Le colonel Benjamin Brunet prend le commandement de la 13e Demi-brigade de la Légion étrangère

Le colonel Benjamin Brunet prend le commandement de la 13e Demi-brigade de la Légion étrangère

Le colonel Benjamin Brunet, 52e chef de corps de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère 
Le colonel Benjamin Brunet, 52e chef de corps de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère 13e DBLE

Midi Libre – Millau – publié le 20 juin 2024
https://www.midilibre.fr/2024/06/20/le-colonel-benjamin-brunet-prend-le-commandement-de-la-13e-demi-brigade-de-la-legion-etrangere-12028969.php


Ce jeudi 20 juin, en fin de matinée, avait lieu la passation de commandement de la 13e DBLE. Le colonel Benjamin Brunet en est officiellement devenu le 52e chef de corps.

Alors qu’il succède au colonel Thomas Riou au commandement de la 13e Demi-brigade de la Légion étrangère de La Cavalerie, le colonel Benjamin Brunet a derrière lui une carrière militaire bien remplie. Né en 1981 à Lyon, il est admis à l’École Spéciale militaire de Saint-Cyr en 2002 (promotion générale de Galbert 2002/2005).

Après une année de formation à l’École de l’infanterie, il choisit de servir au 2e Régiment étranger de parachutistes (2e REP) situé à Calvi. Chef de section à la 2e compagnie, il sera déployé au Tchad, en Nouvelle-Calédonie puis à Djibouti au sein de la compagnie tournante de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE). Désigné en 2009 comme instructeur à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, il encadrera durant deux ans une section de la promotion capitaine de Cacqueray.

Projeté aux Émirats arabes unis

De retour au 2e REP en 2011 pour y commander la 4e compagnie, il est projeté l’année suivante aux Émirats arabes unis formant ainsi la compagnie d’infanterie légère de la 13e DBLE, nouvellement stationnée dans le Golfe Persique. À cette occasion, une partie de la compagnie participe à l’opération Tamour de sécurisation de l’antenne médicale française implantée en Jordanie dans le principal camp de réfugiés syriens.

De 2013 à 2018, il est affecté en administration centrale comme rédacteur sur la zone du Proche et du Moyen-Orient. Il sera projeté à plusieurs reprises dans cette région durant cette période. Après sa scolarité à l’École de Guerre, il rejoint, en 2020, pour une année, la section G35 Monde de l’État-Major Opérationnelle Terre (EMOT). Il participera durant cette affectation à une mission d’audit du dispositif Chammal, au Koweït et à Bagdad, conduite avec le CPCO.

Commandement de la “Phalange magnifique

De 2020 à 2022, il exerce la fonction de chef du bureau opérations instruction de la 13e DBLE désormais transférée en métropole. Après avoir conduit la transformation Scorpion du régiment, il est projeté l’année suivante au Mali avec le GTIA “Monclar” sur Griffon, dans le cadre de l’opération Barkhane. Il sera le dernier GTIA présent au Mali.

Affecté à l’État-Major de l’armée de Terre (EMAT), il occupe ensuite, au bureau programmation finances budget (BPFB), la fonction de chef de la section “pilotage de la performance”, notamment responsable de l’élaboration du tableau de bord du CEMAT et des projets annuels de performance du P178. Promu au grade de colonel en 2023, il prend le commandement de la “Phalange magnifique” l’année suivante.

Le NH90 des Forces spéciales françaises débute ses essais en vol

Le NH90 des Forces spéciales françaises débute ses essais en vol 

A la fin de la décennie, l’armée française opérera 81 exemplaires du NH90. Le prototype du NH90 Standard 2 devrait être testé en vol jusqu’à la fin 2024. © Airbus Helicopters

Airbus Helicopters a débuté la campagne d’essais en vol du prototype du NH90 Standard 2. Développé spécifiquement pour les opérations des forces spéciales françaises, l’armée recevra 18 exemplaires de l’hélicoptère.

Le ministère français des armées a commandé un total de 18 NH90 dans la configuration Standard 2. Les essais en vol du prototype se poursuivront jusqu’à la fin de 2024.

La configuration Standard 2 comprend l’intégration du système électro-optique Safran Euroflir 410, un nouveau générateur de cartes numériques, l’installation d’un troisième membre d’équipage et de nouvelles fenêtres arrière coulissantes élargies pouvant accueillir des armes de défenses.

Les essais permettront de valider la conception de la nouvelle configuration. Le prototype du NH90 Standard 2 a également été équipé de dispositifs mécaniques et électriques dédiés au système d’ouverture distribuée (DAS) qui offre une vision améliorée par tout temps et de nuit, ainsi qu’une nouvelle génération de viseur numérique monté sur casque (HMSD-DD) en vue d’une intégration future à un stade ultérieur. Ces systèmes amélioreront les capacités des forces spéciales à opérer dans des conditions très exigeantes.

D’ici la fin de la décennie, l’armée de l’air française disposera de 81 NH90 TTH. Le NH90 a été livré pour la première fois à l’armée française en 2011. Soixante-trois NH90 TTH ont été livrés à ce jour. Il a été déployé en opération pour la première fois au Mali en 2014 et totalise depuis 50.000 heures de vol.

Texte réseaux : Le prototype du NH90 Standard 2 destiné aux forces spéciales françaises à démarré sa campagne d’essais en vol. L’hélicoptère est un condensé de technologies pour faciliter les opérations dans des conditions exigeantes.

Le nombre de chars Leclerc modernisés va-t-il être encore réduit ?

Le nombre de chars Leclerc modernisés va-t-il être encore réduit ?

https://www.opex360.com/2024/06/20/le-nombre-de-chars-leclerc-modernises-va-t-il-etre-encore-reduit/


En outre, le texte indique également que des « travaux de rénovation et de pérennisation du char Leclerc seront complétés par ceux portant sur un démonstrateur de char, dans le cadre plus global du système de combat terrestre du futur » [ou MGCS].

Pour rappel, s’inscrivant dans le cadre du programme SCORPION [Synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation], la modernisation du char Leclerc consiste à le doter des capacités nécessaires pour le combat collaboratif, ce qui passe par l’intégration du Système d’information du combat SCORPION [SICS] et celle de la radio CONTACT. Il s’agit aussi de renforcer sa protection contre les mines et d’améliorer sa conduite de tir. Enfin, il recevra un tourelleau téléopéré de 7,62 mm, de nouveaux capteurs optroniques et un viseur PASEO.

Pour le moment, la Direction générale de l’armement [DGA] a commandé 100 Leclerc XLR en deux temps, avec un premier contrat portant sur les 50 premières unités notifié à KNDS France [ex-Nexter] en juin 2021, suivi d’un second, confirmé en janvier 2022. Le premier char « rénovés » a été remis à l’armée de Terre en novembre dernier. Depuis, 19 autres ont suivi, à en croire le dossier de presse [.pdf] diffusé par le ministère des Armées à l’occasion de l’édition 2024 du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory.

Mais ce document recèle une surprise. « Conformément à la Loi de programmation militaire 2024-2030, 130 chars Leclerc seront rénovés d’ici la fin 2030 et quarante autres le seront fin 2035 », y lit-on. Sauf que la LPM en question donne d’autres chiffres et si l’on se fie à ceux donnés de ce document, il en manque 30… Erreur de transcription ou changement dans les plans initiaux de l’armée de Terre ?

Par ailleurs, le dossier de presse précise également que les « dix premières collections de kit de surprotection ventrale contre les mines et les engins explosifs improvisés et de kit de surprotection latérale contre les roquettes [anti RPG] ont été livrées mi-avril [soit un taux d’équipement prévu à 50 %] ».

En attendant, KNDS France a dévoilé, comme annoncé, le Leclerc Évolution [ou EVO] lors du salon EuroSatory. Ce char est doté d’une tourelle armée du canon ASCALON [Autoloaded and SCALable Outperforming guN], pouvant tirer des obus de 120 ou de 140 mm, d’un tourelleau ARX30, d’un viseur PASEO couplé à une mitrailleuse de 7,62 mm, d’un système de protection active Trophy et d’une capacité à mettre en œuvre des munitions téléopérées.

 

Quant à sa motorisation, elle repose sur le groupe motopropulseur MT883 KA-500 de l’allemand MTU, qui équipe le Leclerc « tropicalisé » utilisé par les forces émiriennes. Un avis budgétaire publié en octobre dernier recommandait justement d’intégrer ce dernier sur les Leclerc de l’armée de Terre afin de pouvoir les maintenir en service jusqu’en 2040.

Selon BFMTV, ce « nouveau Leclerc sera opérationnel en 2030 » et KNDS France aurait des discussions avec « plusieurs pays ». En outre, les actuels Leclerc « pourraient même être modernisés pour se transformer en modèle Évolution ».

