Burkina Faso : un coup d’État synonyme de scénario catastrophe pour la France

Burkina Faso : un coup d’État synonyme de scénario catastrophe pour la France

Explication

Les conséquences du coup d’État en cours au Burkina Faso pour l’intervention française seront multiples. Non seulement cette instabilité menace sérieusement l’avenir de l’opération Barkhane dans le Sahel, mais en plus elle risque de porter un coup fatal à l’engagement militaire des Européens dans la sous-région.

Quelles sont les conséquences directes pour l’intervention française ?

Sur le plan opérationnel, la présence militaire française au Burkina Faso est réduite aux forces spéciales, la « Task Force Sabre ». Par nature discrète, cette force d’environ 350 militaires est utilisée pour traquer et frapper les djihadistes, comme lors de la libération de deux otages français par le commando Hubert, dans le sud du Burkina, le 19 mai 2019. Elle peut aussi être engagée dans des opérations de politique intérieure, comme lorsque, le 31 octobre 2014, elle avait exfiltré le président déchu Blaise Compaoré pour le mettre en sécurité en Côte d’Ivoire.

→ LES FAITS. Burkina Faso : des militaires annoncent « suspendre » la Constitution du pays

Dans le contexte actuel, cette force ne sera pas engagée pour protéger le président Kaboré : dans une position déjà très délicate, Paris n’a pas intérêt et sans doute plus les moyens de jouer aux gendarmes de l’Afrique, comme le souligne le colonel Michel Goya dans son dernier livre, Le Temps des guépards (1).

En revanche, elle peut être déployée en cas de menace sur les Européens : un scénario, pour l’heure, peu probable. « La crise au Burkina peut surtout poser un problème logistique pour l’armée française, analyse le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations Unies. Les convois de ravitaillement de la base de Gao, dans le nord du Mali, et de Menaka, dans le nord du Niger, passent par le Burkina. » De sorte que la France est obligée de ne pas s’aliéner les autorités qui dirigent le pays.

Comment envisager l’avenir de l’opération Barkhane ?

Jusqu’au scrutin pour l’Élysée, Paris est piégé. « Comment prendre des décisions importantes à moins de cent jours de l’élection présidentielle ? On peut s’attendre à une grande discrétion des autorités françaises tant que l’élection n’a pas eu lieu. Paris va devoir temporiser avec un mot d’ordre : surtout pas de morts de notre côté ! », estime le général Trinquand. « Les militaires vont rester dans leur base, comme en Afghanistan », ajoute-t-il.

« Cette opération était condamnée depuis longtemps », juge Marc-Antoine Pérouse de Montclos, auteur du livre paru en 2020 Une guerre perdue, la France au Sahel (2). Avec ce nouveau coup d’État, comment Paris peut-il vraiment envisager de rester dans le Sahel ? Combien de soldats vont mourir alors que la situation se dégrade de partout ? » Une fois les élections présidentielle et législatives passées, tout concorde pour penser à un retrait encore plus rapide de Barkhane. « Au Mali, nous l’envisageons pour la fin de l’année », confiait récemment à La Croix une source militaire française.

Quelles suites pour l’intervention européenne ?

Le coup d’État au Burkina Faso fragilise un peu plus la force européenne Takuba, dont la vocation est théoriquement de prendre le relais de l’opération Barkhane. Composée aujourd’hui d’environ 800 soldats, dont la moitié est française, cette force de 14 pays européens n’a jamais paru aussi fragile. La détérioration constitutionnelle au Mali et l’arrivée des Russes dans ce pays ont déjà poussé les Suédois à annoncer, le 14 janvier, la fin de leur participation cette année : soit le retrait de 150 forces spéciales.

