Faut-il rétablir le service national ? (Dossier n°26 du G2S : “Vers un retour du combat de haute intensité”)

Faut-il rétablir le service national ? (Dossier n°26 du G2S : “Vers un retour du combat de haute intensité”)

Doit-on rétablir le service militaire pour faire face aux menaces qui montent ? Pour le GCA (2S) Alain BOUQUIN la réponse est clairement non, ce qui n’exclut pas de nous doter d’une organisation solide pour appuyer et relever le combattant de première ligne et pour compenser les pertes.

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Historiquement, la conscription a été conçue et mise en œuvre pour répondre aux défis posés par une menace existentielle : la « Patrie était en danger », il convenait d’opérer « une levée en masse » pour fournir les effectifs militaires nécessaires aux forces de « la Nation en armes ».

Mobilisation, gros corps de bataille, espaces d’entraînement, réserves, service militaire, puis national… sont devenus au fil des réformes les rouages majeurs d’une organisation visant à doter le pays d’une armée « de gros bataillons » apte à s’opposer à l’invasion du territoire national par un ennemi nombreux et puissant. La conscription était, dans la conscience collective nationale, la réponse incontournable du pays face à la menace d’un conflit majeur.

Mais avec le temps, la conscription est progressivement devenue également un outil éducatif : le lieu de l’apprentissage de l’esprit de défense. Elle a ainsi revêtu une double vocation, militaire et citoyenne : elle était l’endroit où on apprenait à se battre pour son pays, mais aussi celui où on découvrait, et on comprenait, pourquoi ce pays méritait qu’on se batte pour lui…

Si on réfléchit à doter à nouveau la France des capacités lui permettant de faire face à un conflit majeur de haute intensité, la question se pose donc presque naturellement : doit-on rétablir le service national sous une forme militaire ?

Il semble cependant que les conditions de son utilité aient changé. Et que la double vocation évoquée plus haut ait perdu une partie de son sens…

Aura-t-on besoin d’effectifs ?

Oui, mais pas autant que ce que l’on pense. Les armées contemporaines sont des outils de haute technologie ; les équipements modernes sont devenus très onéreux et leur nombre diminue au fur et à mesure que leur prix augmente. Elles sont ainsi devenues petites par la force des choses, du fait du poids des budgets qu’elles exigent : dans l’armée de terre, ce ne sont pas aujourd’hui les hommes qui font défaut mais les équipements dont il faudrait les doter ![1]

Même si on retrouve de la masse ― et cela est hautement souhaitable, ainsi que le rappellent les chefs militaires, car nos armées sont objectivement sous-dimensionnées ― même si on double ou on triple les dotations matérielles, on restera sur un format réduit. Il serait d’ailleurs intéressant d’identifier s’il existe un effet de seuil et une taille minimale pour la haute intensité… ce qui est un autre sujet.

Ces forces réduites n’ont donc plus vraiment besoin d’effectifs pléthoriques : à quoi servent les 800 000 jeunes d’une classe d’âge quand on n’a que 200 chars LECLERC à armer ? On serait très loin de pouvoir donner des emplois de combattants à toute la ressource humaine que permet la conscription. C’est ainsi : la taille des armées est désormais déterminée par la quantité des moyens dont on peut les doter. On ne doit donc pas se leurrer en parlant de masse : on ne retrouvera jamais celle qui fut la nôtre lors des grandes guerres du XXe siècle car son coût est devenu inaccessible, sauf à accepter un déclassement technologique dangereux…

La question des pertes et de leur remplacement doit en revanche être posée pour la haute intensité. C’est en fait la question de la durée et de l’aptitude à entretenir un effort de guerre de longue haleine. Il faudra probablement évaluer la ressource qui serait nécessaire pour reconstituer des forces ayant subi une forte attrition.  En rappelant que le volume total de la force opérationnelle terrestre est aujourd’hui de moins de 80 000 militaires… Les effectifs supplémentaires pourraient également servir à couvrir les missions de défense du territoire.

On peut imaginer diverses pistes : engagés, réservistes opérationnels, volontaires…

La priorité semble être d’accroître les effectifs d’engagés, pour atteindre un ratio raisonnable (de l’ordre de 1,2 à 1,3 à estimer finement) entre ressource humaine disponible et postes à honorer.

Il faut certainement aussi travailler sur une augmentation de la réserve et sur une adaptation des conditions de son emploi opérationnel. Car elle aura sans aucun doute, plus encore qu’aujourd’hui, sa place pour assurer le fonctionnement des bases arrière, reprendre à son compte des missions sur le territoire national, en lieu et place des soldats d’active, mais aussi sans doute pour recompléter les unités engagées qui subiront une forte attrition. La formation de nos réservistes, leurs équipements et leur concept d’emploi doivent donc être revus avec ces perspectives d’emploi.

L’organisation, les missions et le fonctionnement de la garde nationale des États-Unis pourraient servir de base de réflexion pour une telle réforme…

La composante réserve de type RO2[2] (réserve opérationnelle de deuxième niveau) sera la plus à même de combler les pertes subies dans les unités, en raison de la formation récente des personnels concernés. Il faudra cependant les remettre à niveau dans des centres d’entrainement dédiés à concevoir et à organiser en amont.

La réutilisation d’équipements récemment retirés du service peut être également une piste à explorer pour mieux équiper notre réserve, en lui donnant des moyens qu’elle n’a pas aujourd’hui pour remplir des missions sur le territoire national.

L’appel de volontaires est une troisième piste. Mais pour être opératoire, cette piste doit avoir été mise en forme et organisée au préalable. Le temps n’est sans doute plus où il suffisait d’accueillir dans nos casernes des étrangers qui voulaient servir la France attaquée en tant que « engagés pour la durée de la guerre » et qui n’avaient aucune formation militaire.

