Le Léopard 1, un félin édenté dont Kiev va devoir se suffire

Le Léopard 1, un félin édenté dont Kiev va devoir se suffire

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 8 février 2023

https://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Le président Zelensky a de quoi enrager ! Ses alliés occidentaux ont rétropédalé sur leurs promesses de lui livrer des chars de bataille. Les Abrams américains ne sont même pas encore construits. Quant aux Leopard si médiatisés, hormis un bien solitaire char Leopard 2 livré en Pologne par le Canada, ils sont encore aux abonnés absents.

Pire ! Les Ukrainiens risquent de se voir équiper en Leopard 1. Comme si un automobiliste français achetant une R5 en 1985 se voyait livrer une 4 CV des années 1950 !

En effet, l’Allemagne a donné son feu vert à la ré-exportation de 178 Leopard 1. Un char rustique conçu en pleine Guerre froide pour faire face aux antiques T-62 soviétiques que Moscou a d’ailleurs déstockés l’an dernier pour les envoyer au feu en Ukraine.

Berlin, Copenhague et La Haye pourraient livrer une centaine de Leopard 1 “dans les prochains mois”​. Ces chars proviendront de stocks privés. En Allemagne, l’entreprise Rheinmetall dispose de 88 chars Leopard 1 et la société Flensburger Fahrzeugbau Gesellschaft détient un stock de 90 chars de ce type.

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La Belgique pourrait se joindre à cette initiative en rachetant les chars qu’elle a déclassés en 2014 ; la société OIP Land Systems en a 50 en stock dont 17 à cannibaliser (photo ci-dessus).

Le nombre et le rythme des livraisons à l’Ukraine dépendent de leur remise en état, voire d’une modernisation rapide.

Malgré tout, Zelensky a peut-être eu de quoi se réjouir, mercredi soir, lors de sa visite au Royaume-Uni (photo Reuters).

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Au camp de Lulworth (sud-ouest de Londres), il a assisté à la formation des tankistes ukrainiens qui combattront sur les 14 Challenger que Londres va livrer. Des Challenger 2 conçus il n’y a que 30 ans.

Le fonds de soutien à l’Ukraine désormais consommé à 80%

Le fonds de soutien à l’Ukraine désormais consommé à 80%

– Forces opérations Blog – publié le

Entre les matériels neufs, les munitions et le soutien, 80% des 200 M€ du fonds spécial de soutien dans lequel les Ukrainiens peuvent piocher pour acheter de l’armement français sont désormais engagés, annonçait ce matin le cabinet du ministre des Armées.

« La consommation du fonds avance très bien », indique l’entourage du ministre. La seule visite, la semaine dernière, du ministre ukrainien de la Défense Oleksii Reznikov, aura permis d’officialiser la commande de 12 canons CAESAR et d’un système de défense aérienne, ainsi que l’allocation de plusieurs dizaines de millions d’euros pour la maintenance de systèmes déjà fournis par la France.

Résultat : moins de quatre mois après sa création et malgré un doublement de l’enveloppe, les caisses du fonds sont pratiquement vides. Si l’idée fonctionne – elle a d’ailleurs été reprise par Washington –, se pose dès à présent la question de sa pérennité. « Le passage de 100 à 200 millions d’euros a été fait par amendement parlementaire, il n’est donc pas exclu de réévaluer ce fonds à la hausse », manœuvre qui passera par le « véhicule législatif » adéquat et qui pourrait à nouveau découler d’une initiative parlementaire.

Cette donnée n’empêche pas la filière française de rester proactive vis-à-vis de Kiev. La récente visite ministérielle aura ainsi renforcé un dialogue jusqu’alors indirect entre industriels et autorités chargées de l’approvisionnement en équipements. « Cela a été l’occasion de nouvelles propositions de la part des industriels pour des choses qui pourraient être mises en place dans le cadre du fonds ».

La question du soutien à l’Ukraine sera abordée demain soir lors d’une troisième réunion au format « économie de guerre » avec le ministre des Armées, le délégué général pour l’armement et les principaux acteurs de la BITD. Un rendez-vous qui permettra aux industriels « d’évaluer ce qui peut être réalisé à court terme mais aussi comment ils peuvent aider l’Ukraine dans la durée ».

« Si on retarde la décision, on ne fait que retarder le délai », estime en effet le cabinet ministériel. La guerre est malheureusement partie pour durer et, pour ce dernier, il convient donc de s’accorder dès maintenant sur des équipements qui ne seront disponibles que dans 12 ou 18 mois du fait des délais de production.

Crédits image : Thales

L’IRA : un test pour la défense des intérêts économiques de l’UE

L’IRA : un test pour la défense des intérêts économiques de l’UE

par François-Joseph Schichan* – Revue Conflits – publié le 9 février 2023

https://www.revueconflits.com/reponse-europeenne-a-lira-un-test-pour-la-defense-des-interets-economiques-et-industrielles-de-lunion-europeenne/


Avec l’IRA (Inflation reduction Act), les Etats-Unis subventionnent massivement une partie de leur économie, faussant ainsi la libre concurrence avec l’industrie européenne. La réponse des pays de l’UE à cet acte de guerre économique est un test pour l’industrie européenne.

En août 2022, le président américain signait l’un des plus importants programmes de subventions publiques en faveur des industries vertes mené par le gouvernement des États-Unis. L’Inflation Reduction Act (IRA) autorise 391 milliards de dollars de dépenses en faveur des secteurs de l’énergie et du développement durable. Le texte prévoit 270 milliards de dollars d’avantages fiscaux, en particulier pour la production de véhicules électriques. Au-delà de ces subventions massives, l’objectif du texte est de privilégier les productions sur le sol américain en leur donnant un avantage considérable sur la concurrence importée.

