La Russie menace la Lituanie de représailles pour avoir bloqué le transit de marchandises vers Kaliningrad

La Russie menace la Lituanie de représailles pour avoir bloqué le transit de marchandises vers Kaliningrad

http://www.opex360.com/2022/06/20/la-russie-menace-la-lituanie-de-represailles-pour-avoir-bloque-le-transit-de-marchandises-vers-kaliningrad/


 

Coincée entre la Pologne et la Lituanie et séparée de la Biélorussie par le passage de Suwalki, seule voie d’accès des trois États baltes au reste des pays membres de l’Union européenne [UE] et de l’Otan, l’enclave de Kaliningrad est importante pour la Russie pour au moins deux raisons. En effet, ce territoire est un symbole de la victoire sur l’Allemagne nazie [il s’appelait naguère « Koenigsberg »] tout en étant l’un des derniers vestiges de la période soviétique. Et sa possession permet à la Russie de consolider sa position militaire dans la région de la Baltique, via notamment le déploiement de capacités de déni et d’interdiction d’accès [A2/AD].

Étant donné sa position géographique, la seule voie d’accès terrestre pour accéder à cette enclave passe par la Lituanie, qui, par ailleurs, abrite l’un des quatre groupes tactiques mis en place par l’Otan au titre de sa présence avancée réhaussée [eFP]. Sinon, elle est aussi accessible par bateau [ou par avion], via la Baltique.

L’une des craintes des autorités russes est que Kaliningrad puisse faire l’objet d’un blocus en cas de conflit. Ce qui explique, en partie, sa militarisation. Or, depuis le 17 juin, Vilnius interdit aux marchandises russes visées par des sanctions de l’UE [charbon, matériaux de construction, métaux, bien technologiques] de transiter par son territoire. Et l’entrée en vigueur de cette décision a été immédiate.

Or, le 6 avril, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexander Grouchko, avait mis en garde contre « toute action potentielle » susceptible d’être tentée contre Kaliningrad. « J’espère vraiment que le bon sens en Europe ne permettra pas que des jeux soient lancés autour de Kaliningrad. […] Je pense que beaucoup comprennent que ce serait jouer avec le feu », avait-il confié à l’agence Tass.

Aussi, la réaction du ministère russe des Affaires étrangères n’aura pas tardé. « Nous avons réclamé [à la Lituanie] la levée immédiate de ces restrictions », a-t-il fait savoir, ce 20 juin. Et si le passage des marchandises « n’est pas rétabli en totalité, alors la Russie se réserve le droit d’agir pour défendre ses intérêts nationaux », a-t-il prévenu, avant d’indiquer qu’il avait convoqué le chargé d’affaires lituanien en poste à Moscou.

En outre, la diplomatie russe a dit considérer la décision de Vilnius comme « ouvertement hostile » étant donné que, selon elle, elle « viole les obligations juridique internationales de la Lituanie, à savoir la déclaration conjointe de 2002 de l’UE et de la Fédération de Russie sur le transit entre la région de Kaliningrad et le reste de la Fédération de Russie ».

De son côté, et dénonçant une « décision sans précédent », le Kremlin, via son porte-parole, Dmitri Peskov, estime que la « situation est plus que sérieuse » et qu’une « analyse approfondie est nécessaire pour élaborer les répliques ». Reste à voir les mesures de rétorsion qu’est susceptible de prendre la Russie, sachant qu’elle ne peut plus utiliser « l’arme » du gaz, la Lituanie s’en étant affranchie grâce au gazoduc GIPL [Gas Interconnection Poland-Lithuania].

Quoi qu’il en soit, la Lituanie soutient qu’elle ne fait qu’appliquer les sanctions décidées par l’UE contre la Russie après son invasion de l’Ukraine. La décision de Vilnius a été prise « en consultation avec la Commission européenne et conformément à ses directives », a déclaré Gabrielius Landsbergis, le ministre lituanien des Affaires étrangères.

