Conférence ”Les Indochinois au secours de la France 1916-1919” – 17 mai 2019

Conférence ”Les Indochinois au secours de la France 1916-1919” – 17 mai 2019

 

 

organisée par l’Amicale des Anciens des Troupes De Marine du Gard, conjointement avec l’Association Nationale des Officiers de Réserve de l’Armée de l’Air (secteur Gard-Lozère) et l’Association Départementale des Officiers de Réserve Anciens Combattants du Gard

 

Par Madame Brigitte Sabattini,

Maitre  de conférence à la faculté d’Aix-Marseille

Le vendredi 17 mai à 18h30

au restaurant ‘’l’Hacienda’’ 2, rue Edmond Aldosa, 30128 Garons (zone Aéropole)

A l’issue de la conférence, possibilité de repas sur réservation.

Voir et  télécharger le bulletin d’inscription : Conférence 17 mai 2019


Les Troupes Coloniales d’Indochine dans la Grande Guerre.

Excellent article de Jean Riotte

Bonjour à toutes et à tous,

Beaucoup moins popularisés et donc moins connus que les tirailleurs d’ Afrique du Nord ou d’ Afrique Noire, les tirailleurs indochinois sont souvent oubliés ( comme les tirailleurs malgaches d’ ailleurs) ou passés sous silence, lors des commémorations et des manifestations patriotiques.
Pourtant ce sont près de 100000 indochinois qui sont enrôlés entre 1914 et 1919 et qui viennent prendre leur place en France et en Orient.
Je souhaiterais, ici, leur rendre hommage, comme l’ a déjà fait ( mieux que moi) le Colloque pour le 80ème anniversaire de la Bataille de Verdun en 1996.
Ce sont d’ailleurs dans les actes de ce colloque que je puise très largement ma documentation, et plus particulièrement dans l’intervention du Capitaine Emmanuel Bouhier, Division Archives Communication du Service Historique de l’ Armée de Terre.

L’ aide militaire de l’ Indochine à la France se traduit avant tout par un apport en hommes non négligeable.
Quels ont été ces concours?
* Tout d’abord le renvoi en France d’ environ 6000 officiers et hommes de troupe de carriière dès le début de la guerre;
* Puis l’envoi des français d’ Indochine mobilisés: sur 2333 mobilisés, 1309 sont envoyés en France, tandis que les 1024 mobilisés sur place assurent le fonctionnement des services indispensables à l’administation de la colonie
* L’ effort le plus considérable est le recrutement indigène. Après une première tentative qui donne entière satisfaction, ce sont 43430 indigènes qui sont envoyés en France et en Orient, entre 1916 et 1918, répartis en:
– 4 bataillons combattants
-15 bataillons d’ Etapes
– des infirmiers coloniaux
– des ouvriers d’ administration coloniaux
sans oublier les 5000 automobilistes prélevés sur les Bataillons d’ Etapes et utilisés dans la zone des Armées.
* Parallèlement au recrutement militaire indigène, il est fait appel aux travailleurs coloniaux car le besoin en main d’oeuvre se fait de plus en plus sentir dans les usines de munitions, pour les travaux des champs etc… Dès fin 1915 ces travailleurs arrivent en France. Ils seront au total 48981.
Administrés par le service des travailleurs coloniaux ils sont employés comme ouvriers non spécialistes ou ouvriers spécialistes, tous militarisés. Beaucoup eurent de grosses difficultés à s’habituer au travail en usine, au froid…sans oublier la nostalgie, le stress….
A la fin de la guerre certains d’ entre eux ainsi que des militaires des Bataillons d’ Etapes sont mis à disposition des régions libérées pour rendre à la culture les champs de bataille dévastés.

Au total les indigènes indochinois envoyés en France sont:
– 4800 appartenant aux 4 Bataillons Combattants
– 24212 appartenant aux 15 Bataillons d’ Etapes
– 9019 infirmiers coloniaux
– 48981 travailleurs coloniaux
soit 92411 hommes au service de la France.
( à suivre)

In Memoriam : ADC Roger Vanderberghe, tué en Indochine le 5 janvier 1952

In Memoriam : ADC Roger Vanderberghe, tué en Indochine le 5 janvier 1952

 

Phu Ly, Tonkin, le 11 mai 1951. Quelques hommes résolus feront échouer une offensive du Viet-minh. Prenant à revers un régiment ennemi parti à l’assaut des pitons de Nihn Binh, les commandos de Vandenberghe remporteront une victoire étonnante.

L’homme est grand, très grand. Vêtu d’un pyjama noir et d’une veste matelassée, le visage taillé à coups de serpe que durcit encore le casque de latanier timbré de l’étoile jaune du Viêt-minh, il détonne à l’écart des officiels, ces colonels et ces commandants que de Lattre a rassemblés à Phu Ly, à l’issue de l’opération Méduse qui a coupé les lignes de ravitaillement de Giap.

— Dis-moi, Bernard, quel est cet escogriffe planté sur la piste comme un poteau télégraphique et qui me fixe du regard ?

— Entre le Day et le fleuve Rouge, tout le monde le connaît, c’est Vandenberghe.

Le lieutenant Bernard de Lattre a souri. Il sait l’intérêt que porte son père aux hommes qui sortent du commun. De Lattre s’approche. Lorsqu’il arrive à six pas, il voit Vandenberghe se figer et saluer.

— Que fais-tu sur ce terrain ?

Simplement, Vandenberghe explique. Il est hâve, fatigué. Pour apercevoir son commandant en chef, il a fait exécuter à ses hommes une marche forcée de 20 km. Hier, il se trouvait en pleine zone ennemie, dans les calcaires de Chi-né. Il a franchi à l’aube le Day sur des radeaux de bambou. Il est là.

