Selon la Marine, le sous-marin nucléaire Perle a été victime d’une « combustion sans flamme »

Selon la Marine, le sous-marin nucléaire Perle a été victime d’une « combustion sans flamme »

http://www.opex360.com/2022/09/27/selon-la-marine-le-sous-marin-nucleaire-perle-a-ete-victime-dune-combustion-sans-flamme/


 

Le 26 septembre, à 12h42, un nouvel incendie s’est déclaré dans un compartiment dédié au stockage des vivre situé au niveau de la proue du sous-marin nucléaire d’attaque [SNA] Perle, alors en maintenance à la base navale de Toulon. « Le feu reste circonscrit dans le local concerné par l’évènement initial et aucun risque radiologique n’est à craindre », a expliqué la préfecture maritime de la Méditerranée.

Le Plan d’urgence interne [PUI] ayant été déclenché, les marins-pompiers de la base naval sont immédiatement intervenu, avant de recevoir le renfort d’une cinquantaine de leurs camarades du Bataillon des marins-pompiers de Marseille [BMPM].

Selon un nouveau communiqué publié dans la soirée par la préfecture maritime, l’incendie a été déclaré éteint à 21h19. Un travail de pompage des eaux d’extinction et de refroidissement ayant été entrepris, des « investigations plus poussées à l’intérieur de la Perle » ont « permis de s’assurer de l’absence de points chauds résiduels », a précisé le texte.

S’il a été mis fin au PUI, le sous-marin est cependant resté sous la surveillance des équipes d’intervention.

Pour rappel, l’avant du SNA Perle avait déjà été ravagé par un incendie en juin 2020, alors qu’il se trouvait en cale sèche pour son dernier arrêt technique majeur. Après un examen des dégâts, il fut décidé de le réparer en remplaçant sa proue par celle du SNA Saphir, désarmé quelques mois plus tôt. Cette opération, très compliquée, avait été réalisée à Cherbourg, par Naval Group.

Quoi qu’il en soit, le porte-parole de la préfecture maritime, le capitaine de frégate Pierre-Louis Josselin, a par la suite donné quelques précisions. Se gardant de parler d’un « incendie », celui-ci a expliqué que la Perle avait été victime d’une « combustion sans flamme […] a priori de matériaux isolants ».

Selon le laboratoire national de métrologie et d’essais, un feu couvant est « un processus de combustion lente, sans flamme ni émission de lumière. Les principaux risques de cette combustion ‘invisible’ proviennent du fait qu’elle peut être facilement déclenchée par des sources de chaleur trop faibles pour allumer des flammes. Ce phénomène opère sur certains matériaux fibreux ou poreux. La plupart des isolants thermiques sont donc tout naturellement sujets à ce type de feu ».

Cette combustion lente à bord de la Perle a donc pu être détectée à temps… « Ce sinistre n’était pas comparable à celui de 2020, qui était un feu industriel, avec des flammes importantes », a insisté le capitaine de frégate Josselin.

Pour le moment, les causes de cet incident n’ont pas encore été déterminées. Et on ignore quelles en seront les conséquences sur le cycle opérationnel du sous-marin, celui devant reprendre la mer au cours du premier semestre 2023.

Photo : Préfecture maritime de Méditerranée

Budget des Armées: un budget en hausse comme prévu par la LPM

Budget des Armées: un budget en hausse comme prévu par la LPM

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 27 septembre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Sans (mauvaise ou bonne) surprise, selon le projet de loi de finances 2023, le budget de la mission « Défense » augmentera bien de 3 milliards d’euros en 2023, ce qui portera son montant (hors pensions) à 43,9 milliards d’euros.

C’est ce que prévoyait la LPM:

lpm.jpg

Voici quelques données qui détaillent ces 43,9 milliards d’un budget qui s’inscrit dans l’actualité de la guerre en Ukraine:

budget.jpg

Les 43,9 milliards d’€ se décomposent ainsi:
– Équipement : 25,6 milliards d’euros (achat, développement, MCO)
– Masse salariale : 12,9 milliards d’euros (les effectifs sont de 271 000 personnels dont 208 000 militaires et 63 000 civils)
– Activité et soutien des forces : 4,2 milliards d’euros 
– OPEX/MISSINT : 1,2 milliard d’euros (montant ajustable en fonction des opérations).

Les  3 milliards d’euros de ressources nouvelles seront ventilés de la façon suivante:
– 669 millions d’euros pour la masse salariale (hors pensions) avec 1500 créations nettes de postes 
– 550 millions d’euros pour l’entretien programmé du matériel (pour assurer la disponibilité maximale des équipements)
– 455 millions d’euros pour les programmes à effet majeur (gros programmes de modernisation)
– 318 millions d’euros pour la dissuasion 
Le reste de l’augmentation est réparti entre différents postes de dépenses (infrastructures, carburants, énergies…).

Côté commandes, voici le détail:

commandes.jpg

Côté des livraisons, voici ce qui est attendu:

livraisons.jpg

Deux points à signaler:
1) L’effet de l’inflation est estimé à 1 milliard d’euros mais des reports de charges sont possibles pour lisser l’effet jugé “pas catastrophique” par le cabinet du ministre. 
2) L’effort de cette année va se poursuivre en 2024 et 2025 sur la même base d’une hausse annuelle de 3 milliards d’euros/ans; ce qui portera à 50 mds €, le budget des Armées. Ces deux années à venir vont s’inscrire dans la future loi de programmation militaire (2024-2030)

 

L’art opératif à l’épreuve de la guerre en Ukraine – 3. La fabrique des batailles

L’art opératif à l’épreuve de la guerre en Ukraine – 3. La fabrique des batailles

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 26 septembre 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


L’art opératif consiste à modeler et actionner des ressources militaires dans des ensembles cohérents baptisés « campagnes » afin d’atteindre les objectifs stratégiques. Une seule campagne peut parfois suffire à cela et c’était l’espoir des Russes avec leur offensive à grande vitesse de février-mars. Il en faut en réalité souvent plusieurs, qui se succèdent dans le temps ou se superposent, toujours de la même forme ou non.

On a ainsi connu en Ukraine deux campagnes terrestres offensives russes successives et de formes différentes auxquelles répondaient deux campagnes défensives antagonistes. Il y aussi une campagne navale et une campagne de frappes russes dans la grande profondeur qui perdurent et auxquelles répondent également des campagnes défensives et offensives ukrainiennes.

En parallèle de ces campagnes dans les espaces vides, et on pourrait y ajouter celle dans le cyberespace, on assiste maintenant au développement d’une campagne offensive aéroterrestre ukrainienne. Il est probable que ce ne soit pas la dernière.

