RETEX en demi-teinte pour les drones Mavic Pro du GCP

RETEX en demi-teinte pour les drones Mavic Pro du GCP

 

Le modèle Mavic Pro de DJI (Crédit photo: DJI)


Voici maintenant un an que les commandos du GCP déployés au sein de l’opération Barkhane se sont vus confier deux micro-drones DJI Mavic Pro. Cet outil a depuis démontré ses forces comme ses faiblesses, comme l’explique le capitaine Kenneth Mac Dowall, chef de section GCP au 35e RAP, dans le dernier numéro du magazine Fantassins.

 

De la reconnaissance offensive véhiculée au Battle Damage Assessment (BDA), le micro-drone Mavic Pro aura été de toutes les missions effectuées depuis un an par le GCP, déployé au Sahel sur les mandats Cobra. Mise en oeuvre rapide, portée de 2km et autonomie de 15 min en situation opérationnelle, ce micro-drone s’est d’emblée révélé être un atout majeur lors d’une progression « souvent ralentie par des obstacles naturels, généralement formés par des oueds ». Sa voie jour 4K/12MP stabilisée et son lancement quasi instantané ont donc permis de sonder rapidement des milieux parfois très denses. Il autorise notamment le GCP à « sonder une zone boisée afin de repérer un passage. Une fois cette zone localisée, un passage bas permet de déceler une menace grossièrement visible avant un check d’un binôme génie ». Un exemple de scénario concret qui démontre, selon le capitaine Mac Dowall, « de quelle manière le drone peut être un facilitateur pour la manœuvre ».

Et pourtant, à l’instar des quads du 2e régiment de hussards, les Mavic Pro du 35e RAP ont présenté certaines limites majeures lors de leur déploiement prolongé dans un environnement « hors normes ». Premièrement, le micro-drone reste particulièrement difficile à manœuvrer en déplacement. « Hormis les secousses qui peuvent rendre le pilotage compliqué c’est surtout lors de cas non-conformes que des difficultés vont apparaître », précise le capitaine Mac Dowall. Exemple ? La fonction RTH (Return To Home) lancée automatiquement en cas de perte du signal ou d’épuisement de la batterie s’avère inutilisable lorsque la station de contrôle est en déplacement. De quoi entraîner la perte du vecteur et forcer l’envoi d’une équipe de récupération en zone potentiellement hostile.

Secundo, les conditions climatiques rigoureuses du Sahel ont eu un impact manifeste sur l’endurance du drone. Selon les spécifications de DJI, le Mavic Pro est en effet conçu pour opérer sous des températures allant de minimum 0°C à maximum 40°C. De fait, une fois qu’elle dépasse 30°C, la température ambiante influence considérablement l’autonomie de la batterie LiPo 3S. À long terme, un échauffement continu de la batterie diminuera irrémédiablement son rendement sans que l’opérateur ne le sache, compromettant potentiellement le bon déroulé des actions du GCP. De même, le vent diminue à son tour la portée du système et empêche tout envol à partir de 10 m/s. L’opérateur doit dès lors redoubler de vigilance « lorsqu’il envoie son drone dans le sens du vent sous peine de ne le voir jamais revenir ».

Tercio, le Mavic Pro ne répond pas entièrement à l’impératif de discrétion du GCP. De fait, ce drone quadrirotor produit entre 60 et 70db en fonction de la fréquence de rotation des moteurs, soit un bruit équivalent à celui d’une conversation normale ou d’un aspirateur « silencieux ». Un élément peu significatif lors d’une mission d’observation opérée à distance, mais qui peut s’avérer critique lors d’un déploiement en appui d’infiltrations pédestres ou d’assaut. Enfin, dernière entrave et non des moindres, l’absence de voie infrarouge rend illusoire son utilisation durant la nuit, voire dans la pénombre.

