Avec la fin annoncée de Barkhane, le Mali dénonce un « abandon en plein vol » de la France

Avec la fin annoncée de Barkhane, le Mali dénonce un « abandon en plein vol » de la France


 

Des pilotes de l’Aviation légère de l’armée de Terre, passés officiers en 2008, seraient empêchés de quitter le service

Des pilotes de l’Aviation légère de l’armée de Terre, passés officiers en 2008, seraient empêchés de quitter le service

http://www.opex360.com/2021/09/26/des-pilotes-de-laviation-legere-de-larmee-de-terre-passes-officiers-en-2008-seraient-empeches-de-quitter-le-service/


Pour le caporal-chef Maxime Blasco

Pour le caporal-chef Maxime Blasco

 

Par Michel Goya Publié dans Le Figaro, 27 septembre 2021.

https://lavoiedelepee.blogspot.com/

Nous sommes dans la nuit du 14 juin 2019 au Mali. Ils sont trois dans l’hélicoptère Gazelle, Kevin et Adrien dans le cockpit et Maxime, le tireur d’élite, à l’arrière les pieds sur les patins. Tous les trois sont engagés dans un combat qui a déjà commencé depuis plusieurs heures contre une quarantaine de combattants djihadistes. Cela se passe mal. Dès son arrivée dans la zone, l’hélicoptère est accroché, percé et chute. Le crash est très rude et tous se retrouvent brisés à l’intérieur alors qu’un incendie menace de tout faire exploser. N’écoutant que son courage, qui lui disait beaucoup, Paco, le chef de bord de l’hélicoptère Tigre évoluant à proximité, décide de se poser à une cinquantaine de mètres de là pour tenter de récupérer ses camarades au milieu de la zone de combat. Voyant cela et les flammes qui montent, Maxime surmonte ses douleurs et va chercher ses deux camarades encastrés dans le cockpit. Ils sont incapables de marcher. Qu’à cela ne tienne, Maxime les traîne jusqu’au Tigre. Petit détail : l’hélicoptère Tigre n’a aucune capacité de transport. Les trois hommes s’accrochent donc comme ils peuvent au train d’atterrissage et tiennent à la force des bras pendant les cinq minutes de vol jusqu’à un lieu plus sûr. En tout, du crash au posé du Tigre, douze minutes de courage pur.

Vous en avez entendu parler ? Il est probable que non, même si un petit reportage a été fait et bien fait. Éternel problème : la France a des hommes et des femmes ordinaires qui font régulièrement des choses extraordinaires loin de chez eux, mais peu le savent. Et quand par chance, on les voit sur le petit écran, on ne cite que rarement leur nom complet.

Maxime est tombé le 24 septembre dernier. Pour l’honorer complètement, on peut donc enfin dire son nom complet : Maxime Blasco. Pas sorti d’une grande école, pas riche héritier, pas joueur au Paris–Saint-Germain, pas influenceur sur Instagram, Maxime n’avait pas de chance de faire la une, sauf peut-être en passant par le Meilleur Pâtissier, son premier métier. En fait, la pâtisserie ce n’était pas son truc, son truc, comme beaucoup d’hommes et de femmes qui s’engagent dans un régiment de combat c’était justement le combat. Il a voulu une vie forte en échange du risque qu’elle soit brève et comme il était des Alpes, il s’est engagé au 7e bataillon de chasseurs alpins où il a trouvé ce qu’il cherchait. Dès sa première opération, en Centrafrique, Maxime a participé au combat de Batangafo au nord du pays les 4 et 5 août 2014. Ce combat très violent a fait au moins 70 morts parmi ceux qui avaient attaqué les soldats français qui n’avaient alors eu que deux blessés, sans doute pas assez pour que cela intéresse plus les médias que les fausses accusations de pédophilie. Mais si on ne veut pas les voir et si l’armée ne sait pas les montrer, les bons combattants sont au moins reconnus en interne. Maxime Blasco, alors tireur d’élite, a reçu là la Croix de la Valeur militaire et sa première citation. Pour les non-initiés, c’est la version de temps de paix de la Croix de guerre, qui récompense de la même façon le courage au combat. Pour dévoiler la suite, Maxime Blasco en recevra quatre en sept ans.