L’armée de Terre confirme le contenu de la rénovation à mi-vie de seulement 42 hélicoptères d’attaque Tigre

L’armée de Terre confirme le contenu de la rénovation à mi-vie de seulement 42 hélicoptères d’attaque Tigre

https://www.opex360.com/2024/06/19/larmee-de-terre-confirme-le-contenu-de-la-renovation-a-mi-vie-de-seulement-42-helicopteres-dattaque-tigre/


« Nous apprenons du champ de bataille, notamment en Ukraine, que la reconnaissance aérienne a fondamentalement changé. Les capteurs et les armes montés sur divers drones sont plus omniprésents et moins coûteux que jamais. […] En examinant le programme FARA à la lumière des nouveaux développements technologiques, de l’évolution du champ de bataille et des projections budgétaires actuelles, il a été estimé que les capacités accrues qu’il offrait pourraient être obtenues de manière plus abordable et plus efficace en s’appuyant sur une combinaison » de différents moyens, comme les drones et les moyens spatiaux », fit alors valoir l’US Army.

Faut-il pour autant en conclure que la guerre en Ukraine a sonné le glas pour l’hélicoptère de reconnaissance et d’attaque ? En tout cas, le ministère allemand de la Défense a décidé d’accélérer le remplacement des Tigre de la Bundeswehr par des appareils d’attaque plus légers, en l’occurrence 62 H145M, dont certains auront des capacités de lutte antichar.

Seulement, cette décision a eu des répercussions en France et en Espagne, deux pays avec lesquels l’Allemagne était censée établir une coopération pour le développement du standard 3 du Tigre. Celui-ci était ambitieux puisqu’il prévoyait d’intégrer à cet hélicoptère le système de visée Strix NG, de nouveaux systèmes de navigation, la suite avionique FlytX, un dispositif d’autoprotection dérivé du CATS-150, des terminaux Micro TMA pour le guidage des missiles air-sol et de drones, le casque à viseur intégré TopOwl Digital Display, etc.

Côté français, il était aussi question de permettre aux Tigre de l’Aviation légère de l’armée de Terre [ALAT] d’emporter des missiles Akeron LP [ex-missile haut de trame].

En mars 2022, les contrats relatifs au standard 3 du Tigre furent notifiés aux industriels concernés, via l’Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement [OCCAr], sans attendre l’Allemagne. Sauf que l’ambition de départ fut réduite puisqu’il n’était plus question que de moderniser 42 Tigre sur les 67 en dotation au sein de l’ALAT.

Puis, l’année suivante, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, expliqua devant les parlementaires qu’il fallait « réinterroger le modèle » des évolutions du Tigre, à la lumière des enseignements tirés des combats en Ukraine. Finalement, la Loi de programmation miliaire [LPM] 2024-30 rendit son verdict : le standard 3 allait être abandonné au profit d’une modernisation à mi-vie beaucoup plus modeste.

Étant donné que le tableau capacitaire de la LPM indique que l’ALAT disposera de 67 Tigre en 2030 [de même qu’en 2035], on pouvait penser que tous ces hélicoptères seraient concernés par cette rénovation à mi-vie, désormais désignée Mk2+ [ou RMV Tigre]. Or, à l’occasion du salon de l’armement aéroterrestre EuroSatory 2024, l’armée de Terre a précisé que seulement 42 appareils allaient être modernisés. Que deviendront les 25 autres ?

« Le programme de rénovation mi-vie de l’hélicoptère de reconnaissance et d’attaque Tigre […] est destiné à prolonger le service opérationnel du Tigre au-delà de 2050 tout en l’adaptant à la réalité du champ de bataille futur. Il est mené en coopération avec l’Espagne et prévoit la rénovation de 42 hélicoptères Tigre de l’ALAT », est-il en effet avancé dans un dossier de presse diffusé par l’armée de Terre.

Toujours conduit par l’intermédiaire de l’OCCAr, ce programme est mené en coopération avec l’Espagne, avec la participation d’Airbus Helicopters, Thales et Safran Electronics & Defense.

Parmi les évolutions prévues, l’armée de Terre cite la refonte de l’avionique, avec notamment l’ajout du SICS ALAT [Système d’information du combat Scorpion], l’intégration du poste radio CONTACT, la possibilité d’utiliser le système de géolocalisation par satellite européen Galileo [en plus du GPS américain] et la « capacité de coopération drones-hélicoptères [MUM-T] ».

Dans un entretien accordé à Air & Cosmos, le 13 juin, le commandant de l’ALAT, le général Pierre Meyer, a expliqué que la « rénovation mi-vie telle qu’envisagée à ce stade doit permettre des améliorations en portée de détection, de missile, de débattement du canon ». Et d’ajouter : « Le Tigre devrait comporter aussi une part d’évolutivité, afin d’intégrer plus rapidement et sans des chantiers importants des innovations qu’on voit poindre, en matière de connectivité, de spectre des munitions, et pour permettre la coopération drone-hélicoptère tellement importante ».

Photo : EMA

Deux autres unités de Renseignement de Réserve Spécialisée créés en 2025

Deux autres unités de Renseignement de Réserve Spécialisée créés en 2025

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 20 juin 2024

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2024/06/20/deux-autres-bataillons-de-renseignement-de-reserve-specialis-24710.html


Suite de mon post du 4 juin sur le Bataillon de Renseignement de Réserve Spécialisée (B2RS).

Je rappelle que le 3 juin a vu la création du Bataillon de Renseignement de Réserve Spécialisée (B2RS). Cette unité est dédiée à la recherche du renseignement en sources ouvertes. Elle rassemble des réservistes opérationnels qui sont recrutés comme spécialistes (analystes, linguistes, data scientists et développeurs informatiques). 

Une compagnie de ce B2RS est désormais établie à Strasbourg où se trouve le Commandement des actions dans la profondeur et du renseignement [CAPR].

La première compagnie du B2RS comptera à terme (très bientôt) 150 réservistes dont un quatuor de commandement. Le recrutement est local et vise le vivier des étudiants et jeunes universitaires. Ils rejoignent la réserve avec le grade de sergent et un contrat initial de 2 ans. Selon le commandant du bataillon strasbourgeois (un colonel de réserve), le recrutement a été aisé mais ralenti par des contrôles légitimes effectués par la DRSD. La formation des réservistes du B2RS est express avec deux périodes trois jours, l’une d’acculturation militaire et l’autre de présentation de l’OSINT au sein de l’armée de Terre.

Deux autres compagnies verront le jour en 2025: l’une à Toulouse (avec 150 pax) au profit de la 11e BP et l’autre en région parisienne (avec un effectifs de 250 pax). Ces choix sont dictés par plusieurs paramètres: d’abord les besoins de l’armée de Terre, ensuite la présence d’un vivier de jeunes spécialistes prêts à s’engager dans une réserve un peu particulière et enfin des locaux disponibles. 

D’autres créations sont envisagées pour 2026, avec d’éventuels points de chute comme Rennes.

Charybde, Sylla et Mars : comment éviter la crise de régime

Charybde, Sylla et Mars : comment éviter la crise de régime

OPINION – Tout en rappelant le contexte politique et historique de la situation politique française abracadabrantesque, le groupe Mars analyse les possibles conséquences des élections législatives d’une victoire du RN ou du Front populaire dans le domaine de la défense. Par le groupe de réflexions Mars.
« Quitter l'OTAN serait en effet une catastrophe pour notre pays, tant du point de vue diplomatique qu'économique, et finalement pour notre sécurité » (Le groupe Mars).
« Quitter l’OTAN serait en effet une catastrophe pour notre pays, tant du point de vue diplomatique qu’économique, et finalement pour notre sécurité » (Le groupe Mars). (Crédits : DR)

Les sondages disaient donc vrai ! Aux élections européennes du 9 juin dernier, près d’un électeur sur trois a choisi, parmi 38, la liste Bardella et 40% des électeurs ont voté pour une liste classée à l’extrême-droite. En cumulant l’ensemble des listes classées à l’extrême-gauche, le total des votes hostiles à la construction européenne actuelle est majoritaire en France. Le chef de l’État en a tiré une conclusion politique tout aussi radicale que ce vote annoncé : il a dissous l’Assemblée nationale et convoqué de nouvelles élections législatives dès que possible. La France aura donc un nouveau Premier ministre le 14 Juillet …

Oradour-sur-Glane : 36% d’électeurs RN

A vrai dire, cet enchaînement institutionnel ne devrait pas constituer une surprise. La crise politique couvait depuis que les précédentes élections législatives il y a deux ans n’avaient pas permis de donner au président une majorité claire. La surprise est ailleurs : dans l’ampleur du soutien populaire dont jouit dorénavant le Rassemblement national (RN), tant géographiquement que sociologiquement. Un exemple suffit à illustrer l’ampleur du phénomène : à l’exception d’une poignée restée fidèles à la tradition de vote rouge, dans toutes les communes de Haute-Vienne le RN est arrivé en tête, et largement.

A Oradour-sur-Glane, où le chef de l’État se trouvait au lendemain de sa déroute électorale, le RN a séduit 36% des votants. Le résultat est similaire dans les communes environnantes et dans quasiment tout le département, y compris Limoges. Inimaginable encore en 2017, un tel résultat devrait provoquer une remise en cause radicale du discours et de la pensée politique. Il n’en est rien.