Verdict: « bien que le Mavic soit d’un faible encombrement et assez léger pour être transporté, son manque de discrétion, ses capacités vidéos limitées et sa faible autonomie n’en font pas un outil indispensable », en conclut le capitaine Mac Dowall. Selon ce dernier, son usage s’avère plus probant lors des phases ultérieures d’une mission, et plus précisément lorsque la visibilité est suffisante et que la discrétion sonore n’est plus un facteur déterminant. À ce titre, le micro-drone est parfaitement adapté aux missions de BDA pour lesquelles « la prise de vue à la verticale d’un objectif suivi d’une illustration rapide permet un compte rendu clair et précis de la situation ».

Si le Mavic Pro reste « un outil précieux permettant de renseigner le chef tactique dans différentes situations », ce court RETEX est néanmoins révélateur du trou capacitaire subsistant entre un nanodrone de type DROP et le futur drone tactique SMDR. Parier, faute de mieux, sur des technologies civiles nativement « non durcies » reste périlleux lorsqu’il s’agit de les déployer dans un cadre militaire par nature « rustique ». L’écart entre les capacités réelles et les exigences du terrain tend cependant à s’amenuiser au fur et à mesure des générations. « En pleine évolution, cette technologie verra ses capacités se démultiplier et permettra ainsi d’étendre son champ d’action », estime ainsi le capitaine Mac Dowall. Le Mavic Pro Platinum, à titre d’exemple, offre désormais une meilleure aérodynamique et intègre de nouvelles hélices développées pour réduire la signature sonore de quelques décibels.

 

Un chien du commando Kieffer meurt en BSS

Un chien du commando Kieffer meurt en BSS

 

Par  Jean-Marc Tanguy – Le Mamouth – Publié le 20 mai 2019

On l’apprend aujourd’hui : un chien du Commando Kieffer a perdu la vie en opération début mai, en bande sahélo-saharienne. Pour l’heure, aucun lien n’est fait avec l’opération de libération d’otages du Burkina Faso, dans laquelle au moins un chien (1) a aussi eu son rôle.
Leuk, c’est son nom, était né le 20 septembre 2013 et avait rejoint la cellule cynotechnie offensive du Commando Kieffer le 08 juillet 2015. Il est spécialisé pendant plusieurs mois dans le domaine assaut et également dans la détection d’explosifs.
Au terme de sa longue formation, il est confié, en mai 2017, à un opérateur cynotechnique du Commando Kieffer. Leur première projection intervient au Levant en appui EOD. Le chien est alors remarqué pour sa capacité olfactive au cours de plusieurs opérations.
Le binôme rallie ensuite la BSS. Lors d’une mission nocturne non datée et localisée, Leuk est envoyé alors que son équipe est prise sous le feu à très courte distance par deux terroristes. Son mordant lui permis d’immobiliser successivement les deux tireurs, neutralisés ensuite par le groupe action. Il intercepte un troisième ennemi sur une autre position puis un quatrième lors de la recherche post-action, permettant sa capture.
Ce premier chien à mourir en opération devrait amener, vraisemblablement, à une décoration particulière.

Il est vraisemblable aussi que la prochaine cérémonie des chiens héros, organisée par la société centrale canine, devrait lui rendre un hommage particulier (2).

(1) A priori du CPA 10. La perte préalable du chien de Kieffer pourrait alors expliquer le recours au chien du CPA 10 dans une opération mobilisant par ailleurs le commando Hubert et le 1er RPIMa. Cette intégration d’une équipe cyno du CPA 10 dans un dispositif qui ne comporte pas d’autres aviateurs au sol ne serait pas une première.
(2) cf le résumé de cette cérémonie en 2019 sur mon twitter et dans un précédent numéro de RAIDS.

Béret verts et zone rouge

Béret verts et zone rouge

Par

Les Français ne dorment libres et en sécurité que parce que certains d’entre eux veillent sur le rempart. Il y a parmi nous des hommes et des femmes qui ont accepté la vie difficile de ceux qui approchent volontairement la mort, à la fois reçue et donnée, afin de servir la patrie et de la défendre dans son entier comme dans ses parties, y compris les plus petites.