Je suis venu vous voir, dit-il. C’est un honneur pour un soldat que de voir un grand chef. Un vrai.

De Lattre ne répond pas, mais Bernard note, à un certain éclat de que son père a été touché par l’hommage rendu.

— Tu es adjudant, m’a-t-on dit. Qu’est-ce que tu fiches dans cette tenue et sans galons ?

— Mon général, je reviens de la guerre. Je ne porte jamais de galons parce que je me déplace seulement en zone viêt.

— Et tu crois que c’est payant ?

— Oui, je vais les chercher dans leurs zones, dans les grottes ou la forêt. Il m’arrive de les faire sauter avec leurs propres grenades ou avec les mines que je leur fauche. Ce matin, j’ai ramené un officier qui connaît le stationnement de la brigade d’assaut 304…

De Lattre sourit. Cet homme lui plaît. Il dira de lui, quelques jours plus tard : « C’est un peu comme si un tigre, en plus de ses crocs, de ses griffes et de sa détente, recevait un permis de chasse… »

Adjudant depuis quelques mois, Vandenberghe n’a que vingt-trois ans.

Quand il est arrivé en Indochine, à dix-neuf ans, cet ancien pupille de l’Assistance publique a éprouvé un coup de foudre pour ce pays et pour ses habitants. Sans l’avoir appris, il a compris le type de guerre qui se déroulait là-bas et, avec les premiers prisonniers capturés, il a constitué l’embryon d’un commando qui, en quelques mois, a remporté d’importants succès. En quatre années de combats incessants, il a été blessé cinq fois et cité neuf fois ! En plus de la médaille militaire, ce jeune chef de section est titulaire de la Légion d’honneur.

Ses exploits sont légendaires. Toujours à la tête de sa troupe, exclusivement composée d’anciens adversaires, il s’enfonce, des journées entières, dans le territoire viêt, se fond dans le paysage et frappe, durement, portant des coups sévères à l’ennemi. Redouté des Viêts, qui ont mis sa tête à prix, il s’est livré lui-même pour toucher la rançon, puis a massacré l’état-major du régiment d’assaut 46.

En ce matin du 11 mai, son destin a changé.

Il y avait un photographe pour prendre un cliché de la poignée de main que de Lattre a donnée à Vandenberghe. Cette photographie va faire de lui un symbole, l’égal de ces colonels Vanuxem, Edon, Erulin, Castries, Gambiez — qui constituent la cour du « roi Jean », ses maréchaux.

Responsable du secteur de Nam Dinh — le centre du delta tonkinois le colonel Gambiez a longuement interrogé Tranh Kinh, l’officier logistique de la brigade 304. Il a acquis la certitude que Giap se prépare à passer à l’attaque dans le « trou », une faille du dispositif français, 80 km de vide entre Phat-Diem et Phu Ly.

— Giap est obligé de passer à l’offensive, explique Gambiez à de Lattre. Pour des raisons politiques d’abord. Après sa victoire sur nos troupes, sur la R.C.4 au mois d’octobre dernier, il avait promis à Hô Chi Minh d’être à Hanoi pour la fête du Têt en février. Ce fut un échec, à Vinh Yen d’abord, puis à Mao Khé en mars. Il lui faut gagner maintenant.

Et Gambiez ajoute :

— D’autant plus que — raison stratégique — ses troupes sont au bord de l’asphyxie. Il doit impérativement leur fournir le riz nécessaire à sa campagne d’hiver 1951-1952.

De Lattre n’a pas eu besoin de réfléchir longtemps, il savait que l’attaque était proche. Dès le lendemain, il rameute ses unités d’intervention, les commandos marine et le Groupement mobile nord-africain (G.M.N.A.) du colonel Edon.

— Soyez en place pour le 30 mai, ordonne-t-il. Giap lance l’assaut le 28.

Il a mis en place le maximum d’effectifs. Au sud, la 304, qui doit investir les fiefs catholiques de Phat Diem et du Bui Chu. Au centre, la 320, qui doit faire sauter le verrou de Ninh Binh et foncer sur Phu Ly pour couper les communications vers Nam Dinh. A Ninh Binh, deux postes, installés sur deux chicots calcaires — les pitons Sud et Ouest —, sont les deux seuls points forts barrant le passage. Le piton Ouest est tenu par un escadron du 1er Chasseurs, commandé par le lieutenant Bernard de Lattre, le fils du général. Après avoir anéanti la maigre garnison de commandos marine du lieutenant Labbens, Giap se retourne vers les pitons calcaires.

Au milieu de la nuit, Gambiez alerte Vandenberghe :

— Les Chasseurs sont en difficulté à Ninh Binh. Prends ton commando et va en renfort. Tu es le seul à pouvoir passer au milieu des Viêts. Il faut monter sur les pitons, accrocher l’ennemi à fond et tenir jusqu’à l’arrivée du G.M.N.A.

Vandenberghe accepte. En cours de route, il apprend la mort du lieutenant de Lattre, son ami. Alors, il se hâte, jamais il n’a laissé sans la venger la mort d’un camarade.

Le jour pointe quand il arrive au débarcadère de Ky Cau, où sont stationnés les L.C.M. de la Marine. La seule voie d’accès passe en effet par le fleuve.

— Nous allons nous payer de culot, dit Vandenberghe, nous briserons par surprise l’encerclement ennemi. On fonce !

— Le piton Sud est tombé, annonce la radio.

— Et l’autre ?

— Malgré la mort du lieutenant, le piton Ouest tient encore.