Et enfin il faut, dans les trois cas, se poser la question de la montée en puissance de cette ressource surnuméraire : doit-elle être permanente ? Ou faut-il prévoir de l’activer en cas de crise ? En espérant que le temps requis pour atteindre son aptitude opérationnelle n’excèdera pas celui de la dégradation de la situation internationale…

Aura-t-on besoin de rusticité, de résilience, d’esprit de défense ?

Ces dispositions collectives resteront indispensables pour que les forces armées conservent leur efficacité dans un contexte de conflit majeur. Or, plus que jamais, les jeunes Français ont besoin de repères et de convictions. Dans un monde qui cultive l’individualisme, le confort, la liberté… il sera vital qu’ils retrouvent les vertus qui ont été celles de leurs aïeux, grognards, poilus ou tirailleurs, si on veut faire d’eux des guerriers aptes à la haute intensité, aptes aux plus grandes épreuves collectives.

Dans des conditions extrêmes, lorsque le sang coulera, lorsque des moyens mécaniques puissants satureront le champ de bataille, lorsque la peur sera revenue, il faudra des hommes et des femmes éduqués à l’esprit guerrier. La résilience reprendra sa plus simple signification : rester capables de remplir sa mission quand tout va mal ! Et seuls ceux et celles qui auront des vertus de défense profondément ancrées en eux seront en mesure de pratiquer cette résilience élémentaire. Seuls ceux et celles qui savent pourquoi on combat, et pourquoi on meurt, resteront fermes dans l’enfer que constitue un combat de haute intensité poussé à son paroxysme.

Ces vertus sont connues : courage, esprit de sacrifice, sens du service, don de soi, endurance, rusticité… Elles ne sont pas innées ; il faut les susciter, les motiver, les inculquer, les entretenir. Et c’est précisément le rôle que le service national peut jouer au profit de la jeunesse. C’est dans cette perspective que le rétablissement, sous une forme à définir, d’un service national doit être envisagé.

Le Service national universel (SNU) voulu par le Président peut-il remplir ce rôle ? Cela dépendra de la forme, du contenu, de la durée qu’on lui donnera… Il ne pourra disposer les jeunes Français à combattre dans les environnements les plus violents et les situations les plus désespérées que s’il les prépare à affronter une certaine brutalité, à endurer l’insoutenable, à rester digne dans la tempête. Il doit donc comporter une dose de mise en condition permettant de forger les caractères et de durcir les corps… Il n’est pas certain que le SNU prenne cette direction… Alors qu’il est rassurant de constater qu’il ne manque pas grand-chose aux jeunes Français pour se réapproprier les vertus guerrières de leurs pères !

Une autre question est celle du « déficit générationnel » : le service national est suspendu depuis 1997. Une génération complète de Français (et de Françaises !) a « échappé » à cette contrainte et en a perdu les bénéfices. Combien faudrait-il de temps entre un éventuel rétablissement et de réels effets sur la volonté collective de ne pas subir en cas de situation exceptionnelle ou de conflit majeur ?

* * *

La question du rétablissement d’un service national, sous une forme éventuellement militaire, doit donc être examinée avec soin dans le cadre des travaux sur la haute intensité. C’est en fait la question de sa vocation profonde qui doit être posée : outil de génération de masse militaire et/ou outil d’éducation à l’esprit de défense résilient ?

Ce double besoin appelle peut-être une double réponse.

Sur la question des effectifs, il est évident que le combat de haute intensité est une activité consommatrice de ressources de toutes natures. Des recomplètements en hommes seront donc indispensables pour durer. Mais la conscription est probablement une réponse trop riche pour le besoin. Surnombre d’engagés, adaptation de la réserve et dispositif pour les volontaires sont des réponses mieux adaptées et en tout état de cause suffisantes.

Sur le sujet de la capacité morale du soldat, et plus globalement du niveau de préparation de nos concitoyens à un conflit majeur (« dans les cœurs et dans les esprits »), c’est de toute évidence une action pédagogique en profondeur qui est attendue. Le SNU a vocation à jouer une large part à cette action. Il est important de s’assurer que ses conditions de mise en œuvre (durée, cadre matériel, matières enseignées, rusticité, mise à l’épreuve…) correspondent bien à un objectif de résilience bâtie sur la volonté et l’endurance insufflées…

Dans ces deux directions, le facteur temps sera déterminant : le sursaut attendu pour redevenir capable de faire face aux grandes épreuves qui peuvent menacer l’existence de la Nation est une urgence, mais les dispositions à prendre n’auront pas d’effets immédiats…


NOTES :

[1] C’était déjà le cas dans les années 90, avant la professionnalisation : les besoins en appelés étaient très inférieurs aux ressources fournies par la partie masculine d’une classe d’âge.

[2] La réserve opérationnelle est composée d’une réserve opérationnelle de premier niveau (RO1), regroupant les citoyens français volontaires, issus de la société civile, avec ou sans expérience militaire et d’une réserve opérationnelle de deuxième niveau (RO2) constituée de tous les ex-militaires d’active soumis à une obligation de disponibilité durant les 5 ans suivant leur départ des forces armées

Rapport sur la pertinence du rétablissement d’un service militaire de conscription

Rapport sur la pertinence du rétablissement d’un service militaire de conscription


Nous publions ici un document que nous a soumis l’Alliance Démocratique Peuplarchique (A.D.P.), un comité de citoyens qui s’est formé à la suite du mouvement de révolte des « gilets jaunes ». Ce comité produit une série de réflexions sur les moyens qui permettraient à la population de renouer avec des institutions réellement citoyennes dans le cadre d’une souveraineté politique retrouvée. Il s’agit ici d’un document qui traite de « la pertinence du rétablissement d’un service militaire de conscription » et qui a été produit par la commission « Défense et sécurité » de l’ADP. Ce texte fait suite au texte récemment publié sur Strategika issu du Centre de Réflexion Interarmées, texte qui nous a été proposé et présenté par le Général Dominique Delawarde. Il s’agit ici d’une réflexion plus « populaire » et civique sur les moyens de réconcilier la mission des forces armées avec le corps national. Une entente mise à mal par la crise des gilets jaunes durant laquelle les forces de l’ordre furent perçues par la population comme des forces de répression du peuple et de protection d’une oligarchie corrompue.