On l’oublie parfois, notamment lorsqu’il faut voter les budgets, mais la mission première de l’État, dépositaire de la force légitime, n’est pas de faire plaisir aux uns et aux autres mais de protéger tout le monde. Et quand on dit tout le monde cela inclut aussi les imprudents et les inconscients, adeptes du ski hors-piste ou d’acrobaties diverses, qui mettent en danger leur vie ainsi que par voie de conséquence celle de ceux qui viennent à leur secours. Cela arrive tout le temps, c’est inévitable et peut-être même heureux. Les imprudents ne sont désignés ainsi que lorsqu’ils sont en difficulté, lorsqu’ils réussissent ils peuvent même passer pour audacieux. Je préfère pour ma part vivre dans une société où on va seul en mer, on escalade des montagnes et on tente des choses même stupides plutôt qu’une société de précaution partout. De fait, ces risques n’engagent quand même très largement que ceux qui provoquent ce qui constitue des accidents.
Ceux qui par leur imprudence font le jeu d’un ennemi méritent une mention spéciale, car ce faisant ils engagent bien plus que leur propre vie. Nous sommes en guerre, non pas «contre le terrorisme», expression stupide, mais contre des organisations politiques armées qui nous veulent du mal. Ce n’est pas une guerre en dentelles qui ne concernerait que les princes et leurs mercenaires. Tout le monde y constitue une cible potentielle. Tout le monde devrait donc se sentir concerné à plus forte raison lorsqu’on s’approche des zones de présence de cet ennemi.
Dans les années 1990, un colonel français avait imaginé le concept de «caporal stratégique». Désormais disait-il, dans un univers très médiatisé l’action d’un simple caporal pouvait avoir des conséquences importantes sur le déroulement d’une opération militaire. Quand il parlait d’action, il sous-entendait en réalité une défaillance grave, une erreur de jugement voire un crime, les seules choses qui intéressent vraiment les médias. En fait, dans une guerre totale, au sens où tout peut être frappé et partout, pourvu que cela produise un effet politique, tout le monde est potentiellement «stratégique», y compris des touristes. Il suffit en effet que deux d’entre eux fassent fi des avertissements, et la zone frontalière entre le Bénin et le Burkina Faso était bien «déconseillée sauf raison impérative» par le ministère des Affaires étrangères, pour non seulement se mettre en danger, mais cette fois engager bien plus qu’un skieur hors-piste. Il ne s’agira plus d’un accident, les zones ne sont pas déconseillées à cause d’un risque naturel, mais bien d’un acte criminel ou politique, parfois les deux. Bien sûr dans l’immense majorité des cas, rien ne se passe, mais lorsqu’un piège se referme, un assassinat ou, plus fréquemment parce que cela offre plus d’options, une prise d’otages et le «touriste» devient «stratégique». Il offre un trophée à l’ennemi ou une source potentielle de financement, dans tous les cas, un surcroît de prestige et de capacités.
Les marins, et déjà ceux du commando Hubert, se souviennent du couple sur un voilier qui rejeta avec dédain tous leurs avertissements avant de se faire capturer par des pirates. Tous ceux qui ont servi en Afghanistan de 2009 à 2011 se souviennent également combien la capture de deux journalistes, pas des touristes inconscients certes mais au comportement identique, a entravé leur mission et l’entrave à une opération militaire se paie presque toujours quelque part en vies humaines. Pour autant, quoi qu’ils puissent en penser, les soldats ont pris des risques pour sauver les imprudents. Il n’a jamais été question d’ailleurs qu’il en fût autrement. Il en va de l’honneur et des valeurs que nous défendons.
