L’armée de Terre a passé une « importante commande » de calculateurs balistiques FN Elity pour ses tireurs d’élite

L’armée de Terre a passé une « importante commande » de calculateurs balistiques FN Elity pour ses tireurs d’élite

 

https://www.opex360.com/2023/02/07/larmee-de-terre-a-passe-une-importante-commande-de-calculateurs-balistiques-fn-elity-pour-ses-tireurs-delite/


« Pendant un semaine, les marsouins de la STE [Section tireurs d’élite, ndlr] se sont entraînés au tir avec cet appareil. Sur le terrain, le FN Elity apporte une plus grande facilité d’acquisition de l’objectif ainsi qu’une plus grande rapidité de correction des tirs », avait expliqué le 3e RIMa, à l’époque.

Selon la description faite par FN Herstal, le FN Elity permet d’augmenter significativement la précision du tir à longue distance, grâce à un logiciel de calcul balistique et ses aides à la visée. Ce que la STAT a pu vérifier lors de son évaluation, qui aura duré plusieurs mois. Au point que, à l’issue de celle-ci, la Structure Intégrée de Maintien en Condition Opérationnelle des Matériels Terrestres [SIMMT] a notifié une « commande importante » à l’armurier belge. C’est en effet ce qu’il a annoncé, ce 7 février, sans préciser la valeur du contrat en question.

L’évaluation du Battle Lab Terre et de la STAT a « permis aux tireurs de tester et d’évaluer avec succès le calculateur balistique sur différentes armes : fusils 12,7 mm et fusils de précision 7,62 mm [PGM et FN SCAR-H PR] », explique FN Herstal.

« Plus important encore, elle a démontré comment il améliore considérablement les performances du tireur, réduit le temps de ‘détection-neutralisation’ de 40% et améliore la précision du tir de 25% », poursuit l’entreprise belge. Autre élément de taille : il « allège de 6 kilos le matériel transporté » par les tireurs d’élite.

Pour rappel, d’une masse de 400 grammes, le FN Elity est un système tout-en-un doté d’un écran OLED, d’un télémètre laser pouvant mesurer une cible à taille humaine jusqu’à 1750 mètres de distance, de pointeurs lasers visible et infrarouge, un illuminateur infrarouge à intensité lumineuse variable, plusieurs capteurs pour mesurer la température, la pression ainsi que l’humidité. Il fonctionne avec un logiciel de calcul balistique développé par ApexO, celui servant à signaler au tireur d’éventuelles corrections de tirs en temps réel. Enfin, une application Android permet de configurer chaque paramètre du calculateur.

« Ce premier projet d’innovation mené avec la société FN Herstal s’est particulièrement bien déroulé, notamment grâce à [une] excellente collaboration. Il se termine bien puisqu’elle […] débouche sur l’acquisition d’un premier lot qui profite aux forces françaises. Et il ouvre ainsi la porte à de nouvelles acquisitions […] dont les modalités et le calendrier restent à définir, ainsi qu’à d’autres collaborations » avec le groupe belge, a résumé le chef d’escadron Tanguy de Brosse, le chef de ce projet au sein du « Battle Lab Terre ».

Photo : FN Herstal

Une enveloppe de 29 M€ pour « un réassort important » de missiles Mistral

Une enveloppe de 29 M€ pour « un réassort important » de missiles Mistral

– Forces opérations Blog -publié le

La France va procéder à « un réassort important » de missiles sol-air Mistral auprès de MBDA, annonçait en septembre dernier le ministre des Armées Sébastien Lecornu. Un effort qui n’avait plus été réalisé depuis 2006 mais devenu inévitable au vu du contexte.

Derrière les annonces relatives aux missiles MMP, Aster et autres Exocet, « nous avons aussi, pour 2022, des commandes en cours de notification et notamment 29 millions d’euros de commandes pour des missiles Mistral », détaillait en novembre dernier le délégué général pour l’armement (DGA), Emmanuel Chiva, lors d’une audition sénatoriale.

De fait, s’agissant du Mistral, « le retour d’expérience du conflit en Ukraine nous enseigne que nous devrons compléter nos stocks en 2023 », relevait quelques semaines auparavant le ministre des Armées au cours d’une audition parlementaire.  

Entre l’attrition générée par l’entraînement et la formation et les prélèvements en soutien à l’Ukraine, le stock français de missiles Mistral perd toujours un peu plus d’épaisseur alors que resurgit la nécessité de muscler la défense sol-air dans toutes ses couches. Une situation à laquelle ce réassort contribuera à remédier, plus de 16 ans après la dernière commande française et près de huit ans après la rénovation à mi-vie de 850 exemplaires au profit des armées.

Cette notification, à supposer qu’elle ait déjà eu lieu, n’a encore été officialisée par le ministère. Heureusement pour ce dernier, le Mistral continue de se vendre à l’export, marché qui aura permis à MBDA de maintenir sa ligne de production.

Crédits image : armée de Terre

La modernisation des hélicoptères Tigre de l’armée de Terre aurait du plomb dans l’aile

La modernisation des hélicoptères Tigre de l’armée de Terre aurait du plomb dans l’aile

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Pour rappel, ce programme à porter le Tigre au standard Mk3. Il vise notamment à adapter cet hélicoptère au combat collaboratif [avec la possibilité de prendre le contrôle de drones et de partager des données tactiques en temps réel] et à lui permettre d’emporter des missiles haut de trame [MHT ou Akeron HT] ou Spike [pour la version espagnole].

Lancée en 2022, cette modernisation du Tigre doit impliquer, outre Airbus Helicopters, Safran, Thales et MBDA. Le faux-bond de l’Allemagne, qui était initialement partie prenante à ce projet, a contraint la France et l’Espagne à revoir leurs ambitions à la baisse, malgré les sommes engagées par ces deux pays. Ainsi, Paris a prévu d’investir 2,8 milliards d’euros pour porter 42 Tigre au standard Mk3 sur les 67 que possèdent l’aviation légère de l’armée de Terre [ALAT] tandis que Madrid a débloqué une enveloppe de 1,18 milliard pour 18 exemplaires mis en oeuvre par les Fuerzas aeromobiles del Ejercito de tierra [FAMET].

Seulement, la question est de savoir si ce programme ira jusqu’au bout, notamment à la lumière des retours d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine, les hélicoptères d’attaque russes ayant été mis en difficulté. Deux conceptions s’opposent.

Ainsi, en décembre, la presse nippone a rapporté que le ministère japonais de la Défense envisageait de se séparer de ses hélicoptères d’attaque et de reconnaissance AH-64D Apache, AH-1S Cobra et Kawazaki OH-1 pour les remplacer par des drones tactiques.

A contrario, la British Army entend conserver les siens, comme le suggère le récent exercice qu’elle a mené avec des AH-64E Guardian, en vue d’adapter ses tactiques en fonction des RETEX de la guerre en Ukraine. « Nous avons dû complètement changer notre façon d’opérer à la fois dans les airs et au sol, pour exploiter au mieux les capteurs, les armes et les systèmes de communication améliorés de l’AH-64E, ainsi que ses meilleures performances de vol », a-t-elle fait valoir.

Et d’ajouter : « Pour […] frapper l’ennemi avant qu’il ne puisse viser les troupes amies, les AH-64E doivent être soutenus sur le terrain. Aussi, le fonctionnement des points de d’armement et de ravitaillement avancés [FARP] a été repensé afin d’éviter que les équipes de soutien ne soient localisées par des drones ou que leurs communications ne soient interceptées ».

Qu’en sera-t-il pour l’ALAT, et donc pour l’avenir de ses Tigre? Selon La Tribune, son stantard Mk3 ne serait plus jugé prioritaire par l’État-major des armées, qui se contenterait d’une modernisation « a minima ». Ce qui inquiète les industriels concernés, qui ont donc adressé une lettre à Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, pour défendre ce programme. Seront-ils entendus?

Cela étant, l’abandon éventuel du Tigre Mk3 n’est pas nouvelle… Des rumeurs couraient à son sujet dès l’automne dernier… Et le sénateur Cédric Perrin s’en était fait l’écho lors d’une séance de la commission des Affaires étrangères et des Forces armées. « L’an dernier, dans le cadre d’une mission à Madrid, nous avions évoqué avec les Espagnols le projet de modernisation du Tigre 3, afin de pallier les carences allemandes sur ce sujet. Si les assertions de la presse se révèlent exactes et que le Tigre 3 est effectivement abandonné par la France pour des raisons budgétaires, nous aurons bonne mine d’avoir sollicité les Espagnols », avait-il affirmé.

M. Lecornu : le président Macron a demandé « l’instruction de la cession de chars Leclerc » à Kiev

M. Lecornu : le président Macron a demandé « l’instruction de la cession de chars Leclerc » à Kiev

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« La Crimée est notre terre, notre territoire, notre mer et nos montagnes. Donnez-nous vos armes et nous récupérerons nos terres », a lancé M. Zelenski. Et cela alors que, la veille, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, avait assuré que les Alliés fourniraient à l’Ukraine des armes « plus lourdes et plus modernes » pour l’aider à se défendre contre la Russie.

Après avoir obtenu des systèmes d’artillerie avancés, comme le M142 HIMARS américain, le PzH2000 allemand ou encore le CAESAr français, ainsi que des batteries de défense aérienne Patriot [et peut-être Mamba], l’Ukraine insiste désormais pour disposer de chars de conception occidentale. Et la France lui a promis de lui livrer, d’ici deux mois, des AMX-10RC… tandis que le Royaume-Uni lui enverra 14 Challenger 2, avec une trentaine d’obusiers automoteurs AS-90 et d’autres véhicules blindés.

Seulement, et au-delà des problèmes logistiques [l’AMX-10 RC et le Challenger 2 n’utilisent pas de munitions aux normes de l’Otan] et de maintien en condition opérationnelle [MCO], cela reste insuffisant… Reste que la Pologne est prête à livrer 14 Leopard 2 [de fabrication allemande] à l’Ukraine. De même que la Finlande, voire le Danemark. Sauf que, pour cela, une autorisation de Berlin est nécessaire. Or, le chancelier Olaf Scholz, n’est pas enclin à la donner… Comme du, reste, 43% des Allemands, à en croire un sondage de la Deutsche Presse-Agentur [cela étant, 37% sont favorables à la livriaosn de Leopard 2 et 16% sont indécis].

D’après le Wall Street Journal, qui cite des responsables allemands, M. Scholz pourrait autoriser l’envoi de Leopard 2 en Ukraine qu’à la condition que les États-Unis livrent également des chars M1 Abrams. Or, pour Washington, il en est hors de question.

« Je ne pense pas que nous en soyons là », a déclaré Colin Kahl, le numéro trois du Pentagone, alors qu’il était interrogé sur ce sujet. « Le char Abrams est un équipement très compliqué. Il est cher, il requiert une formation difficile […]. Je crois qu’il consomme 11 litres de kérosène au km », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas le système le plus facile à entretenir », a-t-il ajouté, sans pour autant exclure une évolution de la position américaine.

En attendant, et après les cinquante véhicules de combat d’infanterie [VCI] Bradley promis à Kiev le 5 janvier [en plus des quarante Marder allemands dont la livraison a été annoncée le même jour, ndlr], les États-Unis devraient débloquer une nouvelle tranche d’aide, d’un montant de 2,5 milliards de dollars. Et dans la liste des équipements susceptibles d’être fournis à l’armée ukranienne figureraient une centaine de blindés de transport d troupes Stryker.

