Vers la fin de l’opération Barkhane

Vers la fin de l’opération Barkhane

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 14 novembre 2020

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Depuis 2014, la mission de l’opération Barkhane est de maintenir l’activité des organisations politiques armées baptisées maladroitement « groupes armés terroristes (GAT) » au niveau le plus bas possible au Sahel occidental. Par le biais de raids aéroterrestres et de frappes aériennes, il doit s’agir au mieux de détruire ces groupes, au pire de les contenir assez pour permette aux forces de sécurité locales d’assurer elles-mêmes cette mission au terme de leur renforcement.

On assiste donc depuis le début à une course de vitesse entre d’une part l’érosion mécanique du soutien que subit toute intervention militaire, en France ou localement en fonction de ses coûts et de ses effets, et d’autre part la montée en puissance des forces de sécurité locales, elle-même structurellement liée au renforcement de l’autorité et de la légitimité des États. Le problème est qu’avec les faibles moyens déployés dès le début dans l’opération Barkhane, en concurrence avec ceux des autres opérations engagées au même moment, en particulier Sentinelle, et les problèmes structurels des États locaux, cette course était perdue d’avance.

Barkhane a bien cumulé les succès tactiques au cours des années, mais ceux-ci sont restés insuffisants en nombre pour, au niveau opérationnel, empêcher les organisations ennemies de se renforcer, s’étendre et se diversifier. Dans le même temps, la « relève » tardait singulièrement à venir. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a des moyens considérables et est mieux organisée que le dispositif français en intégrant sous une seule autorité tous les instruments civils et militaires, mais si elle peut se défendre se révèle incapable de mener des opérations offensives. Quant aux forces locales, et en premier lieu les Forces armées maliennes (FAMa), malgré la mission de formation de l’European Union Training Mission (EUTM-Mali), elles n’ont guère progressé, car personne n’a touché vraiment à la corruption de leur infrastructure. La Force commune du G5-Sahel, créée officiellement en 2017, afin de coordonner l’action des armées locales autour des frontières avec un état-major commun et des bataillons dédiés, souffre depuis l’origine du manque de moyens et d’une cohésion incertaine de la coalition politique. Ses capacités de manœuvre sont encore limitées.

Insuffisance d’un côté, inertie de l’autre et quelques raisons fortes de prendre les armes enfin, tout était réuni pour que la situation se dégrade à partir de 2015 une fois terminés les effets de l’opération Serval. Cette dégradation elle-même a bien sûr contribué encore à ralentir le processus en s’attaquant prioritairement à des forces de sécurité locales, par ailleurs souvent coupées de la population par leurs exactions. À la fin de 2019, on pouvait même considérer que les forces armées maliennes et burkinabés, dans une moindre mesure nigériennes, régressaient et se trouvaient même au bord de l’effondrement. Dans le même temps, les deux organisations principales de la région, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) associant les groupes djihadistes présents sur le sol malien et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dont l’action s’étend dans la zone des « trois frontières » entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, s’offraient même le luxe de s’affronter, indice qu’elles ne se sentaient pas forcément aux abois.

Comme souvent, c’est dans la crise que l’on trouve les ressources nécessaires pour surmonter des blocages. Les principales innovations militaires sont venues du champ organique plutôt qu’opérationnel. Il n’est pas possible à court terme d’élever les capacités des forces locales sans en passer par des formes d’hybridation avec les forces alliées allant bien au-delà de la fourniture de formations techniques. L’accompagnement des unités locales par des équipes de conseillers français, ou désormais issus des forces spéciales européennes dans le cadre de la Task Force Takuba, va dans le bon sens. C’est une hybridation limitée, mais l’expérience montre que les unités accompagnées respectent la population et combattent mieux. C’est déjà beaucoup.

Après le sommet de Pau en janvier 2020, il a également été décidé de renforcer l’opération Barkhane. Avec ces nouveaux moyens, 600 soldats de plus et l’emploi des drones armés en particulier, la pression exercée sur l’ennemi a rapidement été beaucoup plus forte qu’auparavant. Les pertes françaises ont aussi logiquement été plus élevées, mais pour un soldat français qui tombe il y a désormais 100 combattants ennemis. Ces pertes ennemies sont actuellement deux fois supérieures à celles de l’année précédente. Elles pénalisent surtout EIGS qui est particulièrement visée, mais en juin dernier, Abdelmalek Droukdel, émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, organisations membre du GSIM, a été tué, ainsi que très récemment Bag ag Moussa, chef des opérations de la coalition. Le 30 octobre dernier dans la région de Boulikessi, zone frontalière entre le Mali et le Burkina Faso, les frappes des drones armés et des Mirage 2000, suivies d’un raid des Forces spéciales, ont cette fois détruit une colonne ennemie de soixante combattants qui s’apprêtait à attaquer une garnison malienne. Ce sont sans doute les plus fortes pertes djihadistes en une seule journée depuis le début de l’opération Barkhane. Les combattants appartenaient à la petite organisation Ansarul Islam, qui se trouve ainsi comme EIGS à plus grande échelle, largement neutralisée. On a retrouvé ainsi sensiblement l’efficacité militaire de l’opération Serval.

Jamais sous la Ve République, une opération militaire française n’a été active plus de neuf ans après le premier soldat français tué et nous en sommes déjà à sept ans au Sahel. Cinquante soldats y sont déjà tombés, ce qui classe cette opération parmi les plus couteuses en vies humaines et en associant dépenses militaires et aide civile on dépasse le milliard d’euros par an, ce qui est pour le coup le record de tous les engagements français depuis 1962. Dans ces conditions, Barkhane n’a qu’un crédit de quelques années au maximum.

Dans le même temps, un dialogue est engagé par les nouvelles autorités maliennes avec l’émir du GSIM, Iyad Ag-Ghali, qui est avant tout un homme politique local, ou encore avec la Katiba Macina, membre du GSIM, dont les griefs sous-tendant l’insurrection peuvent être entendus. C’est une bonne chose. Dialogue ne veut pas dire pour autant tout de suite la paix, ni même l’arrêt des combats, mais il y a intérêt pour la France de favoriser tout ce qui peut contribuer à la réduction de l’instabilité locale. C’est d’ailleurs l’objectif de Barkhane et non simplement le fait de tuer des ennemis, ce qui n’est qu’un moyen. La guerre est un acte politique qui sert à faire de la politique, autrement dit à imposer sa volonté à l’autre par la destruction, rare, et surtout par la négociation. Pour autant, ne nous leurrons pas, l’instabilité restera chronique dans la région tant les États sont faibles et les défis à relever importants.