Il s’agit d’abord d’un risque politique pour celui qui décide, n’en déplaise à tous ceux qui verront toujours une intention politicienne derrière toute décision d’emploi de la force armée. Outre qu’en France il est toujours possible de corréler une action militaire à une élection quelconque tellement les deux sont fréquentes, il faut rappeler que cela n’y a guère d’influence. François Mitterand a parfaitement survécu, lui au moins, au désastre militaire de Beyrouth en 1983, et François Hollande n’a guère retiré de bénéfice du succès de l’opération Serval au Mali. Arrêtons donc avec ces sous-entendus peu dignes. Il serait bien moins risqué de ce point de vue, on l’a souvent vu dans le passé, de payer les ravisseurs.Ne nous trompons pas, les vrais ennemis ne sont pas les imprudents… mais ceux qui les capturent. Se faire prendre en otage, c’est les renforcer involontairement. Refuser de combattre pour secourir ces mêmes otages, c’est renforcer, et cette fois volontairement, encore plus l’ennemi en témoignant de sa faiblesse. Mais combattre signifie, par définition, prendre des risques.
Un combat c’est aussi, et surtout, un risque physique pour les soldats, gendarmes ou policiers engagés dans l’opération et pour les otages eux-mêmes. Le combat est un exercice souvent bien plus incertain qu’un sauvetage en mer par exemple, car on n’y fait pas face à des éléments mais à des ennemis, c’est-à-dire des gens intelligents, hostiles et armés. Il est rendu encore plus complexe par la présence de vies innocentes, otages ou civils environnants, qu’il s’agit de préserver autant que possible. Une opération de libération d’otages relève ainsi bien plus de la gestion du chaos que de la science exacte. Les renseignements sont toujours incomplets et il y aura des paramètres, un passant improbable, un chien qui aboie, un instrument qui ne fonctionne pas, une voiture qui passe au mauvais moment, etc. qui perturberont le déroulement plus ou moins prévu des évènements. Un plan ne se déroule sans accrocs que dans les films et séries. Il reste alors à gérer l’entropie, une entropie où dans une société hypersensible une seule rafale de Kalashnikov peut engendrer ce qui sera ressenti par certains comme une catastrophe.
Cette complexité est la raison pour laquelle on utilise pour ces missions des unités d’élite avec des individus spécialement sélectionnés, formés et équipés, en espérant réduire ainsi au maximum les risques, sans pouvoir jamais les éliminer complètement. De fait, beaucoup d’opérations échouent. En janvier 2011, la tentative par les Forces spéciales de libérer deux Français à la frontière entre le Niger et le Mali s’achève par l’assassinat des deux otages. Deux ans plus tard, l’opération du Service Action en Somalie pour libérer un agent de la DGSE s’achève là encore par la mort du prisonnier et de celle de deux soldats français. Il aura suffi d’une rencontre inopinée avec un dormeur invisible dans la nuit pour enrayer l’opération. Il aurait pu en être de même dans l’opération de la nuit du 10 mai au Burkina Faso, le commando ayant été décelé à quelques mètres du site. Il a fallu ensuite fouiller les huttes. Sans la contrainte d’otages, comme en 2010 lors de l’élimination d’Oussama Ben Laden à Abbottabad, l’initiative est au commando. Avec cette contrainte, elle est aux ennemis et les maîtres de Pierrepont et Bertoncello ont payé de leur vie la nécessaire retenue qu’ils ont eue en pénétrant dans une maison. Par leur courage et leur sacrifice, ils ont permis à leur camarade de déceler l’ennemi, de l’éliminer ou de le mettre en fuite et surtout de libérer les otages sains et saufs, et par ailleurs plus nombreux que prévu.