Les briques des batailles

L’Ukraine n’a pu passer à l’offensive que parce que ses forces terrestres étaient suffisamment montées en puissance pour autoriser cela. Une montée en puissance s’effectue toujours qualitativement et/ou quantitativement.

Qualitativement, il s’agit d’avoir des unités de combat qui soient d’une gamme tactique supérieure à celles de l’unité sur les différents points de contact. Un point de contact terrestre est la zone où, avec ses armes, on peut tirer directement efficacement sur l’ennemi. Cela correspond sensiblement en Ukraine à une confrontation tactique sur quelques km2. La supériorité numérique importe peu à cette échelle où elle ne dépasse presque jamais le 2 contre 1. La supériorité qualitative en revanche est essentielle.

La valeur des équipements est évidemment importante, mais outre qu’en Ukraine ces équipements sont souvent assez proches de part et d’autre, ce sont bien les facteurs humains – solidité au feu, compétences, commandement, organisation – qui font vraiment la différence dans cet environnement mortel. Les facteurs extérieurs, comme le terrain ou les appuis feux, viennent accentuer ou compenser la différence de gamme tactique entre les adversaires et au bout du compte celui dont le niveau est le plus élevé l’emporte systématiquement, et ce de manière plus que proportionnelle à cette différence. Notons que cette gamme tactique peut évoluer aussi en fonction de la forme des campagnes. Telle unité légère bien adaptée à la défense de zone et la guérilla peut se trouver moins compétente et adaptée dans un combat de positions où l’ennemi dispose d’une puissante artillerie.

Quantitativement, il s’agit d’avoir le maximum d’unités de combat et si possible plus que l’ennemi. Si la supériorité numérique joue peu au niveau tactique, elle est très importante au niveau de la campagne. Si on faisait s’affronter l’armée de Terre française d’aujourd’hui avec celle de 1990 après mobilisation, il est probable que ce soit celle de 1990 qui l’emportât. Celle de 2022 gagnerait la plupart des combats mais serait sans doute dépassée par la supériorité numérique de celle de 1990 qui, parce que plus nombreuse, pourrait multiplier les combats et surtout manœuvrer dans des endroits où son adversaire ne pourrait être. Notons bien que ces deux critères sont partiellement contradictoires. Quand, à ressources données, on investit beaucoup de ressources sur la force de chaque unité de combat, avec des équipements très sophistiqués notamment, on réduit le nombre d’unités que l’on peut se payer.

Avec le temps, on l’a vu, l’armée ukrainienne a obtenu la supériorité dans les deux domaines, avec le flux de plusieurs dizaines de milliers de soldats nouvellement formés, un chiffre supérieur à celui des pertes définitives – morts, blessés graves, prisonniers et disparus – et la croissance de compétence des unités engagées qu’elles soient de manœuvre ou, surtout, territoriales. En résumé, l’armée ukrainienne dispose d’une soixantaine de brigades de qualité variable mais plutôt bonne et en tout cas supérieure en moyenne à celle des unités russes. Il est difficile d’estimer par comparaison le nombre de groupements russes et séparatistes, d’autant plus que ces groupements sont devenus très disparates. On peut considérer qu’il représente désormais une masse de manœuvre inférieure en volume et en qualité tactique moyenne à celle des Ukrainiens. Cette infériorité tactique peut encore être compensée localement en s’appuyant sur des positions retranchées et une artillerie encore très supérieure en volume.

C’est bien pour compenser cette infériorité générale sans espoir de retournement par la voie de recrutement de seuls volontaires qu’une mobilisation partielle a été décidée en Russie. Elle s’effectue en parallèle d’un processus politique accéléré de transformation en terres russes des territoires conquis et des républiques séparatistes. À partir du moment où on combat sur le sol russe les conscrits déjà sous les drapeaux peuvent être engagés tout de suite, soit un potentiel de quelques dizaines de milliers d’hommes un peu formés pour les forces terrestres. Les réservistes mobilisés peuvent également être déployés en renforcement individuel ou par bataillons constitués, ce qui dans ce cas prendra forcément des mois.

L’espoir est clairement de doper le volume des forces russes engagées en Ukraine au risque d’un abaissement très net d’une qualité moyenne déjà insuffisante. La posture est clairement défensive à court terme avec le souci de sanctuariser les conquêtes en s’accrochant au terrain, même avec des troupes médiocres, avant les pluies d’automne et la « saison des mauvaises routes » (Raspoutitsa) qui handicapent toutes les opérations offensives. Il sera temps ensuite de procéder à une amélioration qualitative des unités et de peut-être envisager une offensive d’hiver ou de printemps. Du côté ukrainien, il s’agit de réunir, d’activer et d’alimenter logistiquement des groupes de brigades afin d’organiser le maximum de batailles offensives avant cette échéance.

Batailles

Les esprits sont actuellement accaparés par la bataille qui se poursuit dans le nord-est de l’Ukraine. Elle se déroule sur plusieurs espaces.

Le premier est la rivière Oskil, sur un axe nord-sud, le long des quatre points de passage. Les brigades qui ont conquis la zone sont réparties sur ces points, avec l’espoir au mieux d’établir des têtes de pont à partir desquelles manœuvrer ensuite ou au pire de fixer le maximum d’unités russes, car les Russes ont visiblement décidé de résister sur la rivière. Pour les Ukrainiens, les possibilités les plus importantes sont au nord de cette ligne dans la zone de Dvorichna.

 

 

Le deuxième espace est au nord des villes de Sloviansk et Seversk, le long de la rivière Donets et de la zone forestière du parc national Sviati Hory, un axe général Ouest-Est. On trouve là sans doute quatre brigades qui poussent vers le nord en faisant notamment pression sur la ville de Lyman tenue par deux bataillons de réserve opérationnelle russe BARS et deux bataillons cosaques sous la direction de la 2e armée russe. Outre une avance progressive, toute cette pression permet là aussi de fixer des forces russes rares.

L’effort principal et peut-être décisif se trouve entre les deux espaces, entre la rivière Oskil et le parc national Sviati Hory. On y trouve encore quatre brigades, dont au moins une brigade blindée, qui font face à ce qui reste de la 90e division blindée russe. La 90e division blindée russe résiste et parfois contre-attaque mais le groupement ukrainien a réussi à progresser Ridkodub et Nove et constitué une nouvelle poche. Il est très possible que cette percée entraîne un nouveau grand recul russe, que ce soit à Lyman ou sur la rivière Oskil.