Les succès militaires français actuels sont l’occasion de changer de posture dans de bonnes conditions avant qu’il ne soit trop tard. Le moins que l’on puisse faire dans le nouveau contexte qui peut se dessiner est de défendre nos intérêts sécuritaires et diplomatiques au moindre coût dans la durée. Le temps est sans doute venu de lancer une nouvelle opération militaire avec un nouveau nom, plus légère, discrète et hybride, en retirant le contingent au Mali, l’élément le plus visible et le plus couteux du dispositif. Si cela peut faciliter par ailleurs les négociations locales, tant mieux, mais cela ne doit en aucun cas en constituer un préalable ou une conséquence. Si cela facilite l’indispensable coopération avec l’Algérie, tant mieux aussi, mais le départ doit se faire en vainqueur et il n’est pas certain qu’il y ait beaucoup d’autre opportunité de le faire.

Après il sera possible de continuer le combat contre les organisations qui menacent directement la France, EIGS et AQMI, avec notre force de raids et de frappes, forces spéciales et aériennes. Il sera toujours possible aussi de « refaire Serval » en cas de dégradation importante de la situation grâce aux forces prépositionnées ou en alerte. Il sera possible de combattre sur place au sein des forces locales, selon des modalités à imaginer. Gageons que le résultat sera sensiblement le même pour notre sécurité, pour beaucoup moins cher et plus longtemps.

Déroute à Beyrouth

Déroute à Beyrouth

Par Michel Goya – La Voie de l’épée –  Publié le 23 octobre 2020

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L’opération Diodon a coûté la vie à 89 soldats français en dix-mois de septembre 1982 à mars 1984 pour un bilan humiliant. C’est la plus grande défaite militaire de la France depuis la fin de la guerre d’Algérie.

Une micro-guerre mondiale

Lorsque les Occidentaux interviennent à Beyrouth en 1982, la guerre civile libanaise dure déjà depuis sept ans. Ce conflit est d’abord un affrontement entre le Front libanais chrétien et la coalition islamo-progressiste, alliée aux Palestiniens dont l’archipel des camps constitue un proto-Etat autonome. Les combats sont particulièrement violents dans la capitale, coupée en deux entre l’ouest musulman et l’est chrétien par une « ligne verte ». La guerre prend vite une dimension régionale avec l’alliance des chrétiens maronites et de la Syrie qui intervient militairement en 1976 et occupe Beyrouth. Conformément aux accords de Riyad (novembre 1976) l’armée syrienne est inclue dans la Force arabe de dissuasion (FAD) reconnue par tous les belligérants.

Les combats s’arrêtent jusqu’à ce que le parti Kataëb de Bachir Gémayel s’impose par la force aux autres mouvements chrétiens et se retourne contre les Syriens vus désormais comme des occupants. Les combats reprennent en février 1978. En mars, l’armée israélienne lance une opération limitée jusqu’au fleuve Litani pour détruire les organisations palestiniennes qui se servent du territoire du Sud-Liban comme base d’opérations. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) est mise en place. Elle n’empêche en rien les Israéliens de revenir une nouvelle fois en juin 1982 avec des moyens et des ambitions beaucoup plus importants. En une semaine, l’armée israélienne repousse l’armée syrienne dans la plaine de la Békaa et assiège les combattants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) réfugiés dans Beyrouth Ouest. Il y a alors 150 000 combattants de dix-huit nationalités (dont les 8 000 Casques bleus de la FINUL) sur un territoire grand comme le département de la Gironde. Bachir Gémayel devient Président de la république du Liban porteur de l’espoir de règlement des conflits entremêlés.

La force multinationale d’interposition

Le 12 août, après deux mois de siège et alors que la tension est à son comble au Proche Orient, les Etats-Unis imposent l’idée d’un cessez-le-feu et l’envoi à Beyrouth d’une force multinationale d’interposition (FMI) afin de protéger le départ simultanée de l’OLP et de l’armée israélienne. La France et l’Italie acceptent d’y participer. La mission de cette FMI, limitée à un mois et à un volume de 2 000 hommes, est triple : assurer la sécurité physique des combattants palestiniens en instance de départ de Beyrouth, assurer la sécurité physique des autres habitants de la région de Beyrouth et y favoriser la restauration de la souveraineté du gouvernement libanais. La FMI est une force d’interposition, finalement guère différente dans son esprit de la FINUL, à ce détail près que les contingents restent sous commandement national.

L’aéroport étant aux mains des Israéliens, c’est par le port que la FMI pénètre dans Beyrouth. Pour les Français, c’est l’opération Olifant qui mobilise une partie importante des moyens de la Marine nationale depuis Toulon et le port chypriote de Larnaka. Les légionnaires du 2e Régiment étranger de parachutistes (REP) sont les premiers à débarquer, le 21 août, pour sécuriser le port jusqu’à la relève par les Américains, le 25. Le 26, le reliquat des forces françaises et le contingent italien viennent compléter le dispositif. Avec 850 hommes, les légionnaires et marsouins de l’opération Epaulard constituent le contingent le plus important.

Le départ des combattants palestinien par mer s’achève sans incident le 31 août avec l’évacuation de Yasser Arafat. Le détachement français est alors sur la ligne verte pour escorter les convois évacuant les Palestiniens et certains éléments syriens en direction de la Syrie. Au 1er septembre, 11 000 membres de l’OLP ont été évacués dans le monde arabe. La FMI, et le 3e Régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMa) en premier lieu, aide alors la petite armée libanaise à reprendre le contrôle de Beyrouth Ouest. Grâce au petit détachement du 17e Régiment de génie parachutiste (RGP) les rues sont dépolluées tandis que la population revient dans les quartiers placés sous la protection des Français.

La mission est cependant interrompue plus tôt que prévu par la décision unilatérale des Américains qui décident de mettre fin à leur participation le 10 septembre, suivis deux jours plus tard par les Italiens. La France, accusée par ailleurs d’être trop favorable aux Palestiniens, peut difficilement poursuivre seule. L’opération Epaulard prend fin le 13 septembre. Au prix de trois marsouins blessés, elle est considérée comme un succès.