« Les Européens n’ont jamais cru en cette force, souligne Marc-Antoine Pérouse de Montclos. Pour eux, c’est une occasion de participer à peu de frais à une opération internationale, mais à condition qu’ils ne perdent aucun soldat. Comme me l’ont dit les Tchèques, ils se retireront au premier mort. »

Et de noter que le Burkina Faso et le Niger s’opposent au déploiement de la force Takuba sur leur sol. « Les Européens n’ont jamais été très chauds pour intervenir au côté de la France dans le Sahel. Si, en plus, ils doivent le faire dans des pays dirigés par des juntes, ils auront une bonne raison d’y renoncer, craint aussi le général Trinquand. D’autant que la crise ukrainienne leur apparaît comme une menace bien plus directe et sérieuse que ce qui se joue dans le Sahel. »

(1) Le Temps des guépards. La guerre mondiale de la France – De 1961 à nos jours, Tallandier, 2022.

(2) Jean-Claude Lattès.

Duel pour Kharkov

Duel pour Kharkov

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 24 janvier 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


La Russie organise-t-elle une opération militaire contre l’Ukraine ? Oui, c’est évident. Se prépare-t-elle à envahir ce pays ? Pas forcément, car ce serait à l’encontre de sa pratique habituelle. Non pas que la vieille Russie n’ait pas l’habitude d’envahir, mais elle le fait simplement rarement de cette façon. Petit retour en arrière.

Depuis la destitution de Viktor Ianoukovytch en février 2014, la Russie a mené six opérations militaires contre l’Ukraine. Une de ces opérations était froide, c’est-à-dire sans combat, et consistait sous couvert initial de grand exercice à rassembler très vite une puissante force conventionnelle à la frontière ukrainienne. Avec la 41armée combinée complète au nord susceptible de foncer sur Kiev et les 20e et 8e armées prêtes à pénétrer facilement dans l’Est ukrainien depuis Voronej et Rostov, tout le monde a été pris de court, en Ukraine comme en Occident.

L’armée ukrainienne n’était qu’une armée Potemkine et les pays occidentaux n’ont pas osé faire la seule chose possible pour contrer la menace : lancer, à la demande du nouveau gouvernement de Kiev, une opération de déploiement-dissuasion rapide sur le territoire, à la manière de la brigade française et de l’escadre aérienne déployés en quelques jours au Tchad en août 1983. Les pays occidentaux, du moins ceux qui combattent parfois, n’ont pas osé pour deux bonnes raisons : la peur et l’incapacité. Il y a bien longtemps qu’on ne sait plus faire ce que l’on faisait dans les années 1980.

Cette inhibition était le premier objectif de l’opération de déploiement russe. Le second était de servir de base arrière à des opérations limitées mais chaudes. La première a été la saisie-éclair de la Crimée, la seconde fut l’appui masqué aux mouvements séparatistes du Donbass. D’un côté la vitesse, de l’autre la dissimulation, mais dans les deux cas, une même volonté de limiter l’empreinte politique et de rester sous le seuil de la guerre ouverte, bon exemple de « guerre avant la guerre » pour reprendre l’expression du chef d’état-major des armées, le général Burkhard.

Cela n’a pas empêché l’État ukrainien de, logiquement et légitimement, tenter de rétablir son autorité sur l’ensemble de son territoire, y compris par l’engagement de son armée. Le succès, difficile mais réel, de cette « offensive anti-terroriste » a provoqué à son tour trois nouvelles opérations russes, qui marquaient incontestablement une escalade. Il y eu ainsi l’offensive d’artillerie de juillet 2014 où les lance-roquettes multiples russes ont méthodiquement écrasé les bataillons ukrainiens sur la frontière entre la Russie et le Donbass, puis deux raids massifs de plusieurs groupements interarmes (GTIA) russes enrobés de miliciens séparatistes et de mercenaires. Un GTIA russe, c’est un groupement de 600 à 800 soldats, avec une force lourde blindée-mécanisée à l’avant et une force de frappe d’artillerie derrière. La première de ces attaques en août 2014, engageait l’équivalent de tout ce que la France possède en chars, véhicules blindés de combat d’infanterie et artillerie. La seconde, en janvier 2015, était encore plus puissante, mais comme là encore il n’y avait pas de drapeaux russes, tous les sympathisants pouvaient relayer les négations du Kremlin.  À chaque fois, les forces ukrainiennes ont subi des défaites cinglantes.