Un acte économique hostile

Cette loi a été perçue comme un acte économique hostile par l’Union européenne et ses États membres. De fait, le gouvernement américain ne se cache pas de sa volonté d’améliorer l’attractivité des États-Unis pour les industries vertes, y compris au détriment des Européens qui sont pourtant de proches alliés. Le gouvernement américain organise d’ailleurs des campagnes d’information sur l’IRA et les avantages résultant d’une installation aux États-Unis.

L’IRA a été qualifié de menace existentielle pour des pans entiers de l’industrie européenne déjà confrontée à des prix de l’énergie bien plus importants qu’aux États-Unis. Par ailleurs, la Chine elle aussi subventionne massivement son industrie dans le secteur du développement durable. C’est donc la place des États membres de l’UE dans la compétition mondiale dans les secteurs de l’énergie et du développement durable qui est en jeu. Le Président Macron a exprimé les préoccupations de l’Union européenne lors de sa visite d’État à Washington en décembre 2022.

D’autres responsables européens, à commencer par le Commissaire français Thierry Breton, ont protesté contre l’attitude de Washington. Mais les tentatives de faire évoluer la position américaine ont largement échoué et n’ont guère d’espoir d’aboutir. Depuis les élections de mi-mandat de novembre 2022, l’équation politique à Washington s’est compliquée pour Joe Biden, qui même s’il en avait l’intention ne pourrait que très difficilement amender le texte de l’IRA. Les membres du Congrès américain restent largement sourds aux protestations européennes. Pour certains d’entre eux, l’Union européenne devrait au contraire être satisfaite du texte puisqu’il s’agit d’une des initiatives les plus ambitieuses en matière de lutte contre le changement climatique prises par un gouvernement américain.

Washington reste sourd à l’Europe

L’Union européenne n’a obtenu de Washington que la constitution d’un groupe de travail bilatéral pour examiner ses difficultés avec le texte et les moyens d’y remédier. Elle doit rendre ses conclusions dans les prochaines semaines et il est peu probable qu’elle permette des avancées sur les principales préoccupations européennes, y compris du fait des contraintes politiques à Washington. Impuissante à faire modifier le texte de loi, l’Union européenne demande que les subventions du gouvernement américain soient à tout le moins distribuées en toute transparence, afin qu’elle puisse savoir à quoi s’en tenir et tenter de rééquilibrer la situation pour son industrie.

Ceci posé, l’administration Biden a également exprimé clairement que l’Union européenne était dans son droit de mettre en place des mesures similaires en faveur de sa propre industrie. Une invitation à agir qui n’en est pas réellement une puisqu’elle méconnaît les débats internes à l’Union européenne sur les sujets liés à l’intervention de l’État dans l’économie et aux subventions publiques.

Confrontée à une fin de non-recevoir américaine sur une revue en profondeur des mesures prévues par l’IRA, l’Union européenne ne peut donc compter que sur elle-même. C’est le sens des propositions formulées par la Commission le 1er février. Mme Von der Leyen a proposé un assouplissement des règles relatives aux aides d’État afin de donner plus de latitudes aux États membres pour subventionner leurs industries dans les secteurs du développement durable et des énergies renouvelables, pour un laps de temps limité. Elle prévoit aussi des mesures de simplification des démarches administratives et une stratégie pour assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement pour les matières premières dont l’UE a besoin, notamment pour le déploiement des énergies renouvelables.

C’est cher, c’est l’État qui paye

Si elles vont dans le bon sens pour doter les États membres des moyens de se défendre face aux subventions américaines, ces mesures pâtissent d’une limite majeure : elles ne sont pas associées à de nouvelles dépenses budgétaires, laissant les États assurer individuellement le financement de ces aides. La Commission prévoit d’utiliser les fonds non consommés du plan de relance post-Covid et ceux mobilisés pour le soutien aux entreprises européennes confrontées aux conséquences des sanctions contre la Russie.

Un hypothétique « fond de souveraineté » financé par une nouvelle émission de dette commune et dédiée à financer certains secteurs de pointe doit être étudié par la Commission d’ici à l’été. Sans capacités nouvelles de financement, la réponse de l’UE ne sera pas à la hauteur des risques encourus par l’industrie européenne. Au final, ce sont les entreprises privées qui effectuent les décisions d’investissement, et ce que l’Union européenne a mis sur la table ne fait pas le poids face aux mesures prévues par l’IRA.

D’autant que les dynamiques politiques au sein de l’Union européenne pourraient diluer encore davantage les mesures envisagées par la Commission. Le clivage traditionnel entre les interventionnistes (France, Italie, Espagne) et les libéraux (Pays-Bas, Danemark, Suède notamment) bloque toute possibilité d’avancées majeures au niveau européen. Le Premier ministre néerlandais a récemment refusé toute possibilité d’une nouvelle émission de dette commune européenne pour financer la réponse européenne à l’IRA.

Quant à l’Allemagne, elle affiche une proximité avec la France comme en témoigne le déplacement conjoint de Bruno Le Maire et de son homologue allemand à Washington le 7 février. La France et l’Allemagne sont les deux principaux États à disposer des moyens pour financer par eux-mêmes des subventions publiques à leur industrie, notamment automobile. Mais les divisions internes à la coalition menée par Olaf Scholz risquent de compromettre là encore les ambitions au niveau européen.

