Le compteur des cas critiques est bloqué à 1 559 depuis plus de douze jours. Avec plus de 115 000 patients en cours de traitement,  c’est le pays qui en compte le plus après les USA. Avec un flux d’entrée quotidien de 3 000 à 4 000 nouveaux patients, et un flux de sortie qui se limite, pour l’instant, aux décès, les structures de santé sont submergées avec les conséquences connues en terme de mortalité. Des bilans quotidiens de 800 à 1 000 décès jusqu’à la pause dominicale sont, hélas, prévisibles. 

La situation de l’Italie s’améliore lentement, avec une baisse progressive des cas critiques. Le nombre des décès du jour est repassé sous la barre des 450 et devrait diminuer dans les jours qui viennent. 

La situation de l’Espagne est stable. Le nombre de nouveaux cas et des décès du jour augmente très légèrement. Seul le nombre toujours très élevé de cas critiques reste préoccupant. 

La situation de l’Allemagne s’améliore sensiblement : 3 fois plus de guérisons que de nouveaux cas,  forte baisse des décès, baisse très sensible du nombre des patients sous traitement (désormais plus de deux fois inférieur au nôtre). Pour un nombre de cas traité comparable à celui de la France, l’Allemagne a déjà guéri et renvoyé chez eux les deux tiers des patients traités. La France n’en a guéri qu’un quart …

Le déconfinement progressif a été initié avec trois semaines d’avance sur le nôtre. Il y aura certainement quelques leçons à prendre …. 

Les situations de la Turquie, de la Belgique, de la Suisse, de l’Iran, de la Suède et du Canada sont stables, celles du Brésil et de la Russie enlégère détérioration. Si  les pertes restent très importantes pour un petit pays comme la Belgique et importantes pour la Suisse et la Suède elles restent faibles pour le Brésil, l’Iran, la Turquie et le Canada et très faibles pour la Russie. 

Bien que peu affectée par l’épidémie, la Russie continue de tester énormément sa population (stratégie Allemande). C’est ce qui explique le nombre très élevé de nouveaux cas détectés (le 2ème de la planète hier derrière les USA). Ce qui est préoccupant, pour elle,  c’est le nombre de cas sérieux ou critiques. Le nombre des décès quotidiens devrait continuer de croître dans les jours qui viennent. 

Au Mexique, pour la première fois hier, le nombre surprenant de 143 décès a été déclaré. C’est une multiplication par 5 par rapport à la veille …. ? Si un tel bilan devait se reproduire, le Mexique pourrait franchir la barre des 1 000 décès dès demain et devancer l’Irlande et le Portugal de quelques jours.

Les taux de mortalité par million d’habitants des 15 pays ayant dépassé les 1000 décès (+ Russie), dans le tableau ci dessous, donne une petite idée de la qualité de la gestion de l’épidémie par les gouvernances de chacun des états. 

Pour mémoire, le taux de mortalité Covid-19 est de 23,6 décès par million d’h. au niveau mondial 

*Général (2S) Delawarde Dominique

Général DELAWARE Dominique

Officier de l’Armée de Terre et ancien Saint Cyrien, le général DELAWARDE a porté l’uniforme de Septembre 1959 à Mars 2005. Breveté de l’École Supérieure de Guerre et du Cours Supérieur Interarmées, son parcours militaire est une succession de période d’encadrement d’unités militaires de Légion étrangère (2ème RE et 3ème REI) et de Chasseurs alpins (6ème, 7ème et 11ème BCA), puis de périodes d’encadrement d’élèves officiers et d’officiers élèves en écoles de formation, notamment à Saint Cyr, et enfin de séjours en état major de niveau national dans des affectations notamment liées au renseignement.Il a servi plus de 8 ans hors de l’hexagone : 3 ans aux États Unis, 2 ans en Amérique du Sud, 2 ans au Proche Orient dans le cadre de l’ONU, plus d’un an dans les Balkans dans les cadres de l’ONU et de l’OTAN, plus de six mois au moyen orient (Émirats, Qatar, Koweït). Outre ces séjours, il a parcouru le monde et visité à ce jour 81 pays, souvent à plusieurs reprises.

Il a été notamment l’un des commandants de bataillon puis le chef du renseignement de la Force des Nations Unies au Liban, commandant du 7ème Bataillon de Chasseurs Alpins puis du 5ème Régiment d’Infanterie de Montagne à Sarajevo, lors de la guerre de Bosnie, Officier de liaison auprès de l’enseignement militaire supérieur américain aux USA, et Chef du bureau « Situation-Renseignement-Guerre électronique» à l’état major Interarmées de Planification Opérationnelle, le plus haut état major de planification de niveau national impliquant l’Armée de Terre, l’Armée de l’Air, la Marine et la Gendarmerie Nationale.

Il a terminé sa carrière en qualité de Chef d’état major du Commandement des 24 écoles de formation de l’Armée de Terre (CoFAT). Il est Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur de l’Ordre National du Mérite, et décoré de la Meritorious Service Medal américaine.

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