“Rassembler ses forces” : Lettre ASAF du mois d’octobre 2021

Rassembler ses forces” : Lettre ASAF du mois d’octobre 2021

Ces derniers mois ont vu la France mise à rude épreuve sur la scène internationale en raison de la remise en cause – jusqu’à la contestation – de certains de ses intérêts stratégiques.

"Rassembler ses forces" : Lettre ASAF du mois d'octobre 2021


Menaces

Ces derniers mois ont vu la France mise à rude épreuve sur la scène internationale en raison de la remise en cause – jusqu’à la contestation – de certains de ses intérêts stratégiques.

En premier lieu, la rupture sans préavis du contrat « du siècle » de 12 sous-marins signé avec l’Australie, sous la pression des États-Unis et avec la connivence de la Grande-Bretagne. Il est possible que le partenariat stratégique, noué à cette occasion il y a quelques années entre la France et l’un des 5 pays anglo-saxons du réseau de renseignement très fermé Echelon, ait pu devenir gênant pour ces 2 États. Mais c’est surtout la rivalité sino-américaine dans l’Indo-Pacifique qui en est la cause ; elle confère en effet à l’Australie une importance stratégique majeure dans le dispositif américain visant à contenir l’empire du milieu.

D’autre part, après avoir poussé un pion en République centrafricaine, la Russie s’apprête à prendre pied au Mali grâce au groupe Wagner, véritable faux nez de ses services de renseignement. Ainsi, la présence de ce groupe russe pourrait conduire le Président français à décider de quitter ce pays du Sahel où pourtant la France est engagée et combat avec plus de 5 000 hommes et où elle a déjà perdu plus de 50 soldats. La France a-t-elle une stratégie générale, c’est-à-dire une politique, à la fois claire et réaliste en Afrique ? La question est d’autant plus légitime qu’il en va de la vie de nos soldats.

Enfin, à quelques semaines du 3e référendum qui, le 12 décembre 2021, scellera l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, la Chine renforce ses opérations d’influence sur ce territoire hautement stratégique pour la France, dans le but de rendre le résultat de cette 3e consultation favorable à l’indépendance. Pour la France, l’indépendance de cette collectivité d’outre-mer engendrerait une perte considérable. En effet, ce territoire de 19 000 km2, situé à 1 500 km à l’est de l’Australie, 4e producteur mondial de nickel, lui donne une zone économique exclusive (ZEE) de plus de 1,4 million de km2. Il constitue par ailleurs un remarquable porte-avions de 400 km de long situé à 18 000 km de Paris.

Ce sont donc les États-Unis, la Russie et la Chine que la France doit affronter, lâchée par une Union européenne impuissante, tant les intérêts des nations qui la composent sont hélas divergents sur les questions stratégiques.

Face à ces évènements et à ces concurrents, les Français doivent prendre conscience des multiples menaces qui pèsent sur eux et qui mettent en cause leur sécurité, leur liberté et leurs emplois partout dans le monde. Il leur faut admettre que les relations internationales reposent d’abord sur des rapports de force.

Crédibilité

Pour résister, puis riposter et atteindre ses objectifs, il importe que la France restaure d’urgence sa crédibilité aux yeux des autres nations faute de quoi elles se tourneront vers les puissances qui paraissent les plus fiables.

– Tout d’abord, assurer son intégrité territoriale tant en Métropole que dans les DROM-COM en y affectant les moyens nécessaires. Ces territoires constituent des bases interarmées nécessaires pour contrôler les ressources de notre ZEE de plus de 11 millions de km2 (la 2e du monde).

Ensuite, renforcer la crédibilité des forces armées en dotant celles-ci de ressources accrues leur permettant d’accélérer la modernisation de leurs équipements, la mise à niveau de leurs stocks de munitions et leur capacité à durer. Ce n’est pas en 3 ans que notre armée va combler ses lacunes et remonter en puissance alors que pendant 40 ans le budget de la Défense n’a cessé de diminuer. Nous engagions 450 hélicoptères pendant la guerre d’Algérie il y a 60 ans,  120 il y a 30 ans dans la guerre du Golfe et maintenant…16 dans l’opération Barkhane. Tout est dit ou presque !