L’IRA pose une question de fond pour l’Union européenne, qui est celle de sa capacité à agir en tant que puissance sur une question fondamentale pour l’avenir de son industrie dans le domaine du développement durable où elle a déjà investi beaucoup de capital politique et économique. Les divisions européennes sur la réponse à l’IRA reflètent les différences fondamentales et difficiles à résoudre des structures économiques et industrielles des États membres. L’approche américaine est, quant à elle, sans ambiguïtés : il s’agit d’abord et avant tout de défendre et promouvoir les intérêts économiques des États-Unis dans un contexte économique difficile et d’intensification de la compétition économique avec la Chine. Et à cette fin, ils sont prêts à accepter et même favoriser une accélération du déclin économique et industriel de l’Europe.

*Consultant, ancien conseiller politique de l’Ambassadeur de France au Royaume-Uni

L’armée de Terre a passé une « importante commande » de calculateurs balistiques FN Elity pour ses tireurs d’élite

L’armée de Terre a passé une « importante commande » de calculateurs balistiques FN Elity pour ses tireurs d’élite

 

https://www.opex360.com/2023/02/07/larmee-de-terre-a-passe-une-importante-commande-de-calculateurs-balistiques-fn-elity-pour-ses-tireurs-delite/


« Pendant un semaine, les marsouins de la STE [Section tireurs d’élite, ndlr] se sont entraînés au tir avec cet appareil. Sur le terrain, le FN Elity apporte une plus grande facilité d’acquisition de l’objectif ainsi qu’une plus grande rapidité de correction des tirs », avait expliqué le 3e RIMa, à l’époque.

Selon la description faite par FN Herstal, le FN Elity permet d’augmenter significativement la précision du tir à longue distance, grâce à un logiciel de calcul balistique et ses aides à la visée. Ce que la STAT a pu vérifier lors de son évaluation, qui aura duré plusieurs mois. Au point que, à l’issue de celle-ci, la Structure Intégrée de Maintien en Condition Opérationnelle des Matériels Terrestres [SIMMT] a notifié une « commande importante » à l’armurier belge. C’est en effet ce qu’il a annoncé, ce 7 février, sans préciser la valeur du contrat en question.

L’évaluation du Battle Lab Terre et de la STAT a « permis aux tireurs de tester et d’évaluer avec succès le calculateur balistique sur différentes armes : fusils 12,7 mm et fusils de précision 7,62 mm [PGM et FN SCAR-H PR] », explique FN Herstal.

« Plus important encore, elle a démontré comment il améliore considérablement les performances du tireur, réduit le temps de ‘détection-neutralisation’ de 40% et améliore la précision du tir de 25% », poursuit l’entreprise belge. Autre élément de taille : il « allège de 6 kilos le matériel transporté » par les tireurs d’élite.

Pour rappel, d’une masse de 400 grammes, le FN Elity est un système tout-en-un doté d’un écran OLED, d’un télémètre laser pouvant mesurer une cible à taille humaine jusqu’à 1750 mètres de distance, de pointeurs lasers visible et infrarouge, un illuminateur infrarouge à intensité lumineuse variable, plusieurs capteurs pour mesurer la température, la pression ainsi que l’humidité. Il fonctionne avec un logiciel de calcul balistique développé par ApexO, celui servant à signaler au tireur d’éventuelles corrections de tirs en temps réel. Enfin, une application Android permet de configurer chaque paramètre du calculateur.

« Ce premier projet d’innovation mené avec la société FN Herstal s’est particulièrement bien déroulé, notamment grâce à [une] excellente collaboration. Il se termine bien puisqu’elle […] débouche sur l’acquisition d’un premier lot qui profite aux forces françaises. Et il ouvre ainsi la porte à de nouvelles acquisitions […] dont les modalités et le calendrier restent à définir, ainsi qu’à d’autres collaborations » avec le groupe belge, a résumé le chef d’escadron Tanguy de Brosse, le chef de ce projet au sein du « Battle Lab Terre ».

Photo : FN Herstal

Les Armées veulent une quarantaine de MALTEM, Matériel Léger de Traitement de l’Eau Mobile

Les Armées veulent une quarantaine de MALTEM, Matériel Léger de Traitement de l’Eau Mobile

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par Philippe Chapleau – Ligne de défense – publié le 8 février 2023

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Après les “modules et châssis roulants d’hygiène et de cuisson d’aliments” que recherche le SCA (voir aussi mon post du 20 décembre dernier), voici un nouvel appel d’offres pour du matériel de vie en campagne.

Cette fois, il s’agit du Matériel Léger de Traitement de l’Eau Mobile  ou MALTEM.

On connaissait la STEM (station de traitement des eaux mobiles) qui permet de produire et de distribuer de l’eau, en totale autonomie et à partir de sources naturelles. Et avant la STEM, il y avait l’UMTE, l’unité mobile de traitement d’eau).

Le MALTEM doit satisfaire le besoin de production en eau de consommation humaine (EDCH) en réalisant le pompage d’une eau brute (polluée, salée…), son traitement en EDCH puis le stockage et la distribution de l’EDCH sur le théâtre d’opérations. La capacité de production en fonction du type d’eau est dans la gamme 1,5- 4,5m3 par heure.

Il s’agit d’un système interarmées monté sur une remorque. MALTEM circule sur route, route dégradée, chemin et terrain naturel sur des théâtres extérieurs sur lesquels les armées sont engagées. Il est destiné à être déployé en permanence et doit être en mesure de résister aux conditions climatiques extrêmes.

Le marché en cours porte sur quelques 40 exemplaires et comprend des prestations de soutien dédié et des prestations de maîtrise technique.

Pour en savoir plus sur “la gestion de l’eau en opération extérieure”, on lira ce document du CICDE.