Ce n’était pas l’application d’un grand plan, mais une succession de coups au risque politique très calculé et qui a finalement atteint l’objectif premier de la Russie qui était la neutralisation stratégique de l’Ukraine. La Crimée est annexée et les deux républiques autoproclamées du Donetsk et de Louhansk sont indépendantes de fait sous protectorat russe et quasi annexées par la naturalisation massive de ses habitants. Chacune de ces trois zones prises à l’Ukraine est occupée par un corps d’armée russe. Surtout, plus personne dans les pays occidentaux n’a osé apporter une aide militaire sérieuse à l’Ukraine, on ne parle pas ici de livraisons de petits matériels et de quelques dizaines de conseillers, ni bien sûr évoqué une alliance militaire. La Russie aurait préféré une Ukraine sous influence, mais elle se contente d’une Ukraine « finlandisée ».

C’est probablement pour maintenir ces acquis que sept ans plus tard, on assiste à une nouvelle montée en puissance russe le long de la frontière. Montée en puissance, pas véritable mobilisation, puisqu’on réalité les forces mises en place en 2014 n’avaient jamais été retirées complètement. Concrètement, il y a le long de la frontière une trentaine de GTIA complets présents en permanence, le double de ce que la France serait capable de déployer au maximum. Il y a aussi de nombreux dépôts permettant d’équiper également une trentaine d’autres GTIA à partir des forces venues de l’intérieur, ce qui est fait régulièrement lors des grands exercices. Ces renforts sont arrivés ces derniers mois, à un rythme relativement lent et on notera cet indice clé, à observer de très près, qu’il manque encore les éléments logistiques permettant de mener de grandes opérations sur la longue durée.

Avec environ 110 000 combattants, on se retrouve donc à peu près au volume du printemps 2014, mais avec des forces qualitativement plus modernes, un peu techniquement, mais surtout humainement. L’armée russe de 2022, dont la majorité des cadres a été engagée en Syrie, est capable de monter des opérations aéroterrestres plus complexes qu’en 2014. Dans le même temps, l’Ukraine, peu aidée et toujours structurellement faible n’a pas fait le même effort. Autrement dit, le rapport de forces de 2022 est encore plus favorable pour les Russes qu’en 2014 et dans tous les domaines, en particulier dans le ciel où la supériorité russe est écrasante. Cela fait à nouveau très peur et pousse à un intense dialogue diplomatique, au moins entre la Russie et les Etats-Unis.

Rappelons, si cela n’était pas clair, que la culture stratégique russe est active mais prudente, ce qui ne veut pas dire que les Russes reculent devant le risque en soi mais qu’ils reculent presque toujours devant le risque qu’ils ne peuvent réduire à un niveau jugé acceptable. Il y a fondamentalement deux moyens pour réduire ce risque : la surprise et la masse. Les deux ne sont pas forcément compatibles. Surprendre suppose de se dissimuler et d’agir vite, généralement à partir des moyens immédiatement disponibles à proximité de l’objectif. Agir avec une grande supériorité de moyens suppose au contraire une montée en puissance préalable souvent peu discrète.

Les Russes ont ainsi mené de nombreuses opérations rapides chaudes ou froides de déploiement, saisie ou raid, depuis le blocus de Berlin en 1948 jusqu’au déploiement eu Syrie en 2015 en passant par l’envoi de missiles nucléaires à Cuba en 1962, d’une division aérienne en Egypte en 1970, de l’attaque de la présidence à Kaboul en 1979, de l’assaut sur Grozny en 1994 ou encore de la guerre contre la Géorgie en 2008. On notera au passage que risque calculé et surprise n’empêchent pas toujours l’erreur sur les réactions de l’autre et l’échec.