 

Une opération militaire ne se termine pas au dernier coup de feu. Elle se prolonge par une exploitation tactique localement, au moins la recherche de renseignements sur l’ennemi. Elle se prolonge surtout stratégiquement et en France. Ce n’est pas forcément facile. Fallait-il accueillir officiellement les otages libérés mais coupables d’imprudence? Sans doute. Le contexte on l’a dit dépasse celui d’un accident pour constituer un acte de guerre et il est nécessaire de se placer à ce niveau. Fallait-il les célébrer et les honorer? Certainement pas. Les honneurs et les hommages doivent logiquement se porter sur ceux qui ont pris volontairement des risques et réussi la mission. L’accueil des otages a été sobre, mais il aurait peut-être été utile qu’avant leur retour le chef des armées ait commencé par un geste fort et clair pour les soldats, une visite et un discours d’éloge auraient suffi, ainsi que pour les familles de ceux qui sont tombés.Ce n’est pas parce que des soldats meurent qu’une opération militaire est un échec et que certains puissent l’imaginer ainsi témoigne d’une étrange incompréhension. L’opération a été chèrement payée, et il ne faut pas oublier dans ce coût le guide Fiacre Gbédji tué lors de l’enlèvement, mais c’est un succès qui va, comme ce n’est pas un accident mais un acte de guerre, d’ailleurs au-delà de la seule libération. Cette opération est ainsi et aussi le message que la France se bat et accepte de prendre des risques pour vaincre. Cette détermination n’est pas si courante parmi les nations modernes.

 

Ces combattants rapprochés, ceux qui échangent le risque pour eux contre la vie pour les autres, ceux qui acceptent de pénétrer volontairement dans une bulle de violence au plus près de nos ennemis, sont un trésor. Comme l’air qu’on respire sans le voir, les nations ne survivent pas très longtemps sans eux. En même temps, ils n’ont jamais été aussi peu nombreux par rapport à la population qu’ils protègent. Ils devraient donc faire l’objet de toutes les attentions. Ce n’est pas toujours le cas. À tout le moins, reconnaissons-les et pas seulement ceux qui tombent. Depuis une dizaine d’années, on honore ceux qui meurent au service de la France. C’est heureux et il n’était que temps. Il est peut-être temps de considérer maintenant ceux qui tuent pour la France, sont toujours là et recommenceront demain s’il le faut. Les Français sont désormais capables de citer le nom de héros morts, il serait bon qu’ils connaissent aussi le nom de héros qui vivent parmi eux.

Militaires tués. Le commando Hubert, l’élite de l’élite

Militaires tués. Le commando Hubert, l’élite de l’élite

 

 

Le Télégramme – Publié le 14 mai 2019

https://www.letelegramme.fr/france/soldats-tues-le-commando-hubert-l-elite-de-l-elite-14-05-2019-12283395.php

 

Le commando Hubert, auquel appartenaient Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello est la crème de la crème de l’armée française, dont les membres passent une sélection à nulle autre pareille.

Pour faire partie de la centaine d’hommes de cette unité, basée à Saint-Mandrier, près de Toulon, il faut d’abord réussir les tests d’entrée draconiens dans l’une des six unités de commandos de la Marine. Après au moins deux ans au sein d’un de ces commandos, tous basés en Bretagne, les plus motivés tentent d’obtenir le brevet « Nageurs de combat », que seuls possèdent les membres du commando Hubert.

« Tout le monde n’a pas vocation à faire ça, d’abord parce qu’il faut être incroyablement à l’aise sous l’eau », confie Paul-Henri Desgrees du Lou, président de l’Amicale des fusiliers marins et commandos. « C’est particulièrement difficile, ajoute-t-il. Il faut rester des heures sous l’eau, à respirer de l’oxygène pur. Ils utilisent des tracteurs sous-marins, des mini-sous-marins ou simplement leurs palmes. Il faut être capable de s’approcher d’un objectif à la palme, puis de repartir en sens inverse. Avec des systèmes de respiration qui n’émettent pas de bulles en surface, pour rester indétectable ».


Moins de 10% des candidats admis

Les tests de résistance psychologique, face à des situations de stress poussé, sont au moins aussi durs que les tests strictement physiques, ce qui explique que moins de 10 % en moyenne des candidats sont admis chaque année au sein du prestigieux commando Hubert.

