Manticore 2022 : le 2e REP entre troisième dimension et champs immatériels

Manticore 2022 : le 2e REP entre troisième dimension et champs immatériels

– Forces opérations Blog – publié le

Mission accomplie pour les légionnaires du 2e régiment étranger de parachutistes (2e REP) impliqués dans l’exercice Manticore. Durant trois semaines, ceux-ci ont travaillé leur spécialité, le combat dans la profondeur par la 3e dimension, face à un ennemi à parité et dans un contexte d’engagement majeur. Un rendez-vous exigeant au cours duquel certains d’entre eux ont expérimenté de nouveaux outils et modes opératoires générateurs d’effets dans les champs immatériels. 

De projection en reprojection

L’espace d’une journée, le ciel au-dessus de Rodez aura vécu au rythme de l’exercice Manticore. Sans le savoir, les habitants de Rodez et des environs ont assisté à une nouvelle phase de cet exercice majeur : le largage de 400 légionnaires du 2e REP et de leurs appuis de la 11e brigade parachutiste. Près de 3000 militaires de la 11e BP, de la 4e brigade d’aérocombat (4e BAC), du Commandement des forces spéciales terre (CFST), du Commandement du renseignement (COMRENS) et d’armées alliées sont sur la brèche depuis mi-septembre pour protéger la Septimanie, pays allié fictif envahi par un ennemi tout aussi fictif, Mercure.

Si le scénario est connu, le format est inédit. Manticore réunit pour la première fois les exercices Baccarat de la 4e BAC, Gorgone du CFST et Acinonyx de la 11e BP au sein d’une seule et grande manœuvre. Un regroupement logique pour des unités qui ont cela de commun d’avoir la profondeur du champ de bataille pour espace naturel. À moins de six mois de l’exercice majeur Orion 2023, le format était idéal pour travailler les savoir-faire 3D en territoire ennemi en format interarmes, interarmées et interalliés.

« Pour la brigade, l’un des axes d’effort était de travailler la reprojection de force », explique le colonel Baptiste Thomas, commandant le 2e REP depuis cet été. Manticore était un rendez-vous important pour le 2e REP, qui y aura engagé un tiers des ses effectifs avec les 1e et 3e compagnies, la compagnie d’appui et la compagnie de commandement et de logistique. Des compagnies restantes, l’une est mobilisée au profit de la mission Sentinelle et une autre est déployée en Nouvelle-Calédonie.

Crédits : 2e REP

Pour le GTIA constitué autour du 2e REP, ce saut sur Rodez représentait la quatrième et dernière phase majeure en 10 jours de combats. Partis de Calvi à la mi-septembre, les légionnaires et leurs appuis ont débuté Manticore par la prise de l’aéroport de Castres. Une opération complexe durant laquelle la brigade aura déployé l’ensemble des ses moyens, dont les matériels du 17e régiment du génie parachutiste, un hôpital rôle 2 et une antenne de chirurgie de sauvetage (ACS).

La zone aéroportuaire de Castres prise et sécurisée, le 2e REP a pu s’en servir pour une première reprojection vers Cahors, où les légionnaires se sont emparés de l’aérodrome et ont détruit les plots ennemis via un poser d’assaut. Un second point d’appui à partir duquel ils ont pu opérer une nouvelle reprojection dans la région ruthénoise, 100 km plus à l’est. Objectif : détruire un PC de brigade puis prendre appui le long de l’Aveyron aux côtés du 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (3e RPIMa). Une action précédée de l’infiltration sous voile de commandos parachutistes (GCP), largués en pleine nuit d’un CASA pour s’enfoncer dans le dispositif adverse et renseigner, neutraliser d’éventuelles menaces sol-air et protéger la zone de largage.

Crédits : 2e REP

Et si la sécheresse aura interdit l’usage de munitions d’entraînement, le 2e REP aura participé à renforcer le niveau de réalisme. Jusqu’à mobiliser son GCP pour former de faux partisans locaux aux fondamentaux du combat PROTERRE. Des forces partenaires jouées par le 3e régiment du matériel (3e RMAT), seul régiment de maintenance à vocation parachutiste de l’armée de Terre. Et pour parfaire le tableau, ces partisans s’exprimaient en serbe, le dialogue ne pouvant se faire que par l’entremise d’un « légionnaire traducteur », tandis que le chef de corps du 2e REP simulait une rencontre avec leur commandant.

L’une des particularités de Manticore, c’est sa durée. Celle-ci permet d’appuyer sur le facteur « fatigue », conformément au retour à la rusticité souhaité par l’ex-chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Thierry Burkhard, et poursuivi par son successeur, le général Pierre Schill. « La rusticité, c’est un axe d’effort permanent du régiment. Deux choses y concourent lors de Manticore : la durée et le fait de combattre à pied », souligne le colonel Thomas.

« Un exercice de trois semaines, c’est assez rare et difficile à conduire pour un régiment seul. Ici, le fait d’être durant trois semaines sous les ordres de la brigade est très intéressant et notamment pour notre poste de commandement, qui cette fois a un rôle de joueur et non d’animateur. C’est à la fois passionnant et enrichissant pour un PC qui vient tout juste d’accueillir de nouveaux personnels ».

Un laboratoire pour les opérations PSYOPS

Pour la 11e BP, Manticore était l’occasion de se projeter sur de nouveaux espaces de conflictualité. Derrière les actions de combat, l’exercice est aussi un laboratoire pour progresser sur la question des effets dans les champs immatériels (ECIm) au niveau tactique et dans le cadre d’un engagement majeur. Exemple parmi d’autres, l’usage des fake news est devenu un moyen supplémentaire d’obtenir la supériorité sans recourir à un confrontation directe. La maîtrise de l’espace informationnel est donc devenu un enjeu stratégique pour l’armée de Terre. Sous l’impulsion de son commandant, le général Benoît Desmeulles, la 11e BP a été désignée l’an dernier pour tester l’intégration d’équipes images régimentaires (EIR), rappelle le lieutenant Rodolphe. À la fois officier communication du 2e REP et responsable ECIm, celui-ci gère les équipes PSYOPS et EIR déployées pour Manticore.