Erreur historique de la gauche

Plutôt que de reconnaître son erreur historique d’avoir abandonné l’électorat populaire à l’extrême-droite, la gauche se fait plaisir en annonçant un nouveau « Front populaire ». Sympathique, mais pitoyable. N’est-ce pas Karl Marx qui disait que lorsque l’histoire se répète, c’est la première fois comme une tragédie, et la seconde comme une farce. Il est malgré tout intéressant de tenter de comparer les deux époques. Quand, en 1934, la gauche marxiste française décide d’oublier pour un temps les haines recuites du congrès de Tours, rejointe par des radicaux en perte d’influence, la France, atteinte avec un temps de retard par la crise économique, est menacée par le révisionnisme des dictatures fascistes qui s’installe chez ses plus grands voisins : Italie, Allemagne et prochainement Espagne.

Sur le front intérieur, la menace fasciste semble également se concrétiser depuis les évènements du 6 février qui ont vu les Ligues d’extrême-droite s’en prendre au Parlement. Quant à la condition ouvrière, elle est encore très difficile : en-dehors du paternalisme du patronat chrétien, les avancées sociales sont maigres, tant en termes de conditions de travail, de loisirs, de logement et de protection sociale, et les travailleurs se voient comme « des esclaves en location ».

90 ans plus tard, la situation est tout de même fort différente. La condition ouvrière ne ressemble en rien à celle d’avant 1936, la France n’est pas menacée par ses voisins immédiats et s’il existe une violence politique depuis 50 ans, elle est essentiellement le fait de l’extrême-gauche, des terroristes rouges des « années de plomb » à l’activisme vert radical d’aujourd’hui. Quant à l’antisémitisme, c’est encore à l’extrême gauche qu’il s’exprime aujourd’hui sans retenue. S’il n’est pas de même nature que dans les années trente, la haine du Juif est la même.

Dans ces conditions, la résurgence officielle d’un soi-disant « Front populaire » est problématique pour la crédibilité-même de la gauche, et donc de son avenir politique au sein de la République. L’idéologie révolutionnaire partagée par toutes les chapelles du trotskisme a fait suffisamment de mal à la social-démocratie. Au contraire, c’est sur sa vocation originelle de protection des couches populaires que la gauche doit se reconstruire un avenir afin de récupérer son électorat naturel quand il aura été suffisamment déçu par un RN directement confronté à l’exercice du pouvoir.

Bloc libéralo-centriste : la société du QR code

En se déplaçant plus au centre de l’hémicycle, le bloc libéralo-centriste n’est pas non plus épargné par les contradictions. Son « progressisme » auto-proclamé est au progrès social ce que le nationalisme de l’extrême-droite est à l’idée de nation : une trahison. Le progrès social (cf. les réformes des retraites et de l’assurance chômage) et les libertés individuelles (cf. la société du QR code et de la reconnaissance faciale) n’ont jamais autant régressé depuis que le pouvoir se dit progressiste. Est-ce qu’un pouvoir qui se dit nationaliste portera autant atteinte aux intérêts de la nation ?

Or le progrès comme la nation sont des idées de gauche. Celle-ci ne peut se reconstruire politiquement sans les assumer à nouveau, non comme des slogans mais pour répondre aux vrais besoins des gens. Ces besoins sont bien connus, à commencer par le sentiment d’insécurité sous toutes ses formes. Mais on ne lutte pas contre l’insécurité, qu’elle soit physique, sociale, culturelle ou relative aux intérêts vitaux de la nation. L’insécurité en tant que telle n’existe pas, c’est juste un slogan, un mot destiné à surtout ne rien faire. Par contre, c’est une réponse pénale adaptée qu’il faut opposer au crime, organisé ou non. C’est un filet de protection sociale raisonnable et adapté qu’il faut entretenir face aux accidents de la vie. C’est une culture particulière qu’il faut préserver et enrichir face à l’appauvrissement des écrans. Et c’est un ennemi, étatique ou non, qu’il faut se préparer à combattre s’il nous agresse.

De la même façon, l’immigration en tant que telle n’est pas un problème, du moins pour une vision de gauche. Par contre, quand on accueille des immigrés, il faut les accueillir vraiment, en leur partageant ce que nous avons de meilleur : notre sécurité (physique et sociale), notre culture, nos valeurs. On ne les laisse pas croupir dans des ghettos où ils s’enferment entre eux dans leurs valeurs réactionnaires sans autre perspective qu’une instruction au rabais et une éducation défaillante pour leurs enfants.

Tous ces défis, la gauche aurait pu et aurait dû les assumer quand elle était au pouvoir. Le fait est qu’aujourd’hui, une majorité de Français, considérant qu’elle a échoué, s’apprête à donner sa chance à un parti aux origines pour le moins controversées. Nul n’ignore que le RN est l’héritier direct du FN qui était il y a 50 ans un groupuscule d’extrême-droite fondé par un ancien député poujadiste antigaulliste qui ne répugnait ni à la violence ni à la provocation. Transformé par la fille du fondateur, le groupuscule a acquis en quelques années une respectabilité nourrie par la somme des erreurs de ses adversaires politiques.

Et voilà aujourd’hui l’ancien groupuscule devenu premier parti de France et peut-être demain majoritaire dans une Assemblée toujours élue par un mode de scrutin qui lui était jusqu’à présent défavorable. Ironie de l’histoire et des institutions, c’est grâce au scrutin majoritaire à deux tours que le RN pourrait demain emporter la majorité absolue des sièges avec moins d’un tiers des voix.

Quitter l’OTAN, une catastrophe

La bonne nouvelle, c’est que son (éventuelle) accession au pouvoir sous le régime de la cohabitation lui évitera de commettre l’irréparable dans bien des domaines, à commencer par celui qui intéresse le groupe Mars au premier chef, à savoir la défense. Réputé hostile à la présence de la France dans l’OTAN, le RN ne parviendra pas à en sortir notre pays du fait de l’opposition du chef des armées (et de tous les chefs militaires) à cette perspective.

Quitter l’OTAN serait en effet une catastrophe pour notre pays, tant du point de vue diplomatique qu’économique, et finalement pour notre sécurité. Vis-à-vis de ses alliés, la France perdrait une crédibilité qu’elle peinerait à reconquérir sous la forme de traités bilatéraux. Quant à ses ennemis potentiels, ils se réjouiraient de l’affaiblissement de sa défense. Car remplacer les garanties de sécurité d’une alliance aussi puissante que l’OTAN aurait un coût que nos finances publiques délabrées ne pourraient pas se permettre. Il en résulterait un déclassement historique de la nation France. Trahison, vous dit-on !

100 milliards : une saignée irresponsable

A l’inverse, l’autre bonne nouvelle de ces élections européennes, c’est la déroute des listes dont le programme prévoyait de consacrer davantage de moyens à l’Union européenne de défense, comme disent les Allemands. Il faut dire que la ficelle était un peu grosse : annoncer comme priorité la création d’un fonds de cent milliards d’euros pour la défense, de la part de listes dont les matières régaliennes n’étaient pas le point fort, cela sonnait étrangement faux. Il faut en effet rappeler que l’argent magique n’existe pas et que, par conséquent, si l’UE dépense 100 en plus, la France sera ponctionnée au bas mot de 18, et plus probablement de 20, voire plus en fonction de la position des autres États membres.

En milliards d’euro, cela correspond exactement à une annuité d’investissements dans des équipements de défense, c’est-à-dire le minimum du minimum pour faire face aujourd’hui aux menaces et à nos engagements. Créer un « fonds de défense » à cent milliards reviendrait en réalité à priver notre pays d’une annuité d’achats d’armements et de munitions. Une saignée complètement irresponsable. Ces listes proposaient donc ni plus ni moins que d’affaiblir notre défense au profit d’une avancée de la construction européenne. Et l’on s’étonne ensuite du résultat…

Affrontement droite-gauche dans sa version monstrueuse

L’effondrement de l’axe central du paysage politique française au profit de ses franges extrémistes tient sans doute moins à l’adhésion spontanée de l’électorat aux discours radicaux qu’à la médiocrité du personnel politique incarnant cet axe central et son incapacité à affronter les vrais défis. La fuite en avant vers le fédéralisme européen (et un inepte discours guerrier tenant lieu de soutien à l’Ukraine agressée) n’est que la conséquence de la vacuité de ses convictions et de son inaptitude à penser la politique dans son cadre naturel qu’est la nation.

Nous voilà donc revenus à l’état naturel d’un affrontement droite-gauche, mais dans sa version monstrueuse. Soucieux avant tout de préserver quelques sièges et les financements qui vont avec, la gauche et la droite modérées s’estiment contraintes, sous la pression de leur électorat respectif, de se livrer aux radicaux de leur « camp ». Tel est l’héritage de l’ère Macron, qui restera sans doute dans l’histoire comme l’illustration d’une mauvaise réponse à une bonne question.