Enfin, pour satisfaire ces besoins, rétablir l’équilibre budgétaire est un impératif absolu afin de retrouver à terme des marges de manœuvre et pouvoir faire face à l’imprévu. Aujourd’hui notre dette représente 120 % du PIB soit 2 450 Mds € à comparer aux 40 Mds du budget de la Défense en 2021 !


Fierté

Dans le même temps, il importe de réaffirmer la fierté d’être Français et la volonté de demeurer une nation forte, libre et rayonnante. À cet égard les leçons du parcours d’Hubert Germain, dernier Compagnon de la Libération, sont à même de nous inspirer.

– Son choix fait à 19 ans de servir la France jusqu’au sacrifice au prix de son intérêt personnel. Il nous fait comprendre que le droit à la liberté individuelle ne peut exister que si le premier devoir que constitue la défense collective est assuré. En 1940, le territoire national est découpé en 6 zones, Paris est sous la botte allemande, la France en tant que pays libre n’existe qu’à travers ceux qui se battent pour sa libération tant en Métropole qu’à l’étranger. Quand on est vaincu, on devient l’esclave du vainqueur ; se battre est donc le gage de la liberté ! Après Bir Hakeim de Gaulle écrira :« À Bir Hakeim où le rayon de sa gloire renaissante a caressé le front sanglant de nos soldats, le monde a reconnu la France ».

– Placer le courage comme première vertu. Pas question pour Hubert Germain de se réfugier dans un autre pays en paix, de demander asile… Un seul devoir : combattre pour la liberté de la Patrie qu’il chérit. Il sait et nous rappelle « qu’un homme sans courage est une chose ». C’est une France forte, libre et combattante qui peut et doit rayonner sur le monde.

Dans une époque marquée comme toujours par l’incertitude et, pour la France, par un sentiment de déclin, d’affaiblissement et de déclassement, le salut passe par la volonté de nous redresser, de nous relever, de combattre, chacun dans notre domaine mais de manière coordonnée, avec un sens du collectif et le souci de l’intérêt général et du bien commun. Nous devons retrouver le goût d’être les meilleurs.

Le chemin de l’excellence est le seul qui vaille pour nous et pour notre pays. Nous y sommes condamnés si nous voulons vivre debout.

 La RÉDACTION de L’ASAF

https://www.asafrance.fr/item/lettre-asaf-du-mois-d-octobre-2021.html

Des sapeurs français et belges se préparent conjointement au combat urbain de « haute intensité »

Des sapeurs français et belges se préparent conjointement au combat urbain de « haute intensité »

http://www.opex360.com/2021/10/18/des-sapeurs-francais-et-belges-se-preparent-conjointement-au-combat-urbain-de-haute-intensite/

La guerre froide avec la Chine va désagréger le ciment de l’Amérique

 

La guerre froide avec la Chine va désagréger le ciment de l’Amérique


Source : lesakerfrancophone.fr – 27 septembre 2021 – Alastair Crooke

https://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-froide-avec-la-chine-va-desagreger-le-ciment-de-lamerique

par Alastair Crooke est un ancien diplomate britannique, fondateur et directeur de Conflicts Forum, basé à Beyrouth.


L’Amérique, qui a délocalisé une grande partie de ses capacités de production en Chine pour en tirer un profit à court terme, peut-elle se permettre le découplage ?

Washington ne sait pas trop quoi faire après la fin chaotique de la guerre « éternelle » de l’Amérique. Certains à Washington regrettent amèrement d’être sortis d’Afghanistan et plaident pour un retour immédiat ; d’autres veulent simplement passer à autre chose – à la « guerre froide » avec la Chine, bien sûr. Les cris suscités par la débandade initiale de l’Establishment et l’expression de sa douleur face à la débâcle du retrait de Kaboul indiquent toutefois à quel point l’accent presque obsessionnel mis sur l’obstruction de la Chine apparaît néanmoins comme une retraite humiliante pour les faucons américains, habitués à des interventions plus globales et illimitées.

