Deux provinces (oblast) échappent presque totalement au contrôle de Kiev

Deux provinces (oblast) échappent presque totalement au contrôle de Kiev

 

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 25 juin 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Voici une carte bien utile, car elle permet de fixer précisément (en date de ce 26 juin) le pourcentage du territoire ukrainien (par oblast) tenu respectivement par les Ukrainiens et par les Russes et leurs alliés.

Cette carte et ces chiffres proviennent du compte Twitter “Poulet volant” (https://twitter.com/Pouletvolant3). Cliquer sur la carte ci-dessus pour l’agrandir.

Deux oblasts échappent quasiment entièrement au contrôle de Kiev:
– Lougansk à 98,17% sous contrôle des Russes et de leurs alliés du Donbass (la conquête en cours de la poche de Sievierodonetsk fera passer ce pourcentage à 100%),
– Kherson dont 94,07% sont aux mains des Russes.

Un quart de l’oblast de Zaporijjia reste aux mains des Ukrainiens.

Si l’objectif de Moscou est bien de libérer “tout le Donbass” (la région formée par les oblasts de Donetsk et de Lougansk), il lui reste donc 41,51% de l’oblast de Donetsk à envahir. 

La force Barkhane a mené une opération aéroportée « d’envergure » au Niger

La force Barkhane a mené une opération aéroportée « d’envergure » au Niger

http://www.opex360.com/2022/06/24/la-force-barkhane-a-mene-une-operation-aeroportee-denvergure-au-niger/


 

Cela étant, l’EMA n’avait alors rien dit sur l’opération aéroportée [OAP] menée au Niger, par le Groupement tactique désert [GTD] « Bruno », armé par le 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine [RPIMa], dans la nuit du 11 au 12 juin.

Plus précisément, et c’est inédit, cette OAP a été conduite conjointement par Barkhane et le Bataillon Parachutiste [BAT PARA] des forces armées nigériennes [FAN]. Elle s’est concentrée sur la région d’In Ates, dans le nord du Niger. Cette localité avait été rendue tristement célèbre en décembre 2019, avec l’attaque meutrière lancée par l’État islamique au grand Sahara [EIGS] contre un camp militaire nigérien.

« Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’action partenariat de combat comprenant une phase initiale d’entraînement conjoint entamée le 9 juin et rassemblant près de 200 parachutistes nigériens et français », a précisé l’EMA.

Dans le détail, deux avions de transport C-130 Hercules de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] ont été mobilisés pour larguer, en deux rotations, les 200 parachutistes français et nigériens. Une fois à terre, ces derniers ont effectué un contrôle de zone, avant d’enchaîner avec une reconnaissance vers les positions tenus par les FAN dans le secteur d’In Ates, où ils ont patrouillé avec avoir établi une liaison avec le 11e Bataillon de sécurité et d’intervention [BSI] nigérien.

Par la suite, les marsouins du 3e RPIMa ont été héliportés vers Ayorou [l’EMA ne donne aucun précision à ce sujet… mais il est possible que des hélicoptères de transport lourd CH-47 Chinook britanniques aient été sollicités, ndlr]. Une fois « re-motorisés », il ont conduit une reconnaissance jusqu’à Niamey.

« Visant à agir dans la profondeur, afin de surprendre l’ennemi et d’exercer sur lui une pression permanente, cette opération aéroportée conjointe est une première dans l’histoire de Barkhane », a souligné l’EMA.

Depuis le lancement des opérations Serval et Barkhane, les régiments de la 11e Brigade Parachutiste [BP] ont effectué plusieurs opérations aéroportées au Sahel. D’ailleurs, l’une des dernières, conduite en septembre 2020, avait mobilisé 80 parachutistes du 3e RPIMa, dans la région de Tessit [Mali]. À l’époque, elle avait été justifiée par les « élongations et les restrictions de mobilité imposées par la saison des pluies ».

Cela étant, la 11e BP a mené deux opérations aéroportées en l’espace de quelques jours. Outre celle à laquelle a participé le 3e RPIMa au Niger, le 2e Régiment Étranger de Parachutistes [REP] a été engagé dans l’opération Thunder Lynx, en Estonie.