Face à la poussée générale ukrainienne, les 2e et 41e armées russes, sans doute alimentées par des renforts de la zone de Belgorod de la 6e et de la 1ère armée de chars tentent de reformer un front solide. Pendant ce temps, les Russes poursuivent leurs attaques dans la zone entre Lysychansk et Horlivka, sans doute pour contrarier l’offensive ukrainienne au-delà de la rivière Donets, mais aussi encore et toujours depuis trois mois pour s’emparer de Bakhmut à 50 km au sud-est de Kramatorsk. Des combats limités se poursuivent aussi toujours dans la région de Donetsk. On ne comprend pas bien désormais la logique de cet effort qui a absorbe des ressources qui seraient sans doute plus utiles pour la défense du nord, mais peut-être s’agit-il simplement d’essayer obtenir une victoire.

A l’autre extrémité du front, troisième bataille, le siège de la tête de pont de Kherson se poursuit, un siège de la taille d’un département français, avec toutes les difficultés et les perspectives de l’exercice. La zone est solidement tenue par douze brigades/régiments russes d’une taille moyenne de 1 500 hommes, avec au total 150-200 chars de bataille et 800 véhicules de combat d’infanterie, appuyés par environ 250 à 300 pièces d’artillerie dont peut-être 80 LRM. Les forces ukrainiennes sont à peine supérieures en volume mais elles ont les moyens de lancer des petites attaques locales sur les trois zones de progression au nord, au centre et l’extrême sud du dispositif. Il n’est pas exclu que les Ukrainiens tentent une opération amphibie sur la presqu’île du parc national Biloberezhia Sviatoslava au sud de Kherson.

 

 

L’essentiel de l’effort porte dans la campagne d’interdiction de la part de l’artillerie à longue portée et des forces aériennes ukrainiennes de plus en plus présentes. Cette campagne d’interdiction qui frappe surtout les dépôts et les axes logistiques, en particulier sur le Dniepr, isole les forces russes au-delà du fleuve avec peu de perspectives d’amélioration pour elles. Dans le cadre général d’une campagne défensive russe, la logique militaire suggérerait plutôt d’évacuer la zone afin de profiter de la protection du fleuve et de redéployer les forces dans d’autres régions menacées. La logique politique impose de conserver sous contrôle russe au moins la ville de Kherson et la possibilité d’attaquer à nouveau en direction d’Odessa. Dans le dialogue stratégique, l’échelon politique doit avoir le dernier mot mais à méconnaître trop les réalités militaires, il risque le désastre. La résilience slave, tant vantée, a aussi ses limites et il n’est pas évident que les soldats russes isolés au-delà du Dniepr attendent avec autant d’enthousiasme que les autres les pluies d’automne et les rigueurs de l’hiver. Si rien ne change par ailleurs, la poursuite de la bataille au-delà du Dniepr présente de grands risques de désastre pour les Russes.

Et puis, il y a la bataille X, celle que les Ukrainiens ont peut-être la perspective d’organiser en arrière du front grâce à leur supériorité numérique et qualitative et en admettant qu’ils disposent de la logistique adéquate. Pour avoir une idée de son volume, il faudrait comptabiliser le nombre de brigades qui ne sont pas en ligne.

Cette bataille X peut être l’exploitation de la percée entre Oskil et Lyman, en direction de l’est. L’art opératif, c’est souvent l’organisation de la conquête de points clés, et dans cette région la prise de Svatove puis à 50 km plus à l’est de Starobilsk annulerait complètement les résultats de l’invasion russe dans la région et obligerait la logistique russe a largement contourner la zone pour alimenter les forces en DNR/LNR.

La bataille X peut être aussi une attaque dans la vaste zone allant du Dniepr au sud de Zaporijia jusqu’à la DNR, avec Orikhiv, Houliaïpole ou plus près de Donetsk comme point d’effort. La partie des oblasts de Zaporijia et de Kherson tenue par les Russes est occupée par plusieurs armées russes avec la 58e en première ligne, mais de la même façon que la pression sur Kherson avait attiré des forces russes dans le sud du théâtre d’opérations, les Ukrainiens attendant peut-être que leurs succès dans le nord obligent cette fois à dégarnir le sud. C’est l’avantage de disposer de la supériorité en nombre de bonnes unités de manœuvre. Quoiqu’il en soit, une nouvelle bataille victorieuse ukrainienne pourrait être, sinon décisive du moins avoir des conséquences importantes. Reste à savoir s’ils sont capables de l’organiser et de la mener à temps.

A ce stade, on ne voit pas comment il pourrait y avoir de bataille offensive Y initiée par les Russes, de la dimension par exemple de celle des Ukrainiens dans le nord-est qui engage une douzaine de brigades.

On l’a dit, les campagnes peuvent être successives ou superposées. En parallèle et plutôt au- dessus de ces batailles terrestres, il y a la campagne pour savoir qui peut engager le plus d’objets dans le ciel au-dessus des champs de bataille, qu’il s’agisse d’avions, de drones, d’hélicoptères et même d’obus. Une campagne dont on notera au passage, alors que les deux flottes aériennes sont en opposition, la rareté des combats aériens. Cette campagne a un contenu technique très important et c’est peut-être dans ce champ que l’aide occidentale peut-être la plus utile. Tout ce qui permet de neutraliser la défense anti-aérienne adverse, comme les missiles antiradars AGM-88 fournis depuis peu par les Américains, permet de faciliter aussi l’emploi de ses propres aéronefs ou projectiles, en appui direct ou en interdiction. Inversement tout ce qui permet de contrer la menace des aéronefs et missiles ennemis, comme les batteries NASAMS promises et peut-être un jour les excellents SAMP/T Mamba français, facilite la manœuvre au sol et donc la réussite des batailles. On ne sait pas très bien en quoi la capture de nombreux matériels sensibles russes, radars, guerre électronique, véhicules de transmission, après la victoire de Balakliya peut influencer cette campagne essentielle pour la suite de la guerre.

La mise en place en Ukraine d’une défense antiaérienne aussi imperméable que celle d’Israël par exemple pourrait éviter cette escalade dangereuse qui naît lorsqu’on se sent impuissant sur le champ de bataille mais que l’on dispose de moyens de frapper le pays et les populations. La paralysie des réseaux civils de communication, dans tous les sens du terme, peut avoir un effet sur plusieurs fonctions de l’art opératif, logistique, commandement, manœuvre. Les frappes sur les populations, directement ou sur ce qui lui permet de vivre, que ce soit sciemment ou par maladresse assumée, afin de saper la volonté des peuples et d’obliger les dirigeants à négocier, voire à capituler, n’ont guère eu de succès dans l’histoire. S’obstiner à le faire parce que simplement c’est possible et qu’on ne sait pas quoi faire d’autre relève de la part des Russes de la criminalité de guerre. Cela incite d’ailleurs l’adversaire ukrainien à faire parfois de même, comme les frappes sur la ville de Donetsk, et provoque ainsi une spirale terrible.