Les opérations du deuxième type, celle où néglige les réactions possibles pour privilégier un rapport de forces écrasant sont plus rares. Même lors des grandes opérations de reprise de contrôle des pays protestataires du Pacte de Varsovie, en 1953, 1956 et 1968, les Russes ont privilégié la surprise tout en profitant de la puissance des forces proches disponibles. On peut citer comme opération puissante et non surprenante l’entrée de la 40e armée soviétique en Afghanistan au début de 1980, et encore, ou la seconde guerre de Tchétchénie à partir de l’été 1996.

Tout cela nous ramène à la situation actuelle. Avec les forces immédiatement disponibles le long de la frontière, les Russes seraient capables de mener des opérations rapides et limitées. Ils ont choisi de procéder à une mobilisation visible des forces. Ce qui amène deux hypothèses.

Il peut effectivement s’agir aussi d’une opération de grande ampleur où on se moque de la réaction internationale et destinée à « punir » l’Ukraine, détruire une partie conséquente de son potentiel militaire et peut-être occuper les provinces russophones, voire chercher à remettre en place à Kiev un régime plus favorable. Pour atteindre les deux premiers objectifs, ils peuvent lancer une campagne aérienne sous un prétexte quelconque, mais ce serait une vraie nouveauté pour la Russie, et dans ce cas là pas besoin de renforcement des forces terrestres à la frontière sauf pour ajouter de la pression. Plus classiquement, ils peuvent lancer des raids aéroterrestres à partir du Donbass, des raids aéromobiles ou amphibies le long de la côte à partir de la Crimée ou de la région de Rostov. Ils peuvent surtout faire pénétrer les colonnes de la 3e division motorisée et de la 4e division blindée vers Kharkov ou Poltava, deux hauts lieux de l’histoire militaire russe, ou encore celles de la 144e division motorisée depuis Koursk et la Biélorussie en direction de Kiev. Soyons clairs, rien ne pourrait les arrêter sur le terrain. La seule crainte, mais elle est de taille, serait de pousser l’escalade trop loin, de susciter une réprobation et des sanctions internationales de grande ampleur, et surtout un raidissement de l’Europe de l’Est avec à la clé un renforcement paradoxal de l’OTAN et de la présence militaire américaine dans la région.

Il peut s’agir aussi et à nouveau d’une opération froide destinée à court terme à faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle renonce à toute velléité de nouvelle « offensive anti-terroriste » contre les républiques séparatistes et à dissuader les Occidentaux d’accroître leur présence en Ukraine. À long terme, de neutraliser définitivement l’Ukraine, en attendant mieux. Si on reste dans la pratique russe, c’est l’hypothèse de loin la plus probable. Quand les Russes veulent réellement combattre, ils ne s’agitent pas auparavant pour convaincre Congrès et opinion publique comme aux États-Unis. Quand ils s’agitent, c’est qu’ils veulent obtenir des gains diplomatiques. Mais il peut arriver que l’on finisse par rompre avec les habitudes. Le déploiement dans les semaines à venir de nombreux hôpitaux de campagne, une ressource rare que l’on ne peut maintenir très longtemps sans être utilisée, sera le vrai indicateur que Vladimir Poutine envisage de verser beaucoup de sang. 

Barkhane : Le Mali veut revoir les accords de défense conclus avec la France

Barkhane : Le Mali veut revoir les accords de défense conclus avec la France

 

 

http://www.opex360.com/2022/01/17/barkhane-le-mali-veut-revoir-les-accords-de-defense-conclus-avec-la-france/


La semaine passée, le gouvernement malien de transition a dénoncé la violation de son espace aérien par un avion militaire de transport français A400M « Atlas » ayant assuré une liaison entre Abidjan [Côte d’Ivoire] et Gao [Mali], alors qu’il venait de fermer ses frontières en réponse aux sanctions prises à son égard par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest [Cédéao].

Sauf que, comme l’a rappelé le général Laurent Michon, l’actuel commandant de la force française Barkhane, les accords militaires conclus entre Bamako et Paris, en particulier celui du 7 mars 2013 sous forme « d’échange de lettres » entre les deux gouvernements, garantissent une « pleine liberté de circulation sur le territoire et dans l’espace aérien malien des véhicules et des aéronefs, militaires et civils, du personnel du détachement français ainsi que des détachements non français de la force [européenne] Takuba ».