Les défauts de la cuirasse: quel avenir pour les chars et les blindés?

Les défauts de la cuirasse: quel avenir pour les chars et les blindés?

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 23 juin 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Marc Chassillan, qui a passé 35 ans dans l’industrie de défense (Nexter, Panhard, Arquus) et est professeur d’architecture des systèmes d’armes à l’ENSTA, est un grand spécialiste des véhicules de combat. Il s’interroge sur la prochaine génération de blindés sur fond de guerres en Ukraine et dans le Haut-Karabagh (photos Reuters et AFP). 

La guerre en Ukraine a relancé le débat sur le futur des blindés. Est-ce une surprise ?
Ce genre de questionnement est une constante dans l’histoire militaire. La cavalerie française au Moyen-Âge a connu des désastres et des heures de gloire. Les uns ont dit que c’était son crépuscule et d’autres qu’elle était irremplaçable. En Israël, lors de la guerre du Kippour, le même jour, des chars israéliens se sont fait hacher par les Égyptiens sur la ligne Bar Lev et d’autres ont sauvé Israël sur le Golan en taillant en pièces les Syriens. En Ukraine, on a tous vu les images de carcasses éparpillées, de scènes de désolation avec des colonnes de chars calcinés… Or, ce que les Ukrainiens réclament à cor et à cri, ce sont des blindés !En fait, les armes valent par l’emploi que l’on en fait, par la doctrine qui dirige leur utilisation et par la formation des soldats qui les utilisent. 

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Pourquoi un tel débat récurrent sur l’avenir du char ?
En période de disette budgétaire, tous les lobbies s’activent pour arracher l’argent sur les thèmes qu’ils défendent. Comme l’armée de Terre n’a pas engagé ses chars depuis 1991, sauf pour quelques opérations d’interposition (ex-Yougoslavie) ou de renforcement des frontières de l’Otan, la conclusion raccourcie sur l’utilité des chars tombe comme un couperet. Et puis l’orage s’abat soudainement sur l’Ukraine. 
Ensuite il y a le débat lancé par ceux qui parlent trop vite et qui dénoncent tout, ou par ceux qui ne privilégient que l’une ou l’autre des quatre fonctions essentielles du blindé : la mobilité, la puissance de feu, l’information et la protection. Alors que ces dimensions sont indissociables, on a tendance à n’en privilégier qu’une ou deux. En France, parce que depuis 20 ans, on s’est concentré sur la lutte antiguérilla, on privilégie la roue, très adaptée aux terrains des opex, plutôt que la chenille, et en matière de protection on renforce les blindages pour faire face aux Engins Explosifs Improvisés.
Or les agressions modernes ont changé la donne. D’où des exigences de protection balistique en hausse, ce qui conduit à des masses en inflation constante. 
Ce sont des choix que détermine le combat de haute intensité…Bien sûr, il faut donc prendre en compte les agressions modernes : celle des drones, celle des munitions plongeantes ou rôdeuses. La menace désormais vient du ciel et elle vise la partie la plus vulnérable des blindés : leur toit ou les compartiments moteurs. Si l’on privilégie la protection contre les agressions par le dessus, on va mettre en ligne des chars de 80 tonnes. Ces chars, techniquement faisables, coûteront cher à produire et à entretenir, consommeront beaucoup et s’avèreront être des engins quasiment inemployables. 