Car le « populisme » de droite ou de gauche ne prospérerait pas sans une réalité que les « modérés » n’ont pas voulu voir et encore moins affronter. La seule réponse raisonnable au défi posé par l’échec de l’axe central est la reconstruction d’une offre politique fondée sur le progrès social et la défense nationale dans toutes ses dimensions, sécuritaire bien-sûr, mais tout autant culturelle et économique. Il n’y aura sans doute pas d’autre solution face à la crise de régime qui s’annonce, quand les institutions resteront bloquées faute de majorité claire et que toute nouvelle dissolution sera suspendue à l’expiration des délais constitutionnels. Le problème est que, à ce jour, cette offre nouvelle n’est pas incarnée. Or la Ve République, au contraire de celles qui ont précédé, exige de mettre un visage et un nom sur un programme.

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* Le groupe Mars, constitué d’une trentaine de personnalités françaises issues d’horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.

L’Union européenne face à la cybermenace

L’Union européenne face à la cybermenace

Mandatory Credit: Photo by Lucian Alecu/Shutterstock (13906331z)
Inauguration of the European Cybersecurity Competence Centre (ECCC) new headquarters in CAMPUS Center building of the Polytechnic University of Bucharest. European Cybersecurity Competence Centre Inauguration, Bucharest, Romania – 09 May 2023/

par Alexis Deprau – Revue Conflits – publié le 19 juin 2024

https://www.revueconflits.com/lunion-europeenne-face-a-la-cybermenace-une-strategie-de-regulation-a-lepreuve-des-souverainetes-nationales/


Attaqués à plusieurs reprises par des cyber attaques, les pays de l’Union européenne ont adapté leur stratégie afin de pouvoir répondre à ces nouvelles menaces.

Avril 2007, une série de cyberattaques visa les sites web d’organisations estoniennes, tels que le Parlement estonien, les banques, les ministères, les journaux et diffuseurs. Cette grave cybermenace influença à n’en pas douter l’Union européenne, pour l’édiction de la directive du 8 décembre 2008 relative au recensement et à la désignation des infrastructures critiques européennes (1). Se limitant néanmoins aux secteurs de l’énergie et des transports, elle n’apporta aucune action concrète. Elle se contenta tout au mieux d’appeler les Etats-membres à identifier les infrastructures critiques concernées et prévoir des mesures de sécurité, sans entrer véritablement dans le détail des mesures nécessaires.

Et ce qui devait arriver arriva, une attaque informatique visa le marché européen du carbone en janvier 2011 : la Commission européenne suspendit les transactions sur cette plateforme permettant d’acheter et de revendre des quotas d’émission de carbone, pour ne redevenir complètement opérationnelle que trois mois plus tard.

Les différentes cybermenaces

Parler de cybermenace est un fait, mais quels sont les types d’attaques répertoriés ? Elles peuvent être variées et répertoriées selon trois modes principaux (2) :

  • la « guerre pour l’information » ou cyberespionnage, visant à pénétrer les réseaux en vue de récupérer les informations qui y circulent ou y sont stockées ;
  • la « guerre contre l’information » ou sabotage, qui s’attaque à l’intégrité de systèmes informatiques pour en perturber ou en interrompre le fonctionnement (avec les attaques par déni de service) ;
  • la propagande de désinformation ou d’action politique (Covid 19, conflit russo-ukrainien, conflit entre Israël et le Hamas).

La déstabilisation par déni de service (ou Denial of Service attack, DOS) consiste plus précisément en l’envoi massif de données pour perturber l’accès aux pages Web, comme en Estonie ou au sein de l’Union européenne en 2011. Le Japon fut de même l’objet de près de 450 millions de cyberattaques visant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo (un nombre d’attaques 2,5 fois plus élevé que lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012).

Il ne faut pas oublier non plus la cybercriminalité qui, de l’aveu du général Marc Boget (3), aurait représenté 6 000 à 7 000 milliards de dollars en 2020 à travers le monde, avec une attaque par rançon-logiciel toutes les 11 secondes. Ce coût de la cybercriminalité est dix fois plus élevé qu’en 2018, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) et la société McAfee l’ayant évalué cette année-là à 600 milliards de dollars (4).

Malgré l’adoption de nombreux documents ou plans d’action, l’Union européenne ne semblait pas encore avoir pris la mesure de l’importance des enjeux liés à la sécurité des systèmes d’information en 2012. Trois lacunes avaient alors été constatées : un véritable manque de stratégie globale du cyberespace à l’échelle européenne ; une dispersion des acteurs avec une concurrence entre les différentes directions générales pour le pilotage des enjeux de cybersécurité au sein de l’Union ; enfin, un manque d’efficacité.

Il apparaissait dès lors évident en 2012 que, « malgré l’adoption d’un grand nombre de textes, l’action concrète de l’Union européenne dans ce domaine est restée jusqu’à présent relativement limitée », soulignant à cette époque-là une implication encore insuffisante de l’Union européenne en la matière (5).

La question de la législation

Mais était-ce réellement la stratégie de l’Union européenne de légiférer en la matière ? Pour rappel, l’Europe s’est d’abord construite sur une ambition économique. Instaurée comme Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) devenue Communauté européenne (CE) puis Union européenne (UE), rien ne laissait présager un tel axe de régulation, qui fut certes pris en compte lentement mais progressivement. Ce lien entre le numérique et la Communauté concerna principalement le soutien au Marché unique et la défense du citoyen-consommateur, par exemple avec le règlement « eIDAS » du 23 juillet 2014 (6).

Puis cette protection de l’économie dans le domaine numérique fut étoffée d’instruments juridiques nécessaires à une régulation du cyber dans l’espace économique européen (7), même si le consensus entre Etats membres a été (et reste encore) défaillant. En d’autres termes, cette absence de consensus se traduit malheureusement par une « incapacité durable de l’Union à lutter contre les pratiques prédatrices de certains Etats membres qui profitent de la compétence nationale qui est la leur pour développer des ‘fiscalités accommodantes’ (avantages fiscaux accordés par certains Etats aux GAFAM) » (8).

En tout état de cause, l’ébauche de régulation du cyber par l’Union peut être considérée comme tardive, même si quelques instruments existaient auparavant. Mais au-delà de la pure régulation juridique qui ne doit pas être l’œuvre d’un travail purement descriptif, il n’est pas inintéressant de se demander si cette régulation ainsi évoquée tient lieu de stratégie de la part de l’Union européenne, d’une stratégie voulue et consensuelle, ou si elle n’est pas freinée en raison des potentielles réticences des Etats membres, quitte à ce que le souhait d’une harmonisation dans la régulation de la cybermenace ne laisse pas la place à une « balkanisation » des structures dédiées à la lutte contre les cybermenaces, au détriment d’une coopération efficace.

La cybersécurité : une stratégie de régulation qui a tâtonné

Il fallut attendre 2013 pour que la cybersécurité soit appréhendée comme une priorité stratégique au sein de l’Union européenne. Cette stratégie dénommée « Un cyberespace ouvert, sûr et sécurisé » reposait sur cinq priorités : 1° Parvenir à la cyber-résilience ; 2° Faire reculer la cybercriminalité ; 3° Développer une politique et des moyens de cyberdéfense en liaison avec la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ; 4° Développer les ressources industrielles et technologiques en matière de cybersécurité ; 5° Instaurer une politique internationale de l’Union européenne cohérente en matière de cyberespace et promouvoir les valeurs essentielles de l’Union.

Le point nodal de la stratégie de 2013 consistait à bâtir un lien fort entre le renforcement de la cybersécurité et le développement de ressources industrielles et technologiques propres à ce secteur.

La même année, la directive du 12 août 2013 relative aux attaques contre les systèmes d’information (9) eut quant à elle pour objectif de rapprocher le droit pénal des États membres dans le domaine des cyberattaques en fixant des règles minimales relatives à la définition des infractions pénales et les sanctions applicables, et de renforcer la coopération entre les autorités compétentes. A savoir la police et les services spécialisés chargés de l’application de la loi dans les États membres, ainsi que les agences et organes spécialisés compétents de l’Union (Eurojust, Europol et son Centre européen de lutte contre la cybercriminalité), sans oublier l’Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information (ENISA).

Surtout, la directive du 6 juillet 2016 sur la sécurité des réseaux et des systèmes d’information (10) (dite SRI) – ou directive Network and Information System (NIS) – fut la première législation européenne sur la cybersécurité, ayant pour finalité de garantir un niveau de sécurité des réseaux et des systèmes d’information uniformément élevé dans l’ensemble de l’Union, au travers de quatre axes :

  1. le renforcement des capacités nationales, avec l’obligation pour chaque État membre de se doter d’une stratégie nationale de cybersécurité, et la mise en place des « Computer Security Incident Response Team » (CSIRT) pour chaque secteur essentiel de l’économie et de la vie en société (11) ;
  2. l’établissement d’un cadre de coopération volontaire entre les États membres et l’Union, avec la création d’un groupe de coopération (dimension politique de la cybersécurité) et d’un réseau européen des CSIRT (dimension technique) ;
  3. le renforcement pour chaque État membre de la sécurité informatique de ses opérateurs de services essentiels (OSE) ;
  4. l’instauration de règles européennes communes concernant la cybersécurité de trois types de fournisseurs de services numériques (FSE) : acteurs de l’informatique en nuage, moteurs de recherche et places de marché en ligne.