En outre, et s’agissant plus précisément des mouvements d’aéronefs, une part croissante des sorties aériennes de Barkhane se font au profit des Forces armées maliennes [FAMa].

Aussi, la protestation du gouvernement malien de transition pouvait alors être perçue comme un mouvement d’humeur à l’égard de la France, le président Macron ayant approuvé les sanctions de la Cédéao.

Cela étant, et alors que la présence de « formateurs » militaires russes aux côtés des FAMa est de plus en plus visible, les relations entre Bamako et Paris tendent à devenir « explosives ». Et les propos qu’a tenus Choguel Kokalla Maïga, le Premier ministre malien, dans un entretien diffusé le 16 janvier par l’Office de radiodiffusion télévision du Mali [ORTM], risquent bien de mettre le feu aux poudres.

Ainsi, M. Maïga a revisité les faits qui ont conduit à déclencher l’opération française Serval, le 11 janvier 2013. Pour rappel, celle-ci avait été lancée contre les groupes jihadistes qui occupaient le nord du Mali, à la suite d’une demande d’aide adressée la veille par Dioncounda Traoré, alors président du Mali par intérim, à la France et au Conseil de sécurité de l’ONU, au titre de l’article 51 de la charte des Nations unies relatif à la légitime défense.

Jusqu’alors, les relations militaires entre la France et le Mali relevaient d’un simple accord de coopération technique, signé en 1985 et dont le champ d’application se limitaire à la formation des militaires maliens dans les écoles militaires françaises. Aussi était-il insuffisant pour encadrer l’opération Serval.

D’où la signature d’un nouvel accord par échanges de lettres les 7 et 8 mars 2013. Celle-ci a ensuite été suivie par un traité [.pdf] afin de refonder le cadre juridique de la coopération entre la France et le Mali en matière de défense. Signé le 16 juillet 2014, ce texte a été ratifié deux ans plus tard.

Et, le dernier de ses 26 articles précise que ce traité est « conclu pour une durée de cinq ans » et qu’il est « renouvelable par tacite reconduction pour de nouvelles périodes de cinq ans, à moins que l’une des Parties notifie à l’autre son intention de mettre un au traité six mois avant son expiration ».

Lors de son entretien à l’ORTM, M. Maïga a surtout évoqué la lettre envoyée par M. Traoré pour demander l’aide de la France. Et d’assurer qu’ »aucune copie n’existe ni à la présidence, ni au ministère des Affaires étrangères », l’original étant en France. « Quant on a eu besoin récemment, c’est sur le site du Sénat Français qu’on l’a trouvé. Parce que nous voulions relire les Accords, qu’il estime « déséquilibrés » car ils font « de nous un État qui ne peut même pas survoler son territoire sans l’autorisation de la France ».

En réalité, et même si la force aérienne malienne est faible, il s’agit d’éviter un incident entre ses aéronefs et ceux de Barkhane dans une région donnée. C’est ce que l’on appelle un « accord de déconfliction ».

Se référant toujours à la lettre du « 11 janvier 2013 » [qui a donc été envoyée la veille], M. Maïga a assuré qu’elle indiquait « clairement » un « appui aérien et en renseignement » qu’elle ne prévoyait « pas des militaires français sur notre terre ». Et d’ajouter : « Ils ont amené 4000 militaires français […]. Ils ont fait venir d’autres Africains, ils ont fait venir la MINUSMA, interdit à l’armée malienne d’accéder à une partie de son territoire, alors qu’ils proclament que c’est pour recouvrer l’intégrité du territoire. Donc, il y a un discours apaisant, lénifiant, en attendant le réveil brutal et la réalité ».