Si obtenir des Leopard 2 et des M1 Abrams est difficile pour Kiev, qu’en est-il des chars Leclerc? L’idée d’en livrer à l’armée ukrainienne a été avancée dans une tribune publiée en septembre dernier dans les pages du quotidien Le Monde par Pierre Haroche, un expert en sécurité internationale passé par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire avant d’atterrir à l’Université Queen Mary de Londres.

Depuis, l’ambassadeur de France en Ukraine, Étienne de Poncins, a confirmé l’intérêt de Kiev pour le char Leclerc lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 9 novembre. Puis, un peu plus d’un mois après, alors qu’il était en visite officielle à Paris, le Premier ministre ukrainien, Denys Shmyhal, a affirmé que les Ukrainiens seraient « très reconnaissants » si la France leur en livrait…

En tout cas, l’exécutif français examine la question. C’est en effet ce qu’a affirmé Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, lors de la dernière séance des questions au gouvernement au Sénat, le 18 janvier, dans une réponse au sénateur François Bonneau [Union centriste].

« La France conforte son aide militaire en livrant des chars de combat légers AMX-10 RC. Nous saluons ce geste, mais il est impossible de différer davantage la livraison de matériels blindés plus performants – chars lourds, missiles, lanceurs sol-air – , pour mieux protéger les civils. […] Allez-vous compléter ces livraisons par des chars Leclerc et des systèmes anti-missiles? », avait demandé le parlementaire.

Selon les explications données par M. Lecornu, tout cession éventuelle d’armes à l’Ukraine est évaluée selon trois critères. « Premièrement, qu’elle réponde à une logique défensive, pour maîtriser l’escalade. Deuxièmement, qu’elle ne détériore pas notre modèle de sécurité et de défense […]. Troisièmement, le maintien en condition opérationnelle de ce qui a déjà été livré à l’Ukraine », a-t-il dit, avant de faire observer que la maintenance des Leclerc « est une question très sensible ».

Cela étant, a poursuivi M. Lecornu, « le Président de la République a demandé au Gouvernement de fournir une réponse rapide, d’où la livraison des chars AMX-10, saluée par l’Ukraine », et « il a également souhaité l’instruction de la cession de chars Leclerc à l’aune de ces trois critères ».

Pour rappel, l’armée de Terre ne comptera que 200 chars Leclerc portés au standard XLR à l’horizon 2030, sur les 406 lui ont été livrés à partir des années des 1990. Et ceux qui ont été mis sous cocon ont été « cannibalisés » pour faire fonctionner ceux en première ligne. Qui plus est, les équipages sont loin du compte, s’agissant des heures d’entraînement, avec seulement 54 heures par an alors que l’objectif fixé par la LPM 2019-25 est de 115 heures…

4 arguments en faveur du développement d’un char Leclerc 2 en amont du programme franco-allemand MGCS

4 arguments en faveur du développement d’un char Leclerc 2 en amont du programme franco-allemand MGCS


4 arguments en faveur du développement d’un char Leclerc 2 en amont du programme franco-allemand MGCS


Parmi les nombreux enseignements hérités du conflit en Ukraine, le rôle central du char de combat dans la manœuvre terrestre, qu’elle soit offensive ou défensive, est probablement celle qui prit le plus à contre-pieds de nombreuses certitudes héritées de la fin de la guerre froide, ainsi que des 2 guerres irakiennes. Pour de nombreuses forces armées, jusqu’il y a peu, le char de combat était un héritage en passe d’obsolescence, face à la multiplication et la densifications des menaces avec l’arrivée de systèmes antichars de plus en plus performants, y compris aux mains de l’infanterie. En Ukraine, cependant, comme ce fut le cas dans le Haut Karabakh deux ans plus tôt, il devint rapidement évident qu’en dépit de ces menaces, et du rôle central repris par l’artillerie, le char de combat, et plus globalement les véhicules blindés lourds, avaient conservé cette capacité unique à percer les lignes ennemis, ainsi qu’à repousser les assauts adverses. De fait, et même si le phénomène avait redémarré depuis plusieurs années, toutes les grandes armées mondiales, et européennes en particulier, ont à nouveau remis le char lourd au coeur de leur planification. Ainsi, alors que le marché du char de combat connut une période de calme plat pendant prés de 20 années, celui-ci a connu une croissance fulgurante ces 3 dernières années, y compris pour des armées qui, il y a encore peu, envisageaient très sérieusement de retirer ce type de blindés de leur inventaire.

La France ne fait exception, même si l’Armée de Terre a tout fait pour maintenir une telle capacité, y compris lors des années 2010-2015, les plus critiques en terme budgétaire comme politique. Ainsi, l’Armée de Terre a maintenu 3 régiments cuirassiers armés chacun d’une cinquantaine de chars lourds Leclerc alors que deux régiments blindés disposent d’une compagnie de Leclerc aux cotés de leurs véhicules de combat d’Infanterie, pour un total de 220 Leclerc en service à ce jour. En outre, 200 de ces chars, qui furent livrés au cours des années 90, sont en cours de modernisation, notamment pour intégrer la bulle de combat infocentrée SCORPION aux cotés des Griffon et Serval remplaçant les vénérables VAB, et des Jaguar qui remplacent les AMX10RC et EBC90. Surtout, Paris et Berlin ont lancé, en 2017, un programme conjoint visant à developper à horizon 2035 le remplaçant du Leclerc mais également du Leopard 2. Désigné Main Ground Combat System ou MGCS, ce programme recontre, à l’instar de son pendant SCAF pour le remplacement des avions de combat Rafale et Typhoon, de nombreuses difficultés industrielles et politiques, au point que sa pérenité est aujourd’hui plus que menacée, tout comme le sont les délais visés.

 

Si la trajectoire suivie par Paris et Berlin etait raisonnable et cohérente en 2017 lorsqu’elle fut entamée, le contexte et la menace ont considérablement évolué depuis, au point qu’il pourrait être pertinent d’envisager une acceleration du programme MGCS pour y répondre. Toutefois, eu égard aux difficultés rencontrées par les deux pays dans leur collaboration, une telle solution semble difficile à mettre en oeuvre, ouvrant la voix à une seconde alternative, la conception et la construction, sur des délais réduits, d’un successeur direct au char Leclerc, que nous appellerons dans cet article « Leclerc 2 » pour en marquer la filiation directe. Et comme nous le verrons, la France aurait, de manière très factuelle, tout intérêt à s’engager dans une telle démarche, tant pour répondre aux besoins à court et moyen terme de l’Armée de terre, que pour disposer d’une plate-forme chenillée polyvalente capable d’accueillir ses besoins émergents en terme de haute intensité, ainsi que pour se saisir de réelles opportunités industrielles en Europe et dans le Monde.

Que pourrait-être le char Leclerc 2 ?

A l’instar du Challenger 3 entamé outre-manche, un programme Leclerc 2 aurait pour objet d’intégrer à la plate-forme Leclerc existante, de nouvelles capacités résultantes des avancées technologiques développées ces dernières années. Il s’agirait, par exemple, de doter le blindé de capacités de communication et d’engagement coopératif avancées, ainsi que d’une vetronique de nouvelle génération, à l’instar de celle qui équipe d’autres programmes de même type, comme le KF-51 Panther allemand. La létalité du char devrait, elle aussi, être étendue, qu’il s’agisse d’embarquer un canon de calibre plus imposant comme l’ASCALON de Nexter de 140mm, ou de doter le char de capacités de frappe supplémentaires en le dotant de missiles antichars à moyenne portée comme l’Akheron MP. La survivabilité du char serait également accrue, avec l’intégration native d’un système de protection soft-kill / hard-kill basé par exemple sur le nouveau APS Prometeus de Nexter qui devrait dejà équiper les Leclerc MLU, Jaguar et Griffon, ainsi que d’un système de camouflage multispectral comme le Salamandre. Cette survivabiltié serait accrue en le dotant d’un tourelleau téléopéré doté d’un canon de petit calibre pour la protection rapprochée, notamment contre les drones et en environnement urbain. Enfin, à l’instar de la trajectoire suivie outre-atlantique avec l’AbramsX, il pourrait être pertinent de doter le char d’une propulsion hybride électrique pour en accroitre l’autonomie au combat, et lui conférant des capacités de déplacement furtifs.

La tourelle du démonstrateur EMBT donne un bon exemple de ce que pourrait être un Leclerc 2

Au delà d’un simple empilement de capacités nouvelles, il s’agirait avant tout d’accroitre l’efficacité du char en se basant sur des technologies effectivement disponibles des à présent ou à court terme, de sorte permettre une mise en production rapide, et une entrée en service avant la fin de la décennie, tout en réduisant au stricte minimum les risques industriels et technologiques, les couts de développement ainsi que les couts de production, de sorte à répondre aux besoins de l’Armée de terre, mais également de disposer d’une offre compétitive et attractive sur la scène internationale, aussi bien face au K2 Black Panther sud-coréen que d’un éventuel KF-51 Panther allemand ou AbramsX américain.

Un besoin critique pour l’Armée de Terre

Pour l’Armée de Terre, un programme Leclerc 2 dont les livraisons pourraient être entamées avant la fin de la décennie, répondrait à de nombreux besoins. En effet, à ce jour, elle ne prévoit que de disposer de 200 chars Leclerc, et ce jusqu’à l’entrée en service du MGCS, avec une capacité à accroitre ce parc très limitée, de l’ordre de 70 chars supplémentaires, du fait du démontage au début de la décennie de la chaine de production du Leclerc en l’absence de commandes et de perspectives. Or, sur la base des pertes enregistrées de part et d’autre en Ukraine depuis le début de cette guerre, un tel format ne permettrait pas de répondre aux besoins d’un engagement de longue durée, même en considérant une intervention en coalition. En outre, même si la trajectoire finale de la future Loi de Programmation Militaire 2024-2030 en cours de préparation est encore inconnue, le ministre des armées à d’ores et déjà annoncé que la réserver opérationnelle serait doublée au cours de cette LPM, avec un effectif porté de 40.000 à 80.000 réservistes, pour l’essentiel au sein de l’Armée de terre.

Or, comme l’a également montré le conflit en Ukraine, le fait de disposer de capacités humaines renforcées permettant un roulement des effectifs en zone de combat, ne vaut que si les Armées disposent également des moyens matériels susceptibles de soutenir cette rotation. En d’autres termes, pour optimiser l’efficacité d’une réserve opérationnelle étendue, il est indispensable de disposer d’une réserve d’équipements au moins équivalente. Or, si Nexter et Arquus, les deux principaux industriels français dans le domaine des blindés, peuvent effectivement fournir davantage de Griffon, Jaguar, Serval, VBCI et autres CAESAR si besoin, la production de nouveaux chars lourds, et plus globalement de blindés lourds chenillés, est à ce jour impossible, ce qui obligerait la France, pour renforcer cette dimension, à se tourner vers des productions étrangères en cas de besoin, un comble sachant que le K2 Black Panther sud-coréen, précisément le char qui aujourd’hui remporte le plus de succès en Europe, est semble-t-il très inspiré du Leclerc lui-même.