Point de situation des opérations en Ukraine 18 juin 2022- Perspectives

Point de situation des opérations en Ukraine 18 juin 2022- Perspectives

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 19 juin 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


C’est le rapport de forces réel ou estimé qui détermine si l’objectif stratégique fixé aux forces armées peut être offensif ou défensif. Le gouvernement ukrainien peut proclamer vouloir refouler les Russes sur la ligne du 24 février 2022, celui-ci est inatteignable en l’état actuel des forces. Il le sera peut-être à long terme avec la formation d’une nouvelle armée ukrainienne grâce à la mobilisation nationale et l’aide occidentale, mais pour l’instant, ce sont les Russes qui ont seuls la possibilité d’avoir un objectif stratégique offensif. Celui-ci s’est beaucoup réduit au fur et à mesure que le rapport de force réel a remplacé le rapport de force estimé, très favorable aux Russes, avant le début de la guerre. L’objectif stratégique russe affiché depuis la fin du mois de mars est la conquête complète des deux provinces du Donbass.

En termes opérationnels cela pourrait se traduire par l’« effet majeur » – un effet à obtenir dans un cadre espace-temps précis – suivant : « S’emparer avant la fin de l’été des quatre villes principales du Donbass encore contrôlées par les Ukrainiens ainsi que Pokrovsk au centre de la province de Donetsk ». En position défensive, l’effet majeur ukrainien semble ne pouvoir être que d’empêcher les Russes d’atteindre le leur.

On assiste donc à un bras de fer autour des villes objectifs avec pour l’instant un peu de progression sur le terrain à l’avantage des Russes, mais au prix de trois mois de combats. Or, quand les combats sont très violents, mais qu’il n’y a que peu de changements dans l’espace, c’est l’autre terme de l’équation – le temps – qu’il faut particulièrement observer.

Vers le point oméga

Historiquement, c’est la grande létalité des feux directs antichar et antipersonnel qui fait passer de la guerre de mouvement à la guerre de position, et c’est l’artillerie, au sol ou en l’air, qui permet de sortir de la guerre de position. Attaquer dans un contexte de guerre de positions, c’est d’abord essayer de neutraliser l’artillerie et les défenses ennemies par un déluge d’obus ou roquettes, puis progresser vers ces défenses pour s’en emparer. Mais si la contre-batterie n’a pas été efficace, progresser implique aussi de se trouver à son tour sous les obus de l’artillerie adverse, ce qui rend la chose beaucoup plus difficile. Or, l’artillerie russe, non pas tant en nombre de pièces, mais en nombre d’obus, domine largement les débats avec, si on croit les déclarations récentes, de l’ordre de 6 projectiles envoyés pour 1 seul ukrainien. Autrement dit, la probabilité de réussite d’une attaque russe est plus importante que celle d’une attaque ukrainienne surtout si cette attaque est menée par une bonne infanterie.

Le nombre de km2 conquis par les Russes est donc plus important que celui des Ukrainiens, ce qui par cumul peut faire émerger des succès tactiques importants comme parvenir à percer à Popasna ou menacer d’encercler Lyman et obliger ses défenseurs à se replier. La succession de ces succès tactiques peut ensuite permettre de produire des succès opérationnels, sur le terrain, comme la prise prochaine de Severodonetsk, ou sur les forces ennemies par exemple en les encerclant. Mais tout cela a un coût, humain bien sûr, mais aussi matériel, et c’est là que le temps intervient.

Dans les hypothèses d’une guerre entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie dans les années 1980, personne n’imaginait que celle-ci puisse durer plus de quelques semaines. On se fondait alors beaucoup sur l’exemple de la guerre d’octobre 1973 entre Israël et les pays arabes voisins, guerre dont les combats s’étaient arrêtés au bout de 19 jours et alors que les deux camps avaient perdu la moitié de leur matériels majeurs – avions, chars, etc.- en 19 jours. On parlait alors de « nouvelle létalité » du champ de bataille moderne. Les anciens soldats de la guerre froide, qui sont à la tête des armées maintenant, sont donc surpris de voir une guerre de même type qui dure depuis bientôt quatre mois. Le ministre de la Défense ukrainien a avoué il y a quelques jours que ses forces avaient atteint cette moitié de pertes avec 400 chars perdus, 1 300 véhicules d’infanterie et 700 systèmes d’artillerie. Il s’agit là d’une estimation et non un état précis, et à rebours des discours habituels minimisant ses propres pertes peut-être s’agit-il de susciter un sentiment d’urgence auprès des pays occidentaux, mais cela paraît vraisemblable comme ordre de grandeur.