Il s’agit bien d’une retraite. « Rome » relègue ses « provinces éloignées » à leur propre sort, et même son cercle restreint de loyalistes est rétrogradé à une indifférence « bénigne ». Il s’agit d’un rapprochement vers le « centre », on se serre les coudes pour mieux rassembler les forces en vue d’une attaque contre la Chine.

Il y a les régions complaisantes que les Américains ont occupées après la Seconde Guerre mondiale (le Japon et l’Allemagne psychologiquement effrayés), et puis il y a l’empire mondial américain, qui existe chimériquement partout où la puissance commerciale et culturelle des États-Unis s’étend, et en pratique dans son patchwork d’États clients et d’installations militaires. Ce troisième empire est considéré par de nombreux Américains comme sa réalisation la plus remarquable – un triomphe de la « Ville Lumière ».

La scène finale de l’ère post-11 septembre à l’aéroport de Kaboul, digne du dénouement du goûter chez le Chapelier fou, a cependant clairement rappelé la fin de l’Empire romain. Oui, l’échec en Afghanistan a peut-être eu lieu loin de Rome, mais quelque chose de plus profond plane aujourd’hui dans l’air : un changement d’époque.

Et les défaites sur des frontières lointaines peuvent avoir des conséquences profondes – plus près du noyau impérial – car le sentiment d’un déclin impérial accéléré se répercute sur les débats nationaux, creusant des fossés idéologiques déjà béants.

Un consensus national bien ancré peut changer très lentement, puis, sous la bonne pression, d’un seul coup. Et de bien des manières subtiles et parfois chaotiques, ce déclencheur de changement est venu de Trump. Ni colombe ni systématicien, il a néanmoins rendu le réalisme et l’anti-interventionnisme à nouveau quasi respectables.

Elbridge Colby, qui était dans le Pentagone de Trump pour aider à concevoir sa stratégie de défense nationale, a publié un nouveau livre, « La stratégie du déni : La défense américaine à l’ère des conflits entre grandes puissances » qui plaide en faveur d’une politique étrangère qui laisse clairement et résolument derrière elle l’ère post-11 septembre. Le cercle extérieur de la « périphérie » se réduit à une gestion de la nécro-technologie par-delà l’horizon, et les « provinces proches de l’empire », comme l’Europe, sont considérées comme des « attractions » par rapport à l’événement principal, la Chine. Se concentrer sur l’Iran ou la Corée du Nord, dit-il, est tout simplement malavisé.

Il s’agit d’un « livre réaliste, centré sur la tentative de la Chine de s’imposer en Asie comme la menace la plus importante du XXIe siècle », écrit Ross Douthat dans le NY Times. « Tous les autres défis sont secondaires : seule la Chine menace profondément les intérêts américains, par une consolidation du pouvoir économique en Asie qui met en péril notre prospérité et par une défaite militaire qui pourrait faire voler en éclats notre système d’alliance. Par conséquent, la politique américaine devrait être organisée de manière à refuser à Pékin une hégémonie régionale et à dissuader tout aventurisme militaire – avant tout, par un engagement plus fort à défendre l’île de Taïwan ».

La « stratégie du déni » présente une version particulièrement peu sentimentale d’un consensus de Washington qui se consolide rapidement. Le discours de Biden justifiant le retrait d’Afghanistan par la fin de l’édification de la nation et la concentration sur la lutte contre le terrorisme – bien que plus modéré – dit la même chose que Colby.

Les contradictions implicites de la guerre contre le terrorisme et de l’occidentalisation coercitive de l’ère du 11 septembre ne sont peut-être devenues que trop évidentes aujourd’hui, avec le recul du 20e anniversaire, mais d’autres contradictions du pivot « Endiguer la Chine » sont potentiellement tout aussi fatales à son succès, tout comme les hypothèses erronées qui sous-tendaient le zeitgeist de l’ère post-11 septembre.

