Un lieutenant-colonel français à l’OTAN accusé d’espionnage au profit de Moscou

Un lieutenant-colonel français à l’OTAN accusé d’espionnage au profit de Moscou (actualisé-2)

Le Mamouth – publié le 30 août 2020

https://lemamouth.blogspot.com/2020/08/un-lieutenant-colonel-francais-lotan.html

 

L’information est dévoilée par Europe 1 quelques secondes avant de recevoir la ministre des armées. La radio explique que son service police-justice a eu connaissance de la mise en examen d’un lieutenant-colonel posté à l’OTAN en Italie au motif d’espionnage au profit de Moscou. La ministre des armées, qui n’a pas eu l’air surprise de cette révélation, a expliqué que c’est le ministère des armées qui avait détecté les activités suspectes décrites. Le personnel était affecté à Naples, selon nos sources. C’est le principal site de l’OTAN en Italie employant des Français (quelques Français suivent aussi les enseignements du collège de l’OTAN à Rome).

Le dossier a été transmis au procureur de la République par un article 40 qui oblige tout agent de L’État ou militaire à dénoncer des faits illicites à la justice.

La ministre des armées s’est réfugiée dans le secret de l’instruction pour ne pas livrer plus de détails. Le domaine d’exercice du militaire n’est pas connu, pas plus que la durée de cet espionnage, et encore moins évidemment, les éventuelles données transmises. La radio assure que l’officier a été arrêté puis mis en examen il y a une dizaine de jours. Il est désormais emprisonné à la Santé (très probablement à l’isolement) à Paris. Le travail à l’OTAN nécessite une habilitation particulière, dont le périmètre varie en fonction des sujets traités, comme c’est le cas pour les habilitations nationales.

Dans un OTAN où la singularité française est toujours facilement stigmatisée, où la France est toujours soupçonnée de vouloir miner l’organisation au profit de l’UE, une telle annonce va évidemment créer quelques dommages. Notamment à Ankara, où quelques propos narquois risquent d’être lisibles assez rapidement : la France a en effet accusé la duplicité de la Turquie, qui utilise son Otanité quand cela l’arrange.

Ce dossier, qui reste à juger, arrive dans un contexte lourd, avec d’autres dossiers concernant l’ingérence de la Chine, mais aussi une multiplication des tentatives de “tamponnage” par des services de renseignement. Y compris alliés. 

actualisé 10h52 : le minarm diffuse à l’instant le communiqué suivant, qui concentre peu ou prou ce que la ministre a déclaré à la radio. “Le ministère des armées confirme qu’un officier supérieur en poste à l’étranger fait actuellement l’objet d’une procédure judiciaire pour des faits de nature à causer de graves failles de sécurité. Le ministère des armées avait dénoncé ces faits auprès du procureur de la République, sur le fondement de l’article 40 du code procédure pénale. Il revient désormais à la justice de faire toute la lumière sur ces agissements. Le ministère des Armés lui apportera toute sa coopération, dans le respect du secret de l’instruction en cours. Il a d’ores et déjà pris les mesure de sauvegarde nécessaires.” 

Un rapport parlementaire déplore le manque de « culture militaire » au sein des administrations civiles françaises

Un rapport parlementaire déplore le manque de « culture militaire » au sein des administrations civiles françaises

http://www.opex360.com/2020/08/08/un-rapport-parlementaire-deplore-le-manque-de-culture-militaire-au-sein-des-administrations-civiles/

20 février 1918, une opération “commando” française géante en Lorraine

20 février 1918, une opération “commando” française géante en Lorraine

 

Par Michel Goya – La Voie de l’épée – Publié le 5 août 2020

https://lavoiedelepee.blogspot.com/

 

La plus grande opération « commando », le terme n’est évidemment pas d’époque, de l’histoire militaire française a probablement eu lieu en février 1918 en Lorraine. Elle est remarquable et donc largement ignorée de l’historiographie française.

Tout commence le 16 janvier, lorsque le général commandant la 8e armée française ordonne de réaliser un coup de main au nord du bois de Bezange. Un coup de main est une opération dite de va-et-vient, c’est-à-dire sans occupation du terrain et visant généralement à rechercher du renseignement à l’intérieur même des lignes ennemies. L’hiver 1917-1918, c’est un peu la « drôle de guerre » de 1939-1940 puisqu’on attend les offensives allemandes, à cette différence près qu’en 17-18 on s’y prépare intensivement. On travaille, on s’entraine, on innove, beaucoup plus qu’en 1939. L’hiver 1918 est en particulier l’occasion d’une intense bataille du renseignement, du côté allemand pour tromper l’ennemi et en même temps sonder ses défenses, du côté allié pour déterminer le point d’application de l’effort allemand. Le coup de main est dans les deux cas un instrument privilégié de cette lutte et on assiste ainsi à une petite guerre de corsaires le long du front.