Aussi, a conclu M. Maïga, le gouvernement « a décidé que nous n’allons plus demander d’autorisation à qui que ce soit pour survoler notre territoire. Et à moins de 7 mois de la rectification de la transition, nous avons les moyens de survoler et aller partout sur notre territoire sans autorisation ».

 

Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a confirmé à Wassim Nasr, de France24, la volonté de Bamako de revoir les accords de défense conclu avec Paris. « Le Mali a demandé la révision du Traité en matière de défense qui le lie à la France. Les amendements ont été formellement soumis », a-t-il dit. « Certaines dispositions violent la souveraineté du Mali et notre Constitution. Par exemple, l’Etat Malien ne peut survoler certaines parties de notre propre territoire. Le gouvernement a cessé d’observer cette disposition », a-t-il ajouté.

Pour le moment, les autorités françaises n’ont pas encore réagi aux propos de M. Maïga et à cette demande de « révision » des accords de défense liant la France au Mali. Sans doute que les « Vœux aux Armées » seront l’occasion pour le président Macron de faire une mise au point.

Photo : EMA

Quatre soldats français blessés par un IED dans le nord du Burkina Faso (actualisé)

Quatre soldats français blessés par un IED dans le nord du Burkina Faso (actualisé)

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 19 janvier 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Quatre soldats français ont été blessés au Burkina Faso lors de l’explosion d’un engin explosif improvisé (IED) au passage de leur véhicule. L’explosion a eu lieu dans le nord du pays, a annoncé à l’AFP mardi soir l’état-major français.

Le véhicule tout-terrain a explosé sur un IED à la sortie de l’aéroport de Ouahigouya“, a indiqué l’état-major, précisant qu’il s’agissait d’une “unité de Barkhane en mission de reconnaissance”.

Cet aéroport a été attaqué dans la nuit du 12 au 13 janvier:

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Quatre soldats ont été blessés dont un grièvement. “Ils ont été immédiatement évacués vers Gao”, au Mali. Deux de ces soldats ont été évacués vers la France. Pour les deux autres, la décision n’avait pas encore été prise ce mercredi matin.

La zone au sud des Trois frontières est plutôt fréquentée par les djihadistes du GSIM (ou JNIM, nébuleuse jihadiste affiliée à Al-Qaïda). Mais “c’est une zone de transit, nous n’avons pas de certitudes” sur l’origine de l’engin, a précisé l’EMA. Le Sahel est aussi la proie des jihadistes de l’EIGS, liés au groupe Etat islamique.

Actualisé.  Il circule une rumeur ce matin disant que c’est un véhicule tactique Polaris MRZR qui aurait été touché. Ce type d’équipement appartient aux FS, dans ce cas probablement de la TF Sabre. Pas de commentaires du ministère des Armées.

En cas d’invasion de l’Ukraine ou de Taïwan, l’armée américaine aurait-elle déjà perdu?

En cas d’invasion de l’Ukraine ou de Taïwan, l’armée américaine aurait-elle déjà perdu?

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 4 janvier 2022

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Comment défendre Taïwan et l’Ukraine ? La Maison Blanche a choisi la voie de la diplomatie et du dialogue avec Moscou et Pékin. Mais le Pentagone se prépare à toute éventualité et à des opérations exigeantes.

Face aux ambitions territoriales de la Russie et de la Chine, les États-Unis maintiennent une double posture. D’une part, ils préconisent la désescalade et la négociation, comme en témoignent les échanges de Joe Biden avec Vladimir Poutine et Xi Jinping et les discussions annoncées pour la semaine prochaine avec les Russes. D’autre part, ils conservent cependant une position résolument martiale. Une position qui ne passe pas (encore?) par le déploiement de garnisons permanentes en Ukraine et à Taïwan, comme c’est le cas en Allemagne et désormais en Pologne sur le théâtre est-européen et au Japon et en Corée du Sud sur le théâtre sud-asiatique.

Le président Biden a ainsi encore récemment bien précisé qu’il n’envisageait pas d’installer des bases militaires permanentes en Ukraine (photo ci-dessous US Army). Toute implantation durable serait considérée comme pour le moins « très inamicale » par le Kremlin et coûterait cher aux contribuables US (ce que la Rand Corporation annonçait déjà dans une étude de 2013).