Une plate-forme polyvalente pour de nombreux besoins

Au delà de la production de chars lourds modernisés pour renforcer le parc et donc la résilience de l’Armée de Terre, un programme Leclerc 2 permettrait également de répondre à un besoin critique pour celle-ci, à savoir de disposer d’une plate-forme chenillé lourde, susceptible d’être déclinée en de nombreux blindés spécialisés, comme de l’artillerie lourde chenillée sous blindage pour remplacer les AuF1 mais également les Lance-roquettes Unitaires, un système anti-aérien et anti-drones à courte portée SHORAD tout terrain, des véhicules du génie spécialisés, et même la conception d’un véhicule de combat d’infanterie lourd capable d’évoluer en ligne de front de haute intensité. Il s’agirait, en quelques sortes, de s’appuyer sur une stratégie comparable à celle mise en oeuvre par l’allemand Rheinmetall autour de la plate-forme Lynx, déclinée en de multiples versions pour répondre aux besoins des clients potentiels.

La production de Leclerc 2 permettrait d’envisager la production de blindés chenillés spécialisés lourds, comme un remplaçant au canon automoteur AuF1.

Or, qu’il s’agisse de répondre aux besoins de l’Armée de Terre, comme sur la scène internationale, l’offre française en matière de véhicules blindés s’est spécialisée, ces 30 dernières années, sur des blindés sur roues, certes très efficaces, plus économiques et très mobiles sur la plupart des théâtres, mais souffrant de réelles limites, que ce soit en matière de mobilité tout terrain en particulier sur terrain boueux ou enneigés, mais également en terme de masse. En effet, la roue conserve son avantage sur la chenille tant que la masse par essieux l’excède pas les 8 tonnes. De fait, un véhicules 8×8, comme le VBCI, ne peut guère excéder les 32 tonnes, alors qu’un 6×6 doit se maintenir autour des 24 tonnes, des masses relativement légères pour des blindés destinés à la Haute intensité. Rappelons ainsi que le KF-41 Lynx allemand dépasse allègrement les 40 tonnes. De la même manière, la majorité des systèmes d’artillerie chenillés ont une masse très supérieure à 35 tonnes, comme le Pzh2000 allemand et ses 55 tonnes, ou le K9 sud coréen et ses 47 tonnes. De fait, en s’engageant dans un programme Leclerc 2, l’industrie française pourrait retrouver une plateforme susceptible de répondre à de nombreux besoins qu’elle elle est, aujourd’hui, incapable de satisfaire, tant pour l’Armée de terre que pour l’exportation.

Une réponse industrielle à un besoin international pressant

Car en effet, comme le montre le succès des K2, K9 et AS21 sud-coréens sur la scène internationale ces derniers mois, la demande mondiale en matière de blindés lourds est aujourd’hui très importante, en Europe comme sur le reste de la planète. Or, dans les années à venir, le gradient sera très important entre les besoins de modernisation et d’extension des armées, en particulier dans le domaine des blindés lourds et chenillés, et l’offre industrielle effectivement disponible pour produire et livrer ces blindés dans des délais requis. Cette pression industrielle sera en outre largement accentuée par l’affaiblissement notable de l’offre russe dans ce domaine, alors que jusqu’ici, elle couvrait plus de 35% des acquisitions de blindés lourds dans le monde. Cet appel d’air permet à de nouveaux acteurs, comme la Corée du Sud, la Chine et la Turquie, de se positionner et de prendre d’importantes parts de marché, au détriment des acteurs traditionnels russes, européens et américains, tant du fait d’équipements modernes et performants effectivement disponibles, que de prix particulièrement agressifs. Même la puissante industrie allemande, omniprésente sur ce marché en occident du fait du succès de son Leopard puis du Leopard 2, ne dispose aujourd’hui que d’une capacité de production industrielle réduite, en particulier dans le domaine des blindés chenillés lourds, handicapée qu’elle est par la faiblesse des commandes de la Bundeswehr dans ce domaine pendant prés de 30 ans.

Le K2 Black panther sud-coréen a remporté un très important contrat en Pologne, et semble donné favoris en Norvège pour remplacer le Leoaprd 2A4 .

De fait, pour l’industrie française, il s’agit d’une opportunité temporelle rare pour revenir sur ce marché très concurrentiel mais également très lucratif, jusqu’ici entre les mains de 3 acteurs majeurs : les Etats-Unis, la Russie et l’Allemagne. L’opportunité est d’autant plus importante que le Leclerc 2 peut s’appuyer, contrairement aux autres modèles, sur une plate-forme parfaitement fiabilisée, et surtout disposant déjà de certains atouts clés comme une masse de 57 tonnes, de 10 tonnes inférieure à celles du Leopard 2 et de l’Abrams M1A2. Or, pour l’industrie allemande comme américaine, le principal enjeux aujourd’hui repose précisément à alléger leurs plate-formes, la masse étant devenu un handicap très sensible sur le champs de bataille, comme l’ont montré les programmes KF-51 sur plate-forme Leopard 2 ou AbramsX sur plate-forme Abrams, tous deux s’enorgueillissant d’une masse inférieure à 60 tonnes.

Réduire la criticité du programme MGCS

Reste que lancer un successeur au Leclerc aujourd’hui, même en dépit des nombreux arguments militant en faveur d’un tel programme, pourrait être perçu comme une menace directe vis-à-vis du programme franco-allemand MGCS, que l’on sait revêtir une dimension politique et symbolique au moins aussi importante qu’opérationnelle et industrielle, en particulier pour l’exécutif français. Pourtant, un tel programme, de manière parfaitement contre-intuitive, pourrait au contraire renforcer sensiblement les chances de succès du programme franco-allemand, sans jamais venir le menacer ni dans ses fondements, ni dans son exécution. En effet, la plus grande menace qui pèse aujourd’hui sur le programme MGCS, tout comme sur le programme SCAF, n’est autre que sa criticité opérationnelle, en particulier pour les questions de calendrier. Ainsi, les difficultés que rencontrent industriels et états en matière de partage industriel induisent aujourd’hui des délais supplémentaires qui viennent directement menacer les capacités opérationnelles des armées à horion 2035 ou 2040, les deux programmes ayant été conçus pour prendre le relais de certains équipements arrivant précisément en limite d’efficacité à ces dates. En d’autres termes, à chaque nouvelle hésitation franco-allemande, les risques augmentent de voir l’un des deux acteurs quitter le programme pour une solution alternative plus en adéquation avec le calendrier de ses besoins. En outre, les tensions autour du partage industriel sont, en partie, liées à la crainte, pour les industriels, de devoir renoncer à certaines compétences clés sur l’autel de la ventilation des sous-programmes entre les différents acteurs européens.

Les difficultés rencontrés par le programme MGCS entrainent des délais qui viennent directement menacer la pérennité du programme

Or, le développement d’un programme comme Leclerc 2, permettrait d’atténuer sensiblement ces deux aspects menaçant l’exécution de MGCS. Ainsi, en disposant d’un parc de transition composé de Leclerc 2, la menace de délais supplémentaires autours du programme franco-allemand serait largement atténuée, comme le serait la menace sur les capacités opérationnelles de l’Armée de terre que représente aujourd’hui les risques d’échec du programme lui-même. De même, les risques sur les savoir-faire industriels et technologiques de la BITD française liée au partage industriel, seraient eux aussi sensiblement atténués par le développement du Leclerc 2, surtout si le char de combat et ses avatars rencontrent un certain succès sur la scène internationale. Enfin, dans une telle hypothèse, il est probable que le succès international du Leclerc 2, en limitant la pénétration du marché par de nouveaux acteurs comme la Corée du Sud, la Turquie ou la Chine, voire en prenant certaines parts de marchés à la Russie, assoirait les chances d’exportation de MGCS dans la durée, comme c’est le cas aujourd’hui du Mirage 2000 vis-à-vis du Rafale.

Conclusion

Comme nous l’avons établi, il existe de nombreux arguments en faveur du développement d’un char de combat Leclerc 2 par l’industrie de défense française, et ce quel que soit l’avenir du programme MGCS. Loin de représenter une menace sur celui-ci, il en renforcerait la pérennité et les chances de succès, en atténuant les pressions industrielles et opérationnelles qui y sont attachées. Il permettrait, en outre, de renforcer le format et la résilience de l’Armée de terre concomitamment à l’extension de la Réserve Opérationnelle, tout en lui permettant de développer certains modèles de blindés spécialisés hors de portée aujourd’hui. Enfin, il prendrait corps sur un marché très dynamique marqué par une forte demande alors que l’offre est limitée. Surtout, il permettrait à la France de garder une présence indispensable sur ce marché en pleine recomposition avec l’apparition de nouveaux acteurs tout à la fois agressifs commercialement et performant du point de vue industriel. De ce point dernier point de vue, on peut même penser qu’un tel programme pourrait être indispensable afin de ne pas être, à moyen terme, marginalisé définitivement sur ce marché.

Ukraine : état des lieux des armes fournies par la France

Ukraine : état des lieux des armes fournies par la France

par Pierre Camus – Revue Conflits – publié le 16 janvier 2023

https://www.revueconflits.com/ukraine-etat-des-lieux-des-armes-fournies-par-la-france/


Le 4 janvier dernier, le président Emmanuel Macron a annoncé un nouveau cap dans l’aide à l’armée ukrainienne avec la livraison future d’engins blindés AMX 10RC, un véhicule emblématique sur le point d’être remplacé dans l’armée française. L’occasion de faire un point sur le matériel lourd envoyé par la France et ses alliés européens.

 

Des dons français importants…

18 Canons CAESAR

Élément important qui a beaucoup fait parler de lui dans l’actualité : le canon CAESAR. Cet acronyme désigne le Camion Équipé d’un Système d’Artillerie, un élément important et emblématique de l’artillerie française par sa modernité et ses caractéristiques techniques à la pointe de la technologie. D’une précision très élevée pour cette catégorie d’engins, le Caesar dispose d’un emport de 18 munitions pour un canon de 155mm dans lequel peuvent être utilisés différents types d’obus : explosifs, éclairants, fumigènes, obus de semonce, anti-char. Sa cadence est de six coups par minute pour une portée allant jusqu’à 50 km selon le type d’obus engagé. Entrés en service en 2008, 76 canons Caesar sont en dotation dans l’Armée de Terre entre les unités combattantes et celles de formation. 18 ont été livrés à l’Ukraine sur une commande qui était destinée à être livrée au Danemark et le même nombre a alors été commandé par l’État à Nexter pour combler cette perte. L’avantage de ce canon vient également du fait qu’il est très mobile, car monté sur un camion. Un avantage considérable dans l’artillerie. Sa mobilité atteint une vitesse de 80 km/h sur route et 50 km/h pour le tout-terrain, avec une autonomie de 600 km. Son blindage est concentré sur la cabine de conduite et est en option, il est fait pour se protéger des tirs de calibre 7,62 mm, des mines et autres EED (Engin Explosif improvisé, IED en anglais). Bien évidemment, quelques milliers d’obus ont été livrés avec, ainsi que la formation nécessaire aux artilleurs ukrainiens pour son utilisation.

