Missions et enjeux de la 7e brigade blindée de l’armée de Terre. On en parle avec le général Pierre-Yves Rondeau

Missions et enjeux de la 7e brigade blindée de l’armée de Terre. On en parle avec le général Pierre-Yves Rondeau

Général Rondeau ©Alexane Alfaro

par macommune.info – Publié le 01/12/2020

https://www.macommune.info/7e-brigade-blindee-de-larmee-de-terre/

Envoyés en mission pour 3 à 6 mois à travers le monde (Mali, Côte d’Ivoire, Liban…), les militaires de la 7e brigade blindée, subordonnée à la 1re division dont l’État-major est à Besançon, rentreront en France début 2021 en permission avant de reprendre une année d’entraînement. Le général de brigade Pierre-Yves Rondeau nous parle des missions de ces militaires et des prochains enjeux.

Le général Pierre-Yves Rondeau, commandant la 7e BB depuis le 31 juillet 2019, est à la tête de l’une des brigades interarmes les plus puissantes et modernes de l’armée de Terre. La brigade des Centaures, ainsi nommée en raison de son histoire, compte environ 9.000 militaires, dont 7.600 militaires d’active, et 1.360 militaires de réserve.

La première année de commandement du général de brigade était destinée dans un premier à la préparation opérationnelle des centaures. De septembre 2019 à janvier 2020, dans les camps de Champagne dans le cadre d’une préparation opérationnelle interarmes, bon nombre de compagnies, escadrons et batteries ont été évalués et contrôlés pour valider leur aptitude opérationnelle à l’engagement.

Le début d’année 2020 était consacré à un déploiement sur la mission Sentinelle en province. Depuis le printemps 2020, les unités sont préparées à être déployées sur les théâtres d’opérations majeurs sur lesquels elles se trouvent actuellement.

“Naturellement, la période a été perturbée par la pandémie et la crise sanitaire, crise à laquelle la brigade a fait face puisque notre stationnement géographique correspond aussi à l’expansion initiale de la pandémie dans le quart nord-est de la France”, précise le général Pierre-Yves Rondeau.

L’armée de Terre et l’armée Belge

La 7e brigade blindée est binomée et parrainée avec la brigade motorisée de l’armée belge. Dans le cadre du partenariat “Capacité motorisée”. “L’armée belge a en effet décidé de s’équiper des mêmes véhicules (Scorpion) et des mêmes systèmes d’information (Scorpion) que l’armée française, il existe un lien privilégié entre la 7e brigade blindée et la brigade motorisée belge”, explique le général. Cela a consisté en un exercice en 2019 au cours duquel une compagnie d’infanterie de Colmar s’est déployée en Belgique, ça consiste à des échanges d’unités entre la France et la Belgique.

Sur les théâtres majeurs

En sa qualité de brigade dite “de décision”, la 7e brigade blindée (BB) agit en milieu interarmées et multinational, elle est apte aux engagements massifs et prolongés de haute intensité et elle est adaptée aux actions de coercition et de maîtrise de la violence.

Entièrement tournée vers l’engagement opérationnel, la 7e BB a été projetée sur tous les théâtres majeurs au cours des 20 dernières années (Afghanistan, Liban, Kosovo, Tchad, République de Côte d’Ivoire, Mali, etc.)

Dans le cadre du cycle de projection de la brigade, près de la moitié des centaures est à ce jour déployée sur les principaux théâtres d’opérations (FFCI, BSS, Liban, RCA…) ainsi que sur l’opération Sentinelle.

Infos +

 Créée en 1955, la 7e division mécanique rapide (DMR) est une grande unité fortement mécanisée. En juin 1961, elle devient la 7E division légère blindée (DLB) comprenant les 6e, 7e et 8e brigades. En 1976, avec 800 engins blindés, elle est la grande unité la plus puissante de l’armée française. En 1977, la 7e division blindée (DB) – 65e division militaire territoriale est créée dans le cadre de la restructuration de l’armée de Terre. Le 1er août 1999, dans le cadre de la “refondation” et de la professionnalisation de l’armée de Terre, la 7e brigade (7e BB) succède à la 7e DB.