Dans la pratique, le groupe de coopération de la directive SRI, créé pour permettre d’harmoniser la mise en œuvre de la directive, s’avère être un carrefour de coopération très précieux en réunissant les autorités nationales référentes, l’ENISA et la Commission européenne. Ce groupe de coopération a su devenir un forum efficace pour fournir des orientations au réseau des CSIRT européens (réunissant les CSIRT nationaux), et le CERT-EU (organe équivalent de l’Union européenne).

Un bilan mitigé

Pour autant, un premier bilan mitigé de l’application par les États membres de la directive SRI fut rendu dans un rapport de la Commission du 28 octobre 2018 (pour la période de septembre 2018 à novembre 2019). Même si sa mise en œuvre de cette directive fut synonyme de progrès significatifs « elle ne constitue qu’une première étape dans la construction d’une véritable ossature de cybersécurité européenne [et] agit en outre comme le révélateur de faiblesses intrinsèques à certains États membres » (12).

Conformément à sa clause de révision, la directive SRI fut améliorée et substituée par la directive SRI 2 du 14 décembre 2022 (13), promouvant notamment des objectifs de coopération renforcée entre les États membres. Des obligations spécifiques ont par exemple été instituées pour les centres de réponse aux incidents de sécurité informatiques (CSIRT – CERT en France), comme la participation à des réseaux de coopération nationale, ou encore l’obligation d’être un point de contact pour que les entités communiquent sur leurs vulnérabilités.

De plus, un nouveau réseau a été mis en place, en sus du réseau national des CSIRT, du réseau européen et du groupe de coopération. Dénommé réseau européen pour la préparation et la gestion des crises cyber (EU-CyCLONE), il a pour tâche : de renforcer le niveau de préparation à la gestion des incidents de cybersécurité majeurs et des crises ; de développer une connaissance situationnelle partagée de ces incidents ; d’évaluer leurs conséquences et de proposer des mesures correctrices ; de coordonner la gestion des incidents et la prise de décision au niveau politique ; enfin, d’examiner le plan de réaction des États membres lorsque ceux-ci en font la demande.

L’ENISA, ou la coopération structurelle renforcée de la cybersécurité

Créée en 2004 (14) et installée à Héraklion (Crète) puis à Bruxelles (15), la European Union Agency for Network and Information Security (ENISA) est une agence de l’Union européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information qui assiste les pouvoirs publics dans l’identification des enjeux de cybersécurité et propose des solutions techniques pour lutter contre les cybermenaces.

Elle s’est ainsi vue confier des missions diverses, appréhendées en trois domaines : 1° en tant qu’agence d’expertise technique, le conseil et l’assistance de la Commission européenne et des États membres en matière de sécurité des systèmes d’information ; 2° le soutien des Etats membres et des institutions européennes dans le développement de capacités de réponse aux cybermenaces ; 3° la promotion de la coopération entre les Etats membres, notamment par des exercices communs.

Elle publia par exemple des rapports pour le moins pertinents, comprenant des recommandations concrètes, que ce soit sur les systèmes de contrôle industriels et les SCADA (16) ou la cybersécurité maritime, sans oublier, l’exercice européen de crise « Cyber Europe 2010 » dans le cadre du groupe de travail sur les exercices piloté par l’ENISA.

Le rôle de l’ENISA

L’ENISA a vu son mandat renforcé, étant un point de référence pour l’ensemble de l’Union, notamment en aidant activement les États membres et les institutions, organes et organismes de l’Union. La directive SRI du 6 juillet 2016 lui confia d’ailleurs des missions importantes à cet effet : assurer le secrétariat du réseau des CSIRT pour obtenir une coopération rapide et effective au niveau opérationnel entre États membres (en cas d’incidents de cybersécurité spécifiques), et pour échanger des informations sur les risques ; assister le groupe de coopération de la directive SRI, les États membres et la Commission en fournissant expertise et conseils.

Le règlement du 7 juin 2019 relatif à l’ENISA (ou Cybersecurity Act) (17) eut quant à lui pour finalité de regrouper deux objets distincts. En premier lieu, les objectifs, les tâches et le statut de l’ENISA furent redéfinis en prévoyant des dispositions précises sur ses missions, son fonctionnement, sa composition, et son personnel. En second lieu, ce règlement donna un cadre à la mise en place des schémas européens de certification de cybersécurité, pour garantir la cybersécurité des produits de technologies d’information et de communication (TIC), services TIC et processus TIC au sein de l’Union.

Elément essentiel, le règlement a prévu une coopération opérationnelle efficiente au sein de l’Union (article 7). En ce sens, l’ENISA apporte son soutien à la coopération opérationnelle entre les États membres, les institutions européennes et les parties prenantes ; soutient aussi activement le partage d’informations et la coopération entre les membres de ce réseau.

Dans la continuité de cette stratégie de sécurité des réseaux et de l’information, a été instaurée une équipe d’intervention d’urgence a été instaurée afin de protéger les institutions européennes contre les cyberattaques. Comme les autres CSIRT publics et privés, le CERT-UE a vocation à répondre de manière efficace à des incidents de sécurité informatique et aux cybermenaces (24 heures sur 24 et 7 jours sur 7).

Au-delà des missions traditionnelles incombant à tout CSIRT, le CERT-UE est un centre d’intervention d’urgence qui « vise à construire et compléter les capacités existantes des institutions, organes et agences de l’Union et à encourager l’émergence d’une culture de la confiance au sein de cet environnement protégé » (18).

Certes, il faudra convenir que cette coopération sur le plan opérationnel ne constitue pas véritablement un ensemble de missions opérationnelles, mais plutôt une synergie avec les institutions européennes.

De nouvelles dispositions

Cette disposition prévoit également une coopération structurée avec le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3) créé en 2013. Composante d’Europol, il a pour ambition d’apporter une réponse institutionnelle à la forte progression de la cybermenace en renforçant la répression de la cybercriminalité dans l’Union. La coopération est ici observée en rassemblant auprès des pays l’information et l’expertise, en soutenant les enquêtes pénales menées par les États membres, en promouvant des solutions, et enfin en sensibilisant aux enjeux de cybersécurité à l’échelle de l’Union. 

Face aux risques de morcellement national et à la sensibilité des questions de souveraineté que soulève l’enjeu de cybersécurité, le Cybersecurity Act du 7 juin 2019 apporte enfin une pièce majeure à l’édification d’une architecture solide. Consacrant une véritable autonomie stratégique de l’Union pour la cybersécurité, il fait de l’ENISA la pierre angulaire de la cybersécurité européenne. Avec ce règlement, elle est en effet devenue l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité.

Pour autant et ce qu’il ne faut pas perdre de vue, cette Agence « ne doit, ni ne peut, se substituer aux agences nationales qui sont les premières à devoir assurer les missions de détection, de diagnostic et de réponse aux crises en matière de cybersécurité. […] Elle peut en revanche devenir le point de référence auprès des institutions de l’Union et des États membres, et favoriser l’émergence d’une véritable plateforme de la cybersécurité européenne, susceptible de contribuer à la robustesse des systèmes de défense nationaux en favorisant les collaborations multilatérales » (19).

C’est peut-être aussi la raison pour laquelle des Etats membres ont refusé d’attribuer des pouvoirs d’enquête à l’ENISA, et a fortiori de lui donner un rôle plus opérationnel, craignant que l’ENISA ne se substitue aux capacités opérationnelles des États membres, alors même que ces derniers disposent de capacités techniques et opérationnelles suffisantes.

En France, le Sénat s’est ainsi opposé dans sa résolution du 6 décembre 2017 à ce que l’ENISA dispose de pouvoirs d’enquête, rappelant que cette attribution ne respectait pas le principe de subsidiarité. Il estima que « la coopération européenne dans la cybersécurité devait continuer à se faire sur la base de la participation des États membres et de la transmission volontaire d’informations sensibles, voire relevant de la sécurité nationale » (20).

L’Union européenne en quête d’une coopération effective dans la cyberdéfense

Il aurait pu sembler que l’Union européenne était bien armée pour se défendre contre n’importe quel type d’attaque. L’article 42 § 7 du traité sur l’Union européenne ne prévoit-il pas une clause d’assistance mutuelle, au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire. Les autres États membres lui devraient alors aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, (conformément à l’article 51 de la charte des Nations unies).