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Qu’est-ce que vous préconisez ?
C’est bien de faire grossir la caisse des blindés pour mieux accueillir des fantassins suréquipés et alourdis, mais le volume a presque doublé. D’un volume de 6 m3 dans le VAB, nous sommes passés à plus de 12 m3 dans le Griffon, sans que le nombre de fantassins n’ait augmenté. La silhouette ne s’est pas affinée : le toit du VAB était à 2,15 m et celui du Griffon culmine à 2,63 m. Le blindé Boxer australien pèse 38 tonnes et le sommet de sa tourelle est à 3,5 m ! Il faut stopper cette inflation des masses et des silhouettes qui rend les véhicules extrêmement vulnérables. Il faut des blindés plus bas, plus rapides, plus furtifs et mieux protégés aux bons endroits.
Il faudrait aussi revenir à des considérations sur les vertus du tir : l’identification, l’acquisition, la précision. Il faut tirer plus vite et plus loin, ce qui permet de réduire cette inflation des masses des blindés et de ne pas sur-blinder, donc alourdir, les véhicules. Car tirer le premier reste la meilleure des protections. Le concept de combat collaboratif y contribuera mais les armements devront là gagner en nombre et en puissance.
Il faut aussi revenir sur le choix de la roue. Il a été très pertinent depuis trente ans, compte tenu de nos engagements en particulier en Afrique. Or, il ne faut plus négliger le facteur terrain, surtout si nous intervenons en Europe de l’est, voire en Asie, et aussi dans des villes détruites où le franchissement des obstacles est malaisé. Le chenillé est un gage de mobilité. Mais seulement 7 % du parc de l’armée de Terre est chenillé. Ce ratio est supérieur à 20 % dans toutes les armées occidentales.

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Justement parlons de mobilité et de motorisation…
Pour propulser des engins plus lourds, il faut des motorisations plus puissantes et elles sont très consommatrices en carburant. L’entrée en service des blindés Griffon, Jaguar, Serval va faire bondir la consommation de l’armée de Terre de 700 000 à un million de mètres cubes. Les projets d’hybridation, à condition qu’ils tiennent leurs promesses, ne corrigeront cette augmentation qu’à la marge. Quant aux applications de l’hydrogène et l’électricité dans le domaine militaire, elles sont compliquées. On ne sait pas encore faire un char électrique et les armées ne savent pas encore se passer des moteurs thermiques.
En outre, le maintien en condition des moteurs thermiques va devoir être planifié. Qui peut garantir qu’un Griffon aujourd’hui propulsé par un moteur de camion verra son maintien en condition opérationnelle assuré en 2045 quand les fournisseurs actuels de moteurs ne fabriqueront plus que des batteries et des moteurs électriques. L’application sans discernement des formes civiles au domaine militaire ne peut conduire qu’à des sur-spécifications coûteuses.

Les armées françaises sont-elles conscientes de ces paramètres ?
On a quelquefois prévu le futur avec un rétroviseur. L’armée de Terre devrait impérativement et rapidement réfléchir à une stratégie de plateformes à un moment où la notion de puissance terrestre revient en force. Il faudra prendre des orientations fortes.
Il faut aussi restaurer notre puissance de feu. Notre capacité d’agression, ce n’est pas grand-chose aujourd’hui avec seulement 58 Caesar et 13 lance-roquettes LRU . Il s’agit aussi de reconstruire une défense antiaérienne que l’on a complètement liquidée puisque depuis des années nous agissons en situation de confort opératif absolu et nous n’avons pas eu en face de nous ni artillerie, ni drones ni avions de combat. L’Ukraine, à ce titre, offre une grille de lecture extrêmement cruelle de nos insuffisances. Il faut réagir mais il ne faut pas mettre 5 ans pour le faire.

Un général français a pris le commandement de la 1ere Division de la British Army

Un général français a pris le commandement de la 1ere Division de la British Army

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En 2016, le général Hervé Bizeul fut le premier à être affecté à la 1st Division en tant qu’adjoint du général Giles Hill, qui en était alors le commandant. Et il en assura même temporairement le commandement. Ce qui ne manquait pas de sel, cette unité étant l’héritière de la 1st Infantry Division, qui s’illustra durant les guerres napoléoniennes et qui prit part à la bataille de Waterloo.

Et ce scénario vient de se répéter. En effet, depuis le 17 juin, le général Jean Laurentin, par ailleurs ancien chef de corps du 1er Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine [RPIMa], assure le commandement de cette 1st Division, en remplacement du général Charlie Collins, dont le successeur « permanent » n’a pas encore été désigné. En clair, l’officier français va assurer l’intérim au moins jusqu’en septembre prochain.