La 7e brigade blindée est constituée de trois régiments d’infanterie équipés de VBCI (véhicule blindé de combat de l’infanterie), de deux régiments de chars Leclerc, d’un régiment d’artillerie équipé de canons CAESAR et d’un régiment de génie blindé spécialisé dans l’action en zone urbaine. Forte de 9.000 hommes et femmes, la 7e brigade blindée regroupe 7 régiments, une unité spécialisée et un centre de formation initiale :

  • Le 35e régiment d’infanterie (Belfort),
  • Le 152e régiment d’infanterie (Colmar),
  • Le 1er régiment de tirailleurs (Epinal),
  • Le 1er régiment de chasseurs (Verdun),
  • Le 5e régiment de dragons (Mailly-le-Camp),
  • Le 68e régiment d’artillerie d’Afrique (La Valbonne),
  • Le 3e régiment du génie (Charleville-Mézières),
  • La 7e compagnie de commandement et de transmissions (Besançon),
  • Le centre de formation initiale des militaires (CFIM) 7e BB – 3e RCA (Valdahon)

Vers la fin de l’opération Barkhane

Vers la fin de l’opération Barkhane

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 14 novembre 2020

https://lavoiedelepee.blogspot.com/

 

Depuis 2014, la mission de l’opération Barkhane est de maintenir l’activité des organisations politiques armées baptisées maladroitement « groupes armés terroristes (GAT) » au niveau le plus bas possible au Sahel occidental. Par le biais de raids aéroterrestres et de frappes aériennes, il doit s’agir au mieux de détruire ces groupes, au pire de les contenir assez pour permette aux forces de sécurité locales d’assurer elles-mêmes cette mission au terme de leur renforcement.

On assiste donc depuis le début à une course de vitesse entre d’une part l’érosion mécanique du soutien que subit toute intervention militaire, en France ou localement en fonction de ses coûts et de ses effets, et d’autre part la montée en puissance des forces de sécurité locales, elle-même structurellement liée au renforcement de l’autorité et de la légitimité des États. Le problème est qu’avec les faibles moyens déployés dès le début dans l’opération Barkhane, en concurrence avec ceux des autres opérations engagées au même moment, en particulier Sentinelle, et les problèmes structurels des États locaux, cette course était perdue d’avance.

Barkhane a bien cumulé les succès tactiques au cours des années, mais ceux-ci sont restés insuffisants en nombre pour, au niveau opérationnel, empêcher les organisations ennemies de se renforcer, s’étendre et se diversifier. Dans le même temps, la « relève » tardait singulièrement à venir. La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a des moyens considérables et est mieux organisée que le dispositif français en intégrant sous une seule autorité tous les instruments civils et militaires, mais si elle peut se défendre se révèle incapable de mener des opérations offensives. Quant aux forces locales, et en premier lieu les Forces armées maliennes (FAMa), malgré la mission de formation de l’European Union Training Mission (EUTM-Mali), elles n’ont guère progressé, car personne n’a touché vraiment à la corruption de leur infrastructure. La Force commune du G5-Sahel, créée officiellement en 2017, afin de coordonner l’action des armées locales autour des frontières avec un état-major commun et des bataillons dédiés, souffre depuis l’origine du manque de moyens et d’une cohésion incertaine de la coalition politique. Ses capacités de manœuvre sont encore limitées.

Insuffisance d’un côté, inertie de l’autre et quelques raisons fortes de prendre les armes enfin, tout était réuni pour que la situation se dégrade à partir de 2015 une fois terminés les effets de l’opération Serval. Cette dégradation elle-même a bien sûr contribué encore à ralentir le processus en s’attaquant prioritairement à des forces de sécurité locales, par ailleurs souvent coupées de la population par leurs exactions. À la fin de 2019, on pouvait même considérer que les forces armées maliennes et burkinabés, dans une moindre mesure nigériennes, régressaient et se trouvaient même au bord de l’effondrement. Dans le même temps, les deux organisations principales de la région, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) associant les groupes djihadistes présents sur le sol malien et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dont l’action s’étend dans la zone des « trois frontières » entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, s’offraient même le luxe de s’affronter, indice qu’elles ne se sentaient pas forcément aux abois.

Comme souvent, c’est dans la crise que l’on trouve les ressources nécessaires pour surmonter des blocages. Les principales innovations militaires sont venues du champ organique plutôt qu’opérationnel. Il n’est pas possible à court terme d’élever les capacités des forces locales sans en passer par des formes d’hybridation avec les forces alliées allant bien au-delà de la fourniture de formations techniques. L’accompagnement des unités locales par des équipes de conseillers français, ou désormais issus des forces spéciales européennes dans le cadre de la Task Force Takuba, va dans le bon sens. C’est une hybridation limitée, mais l’expérience montre que les unités accompagnées respectent la population et combattent mieux. C’est déjà beaucoup.