Ces chiffres correspondent sensiblement au double des pertes documentées par le site OSINT Oryx, ce qui donne déjà une idée de la marge d’erreur entre le visible et le réel. Des matériels militaires, surtout des vieux ex-soviétiques, peuvent être perdus sans être frappés. C’est particulièrement valable pour les tubes d’artillerie hors d’usage après quelques milliers de coups. On se trouve quand même très loin de la « nouvelle létalité » imaginée dans les années 1970-1980. Pour autant, la destruction finit par faire son œuvre. Les combats répétés produisent une entropie. Les unités perdent des hommes tués, blessés, prisonniers, qui sont souvent remplacés dans l’urgence par des inconnus souvent moins compétents. Le tissu social se désagrège avec ce qu’il apporte de force de résistance, et le capital de savoir-faire diminue. On perd aussi bien sûr de nombreux équipements à un niveau qui dépasse nettement, au moins dans un premier temps, celui de la production. Les matériels sont détruits et endommagés par les tirs ennemis (et parfois amis). Ils peuvent être aussi abandonnés, de l’ordre d’un tiers des pertes de part et d’autre en Ukraine, pour se sauver ou par qu’ils sont coupés d’une chaîne d’approvisionnement qui n’arrive plus à suivre.

Pour compenser un peu cette entropie, on bricole. On forme des unités « de marche », on met à l’écart et on cannibalise les unités qui n’ont plus de valeur et on surutilise celles qui en ont encore en concentrant sur elles une logistique qui se réduit. Mais ces unités elles-mêmes finissent par s’user et il arrive un moment où il n’y a plus de stocks de véhicules de remplacement ou de munitions, d’obus en premier lieu. On atteint alors le point oméga, où on peut au mieux se défendre, mais où il n’y a plus du tout de capacité offensive jusqu’à ce qu’on reconstitue les forces.

Toute la question est maintenant de savoir quand seront atteints les points oméga des armées russe et ukrainienne. En l’état actuel des choses, il semble que ce soient plutôt les Ukrainiens, dont les pertes humaines dépassent peut-être désormais celles des Russes et surtout qui commencent à être sérieusement à court de munitions critiques. Pour pouvoir atteindre leur effet majeur, c’est-à-dire empêcher les Russes de s’emparer du Donbass avant que ceux-ci aient atteint leur point oméga, cela suppose à la fois de combattre intelligemment dans le champ opérationnel et de repousser autant que possible leur point oméga dans le champ organique grâce à une mobilisation de leurs ressources et l’aide occidentale.

Combattre intelligemment dans le contexte actuel c’est passer à une posture défensive. Ce sont les attaques qui coûtent le plus cher, mais encore faut-il qu’elles soient « rentables » et c’est rarement le cas face aux points forts russes comme à Popasna et qui plus est avec des brigades territoriales bien moins solides que les brigades de manœuvre. Si attaques il doit y avoir, celles-ci doivent avoir la forme de raids limités dans le ciel ou au sol et à coup sûr. Pour le reste, il faut défendre en profondeur en acceptant de perdre du terrain à l’avant pour sauvegarder ses forces, tout en faisant payer cher en hommes et en temps chaque km2 gagné par les Russes. Les Ukrainiens sont dans la position des armées alliées devant résister jusqu’en juillet 1918 face à la supériorité allemande en attendant les renforts américains et surtout ceux de l’industrie française, la différence c’est que cette fois c’est l’industrie américaine qui va arriver en renfort.

Des obus, des obus et des obus

Du côté des ressources, l’aide occidentale doit d’abord passer par la fourniture de moyens permettant de faire vivre l’existant ukrainien ex-soviétique, et ce dans tous les domaines. C’est essentiellement le fait des anciens pays du Pacte de Varsovie qui peuvent encore avoir des équipements et des stocks, et parfois en produire encore comme les obus d’artillerie en Bulgarie. La deuxième possibilité est de racheter sur le marché de l’occasion de l’équipement ex-soviétique à tous les pays qui en disposent encore. La troisième possibilité est d’utiliser les nombreux équipements récupérés sur les Russes. Avec ces ressources, et en puisant sur les stocks, les forces ukrainiennes peuvent encore remplacer les véhicules ex-soviétiques leurs unités de manœuvre pendant plusieurs mois. Le problème est surtout logistique et plus particulièrement dans les munitions d’artillerie. Les obus ex-soviétiques ne sont que peu fabriqués hors de Russie. Les productions annuelles ukrainiennes ou bulgares ne permettent de satisfaire que quelques jours de combat et même en récupérant des obus de 152 mm et autres partout où c’est possible, il est inconcevable que l’actuelle artillerie ukrainienne puisse rivaliser avec celle des Russes.