Car bien entendu cela ne s’est pas arrêté là. Comme il était très bon, il a rapidement rejoint le Groupement de commandos montagne, ce qui se fait de mieux à la 27e brigade d’infanterie de montagne. À partir de là, il a rejoint tous les ans à partir de septembre 2016 et pour quatre mois à chaque fois, l’unité d’intervention aéromobile au camp de Gao au Mali. Il a donc enchaîné aussi les combats à terre ou depuis l’hélicoptère où il servait comme tireur d’élite, un rôle d’autant plus lourd que l’on voit qui on tue et qui est également essentiel dans des engagements où il faut à tout prix éviter de tuer des innocents. L’importance des tireurs d’élite est considérable dans notre armée, quasi stratégique quand on considère le poids d’une seule erreur. Clint Eastwood a fait un film sur l’un d’entre eux, mais Clint Eastwood est américain et Maxime Blasco était infiniment plus humble que Chris Kyle, mais tout aussi accroché à sa mission et à ses potes, refusant tout poste « tranquille » après ses blessures pour les rejoindre plus vite.

Plein de combats donc, dont un où il a stoppé un convoi ennemi à lui tout seul et cette fameuse nuit de juin 2019. Au bout du compte, Maxime Blasco est un des Français qui a fait le plus de mal à nos ennemis djihadistes. Le président de la République l’a même décoré de la Médaille militaire, il y a quelques mois seulement. Il faudra qu’on arrête un jour cette distinction aristocratique entre la Légion d’honneur pour les officiers et la Médaille militaire pour les autres, mais il faut que les Français se rendent compte que recevoir la Médaille militaire comme caporal-chef après neuf ans de service, c’est très exceptionnel. C’est recevoir une médaille d’or aux Jeux olympiques, mais discrètement.

Mais le combat est aussi forcément un risque. Pénétrer dans une zone de danger, c’est lancer un dé. Selon le résultat, on en sort le plus souvent indemne, on est parfois blessé dans son corps et son âme, on y perd aussi de temps en temps la vie. Le 24 septembre dernier, dans cette mission de reconnaissance près de la frontière burkinabé, le dé est mal tombé. L’ennemi n’était pas détruit après le passage des Tigre et il restait encore un homme pour tirer à bout portant sur Maxime, qui n’a sans doute et comme souvent, même pas vu qui lui tirait dessus. Comme les héros de l’Illiade, le puissant destin s’est emparé de ses yeux et son âme s’est envolée sans souffrir. Celle de son ennemi n’a pas tardé à le rejoindre.

Ce n’est pas parce que nos soldats tombent que nous perdons les guerres. Si nos soldats tombent, c’est parce que nous acceptons comme nation qu’ils prennent des risques, ce qui reste à ce jour le seul moyen de vaincre nos ennemis. Pour autant, ils sont peu nombreux ceux qui acceptent de pénétrer volontairement dans ces bulles de violence, quelques dizaines de milliers tout au plus. Ils constituent un trésor national qui mérite sans doute plus, plus de moyens, d’attention, de considérations. À tout le moins, le minimum est de ne pas attendre qu’ils soient tombés pour voir qu’ils sont grands.

La France a-t-elle vraiment les moyens de ses ambitions dans la région Indo-Pacifique?

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Un caporal-chef du 7e BCA tué au combat au Mali

Un caporal-chef du 7e BCA tué au combat au Mali

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 24 septembre 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/09/24/un-caporal-chef-du-7e-bca-tue-au-combat-au-mali-22446.html


Le caporal-chef Maxime Blasco, du 7e BCA, a été tué ce vendredi matin lors d’une opération de combat à 50km à l’est de Hombori et à 15km de la frontière avec le Burkina, dans la forêt de N’Daki.

Ce matin, selon l’EMA, un drone Reaper a localisé un GAT d’une dizaine d’hommes vers 8h50 (heure française). Des Tigre venant de Gao ont lancé une frappe et simultanément un groupe de commandos de montagne d’une trentaine d’hommes a été héliporté pour effectuer une reconnaissance de la zone.

Cette reconnaissance s’est déroulée vers 11h (heure française). Trente minutes après le posé du GCM, un tireur embusqué a ouvert le feu sur les soldats française et a touché le caporal-chef Blasco qui, touché à la tête, est décédé de ses blessures.

Son corps a été évacué vers Gao à 13h30 alors que des actions aériennes étaient en cours. Un drone Reaper a largué une bombe GBU12 et une patrouille de deux Mirage 2000 a procédé à deux frappes. L’EMA n’était pas en mesure hier soir de préciser le volume des pertes ennemies.