La mise en place d’un colosse aux pieds d’argile

Le lendemain même du départ des derniers français, Bachir Gémayel est assassiné. L’armée israélienne en repli revient immédiatement dans Beyrouth et cerne les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila où on soupçonne la présence résiduelle de combattants de l’OLP. Le 16 septembre, des phalangistes chrétiens, partisans de Gémayel, pénètrent dans les camps et se livrent pendant deux jours au massacre de civils (le nombre des victimes varie entre 700 et 3 500). L’émotion est immense dans le monde entier.

Le 19 septembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte la résolution 521 qui propose l’intervention d’une nouvelle force multinationale. Celle-ci est demandée le même jour par le gouvernement libanais. La FINUL propose d’intervenir mais cette solution ne plait ni aux Israéliens ni surtout au gouvernement libanais, sceptique sur l’efficacité des Casques bleus. Sous l’impulsion des Etats-Unis, toujours soucieux d’accroître leur influence dans la région, les trois alliés de la FMI et le Liban s’accordent par échanges de lettres sur le retour de leurs contingents. Il est bien proposé à d’autres pays de participer à la force mais seuls les Britanniques y répondront en envoyant une unité de renseignement d’une centaine d’hommes en février 1983. Le 24 septembre, la Force Multinationale de Sécurité à Beyrouth (FMSB) est créée et commence à se mettre en place dans Beyrouth Ouest. Sa mission principale, sans limite de temps, est d’appuyer les forces armées du gouvernement libanais dans la protection des populations civiles dans Beyrouth et ses alentours. Le caractère très large de cette mission laisse cependant place à autant d’interprétations que de membres. Si tout le monde est d’accord pour aider matériellement les forces armées libanaises (FAL), les avis divergent sur l’emploi des forces.

Pour l’administration Reagan, soucieuse d’éviter la qualification de guerre ou d’opération de guerre qui nécessiterait un vote du Congrès, la FMSB a une fonction essentiellement dissuasive. Les 1 200 Marines s’installent autour de l’aéroport au sud de Beyrouth ouest, avec des moyens lourds, chars de bataille, pièces d’artillerie, hélicoptères d’attaque, etc. mais avec de grandes restrictions dans l’ouverture du feu et la consigne de ne pas bouger de ses emprises. Les 1 200 Italiens sont au centre du dispositif et se concentrent sur la surveillance des camps palestiniens de Chatila et Bourj-el-Brajneh et l’aide humanitaire.

Au Nord, les 1 160 Français l’opération Diodon sont renforcés au bout de quelques jours par un bataillon « prêtée » par la FINUL et un autre venu de métropole en février 1983, pour atteindre un effectif total de 2 000 hommes, relevés tous les quatre mois. Répartis sur 35 postes et reprenant des habitudes héritées des opérations en Afrique, ce sont les seuls à aller sciemment au contact de la population que ce soit par une présence « militaire » (points de contrôle, patrouilles, missions de dépollution) ou plus informelle (achats auprès des commerçants locaux, footings, aides à la population, etc.). Cette approche permet de montrer la force à la population et, surtout, par les renseignements et la sympathie qu’elle procure, elle apporte une « protection invisible » souvent plus efficace que les murs de sacs à terre.

Les Français, comme les Italiens, peuvent faire usage de leurs armes pour leur autodéfense et protéger les camps palestiniens (le camp de Sabra est dans la zone française) mais, contrairement aux Américains, aussi pour appuyer les FAL. Dans les faits, les règles seront très restrictives. Le « soldat de la paix », concept nouveau, n’est pas là pour combattre.

Cette force à terre en appui des FAL, est elle-même appuyée par une puissante force navale croisant au large de Beyrouth. Pour la France, la force Olifant comprend un groupe aéronaval permanent, centré autour d’un des deux porte-avions Foch et Clemenceau qui se succèdent et d’une force amphibie comprenant en général deux transports de chalands de débarquement (TCD). Au total, la force multinationale, à terre et en mer, mobilise aux alentours de 20 000 hommes. Elle souffre cependant de trois faiblesses : les divergences déjà évoquées et qui ne seront pas corrigées par une direction commune, l’absence d’accord sur sa présence avec les acteurs politico-militaires locaux et régionaux et surtout l’absence de volonté réelle d’engagement au combat pour soutenir le gouvernement libanais.

Le début de la mission est pourtant encourageant. Le 1er octobre 1982, par une cérémonie organisée place du Musée, lieu symbolique de combats entre les deux Beyrouth, le Président Amine Gemayel, frère ainé de Béchir, élu le 21 septembre, consacre la réunification de la capitale. Equipée et entrainée par les Alliés, l’armée libanaise prend une certaine consistance et se déploie à nouveau dans l’ensemble de la ville. Une prise d’armes réunit les contingents de la FMSB et des FAL. C’est le point culminant de l’action de la FMSB alors que des phénomènes souterrains sont à l’œuvre.

Le retour de la Syrie et l’arrivée de l’Iran

En même temps qu’elle participe à la FMSB, la France a un contentieux financier avec Téhéran (elle refuse de rembourser le prêt d’un milliard de dollars accordé par le Shah) et, comme les Etats-Unis, elle aide militairement l’Irak dans sa guerre contre l’Iran des Mollahs. Début octobre 1983, elle fournit même cinq avions Super-Etendard (livrés par le porte-avions Clemenceau) aux Irakiens. On ne perçoit pas alors que l’Iran est capable de frapper par procuration au Liban grâce à son influence sur la milice chiite Amal et surtout grâce au Hezbollah, création commune avec la Syrie.