Après le sommet de Pau en janvier 2020, il a également été décidé de renforcer l’opération Barkhane. Avec ces nouveaux moyens, 600 soldats de plus et l’emploi des drones armés en particulier, la pression exercée sur l’ennemi a rapidement été beaucoup plus forte qu’auparavant. Les pertes françaises ont aussi logiquement été plus élevées, mais pour un soldat français qui tombe il y a désormais 100 combattants ennemis. Ces pertes ennemies sont actuellement deux fois supérieures à celles de l’année précédente. Elles pénalisent surtout EIGS qui est particulièrement visée, mais en juin dernier, Abdelmalek Droukdel, émir d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, organisations membre du GSIM, a été tué, ainsi que très récemment Bag ag Moussa, chef des opérations de la coalition. Le 30 octobre dernier dans la région de Boulikessi, zone frontalière entre le Mali et le Burkina Faso, les frappes des drones armés et des Mirage 2000, suivies d’un raid des Forces spéciales, ont cette fois détruit une colonne ennemie de soixante combattants qui s’apprêtait à attaquer une garnison malienne. Ce sont sans doute les plus fortes pertes djihadistes en une seule journée depuis le début de l’opération Barkhane. Les combattants appartenaient à la petite organisation Ansarul Islam, qui se trouve ainsi comme EIGS à plus grande échelle, largement neutralisée. On a retrouvé ainsi sensiblement l’efficacité militaire de l’opération Serval.

Jamais sous la Ve République, une opération militaire française n’a été active plus de neuf ans après le premier soldat français tué et nous en sommes déjà à sept ans au Sahel. Cinquante soldats y sont déjà tombés, ce qui classe cette opération parmi les plus couteuses en vies humaines et en associant dépenses militaires et aide civile on dépasse le milliard d’euros par an, ce qui est pour le coup le record de tous les engagements français depuis 1962. Dans ces conditions, Barkhane n’a qu’un crédit de quelques années au maximum.

Dans le même temps, un dialogue est engagé par les nouvelles autorités maliennes avec l’émir du GSIM, Iyad Ag-Ghali, qui est avant tout un homme politique local, ou encore avec la Katiba Macina, membre du GSIM, dont les griefs sous-tendant l’insurrection peuvent être entendus. C’est une bonne chose. Dialogue ne veut pas dire pour autant tout de suite la paix, ni même l’arrêt des combats, mais il y a intérêt pour la France de favoriser tout ce qui peut contribuer à la réduction de l’instabilité locale. C’est d’ailleurs l’objectif de Barkhane et non simplement le fait de tuer des ennemis, ce qui n’est qu’un moyen. La guerre est un acte politique qui sert à faire de la politique, autrement dit à imposer sa volonté à l’autre par la destruction, rare, et surtout par la négociation. Pour autant, ne nous leurrons pas, l’instabilité restera chronique dans la région tant les États sont faibles et les défis à relever importants.

Les succès militaires français actuels sont l’occasion de changer de posture dans de bonnes conditions avant qu’il ne soit trop tard. Le moins que l’on puisse faire dans le nouveau contexte qui peut se dessiner est de défendre nos intérêts sécuritaires et diplomatiques au moindre coût dans la durée. Le temps est sans doute venu de lancer une nouvelle opération militaire avec un nouveau nom, plus légère, discrète et hybride, en retirant le contingent au Mali, l’élément le plus visible et le plus couteux du dispositif. Si cela peut faciliter par ailleurs les négociations locales, tant mieux, mais cela ne doit en aucun cas en constituer un préalable ou une conséquence. Si cela facilite l’indispensable coopération avec l’Algérie, tant mieux aussi, mais le départ doit se faire en vainqueur et il n’est pas certain qu’il y ait beaucoup d’autre opportunité de le faire.

Après il sera possible de continuer le combat contre les organisations qui menacent directement la France, EIGS et AQMI, avec notre force de raids et de frappes, forces spéciales et aériennes. Il sera toujours possible aussi de « refaire Serval » en cas de dégradation importante de la situation grâce aux forces prépositionnées ou en alerte. Il sera possible de combattre sur place au sein des forces locales, selon des modalités à imaginer. Gageons que le résultat sera sensiblement le même pour notre sécurité, pour beaucoup moins cher et plus longtemps.

Le rapport Barkhane est-il écrit à l’avance ?

Le rapport Barkhane est-il écrit à l’avance ?


Par Jean-Marc Tanguy – Le mamouth -publié le 7 novembre 2020

https://lemamouth.blogspot.com/2020/11/le-rapport-barkhane-est-il-ecrit-lavance.html#more

 

Il faut “rester autrement” (…) “dans un format moins lourd” et “poursuivre des actions ponctuelles avec Sabre”. La déclaration ne vient pas d’une des colombes de l’assemblée, ou d’un ancien commando des forces spéciales, mais de… Thomas Gassilloud, député, un des piliers du groupe Agir, ancien rapporteur du budget de l’armée de terre et ancien réserviste (1). 