La compétence ECIm est nouvelle mais essentielle pour le 2e REP, un régiment dont l’action se déroule généralement au coeur des populations civiles. Sa « Combat Camera Team » (CCT), formée en EIR, rassemble un sergent et deux caporaux autour d’une mission : dégainer caméra et appareil photo pour capter et traiter les images indispensables à la communication opérationnelle. Chaque image devient alors une « arme » potentielle contribuant à contrer la propagande ennemie et à rassurer la population sur les intentions des forces alliées.

La CCT du 2e REP en action lors d’un saut au cours de Manticore
Crédits : 2e REP

Ces nouveaux leviers d’influence ont été conjugués avec d’autres plus traditionnels. Les paras ont ainsi réalisé du tractage, un moyen régulièrement mobilisé en opération extérieure. Le groupe PSYOPS du 2e REP a lui eu recours à deux canons à sons prêtés par le Centre Interarmées des Actions sur l’Environnement (CIAE), créé il y a 10 ans à Lyon. L’un, un canon HyperSpike HS-18 sur trépied, produit jusqu’à 156 db et porte à 2000 mètres. Porté à pleine puissance, il est capable de « sonner » un adversaire proche. L’autre, un modèle LRAD-X plus compact et léger, produit 137 db mais dans un rayon réduit à 600 mètres. Et la combinaison de différents outils permet de maximiser les effets. Parmi les nombreux scénarios joués, une alerte invitant la population à éviter un bâtiment miné traité par un élément de fouille opérationnelle spécialisé (FOS) du 17e RGP. La CCT/EIR a ensuite produit des « images preuves » de la pose de mines antipersonnel par l’ennemi.

« En Afghanistan, cela était surtout utilisé pour s’adresser aux foules. Aujourd’hui, on a élargi le champ d’usages », nous explique l’adjudant-chef Festim, 28 ans au 2e REP et rompu depuis quatre ans aux opérations PSYOPS. Grâce à leur banque de sons préenregistrés, ces haut-parleurs participent aussi à désorienter l’adversaire. Le modèle le plus léger peut, par exemple, être installé sur un véhicule. Il permet notamment au groupe de suivre la section de reconnaissance régimentaire (SRR) sur véhicule P4 et de diffuser des sons de véhicules blindés, de chiens ou d’hélicoptères pour « faire croire à l’ennemi que l’on se déplace dans une direction avec beaucoup de monde alors que l’action principale a lieu ailleurs » ou, en cas d’infériorité, pour fausser le rapport de force.

Les canons à sons utilisés par l’équipe PSYOPS du 2e REP durant Manticore

« Et ça marche », estime l’adjudant-chef Festim. « Nous multiplions les preuves d’intérêt pour ce type de matériel depuis deux semaines. Je croise des familles qui sont persuadées que nous avons des chiens, que nous réalisons des manœuvres en hélicoptères sans que ce soit réellement le cas », commente-t-il. « Nous ferons un gros RETEX sur ce qu’il faut améliorer. Pour les PSYOPS, ce sera de travailler sur l’allégement de l’équipement. Pour la CCT, ce sera d’accélérer la remontée d’images tout en garantissant la protection des flux de données », complète le lieutenant Rodolphe.

D’autres outils PSYOPS déployés durant Manticore ne visaient que les forces adverses. C’est le cas du leurrage, une technique ancienne remise au goût du jour par la 11e BP. Un peu partout, ses régiments ont mobilisé leur imagination pour produire un large panel de leurres susceptibles de tromper l’adversaire, du camion GBC 180 camouflé en canon CAESAR aux faux mortiers de 81 mm, en passant par des véhicules légers PVP « VBCI » et un leurre gonflable représentatif d’un char, encore au stade expérimental. Et d’autres solutions conçues grâce à l’impression 3D par le 17e RGP, mais dont la sensibilité interdit d’entrer davantage dans les détails.

La France envisage de former et d’entraîner des militaires ukrainiens en Pologne

La France envisage de former et d’entraîner des militaires ukrainiens en Pologne

http://www.opex360.com/2022/09/28/la-france-envisage-de-former-et-dentrainer-des-militaires-ukrainiens-en-pologne/


 

« Dans ces territoires, il y aura des changements cardinaux du point de vue juridique, du point de vue du droit international et du fait de toutes les conséquences respectives [des mesures prises] pour assurer la sécurité. […] Notre système juridique va envisager toutes les options, et, bien sûr, nos législateurs, nos organes exécutifs et nos équipes juridiques sont prêts », a d’ores et déjà prévenu Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, le 27 septembre.

De son côté, le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Dmitri Medevdev, qui fut également Premier ministre et président par le passé, a fait valoir que la défense ce ces territoires annexés sera renforcée, ce qui passer par les « possibilités offertes par la mobilisation » partielle décrétée la semaine passée mais aussi par l’emploi de « toutes les armes russes, y compris les armes stratégiques et celles reposant sur de nouveaux principes ». Et d’avertir : « La Russie a le droit d’employer l’arme nucléaire, si c’est nécessaire, dans des cas prédéfinis, en strict respect des principes de la politique gouvernementale en matière de dissuasion nucléaire ».

Évidemment, il est hors de question pour Kiev de reconnaître une quelconque légitimité à ses référendums d’annexion. « Nous agirons pour protéger notre peuple : à la fois dans la région de Kherson, dans celle de Zaporijjia, dans le Donbass [et aussi] dans les zones actuellement occupées de la région de Kharkiv et en Crimée », a assuré Volodymyr Zelenski, le président ukrainien, dans un message vidéo diffusé le 27 septembre.

En outre, la diplomatie ukrainienne a de nouveau appelé à une hausse significative de l’aide militaire occidentale. « L’Ukraine appelle l’UE, l’Otan et le G7 à augmenter immédiatement et significativement la pression sur la Russie, notamment en imposant de nouvelles sanctions dures et en augmentant significativement l’aide militaire à l’Ukraine », a-t-elle dit, avant de demander plus de « chars, d’avions de combat, de l’artillerie longue portée et des systèmes de défense aérienne. »

Cela étant, il est probable que la situation reste figée en l’état… et que l’on aille vers un « conflit gelé ». Ce « n’est pas du bluff », a en effet lancé Vladimir Poutine, le chef du Kremlin, au moment d’évoquer le recours à l’arme nucléaire si les « intérêts de la Russie sont menacées », lors de son allocution télévisée du 21 septembre dernier.