C’est dans ce cadre que la 8e armée cherche à savoir ce qui se passe dans la région de Bezange, et si possible d’entraver les éventuels préparatifs allemands. Dans le même temps, cette opération devra servir d’expérimentation de nouvelles méthodes d’attaque par surprise, assez proches de celles qu’ont déjà développées les Allemands. La mission est confiée à la 123e division d’infanterie pour un début d’opération un mois plus tard. Il n’est pas évident que l’on soit capable aujourd’hui de faire plus court au regard de tous les moyens engagés.

L’objectif choisi est le plateau des Ervantes, juste au nord du village de Montcel-sur-Seille à 22 km au nord-est de Nancy. On ne parle pas encore comme cela mais l’« effet majeur » est de parvenir à « nettoyer » ce carré d’environ 2 km sur 2 en deux heures, avant l’organisation par l’ennemi d’une contre-attaque importante.

L’objectif est très solidement tenu, aussi va-t-on privilégier d’abord une infiltration par la route qui mène à Sarreguemines par un ravin, zone plus faible, se retrouver ainsi à l’intérieur du dispositif ennemi au sud-est de l’objectif et obliquer ensuite à 45 degrés en direction du nord-ouest. C’est une manœuvre complexe mais qui permet d’éviter la zone de défense la plus dure et de progresser ensuite latéralement à l’intérieur des lignes parallèles ennemies.

Une fois l’idée de manœuvre définie, on procède à la « génération de forces ». L’attaque sera le fait de trois groupements formés chacun autour d’un bataillon d’infanterie, de détachements du génie pour franchir la rivière Loutre au début de l’action puis pour appuyer l’attaque avec les sections de lance-flammes Schilt. Parmi ces trois groupements, deux centrés autour du 411e Régiment d’infanterie sont chargés du nettoyage de la zone cible pendant que le troisième, provenant surtout du 6e RI, les couvrira face à l’est.

Les appuis sont fournis par un total de 352 pièces, dont 180 lourdes. C’est une proportion évidemment considérable, presque un canon pour 5 à 10 soldats à l’attaque. L’artillerie de l’époque est en fait aéroterrestre, puisqu’elle ne peut fonctionner sans moyens aériens. Trois escadrilles sont donc réunies pour assurer l’observation des tirs et deux escadrilles de chasse pour la domination du ciel et la protection des observateurs. La division engage également son escadrille d’infanterie. Celle-ci est chargée de l’observation et du renseignement en avant de l’infanterie à l’attaque, en marquant par exemple au fumigène les positions de défense repérées, ou mitraillant l’ennemi à découvert.

Quatre ans plus tôt seulement, tout ce qui est décrit là aurait relevé de la pure science-fiction. L’artillerie ne tirait que sur ce qu’elle voyait directement comme pendant les guerres napoléoniennes. En 1918, elle peut tirer relativement précisément à plusieurs dizaines de kilomètres. Elle peut même le faire sur simples calculs sans passer par de longs réglages préalables, ce qui excluait toute surprise.

Pour cette opération, on lui demande d’abord de neutraliser les batteries ennemies, d’aveugler ses observatoires, de détruire certains points clés et de créer des brèches sur les défenses de la rivière Loutre afin de faciliter la pénétration. Puis, lorsque l’attaque sera lancée de créer deux boites de protection. Une boite est un carré d’obus, dont trois côtés sont des barrages fixes empêchant l’ennemi de pénétrer à l’intérieur ou de s’en échapper. Le quatrième est le barrage mobile qui protège les fantassins à l’attaque par un mur d’obus et effectue ensuite une série de bonds, en général de 100 mètres toutes les trois minutes. Pour assurer le coup, on décide même de faire deux barrages mobiles, un avec des percutants devant les fantassins français, ce qui procure l’avantage de faire un écran de poussière, et un plus loin avec des fusants éclatant donc dans le ciel. Il y aura donc une première boite pour protéger la pénétration dans le ravin et une deuxième dans la foulée et sur des angles totalement différents pour l’attaque du plateau.