Ces deux textes nourrissent la réflexion globale que Strategika entend mener sur les questions politiques et militaires à l’aune d’une convergence des forces vives de la France face à l’émergence du globalisme politique comme acteur géostratégique majeur qui cherche à dissoudre les États-nations afin de soumettre les populations à son mode de gouvernance post-étatique planétaire.

Ces deux réflexions lues ensemble illustrent selon nous une possible stratégie politique face à la déréliction du système politique français que la gestion chaotique de la crise du covid-19 est encore venue illustrer. A savoir la coopération entre des personnes issues de ce peuple qui s’est soulevé durant l’insurrection des gilets jaunes avec des représentants de ce que nous appelons l’« État stable ». Officiers généraux, diplomates, hauts fonctionnaires, universitaires, chercheurs etc qui assurent, chacun dans leur domaine, la continuité de la forme stato-nationale française face aux assauts constants et croissants d’un « État profond » parasitaire acquis à des intérêts exogènes à ceux du peuple et de l’État français depuis plusieurs décennies.

Pierre-Antoine Plaquevent – directeur de publication de Strategika

Alliance Démocratique Peuplarchique (A.D.P.)

Commission : Défense et sécurité           

Objet : Rapport sur la pertinence du rétablissement d’un service militaire de Conscription

Préambule

                Dans ses propositions en matière de programme politique, l’A.D.P. défend celle du rétablissement d’un service national Citoyen, soit civil (durée de 12 mois), soit militaire (durée de 9 mois), laissant ainsi le choix aux conscrites et conscrits, en vertu du principe de responsabilité Citoyenne, responsabilité incluant « la défense de la Nation ».

                Sur quels arguments, et à partir de quels faits survenus, tant au niveau national qu’international, doit-on considérer qu’il est nécessaire, voire urgent d’en revenir au principe d’une armée de Conscription, basé sur un service militaire national optionnel, alors que depuis 1997, l’obligation d’un service militaire a été suspendu en France ?

                Pour traiter de cet important sujet, qui dans notre esprit est une condition requise, pour exercer pleinement sa citoyenneté et qui renvoie à un faisceau de considérations multiples, faisant appel non seulement à des valeurs morales, culturelles, éthiques, mais aussi à des aspects politiques, sociaux, historiques, et présentement géopolitiques, avant que d’être proprement militaires.

Rappel de la doctrine-modèle du Citoyen-soldat, dans le cadre de son contexte historique et politique :

                La doctrine-modèle du Citoyen-soldat renvoie aux principes de responsabilité Citoyenne, incluant la défense de la Nation.

                Cette doctrine se fonde sur des notions d’égalité et de devoir civique, donc des notions de nature d’abord morale, avant que d’être militaires.

                Les valeurs martiales d’abnégation, de courage, de fraternité, de patriotisme, et de vertu civique, celle de placer le bien commun au-dessus de l’intérêt personnel, y compris la sauvegarde de sa propre vie, sont ainsi intégrées à une moralité exigeante, mais partagée par l’ensemble de la Nation, laquelle est ainsi appelée à faire corps avec son armée.

                Cette doctrine a ses racines dans le patriotisme et les idéaux révolutionnaires.

                Pourtant le principe d’une armée de conscription rencontra de fortes oppositions dès le début de la révolution de 1789, les députés constituants d’alors avaient à cœur les questions des libertés individuelles, et le recours à toute forme de coercition leur semblait un déni de cette liberté promise par la révolution.

                Ce n’est qu’en 1798 qu’en France, sous la pression des nécessités extérieures, qu’un système de conscription fut mis en place.

                Avec la montée des nationalismes en Europe, puis dans le monde, et l’augmentation significative de conflits entre nations, suivi de l’embrasement de l’Europe en 1914, les armées de conscription devinrent la règle générale.

                La guerre était devenue et pensée comme un fait social et culturel total, car elle ne concernait pas seulement les militaires, les chefs d’Etat et les diplomates, mais toutes les forces de la société civile, et au-delà tous les individus, dans le cadre d’une économie nationale restructurée globalement comme économie de guerre.

                Cette internationalisation des conflits, de même que l’implication totale des sociétés des pays belligérants, bousculèrent entre autres, les rapports entre les sexes, les femmes devinrent auxiliaires des armées, chef d’entreprise, chef d’exploitation agricole … 

                Les transformations sociales s’accélérèrent, et firent naître de nouveaux rapports entre combattant et « ceux de l’arrière », confortèrent les rituels patriotiques et ultérieurement mémoriels. Chaque Peuple se devait d’être en phase avec son armée.

Cette guerre conventionnelle fût également idéologique avec une internationalisation des masses porteuses de significations patriotiques.