Néanmoins, cette clause d’assistance mutuelle n’a pour le moment été activée qu’une seule fois, quand la France formula une demande d’aide et d’assistance auprès des Etats membres à la suite des attentats du 13 novembre 2015. Légitimement appliquée pour la lutte contre le terrorisme, rien ne semble penser que ce mécanisme puisse en revanche être appliqué pour les cybermenaces, à l’instar d’ailleurs des autres mécanismes internationaux d’assistance mutuelle (articles 51 de la Charte des Nations unies ; article 5 du Traité de l’Atlantique Nord) qui n’ont pas non plus été activés à ce propos. Quoi qu’il en soit, et même si ces propos datent de 2012, « il n’existe aucun consensus entre les vingt-sept Etats membres de l’Union européenne sur la mise en œuvre de la « clause de défense mutuelle » contenue dans le traité de Lisbonne, en cas d’attaque informatique majeure contre un Etat membre » (21). Propos qui ne semblent malheureusement pas encore avoir été l’objet d’une réflexion approfondie.

C’est d’ailleurs dans le cadre de la coopération structurée permanente (CSP) lancée le 11 décembre 2017 entre 25 États membres (22), que deux projets liés à la cyberdéfense virent le jour :

  • celui d’équipes d’intervention rapide en cas d’incident informatiques et assistance mutuelle dans le domaine de la cybersécurité (Cyber Rapid Response Teams and Mutual Assistance in Cyber Security), pour intégrer l’expertise des États membres dans le domaine de la cyberdéfense. Des équipes d’intervention rapide (Cyber Rapid Response Teams – CRRTs) constituées permettent aux États membres de s’entraider et de répondre collectivement aux incidents cyber ; de porter assistance tant aux États membres, qu’aux institutions européennes ou à des pays partenaires.
  • ainsi que la création d’une plateforme de partage d’informations en matière de réaction aux menaces et incidents informatiques (Cyber Threats and Incident Response Information Sharing Platform), dans l’idée de renforcer les capacités de cyberdéfense des États participants en favorisant le partage du renseignement sur les cybermenaces.

Bien que ces deux projets soient ambitieux, des interrogations sont toujours présentes eu égard à leur portée réelle, dans la mesure où « le déploiement des CRRTs notamment se heurtera probablement, de manière concrète, à la réticence de certains États à voir des équipes pour partie composées de non-nationaux intervenir sur leurs réseaux » (23).

Liée encore une fois à la potentielle réticence des Etats, une dernière difficulté tient au fait que les décisions et recommandations du Conseil prises dans le cadre de la coopération structurée permanente le sont à l’unanimité des 25 États membres participants, ce qui pourrait singulièrement compliquer la mise en œuvre de celle-ci… N’oublions pas malheureusement la difficulté qu’ont les Etats membres à poursuivre des ambitions communes et faire consensus, comme le prouvent de nombreux exemples (Brexit, Europe de la défense, ou position de certains États dans le cadre du conflit russo-ukrainien).

Conclusion

Il était déjà fait état de la lenteur de la mise en place du dispositif de lutte contre les cybermenaces dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013. Se posait alors la question de savoir comment conjuguer une telle action d’urgence avec une stratégie politique de plus long terme visant à asseoir l’autorité d’un État, seul garant légitime et durable de la protection des populations. Si les rédacteurs du Livre blanc dressèrent un constat sans appel, il semblait difficile que ce constat soit toujours valable dix années plus tard. Effectivement, « la réponse à ces questions émerge trop lentement dans les crises où ces principes sont testés. Le consensus international qui pourrait accompagner et canaliser les évolutions nécessaires reste insuffisant, alors que des situations inédites transforment rapidement le paysage stratégique » (24).

Un consensus difficile en somme, d’autant plus quand l’on connait les potentielles capacités techniques de certains Etats membres, à l’image de la France qui dispose de divers services ayant  pour partie ou totalement la cyberdéfense comme domaine de compétence : Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) ; Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) ; Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ; Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) ; Direction du renseignement militaire (DRM) ; Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ; Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) ; Tracfin ; Office anticybercriminalité (OFAC) ; ou encore Commandement de la Gendarmerie dans le cyberespace (COMCyberGEND).

En tout état de cause, la coopération renforcée entre Etat est plus que bienvenue. Une action efficace dans la lutte contre les cybermenaces étant intrinsèquement liée à la décision politique de chaque Etat membre pour y faire face.

Finalement, et sans être grand clerc en la matière, « la solution au problème de l’expansion digitale ne se trouve pas dans un surcroît de digitalisation mais dans la recherche d’un arbitrage en surplomb, c’est-à-dire dans la réintroduction de la politique, d’une force organisée et d’institutions » (25).


1. Dir. 2008/114/CE du Conseil du 8 déc. 2008 concernant le recensement et la désignation des infrastructures critiques européennes ainsi que l’évaluation de la nécessité d’améliorer leur protection.2. Cette distinction a été faite par Roger ROMANI, in Rapport d’information sur la cyberdéfense, Sénat, n°449, 8 juill. 2008, p. 12

3. Directeur de la stratégie numérique et technologique de la Gendarmerie Nationale.

4. Éric BOTHOREL, Rapport d’information sur l’avenir de la cybersécurité européenne, Assemblée nationale, n°2415, 14 nov. 2019, p. 13.

5. Jean-Marie BOCKEL, Rapport d’information sur la cyberdéfense, Sénat, n°681, 18 juillet 2012, p. 62.

6. Règ. (UE) (UE) n°910/2014 du Parlement et du Conseil du 23 juill. 2014 sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur.

7. Pour exemple : Règ. d’exécution (UE) 2018/151 de la Commission du 30 janv. 2018 portant modalités d’application de la directive (UE) 2016/1148 du Parlement européen et du Conseil précisant les éléments à prendre en considération par les fournisseurs de service numérique pour gérer les risques qui menacent la sécurité des réseaux et des systèmes d’information ainsi que les paramètres permettant de déterminer si un incident a un impact significatif.

8. Didier DANET, Conflits, hors-série, juin-juill. 2022, p. 47.

9. Dir. 2013/40/UE du Parlement européen et du Conseil du 12 août 2013 relative aux attaques contre les systèmes d’information et remplaçant la décision-cadre 2005/222/JAI du Conseil

10. Dir. (UE) 2016/1148 du Parlement européen et du Conseil du 6 juill. 2016 concernant des mesures destinées à assurer un niveau élevé commun de sécurité des réseaux et des systèmes d’information dans l’Union.

11. Équipe d’intervention en cas d’incident informatique. Le terme est privilégié en Europe car le terme de « Computer Emergency Response Team » (CERT) provient des États-Unis.

12. Éric BOTHOREL, op. cit., 14 nov. 2019, p. 34.

13. Dir. (UE) 2022/2555 du Parlement européen et du Conseil du 14 déc. 2022 concernant des mesures destinées à assurer un niveau élevé commun de cybersécurité dans l’ensemble de l’Union, modifiant le règlement (UE) n°910/2014 et la dir. (UE) 2018/1972, et abrogeant la dir. (UE) 2016/1148 (directive SRI 2)

14. Règ. (CE) n°460/2004 du 10 mars 2004

15. Si l’ENISA s’était vu confier un nouveau mandat en 2013 (Règ. (UE) n°526/2013 du 21 mai 2013) pour une période de sept ans, jusqu’en 2020, la Commission a ensuite adopté la décision relative à l’établissement du bureau de l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) à Bruxelles.

16. Supervisory Control and Data Acquisition ou Système de contrôle et d’acquisition de données.

17. Règ. (UE) 2019/881 du Parlement et du Conseil du 17 avril 2019 relatif à l’ENISA et à la certification de cybersécurité des technologies de l’information et des communications et abrogeant le règlement (UE) n°526/2013.

18. Éric BOTHOREL, op. cit., 14 nov. 2019, p. 24.

19. Ibid., p. 39.

20. Résolution européenne portant avis motivé sur la conformité au principe de subsidiarité de la proposition de règlement relatif à l’ENISA, Sénat, n°25.

21. Jean-Marie BOCKEL, op. cit., 18 juill. 2012, p. 64.

22. TUE, art. 46.

23. Bastien LACHAUD et Alexandra VALETTA-ARDISSON, Rapport d’information sur la cyberdéfense, Assemblée nationale, n°1141, 4 juill. 2018, p. 27.

24. Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, La documentation française, Paris, 2013, p. 32.

25. Antoine GARAPON et Jean LASSÈGUE, Justice digitale, Presses universitaires de France, Paris, 2018, p. 334.

Général Pierre Schill : « Une nouvelle armée de Terre pour faire face au nouveau monde » EUROSATORY.

Général Pierre Schill : « Une nouvelle armée de Terre pour faire face au nouveau monde » EUROSATORY.

ASAF – Posté le mardi 18 juin 2024

EUROSATORY. Général Pierre Schill : « Une nouvelle armée de Terre pour faire face au nouveau monde »

Alors que la 28e édition du salon Eurosatory vient de s’ouvrir, entretien avec le général Pierre Schill. Nommé chef d’état-major de l’armée de Terre le 22 juillet 2021, quelques mois avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il analyse la bascule stratégique que constitue le retour de la guerre en Europe. Il revient également sur la nécessaire adaptation de l’armée de Terre pour lui permettre de répondre aux exigences de la guerre moderne.