Canon Caesar dans la vallée de l’Euphrate en 2018

Un lot de canons TRF1

Autre canon de l’artillerie française, la TRF1 n’a pas la particularité d’être montée sur un camion, mais d’être un canon-tracté, et ce par un camion TRM 10 000 qui permet un emport de 56 munitions dont les catégories sont sensiblement les mêmes que pour le Caesar : des obus explosifs, éclairants, fumigène et anti-char. Possédant un motopropulseur, il peut cependant se déplacer seul dans une certaine mesure, à raison de 8 km/h. Prédécesseur du Caesar, ce canon est lui aussi fait pour accueillir du 155m avec une portée de 24 à 30 km selon la munition tirée et une cadence de 6 coups par minute ou 3 coups en 15 secondes en cadence rapide. Entré en service dans les années 1989-1990 aux 11e Régiment d’Artillerie de Marine (11e RAMa) et 68e Régiment d’Artillerie (68e RA), la dislocation du Bloc de l’Est réduit la taille des commandes de l’État français passant de 180 aux 105 livrés jusqu’en 2006. Ayant participé à de nombreux conflits comme la guerre du Golfe, le TRF1 est peu à peu retiré du service au profit du canon Caesar et les 4 derniers TRF1 du 5eRIAOM (5e Régiment Interarmes d’outre-mer) basé à Djibouti sont retirés en avril 2022. L’Ukraine en achète un lot à l’entreprise S2M Equipment, spécialisée dans le rachat de matériel militaire, dont au moins 6 exemplaires ont déjà été livrés.

TRF1 du 3e RAMa lors d’un exercice interallié en Allemagne en 2013

2 Lance-Roquettes Unitaires

Le lance-roquette unitaire (LRU) est une autre composante importante de l’armée de Terre française, lui aussi visé par un potentiel remplacement d’ici 2027. Monté sur un châssis américain Bradley M270, le LRU est un standard particulier. En effet, il s’agit à l’origine de lance-roquettes multiples (LRM, en service depuis 1983) qui seront plus tard interdits pour les pays signataires par la convention d’Oslo (ou Convention sur les armes à sous-munitions) en 2008. Ainsi la France avait acquis 57 LRM avec 22 000 roquettes M26 dont 48 seront mises en service aux 1er et 12e Régiments d’Artillerie (1er RA et 12e RA). De fait, depuis 2014 seul le 1er RA possède encore treize LRU dont deux furent livrés à l’Ukraine en octobre dernier. Également équipé de munitions très précises (Roquette M31 guidées à charge creuse, les M26 ayant été interdites par la convention d’Oslo), la portée du LRU est de plus de 70km, pour une altitude pouvant atteindre environ 20km avec une autonomie de 500 km et une vitesse sur route de 70 km/h. Sa capacité d’emport est de 12 roquettes dont la précision varie de 3 à 5 mètres. Sa protection est assurée par un blindage de 25 mm de la cabine et la présence d’une mitrailleuse.

MLRS (Multi-Launch Rocket System) du 1st Regiment Royal Horse Artillery s’entraînant dans la campagne britannique.

2 batteries Crotale NG

Le Crotale désigne ici les missiles Crotale R-440 utilisés par ces batteries de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Sur les douze possédées par cette dernière, deux ont été livrées à l’Ukraine. Ces batteries sol-air de courte portée (entre 13 et 15 km pour 6 à 9 km d’altitude) et utilisant des missiles VT1 (livrés en nombre significatif selon le ministre des Armées Lecornu), permet de lutter contre les aéronefs de tout type à basse altitude et faible vitesse. La batterie se compose donc d’une unité d’acquisition (UA) qui permet de prendre en charge jusqu’à 12 objectifs à la fois, et de deux voire trois unités de tir (UT), chaque unité étant composée de quatre missiles et également d’un radar d’acquisition et de poursuite chargé de recevoir le signal de l’UA lorsqu’une cible est désignée comme telle et affectée à une UT.

Ces missiles VT1 ont de plus une vitesse de Mach 3,5, alors que les R-440 n’allaient « qu’à » Mach 2,3. Deux missiles peuvent être tirés en quelques secondes, et le système nécessite 5 min pour être mis en batterie. Il nécessite également d’être monté sur un véhicule de transport : le P-4 R, un camion d’une autonomie de 500 km et d’une vitesse 70 km/h, avec un blindage de la cabine allant de 3 à 5 mm.

Les premières versions sont livrées dès 1971 par l’Afrique du Sud qui était à l’origine de la commande d’un tel système et les utilisa pour sa guerre de la frontière. Elles ont ensuite été utilisées dans la guerre du Kippour, en Lybie, en Irak ou encore au Tchad.

Lanceur de missiles Crotale lors du défilé du 14 juillet

60 Véhicules de l’Avant Blindé 

Presque qu’aussi mythique que la P4 et délégué au transport de troupe dans l’armée française, le VAB est en service depuis 1976 et a connu tous les théâtres d’opérations français. De plus, il a également connu les opérations marocaines au Sahara occidental, libanaises, qataries au Yémen, et donc récemment en Ukraine.

Véhicule le plus présent au sein de l’armée française avec environ 2 500 exemplaires dans le parc en 2021, 60 de ceux-ci ont été envoyés en Ukraine.

Existant en plus d’une cinquantaine de versions selon les armes dans lesquelles il sert et ses utilisations (Transmission, commandement, médical…), le VAB est généralement muni d’une mitrailleuse 7,62 mm calibre OTAN ou 12,7 mm pour les véhicules d’infanterie, il peut également être équipé d’un canon-mitrailleur de 20 mm ou de 25×137, ou bien encore de lance-missile comme sur le VAB HOT (ou Méphisto). Son blindage le protège des munitions de 7,62 mm, mais aussi des mines et des éclats en tout genre.

Les différentes mises à jour de ces dernières années ont modifié considérablement ses capacités, notamment l’emport passant de 10 hommes à 6 concernant les fantassins (dû à l’augmentation de l’équipement de ces derniers) ou encore l’autonomie descendue à 230 km à cause d’une consommation plus élevée en carburant alors qu’elle était initialement d’environ 1 000km. L’armée française prévoit son remplacement progressif par les nouveaux véhicules Griffon et Serval dans le cadre du programme Scorpion.

Les versions du VAB envoyées aux Ukrainiens ne semblent pas être spécifiées, mais d’après les images ayant tourné sur les réseaux sociaux, il s’agirait de modèles sommairement équipés.

VAB aux nouvelles couleurs de l’armée française durant le défilé du 14 juillet 2021

Des AMX 10RC au programme

Ces véhicules promis par Emmanuel Macron sont eux aussi emblématiques dans l’armée française, puisqu’arrivés en 1979 au 2e Régiment de Hussards (2e RH) et sur le point d’être remplacé aujourd’hui par le Jaguar, véhicule faisant aussi partie du programme Scorpion.

Issu des ateliers d’Issy-les-Moulineaux d’où provient son nom, il remplace l’Engin Blindé de Reconnaissance (EBR) alors en service et est en réalité la version à six roues (RC signifie Roues-Canon) de l’AMX-10P, blindé a chenille servant à l’infanterie pour le transport, le combat et l’appui remplacé aujourd’hui par le Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie (VBCI).

Le rôle principal de l’AMX est la reconnaissance-feu, c’est-à-dire la reconnaissance et la possibilité de riposter en cas d’attaque. Une revalorisation au cours des années 2000 donnera l’AMX 10 RCR dont il resterait aujourd’hui un peu moins de 250 exemplaires dans le parc français. Il a été déployé sur de nombreuses opérations dont on pourrait noter parmi les plus notables Tempête du Désert durant la guerre du Golfe, durant les opérations françaises en Afghanistan, au Mali ou encore par le Maroc durant la guerre du Sahara Occidental, et donc prochainement l’Ukraine.

Pour l’aspect technique, l’AMX 10 RC a la particularité comme nous l’avons dit d’être sur roues et non sur chenilles, avec une autonomie de 800 km pour une allure de 80 km/h sur route et 40 km/h en tout-terrain. Son blindage le protège des projectiles de l’artillerie et des moyens calibres, et un surblindage en acier est ajouté après l’opération Tempête du Désert ce qui marque la fin de son caractère amphibie qui existait alors. Sa portée est d’environ 2 km pour le canon qui accueille des obus de 105mm et de toutes sortes : explosifs, fumigènes, à charge creuse, flèche. Ce canon est accompagné de deux mitrailleuses de calibre 7,62 mm.

Il est important de souligner également que les munitions acceptées (105 x 527R) par l’AMX 10 RC ne sont pas au standard OTAN ce qui fait que l’Ukraine sera entièrement dépendante de la France pour ce qui est des munitions.

AMX-10 RC en action durant un exercice hivernal, 4e Régiment de Chasseurs

20 véhicules blindés Bastion

Les ARQUUS Bastion sont des véhicules blindés, essentiellement utilisés pour le transport de troupes, à l’instar du VAB présenté plus haut, fabriqués par la firme française Arquus Défense. De tous les véhicules présentés dans cet article, le Bastion est le seul à ne pas être utilisé par les armées françaises puisque destiné à l’export uniquement, bien que les Forces Spéciales Françaises l’aient évalué.

Avec un châssis basé sur le VLRA (camions tout-terrains fabriqués à Saint-Nazaire par ACMAT, aujourd’hui filiale d’Arquus) ils sont équipés d’une tourelle mitrailleuse de calibre 12,7 mm ou 7,62mm qui peut-être téléopérée. Leur blindage leur assure une protection contre les armes de calibre 7,62mm, les mines et les différents éclats. Leur capacité d’emport est de 8 hommes (plus deux pilotes) et leur mobilité se caractérise par une vitesse de 110 km/h sur route pour une autonomie de presque 1 400 km.

Comme la plupart des véhicules, il possède plusieurs versions : le Bastion PATSAS (Patrouille SAS) réservée aux forces spéciales plus légère (10t au lieu de 12t), mais avec moins d’emport (5 soldats équipés). Il est équipé d’une mitrailleuse 12,7mm et peut en emporter 3 autres de 7,62mm. En 2018, un accord a été signé avec l’US Army pour concevoir une version ambulance du Bastion.

Ses principales zones de déploiement ont été le Burkina Faso dans le cadre de la lutte antiterroriste de la force conjointe G5 au Sahel, de la même manière au Mali, au Tchad et au Niger ; le Sénégal en a également acquis pour sa police et l’ONU en a fourni à la Tanzanie pour des opérations de maintien de paix.

Le prochain théâtre à son actif sera donc l’Ukraine puisque la France a décidé d’en livrer 20 exemplaires à l’armée ukrainienne.

Bastion APC fournis par les Américains aux forces populaires ougandaises en 2017

Il est important de rappeler que l’aide française aux armées ukrainiennes se compose également de missiles (Mistral, Milan…) et d’équipement individuels (Casques lourds, lunettes infrarouges, matériel médical, gilets pare-balles, rations de combat, etc.) et bien sûr d’une aide financière importante. De plus, 2 000 soldats ukrainiens devraient être formés par la France dans le cadre de la mission européenne EUNAM dont 400 le sont déjà, principalement sur les équipements livrés.

Des dons importants pourtant souvent décriés par certains, pointant du doigt une France qui ne ferait pas assez, notamment par rapport à ses voisins européens. Ainsi, concernant le matériel terrestre lourd, voici ce qu’ont envoyé nos alliés européens.