Quelle que soit l’évolution de la situation [conflit gelé ou poursuite des combats], les forces ukrainiennes resteront sur mobilisées. Et elles auront besoin de renforcer leurs capacités et de se régénérer afin de pouvoir tenir dans la durée. D’où l’intérêt de la proposition de l’Union européenne visant à mettre sur pied une mission d’entraînement et de formation à leur profit, sur le même modèle que celles déjà établies au Mali, en Centrafrique ou, plus récemment, au Mozambique.

Cette mission d’assistance militaire, proposée par Josep Borell, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a obtenu un premier feu vert politique lors d’une réunion des ministres de la Défense des 27 États membres, le 30 août dernier. La France y « prendra toute sa part », avait alors indiqué le ministère des Armées.

Les détails de cette future mission – qui devrait s’appeler « EUTM Ukraine » – sont encore à préciser. Mais selon une information du quotidien Le Monde, Paris aurait l’intention d’envoyer un détachement d’instructeurs militaires en Pologne.

« Le ministère des Armées a choisi d’appuyer la mission de formation des soldats ukrainiens décidée cet été par l’Union européenne et a arrêté les grands principes de sa participation. Les militaires français devraient s’installer en Pologne, où ils dispenseront des entraînements de cinq semaines dans des camps militaires dédiés », a en effet avancé le journal du soir, dans son édition du 28 septembre. Et de préciser que « l’état­-major aurait fait part de sa volonté d’aller vite et d’être opérationnel avant la fin 2022 ».

Pour rappel, dans le cadre, cette fois, de l’Otan, la France est la nation-cadre du bataillon multinational déployé en Roumanie [mission Aigle] et dispose d’unités placées sous commandement britannique en Estonie [mission Lynx]. En outre, l’armée de l’Air & de l’Espace envoie régulièrement des Rafale et des E-3F Awacs patrouiller dans l’espace aérien polonais. Enfin, des soldats ukrainiens ont été accuillis à Canjuers, afin de se former à l’utilisation des CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie] promis à Kiev.

A priori, l’EUTM Ukraine devrait se concentrer sur l’entraînement d’unités ukrainiennes déjà constituées et proposer des formations dans des domaines spécifiques, tels que le déminage, la médecine de guerre et le soutien logistique. Elle viendrait ainsi compléter l’opération « Interflex » qui, menée par le Royaume-Uni, avec le concours d’une plusieurs pays européens, vise à former 10’000 recrues de l’armée ukrainienne tous les 120 jours. À noter que le Danemark et l’Espagne ont également l’intention de former des soldats ukrainiens sur leurs propres sites militaires.

AVATAR, une expérimentation pour progresser sur les drones armés

AVATAR, une expérimentation pour progresser sur les drones armés


Non, Avatar n’est pas qu’une franchise cinématographique à succès. C’est aussi une expérimentation sur les drone armés conduite par le Battle Lab Terre, et en coopération avec DGA Techniques terrestres, afin d’alimenter les réflexions sur la robotique de demain. 

Drone et fusil d’assaut

« Nous savons que certains systèmes de ce genre sont utilisés, mais ce sont surtout des bricolages de garage », nous explique Aymeric, architecte armes et munitions d’infanterie et coordinateur technique du segment drones armés au sein de DGA TT. Quelques entreprises étrangères s’y sont essayées aussi. Les armées françaises, elles, partent de zéro. « Aujourd’hui, la doctrine est assez floue. Nous n’avons pas de systèmes en service, nous ne savons pas quelles sont les performances accessibles à ce type de système », ajoute-t-il.

Alors, pour progresser, le Battle Lab Terre s’est rapproché du département robotique et mini-drones de DGA TT et de l’Agence de l’innovation de défense pour lancer le projet « Action par Vecteur Aérien de Tir d’Armement Robotisé » (AVATAR). Derrière cet acronyme, une expérimentation « 100% maison » qui « apportera des réponses » à l’ensemble des acteurs. 

Entamés en juin 2021, les travaux ont débouché sur un premier démonstrateur, fruit de l’assemblage d’un drone commercial et d’un armement qualifiés. Le besoin étant pressant, il fallait « être réactif donc nous avons tout fait en interne ». Pour l’armement, DGA TT est parti d’un fusil d’assaut HK 416 FC modifié, modèle court du nouveau fusil d’assaut des armées françaises. Le système emporte plusieurs capteurs ainsi que deux liaisons séparées, l’une pour le pilotage et l’autre, chiffrée, pour le déclenchement du tir. Soit un niveau de sécurité suffisant pour envisager, « d’ici à la fin de l’année », des tirs à partir de munitions réelles. 

Sur le volet technique, les premiers résultats obtenus à partir de simunitions et de balles à blanc démontrent que les vrais facteurs limitants résident dans la stabilité du drone et dans les moyens de visée. « Entre la stabilité de la plateforme et le champ de vision, cela permettrait d’envisager des tirs discriminés jusqu’à une distance de 100-150 mètres », pointe DGA TT. Plusieurs idées émergent déjà, comme la possibilité de créer des manœuvres de diversion en envoyant le drone générer du bruit et de la fumée sur des angles où l’adversaire ne s’attend pas à être attaqué.

Avec ses capteurs embarqués et son tir laser, AVATAR est conçu comme un vrai simulateur de tir de combat

Spécifier, expérimenter, entraîner

DGA TT insiste, « l’objectif n’est absolument pas de livrer un système opérationnel, mais bien un démonstrateur qui nous permettra de mieux comprendre les capacités d’un tel système ». In fine, l’opération s’avérera bénéfique pour tous. Côté DGA TT, AVATAR aura participé à défricher le terrains normatif, réglementaires et de spécification d’un matériel. Monter un armement sur un drone est une manipulation inédite en France et « il a donc fallu vérifier auprès de nos autorités de tutelle ce qui est permis et ne l’est pas ». L’expérience acquise contribue également à construire les futurs modes opératoires des essais portant sur des systèmes de drones armés.