En résumé, les campagnes de la fin de l’été sont à l’avantage des Ukrainiens qui ont incontestablement l’initiative. Elles ont eu suffisamment d’effets pour engendrer un changement radical de stratégie organique russe, celle qui génère et organise les moyens. Un changement radical aux effets encore largement incertains sur la suite des opérations.

AVATAR, une expérimentation pour progresser sur les drones armés

AVATAR, une expérimentation pour progresser sur les drones armés


Non, Avatar n’est pas qu’une franchise cinématographique à succès. C’est aussi une expérimentation sur les drone armés conduite par le Battle Lab Terre, et en coopération avec DGA Techniques terrestres, afin d’alimenter les réflexions sur la robotique de demain. 

Drone et fusil d’assaut

« Nous savons que certains systèmes de ce genre sont utilisés, mais ce sont surtout des bricolages de garage », nous explique Aymeric, architecte armes et munitions d’infanterie et coordinateur technique du segment drones armés au sein de DGA TT. Quelques entreprises étrangères s’y sont essayées aussi. Les armées françaises, elles, partent de zéro. « Aujourd’hui, la doctrine est assez floue. Nous n’avons pas de systèmes en service, nous ne savons pas quelles sont les performances accessibles à ce type de système », ajoute-t-il.

Alors, pour progresser, le Battle Lab Terre s’est rapproché du département robotique et mini-drones de DGA TT et de l’Agence de l’innovation de défense pour lancer le projet « Action par Vecteur Aérien de Tir d’Armement Robotisé » (AVATAR). Derrière cet acronyme, une expérimentation « 100% maison » qui « apportera des réponses » à l’ensemble des acteurs. 

Entamés en juin 2021, les travaux ont débouché sur un premier démonstrateur, fruit de l’assemblage d’un drone commercial et d’un armement qualifiés. Le besoin étant pressant, il fallait « être réactif donc nous avons tout fait en interne ». Pour l’armement, DGA TT est parti d’un fusil d’assaut HK 416 FC modifié, modèle court du nouveau fusil d’assaut des armées françaises. Le système emporte plusieurs capteurs ainsi que deux liaisons séparées, l’une pour le pilotage et l’autre, chiffrée, pour le déclenchement du tir. Soit un niveau de sécurité suffisant pour envisager, « d’ici à la fin de l’année », des tirs à partir de munitions réelles. 

Sur le volet technique, les premiers résultats obtenus à partir de simunitions et de balles à blanc démontrent que les vrais facteurs limitants résident dans la stabilité du drone et dans les moyens de visée. « Entre la stabilité de la plateforme et le champ de vision, cela permettrait d’envisager des tirs discriminés jusqu’à une distance de 100-150 mètres », pointe DGA TT. Plusieurs idées émergent déjà, comme la possibilité de créer des manœuvres de diversion en envoyant le drone générer du bruit et de la fumée sur des angles où l’adversaire ne s’attend pas à être attaqué.

Avec ses capteurs embarqués et son tir laser, AVATAR est conçu comme un vrai simulateur de tir de combat

Spécifier, expérimenter, entraîner

DGA TT insiste, « l’objectif n’est absolument pas de livrer un système opérationnel, mais bien un démonstrateur qui nous permettra de mieux comprendre les capacités d’un tel système ». In fine, l’opération s’avérera bénéfique pour tous. Côté DGA TT, AVATAR aura participé à défricher le terrains normatif, réglementaires et de spécification d’un matériel. Monter un armement sur un drone est une manipulation inédite en France et « il a donc fallu vérifier auprès de nos autorités de tutelle ce qui est permis et ne l’est pas ». L’expérience acquise contribue également à construire les futurs modes opératoires des essais portant sur des systèmes de drones armés.

Côté armée de Terre, AVATAR appuiera les travaux technico-opérationnels qui serviront à mieux comprendre les avantages et inconvénients tactiques de tels systèmes. Désormais « en phase de finition », le démonstrateur sera livré au Battle Lab Terre d’ici décembre prochain. Il sera ensuite confié à la section Vulcain, unité expérimentale précurseure sur la question robotique. Ses militaires déploieront AVATAR lors de mises en situation aux CENTAC et CENZUB. Grâce à ses capteurs et à son tir laser, AVATAR deviendrait alors un joueur parmi d’autres, participant lui aussi à la manœuvre en tant qu’ami ou ennemi et entraînant les combattants à « lever le nez ». 

Comme au cinéma, l’AVATAR français pourrait avoir une suite, toujours à l’initiative du Battle Lab Terre et de l’AID. Le sujet est naissant côté français et la plateforme, malgré un emport limité, peut encore évoluer. Après le tir cinétique, le largage de munitions, par exemple, est un scénario envisagé pour la suite.

Témoignage sur le SNU (Service National Universel)

Témoignage sur le SNU (Service National Universel)

 

par Laurent Morissaud (*) – Esprit Surcouf – publié le 23 septembre 2022
https://espritsurcouf.fr/defense-temoignage-sur-le-snu_par_laurent-morissaud/



Piqûre de rappel : le SNU vise essentiellement à impliquer la jeunesse française dans la vie de la Nation. Il n’est pas encore obligatoire mais le sera bientôt. Il a immatriculé cette année quelques 40 000 volontaires et concerne les jeunes entre 15 et 17 ans. Dans sa première phase, il comporte un séjour de cohésion de deux semaines et une mission d’intérêt général de 84 heures, réparties au cours de l’année. Les activités du séjour de cohésion sont structurées autour de 7 thématiques : activités physiques et sportives – autonomie, connaissance des services publics, accès aux droits – institutions nationales et européennes, citoyenneté – culture et patrimoine – Défense, sécurité et résiliences nationales – Développement durable et transition écologique – découverte de l’engagement.  Les missions d’intérêt général se déroulent dans le cadre d’associations, de collectivités locales, d’institutions, d’organismes publics, de corps en uniforme.
 

Qu’est-ce que le SNU ? Pour répondre à cette question, approchons-nous de l’accroche officielle sur le site du gouvernement : « Vous avez entre 15 et 17 ans, vous êtes de nationalité française, vous souhaitez participer à la construction d’une société de l’engagement, bâtie autour de la cohésion nationale, ne ratez pas les inscriptions du Service national universel ! »

Eh oui, le SNU est l’un des moyens pour retrouver cette cohésion nationale en prenant comme ciment la jeunesse de notre pays, tout en lui permettant de s’engager plus facilement au sein de la société sur la base du volontariat ! Avant de s’engager, ne faudrait-il pas avoir conscience de notre État-nation qui découle de notre histoire commune ? Cette notion mériterait d’être abordée.