La deuxième voie consiste à transformer complètement le capital technique ukrainien. Dans l’urgence, il s’agit surtout de remplacer la vieille artillerie ukrainienne ex-soviétique en train de fondre par une artillerie occidentale, plus moderne, plus précise et à plus longue portée et donc entre autres beaucoup plus efficace en contre-batterie. C’est un chantier gigantesque. Les armées européennes ont réduit leur artillerie à la portion congrue, par économie et dans la croyance que la suprématie aérienne occidentale (lire américaine) permettait de s’en passer. Les États-Unis ont également réduit leur artillerie par rapport à la guerre froide, mais dans une moindre mesure. Rappelons au passage, que si l’effort français en % du PIB avait été identique à celui des Américains, on aurait investi entre 200 et 300 milliards d’euros de plus depuis 1990 dans notre capital technique et notre industrie de défense.

Alors que l’industrie de défense occidentale et singulièrement en France est devenue de l’artisanat – Nexter sort actuellement un canon Caesar tous les 40 jours – il est difficile d’imaginer réussir ce pari sans dépouiller ses propres unités. Le problème est peut-être encore plus critique pour les obus. La production actuelle américaine (200 à 250 000 coups par an environ) suffirait juste à alimenter l’artillerie ukrainienne pendant un mois au rythme de tir actuel. La France de son côté à acquis en dix ans pour sa propre artillerie l’équivalent d’une semaine de tir en Ukraine. Il doit rester l’équivalent de trois jours. L’aide militaire à l’Ukraine sur la longue durée et d’une manière générale le nouveau paysage stratégique passe par une révolution de notre industrie de défense.

En 1990, on disposait en France de 571 pièces d’artillerie, il n’y en plus désormais qu’environ 140. On aurait pu conserver un stock de 200 pièces, éventuellement modernisées, dans lequel on aurait pu puiser. Obsédés par les économies budgétaires, on n’a pas fait de stocks de pièces et d’obus. La situation est encore pire pour l’artillerie antiaérienne. Plus d’autres solutions désormais si on veut avoir un effet opérationnel en Ukraine que de se dépouiller de ce que l’on dispose en pièces et munitions, en espérant pouvoir se remettre à niveau dans quelques années.

Bien entendu, tout cela doit s’accompagner aussi d’un immense effort d’instruction, ce qui suppose de retirer de la zone des combats pendant des semaines des milliers d’artilleurs ukrainiens pour les former. Il faut ensuite former des bataillons d’artillerie complets et les faire traverser l’Ukraine, en espérant que les flux logistiques suivront. En résumé, les effets de la transformation de l’artillerie ukrainienne en artillerie presque entièrement américaine ne peuvent être que graduels et ne permettront d’obtenir des effets importants qu’au mieux dans quelques semaines si un effort considérable est fait et plus probablement dans plusieurs mois.

Le problème est à peine moins grave pour les unités de mêlée. Là encore le bataillon doit être l’unité de compte si on veut avoir une unité créée ou reconstituée disponible rapidement. En partant de zéro, et à condition de disposer de l’équipement complet, d’une bonne infrastructure et de l’encadrement, on peut éventuellement former un bataillon de mêlée en six mois. En mixant avec des vétérans et des cadres ukrainiens d’une unité existante, on peut raccourcir le processus. Cela pose une multitude de problèmes concrets avec là aussi à terme l’obligation de remplacer progressivement les équipements soviétiques par des équipements occidentaux avec des difficultés un peu moins importantes que pour l’artillerie. On devrait se concentrer dans l’immédiat sur la formation de bataillons d’infanterie légère et de sapeurs d’assaut qui pourraient être injectés cet été dans les bastions urbains et les lignes de défense.

Il faut bien comprendre que permettre à l’armée ukrainienne de gagner la guerre, il faut quasiment la recréer de toutes pièces et il s’agit d’une armée, au moins pour l’armée de Terre, nettement plus importante en volume que l’armée française. Si on voulait être cohérent, les pays occidentaux devraient être de grands camps d’entraînement pendant que notre industrie se mettrait en ordre de marche pour revenir à une production de masse.

Une offensive décroissante

Bien entendu les Russes ne vont pas rester inactifs pendant ce temps. Eux aussi produisent et innovent. L’hypothèse privilégiée est qu’ils jettent toutes leurs forces disponibles dans la balance pour s’emparer du Donbass avant la fin de l’été pour ensuite passer en posture défensive.