                Les deux guerres mondiales eurent pour effet d’impulser des avancées technologiques, dont les conséquences transformèrent profondément le paradigme de la guerre, de même que sa signification. La puissance de feu, la technicité des hommes, se substituèrent dès lors aux gros bataillons d’infanterie. A l’issue de la seconde guerre mondiale, nombre de pays, parmi les plus développés (Angleterre, Etats-Unis, …), renoncèrent au service militaire universel au profit d’une armée de métier, moins gourmande en hommes, plus sophistiquée en moyens matériels et en capacité de destruction.

                En France, la tradition du Citoyen-soldat résista plus longtemps du fait des « évènements d’Algérie », et de l’engagement des conscrits dans le conflit, suivi de leur opposition passive face au coup d’Etat militaire fomenté à Alger en 1961. Cette armée de conscription se dressa face à des unités d’engagés (légion, parachutistes, …) et de sous-officiers et officiers de carrière préfigurant l’armée de métier du futur. Cet épisode eut pour conséquence, qu’à droite comme à gauche, on soutint le principe d’une armée de conscription jusqu’à sa suspension de 1997.

                Dès les années 90, les bénéfices moraux, sociaux et politiques, à conserver le service national, furent balayés face aux arguments de nature économico-comptable, type coût/efficacité, prônant la mise en place d’une armée de métier. La première guerre du Golfe (1990-1991) fut déterminante de ce point de vue, notamment en termes de capacité opérationnelle :

  • L’armée Britannique, forte de 150.000 hommes, envoya sur place un corps expéditionnaire de 35.000 hommes, tandis que l’armée Française de conscription forte de 280.000 hommes, ne put engager que 12.500 hommes sur le théâtre d’opération.
  • Flexibilité, opérationnalité, capacité de projection, économies sur les charges fixes et variables, le concept d’une armée de métier s’est finalement imposé dans l’esprit d’une technocratie politico-militaire « otanisée ». A cette vision technocratique, se greffait le constat d’un monde unipolaire. Les politiques, comme les militaires, pensaient comme définitivement acquise l’idée d’une fin de l’histoire que parachevait la puissance désormais sans rivale des Etats-Unis.

Le temps des armées de projection au service de l’impérialisme américain :

                Ces armées projetées furent conçues dans un premier temps, en tant que force d’intervention extérieure au service d’une politique impériale, celle de la « Pax Americana », dont la doctrine suivit la chute de l’empire soviétique. Cette politique impérialiste reposait sur deux volontés antagonistes, l’une moralisatrice, cherchant à imposer au monde son « modèle de démocratie », l’autre prédatrice, s’emparant le cas échéant, des richesses pétrolières et gazières du pays envahi (ce qui fut le cas pour l’Irak qui dû subir le double service d’une démocratie douteuse et d’une prédation exorbitante).

                Une telle politique présupposait, moyennant quelques soubresauts, une paix durable sous l’aile protectrice de l’aigle américain.                                                                                    

                Cette doctrine impériale est aujourd’hui d’autant plus à reconsidérer que la situation géopolitique du monde s’est considérablement transformée en devenant politiquement comme militairement multipolaire, et économiquement comme financièrement globalisée.                                                                                                                        

Des guerres symétriques et conventionnelles aux guerres asymétriques protéiformes en termes d’engagement :

                A une guerre commencée de manière conventionnelle en 2003, en Irak, succéda très vite un conflit asymétrique dans lequel l’armée U.S. dut faire face à deux types d’adversaires, les actions terroristes islamistes d’Al Qaida, et à s’interposer dans une guerre civile d’intensité variable, entre Sunnites, Chiites et Kurdes.

                Avec le retour de la Russie sur la scène internationale, ainsi que la montée en puissance de la Chine accédant progressivement au rang de superpuissance, enfin avec la percée de puissances régionales (Iran, Turquie, Pakistan, Inde), la multipolarisation du monde devenait une nouvelle réalité géopolitique. Ceci eut pour conséquences, qu’entre guerre et paix, la différence de situation fut de moins en moins nette et de plus en plus poreuse. On put distinguer alors une grande variété de modèles de guerres, comme des opérations de maintien de la paix, de nouvelles formes fluctuantes, voire ponctuelles de coalitions internationales, des opérations de contre-insurrections (par exemple en Afrique subsaharienne), enfin des opérations anti-terroristes, partout dans le monde.

                Une typologie à triple composantes (guerre civile / guérilla / actions terroristes), est apparue, générant en pratique des périodes floues entre guerre et paix, psychologiquement et socialement destructrices, au sein des pays atteints par ces formes nouvelles de violence, quelle qu’en soit l’origine.

                Le type de triple conflit interne existe aux portes de chez nous, suite à l’éclatement de la fédération Yougoslave, et à la création de l’Etat du Kosovo, création soutenue par l’union européenne et par les Etats-Unis. Cet Etat-voyou est à ce jour impliqué dans un grand nombre d’actions criminelles et terroristes en Allemagne, en Italie, et en France.   

                L’asymétrie est devenue le mode dominant des violences tant formelles qu’informelles. La France quant à elle est aussi concernée, depuis son engagement au Liban en 1978, sur son propre sol par la menace directe d’actions terroristes, et de situations nouvelles de violences.

La fin d’un modèle de citoyenneté partagée et le nécessaire retour à la défense d’une patrie menacée :

                Cette situation géopolitique influe sur la sécurité de la France comme pour celle des autres pays d’Europe, d’autant que les actions terroristes ne sont pas les seules formes de violence formelles.

                Les frontières extérieures de l’Europe de Schengen, tant au sud qu’à l’est, sont perméables et soumises à des pressions migratoires multiples. Ces phénomènes migratoires permettent à un flux de mouvements organisés de transiter dans toute l’union européenne, prenant ainsi des formes de submersion informelles, instrumentalisées ensuite comme formes actives de subversion en vue d’actions terroristes.