« C’est un symbole de l’amitié durable et de la confiance mutuelle entre nos deux nations que mon commandant adjoint, le général de brigade Laurentin, prenne le commandement de la 1st Division jusqu’à ce qu’un nouvel officier général soit nommé. […] Il a toute ma confiance en tant que chef expérimenté et ‘leader’ exceptionnel. Le lien historique entre la 1st Division et la 1ere Division française continue de s’approfondir et démontre que le partenariat de la Force expéditionnaire conjointe franco-britannique [CJEF] est plus fort que jamais », a commenté le général Collins. EN tout cas, les relations franco-britanniques semblent meilleures dans le domaine militaire qu’au niveau politique…

« En tant que général français servant dans l’armée britannique, c’est un véritable honneur de prendre temporairement le commandement de la 1st Division. […] C’est un symbole de l’amitié durable et forte entre le Royaume-Uni et la France, en particulier entre nos deux armées. C’est aussi une preuve de confiance de la part du général Collins et j’en suis particulièrement honoré », a réagi le général Laurentin.

Pour rappel, la 1st Division regroupe les 4e, 7e et 51 brigades d’infanterie, la 1ere brigade de police militaire, la 8e brigade du génie, la 102e brigade logistique et la 11e brigade d’assistance aux forces de sécurité. En tout, elle est forte de 25’000 militaires.

Pour son nouveau chef, la British Army doit se préparer à combattre en Europe et à « vaincre la Russie »

Pour son nouveau chef, la British Army doit se préparer à combattre en Europe et à « vaincre la Russie »

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En mai, et alors qu’il s’apprêtait à quitter ses fonctions de chef d’état-major de la British Army, le général Carleton-Smith avait confessé que cette nouvelle réduction des forces terrestres britanniques allait trop loin, notamment à la lumière de la guerre en Ukraine, laquelle, selon lui, a « mis en évidence l’importance de la masse et de la taille ».

Un peu plus d’un an après l’annonce de cette restructuration de la British Army, le gouvernement britannique va-t-il finalement faire marche arrière, alors que la situation provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie est appelée à durer?

« Nous ne serons jamais en sécurité si nous tournons le dos à la vaillante Ukraine » et « je crains que nous devons nous armer pour une longue guerre, alors que [Vladimir] Poutine recourt à une campagne d’usure, essayant d’écraser l’Ukraine avec brutalité. Le Royaume-Uni et ses partenaires doivent réagit en veillant à ce que l’Ukraine ait endurance stratégique pour survivre et, finalement, l’emporter », a ainsi écrit Boris Johnson, le Premier ministre britannique, dans les colonnes du Times, le 18 juin.

Le même jour, la BBC a évoqué un message interne signé par le général Sir Patrick Sanders, le nouveau chef d’état-major de la British Army. Et, désormais, il ne s’agit plus « d’anticiper les crises » ou de mener des opérations en zone grise.  »

« Je suis le premier chef d’état-major depuis 1941 à prendre le commandement de l’armée [la British Army, ndlr] dans l’ombre d’une guerre terrestre en Europe impliquant une puissance continentale », a commencé par faire remarquer le général Sanders.

« L’invasion russe de l’Ukraine souligne notre but essentiel : protéger le Royaume-Uni en étant prêt à combattre et à gagner des guerres terrestres […] car l’invasion de l’Ukraine par la Russie a conduit à une nouvelle ère d’insécurité », a poursuivi le nouveau chef de la British Army. Aussi, il faut en tirer les conséquences sans tarder. « Il y a urgence à bâtir une armée capable de combattre aux côtés de nos alliés et de vaincre la Russie au combat », a-t-il fait valoir.

Dans ces conditions, le principal objectif du général Sanders est « d’accélérer la mobilisation et la modernisation » de la British Army afin de « renforcer l’Otan et empêcher la Russie d’aller plus loin en Europe ». Et d’insister : « Nous sommes la génération qui doit préparer l’armée à se battre à nouveau en Europe ».

Il y a un peu plus de six mois, et alors que le sort de la British Army était discuté [avec notamment la réduction prévue du nombre de chars de combat Challenger, seulement 148 devant être modernisés, ndlr], M. Johnson avait émis des certitudes qui ont été battues en brèche par la guerre en Ukraine. « Nous devons reconnaître que les vieux concepts consistant à mener de grandes batailles de chars sont révolus et qu’il y d’autres capacités dans lesquelles nous devrions investir », avait-il dit… Il n’est pas certain qu’il tienne le même discours désormais…