Pour en finir avec la cobelligérance

Pour en finir avec la cobelligérance

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 7 février 2023

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


Une des rares victoires russes de la confrontation avec l’« Occident global » est d’avoir réussi à introduire le mot « cobelligérant » dans le débat. Dans les faits, ce mot n’apparaît que très rarement dans les affaires stratégiques et pour cause puisqu’il désigne le fait d’être en guerre contre un ennemi commun sans alliance militaire formelle, ce qui n’arrive que très rarement. L’Union soviétique attaquant la Pologne deux semaines après l’Allemagne en septembre 1939 en constitue un exemple. Le terme « cobelligérant » a pourtant été utilisé très tôt par la diplomatie russe dès lors que des pays ont décidé d’aider l’Ukraine envahie, et surtout de l’aider militairement. Il s’agissait alors d’abord de démontrer qu’en aidant militairement l’Ukraine, les pays occidentaux ne devenaient pas complètement des « ennemis », puisque le terme n’était prudemment pas utilisé, mais plutôt des « presque ennemis » s’approchant dangereusement du seuil de la guerre ouverte, ce qui personne ne veut. Une aide jugée trop « escalatoire », sans que l’on sache trop en quoi, susciterait alors des réactions du même ordre, sans que l’on sache non plus lesquelles. Bref, il s’agissait d’introduire l’idée, portée ensuite par les sympathisants conscients ou non, que « l’aide c’est la guerre ».

Les gouvernements se sont crûs obligés de répondre à l’accusation. En France, la ministre des armées employait le terme dès le 1er mars pour expliquer qu’au grand jamais ce ne serait le cas (ce qui est une évidence, au pire on serait alliés dans une guerre que la Russie nous aurait déclaré). Emmanuel Macron expliquait dès le 7 mars vouloir « stopper cette guerre sans devenir nous-mêmes des belligérants » tandis que plusieurs personnalités politiques d’opposition estimaient que simplement fournir des armements à l’Ukraine « ferait de nous des cobelligérants ». On rappellera qu’en France la ligne de comportement vis-à-vis de la Russie, telle qu’elle est exprimée dans tous les Livres blancs et revues stratégiques depuis 2008 est, malgré les attaques et l’intrusion en tout genre, le « dialogue ferme ». A ce stade de la guerre russo-ukrainienne, il s’agit donc encore de « persuader » la Russie d’arrêter son invasion par un calcul coûts-profits. On cherche à faire monter les coûts pour la Russie par des sanctions économiques et on aide l’Ukraine à se défendre, obligation morale si on veut que le droit international soit respecté et ce qui a aussi pour effet de faire monter les coûts militaires pour la Russie.

C’est à ce moment-là aussi que l’on se répand en explications sur la distinction entre équipements non létaux et armes qui elles-mêmes sont forcément « défensives », ou encore « non escalatoires » car non agressives. Cela rappelle immanquablement les débats de l’entre-deux-guerres sur le thème « le char est-il une arme offensive ? » et si c’est le cas, un État pacifique doit-il en posséder ? N’est-ce pas une provocation, une menace pour les voisins ? Ligne Maginot = bien ; chars de bataille = pas bien. C’est évidemment absurde, ce sont les opérations qui sont offensives ou défensives, pas les moyens qui y sont utilisés. Les armes « défensives » ou « offensives », pour ne pas dire « offensantes », ont cependant encore de beaux jours devant elle.

Dans les faits, les choses sont pourtant simples. Soutenir un État en guerre sans combattre soi-même n’est pas être en guerre contre l’ennemi de cet État. Quand l’Union soviétique fournit au Nord-Vietnam en guerre contre les États-Unis, le Sud-Vietnam et leurs alliés des centaines de milliers de tonnes d’équipements pour une valeur totale pour 1965-1975 d’environ 110 milliards d’euros actuels, personne ne songe à la qualifier de cobelligérante. Idem pour la Chine qui fait la même chose à moindre échelle. Et pourtant, des milliers de soldats américains vont périr directement à cause de cette aide comme par exemple l’énorme capacité de défense aérienne – canons, missiles et avions de chasse – fournie. Ces choses paraissent comme normales et évidentes dans la cadre de la guerre froide. Cela n’empêche pas dans le même temps des relations diplomatiques presque normales entre Soviétiques et Américains et même des accords importants, comme ceux relatifs à la limitation des armements nucléaires.

On rétorquera que le territoire des États-Unis n’était pas menacé par cette aide, et qu’il n’y avait donc pas au Vietnam d’enjeux vitaux engagés pour les Américains. Malgré des discours grandiloquents du genre « le sud-est asiatique est l’avenir du monde et si on ne combat pas il sera sous le contrôle des communistes chinois, ce qui est inacceptable », ce qui est à peu près la teneur du discours sur l’état de l’Union de Nixon en 1970, cela est vrai. Lorsque les Russes ont voulu déployer des missiles armés nucléairement à Cuba, les réactions ont été plus vives que lorsqu’ils ont été placés en Europe de l’Est, et si la guerre s’était passée au Mexique plutôt qu’au Vietnam, les perceptions auraient sans doute été différentes. Car et c’est bien là toute la difficulté du jeu subtil de l’escalade qui réside, comme au poker, dans sa subjectivité. On ne sait pas forcément très bien ce qui peut provoquer une réaction adverse – pas « ennemie » précisons-bien puisqu’il n’y a pas guerre, mais c’est souvent pareil en temps de guerre – d’autant plus que les choses peuvent évoluer dans le temps ou que l’on ne se comprend pas forcément très bien.