Sa contradiction la plus fondamentale est que, loin de fournir le baume autour duquel les Américains peuvent se rassembler et s’unifier, le pivot vers la Chine est susceptible de ne faire que désagréger le ciment d’une « nation » hétérogène qui se replie de plus en plus sur elle-même.

Premièrement, selon le « nouveau consensus », la meilleure façon pour l’Amérique d’affaiblir la Chine est de faire en sorte que ce soit « le monde contre la Chine » – en la confrontant à une large coalition transnationale, fondée sur la lutte de valeurs entre la démocratie et l’autoritarisme. Oui, mais cela répète l’erreur qui sous-tendait la politique du 11 septembre – à savoir supposer que le reste du monde admire toujours la démocratie libérale américaine et aspire à l’imiter. Regardez ce qui s’est passé en Afghanistan. Le monde a changé – la déférence envers les valeurs occidentales s’est évaporée.

Il fut un temps où les « pro-européens » étaient eux aussi persuadés que le monde serait presque inévitablement refait à l’image de l’Occident, qui n’avait de cesse que d’étendre ses règles et d’exporter son modèle. Depuis lors, même les Européens ont perdu confiance dans leur vision du monde et sont devenus psychotiquement plus défensifs (imaginant des « menaces » imminentes de partout et de tout le monde). Et à mesure que le modèle européen s’est vidé de sa substance, devenant moins crédible, l’Europe s’est également adonnée au mercantilisme brut. La logique de la situation européenne est claire. Elle a besoin de la Chine, plus que la Chine n’a besoin de l’Europe.

Il serait donc très exagéré pour Washington d’imaginer que « le reste du monde » pourrait se ranger du côté de ses valeurs démocratiques contre « l’autoritarisme » de la Chine. Pour rappel, la démocratie américaine a été ternie aux yeux du monde à la lumière de l’élection de 2020. Et quelque 70 à 80 millions d’Américains partagent également ce point de vue. Nous l’avons vu tous les soirs sur nos écrans.

Deuxièmement, cela suppose que le système économique capitaliste et « corporatif » de l’Amérique soit un atout considérable dans la guerre froide contre la Chine. Eh bien, ce n’est pas le cas. La Chine a ses problèmes économiques, certes, mais contrairement à la plupart des États occidentaux, elle tente de s’éloigner du néolibéralisme brut et des liquidités sans fin – comme si, munis d’un marteau, tous leurs problèmes étaient devenus des clous. La Chine se détourne délibérément des distorsions de ce modèle, de la hausse vertigineuse du coût du logement et de la vie, des énormes inégalités et des dommages sociaux collatéraux. Ce serait une erreur de sous-estimer « l’attraction » de cette vision différente (même pour les Européens). La Chine est, elle-même, un pôle civilisationnel.

Troisièmement, il y a une contradiction fondamentale dans le fait de se concentrer comme un laser sur l’objectif d’« entraver la Chine », alors que celui-ci n’est mené à bien qu’au prix de l’alimentation du sentiment des Américains d’un déclin impérial accéléré qui se traduit par des tensions internes.

C’est l’argument de Pat Buchanan dans un article intitulé « Who and What Is Tearing the U.S. Apart ? » Il répond :

Après le 11 septembre, Bush a envahi l’Afghanistan et l’Irak. Le président Barack Obama a attaqué la Libye et nous a plongés dans les guerres civiles syrienne et yéménite. Ainsi, en 20 ans, nous avons été responsables de la mort de centaines de milliers de personnes et avons chassé des centaines de milliers d’autres de leurs maisons et de leurs pays. Les Américains sont-ils vraiment aussi inconscients ? … Beaucoup de ces peuples veulent que nous quittions leurs pays pour la même raison que les Américains des 18e et 19e siècles voulaient que les Français, les Britanniques et les Espagnols quittent notre pays et notre hémisphère.