Une Europe également très généreuse

L’Allemagne

Alors que la question des Léopard 2 demandés par l’Ukraine se pose en Allemagne, nous pouvons revenir sur le matériel envoyé par l’un des plus gros contributeurs du soutien à l’Ukraine.

40 Marder

À la suite des annonces françaises à propos des AMX-10 RC, l’Allemagne a en effet annoncé l’envoi de 40 véhicules blindés Marder en usage dans ses armées, dont la livraison s’étendra sur le premier trimestre 2023. Ce véhicule de combat d’infanterie est entré en service durant la Guerre froide au début des années 1970 en Allemagne de l’Ouest. Remplacé peu à peu par le Puma depuis 2010, le Marder a connu de nombreuses versions et a notamment servi durant la seconde guerre d’Afghanistan. Avec un transport de 6 ou 7 hommes (plus 3 : pilote, tireur, chef d’engin) selon les modèles, son blindage d’acier varie entre 11 et 32 mm permettant de se protéger des calibres 7,62 mm, mais aussi des balles perforantes-incendiaires de 14,5 mm et des obus de 23 mm sur la partie frontale, voire de 25 mm aujourd’hui sur certaines versions. Il dispose de nombreux armements : un canon-mitrailleur de 20 mm (Mk20 Rh-202), un lance-missile antichar MILAN (4 missiles) ou Spike depuis 2018 et une mitrailleuse de 7,62 mm MG3. Avec une vitesse sur route allant jusqu’à 75 km/h, son autonomie dépasse les 500 km.

Les différentes versions existantes font varier les qualités ou les caractéristiques du blindage, des radars, transmissions ou encore les brouilleurs.

Marder 1A3 du 391e Bataillon de Panzergrenadiers

18 obusiers Boxer RCH 155

Autorisée d’envoyer ces pièces d’artillerie en Ukraine par le gouvernement allemand, la société KMW (Krauss-Maffei Wegmann) devra également fournir les pièces de rechange et former le personnel pour un coût total de 216 millions d’euros. Équipé d’un canon de 155 mm le RCH 155 est un automoteur capable d’atteindre au moins les 100 km/h pour autonomie de 700 km. Avec un système de chargement automatique, sa cadence est de 9 coups par minutes pour une portée de 30 km avec les obus conventionnels et jusqu’à 56 km avec certains plus spécifiques (V-LAP sud-africain). Il peut également être adapté avec un canon de 105 mm.

Boxter RCH 155

Le système MIM-104 Patriot 

Sur la même ligne que les États-Unis, d’où provient ce système, les Allemands ont décidé d’envoyer à l’Ukraine l’un de leur système antiaérien Patriot. Développé par la firme Raytheon il entre en service en 1984, mais plusieurs versions et développement existent et permettent également la lutte contre les missiles balistiques depuis le 104C/PAC-2 déployé en 1990 pour la guerre du Golfe. Ces missiles sol-air vont de Mach 2.8 à 4.1 avec une portée de 240 km pour les dernières versions et une altitude dépassant les 24 km. Avec une taille plus petite les PAC-3 permettent un poste de tir à 16 missiles contre 4 auparavant. Monté sur une remorque, le poste est tracté par un HEMTT ayant une vitesse de pointe à 100 km/h pour une autonomie d’un peu moins de 650 km. Outre le Golfe le Patriot a également connu l’Irak, la Syrie, le Japon, le Yémen et aujourd’hui l’Ukraine.

Lancement d’un missile Patriot PAC-2 Néerlandais

14 PzH 2000 

Autre obusier fabriqué par KMW, il est en service depuis 1998 et encore aujourd’hui dans plusieurs armées (Italie, Grèce, Qatar…). Ayant connu comme premier théâtre d’opérations l’Afghanistan, le PzH 2000 est une abréviation de Panzerhaubitze (Obusier blindé) et se caractérise par un canon de 155 mm pour une portée de 30 km pour les obus conventionnels et de 56 km pour les obus roquette avec une cadence importante de 9 à 10 coups par minute (les 3 premiers en 10s) et 20 coups en 2min30. Ce canon est accompagné comme armement secondaire d’une mitrailleuse MG3 de 7,62 ou d’une FN MAG du même calibre. Comme le RCH 155, le PzH 2000 est un canon automoteur avec une vitesse de 65 km/h pour 420 km d’autonomie et un emport de 60 obus possible. En plus des 7 envoyés par l’Allemagne en mai 2022, elle en a vendu également 100 en juillet dernier, les Pays-Bas en ont envoyé 8 et l’Italie un nombre inconnu.

Un PzH 2000 néerlandais en Afghanistan, 2009

4 MLRS Mars-II :

Les MLRS désignent des Multiple-Launch Rocket System dont le type MARS (Middle Artillery Range System) arrive en Allemagne en 1990, mais il est déjà en activité dans l’US Army depuis 1983. La version MARS-II envoyée en Ukraine permet de tirer des missiles guidés augmentant ainsi la précision des tirs (environ 7 mètres) et possède des améliorations GPS, de conduite de tir, etc. Les missiles du type M31 (230 mm) peuvent voler à Mach 3,4 avec une portée amenée à 80km (elle était de 60km avec la précédente M30, et est prévu à 140 km pour la prochaine version). Le MARS-II peut accueillir 12 missiles simultanément avec une cadence permettant de tous les tirer en 1 minute.

Photo d’un MLRS MARS-II issue du site de KMW

50 Véhicules de transport blindés Dingo

Encore un véhicule sortit de la société KMW. C’est un blindé de transport de troupes allant de 5 à 10 passagers selon les versions qui résiste aux mines, aux éclats d’artillerie et aux calibres « classique ». Une deuxième version arrivera en 2000 offrant une meilleure protection et une plus grande charge utile. Son armement varie entre les mitrailleuses 7,62 mm ou 12,7 mm et les lance-grenades automatiques HK GMG et son autonomie entre 700 et 1000 km selon la version (courte, longue ou GFF).

ATF Dingo 2 de la 37e Brigade de Panzergrenadier durant un exercice, juste après avoir franchi l’Elbe

37 chars Guépard

De son vrai nom Flugabwehrkanonenpanzer Gepard ou Flakpanzer Gepard est un char antiaérien germano-suisse entré en service en 1976 dont le programme a plus tard été rejoint par la Belgique et les Pays-Bas et est resté en service dans ces pays jusqu’à la fin des années 2000 et n’a à l’heure actuelle aucun remplaçant au sein de la Bundeswehr. Ce véhicule est équipé de deux canons Oerlikon KDA L/90 de 35 mm (du nom de la firme suisse ayant travaillé sur projet) tirant des obus explosifs ou pénétrants pour une portée de 6 500 m et une altitude maximale de 4 800 m. Son autonomie est de 560 km pour une vitesse sur route de 65 km/h. Ces engins furent tirés de leurs stocks puisque retirés depuis longtemps, et quelques problèmes de munitions furent à gérer étant donné que la Suisse et son immuable neutralité ne voulaient pas fournir les stocks de missiles qui lui restait.

Flakpanzer Gepard de la Bundeswehr

L’Italie

FH70

Envoyés en nombre inconnu par nos voisins transalpins, les FH70 sont des canons se rapprochant du TRF1 français. En service depuis 1978, il a notamment fait ses preuves au Liban durant la guerre civile. Doté d’un calibre de 155 mm sa cadence peut être de 3 coups en 15 secondes pour une rafale ou de 3 à 6 coups par minute pour une cadence soutenue avec une portée maximale de 30 km. De la même manière que le TRF1, le FH70 doit être tracté par un véhicule ce qui limite sa mobilité.

D’autres exemplaires ont également été envoyés par l’Estonie

Une batterie de FH70 du 21e Régiment d’Artillerie italien « Trieste »

Le système SAMP/T – Mamba

De concert, Paris et Rome vont livrer à l’Ukraine une batterie de système Sol-Air Moyenne Portée/Terrestre – Mamba (Moyen de défense Anti-Missile Balistique et Aérobie) sur les 5 que compte le 4e Régiment d’Artillerie antiaérienne italien. Ce système vise à protéger l’espace aérien contre les avions ou missiles de croisière. Pour la partie antiaérienne le système a une portée allant de 50 à 100 km selon les avions ciblés et d’une dizaine de km pour la défense antimissile utilisant les missiles Aster 30 Block 1. En France ces systèmes ont remplacé les Hawks et les Crotale. Le système se subdivise en 3 sous-systèmes : celui de la conduite de tir/radar, celui de lancement terrestre et le missile en lui-même.

Système de lancement terrestre du SAMP/T au défilé du 14 juillet

Espagne

1 système Aspide 2000

Au moins un de ces systèmes antiaérien de moyenne portée d’origine italienne a été envoyé par l’Espagne en Ukraine. Ses missiles équipaient auparavant les avions Aeritalia F-104S Starfighter en version air-air. Sur les quatre versions c’est la version sol-air du Mk1 qui fut envoyé en Ukraine par l’Espagne fabriqué à partir de 1988. La vitesse de ce missile est de Mach 2 avec une portée de 28 km et un plafond de 3,5 km.

Batterie antiaérienne italienne d’Aspide 2000

Missile Aspide 2000 de la Marine péruvienne

20 TOA M113 

De facture américaine, ces Transporte Oruga Acorazado sont en service depuis 1960 et seront progressivement remplacés en Espagne par les véhicules blindés « Dragon ». Capable de transporter 11 personnels, ce camion sur chenille a une vitesse 66 km/h sur route pour une autonomie de 480 km. Avec plusieurs versions (lance-flamme, dépannage, mortier, ambulance…) il a pour armement de défense une mitrailleuse M2 de 12,7 mm, avec en plus un blindage allant de 38 à 45 mm.

50 exemplaires ont également été envoyés par le Danemark et d’autres aussi par la Lituanie.

M113 blindé australien

Grande-Bretagne 

10 Challenger 2 (En cours de réflexion)

En service depuis 1998, ce char britannique a notamment connu la guerre d’Irak et le Kosovo. Son armement se compose d’un canon de 120 mm avec une durée de vie du tube de 500 coups et l’engin possède une capacité d’emport de 52 obus. À cela s’ajoutent deux mitrailleuses de 7,62 mm. En termes de mobilité, le Challenger 2 possède une autonomie allant de 450 à 550 km selon sa dotation en réservoirs largables. Son blindage est de type Dorchester en matériaux composites. Le gouvernement n’a pas encore statué sur l’envoi de ces chars, mais y réfléchit sérieusement. L’envoi de ce type de char ferait franchir un cap certain dans l’aide militaire offerte à l’Ukraine)

Challenger 2 durant un exercice amphibie de la 1ère Brigade Mécanisée dans le Hampshire

120 véhicules blindés

Nous ne connaissons pas la répartition exacte de ces 120 véhicules, mais il s’agit des modèles suivants :

MRAPs de type Cougar Mastiff et Wolfhound

Les MRAP (Mine Resistant Ambush Protected) sont une classe de véhicules blindés spécialement conçus pour résister aux Engins Explosifs Improvisés (EEI). Ils ont été mis en service au début des années 2000 d’après les conflits modernes où les mines et EEI représentent un risque important. Les MRAP sont utilisés dans de nombreuses armées (les Aravis en France ou les ATF Dingo en Allemagne) et sont encore utilisés dans la lutte contre la guérilla sur de nombreux terrains : Afghanistan, Égypte, Yémen, Syrie … et même par les Russes en Ukraine.