Au début d’octobre 1950, après avoir vaincu l’armée nord-coréenne dans le sud, les Américains et Sud-Coréens décident de pénétrer en Corée en Nord afin de réunifier le pays. Cela ne plaît ni à l’Union soviétique, ni surtout à la Chine populaire qui multiplie les gestes – déclarations, mouvements de troupes, parades – pour faire comprendre qu’elle est prête à entrer en guerre pour sauver la Corée du Nord. Tout cela paraît trop sibyllin aux Américains qui poursuivent la conquête du Nord. Début novembre, les Chinois effectuent même un ultime avertissement conventionnel en attaquant les forces américaines en pointe, avant de se replier derrière la limite du fleuve Yalu. Les Américains interprètent cela comme un signe de faiblesse et continuent. A la fin du mois, les Chinois lancent donc une offensive générale qui inflige une sévère défaite aux Américains. Cet évènement contribuera plus tard à dissuader ces derniers d’envahir le Nord-Vietnam.

On ne sait pas forcément comment l’adversaire perçoit les choses, à moins d’avoir des renseignements de première main. Et encore une taupe dans le premier cercle du pouvoir adverse peut aussi se tromper et dans tous les cas joue pour son propre compte. On suppute aussi sur ce que cet adversaire peut faire. Si on considère qu’il est impuissant, par manque de moyens ou de volonté, il n’y a, en théorie, aucune limite à l’aide à apporter au pays soutenu puisqu’il n’y aura pas de réaction. Mais dans le cas de la Russie, c’est peu probable. On a donc tâtonné avec l’Ukraine. On a aidé et puis on a vu ce qui se passait. 

Reprenons les trois critères de décision évoqués récemment par Emmanuel Macron quant à l’envoi de chars Leclerc en Ukraine : utile, non escalatoire et sans nous affaiblir. Lorsque la guerre commence en février 2022, on envoie d’abord des équipements légers comme des missiles antichars ou antiaériens portables. C’est évidemment tactiquement utile et ce d’autant plus que c’est assez rapidement absorbable par les forces ukrainiennes. Cela ne nous affaiblit pas trop dans un contexte où on estime généralement que cela ne suffira pas à arrêter les Russes. Il faut peut-être en garder sous le coude au cas où la guerre s’étendrait en Europe de l’Est. On s’empresse aussi de qualifier tout cela de « défensif » pour réduire le coefficient escalatoire de l’aide (CEA) et on se prépare à toutes les rétorsions possibles dans les champs de la confrontation (cyberespace, économie, influence, etc.). Finalement, non seulement la Russie réagit peu, hormis par ses déclarations et une carte nucléaire faible (mise en alerte modérée sans menace concrète), mais en plus les Ukrainiens résistent.

Que faire ? Vladimir Poutine ne renonce évidemment pas devant les coûts induits. Bien que très éloignées des objectifs initiaux, les forces russes ont quand même conquis des territoires non négligeables en Ukraine. Et, puis à partir d’un certain seuil, les coûts incitent même à poursuivre, ne serait-ce que pour les justifier ou « se refaire ». Poutine n’est donc étrangement pas persuadé par notre diplomatie que « cela ne vaut pas le coup » et ne retire pas ses forces.

On reste dans un schéma de guerre conventionnelle industrielle tout à fait classique, qui lorsqu’elle ne se termine pas très vite (et se transforme éventuellement en guérilla comme en Irak en 2003) a tendance à durer très longtemps. Il faut trouver autre chose. Les Russes imposent une longue guerre d’usure et de positions. On y répond par une aide plus massive. On s’affaiblit forcément un peu tant l’hypothèse d’avoir à mener ou soutenir une guerre conventionnelle longue n’a pas été anticipée. Il n’y a ni stocks ni capacité à remonter en puissance très vite et aider massivement avec des équipements lourds, comme les pièces d’artillerie qui constituent l’urgence du moment, c’est forcément prendre dans notre muscle. Dans le même temps, la Russie perd aussi ses muscles en Ukraine et ne représente plus dans l’immédiat une menace pour les pays d’Europe de l’est.

Et puis, la Russie n’a pas beaucoup réagi à la première vague de soutien militaire, par crainte également de l’escalade ou peut-être simplement parce qu’elle ne pouvait pas faire grand-chose. Elle se contente de ressortir la carte nucléaire et d’ajouter le thème « poursuivre l’aide à l’Ukraine, c’est faire durer ses souffrances » au discours initial. Cela permet à des personnalités en mal d’existence exprimer leur détestation des « va-t-en guerre », mais seulement s’ils sont ukrainiens ou occidentaux. En même temps, cela tombe bien puisque ce conflit dont tout le monde perçoit la dangerosité est peut-être le premier où il n’y a justement pas de courant interventionniste comme on a pu en connaître dans le passé depuis les conflits en ex-Yougoslavie. La très grande majorité de la population soutient l’idée d’aider l’Ukraine, mais personne ne veut faire la guerre à la Russie. On voit donc des Don Quichotte s’élancer contre des monstres imaginaires, qui ont au moins le mérite de permettre de combattre sans autre risque que le ridicule.

Peu de réactions russes donc, et aucune ligne rouge réellement tracée, mais on ne sait jamais. Il y a un consensus pour estimer que le CEA sera élevé si les armes fournies peuvent servir à attaquer en masse et en profondeur (escalade verticale d’intensité) le sol russe (escalade horizontale géographique). On considère alors, sans doute avec raison, que cela nourrirait le discours russe selon lequel cette « opération spéciale » est bien une guerre défensive contre une agression existentielle de l’OTAN, atténuerait les échecs en Ukraine (« ce n’est pas l’Ukraine, c’est tout l’Occident global qui est contre nous ») et justifierait la stalinisation complète du pays ainsi qu’une montée aux extrêmes. Les armes fournies sont donc « bridées », techniquement (pas de munitions à trop longue portée) et politiquement avec la garantie, sous peine de cessation de crédit, de ne pas les utiliser pour attaquer ouvertement la Russie. A cet égard, la fourniture de chars de bataille, à part le fait de nourrir les fantasmes sur les Panzerdivisionen, ne présente pas de CEA particulier, en tout cas moins que des lance-roquettes multiples par exemple. On n’imagine pas une seconde les brigades blindées ukrainiennes foncer vers Kursk. Ce n’est jamais une bonne idée et les Ukrainiens le savent puisqu’ils étaient dans les rangs de l’Armée rouge. Les avions de combat dont on parle maintenant, c’est un peu autre chose puisqu’ils ont la possibilité, à condition de franchir une défense du ciel très dense, de pénétrer en profondeur dans le territoire russe. CEA plus élevé pour une utilité moindre, cela méritera sans doute plus de débats que pour les chars de bataille.