La montée en puissance de mon centre

La planification, gage de réussite, prend tout son sens dans la préparation, l’organisation et le déroulement du séjour de cohésion. Si nous voulons qu’une mission soit un véritable succès, il faut se donner des moyens. Le directeur devrait être recruté plus en amont pour être en mesure de mettre en place l’équipe la plus pertinente afin d’avoir un projet pédagogique le plus finalisé possible.

Tout commence par le recrutement, par l’Homme. Malgré les difficultés de recrutement, j’ai réussi à créer cet esprit de cohésion, de bienveillance et de camaraderie, aussi bien au sein de l’équipe d’encadrement que des jeunes volontaires. Nous ne faisons qu’un et nous veillons aux mêmes valeurs. Les retours positifs faits en direct ou à l’issue du séjour (lors de rencontres ou sur les réseaux sociaux par exemple) en sont la preuve.

Les constats sont assez simples. Nous n’avons que peu de postulants pour l’encadrement,  plutôt jeunes, avec un profil d’étudiant, et ils sont déjà tous engagés dans la société française en tant que bénévoles dans le monde associatif (étudiant, sportif, culturel, humanitaire …). Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Que ce soit dans l’encadrement ou chez les jeunes volontaires, les filles sont majoritaires !

 

55,9 % des volontaires du SNU sont des filles. Photo DR

Avoir des encadrants engagés pour une mission « jeunesse engagée » est un atout non négligeable. Cela donne du sens à ce séjour. C’est pourquoi j’ai organisé lors de ce séjour une soirée pendant laquelle l’ensemble des membres de l’équipe a témoigné afin de partager leurs investissements divers et variés dans la société.

Nous devrions être sur un triptyque Éducation nationale, éducation populaire et Armées. Malheureusement peu de détenteurs de BAFA ou BAFD postulent. Et cette année, je n’avais aucun représentant de l’Éducation nationale au sein de mon équipe, sachant que l’an passé il n’y avait qu’un seul enseignant, mon adjoint pédagogique. Le manque de postulants peut s’expliquer par la méconnaissance du parcours SNU ainsi que par les conditions d’emploi, de rémunération et de considération humaine.

Une des forces a été de conserver, d’un stage à l’autre, quelques membres de mon encadrement. Il faudrait réussir à conserver une plus grande partie de l’encadrement d’un stage à un autre et avoir, parmi les membres de l’encadrement, des jeunes issus d’un SNU passé.

Le SNU, une source d’inclusion et d’émancipation

La tenue ou l’uniforme permettent de supprimer toute différence, quelle qu’elle soit. Tous les participants des stages de cohésion portent la même tenue. Elle est uniquement différenciée entre les jeunes volontaires et l’encadrement par la couleur de certains éléments.

Cours de secourisme, dispensé par des pompiers.
Photo de l’auteur

Un regret selon moi, mais pas uniquement pour l’uniformité : la non-fourniture des chaussures. En 2019, nous avions tous la même tenue de la tête aux pieds ! Les chaussures étaient fournies. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Certains jeunes n’arrivent qu’avec une seule paire de chaussures et d’autres avec plusieurs paires de grandes marques. Ces chaussures fournies permettaient d’avoir une uniformité totale et, par conséquent, de supprimer tout signe de richesse extérieure et d’origine sociale. Il me semble donc dommage de ne pas conserver cette absence de marqueur social et sociétal.

Les jeunes sont accueillis avec toutes leurs différences physiques, intellectuelles, sociales, … Tout est fait pour leur permettre de vivre pleinement ces deux semaines en inclusion totale,  qu’ils soient valides, en fauteuil roulant ou avec certaines faiblesses.

Quelques moments forts

Les rituels républicains sont l’un des piliers de ce stage de cohésion. La levée et la descente des couleurs marquent le rythme quotidien. Je mets un point d’honneur à ce que tous les jeunes y participent ainsi que tout l’encadrement. Nous pourrions faire un parallèle avec les écoles primaires dans lesquelles les jeunes sont accueillis le matin à un endroit spécifique de leur classe afin de découvrir leurs missions en classe, leurs activités de la journée, de faire le point sur le repas du midi. C’est un moment fort pour la cohésion d’une classe, d’un groupe et un point clé pour l’organisation avec, entre autres, le rappel du déroulé de la journée.

Initialement, nous ne chantions La Marseillaise que le matin à la levée des couleurs. À la demande de la grande majorité des jeunes et des tuteurs, nous le faisions dès le troisième jour à la descente des couleurs. C’est dans ces moments que nous voyons que les débats entre certains adultes sont déconnectés de la réalité terrain et des désirs de notre jeunesse.

Nous avons pu profiter pleinement de la journée du 18 juin pour faire vivre les rituels républicains en dehors du centre et ainsi permettre à nos jeunes volontaires de participer à la commémoration dans trois communes différentes. C’était un moment fort en présence du sous-préfet, d’élus du peuple, de représentants de différentes associations, de citoyens, … Une chance pour certains qui participaient pour la première fois à ce type de cérémonie. Un moment enrichissant intergénérationnel à l’issue duquel beaucoup d’échanges ont eu lieu. 

Ceci donne du sens à différentes interventions dont la journée défense mémoire dite JDM qui permet à nos jeunes de découvrir l’organisation d’une cérémonie officielle, et de valider en même temps leur JDC (Journée Défense Citoyenneté). Cette journée rend les volontaires acteurs lors de ce séjour grâce aux rencontres avec des officiels.

Cette journée est aussi riche que celle dite de la sécurité intérieure qui leur permet de comprendre, et de voir, sur un accident de la route, l’intervention conjuguée des pompiers et des gendarmes .Les institutions et la jeunesse se rapprochent ainsi. C’est tout simplement de la proximité !

Nous avons vécu une soirée bivouac. Elle a permis à une partie de nos jeunes de vivre cette expérience pour la première fois : préparer un barbecue, monter et démonter une toile de tente, dormir en dehors d’un logement en dur. Ces moments forts sont aussi importants pour la cohésion des compagnies et la connaissance de soi en tant qu’individu.

 

Des jeunes volontaires en visite sur un chantier de Naval group, devant la coque tout juste mise à flot du Jacques Chevalier, le premier des quatre futurs navires de ravitaillement de la marine nationale.
Photo de l’auteur.