                Le groupe terroriste Daesh a structuré ainsi des réseaux actifs et dormants dans toute l’Europe, recrutant des volontaires, dont la majorité provient des banlieues Françaises.

                A ces groupes terroristes, il convient d’ajouter, ce qui est à considérer comme un type nouveau de conflits internes, qui se définissent en tant qu’action criminelle organisée de violation de droits humains s’appuyant sur une économie criminalisée.                                      

A ces pressions aux frontières de l’Europe, dont les démographes nous disent qu’elles ne font que commencer, s’ajoutent les pressions communautaires, de la part de populations d’origine étrangère disposant d’assises territoriales de plus en plus importantes au sein des pays européens, et dont le contrôle échappe toujours plus à l’autorité comme aux administrations publiques.                                                                                                                                

Dans le cas de la France, selon l’expression bien connue ce sont « les territoires perdus de la république ». Ces communautés ont fourni une véritable armée à Daesh. C’est en leur sein qu’ont été recrutés les commandos qui sont passé à l’action en France et notamment à Paris.

Ces actions nouvelles ont nécessité l’intervention des forces armées, montrant par ailleurs que les forces gendarmiques, ajoutées à celles du ministère de l’intérieur, seraient à terme un rempart insuffisant contre les types nouveaux de conflits intérieurs, à portée sociétale et civilisationnelle redoutables qui s’annoncent.

L’engagement sans faille de la Nation devient face à ces circonstances un impératif, si l’on se place dans la perspective d’une politique de restauration nationale et patriotique, ainsi que d’un réarmement moral du Citoyen.           

Les « forces professionnelles », qui constituent présentement une garde nationale républicaine de défense et de sécurité intérieure incluant la gendarmerie et les forces du ministère de l’intérieur, se heurtent dans le cadre de leur mission habituelle à une double hostilité latente et bien réelle, ainsi que l’a montré la révolte des « Gilets Jaunes », non seulement de la part des publics allogènes, mais aussi de la part des classes populaires Françaises (le Peuple de France). Les uns comme les autres, ne voient que les forces de répression d’un régime, au lieu d’y voir des forces de défense et de protection des Citoyens et du Peuple.

Le problème de la sécurité intérieure est devenu plus que jamais un problème politique.

L’idée qu’il faille deux entités distinctes, l’une consacrée à la défense de la souveraineté de l’espace national contre des agresseurs : l’armée, tandis que l’autre aurait pour mission de protéger les institutions, les Citoyens, et de garantir la paix intérieure, ne tient que lorsque le Peuple reconnaît, comme découlant de sa volonté, les institutions et le pouvoir politique en place.

Dès lors que les institutions sont verrouillées par un pouvoir politique qui, pour sa survie n’espère plus que dans la violence de L’État, sans que le Peuple Citoyen ne puisse trouver aucune issue démocratique à cette situation, délégitimise un pouvoir transformant les forces de sécurité intérieures en tant que forces de répression et d’oppression.

Le concept de forces de l’intérieur, constituées de soldats-Citoyens, reprend donc tout son sens devant ces nouvelles formes de menaces visant l’intégrité, de même que l’inviolabilité du territoire national.

La conscription d’une classe d’âge, en regard du réarmement moral et patriotique nécessaire pour toute une génération, redevient dès lors une question sociale et politique de premier plan. L’objectif est ainsi d’assurer un minimum de cohésion sociale et nationale, que viendra renforcer un rite de passage et de mixage sous l’uniforme. Une garde nationale Citoyenne, relevant exclusivement du ministère des armées, dont l’encadrement serait confié à des militaires de carrière, viendrait s’ajouter aux forces déjà constituées d’une armée de métier. Cette armée de l’intérieur, dont les missions pourraient être élargies par rapport aux missions actuelles relevant de la défense civile, serait alimentée par le dynamisme autant que par les motivations implicites ou explicites des conscrits, qui rappelons-le feront le choix des armes pour défendre la communauté nationale. Ces conscrits et conscrites associeraient ainsi à leur service militaire les valeurs Citoyennes qui feraient d’eux réellement des fils et des filles au service de la Nation. Cette garde Nationale refondée, dont la popularité bien gérée et décomplexée, offrirait au Peuple Français un gage de réconciliation, de considération, et aussi d’unité, auxquelles les forces actuelles de police, comme de gendarmerie ne peuvent prétendre.

Un Peuple, pour être en phase avec son armée, doit en être le géniteur et le rester.     

On ne peut en aucune manière traiter le Peuple en tant qu’ennemi de la Nation, car 

« La Nation, c’est le Peuple ».

Comment réduire la cohésion nationale avec le SNU

Comment réduire la cohésion nationale avec le SNU

 

Par Michel Goya – La Voie de l’épée – Publié le 19 juin 2019

https://lavoiedelepee.blogspot.com/

 

Version courte et réactualisé de En avant doute ! publié ici en juin 2018  et disponible également sur lefigaro.fr

Ça y est, c’est parti, le nouveau Service national universel (SNU) est lancé. Il comprendra donc deux phases.  La première consistera, selon le jargon officiel «en une occasion de vie collective permettant à chaque jeune de créer des liens nouveaux, d’apprendre une façon neuve de vivre en commun, et de développer sa culture d’engagement pour affermir sa place et son rôle au sein de la société». En clair, il s’agit d’un internat de deux semaines vers l’âge de 16 ans, suivi quelques mois  plus tard d’un projet de groupe de deux semaines également. Dans une deuxième phase, chaque jeune sera encouragé à poursuivre volontairement une période d’engagement d’au moins trois mois, dans un service public ou un organisme d’intérêt public.