Les MRAP se divisent en 3 catégories et de multiples versions selon leurs poids, taille et utilité (anti-mines, missions sous feu ennemi, spécifiques pour certaines missions). De fait le Wolfhound est un véhicule de soutien tactique utilisé par exemple pour tracter les canons d’artillerie. Leur blindage et leur armement varie en fonction du modèle et leur mobilité se caractérise par une vitesse d’environ 100 km/h pour une autonomie de 1000 km.

MRAP Cougar danois en Afghanistan, 2011

Husky

Les Husky sont des véhicules sud-africains de soutien détecteurs de mines eux-mêmes protégés contre les mines et IED, ils sont principalement utilisés pour assurer la route d’un convoi. Entrés en service dans les années 1970, ils sont équipés de détecteurs de métaux très sensibles et sont prévus pour s’endommager de manière prévisible en cas d’explosion pour être réparés directement et rapidement sur le terrain. D’autre équipement comme un rouleau de déminage ou une mitrailleuse 7,62 sont disponibles selon les versions et son blindage protège des calibres 7,62 mm. Sa vitesse maximale est de 70 km/h.

Huskys de l’USMC en Afghanistan

35 FV-103 Spartan

Blindé utilisé pour le transport de troupes (5 passagers), le FV-103 Spartan est un véhicule britannique entré en service en 1978 de combat de reconnaissance. Il est principalement utilisé par des unités spécialisées et non pas l’infanterie allant sur le champ de bataille (artilleurs, sapeurs…). Il est protégé par une mitrailleuse de 7,62 mm FN MAG. Il existait une version FV-120 pouvant tirer des missiles MILAN et transporter des Javelin, mais elles ne sont plus en activité dans l’armée britannique. Leur vitesse sur route est de 80 km/h et 35 exemplaires auraient été envoyés en Ukraine.

FV-103 Spartan pendant un exercice amphibie dans le Hampshire

Nos alliés outre-Manche auraient également envoyé 4 MLRS Mars-II (cf. Allemagne).

Pologne

50 à 60 PT-91 Twardy

Char de combat polonais datant de 1996, le PT-91 Twardy héritier des T72 et T64. Sa mobilité est de 60 km/h pour une autonomie allant de 650 à 700 km selon les réservoirs en dotation. Il est armé d’un canon de 125 mm avec un emport de 42 obus, et d’une mitrailleuse de 7,62 mm plus une autre de 12,7 mm. Il existe de nombreuses versions, notamment pour l’armée malaisienne, modifiant quelques caractéristiques techniques modifiant sa mobilité ou sa précision de tir.

PT91 Twardy durant le défilé du 15 août, jour des Forces Armées en Pologne

230-240 T-72

Char emblématique de l’ère soviétique, le T-72 est un char qui est vu comme un T-64 simplifié donc moins couteux en service depuis 1973 et dont la production continue encore aujourd’hui. Son successeur le T-90 est plus moderne et fut envoyé dans le Donbass par les Russes. Il existe plus de quarante versions faisant varier le blindage (au moins 350 mm) ou quelques caractéristiques et améliorations techniques, mais d’une manière générale il est équipé d’un canon de 125 mm et de deux mitrailleuses de 7,62 et 12,7 mm. Sa vitesse de 60 km/h s’accompagne d’une autonomie de 500 à 700 km selon l’emport de bidons largable prévu.

En tout plus 300 T-72 furent envoyés en Ukraine avec la participation notamment de la République tchèque ou de la Macédoine du Nord (30 exemplaires)

Un T-72 iraquien de la 9e Division en 2006

40 BMP-1

Autre véhicule de combat soviétique, le BMP-1 est un véhicule de combat d’infanterie en service depuis 1966 dans l’Armée rouge. Véritable succès technologique comparé à l’AK-47, il permet d’emporter 8 passagers de manière sécurisée avec un blindage allant jusqu’à 33 mm. Il dispose d’un canon de 73 mm et d’un lance-missile antichar en plus d’une mitrailleuse de 7,62 en armement secondaire. Sa mobilité aussi importante pour l’époque est caractérisée par une vitesse sur route de 65 km/h et de 45 km/h en tout-terrain avec une autonomie de 600 km sur route et 500 km en tout-terrain. Comme la plupart de ces véhicules, de nombreuses versions existent faisant varier leur équipement, caractéristiques techniques et utilité.

En échange de 40 Marder, la Grèce a elle aussi envoyé 40 BMP-1 aux Ukrainiens sur les 122 de chaque annoncés en juin. Le même échange fut effectué par la Slovaquie avec 30 BMP-1 envoyés en Ukraine contre 14 Léopard allemands ou la Slovénie qui a envoyé 35 BMP M80A contre des Marder et Leopard.

BMP-1 capturé par les Américains en Irak durant la Guerre du Golfe, 1991

BM-21 GRAD

Le BM-21 GRAD est un LRM (lance-roquettes multiple) soviétique en service depuis 1963, « Grad » signifiant « grêle ». Dotés de canons de 122 mm, ces camions ne disposent d’aucun blindage et sont très mobiles : 75 km/h pour une autonomie de 450 km. Sa capacité est de 40 roquettes (le camion dispose de 40 tubes). Ses différentes versions et munitions lui offrent une portée de 5 à 45 km et une capacité de saturation de 1 hectare en une salve, mais nécessite 10 minutes de rechargement.

On ne connait pas le nombre exact de BM-21 GRAD envoyés par la Pologne, d’autant plus que c’est un véhicule déjà utilisé par les deux pays belligérants.

BM-21 GRAD vénézuéliens lors de la commémoration de la mort d’Hugo Chavez en 2014

BM-21 GRAD en action dans le sud de l’Ukraine, octobre 2022

Obusiers 2S1 Gvozdika 

Arrivé en service en 1972 dans l’armée soviétique, le 2S1 Gvozdika est un char équipé d’un canon de 122 mm et d’un blindage de 20 mm. Une version amphibie peut lui permettre de combattre par tempête de neige ou dans des marais. Avec une mobilité caractérisée par une autonomie de 500 km et une vitesse de 60 km/h sur route, il a connu de nombre théâtres de conflits : Tchétchénie, Golfe, Irak, Kosovo, Lybie, Syrie…

On ne sait pas exactement combien ont été envoyés par la Pologne, sachant qu’il est en dotation en Russie et également en Ukraine.

Obusier 2S1 Gvozdika de l’armée serbe

72 AHS Krab

L’AHS Krab est quant à lui un obusier polonais doté d’un canon de 155 mm entrée en service en 2008 et dont les nouveaux modèles n’ont pas tous été livrés à ce jour à la Pologne. Sa portée est comprise entre 30 et 40 km selon les obus utilisés et sa cadence est de 6 coups par minute. Sa vitesse sur route est de 67 km/h et 30 km/h en tout terrain pour une autonomie de 400 km. Sur les 72, 18 furent donnés et 54 vendus. L’Ukraine semble être sa première expérience réelle de combat.

AHS Krab exposé à Kiev en 2017

Norvège

22 M109 A2/A3

Obusiers américains en service depuis 1963, M109 qui sont les versions modernisées en milieu de vie, sont équipés de canon de 155 mm avec une portée de 18 à 30 km selon les munitions utilisées et une capacité d’emport allant de 36 obus. De même son autonomie varie de 300 à 350 km/h avec une vitesse comprise entre 55 et 60 km/h sur route et 20 et 30 km/h en tout-terrain. Pour sa protection, il possède aussi une mitrailleuse M2 de calibre 12,7 mm. Les Pays-Bas en ont également envoyé quelques-uns.

26 M109A4 furent achetés à une société belge de déstockage et des M109A5 furent donnés par les Italiens également.

M109 A3

3 MLRS Mars-II (cf. Allemagne)

De son côté nous pouvons également citer la République Tchèque qui a livré des LRM RM-70 et des BMP-1 sans que le nombre soit précisé.

Bien évidemment il s’agit ici d’une liste non exhaustive puisque ces informations ne sont pas toujours accessibles ou certaines et que nous nous sommes ici concentrés sur la France et les pays européens et plus précisément sur le matériel terrestre lourd. Ces mêmes pays et bien d’autres par conséquent non cités ont également envoyé de nombreux matériels individuels (casques, armes de poing, gilets, matériel médical…), de l’aide humanitaire et financière, sans parler des munitions de tous calibres, des missiles et des aéronefs.

Une seconde tranche de 50 Leclerc XLR pour l’armée de Terre

Une seconde tranche de 50 Leclerc XLR pour l’armée de Terre

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Nexter s’est vu notifié le 29 décembre la rénovation d’une nouvelle tranche de 50 chars Leclerc, conformément au calendrier annoncé. Avec la tranche initiale actée en juin 2021, le programme est désormais à mi-chemin de sa cible en terme de commandes.

Des 200 exemplaires de série attendus à l’horizon 2029, 18 seront livrés cette année. Les 100 Leclerc restant seront commandés après 2023. Du côté des forces, la Direction générale de l’armement et la Section technique de l’armée de Terre poursuivent les essais de qualification à partir du prototype livré fin décembre.

Le travail de rénovation, confié en 2014 à Nexter, porte sur quatre volets distincts. Hormis son entrée dans la bulle SCORPION via le système d’information du combat SCORPION (SICS) et la radio CONTACT, le Leclerc XLR reçoit un tourelleau téléopéré T2B conçu par l’armurier belge FN Herstal et une protection renforcée contre les mines et roquettes. Il intègre, enfin, une nouvelle conduite de tir lui conférant la capacité à tirer des munitions à effet ou déclenchement programmable.

Cette opération est l’un des deux pans du programme de rénovation à mi-vie (RMV) du char Leclerc, désormais adossé plutôt qu’intégré au programme SCORPION. L’autre relève de sa pérennisation par le traitement d’obsolescences lourdes, en particulier celles relatives au moteur V8X et à la turbomachine, ainsi qu’au système de visionique, qui évoluera vers une nouvelle version.

Les immobilisations conjoncturelles qui en découleront auront un impact sur la disponibilité du parc. Un écueil que, selon le dernier projet de loi de finances, l’armée de Terre entend atténuer grâce au maintien en service de 25 chars jusqu’en 2025.

La guerre avant la guerre par le Général de corps d’armée (2S) Jean-Tristan Verna

La guerre avant la guerre


 

Proche de nous et bien documentée au jour le jour contrairement à d’autres conflits violents, l’invasion de l’Ukraine par la Russie vient rappeler sans ambiguïté quel est le visage de la « guerre de haute intensité », lorsque les protagonistes déploient tous les moyens de la puissance militaire moderne, au milieu des populations et des zones urbanisées.

Face à toutes ces pertes humaines et ces destructions massives, on ne peut donc que plaider en faveur d’une stratégie militaire qui viserait à « gagner la guerre avant la guerre », pour reprendre le terme employé dans la vision stratégique du chef d’état-major des armées et développée par le général Burkhard dans une interview parue dans Le Point du 4 novembre 2021.