L’usure de leurs forces est déjà considérable. Matériellement, les pertes en équipements majeurs sont très supérieures à celle des Ukrainiens, mais sans être critiques. La situation la plus difficile semble concerner les chars de bataille, avec presque la moitié du parc d’active de 3 471 chars sans doute hors de combat, ce qui explique peut-être le recours au parc de réserve avec la récupération de vieux chars T-62.

Dans les autres domaines, grâce à leurs énormes stocks, même coûteux à maintenir et d’une disponibilité douteuse, les Russes ont vaincu la létalité moderne Avec un stock d’active plus de 14 000 véhicules de combat d’infanterie divers (aux alentours de 3 600 théoriques en France), ils ont un taux de pertes de 10 à 20 %. La situation est encore moins grave dans les autres matériels. Si cela a contribué à gagner la bataille de Kiev, ce n’est pas la destruction des véhicules de combat qui va changer la donne dans la bataille du Donbass.

La logistique est sans doute plus sensible. On ignore l’état des stocks russes de carburant et surtout en munitions. Il est question d’une consommation des deux tiers environ. Si cela est vrai, cela laisse la possibilité de continuer le combat au même rythme pendant deux mois environ, peut-être trois avec l’apport de la production locale. Peut-être la Russie peut-elle aussi faire appel aux stocks de ses alliés. Les flux logistiques sont par ailleurs mieux organisés que durant la phase de mouvement, par la protection d’un front continu, la proximité des bases ferroviaires et une meilleure protection des convois et des réseaux en l’air et au sol. La vraie menace ukrainienne viendrait du combat d’infiltration ou de partisans, en coordination avec une capacité de frappes en profondeur en particulier par lance-roquettes multiples HIMARS ou M270.

La principale difficulté russe, celle qui accélère le déplacement vers le point oméga, se trouve dans le capital humain. On spécule beaucoup sur le volume des pertes humaines russes et LNR/DPR. Ces derniers sont à cet égard plus transparents et les chiffres qu’ils donnent, sont de l’ordre de 40 % de pertes pour les 35 000 hommes de leurs deux corps d’armée. Il est vrai que la vingtaine de bataillons qu’ils représentent sont très largement sollicités par les Russes, mais on comprend pourquoi ils progressent désormais très peu dans les combats. Les pertes russes sont sans doute inférieures à celles des LNR/DPR, de l’ordre de 30 % des forces engagées le 24 février. C’est déjà considérable et cela signifie que chacun des groupements tactiques russes engagés a été plus ou moins sévèrement touché.

Au contraire des équipements et au contraire des Ukrainiens, les Russes n’ont qu’une faible réserve humaine, la faute à un recrutement purement volontaire et à l’absence d’une grande réserve opérationnelle au moins équivalente à l’armée d’active. Le volontariat assure une meilleure motivation qu’une mobilisation générale en Russie, mais réduit considérablement le volume des renforts disponibles à court comme à moyen terme. S’il est possible de compenser, après de longues semaines, les pertes des premiers mois de guerre, il sera difficile de beaucoup dépasser le nombre initial d’unités de combat engagées en Ukraine.

Les pertes diminuent les capacités, mais de manière différente selon la qualité de l’unité. Pour 10 % de pertes, un bataillon d’élite perdra par exemple 15 % de son potentiel alors qu’une unité médiocre en perdra 30 %. Si le nombre total de groupements tactiques russes n’a pas beaucoup varié, le nombre de ceux qui ont encore une capacité à mener une attaque a lui beaucoup diminué.

L’armée russe s’est aussi adaptée et a un peu innové, en attendant des réformes plus profondes. Le nouveau mode opératoire adopté fin mars est nettement mieux adapté aux capacités russes que la guerre de mouvement, car plus simple et reposant sur une combinaison planifiée artillerie/aéroartillerie-infanterie. L’artillerie est là, par forcément moderne, mais très puissante. Aviation et hélicoptères d’attaque sont mieux intégrés dans le combat interarmées. Reste à disposer d’une infanterie d’assaut apte à combattre à pied dans les milieux urbains ou retranchés. La structure mixte mêlée-artillerie des groupements tactiques semble largement abandonnée au profit de structures plus classiques et plus simples avec la formation de grands groupements d’artillerie, pratiquement des divisions, et de purs (petits) bataillons de manœuvre de 200 à 300 hommes comme les Ukrainiens.