Revenons sur la première phase. La ministre des Armées (pourquoi elle au fait ?) l’a décrite l’an dernier comme «Une période, où les jeunes vivront ensemble, apprendront à se connaître, se comprendre, s’apprécier, quelles que soient leurs origines, leurs croyances ou leurs orientations. Ce sera utile pour notre jeunesse». Cela ne vous rappelle rien ?

Edmont Cottinet a créé la première colonie de vacances en 1880. Dans son esprit, ce centre collectif au grand air était destiné à l’autonomisation des enfants et surtout à l’apprentissage du vivre-ensemble (ou parlait alors de fraternité). Cette idée a très vite été reprise par différentes communautés religieuses, politiques ou même des entreprises, jusqu’à toucher des millions d’enfants dans les années 1950, puis de décliner en même temps que tous les groupes qui avaient des projets de société.

Voici donc en 2019 qu’après avoir annoncé un service national obligatoire de plusieurs mois (avec une formation militaire) pour les jeunes adultes, on a abouti à des colonies de vacances pour adolescents organisés par L’État. Pourquoi pas, mais commençons par admettre qu’il ne peut s’agir là d’un service national, ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de service rendu à la nation. Les différentes formes de services, dont le militaire, consistaient, après une formation initiale à un « retour sur investissement » de quelques mois, voire de plusieurs années dans le cadre des réserves. Que cela ait pu constituer une « occasion de vivre ensemble » et contribuer à la formation de la citoyenneté n’était qu’un effet induit de l’affaire, non son objet premier. 

Ajoutons qu’à l’agonie du service national dans les années 1990, en même temps que celle des colonies de vacances, le quart seulement d’une classe d’âge effectuait sa composante militaire. Les filles, sauf de rares volontaires, étaient exemptées et les fils des milieux aisés disposaient de nombreux biais pour y surseoir ou effectuer un service dans des conditions plus confortables. Les bienfaits du « vivre ensemble » apparaissaient alors donc plutôt comme un impôt supplémentaire imposé aux garçons de la « France d’en bas ». On notera au passage que tous les actuels promoteurs et défenseurs des vertus du SNU, hommes et femmes et le président de la République en premier lieu, auraient pu effectuer en leur temps le service national s’ils l’avaient voulu. Aucun ne l’a alors jugé digne de lui.

Le SNU n’apporte pas grand-chose à la nation dans sa phase obligatoire. La réunion « obligatoire et universelle » de mineurs à des fins d’apprentissage, que ce soit dans un collège ou en plein air, n’est pas un service, mais un projet éducatif, ce qui relève donc pleinement du ministère de l’Éducation nationale (et en aucun par exemple des militaires ou alors pourquoi pas des juges, des gardiens de prison, des préfets, des policiers, des chargés de mission de l’Élysée, etc.).

On cherche ensuite ce qui, durant ces quinze jours de vie collective, ce qui ne pourrait être appris au Lycée. On ne trouve que deux choses. La Marseillaise, le respect au drapeau et l’uniforme d’abord, non que cela soit techniquement impossible de le faire au lycée, mais on comprend bien que cela y traumatiserait une partie du corps enseignant, pas seulement lui d’ailleurs. 

Au-delà de cette innovation, qui sera toujours subtilement discutée sur les réseaux sociaux, le cœur du projet de société est de faire dormir dans un dortoir et hors de chez eux des adolescents pendant quatorze jours. On est loin de la « levée en masse » de 1793 et il faudra quand même expliquer un minimum scientifiquement, par quel processus on ressoudera la nation avec ce qui est plutôt un « coucher en masse ». Ce qui pouvait créer de la cohésion dans un régiment d’appelés, ce n’était pas le dortoir, mais les épreuves, les marches, les entraînements, le froid, bref des choses difficiles à faire ensemble pendant des mois. Il y a peu de chances que l’on mette les futures classes de jeunes à l’épreuve et c’est tant mieux. Passons rapidement sur le projet découverte de deux semaines qui suivra ce petit internat, guère différent des stages qui peuvent exister.

Si on ne voit pas très bien ce que tout cela apportera de nouveau, on voit bien en revanche ce que cela affaiblira, car tout cela sera très cher. Il est question d’un budget annuel de 1,5 milliard d’euros pour la phase obligatoire du SNU, sans compter les dépenses d’infrastructure initiales. Et cet argent sera forcément ponctionné quelque part, soit dans la poche des contribuables, soit dans les autres ministères. Comme cette dernière hypothèse est la plus probable, on peut déjà annoncer que les services publics verront leurs moyens réduits par le SNU. On peut imaginer aussi que le bilan « cohésion sociale » ne sorte pas en positif de cet arbitrage.

Le service national universel pouvait être un vrai projet ambitieux et un vrai projet de société, mais en réalité, il n’y avait sans doute que deux voies cohérentes. La première était le retour à une forme de service national élargi à l’ensemble du service public. Cela supposait de surmonter l’interdiction juridique du travail forcé pour les adultes et bien sûr de traquer les inévitables resquilleurs, condition sine qua non de la justice de ce service. L’effort était considérable, mais on peut imaginer qu’un renfort de 800 000 jeunes aurait pu être utile à des services publics en grande difficulté.