Lorsque vous avez été nommé, c’était le monde d’hier, finalement, juste avant une grande bascule stratégique…

Général Pierre Schill : La bascule stratégique était déjà en marche, en réalité. Il reste à déterminer ce qui en deviendra le symbole. Peut-être le 24 février 2022, l’attaque russe en Ukraine ? Ou le 7 octobre 2023, l’attaque terroriste du Hamas ? On saura dans quelques années celui que l’Histoire aura retenu. J’ai été nommé chef d’état-major de l’armée de Terre en juillet 2021 à la suite du général Burkhard, devenu chef d’état-major des armées. C’est lui qui avait mis en mouvement l’armée de Terre, dans un objectif de « supériorité opérationnelle » sur la base de l’importante réforme baptisée « Au contact » lancée par son prédécesseur, le général Bosser. L’objectif était de mettre en place une profonde réorganisation à la suite des attentats de 2015 et à la prise de conscience que la protection du territoire national était, à nouveau, une priorité. Il s’agissait là d’une bascule par rapport au monde des trente années précédentes : celui des opérations extérieures. Le général Burkhard a mis l’accent sur le volet opérationnel. Il a développé un concept nouveau : « Gagner la guerre avant la guerre ». Il a impulsé cette démarche, au moment où la crise de la covid-19 faisait prendre conscience que de grands bouleversements étaient en cours. Je me suis inscrit dans la continuité des réformes engagées quand est intervenue l’attaque russe en Ukraine. Il est vite apparu que cette bascule était très profonde. J’ai alors choisi de mettre l’accent sur la transformation. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire « du passé table rase », mais il m’a paru fondamental de franchir une étape supplémentaire et d’insister sur l’impératif d’adaptation. Je l’ai baptisée « armée de Terre de combat ».

Sous ce nouveau slogan, vous définissez une nouvelle priorité ?

Oui, car nous sommes la composante terrestre d’armées en opérations permanentes. Nous devons donner la priorité aux effets opérationnels produits. Nous devons comprendre que, dès que nous sommes en manœuvre, sur le territoire national comme à l’étranger, nous envoyons un signal à nos alliés et à nos adversaires. Il s’agit là d’une préoccupation permanente. Nous sommes convaincus qu’il n’existe plus de situation de paix. Nous devons manœuvrer sur l’échelle de la compétition, de la contestation, et de l’affrontement avec pour mission de nous montrer suffisamment forts et crédibles afin d’empêcher une montée aux extrêmes de nos adversaires. Dès lors, nous devons produire des effets au quotidien en ayant conscience que rien n’est anodin.

La guerre en Ukraine constitue, notamment, un retour d’expérience riche pour l’armée de Terre. Quelles leçons retenez-vous ?

Il faut rester modestes dans l’analyse des retours d’expérience de ce conflit. Efforçons-nous de distinguer ce qui est conjoncturel de ce qui est structurel. Trois enseignements me paraissent importants.

Le premier, fondamental, est l’emploi de la force. Ce conflit, comme celui de Gaza, montre qu’il est redevenu une réalité, y compris en Europe. Le droit international qui avait été bâti depuis la Seconde Guerre mondiale est contesté. Ce droit, fondé sur le respect de la souveraineté et le règlement des différends par la négociation dans un contexte multilatéral, est aujourd’hui battu en brèche. Le recours à la force est considéré comme un mode acceptable de résolution des conflits par un certain nombre d’États.

Le deuxième enseignement est celui du caractère fondamental de la force morale. L’homme est le premier outil du combat ; les matériels les plus performants et les stratégies les mieux conduites ne produisent pas les effets attendus si les soldats ne font pas preuve de valeurs martiales, si les chefs de tout grade ne sont pas déterminés à vaincre, si la Nation ne soutient pas ses combattants. Les forces morales sont aussi liées à la conviction de la légitimité de l’action. Les soldats d’aujourd’hui sont plus connectés ; ils ont un meilleur accès à l’information. Ils ont besoin d’être convaincus que leur cause est juste. Au sein de l’armée de Terre, nous cultivons ces valeurs qui forment un socle solide ; nous l’appelons « l’esprit guerrier ». C’est une richesse immense.

Le troisième enseignement que je tire est plus tactique, sur les capacités indispensables aux combats futurs : C2, transparence du champ de bataille, létalité, protection contre les menaces aériennes. J’insiste sur la transparence du champ de bataille. Les progrès technologiques, notamment en matière de drones et satellites, rendent plus difficile le fait de dissimuler les intentions, les dispositifs et les mouvements. Associée à « l’hyperlétalité » des feux, elle modifie les procédés tactiques sur le champ de bataille : les concentrations de force sont rendues difficiles ; les dispositifs s’étalent ; les fronts se figent ; les PC et les zones logistiques sont plus vulnérables ; la mobilité, la discrétion, la dispersion et le camouflage sont remis au goût du jour.

Alors, comment parvenir à vaincre malgré cette transparence ?

Il faut des moyens dédiés, en quantité et en qualité : des satellites et des drones ; de l’intelligence artificielle pour analyser les images ; de la guerre électronique ; des forces spéciales ; des capacités de renseignement. La conjugaison de ces moyens permet de mieux discerner la réalité physique du champ de bataille. Ensuite, il est nécessaire de disposer des moyens d’exploitation de cette transparence. Identifier une cible est insuffisant ; il faut pouvoir la frapper, y compris à longue distance. Cela requiert la disponibilité de munitions précises et puissantes en appui d’un réseau de multisenseurs, multieffecteurs. Enfin, si nous avons la transparence et la létalité, il est probable que l’adversaire les ait aussi. La question de la protection est donc majeure, notamment face à la menace aérienne. Celle-ci va du petit drone, que l’on trouve dans le commerce et sous lequel est attachée une grenade, jusqu’au chasseur, en passant par le missile balistique, le missile de croisière ou l’hélicoptère.

Vous évoquez souvent l’importance du style de commandement. Qu’entendez-vous par là ?

Nous devons faire évoluer notre style de commandement vers plus de responsabilisation et de subsidiarité. Il est fondamental qu’un subordonné qui reçoit un ordre comprenne l’intention de son chef pour bâtir sa réflexion et produire ses propres ordres avec l’intelligence et l’initiative qui produira le meilleur effet à son niveau.
Il est impératif qu’un subordonné comprenne l’espace de liberté dont il dispose pour qu’il ait l’audace de saisir des opportunités dans l’esprit de l’intention supérieure. Cela est fondamental, car ce style de commandement, historiquement très français, apporte un avantage opérationnel sur le champ de bataille. J’observe par ailleurs que ce n’est pas un mouvement isolé. Cette tendance, appelée de ses vœux par le Président de la République, s’étend au sein du ministère. Nous travaillons en ce sens avec les directions et services pour aller vers plus d’autonomie et de simplification, en temps de paix comme en temps de guerre, au quotidien comme au combat.

Dans une tribune parue dans Le Monde qui a rencontré un certain écho, vous évoquez l’objectif de pouvoir déployer une division en 30 jours en 2027. Qu’en est-il ?

L’objectif est de disposer d’une division modernisée, prête à être déployée dans un cadre particulier, celui de l’Otan. Le but est de nous montrer forts et crédibles pour décourager nos adversaires potentiels et affirmer notre solidarité stratégique avec nos alliés, en Europe notamment.
En 2030, l’ambition est d’avoir consolidé la capacité de commander un corps d’armée, c’est-à-dire de déployer un système de commandement opératif puissant avec les indispensables capacités dites « du haut du spectre » – cyber, feux longue portée, renseignement, guerre électronique, aérocombat, logistique. Cet échelon de commandement sera capable d’agréger des unités françaises mais aussi alliées, pour être l’un des acteurs de la défense de l’Europe. Mon objectif n’est pas de voir des corps d’armée s’affronter effectivement sur le sol européen. Au contraire, il s’agit d’être crédibles pour décourager nos adversaires, pour gagner la confiance de nos alliés, pour commander en coalition en tant que Nation cadre. Et pour être crédible, il faut trois choses : disposer des moyens de se défendre, savoir utiliser ces moyens efficacement, convaincre alliés et adversaires que nous n’hésiterons pas à les employer. À ces conditions, le découragement de nos adversaires peut fonctionner.

L’armée de Terre recrute 15 000 jeunes par an. Ce chiffre est considérable. Qu’est-ce qui motive ces jeunes à la rejoindre ?

Les jeunes Français savent que l’armée française, en particulier l’armée de Terre, est une armée d’emploi, une armée « pour de vrai ». La France est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, membre fondateur de l’Otan, membre fondateur de l’Union européenne. Elle démontre sa volonté d’employer ses atouts de puissance – dont ses armées – pour peser sur les affaires du monde. Les jeunes qui nous rejoignent le savent et veulent agir. Nous avons une ambition en matière de souveraineté et la capacité d’agir dans le monde. Je constate chez les jeunes un intérêt pour les questions de défense et pour l’aventure humaine que représente un engagement. Ils ont conscience que cet engagement a un véritable sens.