Cette cécité stratégique se double d’une cécité tactique. Si le suicide est prohibé dans les actes et paroles du Prophète, il imprègne, sous la forme du sacrifice et de martyr (shahid), tout l’islam chiite depuis la mort de Hussein ibn Ali, « roi des martyrs », à Kerbala en 680. Le premier emploi systématique de combattants suicides est le fait de Chiites ismaéliens connus sous le nom d’ « assassins » qui firent régner la terreur dans le califat de Bagdad et la Palestine du XIe au XIIIe siècle. Les combattants suicide sont remis au goût du jour lors de sa guerre entre l’Iran et l’Irak à partir de 1980. Le premier attentat suicide moderne avec emploi d’explosif est le fait de membres d’Amal, le 15 décembre 1981, contre l’ambassade irakienne à Beyrouth puis le quartier-général israélien à Tyr en novembre 1982. Le 18 avril 1983, un pick-up chargé d’explosifs s’écrase contre l’ambassade américaine. Le bilan est terrible : 63 personnes sont  tuées, dont 17 américains. L’enquête qui a suivi n’a pas permis pas de déterminer avec certitude le commanditaire de l’attaque, mais les soupçons se portent sur Imad Moughniyah, un important membre du Hezbollah.

La situation évolue rapidement à partir de l’été 1983. La milice d’Amal, alliée de la Syrie, tente de pénétrer dans les quartiers de Beyrouth-Ouest mais elle est refoulée par les FAL. La FMSB n’a pas bougé malgré sa mission d’appui aux FAL. Cela ne l’empêche pas d’être frappée notamment le 31 août lorsque le bombardement de l’ambassade de France tue quatre soldats et un policier français. Le 4 septembre, l’armée israélienne évacue soudainement les montagnes du Chouf, au sud-est de Beyrouth. Le vide est occupé par les Druzes du Parti socialiste progressiste (PSP) alliés de la Syrie et qui se trouvent désormais à portée d’artillerie de la capitale libanaise. Les combats avec les FAL sont très violents dans le secteur de Souq El-Gharb à quelques kilomètres au sud de la capitale. Le 11 septembre, pour appuyer l’armée libanaise en posture délicate et protéger ses forces de la menace d’artillerie, le département d’État américain autorise ses troupes à riposter et à faire appel à l’appui naval et aérien. C’est chose faite les 19 et 20 septembre. Le 22 septembre, c’est au tour des Français de faire appel aux forces navales pour lancer un raid de huit Super-Etendards pour anéantir une batterie druze au-dessus de Beyrouth à Dour El-Cheir.

La FMSB est ainsi entrée malgré elle dans la guerre, en sortant par ailleurs du cadre prévu initialement pour l’emploi des forces. Les frappes de l’US Navy, qui se renouvelleront une fois en décembre et trois fois en février 1984, dépassent le cadre géographique du Grand Beyrouth et le raid français, survenant cinq jours après un bombardement qui a tué deux soldats à la résidence des Pins, n’est plus de la légitime défense. La FMSB continue pourtant à conserver l’illusion de la neutralité en n’engageant pas les forces terrestres. Tous les partis opposés au gouvernement libanais et son armée, considèrent désormais la FMSB comme hostile. Au bilan, alors que la France ne déplore qu’un mort, seize seront tués du 22 juin au 23 octobre. Les pertes françaises sont le double des pertes américaines alors que les Italiens ont un soldat tué.

Pour réduire la vulnérabilité des forces françaises celles-ci sont regroupées. C’est ainsi que lorsque la 3e compagnie du 6e Régiment d’infanterie parachutiste (RIP), formée d’appelés volontaires du 1er Régiment de chasseurs-parachutistes (RCP),  débarque le 27 septembre, elle est affectée toute entière dans un immeuble de huit étages face à la plaine des Jhah et du quartier Chatila, à quelques centaines de mètres de l’Ambassade d’Iran. Le bâtiment, baptisé Drakkar par le commandant de la compagnie, le capitaine Jacky Thomas, a été occupé par les Syriens l’année précédente et dépollué par les sapeurs du 17e RGP. A la mi-octobre, la situation se tend encore. Des renseignements annoncent une opération imminente contre les Français.

L’attaque de drakkar

Le 22 octobre au soir, le capitaine Thomas a mis en alerte ses sections. La nuit est pourtant calme jusqu’à 6h17 lorsque la sentinelle en observation sur le toit de Drakkar voit exploser le quartier-général des forces américaines. Sept minutes plus tard, un camion chargé d’explosifs (la charge de plusieurs missiles de croisière) force l’entrée du poste jusqu’à la rampe d’accès de l’immeuble. A 6h30, Drakkar n’existe plus. Les Américains ont perdu 241 hommes (plus que pendant la première ou la deuxième guerre contre l’Irak) et les Français 58 dont 55 du 1er RCP et 3 du 9e RCP. Quinze autres sont blessés. Seuls vingt-six hommes de la compagnie sont indemnes car occupant un poste à l’extérieur à ce moment-là ou, pour trois d’entre eux, en allant chercher des croissants. Américains et Français n’ont plus subi autant de pertes en une seule journée depuis les guerres du Vietnam et d’Algérie.

Les deux attentats quasi-simultanés sont revendiqués par le Hezbollah, ainsi que par le Mouvement de la révolution islamique libre puis par le Jihad Islamique. Le nom d’Imad Moughniyah est à nouveau évoqué. L’implication de la Syrie et de l’Iran parait évidente mais aucune preuve formelle ne sera avancée. La France, malgré la demande de plusieurs députés, ne constituera jamais de commission d’enquête laissant le champ libre à plusieurs théories alternatives dont celle de l’immeuble piégé par les Syriens avant de l’abandonner.

Pendant quatre jours et quatre nuits, les sauveteurs s’acharnent pour tenter d’extraire ce qui reste de vie de cet amas de pierres. Le président François Mitterrand se rend sur place le 24 octobre pour apporter son soutien au contingent français. Le trouble est immense. Le ministre de la défense déclare que la France n’a pas d’ennemi au Liban, ce qui fait dire au général Cann que ses hommes « ont été tués par personne ». Le 4 novembre, c’est au tour de l’armée israélienne de perdre 50 hommes dans une autre attaque suicide.

En représailles, « non pas pour se venger mais pour que cela ne se reproduise pas », le Président Mitterand fait déclencher l’opération Brochet le 17 novembre 1983. Huit Super-Etendard de la Marine nationale décollent du porte-avions Clemenceau et effectuent un raid sur la caserne Cheikh Abdallah, une position des Gardiens de la Révolution islamique et du Hezbollah dans la plaine de la Bekaa. Les avions français larguent 34 bombes de 250 kg et 400 kg sur une position opportunément évacuée quelques minutes plus tôt. La rumeur prétend que les occupants ont été avertis par une source française au Quai d’Orsay. Le 20 décembre, la marine française évacue 4 000 combattants palestiniens de Tripoli. Le lendemain, une nouvelle attaque à la voiture piégée a lieu contre le PC du 3e RPIMa. La voiture est arrêtée par les merlons de terre mais les 1 200 kilos d’explosif tuent un parachutiste et treize civils. On compte également plus de 100 blessés dont 24 Français.