Le caporal-chef Blasco était âgé de 34 ans, titulaire de quatre citations. Il en était à son 4e déploiement sur Barkhane. Il s’était distingué en juin 2019 alors que la Gazelle dans laquelle il se trouvait, en tant que tireur d’élite, s’était écrasée. Il avait extrait le pilote et le copilote et avait réussi à les extraire via un hélicoptère Tigre.

Sa mort porte à 58 le nombre de soldats français mort au Sahel depuis 2013.

Sa biographie.
Né le 4 décembre 1986 à Grenoble, le caporal-chef Maxime BLASCO a accompli toute sa carrière au 7e bataillon de chasseurs alpins. Il s’y engage le 1er août 2012 et se distingue rapidement au cours de sa formation initiale, par son excellent état d’esprit et ses compétences.

Il devient tour à tour tireur de précision puis tireur d’élite du groupe commando montagne (GCM). Il est projeté en juin 2014 en République centrafricaine, au Tchad et au Sénégal dans le cadre des opérations SANGARIS et BARKHANE comme tireur de précision. Il se distingue à chaque reprise dans des actions de combat par sa précision et son sang-froid. Cela lui vaudra d’être décoré de la croix de la Valeur militaire avec étoile de bronze. De septembre 2016 à janvier 2017, il est projeté au Mali dans le cadre de l’opération BARKHANE en tant que tireur d’élite du GCM.

Il est ainsi engagé dans plusieurs missions d’infiltration en profondeur où, ses actions courageuses permettront l’arrestation ou la neutralisation de groupes armés terroristes (GAT). Son engagement lui vaudra l’attribution d’un témoignage de satisfaction. Il est à nouveau projeté sur l’opération BARKHANE de septembre 2017 à janvier 2018 où il s’illustrera à deux reprises. D’abord, en participant de nuit à l’assaut d’une maison abritant cinq djihadistes armés où, en tête du dispositif d’assaut, il se trouve face à quatre ennemis qu’il fait prisonniers. Il contribue plus tard à la saisie d’un dépôt important d’armes et d’explosifs où, après une infiltration en zone hostile, il participe à l’immobilisation des sentinelles ennemies. Il sera alors à nouveau décoré de la croix de la Valeur militaire avec étoile de bronze. Lors de sa projection sur BARKHANE de mai à septembre 2018, tireur embarqué sur hélicoptère Gazelle, il appuie avec efficacité les troupes au sol, et renseigne sur les positions amies et ennemies tout en appliquant des feux précis, empêchant à plusieurs reprises, la réorganisation d’un groupe armé terroriste dans une zone boisée très dense. Par ses tirs précis, il parvient également à neutraliser un convoi de véhicules. Il est décoré pour la troisième fois de la croix de la Valeur militaire avec étoile de bronze.

Projeté sur BARKHANE pour la quatrième fois de suite en mai 2019, il connait une action de feu d’une rare intensité dans la nuit du 13 au 14 juin. Engagé en tant que tireur embarqué depuis un hélicoptère Gazelle suite à la détection d’un regroupement de terroristes dans une zone boisée, il applique des tirs de neutralisation sur un groupe d’une trentaine de terroristes embusqués. Touché par des tirs ennemis, l’hélicoptère est contraint de se poser en urgence et le CCH BLASCO est éjecté à l’impact. Malgré de graves blessures et la proximité immédiate des ennemis, il n’hésite pas à extraire le pilote ainsi que le chef de bord, blessés et encastrés dans l’aéronef en feu. Il les traine jusqu’à une zone dégagée sur près de cinquante mètres puis, toujours sous le feu ennemi, les arrime par une manœuvre de fortune sur un hélicoptère Tigre venu en renfort avant de s’accrocher par la seule force des bras au train d’atterrissage. Son action permettra le sauvetage et la survie de l’équipage de l’hélicoptère. Blessé au dos et souffrant de multiples fractures vertébrales, il est rapatrié en France le 18 juin 2019.

En récompense de ses services exceptionnels, il est décoré de la croix de la Valeur militaire avec étoile de Vermeil puis de la Médaille Militaire des mains du Président de la République.
Le caporal-chef Maxime BLASCO était pacsé et père d’un enfant