Il est 8 heures du matin. A 9 heures, les transports déposent Vandenberghe à pied d’oeuvre. « C’est une course de vitesse », lui a expliqué Gambiez. Il fait aussi vite qu’il le peut. Sur la berge, les Viêts grouillent. Leur ultime assaut se prépare contre la position qui résiste toujours.

Il y a 100 m à peine pour aborder la falaise, mais ce sont 100 m parcourus en force, à la grenade, au pistolet-mitrailleur, au poignard. Ils sont 120, attaquant un régiment d’assaut, pris à revers. Et puis, il y a Dohl, un fauve redoutable, moitié chien, moitié loup, qui n’a jamais accepté d’autre maître que Vandenberghe.

Les commandos progressent, il leur faut vingt minutes pour atteindre la base du piton. Et l’escalade commence. Les hommes du commando « Tigre noir » n’ont aucune pratique, mais y suppléent par leur ardeur à combattre. Il leur faut souvent lâcher une main pour riposter, vers le bas d’où les fusillent les Viêts, vers le haut d’où les Bo doïs font pleuvoir les grenades.

Mais ils grimpent, mètre après mètre, se rapprochent du sommet. Comme l’ont fait, cette nuit, les groupes de choc de la 320, les commandos s’incrustent dans les rochers, gagnant mètre par mètre, inexorablement.

A mi-pente, d’une anfractuosité où il s’est tapi, un Viêt armé d’un fusil-mitrailleur est posté en embuscade. Vandenberghe se présente devant le trou. Une rafale le cloue au sol, les deux jambes traversées. Le Viêt se lève, décidé à achever le blessé. Mais Dohl bondit et le Viêt, la gorge arrachée, n’a même pas le temps de crier.

Les sergents Puel et Vuu, les premiers, arrivent sur place et hissent le blessé jusqu’au sommet du piton où les groupes d’assaut, emmenés par le sergent Tran Dinh Vy ont réussi à prendre pied malgré la résistance de deux compagnies du Régiment 64.

« Mission accomplie », lance, par radio, le sergent Chazelet, blessé, lui aussi, d’une balle dans l’épaule.

— Bravo et tenez bon, les renforts seront là à midi.

L’action du commando de Vandenberghe a été payante : au-delà de la reconquête du piton, elle a fait basculer le sens de la bataille. Jusque-là, les troupes de Giap étaient portées par la dynamique de l’attaque. Ils étaient déjà sur la route de Nam Dinh, bloquant toute possibilité d’intervention. L’action du commando, sur leurs arrières, les a obligés à stopper, deux heures durant. Et (-es deux heures ont été décisives, permettant au G.M.N.A. du colonel Edon d’avancer, amenant ses canons au plus près.

La « bataille du Day » va encore durer vingt-quatre jours. Giap essaiera de percer partout, au nord et au sud, à Phat-Diem et à Phu Ly. Mais il n’arrivera à passer nulle part : le bilan sera sévère pour lui, près de 12 000 tués, 2 000 prisonniers, ses trois divisions (304, 308, 320) saignées à blanc, qui se traîneront dans la brousse, brancardant leurs blessés qui mourront de gangrène, de fièvre, de misère…

A peine sur pieds, Vandenberghe reprendra ses opérations. Il sera l’une des avant-gardes de la reconquête d’Hoa Binh, au mois de novembre 1951; il ira encore traquer le Viêt dans ses repaires de Chi-né.

Mais ce qu’ils n’auront pu obtenir au combat, les Viêts l’obtiendront par la ruse et la trahison. Roger Vandenberghe sera assassiné dans son propre poste de Nam Dinh le 6 janvier 1952. Il mourra, solitaire, comme il avait vécu, à quelques heures de la mort de celui qu’il avait tant admiré et qui avait fait de lui l’un des symboles de notre combat d’Indochine, le maréchal de Lattre de Tassigny.

De Vandenberghe, on a écrit qu’il était un aventurier, une bête de guerre. C’est à la fois plus simple et plus glorieux : c’était un soldat, qui voulait libre la terre qu’il s’était choisie pour patrie.

Sa tombe porte le numéro 263 au cimetière de Nam Dinh.

Sur « Vanden », lire :

    • Erwan Bergeot : Le pirate du delta, Editions Balland, 1973.
    • Bernard Moinet : Vanden, le commando des Tigres Noirs, Editions France Empire, 1991
    • Charles-Henry de Pirey : Vandenberghe, le commando des Tigres Noirs, Indo Editions, 2003

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Né le 26 octobre 1927 à Paris. Roger Vandenberghe prend une part active aux combats de la Seconde Guerre mondiale et il est blessé par une mine le 4 février 1945 dans les Vosges. Après la fin du conflit, il part pour l’Indochine et très rapidement, il se trouve au coeur des combats les plus durs. Il en récolte une longue suite de blessures : à la cuisse droite par des éclats de grenade le 23 octobre 1947 à Chiêm Hoa (Tonkin); à la cuisse droite par balles le 21 février 1948 à Phuang-Khang (Tonkin).

Il est nommé sous-officier le 1er avril 1948.

A nouveau blessé à la cuisse gauche et au bras droit par l’explosion d’une mine le 12 janvier 1949 à Lang Dieu (Tonkin) ; au thorax par balle le 18 février 1949 à Day Dihn (Tonkin) ; à la cuisse droite par balle le 12 février 1951 à Van Cuu (Tonkin) ; aux deux jambes par balles le 30 mai 1951 à Ninh Binh (Tonkin) ; à la cuisse gauche par balle le 16 septembre 1951 à Nam Huan (Tonkin). Il est finalement assassiné le 5 janvier 1952 à Nam Dihn (Tonkin). Roger Vandenberghe était titulaire des décorations suivantes :

    • Légion d’honneur (26 février 1949) ;
    • médaille militaire (6 décembre 1948) ;
    • croix de guerre 1939-1945, une citation ;
    • croix de guerre des théâtres d’opérations extérieures (14 citations).