Une fin sans gloire

Dès lors, la priorité n’est plus à la protection des populations ou à la restauration de l’Etat libanais mais à l’autoprotection, ce qui finit de couper la force de la population. Du 15 décembre 1983 au 15 janvier 1984, les postes français sont regroupés sur deux pôles, au centre de Beyrouth et sur la ligne verte, tandis qu’une batterie de cinq canons automoteurs de 155 mm AMX-13 est amenée de France. En février 1984 à l’occasion de la relève de la 11e division parachutiste par les marsouins de la 9e Division d’infanterie de marine (DIMa), le bataillon emprunté à la FINUL lui est rendu et le contingent à Beyrouth passe de 2 000 à 1 200 hommes regroupés sur une dizaine d’emprises.

Le début du mois de février est l’occasion de nouveaux combats dans la capitale. L’armée libanaise se désagrège dans la montagne face aux Druzes de Walid Joumblatt et dans Beyrouth face aux chiites d’Amal. La force multinationale impuissante soutenant une armée fragile au service d’un Etat faible n’a plus de raison de perdurer sinon pour prendre des coups qu’elle ne pourra rendre malgré ses cuirassés, porte-avions et ses hélicoptères d’attaque. La France propose pourtant de remplacer la FMSB par une force des Nations-Unies, qui, d’évidence, aurait été encore plus impuissante. Les Alliés évacuent Beyrouth en ordre dispersé, Britanniques en tête le 8 février, suivis par les Italiens le 20 et les Américains le 26, arguant simplement d’un « bond de trois à quatre kilomètres à l’Ouest » sur les bâtiments de la Navy. Le 29 février, le veto soviétique met définitivement fin au projet français de force des Nations-Unies. Isolée, la France n’a plus d’autres choix que de se replier également car, selon les mots du Président de la République, « elles ont rempli leur mission ». Du 22 au 31 mars, les Français évacuent Beyrouth (opération Carrelet). La mission de la FMSB prend fin officiellement le 31 mars 1984 après dix-huit mois d’existence.

La fin peu glorieuse de la FMSB a un retentissement immense dans le monde arabe. Preuve était faite que l’action résolue de quelques hommes pouvait faire plier des Occidentaux corrompus et rétifs aux pertes humaines. Elle laisse un goût amer et une immense frustration chez tous les soldats français qui y ont participé. La FMSB s’est retrouvée au cœur d’un nœud d’affrontements locaux, régionaux et internationaux sans avoir la possibilité de combattre. Or, ne pas vouloir d’ennemi n’empêche pas d’en avoir. La leçon ne portera pas car les troupes seront engagées dix ans plus tard dans les mêmes conditions en ex-Yougoslavie et avec les mêmes résultats.

« La victimisation, l’autre virus qui frappe la France » : lettre ASAF du mois du 18 octobre 2020

« La victimisation, l’autre virus qui frappe la France » : lettre ASAF du mois du 18 octobre 2020

 

Ce virus attaque insidieusement les défenses de la Nation en faisant douter les Français d’eux-mêmes jusqu’à la repentance, voire la soumission. Il se transmet essentiellement par les médias sous la forme de dérives sémantiques, d’accusations anachroniques et de revendications infondées.

« La victimisation, l’autre virus qui frappe la France » : lettre ASAF du mois du 18 octobre 2020

Alors que de nombreux pays européens prennent des mesures pour freiner la diffusion de la Covid-19, la France semble atteinte depuis quelques années par un autre virus : celui de la victimisation. Sournois, il se propage dans toutes les couches de la société sous l’action de super contaminateurs. Ce virus attaque insidieusement les défenses de la Nation en faisant douter les Français d’eux-mêmes jusqu’à la repentance, voire la soumission. Il se transmet essentiellement par les médias sous la forme de dérives sémantiques, d’accusations anachroniques et de revendications infondées.

Héros

Un jardin de Paris porte dorénavant le nom du colonel Beltrame. Le libellé de la plaque commémorative comporte des mots surprenants : « victime de son héroïsme ». Non, le colonel Beltrame n’est pas une victime mais bien un héros. Il a rempli sa mission jusqu’au sacrifice de sa vie comme seuls les héros savent le faire. Ce n’est pas son héroïsme qui l’a tué mais un terroriste islamiste que le texte de cette plaque ne désigne pas. Cette inscription portant une telle omission est-elle l’acte délibéré d’un complice ou d’un idiot ? Pourquoi ne pas avoir précisé l’idéologie totalitaire qui a guidé le geste du meurtrier ?

La mémoire du colonel Beltrame appartient à la France. Il est mort en France et pour la France, en luttant en l’occurrence au corps-à-corps contre le même ennemi que celui qu’affrontent nos soldats au Sahel. Pourquoi ne s’est-il pas vu attribuer le titre de « Mort pour la France » ? Honteux !
Mais son geste à Trèbes est gravé à jamais dans le livre d’or de l’héroïsme français. Il participe à la grandeur de notre patrie et suscite l’admiration de nos compatriotes.

Victimes

Depuis les attentats de 2015, le président Hollande a décidé d’attribuer une médaille aux « victimes du terrorisme ». Sur la poitrine des récipiendaires, elle se place juste après celles des deux ordres nationaux mais avant celles de la Valeur militaire et de la médaille pour actes de courage et de dévouement, c’est-à-dire des décorations qui récompensent des gestes volontaires et exemplaires et, assez souvent, héroïques. Pourquoi ?  L’explication qui en est donnée est ubuesque : simplement parce que cette décoration est attribuée au nom du président de la République et non du ministre des Armées ou de l’Intérieur comme les deux autres. Le pire est peut-être que cette situation, incompréhensible et aisément modifiable, perdure malgré des demandes réitérées d’associations et notamment de l’ASAF.