Côté armée de Terre, AVATAR appuiera les travaux technico-opérationnels qui serviront à mieux comprendre les avantages et inconvénients tactiques de tels systèmes. Désormais « en phase de finition », le démonstrateur sera livré au Battle Lab Terre d’ici décembre prochain. Il sera ensuite confié à la section Vulcain, unité expérimentale précurseure sur la question robotique. Ses militaires déploieront AVATAR lors de mises en situation aux CENTAC et CENZUB. Grâce à ses capteurs et à son tir laser, AVATAR deviendrait alors un joueur parmi d’autres, participant lui aussi à la manœuvre en tant qu’ami ou ennemi et entraînant les combattants à « lever le nez ». 

Comme au cinéma, l’AVATAR français pourrait avoir une suite, toujours à l’initiative du Battle Lab Terre et de l’AID. Le sujet est naissant côté français et la plateforme, malgré un emport limité, peut encore évoluer. Après le tir cinétique, le largage de munitions, par exemple, est un scénario envisagé pour la suite.

Les premiers essais sur CAESAR NG attendus pour début 2023

Les premiers essais sur CAESAR NG attendus pour début 2023


Moins d’un an. C’est l’intervalle entre l’annonce de la notification du marché CAESAR NG et le lancement d’une première série d’essais. Ceux-ci seront menés à Bourges par les équipes de DGA Techniques terrestres.

Programmés pour janvier 2023, ces essais porteront sur la vérification des niveaux de protection à partir d’un véhicule représentatif, essentiellement un châssis lesté. Ces tests sont généralement de trois ordres : balistiques, contre les mines et contre les IED. Le sujet concerne tant Nexter, maître d’œuvre et responsable, entre autres, de la cabine blindée, qu’Arquus, fournisseur d’un nouveau châssis.

Dérisquer la protection en priorité est un choix logique. Non seulement elle représente l’une des évolutions majeures avec la motorisation et l’entrée dans la bulle Scorpion, mais elle s’avère aussi dimensionnante pour l’ensemble du véhicule. Une fois cette question fixée, il devient en effet difficile de revenir dessus sans devoir modifier d’autres composantes.

De chaque côté, il s’agit d’être au rendez-vous de 2024, date à laquelle la DGA devra choisir entre la production de 33 CAESAR NG et le rétrofit du parc existant ou l’acquisition de 109 pièces neuves. Le jalon coïncide avec la livraison des 18 CAESAR commandés cet été pour remplacer ceux donnés à l’Ukraine. Début septembre, Arquus s’est vu notifié la commande des châssis correspondants par Nexter.

Si le calendrier établi pour CAESAR NG est pour l’instant tenu, une accélération du tempo est-elle envisageable ? Les réflexions engendrées par la guerre en Ukraine participeraient à soutenir ce scénario. Les capacités de DGA TT, bien que conséquentes, ne sont cependant nullement infinies. Entre la monté en puissance du programme CaMo, la poursuite de Scorpion et l’arrivée d’autres sujets majeurs, toute accélération engendrera des arbitrages potentiellement difficiles.

Les résultats de ces essais initiaux devraient aussi intéresser hors France, le CAESAR NG ayant déjà fait mouche par deux fois à l’export. Avec la Belgique, qui a acté la commande de neuf exemplaires au travers du contrat CaMo 2 et prévoit d’en acquérir 18 ou 19 supplémentaires grâce au plan STAR. Avec la Lituanie ensuite, qui a retenu le CAESAR NG pour la seconde phase de son programme d’artillerie automotrice. La Défense lituanienne débloquera entre 110 et 150 M€ pour le développement et l’achat de 18 pièces dont la livraison débuterait à l’horizon 2027.

A la découverte de la géographie des espaces d’entraînement de l’armée de Terre

A la découverte de la géographie des espaces d’entraînement de l’armée de Terre

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 23 septembre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Il y a quelques jours, j’ai consacré un post à un projet de réaménagement du bivouac La Fayette sur le camp de Coëtquidan (lire ici). Il s’agit de construire des infrastructures pour accueillir 174 soldats et leurs véhicules dont des VBCI et des Griffon

J’y reviens pour préciser les raisons qui poussent au réaménagement de ce bivouac.

La catégorisation des espaces d’entraînement a évolué ces derniers temps dans l’armée de Terre. Elle a réparti les espaces d’entraînement en trois niveaux principaux en vue de permettre l’entraînement des unités opérationnelles du groupe à la division :
– au niveau local : les espaces d’entraînement de niveau 1 complexes haute intensité régimentaire (ou EE1 CHIR). Ce sont Ce sont les camps de proximité des garnisons mais qui sont aussi des complexes de haute intensité régimentaire qui permettent d’optimiser l’entraînement de la section (unité de 20 à 40 hommes), des groupes ou équipages et l’entraînement individuel ;
– au niveau régional : les espaces d’entraînement de niveau 2 (EE2 Hi Ready) qui permettent l’entraînement au niveau compagnie ou sous-groupement interarmes. Les espaces de niveau 2 sont au nombre de huit en France : Coëtquidan, Fontevraud, la Courtine, Valdahon, le Larzac, Caylus, les Garrigues et l’Espace montagne. Ils bénéficient d’un effort de développement de leurs infrastructures de préparation opérationnelle pour optimiser l’entraînement et le contrôle, à moins de 250 km de leur garnison, des compagnies et sous groupement interarmes (SGTIA) et de leur unités subordonnées (soit 150 à 200 hommes).
Coëtquidan est désormais classé niveau 2, ce qui oblige à des réaménagements et la construction de nouvelles infrastructures.
– au niveau national : les espaces d’entraînement de niveau 3 qui permettent l’entraînement des grandes unités interarmes et participent à leur mise sur pied dans le cadre de la préparation d’un engagement majeur. La liste des EE3 comporte Mourmelon, Sissonne, Suippes, Mailly, Canjuers (au sud). Les quatre grands camps de Champagne-Picardie forment un espace d’entraînement cohérent unique en Europe, capable de supporter l’effort d’entraînement et la mise sur pied de guerre d’un système divisionnaire (unité interarmes de classe 25 à 30 000 hommes).

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Pour chaque niveau, des standards ont été définis, tant en terme d’installations de tir, de bâtis ou aménagements destinés à l’aguerrissement, de zones de manœuvre, de capacités d’hébergement, de moyens de simulation, etc.