Le corps des officiers français sorti grandi de la Grande guerre ?

Le corps des officiers français sorti grandi de la Grande guerre ?

Par le lieutenant-colonel Georges Housset, du pôle études et prospective – CDEC – Publié le 18 décembre 2018

https://www.penseemiliterre.fr/-le-corps-des-officiers-francais-sorti-grandi-de-la-grande-guerre-_644_1013077.html

Bien qu’il existe de nombreux liens entre  la mémoire et l’histoire, « la mémoire ne dit pas l’histoire… elle dit les questions  que la société, à un instant donné, se pose à propos de son histoire (1)». Ainsi donc, différents groupes « porteurs de mémoire» défendent leur propre vision du fait historique. L’historien, lui, cherche à prendre du recul face à ce réveil mémoriel parfois douloureux, porté par des mémoires qui cherchent une reconnaissance dans le présent de leur vision des événements.

L’historien tend à restituer le passé de la manière la plus objective possible. Il s’appuie sur une étude critique des sources, qu’elles soient écrites, orales ou archéologiques. Mémoire et histoire ont donc des différences quant au type de questionnements adressés au passé. Les mémoires veulent réhabiliter, « sauver de l’oubli », alors que l’histoire veut comprendre et expliquer le passé dans un souci d’objectivité.

Aujourd’hui, lorsqu’il est question de la Première Guerre mondiale, la mémoire fait référence au courage du poilu, mais on entend plus rarement citer des noms de généraux et de maréchaux sur lesquels, d’ailleurs, on porte des jugements sans nuance. Ainsi, la mémoire a tendance à faire de ces derniers des êtres incompétents qui se tiennent prudemment hors du front, d’où l’expression « planqués ». L’histoire semble, à prime abord, devoir leur donner raison.

En effet, au mois d’août 1914, le maréchal Joffre reçoit l’autorisation du ministre de la Guerre, d’exclure les chefs qu’il juge incapables. Joffre relève deux commandants d’armée sur sept, neuf commandants de corps d’armées sur  vingt-et-un, trente-trois commandants de divisions sur soixante-douze, un commandant de division de cavalerie sur dix et plus de quatre-vingt-dix généraux de brigade (2) !

Il serait facile de déduire de ces statistiques l’incompétence généralisée du haut commandement français. Or, à la fin de la guerre, le maréchal Foch fait réaliser une enquête afin d’établir la liste des généraux « tués à l’ennemi », entre août 1914 et juillet 1918. Cette dernière fait ressortir le nom de quarante-et-un généraux. Mais, cette liste est incomplète.

Si on considère les officiers généraux « tués par l’ennemi », deux de plus s’ajoutent à cette liste initiale (3). Enfin, si l’on évalue à présent le corpus sous l’angle de l’attribution de la mention de « mort pour la France (4) », qui sert d’ailleurs de référence à l’évaluation des pertes totales de la Grande Guerre, il faut pratiquement doubler le chiffre pour le porter à quatre-vingt-seize individus, et même à cent deux si on compte avec les amiraux et intendants assimilés (5.)


La vérité historique est que le corps des officiers a payé un tribut proportionnel, voire comparativement, plus élevé que la troupe. Le 22 août 1914, jour le plus sanglant de toute l’histoire de France avec 27 000 morts sur le champ de bataille du front ouest, le taux de perte chez les officiers combattants dépasse les 30 % dans certaines unités. Au 31 décembre 1915, on compte déjà en tués sur les fronts de l’Ouest et de l’Orient : 564 110 hommes pour 16 297 officiers.

De 1914 à 1918, l’armée compte dans ses rangs près de 195 000 officiers qui encadrent 7,9 millions d’hommes mobilisés (6). En 1920, les pertes en officiers sont estimées à  36 593 tués, disparus, morts de leurs blessures, ou de maladie contractée pendant les opérations (7), tandis que celle des hommes de troupe est évaluée à 1,4 million. Bien qu’il faille toujours rester prudent dans le maniement des chiffres (8), on peut estimer le taux de perte des officiers à 18,7 %, tandis que celui des hommes du rang atteint le pourcentage de 17,7.

On est donc loin du mauvais exemple donné par l’encadrement. Ces chiffres battent en brèche une autre légende qui a trait aux relations entre les hommes dans la tranchée. « Tous poilus, mais pas tous égaux ». Sans doute, au début du conflit, le corps des officiers se distingue-t-il socialement de celui de la troupe. Cette situation conduit naturellement à une démarcation de deux entités qui va rapidement être remise en question pour deux raisons évidentes.

D’abord, l’érosion des cadres, dont nous venons de parler, provoque des promotions internes qui créent une importante mixité sociale. Ensuite, l’expérience du front forge une identité qui se superpose aux identités de classe, ou de métiers du monde civil. On assiste bientôt à la création d’une communauté combattante.

Un grand nombre de lettres de poilus fait état de la camaraderie qui unit les hommes entre eux, sans distinction de grades. Maurice Genevoix exprime cette camaraderie qui existe entre le chef de contact et ses hommes. Dans ses correspondances (9), le poilu narre ces petits gestes, ces petites attentions : « une blague, une cigarette » qui met l’homme en confiance et qui facilite au gradé l’obéissance (10).

Selon Rémi Porte « c’est donc bien, in fine, la considération que le supérieur porte aux subordonnés qui motive les soldats ». On est d’ailleurs uni par le même sort, dans les mêmes conditions, ce qui rapproche les hommes. Au fil du conflit, une nouvelle hiérarchie apparaît : l’autorité de l’ancienneté, symbolisée par le chevron de présence cousu en « V » renversé sur les manches des uniformes après un an de front, de même taille et de même couleur pour les hommes du rang comme pour les officiers.


