Partir ou rester? Les forces françaises placées devant un dilemme avec l’arrivée au Mali du groupe russe Wagner

Partir ou rester? Les forces françaises placées devant un dilemme avec l’arrivée au Mali du groupe russe Wagner

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Les mises en garde de la France et de ses partenaires européens engagés avec elle au Sahel, ainsi que celles des États-Unis et de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest [Cédéao] n’auront eu aucun effet sur les autorités de transition maliennes. En effet, celles-ci ont, semble-t-il, donné leur accord à l’arrivée au Mali de la société militaire privée [SMP] russe Wagner, proche du Kremlin.

Dans un communiqué conjoint publié le 23 décembre, soit environ une semaine après la force française Barkhane a rétrocédé son emprise de Tombouctou aux Forces armées maliennes [FAMa] dans le cadre de la réorganisation de son dipositif au Sahel, quinze pays [*], dont la France, ont « condamné fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien ».

Et d’estimer que ce déploiement « ne peut qu’accentuer la dégradation de la situation sécuritaire en Afrique occidentale, mener à une aggravation de la situation des droits de l’homme au Mali, menacer l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger et entraver les efforts de la communauté internationale pour assurer la protection des civils et apporter un soutien aux forces armées maliennes ».

Ces quinze pays ont également dit regretter « profondément » la « décision des autorités de transition maliennes d’utiliser des fonds publics déjà limités pour rétribuer des mercenaires étrangers au lieu de soutenir les forces armées maliennes et les services publics au bénéfice du peuple malien ». Les États-Unis, qui ne font pas partie des signataire de ce communiqué, n’avaient pas dit autre chose dans une mise en garde adressée à Bamako, le 15 décembre dernier.

En outre, le communique souligne « l’implication » du gouvernement russe dans le soutien matériel à ce déploiement du groupe Wagner au Mali, avant d’en appeler la Russie à « adopter un comportement responsable et constructif dans la région ».

Le rapprochement entre Bamako et Moscou a commencé un avant l’arrivée de la junte actuellement au pouvoir, notamment avec le don de deux hélicoptères aux FAMa, en 2016, puis, trois ans plus tard, avec la signature d’un accord de coopération militaire. Entre-temps, des associations, comme le « Groupe des patriotes au Mali », ont demandé l’implication militaire de la Russie au Mali, tandis qu’une campagne de dénigrement des forces françaises commençait à prendre de l’ampleur.

Quoi qu’il en soit, selon une source gouvernementale française citée par l’AFP, il a été constaté « des rotations aériennes répétées avec des avions de transport militaire appartenant à l’armée russe, des installations sur l’aéroport de Bamako permettant l’accueil d’un chiffre significatif de mercenaires, des visites fréquentes de cadres de Wagner à Bamako et des activités de géologues russes connus pour leur proximité avec Wagner ». Ce que semble accréditer les données de suivi du trafic aérien.

 

Probablement que ces développements sont à l’origine de l’annulation du déplacement que devait faire le président Macron à Bamako, le 20 décembre [officiellement, la raison serait liée à la pandémie de covid-19…].

En attendant, n’ayant pas vu venir le double coup d’État [août 2020 et mai 2021] du colonel Assimi Goïta et su trouver la parade à lutte d’influence menée depuis Moscou, la France se trouve devant un dilemme. Retirer ses troupes du Mali, comme elle avait menacé de le faire? Cela laisserait le champ libre au groupe Wagner, donc à la Russie, et compliquerait les opérations de contre-terrorisme au Sahel, en particulier dans la région dite des trois frontières [car située aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso]. Les maintenir? Cela les placerait dans des situations impossibles, avec le risque d’être accusées des exactions que les mercenaires russes pourraient commettre.

En outre, l’arrivée du groupe Wagner au Mali est de nature à remettre en cause tous les efforts consentis jusqu’ici pour « européaniser » l’action militaire au Sahel que ce soit via le groupement de forces spéciales Takuba ou la mission européenne de formation des FAMa [EUTM Mali]. À noter que l’Allemagne a déjà fait connaître son intention de relocaliser ses instructeurs engagés dans cette dernière dans un autre pays de la région en avançant des impératifs de sécurité.

Pour autant, le communiqué des quinze pays ne va pas dans le sens d’un désengagement du Mali.

« Nous ne renoncerons pas à nos efforts pour répondre aux besoins de la population malienne. Conformément aux objectifs de la Coalition internationale pour le Sahel, nous réaffirmons notre détermination à poursuivre notre action en vue de protéger les civils, de soutenir la lutte contre le terrorisme au Sahel et de contribuer à instaurer la stabilité à long terme en appuyant le développement durable, le respect des droits de l’homme et le déploiement des services publics », y est-il en effet écrit.

[*] Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Estonie, France, Italie, Lituanie, Norvège, Pays Bas, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Suède