Contrairement aux générations précédentes, nos divisions du 21e siècle sont beaucoup plus larges – pas seulement économiques et politiques, mais sociales, morales, culturelles et raciales. L’avortement, le mariage homosexuel et les droits des transsexuels nous divisent. Le socialisme et le capitalisme nous divisent. La discrimination positive, Black Lives Matter, la criminalité urbaine, la violence armée et la théorie critique des races nous divisent. Les allégations de privilège blanc et de suprématie blanche, et les demandes pour que l’égalité des chances cède la place à l’équité des récompenses, nous divisent. Dans la pandémie de COVID-19, le port de masques et les obligations vaccinales nous divisent.

« Le débat sur l’identité nationale américaine est sept fois maudit », écrit Darel Paul, professeur de sciences politiques au Williams College :

Les États-Unis constituent-ils même une « nation » ? Dans le sens d’une ascendance commune (la racine de « nation » est le latin nasci, naître) – clairement non. La crainte généralisée d’un tel sens ethnique donné à l’identité américaine suscite une hostilité considérable à l’idée même de nationalisme. La plupart des élites américaines préfèrent des mots comme « patriotisme »… Le problème de cette conception du patriotisme est qu’il s’agit d’un ciment faible. L’histoire récente des États-Unis en offre de nombreuses preuves. Plutôt que des objets d’accord – la liberté, l’égalité, les droits individuels et l’auto-détermination des peuples sont au contraire [aujourd’hui] des objets de discorde.

Nous en arrivons ici au véritable ciment de l’Amérique : depuis la fondation du pays dans les feux de la guerre, les États-Unis ont été un empire républicain expansionniste incorporant toujours de nouvelles terres, de nouveaux peuples, de nouveaux biens, de nouvelles ressources, de nouvelles idées. Cet « empire de la liberté », comme l’appelait Thomas Jefferson, ne connaissait pas de limites … L’expansion militaire, commerciale et culturelle continue depuis Jamestown et Plymouth a cultivé l’agitation, la vigueur, l’optimisme, la confiance en soi et l’amour de la gloire pour lesquels les Américains sont connus depuis longtemps. Le ciment de l’Amérique a donc toujours été ce que Niccolò Machiavelli appelait la virtù au service d’une « richesse commune en expansion ». Une telle république est toujours en tumulte, mais un tumulte qui, s’il est bien ordonné, trouve sa gloire….

Le mouvement vers l’avant devient ainsi l’élément vital d’une telle entité politique. Sans elle, le but des liens civiques d’unité est inévitablement remis en question. Une Amérique qui n’est pas un glorieux empire républicain en mouvement n’est pas une Amérique, point final. Cette partie du mythe américain, Lincoln ne l’a pas évoquée à Gettysburg.

Depuis les années 1960, la gloire de l’empire américain de la liberté s’est ternie. Depuis le milieu des années 2010, elle fait l’objet d’une attaque interne soutenue. Les échecs de l’objectif national au Vietnam, en Irak et en Afghanistan sont amplifiés par l’échec de la mondialisation à générer une richesse commune pour le commonwealth. Si les Américains ne sont pas unis par une grandeur républicaine expansionniste, à quoi servent alors toutes ces races, croyances et cultures hétéroclites ? Si la croyance en ce que l’auto-détermination des peuples pouvait disparaître de la planète sans l’aide américaine était plausible en 1863 ou 1941, elle est difficile à vendre en 2021.

Cette lutte contre la Chine a-t-elle un sens ? L’Amérique, dont le système économique et financier est aujourd’hui très précaire, peut-elle se permettre d’acculer la Chine à une situation économique défavorable ? L’Amérique, qui a délocalisé une grande partie de sa capacité de production en Chine, pour un profit à court terme, peut-elle se permettre de découpler ? Les chefs d’entreprise américains partagent-ils vraiment l’opinion selon laquelle la consolidation (inévitable) du pouvoir économique en Asie met en péril la prospérité américaine, et que cette consolidation ferait voler en éclats l’ordre impérial basé sur le dollar ? C’est possible. Ils le craignent.

