L’armée de Terre veut un nouveau missile anti-char « abordable » et « répondant à des besoins précis »

L’armée de Terre veut un nouveau missile anti-char « abordable » et « répondant à des besoins précis »

 

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Pour l’essentiel, l’armée de l’Air & de l’Espace ainsi que la Marine nationale en seront les principales bénéficiaires… En effet, selon son chef d’état-major [CEMAT], le général Pierre Schill, l’armée de Terre disposera d’une enveloppe de 2,6 milliards d’euros sur la période 2024-30 pour financer l’acquisition de ses munitions, dont « 16 millions de munitions ‘petit calibre’, 300’000 obus de mortiers, 3’000 missiles moyenne portée et 2’000 munitions télé-opérées ».

Or, selon un rapport du Sénat, publié en 2018, un Missile Moyenne Portée [MMP, appelé maintenant Akeron MP] coûtait à l’époque près de 198’000 euros l’unité. Aussi, l’achat de 3’000 exemplaires consommerait le quart du budget alloué à l’armée de Terre pour ses munitions. Celui-ci aurait-il dû être plus élevé? C’est, en tout cas, ce que laissent entendre les propos tenus par le général [air] Cédric Gaudillière, chef de la division « Cohérence capacitaire » de l’État-major des armées, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, en avril [le compte-rendu vient d’être publié].

« Avec les 16 milliards d’euros alloués aux munitions, il est prévu de commander plus de 6’000 munitions complexes telles que des missiles antichar, anti-navires, air-air ou de croisière, ainsi que des torpilles, et d’en livrer plus de 4’000. Notre objectif est de compléter les stocks de munitions complexes et de remédier aux fragilités identifiées dans certains secteurs », a d’abord précisé le général Gaudillière.

Et d’ajouter : « Dans le détail, environ 11 milliards d’euros sont consacrés aux programmes à effet majeur, qui incluent des munitions complexes, tandis que 3 milliards permettront d’acheter des munitions plus classiques comme les obus et 2 milliards, d’assurer le maintien en condition opérationnelle de l’ensemble des munitions. Une rénovation des munitions à la moitié de leur vie peut en effet être nécessaire pour en garantir l’efficacité car certains de leurs composants deviennent obsolètes après environ douze ans d’utilisation ».

Mais plus généralement, l’approche retenue pour élaborer le projet de LPM 2024-30 consiste à « privilégier la cohérence avant la masse »… Cela étant, l’un des leviers pour générer de la masse est la « différenciation ».

Ainsi, a expliqué le général Gaudillière, il a été décidé de « ne pas commander 10’000 missiles antichar » de haute technologie, « longs et coûteux à produire ». Et s’il a été fait le choix d’acquérir « plusieurs milliers de missiles de haute technologie MMP développés par MBDA », il est aussi question de « travailler simultanément sur un missile différencié à bas coût, répondant à certaines besoins spécifiques, tels que les tirs de char en milieu urbain », a-t-il dit.

De tels missiles peu onéreux existent déjà… Comme par exemple le NLAW. Conçu par Saab Bofors Dynamics et produit par Thales Air Defence pour un prix unitaire de 20’000 livres sterling, il a démontré l’étendue de ses capacités en Ukraine puisque engins livrés par le Royaume-Uni aux forces ukraniennes seraient responsables de la destruction de 30 à 40% des 600 blindés que les forces russes ont perdus entre le février et avril 2022.

Par ailleurs, en janvier dernier, la Direction générale de l’armement [DGA] a commandé un nouveau lot de roquettes anti-char AT4 F2 [ou NG, pour nouvelle génération] auprès de Saab Bofors Dynamics pour 24 millions d’euros. Et cela en complément des missiles Eryx.

Mais, a priori, le ministère des Armées envisage le développement d’un nouveau missile anti-char peu onéreux. « En utilisant les leçons tirées de l’expérience ukrainienne, nous travaillons à la conception d’un missile abordable et pouvant être acquis en grande quantité, et qui réponde à des besoins opérationnels précis », a en effet avancé le général Gaudillière.

Par ailleurs, celui-ci a aussi laissé entendre que l’approvisionnement en obus de 155 mm pour l’artillerie était actuellement compliqué, alors que 20’000 ont récemment été commandés.

« La livraison des 20’000 obus ne sera pas aussi rapide qu’espéré, car les poudres, qui arrivent d’Allemagne, se trouvent sur le chemin critique. Nous recevrons les premiers obus l’année prochaine, mais la livraison s’accélérera à partir de 2025 », a-t-il dit.

D’où l’intérêt de relocaliser une filière poudre en France, et plus précisément à Bergerac, via le groupe Eurenco, comme l’a annoncé Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, en février dernier.

En attendant, il s’agit de « faire autrement »… Et de se lancer dans le recyclage. « Nous avons trouvé [dans l’Établissement Principal des Munitions] de Brienne-le-Château des munitions d’artillerie : nous allons utiliser les poudres, les reconditionner à Bergerac et fabriquer des charges modulaires pour des munitions de 155 millimètres », a en effet expliqué le général Gaudillière. « Nous ne nous interdisons plus rien et nous déployons des processus novateurs ; si nous parvenons à livrer des charges modulaires plus rapidement, l’arrivée de certains des composants de ces 20’000 munitions pourrait être avancée », a-t-il conclu.

Photo : Missile Eryx tiré lors d’un exercice au Royaume-Uni – MoD

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