Ils sont acteurs de leur séjour par le biais de certains débats ou réunions tels que les conseils de maisonnée quotidiens, ceux des compagnies et du centre.

Que retenir du SNU ?

La rigueur, la discipline, le respect et tant d’autres choses exigées des jeunes et de l’encadrement permettent d’assimiler plus facilement la notion des droits et devoirs, de faire vivre et de vivre pleinement les valeurs républicaines.

Le SNU permet de renforcer la cohésion nationale grâce à la rencontre de jeunes venus des cinq départements de la région des Pays-de-la-Loire, et grâce à différentes journées de rencontre avec des administrations et institutions. Il permet aussi de découvrir la culture de l’engagement, de permettre un accompagnement de certains jeunes en insertion sociale et professionnelle grâce à la rencontre avec la mission locale et au forum des métiers.

Le plus beau cadeau à l’issue de ce séjour est le retour positif des jeunes et de leurs parents qui nous remercient de notre investissement et de l’expérience unique vécue par leur enfant.

Et demain, quel SNU ?

Pour participer actuellement au séjour, la nationalité française est une exigence. Ce point particulier est un petit regret personnel. Le SNU devrait être un véritable outil d’intégration. Les jeunes d’origine étrangère qui suivent la scolarité en France devraient avoir la possibilité de vivre cette quinzaine, qui permet d’appréhender certains principes républicains et certaines valeurs de notre société. Ne serait-pas l’une des meilleures méthodes pour intégrer les jeunes arrivant sur notre territoire national ? J’espère donc que ce critère disparaîtra rapidement.

Le SNU de demain devra aussi intégrer la notion d’État-nation dans l’instruction. Elle se situe en amont de celle de l’engagement. S’engager c’est bien, mais comprendre l’environnement c’est mieux.

Une expérience est mise en œuvre cette année par une association d’éducation populaire afin de fournir un centre « clés en main » au ministère de tutelle, l’Éducation nationale. Une partie des jeunes volontaires s’attendaient à vivre ce séjour différemment. Ils auraient aimé avoir un « côté plus militaire ». Ceci est impossible, mais ayant une appétence pour la discipline, la rigueur et l’exemplarité, je réfléchissais à une autre proposition : monter un centre avec une prédominance en management de la doctrine militaire.

Je pense que les dernières prises de paroles vont dans ce sens. En ayant plusieurs pédagogies de fonctionnement avec une finalité identique, ne serait-ce pas une preuve d’adaptation de notre société à la jeunesse actuelle ?

 

Cet article a été publié dans la revue « engagement » de l’ASAF

 

(*) Laurent Morissaud, fort d’une déjà longue expérience professionnelle dans l’entreprenariat, est directeur de centre du SNU. Il ne manque pas de rappeler combien il doit aux logiques de la promotion sociale. Sur le plan militaire, il est un pur produit du service militaire pendant lequel il a occupé les fonctions de chef de peloton. Il est actuellement réserviste opérationnel au sein du Détachement militaire d’appui à la sûreté portuaire. Il a décidé de participer à l’aventure du Service national universel depuis 2019 ; il a notamment dirigé le centre du SNU à La Turballe en Loire-Atlantique en juin 2022.

ESPRITSURCOUF et l’ASAF coopèrent en procédant de manière épisodique à des publications mutuelles de certains de leurs articles respectifs. L’idée étant de favoriser, ainsi, des possibilités plus étendues de lire des analyses consacrées à des questions géopolitiques, de Défense et de sécurité.

Aussi, pour découvrir l’ASAF, si vous ne la connaissez pas encore, nous vous suggérons :  d’aller sur le site de l’ASAF. https://www.asafrance.fr/.

L’ASAF (Association de Soutien à l’Armée Française), association loi de 1901 a été créée en 1983. Elle regroupe tous les citoyens qui estiment que l’armée doit demeurer au « cœur de la Nation », c’est-à-dire une priorité pour l’État et une préoccupation pour les Français. Indépendante de tout pouvoir, sans aucun caractère politique ou syndical, ne sollicitant aucune subvention de l’État, elle s’exprime en toute liberté, avec rigueur et sans polémique, dans le seul souci de l’intérêt supérieur du Pays. Son but est de sensibiliser et d’informer tous les Français sur les questions militaires et de Défense, de défendre l’honneur de l’armée et de ses soldats s’ils sont injustement mis en cause pour des actions ordonnées par les autorités politique françaises, et d’affirmer son soutien envers eux.

Les premiers essais sur CAESAR NG attendus pour début 2023

Les premiers essais sur CAESAR NG attendus pour début 2023


Moins d’un an. C’est l’intervalle entre l’annonce de la notification du marché CAESAR NG et le lancement d’une première série d’essais. Ceux-ci seront menés à Bourges par les équipes de DGA Techniques terrestres.

Programmés pour janvier 2023, ces essais porteront sur la vérification des niveaux de protection à partir d’un véhicule représentatif, essentiellement un châssis lesté. Ces tests sont généralement de trois ordres : balistiques, contre les mines et contre les IED. Le sujet concerne tant Nexter, maître d’œuvre et responsable, entre autres, de la cabine blindée, qu’Arquus, fournisseur d’un nouveau châssis.

Dérisquer la protection en priorité est un choix logique. Non seulement elle représente l’une des évolutions majeures avec la motorisation et l’entrée dans la bulle Scorpion, mais elle s’avère aussi dimensionnante pour l’ensemble du véhicule. Une fois cette question fixée, il devient en effet difficile de revenir dessus sans devoir modifier d’autres composantes.

De chaque côté, il s’agit d’être au rendez-vous de 2024, date à laquelle la DGA devra choisir entre la production de 33 CAESAR NG et le rétrofit du parc existant ou l’acquisition de 109 pièces neuves. Le jalon coïncide avec la livraison des 18 CAESAR commandés cet été pour remplacer ceux donnés à l’Ukraine. Début septembre, Arquus s’est vu notifié la commande des châssis correspondants par Nexter.

Si le calendrier établi pour CAESAR NG est pour l’instant tenu, une accélération du tempo est-elle envisageable ? Les réflexions engendrées par la guerre en Ukraine participeraient à soutenir ce scénario. Les capacités de DGA TT, bien que conséquentes, ne sont cependant nullement infinies. Entre la monté en puissance du programme CaMo, la poursuite de Scorpion et l’arrivée d’autres sujets majeurs, toute accélération engendrera des arbitrages potentiellement difficiles.

