La Désinformation dans la Guerre en Ukraine

La Désinformation dans la Guerre en Ukraine

par le Lieutenant-colonel OLRAT (H) Michel KLEN1 © ANOLiR – mars 2024

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La désinformation occupe toujours une place essentielle dans les guerres. Dans la crise en Ukraine, ce grand jeu de la propagande et de la duperie a pris un caractère singulier qui va bien au-delà du champ opérationnel sur le terrain. Pour convaincre de la justesse de son intervention militaire, le Kremlin a introduit une dimension beaucoup plus large qui met en relief une réécriture de l’Histoire et un argumentaire mobilisateur assimilant le conflit en cours à un affrontement des civilisations.

Le révisionnisme historique

Pour justifier l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine revisite l’Histoire de la Russie. Dans un article publié à l’été 2021 (« de l’unité historique des Russes et des Ukrainiens »), il affirme que « les Russes et les Ukrainiens constituent un seul peuple qui appartient au même espace historique et spirituel », niant de ce fait l’existence de la nation ukrainienne. Cette assertion inexacte a été démentie par un sondage effectué peu après par l’ONG Rating Group Ukraine sur l’ensemble de la population ukrainienne : seulement 41% des personnes interrogées approuvaient cette prise de position.

Les opinions étaient cependant tranchées entre la partie orientale du pays (60% en accord) et la partie occidentale (70% en désaccord, tout comme les partis politiques opposés au Kremlin qui réfutent à 80% cette position)2. Pour accréditer ces chiffres, il faut bien avoir à l’esprit que l’ONG qui a réalisé l’enquête est spécialisée dans tous types de recherches sociologiques conformément aux normes internationales approuvées par l’association européenne pour les études d’opinion. Après la chute du mur de Berlin, les faits ont donné tort à Vladimir Poutine. Le désir de souveraineté de l’Ukraine s’est d’abord pleinement manifesté par l’acte de proclamation d’indépendance du pays par le Soviet suprême d’Ukraine le 24 août 1991.

L’événement sera confirmé par un référendum le 1er décembre suivant : le « oui, je confirme la déclaration d’indépendance de l’Ukraine du 24 août » obtenait 90,32% des suffrages exprimés (95,52% à Kiev), et le « non » 7,58%. Les résultats étaient toutefois moins probants en Crimée où le « oui » obtenait 54,19% des voix3. Au vu de ces résultats, force est de constater que la volonté d’indépendance de l’Ukraine est indiscutable. L’autre raison invoquée pour motiver « l’opération militaire spéciale » en Ukraine lancée par Moscou a trait à la supposée promesse de l’Otan de ne pas intégrer des voisins de la Russie.

Dans cette affaire, le chef du Kremlin n’a de cesse de mentionner la rencontre informelle entre James Baker et Mikhaïl Gorbatchev le 9 février 1990 au cours de laquelle le secrétaire d’État américain avait assuré au dirigeant soviétique que l’organisation atlantique n’accepterait pas d’anciens satellites de l’URSS (Plus un pouce vers l’Est). Or il s’avère que ces garanties orales n’ont jamais été confirmées par un accord écrit et ratifié par des nations occidentales. Vladimir Poutine a continué de prétendre que son pays était menacé et qu’il devait prendre toutes les dispositions pour se défendre d’une agression sur son territoire !


1 Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Revue Défense Nationale.

2 Bruno Tertrais, Le viol de l’Ukraine dans Le Grand Continent, 22-2-2022.

3 Hugues Pernet, Journal du premier ambassadeur de France à Kiev, Flammarion, 2023.

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