Ancien LREM, il peut désormais, dans son groupe Agir (qui reste dans la majorité présidentielle), affirmer certaines spécificités de vues. Jusqu’alors, les réserves sur Barkhane (et non l’engagement des soldats, les opposants font bien à chaque fois la distinction) étaient plutôt à droite, ou à LFI. Mais Gassilloud paie comptant son autonomie : Agir se retrouve marginalisé dans le choix des rapports de la commission de la défense (Jean-Charles Larsonneur n’a reçu, par exemple, qu’une chaise dans le rapport sur les personnels civils), et ne sera donc pas, par exemple, dans le futur rapport Barkhane, à rendre début 2021. 
Un gros morceau, confié à une bosseuse (LREM), Sereine Mauborgne, qui a succédé à Gassilloud sur le rapport forces terrestres. Et d’autant plus facilement qu’elle était en double commande depuis 2017. Une députée, infirmière de formation, qui s’est taillée une réputation de franc-parler et d’expertise, parfois pointue sur certains sujets (MCO, aéromobilité), n’hésitant pas, dans son dernier rapport, à écorner quelques images d’Epinal et enseignes. 
Peut-être de quoi justifier l’auto-inscription de la présidente de la commission de la défense, pour veiller à un travail qui ne s’éloigne pas trop des chemins balisés par l’exécutif. Elle est certes déjà allée sur place, néanmoins, plusieurs députés, sans détours, lui prêtent l’intention claire d’éteindre dans l’oeuf toute velléité de sortir de la vision gouvernementale de Barkhane. 
Une troisième femme avait été désignée avec Mauborgne : Nathalie Serre vient d’être élue députée, et se retrouve donc déjà, sans expérience préalable, bombardée à la tête d’un rapport qui nécessite pourtant l’auto-mobilisation de la présidence “vue l’épaisseur du sujet” (il n’y a rien de sexiste à l’écrire, j’aurais écrit pareil pour un homme). Là où de fins observateurs attendaient plutôt Jean-Louis Thiériot, un des hommes qui monte chez les LR, sur la défense.
Le choix d’une novice est donc plus qu’inhabituel à l’assemblée, où une logique forme de cursus honorum existe bel et bien. Drôle de choix, chez les LR, pour permettre à une députée de faire ses preuves. Une crédibilité qu’il faudra donc, plus que jamais dans ce type d’exercice, consolider avec une ouverture des travaux parlementaires, avec, par exemple, des auditions ouvertes, mais aussi et pourquoi pas, un éclairage du travail parlementaire sur place. 
Mes infops et photos sur le twitter @defense137, infos défense et AJD sur @ajdpresse.
 
(1) Face à l’association des journalistes de défense, mercredi, il a reconnu que “la situation sur place n’est pas bonne, il faut l’assumer. La question n’est pas de rester ou de partir, mais de rester autrement (…). On a été interpellés par la libération de 200 djihadistes au Mali, est-ce qu’on partage une stratégie cohérente avec les Maliens. Le CEMAT dit que l’armée de terre peut tout faire mais, elle ne ne peut pas tout faire à la fois. L’investissement lourd sur Barkhane fait que nos armées s’entraînent de plus en plus à la guerre asymétrique dans le désert avec la supériorité aérienne, mais ne couvre pas l’ensemble du spectre auquel on peut être confronté. On devrait réfléchir à un format moins lourd, plus souple, ne priorisant l’aide que vers les pays qui améliorent leur gouvernance. Dans l’approche de Pau. Il faut aussi continuer des actions ponctuelles avec Sabre qui fait ses preuves et l’a encore fait récemment. Je ne suis pas chef militaire, je peux difficilement me prononcer sur le niveau (…) mais se pose déjà la question du maintien de ce surge-la, et au-delà des moyens, la question est bien celle de notre stratégie globale”.

164 M€ redéployés pour financer les surcoûts OPEX

164 M€ redéployés pour financer les surcoûts OPEX


Les surcoûts de l'opération Barkhane ont déjà dépassé les 900 M€ pour l'année 2020 (Crédits: EMA)

Les surcoûts de l’opération Barkhane ont déjà dépassé les 900 M€ pour l’année 2020 (Crédits: EMA)


Le gouvernement a dévoilé hier un 4e projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2020. Celui-ci prévoit notamment le redéploiement de 164 M€ de crédits au sein de la mission défense pour financer les surcoûts des OPEX et MISSINT non provisionnés cette année.