* * *

Penser pouvoir « gagner la guerre avant la guerre » s’inscrit dans une caractérisation des relations internationales en trois volets compétition ― contestation ― confrontation, qui ne sont pas un continuum mais des niveaux de tension pouvant se chevaucher ou cohabiter avec un même « partenaire ». D’où des situations particulièrement complexes à analyser et maîtriser.

La compétition est le niveau normal des relations internationales fondées sur le droit. C’est à ce niveau que se déploierait cette stratégie. Il s’agit de dissuader un compétiteur de franchir le seuil suivant, la contestation, qui se situe alors « juste avant la guerre » et sort du cadre du droit international (le cas-type communément mis en avant jusqu’à présent était le mode d’action de la Russie pour l’annexion de la Crimée, théorisé sous le terme de « mode d’action hybride ou indirect »).

Face aux compétiteurs, la vision stratégique du CEMA est donc d’appuyer l’action politique, diplomatique, économique, culturelle… par la démonstration de capacités militaires dissuasives, tout en étant en mesure de réagir par un emploi de la force « suffisant » en cas de contestation, afin de faire retomber les tensions avant que soit atteint le seuil de la confrontation, qui est « la guerre », seuil au demeurant difficile à tracer à l’avance.

Pour les armées françaises, il s’agit donc de définir les contours d’une stratégie militaire s’intégrant dans la stratégie nationale d’équilibre des relations internationales, avec une panoplie de modes d’action établissant des rapports de forces dissuasifs (compétition) et employables jusqu’à un niveau élevé de violence (contestation). Les forces doivent donc être déterminées, crédibles et prêtes, pour être avant tout dissuasives vers les « compétiteurs joueurs mais raisonnables », pour reprendre les termes de la dialectique de la dissuasion nucléaire. On perçoit immédiatement une difficulté majeure : habituellement, ce sont « les groupes terroristes non inféodés à un État » qui sont considérés comme les acteurs « non raisonnables » des rapports de forces géopolitiques. Le problème change de nature lorsque « la raison » semble abandonner une puissance nucléaire, et de surplus membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

* * *

Gagner la guerre avant la guerre repose donc en même temps sur la capacité de dissuader le compétiteur de s’engager dans une confrontation directe et sur celle de l’empêcher d’avancer des « pions hybrides » sur un mode indirect.

En termes militaires, la dissuasion est avant tout une stratégie des moyens, tandis que l’empêchement suppose une stratégie d’action. Il est en fait une « autre sorte de guerre avant la guerre ».

Depuis plus demi-siècle la dissuasion globale est au cœur de la programmation militaire française. Au terme de l’actuelle Loi de programmation militaire (LPM) et de l’effort budgétaire qui l’a caractérisée, résumons l’état des lieux, sans entrer dans le détail des multiples rapports parlementaires ou d’experts :

  • Les moyens de la dissuasion nucléaire sont à niveau, et leur modernisation est continue (elle mobilise une part importante des budgets post-2022).
  • Les forces « conventionnelles » sont en cours de « réparation » et de modernisation. La plupart de programmes permettant de constituer les forces de l’Ambition 2030 sont lancés. Outre le déroulement nominal des grands programmes structurants, l’effort porte désormais sur la capacité à durer (stocks, soutien…) et à combattre en « haute intensité » (préparation opérationnelle). Les moyens conventionnels des années post-2030 sont définis et les études lancées (porte-avions, système de combat aérien, char futur et son environnement).
  • Éclairé par l’observation de la guerre en Ukraine, le débat sur le volume des forces et leur capacité à durer va s’intensifier, alors que la priorité du développement capacitaire se déplace vers les « nouveaux espaces »: l’espace extra-atmosphérique, le cyber, les grands fonds marins, la stratégie informationnelle… On pressent là les tensions qui marqueront la préparation de la prochaine LPM.

Mais la dissuasion ne repose pas uniquement sur le développement continu de systèmes d’armes. Autour de son volet nucléaire autonome, elle se construit également par la volonté d’être « Nation-cadre intégratrice » au sein des coalitions stratégiques, qu’elles émanent de l’OTAN, de l’Union Européenne ou de tout autre alliance. Les exigences qui en découlent sont nombreuses et réellement intégratrices au sens où elles créent une solidarité de fait dans les domaines du commandement, du soutien, de la communication opérationnelle… et de la volonté politique.

C’est d’ailleurs à cette approche d’intégration « solidarisante » qu’il faut rattacher la coopération en matière d’opérations d’armement, quelles que soient les passions qu’elle peut provoquer.

Ainsi, adossées à un système d’alliances robustes, en premier lieu l’Alliance Atlantique et son bras armé, l’OTAN, mais également la solidarité de l’Union européenne fondée par le Traité de Lisbonne, les capacités militaires françaises permettent aujourd’hui de dissuader en « gesticulant », c’est-à-dire en montrant qu’elles peuvent être employées sans délai, face à tout risque d’action directe contre les intérêts nationaux ou ceux des alliés, pour peu que la volonté politique, ressort ultime, soit présente. La crise russe (plutôt qu’ukrainienne) en a donné la démonstration, même si certaines « gesticulations » n’ont pas fait l’objet d’une publicité autre que celle nécessaire à l’information du « compétiteur ».

L’empêchement repose quant à lui sur un autre fondement : la volonté d’employer « la force » pour contenir les stratégies indirectes et, ainsi, contrer toute stratégie des « dominos » qui contournerait la dissuasion. C’est un cadre dans lequel baigna la guerre froide, mais qui, dans les rapports entre États, est semble-t-il depuis sorti de la vision stratégique occidentale.

Cette volonté s’exprime en premier lieu par la démonstration des capacités militaires conventionnelles construites dans la cadre de la dissuasion globale. Par la mise en scène de leur entraînement poussé, de leurs opérations extérieures, de leurs projections sur tous les points du globe au titre de la présence, de la coopération interalliée ou de partenariats stratégiques, les forces conventionnelles permettent de « montrer le bâton et la volonté de s’en servir ». L’existence en seconde ligne de capacités industrielles et logistiques avérées va de pair…

Mais, l’existence de zones grises, souvent très périphériques aux yeux des opinions, offrent aux compétiteurs des opportunités pour tester cette volonté, avancer des pions plus ou moins masqués et, in fine, améliorer en leur faveur le rapport de forces géostratégique, car il ne fait aucun doute qu’eux également souhaitent gagner la guerre avant la guerre.

Nos armées, et singulièrement les forces terrestres, très flexibles d’emploi, vont devoir s’engager plus qu’aujourd’hui dans des modes d’action hybrides, voire en redécouvrir certains.

Tenter de faire un inventaire a priori de ces modes d’action est inutile ; l’important est de disposer d’une « boîte à outils » diversifiée et d’une créativité opérationnelle fondée sur la juste appréciation des situations, la maîtrise de toutes les technologies disruptives et d’une culture stratégique et historique non exclusive.

* * *

C’est à ce stade que nous pouvons poser la question du rôle que l’armée de Terre des années 2020 peut jouer dans cette stratégie d’empêchement, alors qu’elle devra sans doute toujours poursuivre des opérations du style de celles dans lesquelles elle est engagée depuis une vingtaine d’années, tant dans une logique de corps expéditionnaire, que par sa présence sur le territoire national. Dans le même temps, elle doit monter en gamme, en volume et en capacité d’intensité, dans le cadre de « l’hypothèse d’engagement majeur ».

Trouver sa place dans « l’hybridation des rapports de forces », à la frontière de la compétition et de la confrontation, sera donc un défi d’autant plus difficile que la « zone grise » appelle plus que d’autres l’intégration interarmées, l’intégration des capacités cinétiques terrestres et de celles se déployant dans les nouveaux espaces stratégiques ― cyber, information ―, l’intrication entre les forces visibles et celles dont l’action ne doit être ni connue, ni reconnue.

En s’appuyant sur les trois axes de la vision stratégique du CEMA (les hommes, le développement capacitaire, la préparation opérationnelle), quelques questions peuvent être posées, en laissant le soin de les développer aux états-majors qualifiés, même s’ils sont parfois contraints par le poids de l’existant. 

Axe 1 : les hommes

Le sursaut de 2015, qui a mis fin aux réductions d’effectifs, n’a pas pour autant réglé la question de la faiblesse intrinsèque des effectifs des forces terrestres. L’obligation de dissoudre des unités nouvellement recréées pour répondre à des besoins nouveaux est là pour le montrer. Avant même de réfléchir aux adaptations qualitatives de la haute intensité, un rappel des besoins sera indispensable dans le cadre des travaux de la future LPM. Il faut en particulier s’interroger sur le développement quantitatif des forces spéciales, en tempérant la vision du « surhomme » pour lui substituer celle du soldat et de petites unités à l’emploi très flexible. Cette évolution a déjà été engagée, notamment dans les régiments et brigades d’infanterie.

La formation des cadres a toujours été une politique dynamique, selon les besoins opérationnels et les variables externes. C’est au titre de cette dynamique qu’il faut comprendre la récente rénovation de la formation initiale des officiers. Elle devra être poursuivie avec le souci de ne pas les enfermer dans des schémas opérationnels exclusifs, puis, par la gestion de leurs premières années de service, de leur donner la possibilité de multiplier les contextes et expériences opérationnelles. 

Axe 2 : le développement capacitaire

L’axe capacitaire se conjugue toujours avec un axe organisationnel : l’agencement des équipements, leur répartition sont des choix qui reflètent l’idée que l’on a de l’emploi des forces.

L’armée de Terre connaît dès à présent tous les équipements dont elle disposera pour les vingt prochaines années. Sa fonction « équipement » est désormais dans une période de production dont il faut tenir le rythme pour encore une décennie au moins. C’est la priorité de la prochaine loi de programmation, qui n’est pas incompatible avec une plus forte intégration des drones de toutes sortes au plus profond des forces terrestres.

Si pour être « dissuasive » sous le seuil de la contestation, les axes de progrès de l’armée de Terre sont le « durcissement » et « la capacité à durer », « l’empêchement » la tire vers « la capacité de surprendre ».

La capacité de surprendre consiste à ne pas faire ce que l’adversaire s’attend à affronter, en changeant de terrain, de mode d’action, etc. Elle pourrait s’inspirer des objectifs militaires (il y en avait de plus politiques) qui débouchèrent dans les années 1980 sur l’organisation de la Force d’action rapide (FAR) : se projeter puissamment et loin pour contrer le Groupement mobile opératif (GMO) soviétique) qui aurait percé en Centre-Europe, loin des trois directions planifiées d’engagement de la 1re Armée Française.

C’est ici que l’intérêt de l’aéromobilité se révèle le plus fort, avec un mix d’infanterie légère, mais puissamment armée. N’oublions pas non plus le formidable outil que constitue la brigade parachutiste polyvalente que la France ― seule Nation en Europe ― a su préserver.