Hors-la-loi

Puisque le statut de victime est placé si haut de nos jours en France, il n’est pas étonnant alors que les médias s’intéressent souvent davantage aux victimes qu’aux héros. Il est vrai que, de plus en plus souvent, le voyou ou le hors-la-loi, blessé au cours d’un contrôle ou d’une arrestation par la Police ou la Gendarmerie, se présente comme une victime cherchant à gommer le crime ou le délit qu’il vient de commettre, désignant ainsi les membres des forces de sécurité qui l’ont neutralisé comme des agresseurs. Cette inversion des rôles est proprement stupéfiante et nombre de médias rentrent complaisamment dans ce jeu dangereux de la confusion.

Otage

Faut-il que le président de la République et le ministre des Affaires étrangères aient beaucoup à gagner sur le plan médiatique pour se déplacer et accueillir madame Pétronin de retour du Mali. Détenue pendant quatre ans dans des conditions convenables selon ses propres déclarations, elle souhaite retourner  au Mali. Si nous sommes heureux pour son fils qui s’est démené pour sa libération, notre septuagénaire voilée descendant allègrement la passerelle du Falcon à Villacoublay n’est en rien une victime suscitant une quelconque compassion.

Suite aux propos tenus par madame Pétronin, le Président a choisi de ne pas parler pour ne pas rentrer dans le jeu très ambigu de cette Franco-suisse atteinte au dernier degré du syndrome de Stockholm. La France a-t-elle pu être écartée des négociations entre les autorités politiques maliennes et certains groupes rebelles ? Nul ne le sait ; mais à quel prix les 200 djihadistes libérés par les autorités maliennes seront-ils  à nouveau mis hors d’état de nuire par les soldats français ? Là est la vraie question.

On doit aussi s’interroger sur le silence de cette otage au sujet des soldats français qui combattent, souffrent et meurent depuis huit ans dans cette région pour éliminer ceux qu’elle refuse d’appeler les terroristes islamistes : ces hommes qui ne connaissent que l’égorgement, la prise d’otages et les massacres aveugles de civils désarmés au Sahel comme en France et qu’elle qualifie de « soldats luttant pour leur liberté ». Notre pays doit-il laisser la nationalité française à cette Franco-suisse qui souhaite retourner au Mali, alors que la France y est toujours en guerre contre ceux dont elle dit comprendre la lutte ?

Pseudo victimes

Enfin, quelques Français ou Africains vivant en France, appartenant à ce qu’il est convenu d’appeler les minorités visibles, affirment être indirectement des victimes de la colonisation et de l’esclavage et s’estiment donc  en droit de demander des réparations à la France. Mais en quoi ces hommes et femmes sont-ils des victimes, eux qui vivent dans un pays si généreux dont ils ont tout reçu ?

Pourquoi ces hommes et ces femmes ne s’identifient-ils pas plutôt à leurs ancêtres qui se sont battus souvent avec héroïsme pour la France pendant les deux guerres mondiales ? Veulent-ils vraiment épouser la France et devenir Français ?

Un virus mortel

Face à cette pollution mortelle, nous devons réagir. Il faut mener une guerre non seulement contre les terroristes islamistes mais aussi s’opposer à cette menace sournoise qui ronge nos convictions, déstabilise nos références et fragilise notre cohésion. Face à cette guerre psychologique et subversive mêlant désinformation, provocations et menaces qui nous est déclarée, il faut faire face vigoureusement et ensemble, sous peine de voir notre pays, dont les fondations sont sapées quotidiennement, s’effondrer brutalement.

La Rédaction de l’ASAF

https://www.asafrance.fr/item/la-victimisation-l-autre-virus-qui-frappe-la-france.html

Fantaisie militaire : quand tu entends que l’on veut faire appel à l’armée…aujourd’hui pour rééduquer les mineurs délinquants

Fantaisie militaire : quand tu entends que l’on veut faire appel à l’armée…aujourd’hui pour rééduquer les mineurs délinquants

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 9 octobre 2020

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2020/10/fantaisie-militaire-quand-tu-entends.html


Interview FigaroVox 02 septembre 2020 ici

En 2011, Éric Ciotti avait déposé une loi, adoptée, mais jamais mise en œuvre, prévoyant que l’Établissement public d’insertion de la défense (Epide), qui accueille depuis 2005 dans ses centres de jeunes majeurs en difficulté, s’ouvre aux mineurs de 16-18 ans ayant commis des faits de faible gravité, pour un service citoyen de six à douze mois. Le garde des Sceaux a évoqué l’idée de le mettre en place. Que vous inspire cette mesure?

 

Le code de la défense regroupe les textes relatifs à l’organisation générale, aux missions, au personnel militaire et au fonctionnement de la défense. Dans la rubrique «Mission des armées» il est écrit: «préparer et d’assurer par la force des armes la défense de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation». Il n’est écrit nulle part que les armées aient à servir de maison de correction, de centre de formation professionnelle, de palliatif à des peines de prison, d’anxiolytique pour la population, de fournisseurs de photos pour les articles sur le terrorisme, d’antigang à Marseille ou ailleurs, de supplétif à la police nationale, de régulateur du nombre de sangliers, de société de ramassage des poubelles ou de nettoyage des plages, d’éducateurs pour adolescents en internat-découverte.

La liste n’est pas exhaustive, pour en trouver une nouvelle il suffit de concilier lacune dans un champ de l’action publique et désir de montrer que l’on veut faire quelque chose. Le problème est qu’on ne soigne pas les maladies en fonction des remèdes les plus efficaces, peut-être parce qu’on ne les a plus, mais des potions disponibles et visibles sur l’étagère. Or, l’armée est une potion toujours disponible et qui, c’est vrai, peut soigner beaucoup de choses, même si c’est sans doute parfois de manière placebo.

Les unités militaires sont réactives, disciplinées et dotées par nécessité d’une forte cohésion. Les soldats français sont, il faut le rappeler, volontaires à faire des choses pas naturelles pour la Patrie : tuer et être tué.