Soyons un peu clairs dans le flou de l’avenir. Après un tel investissement, une défaite de l’Ukraine serait également une défaite majeure pour nous, pour notre position dans le monde, mais aussi pour le droit international qui pourrait être bafoué impunément. La menace russe peut-être affaiblie un temps par l’effort, et peut-être toujours engluée dans une guérilla sans fin en Ukraine, se reporterait immanquablement sur l’Europe qui est désormais et pour longtemps considérée comme un adversaire par la Russie. Il est vrai que ce sera sans aucune doute encore également le cas si la Russie perd, humiliée ou pas, avec ou sans garanties de sécurité. Il faudra au passage peut-être expliquer un jour par quoi un pays comme la Russie, accessoirement la plus grande puissance nucléaire au monde, peut-il vraiment être menacé. Et puis il y a les fameux troubles russes qu’il faut éviter. Comme si on pouvait quelque chose au fait que la Russie soit devenue un pré-Game of Thrones attendant la mort du roi vieillissant entouré de purs bandits avec leurs armées comme les Zolotov, Prigojine ou Kadyrov, de services de Siloviki rivaux également armés ou d’oligarques mafieux. Dans un an ou dans dix ans, il y aura forcément des troubles en Russie. Ce n’est pas une bonne nouvelle, mais le fait d’aider ou pas l’Ukraine n’y change pas grand-chose. Au pire, on peut se dire qu’il vaut mieux que ce pays soit dans notre camps à ce moment-là.

Donc, continuons à aider l’Ukraine et le plus massivement sera le mieux si on veut des résultats décisifs dans pas trop longtemps, et puis adaptons nous aux problèmes à venir en gardant le cap de nos intérêts stratégiques. Or, des problèmes à résoudre, il y en aura beaucoup. Pour y faire face, il vaudra mieux être costaud militairement et pour une fois y avoir un peu réfléchi avant.

Une enveloppe de 29 M€ pour « un réassort important » de missiles Mistral

Une enveloppe de 29 M€ pour « un réassort important » de missiles Mistral

– Forces opérations Blog -publié le

La France va procéder à « un réassort important » de missiles sol-air Mistral auprès de MBDA, annonçait en septembre dernier le ministre des Armées Sébastien Lecornu. Un effort qui n’avait plus été réalisé depuis 2006 mais devenu inévitable au vu du contexte.

Derrière les annonces relatives aux missiles MMP, Aster et autres Exocet, « nous avons aussi, pour 2022, des commandes en cours de notification et notamment 29 millions d’euros de commandes pour des missiles Mistral », détaillait en novembre dernier le délégué général pour l’armement (DGA), Emmanuel Chiva, lors d’une audition sénatoriale.

De fait, s’agissant du Mistral, « le retour d’expérience du conflit en Ukraine nous enseigne que nous devrons compléter nos stocks en 2023 », relevait quelques semaines auparavant le ministre des Armées au cours d’une audition parlementaire.  

Entre l’attrition générée par l’entraînement et la formation et les prélèvements en soutien à l’Ukraine, le stock français de missiles Mistral perd toujours un peu plus d’épaisseur alors que resurgit la nécessité de muscler la défense sol-air dans toutes ses couches. Une situation à laquelle ce réassort contribuera à remédier, plus de 16 ans après la dernière commande française et près de huit ans après la rénovation à mi-vie de 850 exemplaires au profit des armées.

Cette notification, à supposer qu’elle ait déjà eu lieu, n’a encore été officialisée par le ministère. Heureusement pour ce dernier, le Mistral continue de se vendre à l’export, marché qui aura permis à MBDA de maintenir sa ligne de production.

Crédits image : armée de Terre

Le Pentagone et l’Agence européenne de Défense vont renforcer leur coopération

Le Pentagone et l’Agence européenne de Défense vont renforcer leur coopération

https://www.opex360.com/2023/02/07/le-pentagone-et-lagence-europeenne-de-defense-vont-renforcer-leur-cooperation/


 

C’est ainsi que les États-Unis, le Canada et la Norvège sont parties prenantes à un projet relatif à la mobilité militaire au sein de l’UE, dirigé par les Pays-Bas dans le cadre de la CSP.

Justement, cette question de la mobilité militaire sera au centre des échanges qu’auront prochainement l’Agence européenne de défense [AED] et le département américain de la Défense [DoD – Pentagone].

En effet, le 6 février, le Conseil de l’UE a indiqué avoir approuvé un projet « d’arrangement administratif » afin de « fournir un cadre pour échanger des informations et études des possibilités de coopération » entre l’AED et le Pentagone.

Cette arrangement permettra de nouer un « dialogue de fond » toutes les questions relevant de l’AED… Et le DoD sera « invité à participer aux réunions du comité directeur de l’AED qui le concernent, et vice-versa », précise le communiqué, lequel évoque aussi des « activités spécifiques » concernant non seulement la mobilité militaire mais aussi l’enregistrement des substances chimiques [règlement REACH de l’UE, ndlr], les questions liées aux chaînes d’approvisionnement et « l’impact du changement climatique sur la défense ».