Tous ces espaces d’entraînement sont sous la responsabilité du commandement de l’entraînement et des écoles du combat interarmes (le COM E2CIA). 

Il existe aussi des espaces d’entraînement outre-mer (les EE OME) dont 3 sont déjà de niveau 2 (Côte d’Ivoire, Djibouti et EAU) et 2 autres (Guyane et Nouvelle Calédonie) atteindront ce standard vers 2030.

Enfin, des espaces d’entraînement spécialisés sont disponibles:
– des espaces d’entraînement et d’expérimentation des forces spéciales à Pau, Souge et Bayonne,
– un espace montagne à Modane,
– un espace d’entraînement 3D.

Des liens plus étroits entre logisticiens français et américains

Des liens plus étroits entre logisticiens français et américains


Quelque peu bousculé par la crise sanitaire, le partenariat entre unités logistiques françaises et américaines est reparti de plus belle depuis le printemps dernier. Un volet parmi d’autres d’un effort conjoint poursuivi par le Commandement des forces terrestres (CFT) et le Commandement de l’US Army en Europe et en Afrique (USAREUR-AF).

Le 7 mars 2020, le CFT et l’USAREUR-AF actaient leur rapprochement par l’entremise de leur commandant respectif, les généraux Vincent Guionie et Christopher Cavoli. Formalisée au travers de l’ « Unit Partnership Program », la collaboration a pour enjeu principal de renforcer l’interopérabilité entre unités françaises et américaines dans tout le spectre d’opérations bilatérales et multilatérales.

Sur le volet logistique, par exemple, le Commandement de la logistique des forces (COMLOG) et le 21e Commandement de soutien de théâtre (21st TSC) se sont retrouvés fin août à Wiesbaden (Allemagne) pour discuter d’opérations conjointes et progresser vers les objectifs stratégiques fixés pour 2028. Un nouveau point d’étape après celui organisé en avril dernier par le COMLOG à Monthléry (Essonne).

Le COMLOG et le 21st TSC « s’efforceront de synchroniser leurs efforts pour établir des capacités homogènes dans tous les domaines et la possibilité de se déployer et de se soutenir mutuellement à l’échelle mondiale », explique l’US Army dans un communiqué. Des systèmes aux tactiques et procédures, les entraînements croisés contribueront ainsi à faciliter le soutien d’armée à armée.

Français et Américains ont notamment abordé la question de la transparence des outils logistiques de l’OTAN et la mutualisation du transport de matériels lourds. La France avait notamment fourni une aide logistique importante quelques mois après l’entrée en vigueur du partenariat. C’était en juillet 2020 à La Rochelle pour l’opération Mousquetaire, une manœuvre de débarquement d’équipements américains en appui du 21st TSC.

L’accord bilatéral facilite par ailleurs l’échange d’officiers. Un lieutenant du COMLOG aura par exemple participé à l’exercice Saber Junction 2022 dans les rangs du 21st TSC. Mené du 6 au 16 septembre, Saber Junction réunissait 4400 militaires de 14 pays membres ou partenaires de l’OTAN à Grafenwoehr et Hohenfels, dans le sud-est de l’Allemagne.

Le lieutenant Marc aura contribué aux processus décisionnels et fourni un soutien logistique au sein du centre opérationnel aux côtés du lieutenant-colonel John Abella, chef de corps de l’un des bataillons du 21st TSC.

D’autres rendez-vous sont attendus. Selon l’US Army, le COMLOG dispensera bientôt des cours sur la suite d’outils C2 logistiques LOGFAS de l’OTAN. Les exercices français majeurs Monsabert 2023 et Orion 2023 comprendront à leur tour un volet d’échange de personnels « afin de renforcer les liens, améliorer la logistique de l’OTAN et atteindre à terme un niveau adapté d’interopérabilité ».

L’armée de Terre a créé un nouveau galon à quatre chevrons pour les « sergents-chefs BM2 »

L’armée de Terre a créé un nouveau galon à quatre chevrons pour les « sergents-chefs BM2 »

http://www.opex360.com/2022/09/12/larmee-de-terre-a-cree-un-nouveau-galon-a-quatre-chevrons-pour-les-sergents-chefs-bm2/


 

Ainsi, cette réforme s’est notamment traduite par le remplacement du Brevet supérieur de technicien de l’armée de Terre [BSTAT] par un « Brevet militaire de deuxième niveau » [BM2], qu’un sous-officier peut obtenir au bout de cinq ans de service [contre 7 à 10 ans pour le BSTAT, ndlr].

« Un sergent ne peut plus attendre sept ans pour être formé au niveau auquel il est d’ores et déjà employé. C’est pourquoi le nouveau brevet militaire du 2e niveau […] deviendra un passage imposé du cursus des sous-officiers de recrutement direct et semi-direct, dans leur cinquième année de service en tant que sous-officier. La réussite du BM2 entraînera dans l’année la promotion au grade de sergent-chef », avait alors expliqué la Direction des ressources de l’armée de Terre [DRHAT], en décembre 2020.

L’une des conséquences de cette mesure est l’apparition d’un nouveau galon à quatre chevrons pour distinguer les sergents-chefs titulaires de l’ancien BSTAT ou qui viennent d’obtenir leur BM2.

Après avoir créé le galon de caporal-chef de première classe, l’armée de Terre se distingue par rapport à la Marine nationale et à l’armée de l’Air & de l’Espace, qui comptent chacune dix grades pour leurs sous-officiers et militaires du rang… Mais elle se rapproche de plusieurs armées de l’Otan, à commencer par l’US Army et la British Army, dont l’équivalent pour « sergent-chef BM2 » est « Sergeant First Class » [code Otan : OR-7].

Parmi les autres armées de l’Otan, l’Esercito Italiano a aussi un tel grade, appelé « Sergente maggiore capo ». Justement, l’armée française avait institué le galon de « sergent-major » en 1776. Puis il fut remplacé par celui de « sergent-chef » en 1928, avant de réapparaître entre 1942 et 1962 pour désigner le sous-officier responsable de la comptabilité de la compagnie. Il a été définitivement supprimé en 1971. Sans doute serait-il opportun de le remettre au goût du jour pour ces « sergents-chefs BM2 »?