Alastair Crooke

Source Strategic Culture

Une taupe russe au cabinet Le Drian ? Pas si vite…

Une taupe russe au cabinet Le Drian ? Pas si vite…

La réaction de Bernard Bajolet, ancien DGSE. Il dément avoir fait remonter « un cas individuel ».

 

Bernard Bajolet

Bernard Bajolet © Sipa Press


Y a-t-il eu une « taupe » russe au sein du cabinet du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian (2012-2017). C’est ce que laisserait entendre l’ancien directeur de la DGSE Bernard Bajolet, dans un entretien accordé à C dans l’Air pour une émission spéciale consacrée à la Russie, qui a été diffusée dimanche soir sur France 5. La réalité est nettement plus nuancée.


A la question de Caroline Roux ( «  Vous avez eu à traiter un cas de ce type. C’était en 2017. Une taupe avait intégré le cabinet du ministre Jean-Yves Le Drian  »), Bernard Bajolet répond «  En effet, quand j’étais DGSE, j’avais fait remonter  » et il enchaîne sur le contre-espionnage en général.

Bernard Bajolet, qui souhaite obtenir l’intégrale de son interview sur France 5, nous précise que « l’extrait de ma réponse a fait l’objet d’une interprétation erronée. Je n’ai jamais voulu réagir à un cas individuel ni mentionner un cabinet en particulier. En aucun cas ma réponse ne peut être considérée comme une confirmation de la réalité des allégations dont a fait état Caroline Roux sur la présence d’un agent étranger dans le cabinet d’un ministre de l’époque ».

« J’ai voulu souligner l’intensité des activités d’espionnage menées à l’encontre de notre pays par des puissances étrangères, dont la Russie, et l’importance de la fonction de contre-espionnage confiée aux services de renseignement, que j’ai remontée dans les priorités lorsque j’étais directeur général de la sécurité extérieure. C’est bien la priorité du contre-espionnage que j’évoquais et non pas une information quelconque aux autorités de l’époque. »

A l’origine de cette « affaire », on trouve un article de Mediapart, du 27 avril 2018, rédigé par deux journalistes spécialisés dans les questions de renseignement, Matthieu Suc et Jacques Massey. L’article affirme qu’en 2017 « Bernard Bajolet [avait] saisi le procureur de la République de Paris » à la suite d’une enquête visant « un espion russe suspecté d’avoir recruté une taupe au sein même du cabinet militaire de Jean-Yves Le Drian. Des notes de la DGSE relatent en particulier des rendez-vous entre l’officier supérieur français et son officier traitant russe. Des comptes rendus de réunions ministérielles auraient été transmis ».

Selon nos informations, il y a à la fois une part de vérité et une confusion dans cet article. La part de vérité est qu’effectivement, un colonel affecté au cabinet militaire de Jean-Yves Le Drian a été écarté de son poste et expédié au Mali, à la suite d’un contact sans doute imprudent avec un représentant de l’ambassade de Russie qui s’intéressait à l’engagement militaire français dans les pays baltes. Cet officier des troupes de marine a ensuite poursuivi sa carrière. A la même époque, un amiral aurait, lui aussi, été écarté suite à des contacts avec des Israéliens.

En revanche, la confusion porte sur le signalement au procureur. Celui-ci a bien eu lieu, mais il concerne une autre affaire, celle de deux anciens de la DGSE qui ont travaillé pour la Chine. Ils ont été condamnés pour trahison par la justice en juillet 2020.

Rappelons enfin que les relations entre Bernard Bajolet, aujourd’hui à la retraite, et le cabinet du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian n’ont pas toujours été au beau fixe.

Sahel/Barkhane : Nouveau coup de froid sur les relations diplomatiques entre la France et le Mali

Sahel/Barkhane : Nouveau coup de froid sur les relations diplomatiques entre la France et le Mali

http://www.opex360.com/2021/10/06/sahel-barkhane-nouveau-coup-de-froid-sur-les-relations-diplomatiques-entre-la-france-et-le-mali/