Les résultats de ces essais initiaux devraient aussi intéresser hors France, le CAESAR NG ayant déjà fait mouche par deux fois à l’export. Avec la Belgique, qui a acté la commande de neuf exemplaires au travers du contrat CaMo 2 et prévoit d’en acquérir 18 ou 19 supplémentaires grâce au plan STAR. Avec la Lituanie ensuite, qui a retenu le CAESAR NG pour la seconde phase de son programme d’artillerie automotrice. La Défense lituanienne débloquera entre 110 et 150 M€ pour le développement et l’achat de 18 pièces dont la livraison débuterait à l’horizon 2027.

Le sous-marin nucléaire d’attaque Suffren aperçu pour la première fois en Écosse

Le sous-marin nucléaire d’attaque Suffren aperçu pour la première fois en Écosse

http://www.opex360.com/2022/09/23/le-sous-marin-nucleaire-dattaque-suffren-apercu-pour-la-premiere-fois-en-ecosse/


 

En revanche, elle est un peu moins discrète lorsqu’il s’agit d’évoquer les déploiements de ses sous-marins nucléaires d’attaque [SNA]. Une telle attitude permet ainsi de donner plus de poids aux messages que la France cherche à faire passer, comme ce fut le cas en 2003, lorsque le Casabianca fit une visite à Severomorsk, l’objectif étant alors de montrer que Paris et Moscou avaient fini par tourner la page de la Guerre Froide pour entretenir un « dialogue constructif ». On n’est plus là aujourd’hui…

Plus récemment, le ministre des Armées a fait grand cas de la mission « Marianne », menée en Indo-Pacifique par le SNA Émeraude, accompagné par le Bâtiment de soutien et d’assistance métropolitains [BSAM] Seine. L’objectif était d’affirmer l’attachement de la France au droit maritime international et à la liberté de navigation, de démontrer sa capacités de protéger ses intérêts dans la zone et de renforcer ses liens militaires avec ses principaux partenaires régionaux.

Cela étant, cette approche n’a pas été celle de la mission « Confiance », qui a mobilisé le SNA Améthyste durant plus de six mois dans l’océan Indien. Ce n’est qu’après le retour du sous-marin à Toulon que la Marine nationale l’a officiellement évoquée.

Cependant, au même moment, quelques indiscrétions et déductions ont permis de savoir que le SNA Rubis avait été affecté au groupe aéronaval du porte-avions Charles de Gaulle et que les SNA Casabianca et Émeraude patrouillaient en Atlantique Nord. D’ailleurs, l’un deux fut repéré dans les eaux de la base navale de Faslane [ou HMNB Clyde] en avril dernier, peu avant l’arrivée du sous-marin américain USS Indiana [classe Virginia].

La Marine nationale – sauf erreur – ne fit aucun commentaire à ce sujet. Mais les Britanniques ne s’en privèrent pas, notamment via les réseaux sociaux, les approches de Faslane étant apparemment fréquentées par quelques photographes… Il faut dire que la Royal Navy communique souvent au sujet des mouvements de ses SNA, comme, du reste, l’US Navy.

Étant donné que la France, le Royaume-Uni et les États-Unis sont les seuls pays membre de l’Otan à dotés de sous-marins nucléaires, cette « réunion » de Faslane pouvait alors être vue comme un message adressé à la Russie, laquelle envoie régulièrement ses sous-marins patrouiller dans le passage appelé « GIUK » [Groenland, Islande, Royaume-Uni], crucial pour les lignes d’approvisionnement entre l’Amérique du Nord et l’Europe.

Quoi qu’il en soit, près de six mois plus tard, et d’après des photographies publiées sur les réseaux sociaux, le SNA Suffren, admis au service actif en juin dernier, est arrivé à Faslane, le 22 septembre. Il s’agit donc de sa première visite en Écosse. Et l’on peut donc supposer qu’il vient de patrouiller en Atlantique [ou qu’il s’apprête à la faire].

Pour rappel, premier d’une série de six sous-marins de type Barracuda, le Suffren affiche un déplacement de 5.300 tonnes en plongée. Il est reconnaissable par les barres en X de son appareil à gouverner. Mis en œuvre par 60 sous-mariniers, il est équipé des technologies les plus récentes marines [automatisation, mât optronique, numérisation, recours à l’intelligence artificielle, etc]. Plus discret et plus manœuvrable qu’un SNA de la classe Rubis, il peut emporter des missiles de croisière navale [MdCN], des missiles antinavires Exocet SM39 modernisés, des torpilles lourdes filoguidées F-21 et des mines.

Le Suffren « est l’outil de combat par excellence face à un ennemi symétrique. Il possède deux capacités différentielles essentielles que n’avaient pas les sous-marins précédents : il peut frapper loin et discrètement, avec des missiles de croisière – c’est une première en France – et conduire une opération spéciale en plongée, grâce au hangar de pont qui peut héberger des commandos ou des drones. Ce bateau a un panel d’actions bien plus important que ses prédécesseurs », a récemment résumé l’amiral Pierre Vandier, le chef d’état-major de la Marine nationale, lors d’une audition parlementaire.

A la découverte de la géographie des espaces d’entraînement de l’armée de Terre

A la découverte de la géographie des espaces d’entraînement de l’armée de Terre

MjAyMDEwMTRmODA1MDQ0NjM4MjM4ZDExOWEwYmI3YTgxNzY5YmI.jpg

 

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 23 septembre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Il y a quelques jours, j’ai consacré un post à un projet de réaménagement du bivouac La Fayette sur le camp de Coëtquidan (lire ici). Il s’agit de construire des infrastructures pour accueillir 174 soldats et leurs véhicules dont des VBCI et des Griffon

J’y reviens pour préciser les raisons qui poussent au réaménagement de ce bivouac.

La catégorisation des espaces d’entraînement a évolué ces derniers temps dans l’armée de Terre. Elle a réparti les espaces d’entraînement en trois niveaux principaux en vue de permettre l’entraînement des unités opérationnelles du groupe à la division :
– au niveau local : les espaces d’entraînement de niveau 1 complexes haute intensité régimentaire (ou EE1 CHIR). Ce sont Ce sont les camps de proximité des garnisons mais qui sont aussi des complexes de haute intensité régimentaire qui permettent d’optimiser l’entraînement de la section (unité de 20 à 40 hommes), des groupes ou équipages et l’entraînement individuel ;
– au niveau régional : les espaces d’entraînement de niveau 2 (EE2 Hi Ready) qui permettent l’entraînement au niveau compagnie ou sous-groupement interarmes. Les espaces de niveau 2 sont au nombre de huit en France : Coëtquidan, Fontevraud, la Courtine, Valdahon, le Larzac, Caylus, les Garrigues et l’Espace montagne. Ils bénéficient d’un effort de développement de leurs infrastructures de préparation opérationnelle pour optimiser l’entraînement et le contrôle, à moins de 250 km de leur garnison, des compagnies et sous groupement interarmes (SGTIA) et de leur unités subordonnées (soit 150 à 200 hommes).
Coëtquidan est désormais classé niveau 2, ce qui oblige à des réaménagements et la construction de nouvelles infrastructures.
– au niveau national : les espaces d’entraînement de niveau 3 qui permettent l’entraînement des grandes unités interarmes et participent à leur mise sur pied dans le cadre de la préparation d’un engagement majeur. La liste des EE3 comporte Mourmelon, Sissonne, Suippes, Mailly, Canjuers (au sud). Les quatre grands camps de Champagne-Picardie forment un espace d’entraînement cohérent unique en Europe, capable de supporter l’effort d’entraînement et la mise sur pied de guerre d’un système divisionnaire (unité interarmes de classe 25 à 30 000 hommes).