 

Quoi qu’il en soit, les premiers galons de « sergent-chef BM2 » ont été remis par le général Pierre Schill, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT] à l’occasion d’une visite de commandement au 61e Régiment d’Artillerie [RA] de Chaumont, le 5 septembre.

Photo : armée de Terre

2022, les Troupes de marine ont 400 ans

2022, les Troupes de marine ont 400 ans


Les Troupes de marine, anciennement Troupes coloniales et « Arme » faisant partie de l’Armée de terre, ont commémoré ces 31 août et 1er septembre 2022, non seulement comme chaque année à Fréjus les combats de Bazeilles, village près de Sedan, mais aussi les 400 ans de leur création par le cardinal de Richelieu.

Ce grand rassemblement de 2022 a regroupé 2000 Marsouins, Bigors et Sapeurs de marine, en activité ou pas et près de 20 drapeaux avec leurs gardes respectives. Il est le symbole exactement des valeurs partagées par les Troupes de marine : fraternité d’arme créée par les liens entre les générations, entre les soldats quel que soit leur grade, partage de la mémoire combattante et bien sûr engagement total au service de la France dans toutes ses opérations militaires, y compris aujourd’hui en Roumanie face à la Russie.

Les combats de Bazeilles, fait héroïque exemplaire

Ces combats ont affirmé le courage et l’héroïsme de la division coloniale (ou division bleue) qui reprit à plusieurs reprises les 31 août et 1er septembre 1870 le village de Bazeilles occupé par les Bavarois après avoir reçu l’ordre initial de ne pas l’occuper, erreur funeste du commandement français (Cf. Mon billet du 7 avril 2021. « Commandement et héroïsme à travers l’histoire militaire : une réflexion pour aujourd’hui ? »).

Le dernier acte se joue dans la maison Bourgerie ou « maison de la dernière cartouche », où une poignée de Marsouins encerclés résiste et tire la dernière cartouche avant de se rendre aux Allemands. Cette bataille aura coûté la vie 2 655 Marsouins dont 100 officiers et 213 sous-officiers. Les soldats bavarois en perdirent plus du double.

Dès le lendemain des affrontements, les soldats bavarois se livrent à d’atroces représailles contre la population de Bazeilles dont une partie avait pris part aux combats aux côtés des Troupes coloniales. Le village est incendié, certains habitants fusillés, brûlés vifs ou arrêtés puis déportés. Des habitants servirent aussi de « boucliers humains » aux soldats bavarois lors des combats. On dénombra ainsi plus d’une quarantaine de victimes civiles dans le village. Cent cinquante autres devaient mourir au cours des six mois suivant du fait des sévices endurés. Cette résistance héroïque valut à Bazeilles d’être décoré de la Légion d’honneur en 1900.

Le retour de l’urne contenant les ossements de nos anciens morts au combat

Ce quatre-centième anniversaire a donc représenté un moment important pour les 17 000 marsouins, bigors et « sapeurs de marine » d’aujourd’hui. La cérémonie dans les arènes de Fréjus est aussi l’intronisation publique de près de deux cents officiers et sous-officiers qui rejoignent « l’Arme ».

 

Le musée des troupes de marine de Fréjus (Cf. Musée des TDM), créé en 1981, a aussi été réouvert après plusieurs années de rénovation. Doté de riches collections, son objectif est de faire connaître l’implication des Troupes de marine dans l’histoire militaire de la France et dans la construction de son empire tout en témoignant de leurs sacrifices.

La crypte du Musée dédiée aux 400 000 soldats des Troupes de Marine morts pour la France a accueilli à nouveau l’urne funéraire qui comporte des ossements ayant appartenu aux marsouins tués à Bazeilles. Après une imposante cérémonie militaire rassemblant tous les drapeaux des régiments TDM, elle avait été déposée une première fois lors de l’inauguration du Musée de Fréjus le 2 octobre 1981.

Cette cérémonie a été renouvelée. Cette fois-ci, l’urne ne fut pas transportée par un VAB mais un blindé de type Griffon baptisé lui aussi « Bazeilles » qui équipe désormais le régiment.

 

Le président des lieutenants du 21e régiment d’infanterie de marine (21ème RIMa), une équipe de marsouins et moi-même avons déposé à nouveau cette urne dans la crypte en présence des hautes autorités militaires.

 

Cette cérémonie a été précédée par une messe ordonnée par Monseigneur Antoine de Romanet, évêque aux armées, et animée par la magnifique chorale aux sonorités martiales et viriles d’une promotion de saint-Cyr, baptisée en juillet du nom de « Colonel Lecocq », méhariste de renom, exécuté par les Japonais en Indochine en 1945 et dont la garnison de Fréjus porte le nom.

Garder la mémoire de nos anciens et l’honorer sont des valeurs essentielles pour la famille coloniale.

Que retirer personnellement de ces commémorations en 2022 ?

Ce fut d’abord un retour à mes premières années dans une unité de combat professionnelle. Le 21e RIMa était un régiment atypique. Interarmes avant l’heure, il était composé de deux compagnies d’infanterie sur VAB, de deux escadrons de blindés légers sur AMX10RC (blindé léger de reconnaissance armée d’un canon de 105 mm, toujours en service 41 ans après) sur lequel je venais d’être formé au 2e régiment de Hussards pour former à mon tour l’escadron où je servais, d’une batterie d’artillerie de 155 mm, d’une section du génie, d’une section de mortiers lourds de 120 mm, d’une section de missiles Milan antichars, d’une section de  canons de 20 mm anti-aériens. Trop bel outil interarmes pour qu’il dure au-delà de quelques années !

Pourquoi aussi un général pour cet événement au Musée ? En réalité, cette cérémonie militaire symbolise le lien des générations, entre un lieutenant d’hier et un lieutenant d’aujourd’hui. En 1980, première mutation après l’école d’application de la cavalerie et des blindés de Saumur, je suis affecté comme lieutenant au 21e RIMa. Le colonel Accary, à l’époque chef de corps du régiment, me désigne pour ramener le 28 août 1981 cette urne funéraire de Bazeilles.