« La coopération concerne aussi la participation aux sessions ouvertes du comité européen de normalisation de la défense », précise le Conseil de l’UE.

Pour le moment, le développement de nouvelles capacités ainsi que la recherche et la technologie n’entrent pas dans le champ de cet arrangement… Mais celui-ci pourrait s’étendre à l’avenir, à la condition que les deux parties soient d’accord.

À noter que, dans une résolution adoptée en octobre 2021, le Parlement européen avait « exhorté » l’UE et les États-Unis « à entretenir une coopération étroite non seulement face aux menaces traditionnelles sur la sécurité, mais aussi face aux menaces émergentes que sont la supériorité technologique de pays hostiles, les menaces hybrides, les campagnes de désinformation et l’ingérence malveillante dans les processus électoraux ».

« L’arrangement confirme le rôle majeur du partenariat transatlantique en matière de sécurité et de défense et témoigne de l’importance d’une défense européenne plus forte et plus capable, qui contribue à la sécurité globale et transatlantique et qui soit complémentaire à l’Otan », s’est félicité le Conseil de l’UE.

À noter que l’AED a déjà conclu des « arrangements administratifs » avec la Norvège [en 2006], la Suisse [en 2012], la Serbie [en 2013] et l’Ukraine [en 2015].

Photo : AED

Les forces françaises auront-elles bientôt la capacité d’aveugler les satellites adverses avec des lasers?

Les forces françaises auront-elles bientôt la capacité d’aveugler les satellites adverses avec des lasers?

 

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« Les lasers peuvent également être une arme de guerre spatiale opérée depuis les bateaux : ils peuvent ainsi aveugler des satellites d’observation pour assurer la dissimulation de forces navales en situation de conflit », avait-il en effet développé lors d’une audition parlementaire.

Une telle capacité pourrait effectivement avoir un intérêt pour une opération aéronavale ou amphibie, ce qui éviterait, par exemple, de calculer l’heure des raids ou d’un débarquement en fonction des fauchées des satellites, ce qui complique évidemment la tâche.

Visiblement, la Direction générale de l’armement [DGA] y travaille, comme l’a indiqué Emmanuel Chiva, son patron, à l’occasion d’une audition au Sénat [le compte-rendu vient d’être rendu public].

« Nous avons […] prévu ce que nous pouvons appeler de grands démonstrateurs signaux, consistant en des capacités au sol d’illumination laser de satellites adverses. », a en effet confié le Délégué général pour l’armement [DGA]. « Je pense que nous n’en sommes pas très loin », a-t-il précisé.

Cela étant, la DGA ne part pas d’une feuille blanche en la matière, notamment grâce aux travaux de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales [ONERA] qui, dans les années 1990, mena des « essais grandeur nature de neutralisation de satellites en fin contractuelle de vie opérationnelle », ce qui lui permit de recueillir des données, en particulier sur les niveaux d’énergie nécessaires.

« Nous travaillons sur une technologie dite d’optique adaptative. L’effet recherché n’est pas de détruire l’objet, mais de l’empêcher d’effectuer sa mission. En concentrant l’énergie sur la cible, on pourrait endommager les panneaux solaires d’un satellite ennemi, ou pénétrer par ses fenêtres optiques et l’éblouir », avait par ailleurs expliqué un responsable de l’ONERA dans les pages de l’hebdomadaire Challenges, en 2019.

Par ailleurs, et compte-tenu du risque d’interception des communications par satellite, la DGA conduit également le projet Keraunos, dont l’objectif est d’expérimenter une liaison de communication optique, à base de laser haut débit, entre un nano-satellite en orbite basse et une station sol sur Terre.

« Les liaisons laser sont, par définition, difficiles à intercepter et parce qu’avec ce type de technologie, la station au sol pourra être mobile et embarquée dans un véhicule. Cela nous donne des capacités considérables, résilientes à un certain nombre d’actions que pourraient tenter nos compétiteurs », a expliqué M. Chiva, en évoquant ce projet sans le nommer.

Reste à voir l’effort qui sera consenti en faveur des capacités spatiales dans le cadre de la prochaine Loi de programmation militaire. Celle qui est encore en cours avait prévu un investissement de 4 milliards d’euros, afin de renouveler une partie des capacités des forces françaises.

« L’enjeu de la prochaine LPM sera de confirmer cet effort dans la durée et de garantir une cohérence dans les différents programmes, puisque beaucoup ont un lien avec le domaine du spatial », a seulement dit M. Chiva… Mais au moment de son audition par les sénateurs, tous les grands arbitrages n’avaient pas encore été rendus.

Tribune : Atlantisme et Trahison – Contre-amiral Gaucherand (2s)


Le 30 novembre 2022 une déclaration conjointe d’intention était signée à Washington entre
M. Sébastien Lecornu, Ministre des armées de la République Française et M. Lloyd Austin,
Secrétaire à la Défense des Etats-Unis d’Amérique.

Cette déclaration que l’on peut consulter sur internet dans son intégralité, en français et en
anglais, appelle quelques remarques préalables tant sur la forme que sur le fond.
Pour ce qui concerne la forme, il est à noter plusieurs erreurs d’orthographe et de ponctuation
proprement inadmissibles dans un texte d’une telle portée.

Sur le fond, il semble que le sujet traité, proprement politique s’agissant des relations de
coopération en matière de Défense, sujet d’ampleur beaucoup plus large qu’une simple
coopération entre nos armées respectives, relève pour le moins du Premier Ministre sinon du
Président de la République. Touchant à nos rapports avec l’OTAN, la Communauté
Européenne, l’Ukraine, la dissuasion nucléaire et le cyberespace, on ne peut qu’être surpris
que l’engagement de la France soit ainsi délégué à un simple Ministre des Armées.