Pour cela on crée autour d’eux des obligations à faire honneur à l’uniforme, au drapeau, et à ne pas faire honte à des camarades dont on a forgé l’amitié dans de durs entraînements et des opérations. On ne peut séparer l’action qui peut être un sacrifice et sa préparation. On ne transpire pas dans les entraînements pour le plaisir d’apprendre l’effort, mais pour être prêt au combat. Sinon, on fait du sport. Même les bataillons d’infanterie légère d’Afrique, les «Bat’ d’Af» qui n’incorporaient que des recrues à casier judiciaire jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie, étaient engagés au combat, où ils n’ont d’ailleurs jamais beaucoup brillé.

Va-t-on engager ces mineurs dans des combats? Non évidemment et heureusement! Dans ce cas, les engager dans un processus de formation d’un soldat, en se disant qu’au moins cela en fera quelqu’un de bien, n’a pas de sens. Cela risque par ailleurs d’affaiblir notre institution.

«Je souhaite évidemment qu’il y ait le moins d’incarcération possible de mineurs chaque fois que c’est possible, ça va de soi», a déclaré Éric Dupond-Moretti en juillet dernier, plaidant de manière générale pour une diminution de la détention provisoire. Craignez-vous que l’armée devienne un palliatif à la prison?

Mais quel est le rapport entre la prison et l’armée? Être dans l’armée, c’est une sanction? Il est toujours singulier de voir des gens trouver soudainement de grandes vertus éducatives ou rééducatives à une institution qu’ils ont préféré éviter lorsque cela leur était possible au temps du service national obligatoire pour les hommes et volontaire pour les femmes. L’éducation à la dure, c’est pour les autres, les gueux, voire les canailles. Cela fera du bien un tour à l’armée! Oui, mais voilà ce n’est pas le rôle de l’armée, et moins que jamais.

Il est toujours singulier des voir des gens trouver soudainement de grandes vertus éducatives ou rééducatives à une institution qu’ils ont préféré éviter lorsque cela leur était possible au temps du service national obligatoire pour les hommes et volontaire pour les femmes.

Éric Dupond-Moretti, qui a des mots très gentils pour l’institution militaire, mais dont on cherche vainement la trace du service militaire, pourrait mobiliser ses propres services après tout. Quitte à trouver un palliatif à la prison pourquoi ne pas organiser quelque chose à l’intérieur du ministère de la Justice? Il n’y a pas de modèle à admirer au ministère de la Justice? Pourquoi pas dans l’administration pénitentiaire par exemple?

Pensez-vous que sa mise en place pourra se faire sans difficultés?

Bien sûr qu’il y aurait des difficultés. Il faut quand même rappeler que l’expérience a été tentée de 1984 à 2004. Cela s’appelait les «Jeunes en équipe de travail» (JET) et cela consistait à organiser des «stages de rupture» de quatre mois à l’intention des jeunes délinquants, détenus majeurs de moins de trente ans ou mineurs à partir de 16 ans. Ces stages, proposés aux jeunes par le juge d’application des peines, devaient les préparer à leur réinsertion sociale et professionnelle. Les JET étaient gérés par une association et les armées ainsi que la gendarmerie fournissaient l’encadrement, les infrastructures et l’équipement.

Deux ans après leurs stages, plus de 60 % des mineurs qui s’étaient portés volontaires chez les JET étaient retombés dans la délinquance.

Au total, sur vingt ans, 5 800 jeunes délinquants sont passés par JET. Le bilan est très mitigé. Deux ans après leurs stages, plus de 60 % des mineurs qui s’étaient portés volontaires étaient retombés dans la délinquance. Le résultat était un peu meilleur pour les adultes, même si 20 % se trouvaient à nouveau incarcérés. Alors que l’on réduisait considérablement le budget de fonctionnement des armées, celles-ci n’ont plus souhaité assurer cette mission arguant en fait du faible «rendement» de ce stage et de l’impossibilité désormais de le soutenir.

L’implication dans la formation professionnelle par le biais des Epide et du Service militaire volontaire, ou du Service militaire adapté dans la France d’outre-mer, donne en revanche de bons résultats, mais il ne s’agit pas de réinsérer des délinquants après un stage court, mais de venir en aide à des jeunes en difficulté, volontaires et sélectionnés, par une longue formation. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Cela fonctionne, même si encore une fois c’est un détournement de mission.

Prônez-vous le rétablissement du service militaire à l’ensemble des jeunes?

Pourquoi pas si on répond correctement à la question: pour quoi faire? Rappelons que le principe du service militaire, puis «national», n’était pas de rendre service aux jeunes qui y était soumis, par les soi-disant bienfaits éducatifs ou le vivre ensemble, mais de rendre service à la nation, parfois en donnant sa vie. Si l’idée est effectivement de rendre service à la nation, alors oui cela peut se concevoir. Un service militaire n’a de sens que si on engage éventuellement les recrues au combat. Si ce n’est pas le cas, on est alors dans un grand projet éducatif, et s’il concerne des mineurs, comme le projet de Service national universel (SNU) c’est la mission de l’Éducation nationale.

On peut imaginer que le service national apporte un renfort de 800 000 jeunes utile à des services publics souvent en grande difficulté.

Le service national peut être un vrai projet ambitieux et un vrai projet de société, mais en réalité, il n’y a sans doute que deux voies cohérentes. La première est le retour à une forme de service national élargi à l’ensemble du service public. Cela suppose de surmonter la réticence juridique de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui considère cela comme du travail forcé et bien sûr de traquer et donc sanctionner les inévitables resquilleurs, condition sine qua non de la justice de ce service. L’effort est considérable, mais on peut imaginer qu’un renfort de 800 000 jeunes peut être utile à des services publics souvent en grande difficulté.

La seconde consiste à s’appuyer sur l’existant des services volontaires. Rappelons que le projet insensé de SNU prévoit de dépenser 1,5 milliard d’euros par an pour fondamentalement organiser deux semaines de stage découverte à tous les jeunes d’une classe d’âge et ce chiffre ne comprend pas les dépenses d’infrastructure sans doute nécessaires. Ce chiffre représente le quadruple de celui du Service civique et ses stages rémunérés de 6 à 12 mois, ou dix fois celui des 30 000 contrats de la réserve opérationnelle n° 1 des armées, mais on pourrait aussi évoquer les sapeurs-pompiers volontaires ou les réservistes du ministère de l’Intérieur.

Hors de ces deux options, me semble-t-il, on sera dans de la «fantaisie militaire», pour reprendre le titre d’un album d’Alain Bashung, de la part de gens qui n’ont jamais voulu porter l’uniforme.