 

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Quant au soutien US à Taïwan, il s’inscrit uniquement dans la fourniture d’armement (47,6 milliards de dollars entre 1950 et 2021) ; la quarantaine de soldats stationnant actuellement dans l’île constitue un détachement dérisoire comparé aux forces US qui y ont été basées jusqu’en 1972.

Il n’en reste pas moins que la Maison Blanche et le Pentagone observent d’un œil inquiet ce qui peut passer pour de la gesticulation militariste pour les uns ou de grandes manœuvres préparatoires à un engagement de haute intensité pour d’autres. Vladimir Poutine, tout à son rêve de reconstituer la grande Russie d’antan et de bâtir un glacis à sa frontière à l’ouest, a déjà démontré sa détermination quasi-impérialiste en Crimée. Son homologue chinois Xi ne cesse de rappeler que Taïwan, l’île rebelle depuis 1949, reviendra fatalement dans le giron de la Chine continentale dont l’intégrité nationale est primordiale. Cette volonté hégémoniste chinoise et le risque d’une invasion de Taïwan représentent “le plus menaçant des défis à la sécurité des intérêts américains”, comme l’écrivaient, le 9 décembre dernier, David Ochmanek et Michael O’Hanlon, deux chercheurs de la Rand Corporation.

Or, les États-Unis sont bien décidés à protéger tant l’Ukraine que Taïwan des appétits russo-chinois. Comment faire sans y déployer des effectifs dissuasifs et sans exacerber les humeurs belliqueuses, et même bellicistes, de Moscou et de Pékin ? Et tout en sachant que la côte est américaine est à 4 860 km de l’Ukraine et que la côte ouest est à près de 11 000 km de Taïwan (située, elle, à 160 km de la Chine).

Voler au secours

En termes stratégiques, la réponse américaine à tout aventurisme militaire russe ou chinois passe d’abord par le pré-positionnement de moyens humains et matériels à proximité des éventuels théâtres d’opérations. C’est une mesure dissuasive certes mais elle relève surtout d’une planification opérationnelle préventive.

En Europe, après leur retrait massif des années 1990, les forces US sont désormais de retour. Aux deux unités déployées en permanence en Italie (173e brigade parachutiste) et Allemagne (2e régiment de cavalerie) s’ajoutent depuis 2016 deux brigades tournantes (une brigade blindée et une brigade d’hélicoptères) qui s’entraînent en Pologne, en Roumanie, en Bulgarie et dans les pays baltes. Au total, quelque 60 000 militaires US sont stationnés en Europe dont 34 500 en Allemagne (photo ci-dessus, des Bradley US en Allemagne).

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Dans le Pacifique et en Asie, le Pentagone peut compter sur les moyens de ses bases de Hawaï (50 000 hommes) et de Guam (7 000), sur ses garnisons du Japon (53 000) et de Corée du Sud (26 400). Il peut aussi disposer d’infrastructures aéronavales et terrestres aux Philippines et en Australie.

Des stocks d’équipements sont aussi prépositionnés à proximité des zones de conflits potentiels. L’armée de Terre (l’US Army) dispose ainsi d’APS (Army Pre-Positioned Stocks) au Japon et en Corée et d’un troisième embarqué sur une flottille qui croise dans l’océan Indien. L’USMC (le corps des marines) peut compter, lui, sur deux stocks embarqués dans les navires de ses maritime prepositioning ship squadrons : un MPSRON dans l’océan Indien, l’autre dans le Pacifique. Quant à l’US Air Force, elle prépositionne du matériel et des munitions sur 23 sites dans le monde ; une dizaine de ces PWRM (prepositioned war reserve materiel) sont situés dans la zone indo-pacifique.

En Europe aussi existent de tels stocks. L’US Army y a installé 6 APS (photo US Army ci-dessous) et l’US Air Force 5 PWRM. Pour leur part, les marines disposent d’un site en Norvège.