entrainement.jpg

Pour chaque niveau, des standards ont été définis, tant en terme d’installations de tir, de bâtis ou aménagements destinés à l’aguerrissement, de zones de manœuvre, de capacités d’hébergement, de moyens de simulation, etc.

Tous ces espaces d’entraînement sont sous la responsabilité du commandement de l’entraînement et des écoles du combat interarmes (le COM E2CIA). 

Il existe aussi des espaces d’entraînement outre-mer (les EE OME) dont 3 sont déjà de niveau 2 (Côte d’Ivoire, Djibouti et EAU) et 2 autres (Guyane et Nouvelle Calédonie) atteindront ce standard vers 2030.

Enfin, des espaces d’entraînement spécialisés sont disponibles:
– des espaces d’entraînement et d’expérimentation des forces spéciales à Pau, Souge et Bayonne,
– un espace montagne à Modane,
– un espace d’entraînement 3D.

Guerre : Les troupes américaines défendront Taiwan si la Chine envahit, selon le président Biden

Guerre : Les troupes américaines défendront Taiwan si la Chine envahit, selon le président Biden

 

ASAF – publié le jeudi 22 septembre 2022

https://www.asafrance.fr/item/guerre-les-troupes-americaines-defendront-taiwan-si-la-chine-envahit-selon-le-president-biden.html


Dans une interview dans l’émission 60 Minutes diffusée dimanche, le président Joe Biden a déclaré que les militaires américains seraient appelés à aider Taïwan en cas d’invasion chinoise.

“Nous sommes d’accord avec ce que nous avons signé il y a longtemps”, a déclaré le président Biden dans l’interview. “Et qu’il n’y a qu’une seule politique chinoise, et Taïwan porte son propre jugement sur son indépendance. Nous ne bougeons pas – nous n’encourageons pas leur indépendance. … C’est leur décision.

Mais lorsqu’on lui a demandé si les forces américaines défendraient l’île, le président a poussé sa position un peu plus loin.

“Oui, si en fait il y a eu une attaque sans précédent”, a déclaré le président Biden.

Bien que ce ne soit pas la première fois que le président Biden suggère que les États-Unis soutiendraient Taïwan, c’est la première fois qu’il indique clairement que les forces américaines seraient impliquées dans une telle circonstance. Cela contraste fortement avec la position des États-Unis de soutenir l’Ukraine dans sa défense contre l’invasion russe.

Donc, contrairement à l’Ukraine, pour être clair, monsieur“, a déclaré le correspondant de 60 Minutes Scott Pelley au président Biden, ” Des hommes et des femmes des forces américaines défendraient Taïwan en cas d’invasion chinoise ? »

Oui“, a répondu le président.

Un responsable de la Maison Blanche a cependant déclaré lundi que les commentaires du président Biden ne reflétaient pas un changement officiel de politique, comme le rapporte CBS News.

Officiellement, les États-Unis ont toujours une « ambiguïté stratégique » sur le sujet de l’intervention militaire américaine au nom de Taïwan. Mais il est également important de noter que la loi sur les relations avec Taiwan signée plus tôt cette année stipule que les États-Unis doivent aider à armer Taiwan en cas de montage d’une défense.

Les troupes américaines ont été actives dans la région alors que les tensions entre la Chine et Taïwan continuent de s’intensifier, plus récemment sous la forme du croiseur Chancellorsville naviguant dans le détroit de Taïwan en septembre.

En juillet, la Chine a qualifié de « provocation » le transit répété du destroyer lance-missiles Benfold à travers la mer de Chine méridionale. Le destroyer n’est que l’un des nombreux navires américains qui patrouillent régulièrement dans les eaux du Pacifique pour protéger la stabilité maritime.

Le navire a transité par un couloir dans le détroit qui se trouve au-delà de la mer territoriale de tout État côtier“, ont déclaré des responsables de la 7e flotte. “Le transit du navire par le détroit de Taiwan démontre l’engagement des États-Unis en faveur d’un Indo-Pacifique libre et ouvert.”

Le général Charles Flynn de l’armée de terre américaine du Pacifique a également suggéré que l’armée laisserait des roquettes au Japon après la conclusion de l’exercice conjoint Orient Shield 22. L’opération d’entraînement a marqué la première fois que les troupes américaines ont tiré des [missiles antichars] Javelin au Japon.

Les commentaires du général Flynn, quant à eux, indiquent que des équipements importants tels que les systèmes de lance-roquettes d’artillerie à haute mobilité, ou HIMARS, resteront à la base de la force d’autodéfense terrestre japonaise sur Amami Oshima – une chaîne d’îles situées entre le continent japonais et Taiwan – jusqu’au moins le prochain exercice conjoint, a rapporté Reuters.

C’est une opportunité pour nous de faire avancer les capacités. Certains des équipements que nous allons simplement laisser ici », a déclaré le général Flynn à Reuters.

Selon un rapport séparé de Reuters publié lundi, la Chine a publiquement dénoncé les commentaires du président.

Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré le mois dernier que la Chine avait le droit de prendre toutes les mesures nécessaires contre toute action visant à diviser la nation.

Nous sommes prêts à faire de notre mieux pour lutter pour une réunification pacifique“, a déclaré Mao. “Dans le même temps, nous ne tolérerons aucune activité visant à la sécession.”

Mao a également averti les États-Unis de se méfier de l’envoi de “mauvais signaux” aux forces séparatistes taïwanaises, ce qui implique en outre la nécessité d’une approche consciente de la manière dont les États-Unis gèrent les affaires liées à Taïwan.

 Rachel NOSTRANT*
Defence News
 20 septembre 2022

*Rachel Nostrant est une vétéran du Corps des Marines et une candidate à la maîtrise du programme Business & Economic Reporting de l’Université de New York.