Toujours sur le fond, une lecture attentive des cinq feuillets de la déclaration permet de
conclure à l’abandon de la souveraineté de notre nation par la signature de monsieur le
Ministre des armées, révélateur d’une indéniable servilité d’une France vassalisée et
consentante, presque fière de l’être d’un maître aussi puissant, flattée d’en retenir l’attention.

Abandon de sa souveraineté portant non seulement sur ses armées mais sur sa défense et sa
diplomatie pour dire le moins, remise entre les mains de l’Union Européenne et de l’OTAN
dont chacun sait que ces deux entités politiques et militaires, créations des États-Unis, sont de
fait placées sous l’autorité de la Maison Blanche et du Pentagone.
A titre d’illustration, voici un extrait, avec ses fautes de syntaxe, de ladite déclaration en
précisant ce que l’on doit entendre par coopération sur tous les théâtres, c’est-à-dire la mise
sous le commandement américain des éléments de force que la France engage, chose déjà
vécue avec le porte-avions Charles de Gaulle, de quoi faire se retourner le Général dans sa
tombe :
Nous réaffirmons notre soutien indéfectible à L’amélioration de notre coopération sur tous les
théâtres ou nos forces armées sont engagées dans des opérations conjointes, en particulier en
Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, dans les Caraïbes, dans la région lndo-pacifique et le
domaine maritime. Nous devons renforcer notre interopérabilité et consolider notre culture
stratégique et opérationnelle commune par un échange régulier de personnels visant a rendre
plus efficaces nos opérations conjointes.(…………..).
Nous entendons poursuivre le développement de l’interopérabilité déjà engagèe entre chacune
des composantes de nos Armées cant dans ses dimensions opérationnelle que technique, afin
de pouvoir mener des opérations conjointes interarmées, y compris dans des conflits de haute
intensité.
(………)
Sur le fondement de notre coopération historique, nous nous engageons à renforcer le
partenariat stratégique OTAN / Union européenne.

Il est bien connu que lorsque l’on est invité à diner avec le Diable, il faut se munir d’une cuillère
à long manche. Mais peut-être que M. Lecornu ne le savait pas.
Sans aucun doute il aurait dû relire ce texte où Georges-Marc Benhamou relate une prise de
position du président François Mitterrand en 1994 au sujet des relations entre la France et les
États-Unis :
« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, ils sont très durs
les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une
guerre inconnue, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, sans
mort apparemment et pourtant une guerre à mort. »
Sans omettre cette autre déclaration d’un orfèvre en la matière quand, au printemps 2000,

M. Robert McNamara, secrétaire d’Etat américain à la défense de 1961 à 1968, a estimé :
« Les Etats-Unis eux-mêmes, par leur tendance croissante à agir de manière unilatérale et sans
respect pour les préoccupations des autres, sont devenus un Etat-voyou ».
Qui peut affirmer que François Mitterrand a été un grand Président ? Toutefois personne ne
peut nier sa lucidité quand, toujours selon M. Benhamou, il a déclaré :
« Je suis le dernier des grands présidents. Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des
comptables. »
Ceci explique sans doute l’absence de vision historique de nos dirigeants concernant les
relations de la France avec le monde en général et avec les États-Unis en particulier. Mais
n’est-ce pas pour ce motif même qu’ils ont été sélectionnés pour accéder au pouvoir après
avoir été adoubés du titre envié de Young Leader voire de celui de World Young Leader par le
maître de Davos ?
Toutefois cela n’explique pas qu’une telle déclaration n’ait fait l’objet ni d’un débat à
l’Assemblée Nationale ni d’une question écrite ou orale de l’opposition ni d’une réaction de la
commission de la Défense et des forces armées, ni d’article dans les journaux de référence à
l’exception notable du Figaro du 1er décembre, au lendemain de sa publication.L’actualité se complaisait alors dans les déboires conjugaux d’un député de l’opposition qui
ont occupé tant le parlement que les médias. On attache de l’importance à ce que l’on peut.
On monte en épingle le dérisoire pour mieux cacher l’essentiel. Alors, est-ce important la
souveraineté de la France ? Pas vraiment. Circulez, il n’y a rien à voir ! Mais comment s’en
étonner quand notre intervention dans le grave conflit entre la Russie et l’Ukraine ne fait
l’objet d’aucune saisie du Parlement !

Ceci se passe au moment où les Atlantistes qui tiennent le haut du pavé, vouent publiquement
aux gémonies sur les plateaux de télévisions, eux-mêmes inféodés à la grande finance, et dans
les journaux à grand tirage appartenant aux mêmes, ceux qui ne partagent pas leur point de
vue de bons serviteurs de l’Empire euratlantique, capitale Washington, sous-préfecture Paris.
Allant jusqu’à leur dénier la qualité de patriotes… Eux, à propos de qui la question se pose
pourtant de savoir si l’on peut être atlantiste sans trahir sa nation.
Charles De Gaulle ne disait-il pas qu’une nation n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ?
Qui donc ose affirmer sans trahir la vérité que les Etats-Unis d’Amérique ont les mêmes
intérêts que la France quand l’actualité démontre chaque jour le contraire à condition de bien
vouloir s’informer et réfléchir et constater leur volonté de nous asservir dans tous les
domaines, économique, culturel, militaire, ceux de la recherche, de la langue, du mode de vie.
Alors, atlantisme ou trahison ? Vous avez dit collaboration ? Cela rappelle de bien mauvais
souvenirs.
Il est grand temps de décoloniser les esprits de nos « élites ».