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Ces stocks, entretenus et modernisés à des rythmes pas toujours satisfaisants, permettraient d’équiper en armes, en véhicules et en matériel divers des forces rapides d’intervention en provenance du territoire métropolitain. Par exemple, les MPSRON transportent de quoi équiper jusqu’à 15 000 marines susceptibles d’être acheminés par la voie aérienne et d’être rapidement engagés dans des opérations de combat à l’étranger.

Protéger mer et air

A ce prépositionnement doit s’ajouter une sérieuse capacité de projection à longue distance pour déployer les troupes, d’abord celles qui s’équiperont via les stocks déjà sur place puis celles qui viendront combler les pertes aux combats qui s’annoncent lourdes dans un contexte de haute intensité. D’où le besoin d’importants moyens aériens et maritimes.

Malgré les moyens colossaux de ses forces d’active et de réserve, l’armée américaine affrète de nombreux navires (rouliers, tankers, porte-conteneurs) et avions dans le secteur commercial. Ainsi, aux 140 bâtiments de transports de la flotte de réserve de l’US Navy, s’ajoutent 60 navires civils fournis par 14 armateurs. La Civil Reserve Air Fleet permet, quant à elle, de recourir aux services de 24 compagnies aériennes qui disposent de 450 appareils de transport stratégique.

Cependant, tant les navires que les avions-cargos, surtout civils, constituent des cibles vulnérables. Les États-Unis devront donc protéger les fameuses et cruciales LoC (lines of communication), ce qui mobilisera des moyens militaires de défense contre les incursions navales et maritimes des Russes et des Chinois dans l’Atlantique et dans le Pacifique.

Le facteur temps.

Tous ces préparatifs capacitaires déjà éprouvés en temps de paix (en Europe depuis 2016, par exemple) ou lors d’opérations comme les Guerres du Golfe (1991 et 2003) permettront-ils aux États-Unis et à leurs alliés d’Europe et d’Asie d’intervenir à temps en cas d’invasions russe ou chinoise ?

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Il est clair que seuls d’efficaces moyens de renseignement peuvent permettre de déceler les mouvements de troupes et d’anticiper des actions offensives ennemies. C’est actuellement le scénario aux frontières de l’Ukraine où les Russes auraient massé quelque 100 000 soldats : l’Otan y surveille attentivement les activités russes dont Moscou affirme que ce ne sont que des exercices.

Mais une force d’invasion, tant russe que chinoise, aurait toutes ses chances d’atteindre ses objectifs avant que Washington ne lance une riposte massive. Surtout que les forces US en Europe et au Japon et en Corée seraient certainement en partie neutralisées par des attaques cyber et électroniques et par des frappes aériennes visant leurs infrastructures terrestres et leurs moyens navals. Ainsi, Guam, voire Hawaï, et la flotte du Pacifique ne seraient pas à l’abri des missiles chinois à longue portée.

Prises de vitesse et en partie neutralisées en Europe et en Asie, menacées lors de leurs transits aériens et navals, les forces américaines s’engageraient donc dans la bataille en état d’infériorité. C’est ce que confirment des simulations américaines : sur 18 wargames simulant une attaque chinoise contre Taïwan et une riposte US, le score a été de 18 à 0, “et le 18, ce n’est pas celui de l’équipe américaine”, a révélé, lors d’une rare confidence, Robert Work, secrétaire adjoint à la Défense jusqu’en 2017.

D’où la conclusion de Christan Brose, ancien conseiller militaire du sénateur John McCain et auteur de The Kill Chain : Defending America in the Future of High-Tech Warfare : une guerre pour Taïwan “pourrait être perdue en quelques heures ou en quelques jours, alors qu’il faudrait aux Américains des semaines ou des mois pour être en position de se battre »” Son jugement vaut tout autant pour l’Ukraine, dont le média officiel russe RIA Novosti a prédit, le 31 décembre, la destruction par la Russie “en moins de dix minutes”.