Pour assurer encore plus le coup, on réunit aussi un groupement de 200 mitrailleuses qui appuieront l’infanterie à l’assaut en tirant au-dessus d’elle. C’est une innovation que l’on a empruntée au corps d’armée canadien. Elle consiste à faire tirer sur ordre une grande quantité de mitrailleuses à angle maximum de façon à envoyer des dizaines de milliers de projectiles sur une zone que l’on veut interdire à plusieurs kilomètres. Le froissement des balles dans l’air, au-delà de la vitesse du son, donne l’impression aux combattants à l’assaut d’être à l’intérieur d’un tambour.

Il faut imaginer à ce stade le degré de sophistication nécessaire pour parvenir à faire tout cela et le coordonner harmonieusement.

Et puis, il y a l’infanterie. Il faut oublier les attaques en foule courant de manière désordonnée que l’on voit dans les films sur la Première Guerre mondiale, la scène d’ouverture d’Au revoir là-haut par exemple. L’infanterie de 1918 et déjà bien avant en fait, c’est de la mécanique. Pas de foule, mais des sections nettement séparées. Chaque section est elle-même partagée deux, bientôt trois, « groupes de combat » ou « demi-sections », d’une quinzaine d’hommes répartis en deux escouades commandées par des caporaux. Une escouade est organisée autour d’un fusilier, porteur du fusil-mitrailleur, l’arme principale (mauvaise, mais c’est une autre histoire). Le fusilier coordonne son action de tir de saturation avec des grenadiers à fusils protégés autour d’eux par les grenadiers-voltigeurs qui combattent au fusil ou à la grenade. On est beaucoup plus près d’un combat relativement lent et méthodique que de la ruée. La norme est alors d’avancer au rythme d’un barrage roulant, c’est-à-dire à environ 2 km/h.

Toute cette force, l’équivalent d’une brigade moderne, se met en place au dernier moment sur des positions préparées, organisées, fléchées, avec éventuellement des plans de tir déjà calculées, et dans la plus totale discrétion. La surprise sera totale.

Le 20 février au matin, l’opération débute par les escadrilles qui chassent les ballons et les avions ennemis, ce qui, avec les fumigènes sur les observatoires rend l’artillerie ennemie aveugle. A 7h30, le groupement d’artillerie ouvre le feu. Toutes les missions préalables de l’artillerie sont réalisées sept heures plus tard.

À 14 h 30, les deux compagnies du 4e régiment du génie se lancent sur la rivière Loutre et protégées par les appuis, mettent en place 43 passerelle en moins d’une heure sur deux zones de franchissement. Dans la foulée, les deux premiers bataillons franchissent, le troisième un peu plus tard. La première « boite » se met en place.

Comme souvent la défense ennemie se manifeste presque exclusivement par des tirs de mitrailleuses. Ils sont violents. Un bataillon est obligé d’aborder la première ligne allemande en rampant. Mais une fois celle-ci abordée les choses vont très vite. Comme souvent là encore, il y a peu de combats dans les tranchées, l’ennemi s’est replié ou se rend surtout s’il est surpris dans un abri. Le combat retardateur est mené par les points d’appui de mitrailleuses lourdes à la « surface » au-dessus des tranchées, ou à la mitrailleuse légère dans les boyaux longs et à la grenade sur les courts.

A ce moment-là, c’est plutôt le barrage d’artillerie français qui gêne la progression. Un chef de section, le sous-lieutenant Gouraud prend l’initiative de le franchir pour attaquer seul à la grenade une position de mitrailleuses, qu’il capture. De leurs côtés, les mitrailleurs du bataillon abattent deux avions allemands. La progression dans le ravin est rapide.

La bordure de la zone cible est atteinte vers 16 heures. Protégés par la deuxième boite, les six compagnies alignées des deux bataillons progressent inexorablement le long de leur axe chacune sur un front de 300 mètres de large pour 2 000 de profondeur. Les sections de tête, une ou deux, suivant les lignes, progressent le plus vite et fixent les positions. Les sections suivantes, les réduisent, fouillent les abris puis les détruisent au lance-flammes. Les dernières sections acheminent tués et blessés amis, prisonniers et documents ou matériels capturés à l’arrière.

Les Allemands sont totalement impuissants. Ils tentent de lancer une contre-attaque vers 17 h 15. Elle est repérée par l’aviation et neutralisée par l’artillerie et le groupement de mitrailleuses. À 17 h 45, les compagnies se replient comme prévu et sans précipitation. Les sections les plus avancées de chaque compagnie se repliant à tour de rôle à travers les sections arrières, jusqu’au point de départ.

Les 38 tués français et 67 blessés graves ont tous été ramenés dans les lignes françaises, ainsi que 357 prisonniers. Les sources allemandes parlent de la perte totale de 646 hommes dans leurs rangs. Toute la zone a été ravagée et restera neutralisée jusqu’à la fin de la guerre. On a surtout la certitude que rien ne se prépare à grande échelle de son côté, ce qui avait été envisagé un temps par l’état-major allemand. Les Français peuvent se concentrer sur Reims ou la Picardie, ce qui aura une énorme influence pour la suite des évènements.

Au bilan, dans sa conception et sa réalisation quasi parfaite, il s’agit d’une des opérations les plus remarquables de la Grande Guerre. Il faut considérer l’immensité des innovations en tous genres et de la somme de compétences qu’il a fallu accumuler, en partant de rien malgré les pertes considérables, pour passer en quelques années de la guerre à la manière napoléonienne à quelque chose qui n’a rien à envier à ce qui se fait cent ans plus tard. 

Les Armées conservent leur trajectoire budgétaire

Les Armées conservent leur trajectoire budgétaire

(Crédits : armée de Terre)

(Crédits : armée de Terre)

 

Promesse tenue malgré les conséquences de la crise sanitaire : les crédits du ministère des Armées augmenteront de 1,7Md€ l’an prochain conformément à la trajectoire prévue par la loi de programmation militaire 2019-2025.

 

De 37,51Md€ en 2020, le budget de la mission Défense s’élèvera à 39,21Md€ (+4,52%) en 2021, confirmait la semaine dernière le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance. Il s’agit de la plus forte augmentation budgétaire toutes missions confondues, loin devant l’enseignement et l’aide publique au développement.  »

« L’évolution des budgets ministériels hors relance en 2021 traduit la poursuite des engagements pris par le Gouvernement depuis le début du quinquennat en particulier dans les domaines régaliens », indique Bercy. Depuis 2017, les Armées ont en effet bénéficié d’un renforcement sans précédent de leurs moyens de l’ordre de 6,9Md€. Cette nouvelle hausse des crédits viendra soutenir la poursuite de la réforme du MCO, le lancement de nouveaux programmes d’armement, l’investissement en faveur de la défense spatiale, de l’innovation et du renseignement mais aussi « la montée en puissance de la cybersécurité ».

L’effort, conséquent mais attendu, ne suffira probablement pas pour rassurer dans la durée une filière industrielle de défense malmenée par la crise sanitaire. Le Fonds européen de la défense réduit de moitié, les espoirs se tournent notamment vers un futur plan de relance national susceptible d’apporter un complément d’investissements en dehors du cadre ministériel. De fait, la relance de l’économie nationale constituera « le principal objet du projet de loi de finances pour 2021 », souligne Bercy. Le futur PLF intégrera un « plan de rebond » distinct des dépenses engagées par les les budgets ministériels. Ce plan d’un montant total de 100Md€ sera engagé autour de quatre axes dont ceux de la souveraineté et des compétences. Intégrées dans une mission ad hoc à vocation temporaire, les dépenses de rebond amorcées l’an prochain seront « d’ampleur » et « non pérennes » afin de « créer un effet de levier rapide sur l’économie ».

Reste qu’il s’agira de proposer un véritable plan de relance et non pas « un pactole », rappelaient les députés Benjamin Griveaux (LREM) et Jean-Louis Thiériot (LR) dans un récent rapport parlementaire sur la place de l’industrie de défense dans la politique de relance. La planification d’éventuels investissements au profit des Armées doit donc rester orientée par le modèle d’armée complet et cohérent défini par la LPM pour 2030. Déstabiliser ce modèle « ne serait pas sans danger », aussi conviendra-t-il d’accélérer l’atteinte de certains objectifs capacitaires plutôt que de modifier les équilibres complexes fixés en 2018. L’exécution des dépenses en valeur absolue et non en points de PIB, l’anticipation des commandes sont les deux pistes à privilégier pour maintenir les compétences et les chaînes de production, estiment les deux rapporteurs.

Covid-19 : Dénonçant l’attitude des banques, le Sénat sonne le tocsin pour l’industrie française de défense

Covid-19 : Dénonçant l’attitude des banques, le Sénat sonne le tocsin pour l’industrie française de défense

http://www.opex360.com/2020/07/16/covid-19-denoncant-lattitude-des-banques-le-senat-sonne-le-tocsin-pour-lindustrie-francaise-de-defense/