 

Le texte doit encore être débattu mais donne une première appréciation du dépassement de la provision consacrée aux surcoûts des opérations, portée à 1,21 Md€ en 2020 (titre 2 compris). Selon le 4e PLFR, cette rallonge provient pour majorité de l’annulation de 124,3 M€ de crédits portant sur la réserve du programme 146 (Équipement des forces). Viennent s’y additionner 28,3 M€ du programme 144 (Environnement et prospective de la politique de défense) et 11,5 M€ du programme 212 (Soutien de la politique de défense).

Moins substantiel que l’an dernier (214 M€), ce redéploiement sera-t-il suffisant ? Entre la montée en puissance de Barkhane et les « imprévus » comme Résilience, le CEMA évoquait dès le mois de juillet une année d’engagement opérationnel « plus intense que jamais ». À elle seule, l’opération Barkhane a d’ores et déjà coûté 911 M€. La facture de l’opération Amitié menée au Liban s’élève quant à elle à 8 M€. Restent donc environ 450 M€ pour financer tout le reste, dont une opération Sentinelle récemment portée à 7000 personnels et dont les surcoûts annuels oscillent entre 150 et 200 M€.

Questionnée le mois dernier par les parlementaires, la ministre des Armées Florence Parly invitait alors à faire preuve de patience, « car l’année 2020 n’est pas encore terminée ». « Nous devons tenir compte à la fois de facteurs majorants – la hausse des effectifs dédiés à l’opération Barkhane, par exemple – et minorants – la moindre utilisation de munitions dans le cadre de l’opération Chammal, les avions basés en Jordanie effectuant désormais essentiellement des opérations de reconnaissance et de surveillance. La somme de ces effets nous donnera le montant définitif des surcoûts OPEX », indiquait-elle. Éléments de réponse le 10 novembre, « lorsque nous examinerons ensemble le projet de loi de finances rectificative ».

L’opération Barkhane bientôt amputée de 50% de ses Chinook ?

L’opération Barkhane bientôt amputée de 50% de ses Chinook ?


Transport de troupes, de matériels et... de VBL pour les trois Chinook britanniques présents au Mali en appui de Barkhane (Crédits: RAF/Ministère de la Défense)

Transport de troupes, de matériels et… de VBL pour les trois Chinook britanniques présents au Mali en appui de Barkhane (Crédits: RAF/Ministère de la Défense)


Selon un récent rapport parlementaire, les trois Chinook de la Royal Air Force déployés au Mali en soutien de Barkhane seront réaffectés pour moitié à la MINUSMA. Ces hélicoptères de transport lourd devraient en effet appuyer le détachement britannique qui intégrera la mission onusienne le mois prochain.

Inutile de revenir sur les précieux services rendus au quotidien par les Chinook opérant de Gao depuis juillet 2018. Capables de transporter une section entière ou d’avitailler jusqu’à cinq Tigre, ces hélicoptères de transport lourd « seront prolongés jusqu’à l’été 2021 », confirmait le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Lavigne.

C’est en réalité une demi-bonne nouvelle pour les militaires français, car « les Chinook seraient désormais partagés à 50% entre la MINUSMA et Barkhane », relève le député LR Charles de La Verpilière dans un rapport consacré aux accords de Lancaster House. Le mois prochain, le Royaume-Uni déploiera 250 personnels des régiments « Light Dragoons » et « Royal Anglian ». Ils armeront un « Long-Range Reconnaissance Task Group » qui conduira ses missions de essentiellement à partir de véhicules légers Jackal, un modèle pouvant être transporté sous élingue par un Chinook.

L’usage d’hélicoptères de transport lourd dans ce cadre onusien n’est pas nouveau, les Canadiens y avaient déjà envoyé trois exemplaires entre juillet 2018 et août 2019. L’impact de ce rééquilibrage serait d’autant plus significatif pour Barkhane que le détachement héliporté danois s’apprête à quitter le théâtre sahélien. Comme annoncé, les deux hélicoptères EH101 fournis par le Danemark seront désengagés à la fin du mois de décembre 2020.

Dès de la fin du mois et pour une durée de deux ans, le Danemark prendra les rênes de la mission OTAN d’entraînement des forces de sécurité irakiennes (NMI). Un effort supplémentaire qui se traduira notamment par la projection de trois hélicoptères EH101 en mai 2021. En l’espace de quelques semaines, Barkhane perdrait donc plus des trois quarts d’un segment HTL impossible à remplacer avec les moyens patrimoniaux des Armées. Et ce, sans qu’aucune solution de substitution n’ait été annoncée jusqu’à présent.