En plus de ces capacités sous-marines, qu’ils sont les seuls à détenir, les membres d’Hubert doivent « faire preuve de compétence en camouflage, en maniement d’explosif, en navigation pure. Puis il y a la spécialité parachutage, usage d’armes diverses et variées, télécoms. Ils mènent des actions qui, physiquement, dérouteraient 98 % des soldats », assure Pascal Le Pautremat, géopolitologue, auteur de plusieurs ouvrages sur les forces spéciales.

« C’est une structure élitiste à l’extrême, certains bérets verts (membre des commandos) postulent plusieurs fois et n’y parviennent jamais. C’est l’élite de l’élite de l’armée française. Il n’y a rien au-dessus. En matière de finesse dans l’expertise et dans l’action, il n’y a pas d’équivalent », ajoute-t-il.

Augustin Hubert tué le 6 juin 1944

Les bérets verts français ont vu le jour en Écosse, pendant la Seconde Guerre mondiale. Calqués sur le modèle des commandos britanniques, ils étaient 177 à débarquer en uniforme aux côtés des alliés sur les plages de Normandie en 1944. Parmi eux, le lieutenant de vaisseau Augustin Hubert, qui sera tué dès le 6 juin. En son honneur, le commando Hubert sera créé juste après la guerre, en 1947. Il est ensuite basé près de Toulon et se spécialise peu après dans l’action subaquatique.

Parmi les sept commandos français, il est spécialisé, en plus de l’intervention sous-marine, dans le contre-terrorisme et la libération d’otages, et a prouvé au cours de ses nombreux engagements dans des actions extérieures sa capacité à agir aussi bien dans l’eau que sur la terre ferme. « C’est tout sauf un hasard si l’État-major a fait appel aux gars d’Hubert pour l’opération qui a permis la libération de ces otages en Afrique », estime Pascal Le Pautremat.

Deux militaires français tués au Burkina: les biographies des deux commandos marine

Deux militaires français tués au Burkina: les biographies des deux commandos marine

 

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Maitre Cédric de Pierrepont (à gauche)
Né en 1986, le maître de Pierrepont est entré dans la Marine nationale en 2004, au sein des équipages de la flotte. Il intègre en 2005 la spécialité de fusilier marin et se distingue en terminant premier sur quarante-sept de son cours de Brevet élémentaire. Un an et demi plus tard, il réussit le stage commando. Il est ensuite affecté au commando de Penfentenyo où il est promu au grade de second-maître et obtient son brevet d’aptitude technique fusilier marin-commando. En août 2012, il réussit le cours de nageur de combat puis rallie le commando Hubert. Il y occupait les fonctions de chef de groupe commando depuis le 1er avril 2018. Le maître de Pierrepont était pacsé. Il cumulait 15 ans de service au cours desquels il a plusieurs fois été engagé sur des théâtres d’opérations en Méditerranée, au Levant et au Sahel ; théâtre sur lequel il était déployé depuis le 30 mars dernier. Il était titulaire de quatre citations (à l’ordre du régiment, de la brigade et de la division) avec attribution de la Croix de la Valeur Militaire et d’une citation à l’ordre de la Brigade avec attribution de la Médaille d’or de la Défense nationale. Il était en outre décoré entre autres de la Médaille d’or de la défense nationale « Nageur de combat – Missions d’opérations extérieures » et de la médaille d’Outre-mer avec agrafes Sahel et Liban.

Maître Alain Bertoncello
Le Maitre Alain Bertoncello, né en 1991, est entré dans la Marine nationale en rejoignant l’école de maistrance le 14 février 2011. Il choisit le 1er mars 2012 la spécialité de fusilier marin et réussit le stage commando la même année. Après 5 ans au commando Jaubert, il obtient le brevet de nageur de combat et rejoint le commando Hubert basé à Saint-Mandrier dans le Var, où il était affecté depuis juillet 2017. Après son entrée au sein des commandos marine, le maître Bertoncello a participé à des missions de défense des intérêts maritimes français aux Seychelles (protection des thoniers) et à plusieurs opérations extérieures au Qatar, au Levant et au Sahel ; théâtre sur lequel il était engagé depuis le 30 mars dernier. Le MT Bertoncello était pacsé. Il cumulait plus de 7 ans de service au sein de la Marine nationale. Il était titulaire d’une citation à l’ordre du régiment avec attribution de la Médaille d’or de la Défense nationale et était décoré de la Médaille d’Outre-mer pour le Moyen-Orient ainsi que de la Médaille d’argent de la Défense nationale.