“La France face aux périls”: lettre ASAF du mois du 15 septembre 2020

La France face aux périls“: lettre ASAF du mois du 15 septembre 2020

 

En deux décennies, la France auréolée de gloire par sa victoire de 1918, en était réduite à la servitude après l’effondrement de 1940. Son armée, en 1918 la plus puissante et la plus moderne du monde équipée de 2 000 chars et 4 000 avions, avait été réduite à l’armée croupion de l’Armistice. 

 

 

"La France face aux périls": lettre ASAF du mois du 15 septembre 2020

Les leçons de l’Histoire

En cet été 2020, comment ne pas penser à celui brûlant de 1940, au cours duquel, durant 6 semaines s’affrontèrent soldats français et allemands dans des combats souvent héroïques et meurtriers. Ceux-ci prirent fin le 22 juin à la signature de l’armistice. Ainsi, en moins de 2 mois, la France dépecée en 5 zones aux statuts divers – annexée, occupées, rattachée, interdite – disparaissait de la carte du monde… Seul un lambeau de son territoire portait le nom de zone libre mais demeurait en fait sous contrôle nazi.

Il faudra 5 années de souffrances, de combats ininterrompus et de sacrifices quotidiens (600 000 morts, dont 100 000 soldats en 1940) pour que la France se redresse et se forge, avec l’appui de ses alliés, une nouvelle et puissante armée qui lui permette de retrouver la liberté et la dignité par le chemin de la victoire.

En deux décennies, la France auréolée de gloire par sa victoire de 1918, en était réduite à la servitude après l’effondrement de 1940. Son armée, en 1918 la plus puissante et la plus moderne du monde équipée de 2 000 chars et 4 000 avions, avait été réduite à l’armée croupion de l’Armistice. Cette période durant laquelle notre pays fut submergé et faillit disparaître hante encore les Français qui croient en la France.

 

La cohésion de la Nation menacée

Notre devoir nous commande de regarder les réalités en face sans a priori ni filtre idéologique. Les violents attentats de 2015 ont révélé brutalement aux Français la présence, sur notre territoire, d’un ennemi terroriste islamiste et totalitaire, solidement implanté, structuré et actif, soutenu par une forte minorité de sympathisants étrangers ou français souvent d’origine étrangère.

Loin d’être assimilés dans la Nation comme le furent antérieurement les populations immigrées d’origine européenne, ces groupes portent en eux la haine de la France et des Français, entretenue par les relents mortifères de la repentance. Ils prospèrent grâce au développement d’un communautarisme non seulement islamiste mais aussi ethnique, culturel et racial. Ces minorités activistes participent à la déstructuration de la Nation et la transforment progressivement en une mosaïque de quartiers échappant à la loi et dont l’activité est généralement souterraine et opaque. Ces pratiques sont souvent encouragées ou aidées par des partis politiques pour des raisons stupidement électoralistes de court terme.
Cette façon de faire n’est pas sans rappeler la politique américaine qui consista un temps à soutenir les terroristes islamistes pour lutter contre les Soviétiques en Afghanistan. Quelques années plus tard, ce fut le 11 septembre !

Ce processus de décomposition nationale risque de conduire la France et d’autres pays européens à une forme de libanisation dont nous voyons dans ce pays les effets dévastateurs depuis plus d’un demi-siècle. Corruption, implosion, explosions, destructions, liquéfaction entraînent en effet inexorablement l’ancienne « Suisse du Proche-Orient » à la disparition et à devenir une chasse gardée tenue d’une main de fer.

Restaurer la cohésion de la Nation pour retrouver le goût de bâtir ensemble, inculquer à tous le sens de l’intérêt général et rappeler que les droits ne sont jamais que les fruits des devoirs au premier chef desquels figure celui de défendre son pays, sont des impératifs absolus faute de quoi le premier des droits, celui à la liberté, n’existera plus.

 

Des capacités militaires encore insuffisantes

Pour autant, sans épée forte, quel est le poids de la France pour imposer le silence des armes à celui qui s’en prend à ses intérêts ou à ceux qu’elle s’est engagée à protéger ? Les rapports de force constituent toujours la base des relations internationales.

Après plus de 40 ans de réduction continue de notre effort financier dans le domaine de la Défense, nos capacités militaires actuelles sont aujourd’hui trop limitées. Elles ne nous permettent de faire face qu’à des menaces de basse intensité ou à des crises ponctuelles et limitées à l’Afrique subsaharienne. Le conflit du Sahel, qui dure depuis plus de 7 ans et qui se déroule sur un terrain de 5 millions de km2 dans des conditions d’emploi très exigeantes, nécessite des moyens militaires dont nous manquons et que nous devons solliciter auprès de nos alliés (avions ravitailleurs, drones, hélicoptères lourds et avions très gros porteurs du type AN124).

Mais face à un ennemi qui agirait selon des modes d’action classiques, soutenu par une population mobilisée et avec des forces équipées de matériels conventionnels, modernes et nombreux comme la plupart des pays bordant la Méditerranée, nous ne disposerions pas des capacités suffisantes, tant en unités de combat qu’en moyens logistiques, pour mener une guerre de haute intensité de quelques mois. Le nombre de nos matériels majeurs en ligne (aéronefs, blindés, bâtiments de la Marine) comme nos stocks de munitions sont calculés au plus juste, nos unités de réserve squelettiques sont insuffisamment entraînées ; de plus notre service de Santé ne peut probablement pas faire face en cas de pertes sévères tant il a eu ses moyens amputés. L’épidémie de la Covid-19 l’a révélé aux Français.
Bref, grâce à la bonne qualité de nos forces et à leur expérience, nous pouvons répondre à des crises mais nous ne sommes pas prêts pour la guerre. Il faut rattraper au plus vite notre retard et le pays, malgré la Covid, doit le savoir.

En 1990, après la chute de l’Union soviétique, un Premier ministre d’alors a déclaré que l’on pouvait tirer les dividendes de la paix. Nous sommes aujourd’hui désarmés face aux menaces à venir comme nous l’étions en 1938, 20 ans après la victoire sur les Empires centraux. Les leçons de l’Histoire ne doivent pas être oubliées !

La RÉDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr