Vers « une sorte de IHEDN européen » ? 

Vers « une sorte de IHEDN européen » ? 


Après les sessions nationales et régionales, une session européenne de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) ? Séduisante, l’idée fait partie d’un corpus de 12 propositions formulées par les sénateurs Hélène Conway-Mouret (PS) et Ronan Le Gleut (LR) pour consolider la défense européenne.

 

 

« La défense européenne a plus progressé ces trois dernières années qu’au cours des vingt années précédentes », soulignent les deux sénateurs dans un rapport d’information publié cette semaine. Et pourtant, selon eux, « beaucoup reste à faire ». Parmi une poignée d’axes d’intégration européenne, ils proposent de « créer une session européenne, sur la base de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) afin de développer une vision stratégique commune des futurs décideurs ».

Créé en 1936 et placé sous l’autorité directe du Premier ministre, l’IHEDN fait aujourd’hui autorité en matière de développement de l’esprit de défense et de sensibilisation aux questions internationales. Conférences-débats, travaux en comités, visites de terrain, missions d’étude, exercices de mise en situation émaillent un cursus de 10 mois. Plus de 200 « auditeurs » sortent chaque année de quatre sessions nationales baptisées « Politique de défense », « Armement et économie de défense », « Enjeux et stratégies maritimes », et « Souveraineté numérique et cybersécurité ». « Cela fonctionne très bien et permet de sensibiliser de futurs décideurs aux questions de défense et de sécurité », déclare Conway-Mouret. Un modèle de réussite à la française que les deux sénateurs proposent maintenant d’étendre à l’Europe.

Selon ces derniers, l’effort européen bénéficierait grandement de la création d’ « une sorte d’IHEDN européen à Bruxelles ». Cette session européenne permettrait de faciliter la formation commune des futurs décideurs, de contribuer au développement d’une vision stratégique commune, et, plus globalement, d’intensifier les échanges entre partenaires.

Tout pertinent qu’il soit, un tel projet ne manquerait pas d’affronter certains défis structurels et culturels. Quid des infrastructures, des financements, du choix des participants (qui et combien par pays ?), de la définition des cursus et du choix d’une ou plusieurs langues de travail. Privilégier l’anglais, par exemple, paraît fédérateur mais fera certainement grincer certaines dents à l’heure où le seul pays anglophone s’apprête à quitter l’Europe.

À ce titre, adosser cette initiative au Collège européen de sécurité et de défense (CESD) éviterait non seulement de créer un dispositif potentiellement concurrent, mais également de s’insérer dans un dispositif ayant fait ses preuves en fédérant la quasi-totalité des États membres. Lancé en septembre 2004, cet institut d’enseignement dispense une centaine de formations par an avec pour objectif principal d’approfondir la compréhension de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et de créer des liens entre les futurs responsables de la PSDC. Un collège dans lequel l’IHEDN joue un rôle majeur, son directeur, le général de corps d’armée Patrick Destremau, siégeant au sein du comité directeur. Cette dimension européenne est par ailleurs très présente dans les travaux de l’IHEDN. Depuis dix ans, l’un de ses groupes d’étude travaille sur des questions de défense européenne. Chaque année, il rassemble en outre des hauts responsables de l’armement pour un séminaire conjoint consacré à la BITD européenne.

Reste que, pour s’exporter dans le paysage bruxellois, l’IHEDN devra nécessairement revoir ses ambitions à la hausse. Une réduction de la voilure, en particulier à l’international, avait en effet été annoncée lors du dernier conseil d’administration, pointe la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam (LR), administratrice au sein de l’Institut depuis mai dernier.