Pour la « petite histoire », le hasard veut que Bazeilles soit à 40 km du village de Chauvancy-le-Château (fief existant depuis le milieu du XIe siècle et donnée par l’Espagne à la France lors du traité des Pyrénées de 1659 écrit à l’époque « Chavancy-le-Chasteau », histoire toujours) pour reprendre l’orthographe d’avant 1914. La partie de ma famille encore lorraine à l’époque avait aussi tout laissé pour ne pas être allemande après la défaite. Le corps colonial prendra aussi position à Chauvancy le 18 août 1914, autre clin d’œil… Les liens historiques et familiaux, ou simplement les coïncidences, sont parfois bien surprenant.

J’ai aussi eu le plaisir de retrouver mes anciens sous-officiers et caporaux-chefs de mon temps de lieutenant. C’est aussi la joie de retrouver ces officiers avec qui j’étais en opération en ex-Yougoslavie en 1992, il y a juste trente ans. Jeunes capitaines, ils sont généraux aujourd’hui.

Musique des TDM, chants entonnés par les différentes compagnies et haka exécuté par nos ultramarins animaient comme à l’accoutumée les parties conviviales de ce rassemblement. Effectivement, la grande famille coloniale était bien là et l’hymne martial des Troupes de marine a bien sûr retenti à de multiples reprises.

Oserai-je dire « et au nom de Dieu, vive la coloniale ! » Eh bien oui.

Armée de Terre – A propos de la prochaine sortie du bois sur le sujet robotique

Armée de Terre – A propos de la prochaine sortie du bois sur le sujet robotique

 