D’ailleurs, il y aurait beaucoup à dire sur les relations de la troupe et de son encadrement lors de l’indiscipline qui sévit en 1917. Elle ne surgit pas du néant. Au cours du conflit, plusieurs signes annonciateurs contrecarrent l’idée d’une armée unanime mue par un sentiment patriotique. Tous les spécialistes s’accordent sur l’idée que l’échec de l’offensive du chemin des Dames n’est pas le seul motif de l’insubordination.

En 1917, le mouvement fait suite à la déception ressentie consécutivement à l’échec d’une offensive perçue comme décisive et l’ampleur des pertes subies. On refuse alors de participer à de nouvelles attaques jugées inutiles. Ce phénomène n’est pas nouveau dans l’armée française, les armées révolutionnaires et même impériales, n’y ont pas échappé.

Mais, pour autant nombreux qu’ils soient, il est frappant de considérer que les mutins ne s’en prennent jamais à leurs cadres de contact, mais toujours à l’échelon supérieur de commandement. Ce n’est donc pas « le principe militaire hiérarchique en tant que tel qui est visé à travers le mouvement des refus d’obéissance, mais l’expression d’une séparation fondamentale entre ceux qui ordonnent, sans vérifier sur le terrain la faisabilité de leurs ordres… et ceux qui font la guerre ». En réalité, la scission est faite entre ceux qui font la guerre et ceux qui administrent la guerre (11).

Non seulement les officiers de contact ne sont pas pris à partie, mais les soldats veulent continuer à tenir le front. Cette insubordination est donc relative. En 1813, lorsque les débris de l’armée impériale refluent de Leipzig sur le Rhin et qu’ils sont désormais sur le sol de France, dans l’esprit des fuyards il n’est pas question de tenir sur les berges du fleuve, mais de retourner dans leurs foyers !

En 1813, le soldat reste sourd aux exhortations de son encadrement et déserte en masse. Pendant la Grande Guerre, le soldat respecte ses officiers et il est reconnu par tous les historiens, qu’en France, la désertion a été marginale quantitativement et qu’elle n’a pas influencé le cours de la guerre.


Il en est de même de la notion de l’offensive. Au lendemain des hécatombes que connaissent les armées françaises durant les premières semaines de la Grande Guerre, le constat qui domine chez un grand nombre d’observateurs est celui d’un haut commandement défaillant victime d’une mauvaise doctrine : l’offensive à outrance (12). Il convient toutefois de nuancer. Tout d’abord, ce mode d’action est partagé par toutes les armées étrangères de l’époque et ne constitue pas un phénomène franco-français. Ce dernier s’explique d’ailleurs, de manière rationnelle, par les enseignements et le traumatisme né de la guerre de 1870, en grande partie dus à une doctrine strictement défensive.

En 1870, le haut commandement français décide de mener une bataille défensive sur un terrain favorable choisi à l’avance. Cette doctrine entraîne en définitive un combat statique qui laisse aux Allemands une totale liberté d’action, leur permettant de manœuvrer dans les intervalles et d’établir des rapports de force favorables dans chacune de leurs actions décisives.

D’autre part, la doctrine de l’offensive à outrance est singulièrement tempérée par les règlements d’alors, qui prennent en compte des notions de sûreté et de renseignement, ou encore, la nécessité de manœuvrer, comme celle de se protéger du feu. Ces notions « réglementaires » s’opposent à une armée dont les officiers seraient des fanatiques ne répondant qu’à l’appel de l’assaut. Enfin, le culte de l’offensive est dominant chez beaucoup de chefs militaires, mais est également partagé par les politiques.

Dans son ouvrage sur l’histoire de l’armée française 1914-1918, Rémi Porte évoque les propos de John Horne selon lesquels « la notion d’offensive » est, à partir de 1915, justifiée à tous les niveaux de la hiérarchie, comme à l’arrière, par la situation de l’armée française :  « pour les soldats, comme pour les généraux, le combat des tranchées obéissait à l’impératif politique qui avait prévalu lors de la crise de juillet 1914 et l’entrée en guerre, celui de la Défense nationale contre une agression attribuée aux Allemands… il s’agissait en quelque sorte de confirmer la victoire de la Marne. Or, la contrepartie essentielle restait l’offensive ; elle seule était en mesure de chasser l’ennemi du territoire national et de libérer les soldats eux-mêmes de leurs obligations. Espoir de survie – nationale comme personnelle – et avenir se conjuguaient dans un cadre temporel où tout passait par l’offensive victorieuse ».

Cette notion de l’offensive n’est donc pas exclusivement la volonté du commandement. Le lieutenant-colonel Porte cite notamment l’exemple d’Auguste Allemane, officier de réserve, qui exerce avant la guerre des responsabilités locales à la mairie de Bordeaux. Il écrit, le 23 mars 1916 : « ce n’est pas par la seule résistance et l’abandon de quelque terrain à chaque attaque, qu’on peut arriver au but souhaité. Quel qu’en soit le prix, et il sera gros, la chance ne peut être renversée que par nos propres attaques ».

D’ailleurs, la presse, nationale comme locale, entretient cet état d’esprit. Le 6 avril 1917 (13), ce sont d’ailleurs les hommes politiques qui, s’immisçant dans un domaine spécifiquement militaire et du ressort du commandant en chef, acceptent le principe d’une nouvelle offensive, qui est loin de faire l’unanimité chez les hauts responsables militaires présents (Castelnau, Pétain, Micheler et Franchet d’Esperey).