Conjuguées aux forces spéciales, ce type de moyens permet de délivrer des capacités « sous le seuil » qui sont mal connues et nécessitent pourtant des savoir-faire spécifiques au sein même des forces terrestres pour « contenir le compétiteur » : faut-il donner à nos forces spéciales une capacité à devenir « des petits hommes gris » (sur le modèle « des petits hommes verts » poutiniens), doit-on déployer au plus près les moyens et des modes d’action de lutte informationnelle offensive (qui aurait pu par exemple servir lors de la « saga du convoi de Barkhane », mais a été payante lors de la tentative de désinformation de Gossi…), quelle place le partenariat militaire opérationnel et de combat doit-il avoir dans cette stratégie militaire, là où le compétiteur se transforme en contestateur-testeur ? Faut-il toujours maintenir les Sociétés militaires privées (SMP) à longueur de gaffe ou formaliser un type de complémentarité bien bordé sur le plan juridique et éthique ?

C’est dans ce contexte que les forces prépositionnées prennent tout leur intérêt stratégique, qu’elles soient de « souveraineté » (avec une totale liberté d’emploi tout autour de leurs points de stationnement), ou de « présence » (plus près des zones de tension, mais avec des risques potentiels de restriction d’emploi si les traités sont interprétables). Encore faut-il qu’elles soient suffisantes, de qualité et en mesure d’intégrer de façon réactive des capacités d’action « sous le seuil », y compris les plus modernes ou émergentes. La flexibilité organisationnelle et logistique des armées françaises devrait rendre cela accessible sans trop d’efforts, notamment en jouant sur les fortes capacités amphibies développées conjointement par l’armée de Terre et la Marine nationale. 

Axe 3 : la préparation opérationnelle

Dans le cadre du débat sur « la haute intensité », le durcissement de la préparation opérationnelle est dès à présent bien expliqué par l’armée de Terre, tant dans ses composantes « temps » que « moyens » (espaces de manœuvre, complexes de tir, munitions, disponibilités des équipements, coopérations interarmées et interalliée…). Reste à faire en sorte que les budgets qui financent cet objectif soient à la hauteur…

Mais pour gagner la guerre avant la guerre, la préparation opérationnelle doit être démonstrative, et pourquoi pas, menaçante ! Elle devient une façon d’appuyer la diplomatie en la complétant d’un volet militaire. La pratique de grands exercices projetés au plus près des zones à risques doit revenir dans le catalogue des modes d’action et leur coût doit être considéré comme un investissement.

De même la multiplication, chaque fois que possible, d’exercices d’ampleur sur le Territoire national (TN) ou dans les Outre-mer témoignent de la part prise par l’armée de Terre dans la capacité nationale de résilience.

* * *

La forme prise par les tensions géopolitiques en ce début de XXIe siècle scelle une fois pour toutes la fin de l’ordre établi par les Traités de Westphalie au terme de la guerre de Trente Ans ; elle met également en cause la régulation des relations internationales organisée ― laborieusement ― après la Seconde Guerre mondiale par la création de l’ONU. Elle est en passe de fragiliser « l’équilibre de la terreur nucléaire ».

De cette situation, ne découle-t-il pas que désormais « si l’on veut la paix, il ne suffit plus de préparer la guerre », pour reprendre la formule attribuée à Végèce, mais de la faire sous une forme qui évite la montée aux extrêmes, avec tous les dangers que comporte l’ouverture de cette boite de Pandore ?

La difficulté principale est qu’il est alors nécessaire de « désigner l’ennemi », chose dont on peut se passer lorsqu’on entretient une dissuasion globale « tous azimuts ». Quels sont donc « nos ennemis » ?

L’un d’eux est bien identifié depuis longtemps : le terrorisme international, et c’est face à lui que nos forces sont engagées de longue date, sous des formes multiples. Mais on voit bien que désormais, il ne suffit pas de combattre les « groupes armées terroristes » sur des terrains plus ou moins lointains, mais également de contrer leurs sponsors, comme nous le faisions en Afrique durant la guerre froide, à l’époque où Cubains ou Allemands de l’Est jouaient le rôle tenu aujourd’hui par Wagner. Et nous avions nos « petits hommes gris » dans la brousse…

Un autre ennemi, plus générique, mais dont il ne faut pas bien longtemps pour en faire la frise des drapeaux, menace notre souveraineté, tant au travers de notre poussière d’Empire, qui ne vaut plus vraiment que par la Zone économique exclusive (ZEE) qu’elle nous offre, que pour la sécurité de nos approvisionnements maritimes qui resteront essentiels et massifs quoique rêvent les fossoyeurs de la mondialisation. Cette menace débute dès la Méditerranée orientale, survole les Caraïbes et se prolonge dans les immensités de la zone Indopacifique. Malgré les réticences d’une partie d’entre eux, elle est partagée par nos alliés européens.

Enfin, et on ne peut que le déplorer, tel le Phénix, « le fléau nourri par les steppes de l’Asie centrale » vient une nouvelle fois de surgir aux marges de l’Europe, tel une pulsation historique récurrente, avec un nouveau visage, mais toujours les mêmes caractéristiques : enfermement culturel, brutalité et déni d’humanité. On ne peut que le déplorer car, si l’on ne sait comment va finir l’agression en Ukraine, nous savons que nous venons d’entrer dans une nouvelle course aux armements et dans une nouvelle guerre froide en Europe, guerre qui restera froide pour nos concitoyens si nous acceptons d’en conduire une plus chaude partout où ce compétiteur désormais déclaré voudra avancer ses pions. Mais l’on quitte alors le domaine de la stratégie militaire pour celui de la volonté politique.

Le chef d’état-major de l’armée de Terre décline ses priorités pour 2023

Le chef d’état-major de l’armée de Terre décline ses priorités pour 2023


 

 

Si ses prédécesseurs insistèrent sur « l’esprit guerrier » et la « combativité » lors de leurs voeux de nouvel an, l’actuel chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a, quant à lui, profité de l’occasion pour décliner ses priorités pour adapter ses troupes à « la nouvelle ère stratégique » qui vient de s’ouvrir, avec le guerre en Ukraine. Et cela alors que la prochaine Loi de programmation militaire [LPM] devrait être bientôt présentée en Conseil des ministres.

Ainsi, le général Schill a identifié quatre axes d’effort. En premier lieu, « le socle de l’armée de Terre sera consolidé et ses atouts valorisés », a-t-il dit, en reprenant la devise « Être et durer », qui est celle du 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine [RPIMa]. Cela passera, a-t-il ajouté, par le « durcissement » des entraînements, l’affirmation de « notre identité de soldat et de nos forces morales ».

Puis le général Schill a repris la formule du maréchal Leclerc [« Pour le service de la France, ne me dites pas que c’est impossible! »] pour illustrer le rôle que l’armée de Terre aura encore à tenir pour « développer l’esprit de défense et participer à la résilience de la Nation ». Sur ce point, a-t-il affirmé, « nous élargirons notre offre au profit de la jeunesse et nous monterons en gamme notre réserve ». Le défi est de taille puisque l’on sait déjà que l’objectif sera de doubler le nombre de réservistes opérationnels dans les années à venir. Mais pas seulement car il s’agira aussi de les solliciter davantage pour des « missions de protection du territoire national ».

 

Pour sa troisième priorité, le CEMAT s’est inspiré de la devise inscrite dans les plis de l’étendard de l’Institut national des Invalides [« Tous les champs de bataille »] pour évoquer la modernisation de l’armée de Terre. « Scorpion devient une réalité dans nos régiments » et « sa pertinence est confirmée par les enseignements de la guerre en Ukraine », s’est-il félicité. En outre, il sera aussi question de « développer encore davantage » la réactivité et l’aptitude à être engagé en opérations…, « de la gestion de crise qui est la réalité de nos missions d’aujourd’hui à l’engagement majeur malheureusement possible demain », a-t-il complété.

Enfin, pour illustrer sa dernière priorité, le général Schill s’est inspiré de la devise du 1er Bataillon parachutiste de choc [« En pointe toujours »]. Car l’armée de Terre aura à faire face « aux évolutions » et « aux menaces hybrides » par l’innovation. « Nous serons créatifs pour innover » et comme le « champ des possibles est vaste, nous l’explorerons », a-t-il assuré.

« Quoi qu’il arrive, soyez certains que 2023 apportera son lot de coups de théâtre qui mettront au défi. Ensemble, nous y ferons face pour la France », a conclu le CEMAT.

Armée de Terre : Les objectifs de livraisons des blindés Serval, Griffon et Jaguar ont été tenus en 2022

Armée de Terre : Les objectifs de livraisons des blindés Serval, Griffon et Jaguar ont été tenus en 2022


 

 

Ces dernières années, les industriels impliqués dans le programme SCORPION [synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation] ont eu à affronter plusieurs difficultés, à commencer par celles créées par la pandémie de covid-19, lesquelles ont fait craindre à l’armée de Terre qu’elle n’obtiendrait pas ses Véhicules blindés multi-rôles [VBMR] Griffon et ses engins blindés de reconnaissance et de combat [EBRC] dans les délais prévus.

Le « non-respect des livraisons n’a rien d’anodin » car « quand il manque 20 Griffon, c’est une compagnie qui n’est pas ‘Scorpionnisée’ dans les délais », avait ainsi soutenu le général Thierry Burkhard, quand il était encore chef d’état-major de l’armée de Terre.

Cela étant, au-delà de l’aspect sanitaire, la pandémie a eu aussi des effets économiques et sociaux, avec des difficultés pour les entreprises à recruter et à s’approvisionner en matières premières [dont les semi-conducteurs]. À cela, la guerre en Ukraine [mais pas seulement, car la politique énergétique menée jusqu’ici a sa part de responsabilité] a fait bondir le prix de l’énergie. Et sans énergie, on ne peut pas produire…

Quoi qu’il en soit, le Groupement momentané d’entreprises [GME] « Engin blindé multi-rôles » [EBMR], composé de Nexter, Arquus et Thales, a été au rendez-vous en 2022. Enfin selon un communiqué qu’il a publié ce 22 décembre, il a livré les 113 Griffon et les 18 Jaguar qu’attendait la Direction générale de l’armement [DGA], afin de les remettre ensuite à l’armée de Terre. Ce qu’elle a fait pour 112 Griffon, le 113e étant en cours de vérification.

Depuis 2019, 38 Jaguar et 451 Griffon ont ainsi été livrés par les industriels concernés.

À noter que l’année 2022 a été marquée par la qualification du Griffon sanitaire, « équipé d’un module médicalisé, d’aménagements adaptés au rangement et à l’intégration des équipements médicaux, et d’un système d’aide au chargement des blessés constitué d’une table mobile et d’un treuil de levage ». Et aussi par la publication des résultats de l’étude de levée de risque sur l’intégration des batteries Lithium-ion dans les véhicules militaire. Cela permettra de d’équiper les blindés « Scorpion » de nouvelles batteries encore plus efficaces, capables de se recharger deux fois plus rapidement.

 

Enfin, la DGA a notifié les commandes de 302 Griffon et de 88 Jaguar supplémentaires. De même que celle pour 54 Griffon MEPAC [Mortier Embarqué Pour l’Appui au Contact].

Par ailleurs, Nexter et Texelis ont livré 60 VBMR Léger Serval sur les 364 exemplaires commandés. Là encore, l’objectif a été atteint.

La DGA a récemment indiqué qu’elle venait de qualifier « huit sous-versions » de la variante « Véhicule de patrouille blindé » de ce nouveau blindé, destiné à équiper les unités d’infanterie des brigades légères telles que la 11e brigade parachutiste et la 27e brigade d’infanterie de montagne.