La participation de l’armée de Terre à la sécurisation des Jeux olympiques et paralympiques peut-elle être un moyen de renforcer le lien avec la Nation, et notamment avec les plus jeunes ?

Oui, je le crois. L’armée de Terre s’impliquera dans toutes les dimensions de ce rendez-vous exceptionnel : participation des athlètes militaires, sécurisation de l’événement ; protection des emprises avec l’engagement de capacités particulières telle que les hélicoptères, les plongeurs, les démineurs, les maîtres-chiens ; relais de la flamme, montée des couleurs pendant les cérémonies de remise des médailles. Ce sont des missions intéressantes et valorisantes. Cet épisode sera l’occasion de vivre l’élan olympique avec les jeunes Français, à l’image du challenge Terre jeunesse qui se déroule dans toutes les unités de l’armée de Terre. Celle-ci sera au rendez-vous pour contribuer au succès de cet événement au rayonnement mondial.

Dans quelques heures, la 28e édition du salon Eurosatory va ouvrir ses portes. En quoi cet évènement mondial de la sécurité terrestre et aéroterrestre est important pour vous et pour l’armée de Terre ?

La France est une grande nation industrielle. Elle propose des matériels de qualité dont l’armée de Terre éprouve l’efficacité en opérations.

Pour vaincre, une armée a besoin d’une troupe déterminée, d’une stratégie et de matériels en quantité et en qualité.

Il est fondamental de soutenir les industriels dans les grands programmes d’armement comme dans les plus petits. Il est fondamental d’entretenir avec tous une relation de confiance.

La solidité d’une base industrielle et technologique de défense s’inscrit dans un temps long où chaque programme constitue le maillon d’une chaîne qui se déploie sur des décennies.

Rien n’est jamais acquis pour toujours. Pour demeurer réactive, puissante et polyvalente, l’armée de Terre a besoin d’intégrer l’innovation et les nouvelles technologies. La supériorité sur le champ de bataille repose sur des capacités du haut du spectre qui permettent de surclasser l’adversaire. Le salon d’Eurosatory constitue une occasion unique de rassembler les industriels, les militaires et tous ceux intéressés par les questions de défense et l’avenir du combat aéroterrestre.

Ministère des Armées
18/06/2024

Source : Ministère des Armées.

La DGA sélectionne le système de contrôle aérien mobile de Collins pour l’Armée de Terre

La DGA sélectionne le système de contrôle aérien mobile de Collins pour l’Armée de Terre

Avec cette signature, l’Armée de terre française disposera bientôt d’un système moderne capable de guider des avions et hélicoptères vers une piste improvisée ou encore un aéroport aux installations détruites. En plus d’être un système moderne, il peut être aérotransporté vers le dit aéroport à l’aide d’un seul avion de transport tactique C-130 ou A400M.


Ce 17 juin, à l’occasion du salon Eurosatory 2024, la Direction Générale de l’Armement a annoncé avoir sélectionné Collins Aerospace, filiale de RTX, pour fournir des tours de contrôle mobiles. Dénommé Air Traffic Navigation Integration and Coordination System (ATNAVICS), ce système se concentre uniquement sur deux véhicules, à savoir HMMWV (Humvee) équipé de plusieurs capteurs et un HUMMWV de commandement et de contrôle. Le premier emporte trois capteurs placés sur une palette :

  1. Un radar de surveillance (en bande S) d’une portée de 111 kilomètres (60 miles nautiques), une altitude de 9,1 kilomètres (soit 30 000 pieds) et avec une couverture à 360° (rotation toutes les 5 secondes). Ce dernier permet d’avoir une situation générale de l’espace aérien.
  2. Un radar secondaire IFF (en bande L), placé au-dessus de l’antenne du radar de surveillance. Il dispose des mêmes capacités que l’antenne de surveillance.
  3. Un radar d’approche de précision (en bande X). Une fois place, il est situé à l’arrière du véhicule et est fixe (15° d’azimut et -1 à 8° d’élévation). Sa portée effective est de 18,5 kilomètres (10 miles nautiques). Après la détection, l’identification amie, ce dernier radar permet de guider les appareils lors de leur approche sur la piste, ou du moins, sur la zone d’atterrissage avancée.
Le Humvee de détection du système ATNAVICS avec ses radars déployés.
Le Humvee de détection du système ATNAVICS avec ses radars déployés. © RTX

L’autre Humvee permet de rassembler en un seul endroit les différentes données détectées par le véhicule radar. Elles permettent alors à deux opérateurs de gérer la zone aérienne environnante. Les deux véhicules ne doivent pas être spécifiquement l’un à côté de l’autre : ils peuvent être éloignés de 975 mètres (max).

À noter que l’énergie nécessaire à l’utilisation des systèmes emportés sur les véhicules est directement transportée par ces mêmes véhicules. Ceux-ci tirent chacun une remorque équipée d’un groupe électrogène. Le tout, véhicules et remorques, rentre dans un seul avion de transport tactique C-130 Hercules ou A400M Atlas. Cette capacité de projection aérienne était centrale dans le développement de l’ATNAVICS car ce système doit permettre de créer un aéroport a peu près n’importe où : dans le cas d’une crise humanitaire ou d’opérations militaires, un aéroport aux infrastructures détruites ou même une simple prairie pourra recevoir des avions en toute sécurité grâce aux instructions précises venues du sol.

L’US Air Force, le Corps des Marines et l’US Army disposent tous de ce type de “tour de contrôle” mobile tactique (54 systèmes produits). Au sein de l’USMC, l’ATNAVICS a permis la mise à la retraite du Marine Air Traffic Control and Landing Systems (MATCALS). En France, il est plus que probable que les jours sont comptés pour le Système Polyvalent d’Atterrissage de Recueil de Télécommunication et d’Identification de l’Armée de Terre (SPARTIATE).

Poste de commandement de l'ATNAVICS de l'USMC déployé durant un exercice (17 juillet 2017).
Poste de commandement de l’ATNAVICS de l’USMC déployé durant un exercice (17 juillet 2017). © USMC

Un nouvel hôpital militaire sera bien implanté sur le camp militaire de Sainte-Marthe, à Marseille

Un nouvel hôpital militaire sera bien implanté sur le camp militaire de Sainte-Marthe, à Marseille

L’hôpital militaire Laveran

 

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 18 juin 2024

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2024/06/17/hnia-24706.html


Lors de sa visite à Marseille, pour lancer l’acte II du plan “Marseille en grand “le président de la République, Emmanuel Macron, avait annoncé, le 27 juin 2023, plusieurs mesures concernant les hôpitaux de la ville, et notamment l’avenir de l’hôpital d’instruction des armées (HIA) Laveran, actuellement situé dans le 13e arrondissement. Un nouvel hôpital militaire sera effectivement implanté sur le camp militaire de Sainte-Marthe.

Ce nouvel hôpital, livrable à partir de 2031-2032, constituera le premier élément de la capacité hospitalière militaire rénovée. Conçu pour garantir une capacité opérationnelle résolument tournée vers la prise en charge d’afflux massifs de blessés et la projection opérationnelle de son personnel, il sera un élément essentiel du territoire de santé militaire et s’inscrit pleinement dans le territoire de santé civil des quartiers Nord de Marseille.

Cette nouvelle structure sera donc au service des militaires de la zone de défense Sud mais aussi de l’OTAN. L’hôpital militaire proposera également une offre de soins pour les Marseillais, notamment les habitants des quartiers Nord.

Le budget total pour ce nouvel hôpital est estimé à 300 millions d’euros.

Le 14 juin a été diffusé un avis n° 24-68917 pour la construction de cet hôpital national d’instruction des armées (HNIA); cet avis porte sur la mission d’assistance à maitrise d’ouvrage en commissionnement. Ce marché a pour objet l’assistance du maître d’ouvrage de la phase programme jusqu’à trois années après la réception des travaux pour la mission de commissionnement.

Le projet de HNIA

Le projet consiste à construire un nouvel hôpital national d’instruction des armées (HNIA) de classe 300 (lits ou places) dans les quartiers Nord de Marseille en remplacement de l’HIA Laveran. Ce projet regroupera différentes fonctions : soins, soutiens, restauration, stationnement, hébergement, instruction et crèche, pour une surface estimée à ce stade à 61 000 m² SDO et 3 ans de travaux.

Les ordres de grandeur des surfaces (SDO) envisagées sont d’environ 61 000 m² répartis comme suit
– Fonction Soins – Soutiens : 54 000 m² dont 14 000 m² pour le plateau médicotechnique y compris 14 blocs opératoires, 11 000 m² pour les hospitalisations conventionnelles, 12 000 m² pour les secteurs ambulatoires et autres soins et 17 000 m² pour la logistique, les locaux administratifs et techniques, etc.
– Fonction Restauration : 2 600 m²
– Fonction Hébergements non médicalisés : 1 500 m²
– Fonction Crèche : 1 200 m²
– Fonction formation : 1 600 m