En conclusion

En 1914, le corps des officiers répond en tous points à l’objectif politique. Ce dernier, soutenu par l’ensemble du pays, mise sur une guerre courte que l’armée doit remporter par sa bravoure, son moral et sa combativité. Atteindre cet objectif se traduit concrètement par la volonté affirmée de pratiquer une guerre de mouvement. La réalisation par l’encadrement, que la puissance des feux défensifs est telle que le principe de l’offensive à outrance n’est plus tenable, le conduit progressivement à orienter la doctrine vers une guerre de positions.

Au cours des quatre années de conflit, l’adaptation dont a fait preuve le haut commandement est donc indéniable. Aujourd’hui, on a beau jeu de lui reprocher un manque d’agilité. On oublie l’importance des obstacles d’alors : la masse, que représentent les millions d’hommes concernés, l’immensité démesurée du champ de bataille et la pauvreté des moyens de communications.


La victoire de 1918 est en France, le résultat de l’engagement de toutes les ressources de la nation. Du gouvernement, incarné par Clemenceau, à la population de l’arrière et la femme qui joue un rôle essentiel (14), en passant par l’industrie, l’Empire et bien sûr le soldat, commandé par des chefs valeureux.

___________________

1  François Cochet, Rémi Porte, Histoire de l’armée française (1914-1918), la première armée du monde, Tallandier, Paris, 2017.

2  Hervé Coutau-Bégarie, Politique étrangère, année 1982, volume 47, N° 3, pp. 757-759, qui évoque l’ouvrage de Pierre Rocolle, L’hécatombe des généraux, Lavauzelle-Paris, Limoges-1980. Le ministre de la Guerre, Adolphe
 Messimy (1869-1935), autorise le général Foch à exclure les chefs qu’il juge incapables. Au total, 162 généraux
 sont relevés de leurs fonctions.

3  François Cochet, Survivre au front (1914-1918), les poilus entre contrainte et consentement, Soteca, Paris, 2005.

4  Il est précisé que la mention « mort pour la France », qui résulte de la loi du 2 juillet 1915, est accordé à tout militaire tué à l’ennemi mort de blessures de guerre, ou à tout militaire décédé de maladie ou lors d’un accident survenu en service.

5  Article de Madame Julie d’Andurain, La voie de l’épée, blog de Michel Goya, 18 février 2014.

6  Empire compris. Source : chiffres d’après Jay Winter, The Great War and the British People, cité dans Stéphane Audouin-Rouzeau, Jean-Jacques Becker, Encyclopédie de la Grande guerre, Paris, Fayard, 2004.

7  Dont 4 848 saint-cyriens. Certaines promotions ont été anéanties. Celle de « de la croix au drapeau » (1912-1914) perd 310 cyrards sur 535 (58 % de son effectif). Livre d’or des saint-cyriens morts pour la France pendant la Grande guerre.

8  En effet, dans la masse des hommes mobilisés, un certain nombre d’entre eux, nommés officiers au cours du conflit sont décédés. 

9  Un nombre très considérable de lettres est consultable au SHD.

10  Maurice Genevoix, Ceux de 14, Flammarion, Paris, 1949.

11  Dans capitaine Conan, le héros explique : « y a ceux (sic) qui font la guerre et y a ceux (sic) qui la gagnent ! ».

12  De réelles erreurs de commandement se nichent où on ne les attend pas. Ainsi, ramener les survivants sur les mêmes champs de combat où la mort  les avait épargnés, se révèle catastrophique pour le moral. Selon Maurice Genevoix : retrouver de relève en relève les mêmes objets d’une horreur misérable, c’était sans doute plus terrible que de refaire tête dans l’absolu, au danger ».

13  Réunion du Comité de guerre français dans le train du Président de la République sous la présidence de Poincaré. Cette dernière réunit militaires et hommes politiques. Le débat essentiel porte notamment sur la décision de donner carte blanche à Nivelle, partisan d’une nouvelle offensive.

14  Outre les infirmières professionnelles ou bénévoles, qui travaillaient dans les infirmeries, les hôpitaux de campagne et les grands hôpitaux de l’arrière, les femmes remplacèrent les hommes dans les usines, principalement dans les usines alimentaires et d’armement, où elles préparaient les rations de soldats, produisaient les cartouches, les obus, les fusées qui étaient envoyées au front. Dans les campagnes, un grand nombre d’entre elles ont remplacé les hommes dans les champs.



 

Epuration à Saint-Cyr : Loustaunau-Lacau, dernier condamné du tribunal des bien-pensants


Epuration à Saint-Cyr : Loustaunau-Lacau, dernier condamné du tribunal des bien-pensants

Membres de Saint-Cyr, sur les Champs-Elysées, le 14 juillet 2018. Photo © Thomas Samson / AFP

Une promotion de Saint-Cyr, du nom du général Loustaunau-Lacau, vient d’être débaptisée sous ordre du ministère de la Défense. Qu’importe le glorieux passé de l’officier et ses actions dans la Résistance : il est d’extrême-droite.

Au pays de l’épuration tranquille, les mauvais objets se suivent et se ressemblent. Discours de Victor Hugo sur l’Afrique donné en juin 1885 jugé raciste, volonté exprimée par le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) de débaptiser les collèges et lycées Colbert, parcours du grand résistant français Honoré d’Estienne d’Orves « faisant débat »… Tout est bon à censurer lorsqu’il s’agit de faire passer l’histoire de France par le filtre idéologique des droits de l’Homme et, à travers eux, ceux de l’antiracisme et de la lutte contre l’antisémitisme. Qu’importe la valeur des noms et des actions, si le tribunal des bien-pensants les invalide, c’est l’opprobre puis, si possible, l’invisibilité éternelle.