La seconde consistait à s’appuyer sur l’existant. On fera remarquer combien la définition de la troisième phase du SNU : «Un engagement de trois mois au moins, exclusivement volontaire, dans nos armées, nos forces de police, chez nos pompiers, nos gendarmes, dans des collectivités ou encore dans les associations» ressemble étrangement à celle du Service civique un peu élargie. Or, chaque contrat, rémunéré, de Service civique de 6 à 12 mois coûte moins du double de ce que coûteront les quinze jours d’internat de chaque jeune « rassemblée ». On peut concevoir que le premier investissement public serait incomparablement plus utile et rentable pour l’individu et la nation que le second. On pourrait évoquer aussi bien sûr les autres serviteurs volontaires, comme les pompiers ou les réservistes aux ministères des Armées ou de l’Intérieur, et imaginer ce que l’on pourrait y faire avec 1,5 milliard d’euros;

Au final, on ne pouvait pas s’appuyer sur l’existant, car il fallait concrétiser à tout prix un engagement de campagne et on a reculé devant l’ampleur de l’œuvre qui aurait été nécessaire pour revenir à un vrai Service national. On a donc préféré accoucher d’une très coûteuse souris qui sera très vite chassée de tous les côtés.

Dossier de presse – Service national universel – Phase de cohésion (16 au 28 juin 2019)

Dossier de presse – Service national universel – Phase de cohésion (16 au 28 juin 2019)

Édito du ministre

Le dimanche 16 juin aura lieu le lancement de la phase « pilote » du Service National Universel avec l’arrivée des 2 000 premiers volontaires appelés dans les 13 départements retenus pour cette phase.

Après plusieurs mois de travail nous sommes prêts pour que cette quinzaine inédite soit un succès !

Je ressens depuis plusieurs semaines une véritable impatience de la part des jeunes, mais aussi des encadrants, tous très enthousiastes à l’idée de vivre cette expérience unique.

Les chefs de centre et les cadres de compagnie ont été formés, respectivement à Brétigny-sur-Orge et à Saint-Cyr Coëtquidan. J’ai eu l’occasion de me rendre sur chacune des sessions de formation, pour rencontrer les encadrants, et veiller à la qualité de leur formation. J’ai pu ainsi mesurer le degré d’implication de nos équipes pendant ces journées. Je n’ai pas la moindre inquiétude concernant la mise en place du Service National Universel.

Durant ces journées de formation j’ai pu constater que tous les encadrants, qui proviennent d’horizons professionnels différents (monde militaire, éducation nationale et éducation populaire), se sentent liés par une véritable « culture SNU ».

Pour cette phase pilote, plus de 4 000 jeunes se sont portés volontaires, preuve d’un engouement et d’une adhésion totale aux principes et valeurs du SNU. Les 2 000 jeunes volontaires sélectionnés seront répartis par cohortes de 150 volontaires en moyenne dans les 14 centres que l’on retrouvera sur l’ensemble des 13 départements pilotes. Dans tous les centres, des jeunes issus des 12 autres départements se côtoieront.

Ces jeunes sont représentatifs de la diversité de notre jeunesse (lycéens en seconde générale, seconde professionnelle, en lycée agricole, en CAP, décrocheurs, 50 jeunes en situation de handicap, mais aussi jeunes urbains et jeunes ruraux). À cet égard, je tiens d’ailleurs à souligner le travail de nos équipes qui ont fait de l’impératif de mixité sociale et territoriale une réalité.

Enfin, cette phase préfiguratrice sera suivie d’un bilan et d’une évaluation pilotée par les services de l’Institut National de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) afin d’ajuster le dispositif en vue de sa généralisation en 2020. Le SNU concernera alors l’ensemble des départements et sera ouvert à 40 000 appelés.

Gabriel Attal

Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse

Lire et télécharger le dossier de presse : Dossier de presse – Service national universel – Phase de cohesion

L’attractivité des Armées minée par la croissance économique

L’attractivité des Armées minée par la croissance économique

(Crédit: I. Helies/armée de Terre)


« Engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient… ». Le phénomène n’est pas neuf, le ministère des Armées éprouve depuis longtemps des difficultés à recruter et à fidéliser ses troupes. La croissance économique tend néanmoins à l’aggraver, forçant les Armées à redoubler d’inventivité pour se mesurer au secteur privé.L’équation se répète au gré des crises et accalmies financières: lorsque l’activité économique s’améliore, l’attractivité des carrières proposées dans la fonction publique s’érode, et vice versa. La période de contraction successive à la crise de 2008 a aujourd’hui laissé la place à une reprise dont les Armées ne profitent que trop peu. « Dans un environnement macroéconomique où la situation globale de l’emploi s’est améliorée dès l’année 2018, la tension sur les départs n’en a été que plus forte », alertait la ministre des Armées Florence Parly, la semaine passée en commission des Finances de l’Assemblée nationale. Et ce n’est pas près de s’améliorer car, selon les chiffres de l’Insse, la croissance économique s’est élevée à 1,7% en 2018 et devrait se maintenir en 2019. Rémunération élevées et conditions d’engagement avantageuses promises par les acteurs privés ont tôt fait d’étouffer dans l’oeuf l’éveil d’une vocation militaire, voire d’accentuer les départs.

La disette est telle qu’en 2018, la sous-exécution du titre 2 (dépenses de personnel) aura atteint près de 214M€, réalloués au financement des OPEX et OPINT. En d’autres termes, les départs tels qu’ils étaient prévus dans la LFI se sont avérés beaucoup plus importants que lors des prévisions. « En gros, il y a eu 4000 départs de plus que la Loi de finances initiale l’avait imaginé dans le schéma d’emploi qui sous-tendait le budget », explique la ministre des Armées. Dans ces départs supplémentaires, près de la moitié correspondent aux sous-officiers, « catégorie essentielle pour le bon fonctionnement de nos forces ». « Ces sous-officiers n’ont eu aucunes difficultés à répondre aux sirènes d’un certain nombre d’employeurs parce que les employeurs sont ravis de pouvoir trouver une main d’œuvre, si je puis dire, extrêmement formée », regrette-t-elle.