La quasi-totalité des attaques est donc désormais menée par une trentaine de bataillons, le plus souvent issus de l’armée d’assaut par air, de l’infanterie navale ou d’irréguliers comme Wagner ou la brigade tchétchène de la garde nationale. En réalité, ces unités sont très sollicitées depuis le début et ont subi de lourdes pertes, mais elles résistent mieux que les autres. Il n’est pas évident cependant qu’elles puissent encore être engagées sans discontinuer pendant très longtemps.

Au bout du compte, il semble que le rapport de forces matériel et notamment en puissance de feu sera quoiqu’il arrive à l’avantage des forces russes pour les trois mois à venir. Il est même probable que cet avantage sera sans doute encore plus important de mi-juillet à mi-août. Il reste à savoir si cet avantage matériel de l’été pourra être associé à une infanterie d’assaut encore suffisante en volume pour obtenir des résultats décisifs. Tout dépend en fait de l’intelligence de la défense ukrainienne dans le Donbass et dans l’immédiat dans la poche de Severodonetsk-Lysychansk. Si l’armée ukrainienne se fait encercler dans cette poche, les Russes atteindront sans aucun doute leur effet majeur. Si elle parvient à résister deux mois sur place ou si elle parvient à se replier en bon ordre et sans grande perte matérielle sur une solide ligne Sloviansk – Kramatorsk – Droujkivka – Kostiantynivka, elle peut parvenir à empêcher les Russes d’atteindre leur objectif stratégique jusqu’à leur point oméga.

Surviendra alors une immobilisation du front masquant un intense travail de reconstitution et de transformation de part et d’autre qui débouchera tôt ou tard sur une nouvelle phase de la guerre fondée sur un rapport de forces différent.

Doctrine stratégique : comment les officiers généraux pensent la guerre aujourd’hui. Entretiens à Conflits.

Doctrine stratégique : comment les officiers généraux pensent la guerre aujourd’hui. Entretiens à Conflits.

par Revue Conflits – publié le 21 juin 2022


Plusieurs officiers généraux ont accordé un entretien à Conflits pour exprimer leur pensée et leur analyse des situations militaires. Nous les regroupons ici pour donner à nos lecteurs un panorama complet. Généraux de l’armée de terre, de la marine, de l’aviation, du renseignement, ils aident chacun, avec leurs expériences et leurs réflexions à comprendre la guerre aujourd’hui.

Sauf un, ces entretiens ont été donnés avant la guerre en Ukraine, il ne faut donc pas les lire comme une réponse à celle-ci. Nous indiquons ainsi le numéro et la date de parution des entretiens afin de les mettre dans leur contexte de l’époque. La pensée de ces officiers a pu évoluer ou être affinée depuis, il faut donc prendre ces entretiens pour ce qu’ils sont : un état de leur réflexion à un moment donné.

Liste des entretiens

Général Pierre-Joseph Givre. Les premières leçons de la guerre en Ukraine. N°39, mai 2022.

Amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine, N°38, mars 2022.

Général Pierre Schill, Chef d’état-major de l’armée de terre, NS 13, novembre 2021.

Général Frédéric Blachon. « Être loyal, c’est dire la vérité. » N°34, juillet 2021.

L’aérocombat un atout militaire français, Général Bertrand Valette d’Osia. N°30, novembre 2020.

Général Eric Bucquet, directeur de la DRSD. Menaces cyber, la DRSD en première ligne. N°26, mars 2020.

Général Jean Fleury. L’aviation : Quel avenir pour un fleuron français ? NS 11, octobre 2020.

Var : le parquet militaire ouvre une enquête après le tir ayant déclenché un incendie

Var : le parquet militaire ouvre une enquête après le tir ayant déclenché un incendie

Le feu s’est déclenché samedi, après un exercice d’artillerie au camp militaire de Canjuers (Var). Toujours actif ce lundi, il a décimé 700 ha de végétation sans faire de blessés.

 

L’incendie de Canjuers vu depuis un avion reliant Paris à Nice. LP/Matthieu de Martignac
L’incendie de Canjuers vu depuis un avion reliant Paris à Nice. LP/Matthieu de Martignac
20 juin 2022
https://www.leparisien.fr/faits-divers/var-le-parquet-militaire-ouvre-une-enquete-apres-le-tir-ayant-declenche-un-incendie-20-06-2022-2WVASFRCCBCK3D6JPODSLKLPBA.php


Alors que les pompiers sont toujours à pied d’œuvre pour tenter d’éteindre le violent incendie qui s’est déclenché samedi dans le camp militaire de Canjuers (Var) après un exercice d’artillerie, le parquet militaire de Marseille s’est saisi d’une enquête, a appris ce lundi Var-Matin de source judiciaire.