Georges Loustaunau-Lacau était né à Pau en 1894 et mérite pourtant qu’on ne l’oublie pas. Une promotion de l’école spéciale militaire Saint-Cyr Coëtquidan (2016) portait son nom, jusqu’à ce que l’on décide, il y a quelques jours, de ne plus l’associer qu’au « fascisme ». Fascisme ? Mais il fut résistant ! Ce général de l’armée de Terre, mort à Paris en 1955, avait commencé à servir, durant la Première Guerre mondiale, comme sous-lieutenant puis avait été promu en juillet 1915 au grade de lieutenant, puis de capitaine en 1916. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1917, pour « bravoure remarquable » devant l’ennemi. Blessé par un éclat d’obus en 1918, il avait été nommé au centre d’instruction des officiers américains et était sorti du conflit décoré d’une Croix de guerre avec palmes.

Camarade du futur Général de Gaulle à l’Ecole de guerre, il en sort major et devient chef de bataillon en 1931, enchaîne les états-majors de Weygand, Lyautey et du Maréchal Pétain, de 1934 à 1938. Férocement anticommuniste, il crée les « réseaux Corvignolles » afin de lutter contre les cellules communistes en germe dans l’armée. Il demande même en 1938 l’interdiction du parti communiste en France. Prisonnier en 1940, puis libéré, il prend part à la bataille de France et revendique la destruction de 22 chars ennemis. A Vichy même, alors délégué général de la Légion française des combattants, il fonde le réseau Alliance, qui travaille souterrainement pour les services britanniques. Il est arrêté en 1941, demeure six mois dans les caves de la Waffen-SS, subit 54 interrogatoires, et se retrouve finalement déporté à Mauthausen en 1943.

Ceux qui corrigent, sermonnent et purifient, se plaisent à réécrire l’histoire, ne retiennent que les activités politiques et éditoriales qui occupèrent l’officier pendant les années qui précédèrent la Seconde Guerre mondiale, et qui permettent aujourd’hui d’affirmer que Georges Loustaunau-Lacau n’était qu’un antisémite. Sur le site internet du ministère de la Défense, ces mots : « Il a lui-même écrit au moins un article en 1938 dans lequel il met en doute la loyauté des Français Juifs. » Pas de doute, le général est un traitre. Proche du Parti populaire français de Jacques Doriot et fondateur d’une société d’édition, La Spirale, Georges Loustaunau-Lacau publiait alors Barrage, un périodique anticommuniste, et Notre prestige, qui était quant à lui d’orientation plutôt anti-allemande. Ces deux revues avaient fusionné en 1938 sous le nom de L’Ordre national.

Les oubliettes de l’histoire servent à cela, elles sont remplies de choses que l’on n’apprendra plus jamais à nos enfants et c’est pour leur bien.

Selon que vous serez ou non du bon côté du manche, on auscultera votre biographie et l’on y dénichera ces « zones d’ombre » embarrassantes pour ne pas dire honteuses, qui effaceront à jamais la gloire de vos faits et gestes. Vous n’avez jamais été une figure, vous n’êtes même pas un bon Français. Vous êtes, peut-être, moins français que les autres, qui vous jugent. Qu’est-ce qu’être français ?

Les oubliettes de l’histoire servent à cela, elles sont remplies de choses que l’on n’apprendra plus jamais à nos enfants et c’est pour leur bien. Elles regorgent de Nos ancêtres les Gaulois, de baptême de Clovis, de Bayard, chevalier sans peur et sans reproche. De Chouans et de résistants royalistes. Ceux-là sont dépourvus de légitimité dans le roman national, qui mute en catéchisme progressif et totalitaire à une vitesse telle qu’on apprend régulièrement que des écrivains qu’on croyait faire partie du patrimoine ne sont en réalité rien d’autres que d’affreux xénophobes ou d’obscurs sexistes. A quand la fascisation des rois de France ?

A la fin, il ne restera plus que des figures qui n’en sont pas, ont simplement brillé par leur acceptation du consensus ou par leur médiatisation surcotée, le feel good moment qu’ils ont prodigué aux Français à un moment T. Egalement et surtout, à toutes ces personnes qui depuis une quarantaine d’année ont affirmé leur détermination à faire de la France un carrefour de métissage, respectueux de toutes les religions et de toutes les cultures, surtout de celles des arrivants. Alors vivement les salles polyvalentes Jean-Pierre Papin, les lycées Grand Corps Malade. Les stations de métro Daniel Cohn-Bendit et les promotions de grandes écoles Christiane Taubira.

Dans Un paradoxe français (2008), l’historien Simon Epstein faisait un amer constat : « Nombre d’antifascistes de 1936, basculés collaborateurs en 1940 mais experts à se faire pardonner en 1944, auront connu une Libération plus paisible que celle qui s’acharna sur ce résistant de la première heure, rescapé de Mauthausen et des « marches de la mort ». » Loustaunau-Lacau a en effet subi les affres de l’épuration pour son anticommunisme, notamment dans le cadre du procès de la Cagoule. Le tourment continue.

“Le sens du sacrifice” La lettre de l’ASAF (novembre 2018)


Le sens du sacrifice” La lettre de l’ASAF (novembre 2018)

La Rédaction de l’ASAF
www.asafrance.fr

Comprendre hier

11 novembre 2018, 80 chefs d’État s’avancent ensemble, à pied, sous la pluie, vers l’Arc de Triomphe, et s’inclinent devant la dalle sous laquelle repose le Soldat inconnu. Quel plus bel hommage pour ce Poilu Mort pour la France ? Quelle plus grande marque de reconnaissance du monde à la France, pour avoir défendu la liberté avec tant de ténacité !