Alors oui, « la machine à recruter tourne à plein régime », rappelle la ministre des Armées, permettant de limiter le déficit à 583 ETP au 1er janvier 2019. Mais la situation reste des plus précaires dans quelques fonctions très spécialisées, tels que le cyber, le renseignement, les techniciens et mécaniciens. Attirer le chaland est d’autant plus compliqué pour ces deux dernières fonctions que le ministère doit désormais s’accommoder d’une BITD français elle-même appelée à engager massivement dans les mois et années à venir afin de répondre aux exigences de la LPM et à la bonne santé du marché export. « C’est une mauvaise nouvelle pour nos Armées parce que à court, moyen et long terme, si tout cela devait se reproduire, alors cela nous poserait une question d’attractivité », résume-t-elle.

 

Force de frappe, rémunérations et plan famille

Afin d’inverser la tendance, les Armées se sont dotées d’un plan d’attaque et d’une « force de frappe », une équipe entièrement dédiée à la compréhension des phénomènes précités. Dans l’immédiat, l’une des deux priorités sera de déterminer « ce que pouvons-nous faire pour réguler les départs ? ».

L’hôtel de Brienne planche premièrement sur l’amélioration de la dimension indemnitaire et de la flexibilité contractuelle. Par exemple, les spécialités soumises à de fortes tensions profitent depuis peu de la mise en place de primes de lien au service. Leur montant est variable et tient compte de « la loi du marché ». Son ampleur dépendra donc de l’offre et de la demande d’une spécialité précise. Dans des fonctions extrêmement critiques, le ministère des Armées prévoit l’allocation d’incitant financiers pouvant aller jusqu’à 25 000€ « afin d’essayer de les retenir au sein de l’institution militaire ». Les premiers effets de cette mesure ne sont pas attendus avant le deuxième semestre de cette année. D’autres procédures d’indemnisation devraient apparaître au fur et à mesure de l’implémentation de la LPM, dans le cadre d’une nouvelle politique de rémunération qui n’a pas encore été mise en oeuvre. « On y travaille », confirme Parly.

Autre mesure attendue: le renouvellement et l’adaptation des contrats. De fait, le ministère des Armées explore des pistes afin de proposer un engagement tenant aussi compte des projets que les militaires seraient susceptibles d’envisager à la suite de leur premier contrat. À cela s’ajoutent des mécanismes censés faciliter l’entrée dans la carrière pour un certain nombre de militaires contractuels, de même que la réforme du dispositif de retraite, source d’incertitude pour les militaires.

Selon Parly, la réponse résidera également dans les mesures promises par le plan famille, lancé en octobre 2017. Volet humain de la LPM 2019-2025, ce plan a vécu en 2018 une première année complète de mise en œuvre. Près de 80% des 46 mesures prévues ont connu des réalisations concrètes, tels que le Wifi gratuit en garnison, le portail e-social des Armées inauguré le 20 juin 2018 et l’installation des trois premières cellules d’information d’accueil des familles dans les bases de Nancy, Brest et Mourmelon. Et s’il fallait établir un palmarès des dispositifs ayant rencontré le plus grand succès: « le Wifi gratuit remporterait le concours haut la main ». Près de 108 000 « lits » en ont été équipés en 2018, et 137 000 d’ici 2020.

Nativement évolutif, le plan famille devrait prochainement connaître certains ajustements. Fin mars 2019, le ministère des Armées a ainsi lancé un appel à idées auprès de l’ensemble de la communauté militaire afin d’identifier les réagencements qui pourraient s’avérer nécessaires. L’objectif étant que chaque unité, chaque régiment, chaque base puisse bénéficier cette année d’un projet d’amélioration des conditions de vie relativement personnalisé. Les processus décisionnels devront pour cela s’approcher davantage du terrain et inclure directement les commandants de base.

 

Le SNU comme levier d’engagement ?

Et si la réponse aux soucis de recrutement résidait aussi dans la matérialisation du Service national universel ? Conçu, entre autres, pour « susciter une culture de l’engagement », le SNU pourrait devenir une « usine à vocations », à condition bien entendu d’en préciser le contour, les objectifs et le financement. Il devrait, à pleine vitesse, concerner 700 000 jeunes par an, ce que les Armées espèrent traduire par la signature de 10 000 contrats d’engagement.

« Malheureusement, il y a un risque qu’il faut dès à présent qu’on anticipe à la lumière des résultats de 2018, c’est l’âge du public ciblé par le SNU », déclarait le député LREM Thomas Gassilloud. Quand la Journée défense et citoyenneté (JDC) intervenait à la fin des études secondaire, soit en théorie à 18 ans, le SNU démarrera quant à lui à l’âge de 16 ans. « On aura beaucoup plus de mal à les recruter car ils pourront s’engager deux ans plus tôt, et à cet âge là on change beaucoup d’avis », s’inquiète-t-il.

La disparition de la JDC aggravera-t-elle la situation ? « Moi je ne le crois pas », tempère Parly. D’après celle-ci, quand bien même l’âge auquel le SNU sera ouvert, la durée de formation ou de sensibilisation aux questions de sécurité « sera très fortement enrichie ». « Certes, il y aura peut-être un petit délai entre le moment où nous aurons pu sensibiliser des jeunes et les intéresser à l’entrée dans une carrière militaire (…) Mais je pense que l’efficacité du dispositif sera beaucoup plus grande », ajoute-t-elle. Par ailleurs, pointe-t-elle, l’Armée recrute un nombre appréciable de jeunes avant 18 ans, « parce que nous avons, pour un certain nombre de postes, aucunes exigences en matière de formation préalable ».