Les investigations confiées à la gendarmerie devraient notamment porter sur les conditions de sécurité dans lesquelles les manœuvres militaires ont été effectuées ce jour-là, précise le journal régional.

Le feu, qui s’est déclaré samedi à l’intérieur de ce vaste camp d’entraînement de l’armée française à la suite d’un tir d’artillerie, était toujours actif dimanche soir et a brûlé quelque 700 ha de végétation, a-t-on appris auprès des pompiers.

« Grosse reprise » dimanche

Samedi dans la soirée, l’incendie était « presque fixé », c’est-à-dire qu’il n’avançait plus, avait indiqué la préfecture du Var, mais dimanche après-midi « on a assisté à une grosse reprise », a indiqué dimanche soir le capitaine des pompiers du Var Stéphane Nepper.

Quelque 100 ha supplémentaires d’herbe ont été brûlés dimanche après-midi et étaient « en cours de traitement » grâce notamment à sept avions bombardiers d’eau, a précisé vers 20 heures le service communication des pompiers du Var.

Depuis samedi, environ 300 pompiers sont mobilisés, certains venant de départements voisins, pour éteindre les flammes – circonscrites dans l’enceinte du camp – et 85 véhicules ont été déployés. Isolé, le complexe militaire de Canjuers se situe à des dizaines de kilomètres des habitations.

À noter que le département du Var ne faisait pas partie des zones placées en vigilance canicule samedi, au moment du tir, mais comptait deux communes en crise sécheresse et 96 en alerte sécheresse et les températures étaient particulièrement élevées. Le risque d’incendie était cependant qualifié de « modéré ».

Un événement similaire s’était déjà produit en juillet 2009 dans le sud de la France. Aux portes de Marseille, un énorme incendie provoqué par des tirs d’entraînement avec des balles traçantes – munies d’un dispositif pyrotechnique -, s’était déclaré dans le camp militaire de Carpiagne, au-dessus des calanques.

Le feu, qui avait parcouru quelque 1 300 ha, s’était propagé dans les collines surplombant la deuxième ville de France, et n’avait été circonscrit qu’au bout de trois jours, faisant deux blessés. Les autorités avaient dénoncé « l’imbécillité du geste » des militaires. Un légionnaire qui avait ordonné les tirs avait été condamné en 2015 à six mois de prison avec sursis.

Six Caesar de plus (soit 18) et des munitions pour les Ukrainiens

Six Caesar de plus (soit 18) et des munitions pour les Ukrainiens

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Quelques précisions sur l’annonce du président Macron sur l’envoi de canons CAESAR supplémentaires à l’Ukraine.

Comme l’a rappelé le ministère des Armées, “aujourd’hui, les Ukrainiens subissent des tirs massifs de l’artillerie russe qui les pilonnent des jours durant pour les faire reculer encore davantage. Pour que l’Ukraine ne perde pas son territoire, le renfort en moyens d’artillerie est un point cardinal. Le président Zelensky a dit que le CAESAR faisait la différence sur le terrain, par la précision de ses tirs et par sa capacité à échapper aux ripostes adverses.

Le choix de leur donner six CAESAR supplémentaires, soit 18 au total, répond à une “nécessité immédiate de survie des Ukrainiens face aux Russes“.

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Ces 18 CAESAR proviennent des réserves de l’armée de Terre, selon le cabinet du ministre des Armées qui a précisé que des munitions seront aussi livrées (aucun chiffre donné, en revanche)..

En amont de son déplacement à Kiev, le président Macron a demandé au PDG de Nexter, entreprise qui fabrique le CAESAR, de revoir son organisation afin de pouvoir travailler sur un mode “de guerre” pour être capable de produire des CAESAR beaucoup plus rapidement pour l’armée française dont le parc diminue et qui ne sait toujours pas si elle percevra des CAESAR NG ou des versions rénovées des canons actuellement en parc (ou un mix).

En parallèle, il a inscrit l’artillerie dans les sujets qui constitueront une priorité d’examen pour la prochaine loi de programmation militaire.