C’est bien une armée, composée de millions de soldats, qui a combattu pendant plus de 4 ans dans des conditions effroyables pour, avec ses alliés, freiner, arrêter puis repousser un ennemi conquérant venu de l’est afin de nous envahir et nous imposer sa volonté. Cette armée, avec celles de ses alliés, a résisté et a vaincu grâce au courage de ses soldats, à la valeur supérieure de son commandement, au soutien indéfectible de la Nation tout entière. Bref, dans l’adversité elle a tenu car, unie, elle était invincible.  

Ces soldats se battaient pour défendre leur terre, leur famille, leur patrie, l’héritage qu’ils avaient reçu des générations précédentes comme le firent avant eux leurs aïeux face à d’autres invasions. Ils se battaient aussi pour la liberté à l’instar des compagnons de Jeanne d’Arc. Inlassablement, ils sont montés à l’assaut des tranchées ennemies derrière leurs chefs pour briser les chaînes qui enserraient la France sur plus de 750 km, de la mer du Nord à la Suisse, jusqu’au jour où, sous les coups de boutoir répétés, ces chaînes cédèrent.


Se souvenir aujourd’hui

Un siècle plus tard, le chef des armées françaises a voulu parcourir le front où se déroulèrent ces combats acharnés. Ce fut d’abord Strasbourg, symbole du retour des provinces perdues après la défaite de 1870, puis le village des Éparges où son Maire a su décrire, dans l’intimité, avec autant de passion que de talent, la violence des combats où furent tués ou blessés des dizaines de milliers d’hommes – dont Maurice Genevoix – pour la conquête d’une crête. Le Président y a exprimé un superbe hommage aux Poilus. Il a visiblement médité sur les champs de bataille où s’est joué le destin de la Patrie.

Mais au-delà de cette « itinérance », et dans les profondeurs de la Nation, c’est tout le pays, notamment les plus jeunes Français, qui se sont mobilisés pour découvrir leur passé à travers l’histoire de leur famille, de leur quartier, de leur village pendant la Grande Guerre. D’innombrables actions ont été menées avec l’appui de la mission du Centenaire. Si elles n’ont pas toujours fait « la une » de l’actualité, elles ont cependant remué en profondeur les jeunes générations en leur permettant de découvrir leur passé, de renforcer leur sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Il ne s’agissait pas de générer chez eux la haine de l’ennemi mais une admiration croissante pour ces aïeux, ces Anciens, qui à 20 ans ont accepté de donner leur vie pour eux.

Les polémiques sont bien peu de choses au regard de ces immenses sacrifices et douleurs !
Seule la France, qui paya le plus lourd tribut au regard de sa population, pouvait rassembler autant de nations autour d’elle le 11 novembre 2018. Jamais, en effet, aucun peuple d’un pays démocratique n’a accepté, dans l’Histoire, un tel taux de sacrifice. Les 40 000 étrangers qui sont venus s’engager en France témoignent que le monde reconnaissait alors la France comme étant le pays de la Liberté. Ce qui fera écrire à de Gaulle dans ses Mémoires : « Il existe un pacte multiséculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde. »


Agir
 pour demain

Après cette victoire si chèrement acquise, la paix ne fut pas au rendez-vous espéré. La paix ne se décrète pas, elle se construit et les armes doivent la garantir en permanence. La France, saignée à blanc par ces 52 mois de guerre, était affaiblie, épuisée. Sa démographie était insuffisante, les destructions matérielles considérables et les dettes contractées auprès des Américains durent être remboursées très vite. Notre pays fut contraint d’accepter certaines exigences des Alliés et des promesses qui ne seront pas tenues. La paix a été perdue. 20 ans après le traité de Versailles, la Seconde Guerre mondiale éclatait.

Une nation unie, une armée forte sont nécessaires à un peuple qui veut rester libre : tels sont les enseignements essentiels de la Grande Guerre pour aujourd’hui, tout comme la nécessité du courage à tous les niveaux, l’amour de sa patrie jusqu’au sacrifice et la conscience qu’elle est un héritage à enrichir et à transmettre. Bref, être un peuple fier et assumant sans aucune réserve son Histoire est une condition indispensable pour être ouvert et comprendre les autres peuples.

Les menaces n’ont pas cessé depuis la Seconde Guerre. La réconciliation franco-allemande marque la fin d’une guerre de 75 ans avec les Allemands. Mais pour demain, que constate-t-on ? Un nouveau totalitarisme : l’islamisme, des Alliés dont nombre d’intérêts divergent, des champs de compétition, d’affrontement, de bataille nouveaux et la guerre hors limite dont parlent les Chinois.

Face à cette situation, la France doit viser l’excellence dans tous les domaines car elle sait qu’elle pèse moins de 1% de la population mondiale. Pour autant elle dispose d’atouts considérables souvent mal valorisés. Il lui faut mieux s’organiser, faire preuve de plus de méthode et de constance dans les choix stratégiques ainsi que dans l’action. La France doit donc d’abord être forte. Mais elle sait que certains défis à relever exigent d’elle de s’associer à d’autres nations.

La France doit contribuer à faire émerger une « Communauté des nations européennes » au sein de laquelle ceux qui veulent développer des projets en commun s’associeront à l’instar de Galileo, le GPS européen, qu’aucun pays n’aurait pu réaliser seul, et qui, achevé ensemble, donne à chaque État une plus grande indépendance. Cette communauté des nations européennes doit avoir pour objectif de renforcer l’indépendance des nations d’Europe, de préserver leur identité, de garantir leur Défense et leur liberté.

La paix sans la liberté s’appelle l’esclavage et cette liberté, jamais acquise, se défend au quotidien, dans tous les domaines de l’activité des hommes.