Burkina: deux commandos marine français tués lors d’une opération de libération d’otages

Quatre otages dont les deux Français enlevés au Bénin la semaine dernière ont été libérés par les forces françaises dans le nord du Burkina Faso. Les Français Patrick Picque et Laurent Lassimouillas avaient été enlevés le 1er mai dans le nord du Bénin.

Une Américaine et une Sud-Coréenne ont aussi été libérées.

Au cours de l’opération, les forces françaises ont perdu deux soldats. Il s’agit de commandos marine appartenant au commando Hubert de Saint-Mandrier.

Cette opération a été décidée après la localisation d’un campement suspect dans le nord du Burkina Faso, zone où l’activité des GAT est intense. Le raid a visé un campement installé à proximité de la frontière malienne, dans la réserve sylvo-pastorale située autour de Gorom-Gorom, dans l’angle nord-est entre le Mali, le Niger et le Burkina.

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L’assaut a été lancé dans la nuit de jeudi à vendredi, permettant la libération de quatre otages. Quatre ravisseurs ont été tués.

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Florence Parly a donné quelques détails sur cette opération et dévoilé l’identité des deux commandos marine tués au combat:
Je salue la mémoire des deux militaires des forces spéciales de l’opération Barkhane morts pour la France lors de la libération de quatre otages au Burkina Faso. Le maître Cédric de Pierrepont et le maître Alain Bertoncello sont décédés au cours d’une mission qui a permis de libérer quatre otages cette nuit : deux Français, enlevés récemment au Bénin, ainsi qu’une ressortissante américaine et une ressortissante sud-coréenne. C’est avec émotion et tristesse que j’adresse mes pensées aux familles des deux militaires décédés, à leurs proches, à leurs frères d’armes et à l’ensemble des commandos marine“.

Le chef d’état-major des armées a fourni d’autres précisions dont la confirmation d’un soutien US en matière de renseignement (drones Reaper):
Le général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées, s’incline devant la mémoire du maître Cédric de Pierrepont et du maître Alain Bertoncello, officiers mariniers des forces spéciales, tués lors d’une opération de libération d’otages au Burkina Faso, dans la nuit du 9 au 10 mai. Il assure leurs familles, leurs proches et leurs camarades de son soutien et leur témoigne de son profond respect devant la détermination héroïque dont les deux militaires ont fait preuve. Il salue l’engagement exemplaire des forces spéciales françaises qui, avec le concours direct de l’opération Barkhane, des forces armées burkinabé et le soutien en renseignement américain, ont libéré quatre otages de leurs ravisseurs terroristes. Cette libération d’otages, au prix de la vie de deux commandos marine, démontre la maîtrise technique des forces spéciales françaises et leur courage héroïque. L’action précise et déterminée des militaires français a permis de neutraliser les ravisseurs en préservant la vie des otages, au prix de la vie de nos deux camarades. Cette opération audacieuse a permis de sauver les quatre personnes retenues prisonnières sur le campement : les deux otages français ainsi qu’une citoyenne américaine et une ressortissante sud-coréenne.
Elle a été rendue possible par la mobilisation des moyens de Barkhane, l’implication des forces burkinabé et le soutien américain en renseignement. Ces facteurs ont été essentiels pour le succès de l’opération, garantissant la réactivité dès l’annonce de la disparition des deux Français, la mise à disposition de moyens et la cohérence d’ensemble de l’opération. Cette opération démontre l’engagement des armées françaises pour porter secours à leurs compatriotes, au risque de la vie de leurs soldats“.