Mars attaque – publié le 8 septembre 2022
Le responsable du sujet robotique au sein du bureau Plans (en charge de l’avenir à moyen-long terme, pour résumé) de l’état-major de l’armée de Terre (EMAT) est récemment revenu sur la construction et l’intégration progressives d’une capacité robotique au sein des forces terrestres françaises.
La grande étape à venir étant la formalisation et la présentation d’ici la fin de l’année des besoins de l’armée de Terre pour de tels équipements. Etape de « sortie du bois » sur le besoin opérationnel, le fondement de toute action, après une intense phase de maturation et d’exploration, en lien notamment avec le Battle Lab Terre, et d’expérimentation, notamment avec la section exploratoire robotique (SOR) Vulcain.
Un besoin opérationnel qui ne remet pas en cause fondamentalement les grandes réflexions actuelles quant à l’avenir des forces terrestres, mais permet à la fois d’apporter un plus sur certains facteurs de supériorité opérationnels (FSO), notamment l’endurance et la masse, ouvre de nouvelles perspectives à travailler, notamment en termes de coopération, et son lot de défis (notamment pour la compréhension).
Le tout en intégrant la responsabilité éthique, avec non pas des SALA (qui ne seront pas développés pour les armées françaises), mais des SALIA (systèmes d’armes létaux intégrant de l’autonomie), comme présentés notamment dans l’avis émis par le comité d’éthique de la défense en avril 2021. CE qui conduit au fait que le commandement conservera l’appréciation de situation permettant la poursuite de mission, sera responsable de l’emploi des robots, et supervisera les fonctions critiques. Des grands principes qui demandent concrètement de s’assurer, avec les industriels, que cela est réalisable techniquement, dans les situations rencontrées en opérations.
Au final, le projet Vulcain, sur les aspects de robotique, permet d’espérer intervenir sur 2 axes forts : augmenter la profondeur tactique des effets (en distance de frappe, en capacités de renseignement, etc.), et augmente les possibilités de saturation sur l’adversaire (physique, électronique, cognitive…). Encore faut-il alors passer chacune des capacités selon le double prisme du : Qu’est-ce que je veux en faire ? L’analyse fonctionnelle. Et combien cela va me coûter ? L’analyse de la valeur. Une équipe robotisée de désignation des feux dans la profondeur peut avoir un sens tactiquement, mais peut perdre tout avantage dès lors que les contraintes et les coûts s’envolent. A quels couts permets-t-elle d’entrer dans la bulle adverse, de se prendre des coups et d’y rester ? Notamment parce que, pour le moment, une capacité robotisée coute globalement, via son empreinte RH, plus chère qu’une capacité non robotisée. D’où le besoin de laisser maturer la partie automatisation jusqu’en 2030, pour espérer faire de réelles économies, en atteignant de réelles plus-value. La charge cognitive consentie doit être acceptable, soit une notion d’efficacité forte : « si je mobilise 3 personnels sur la gestion du robot, il faut que cela apporte beaucoup ». Heureusement, « il existe des systèmes à haute VA qui sont atteignables avec une autonomie réduite ».
Ainsi, selon l’armée de Terre, dans le domaine, les forces terrestres sont à un carrefour dans le choix des effets à atteindre, et les décisions qui sont en train d’être prises conditionneront l’architecture générale qui sera retenue et sur laquelle les besoins seront travaillés conjointement avec la Direction Générale de l’Armement (DGA). Notamment quant au choix de l’architecture générale entre : unités entièrement robotisées, unités mixtes, robotique comme outil de l’arrière, robotique tactique, opérative ou stratégique, etc.
C’est dans ce cadre que le projet Vulcain est lancé, projet qui a vocation à nourrir l’expression du besoin robotique de l’armée de Terre (sans être un programme d’armement en tant que tel), pour permettre de mettre en œuvre une capacité de robotique tactique à l’horizon 2040. Pour la préparation de l’avenir, il doit orienter les travaux de préparation de l’avenir et tout particulièrement les aspects robotique du projet Titan, visant la modernisation de la composante « lourde » des forces terrestres, ainsi que la cohérence et la connectivité interarmées (et non plus uniquement interarmes). Pour sa part, le programme MGCS intègrera une robotique qui lui est propre (des ailiers autonomes, et une capacité d’agression), qui est réfléchit pour la cohérence dans l’approche Vulcain, mais qui est bien pour le coup une opération d’armement en tant que tel.
Le 1er palier s’intéressera à ce qui marche (“la technologie étant plus mure pour ce qui vole par rapport à ce qui roule“), pas cher et en qui les forces peuvent avoir entièrement confiance. La logique choisie, à priori, sera de ne pas prendre une fonction opérationnelle robotique, mais bien de raisonner robotique dans les fonctions opérationnelles existantes. En partant, à ce jour, d’un drone Niveau 0 (ou presque) de l’autonomie, puis demain, une autonomisation plus importante. Classiquement, la réflexion est faite en termes d’effets à obtenir, et ne présuppose pas du modèle de drone.
A ce jour, il n’a pas été encore comparé à grande échelle, par l’armée de Terre des unités totalement non dotées de robots et des unités mixtes ou à forte densité de robots. Néanmoins, en Janvier 2022, un 1er exercice de simulation a été mené (via les capacités de simulation notamment de la DGA) avec des unités hybrides (dotées notamment de munitions télé opérées et pouvant réaliser une défense statiques robotisée) ; il est indiqué que « de ce qui a été vu, il a été identifié de forts intérêts opérationnels, avec de bons résultats obtenus, du moins en simulation ».
Mais l’armée de Terre n’a pas encore clairement exprimé ses besoins en robotique. Jusqu’à présent, il a été vu du positif et également du négatif (cf. ici). Le vrai défi étant celui de la technologie appliquée à la réalité du terrain : l’acheminement en zone opérationnelle et la logistique afférente (MCO + énergie), l’IHM, la connectivité et l’intégration tactique, la chaine feu sécurisée, le changement de milieu, de posture et de mode d’action (passer d’un robot intégré à un convoi en rase campagne à un robot participant à du combat débarqué en pleine ville) , la prise en compte de l’environnement, la mobilité en milieu déstructuré, etc.
Un tel environnement se définissant comme :
  • « Visibilité dégradée par des épisodes de fortes pluies, tempête de sable, etc. ;
  • Difficulté de localisation : signal GNSS de faible qualité, voire absent, ou intentionnellement brouillé ;
  • Chemins non viabilisés ;
  • Obstacles divers par leur nature et leurs caractéristiques ;
  • Choix des trajectoires contraint par la mission, la présence de dispositifs visant à empêcher la progression voire la présence de forces hostiles ;
  • Evolution dans des zones dont les infrastructures ont été endommagées voire détruites et perturbent l’élaboration et le suivi d’une trajectoire ».
Ainsi, comme explicité, « il a fallu évacuer le fantasme, identifier le souhaitable et travailler l’accessible », et placer un double curseur :
  • Quant au degré d’autonomie entre un système entièrement télé opéré (techniquement simple, car aujourd’hui la télé opération, même à grande vitesse, est techniquement accessible, avec des interfaces homme-machine à ce jour d’un bon niveau, mais qui donnent une charge cognitive élevée, avec effet tunnel liée) et un système totalement autonome (techniquement complexe mais qui donne une charge cognitive plus faible). Un domaine où il ne faut pas se laisser arrêter par une autonomie relative, car en soit ajustable, et où la valeur opérationnelle du robot est intrinsèquement liée à la synergie homme machine du système ;
  • Quant au niveau d’intégration entre un système qui remonte toutes les données captées avec un traitement de données centralisé (qui sature les réseaux mais ne nécessite pas d’IA embarqué) et un système qui remonte les données choisies et qui les traite en décentralisé (pour une frugalité numérique, mais un besoin fort en IA embarqué), tout en étant encore en mesure de garantir la supervision humaine des fonctions critiques (les fonctions non critiques pouvant elles avoir une autonomie plus forte, donc être moins intégrées, avec alors une connectivité choisie). Ainsi, des robots se débrouillent à ce jour « pas trop mal même en étant brouillés ».
Le dernier point étant la confiance, dans l’exécution et la supervision des fonctions critiques. Mais aussi « un socle de confiance technique et tactique » qui conditionne l’acceptation opérationnelle et humaine de tels systèmes. Le socle de crédibilité étant celui de la mobilité semi autonome dans le milieu, la performance et la régularité dans l’exécution de la tâche, le côté « combat compatible » (rusticité, MCO, logistique….), l’entraînement en situation réelle, et la sécurité (fonctionnement, cyber, etc.). Ces 4 points étant présentés comme « non négociables », car le but n’est pas de faire une démonstration technologique, mais bien de remplir une mission, de les intégrer dans une unité. D’où l’urgence d’atteindre un 1er socle de crédibilité. L’envoi de 4 plateformes terrestres robotisées à Gao en 2021, « avec des modules d’autonomie très légers », a été utile pour savoir comment on projette des robots et ce que cela implique. Par contre, ils sont restés à l’intérieur de la plateforme opérationnelle désert de Gao, car les militaires qui les ont reçu n’avaient pas été assez entraînés avec (ndlr : le retard dans les livraisons a obligé à changer en cours de route l’unité qui les utilisera, celle s’étant entraînée avec en France étant déployée sur le mandat précédent à l’unité finalement utilisatrice), et la confiance n’était pas suffisante pour que le chef tactique prenne le risque de les emmener sur le terrain, en patrouille.
Pour atteindre ce socle, une démarche progressive a été choisie, avec des objectifs et une déclinaison annuelle. Entre une phase initiale jusqu’en 2024 (et une primo capacité en via une plateforme polyvalente aérienne évolutive PPAE), une phase de montée en puissance (notamment avec une plateforme polyvalente terrestre évolutive PPTE), puis le changement d’échelle en 2030. Après l’unité expérimentatrice mise en place pour les réflexions « tactique robotique », les grandes étapes attendues sont :
  • Des unités pilotes (encore à identifier) en 2025 dans chaque fonction opérationnelle, soit peu de temps après le 3ème incrément Scorpion (un élément important, rapport au sujet connectivité et transmissions via SICS et autres) ;
  • L’arrivée de la robotique transverse en 2030, et des unités opérationnelles en 2030 ;
  • Une robotique intégrée à d’autres programmes à partir de 2034-2035 (que cela soit MGCS, système anti-aérien du futur – SAAF, autant de programmes d’armement au sein du grand volet Titan).
Avec également une progression entre systèmes autonomes juxtaposées, intégrés et équipiers : des robots juxtaposés dès aujourd’hui, notamment pour reconnaissance et renseignement, demain sureté, agression et logistique, plus tard en mobilité et contre-mobilité ; puis des robots intégrées (en transmissions, reconnaissance, renseignement, etc. ; et enfin des robots équipiers post 2030.
Et des marches à passer, comme le concept d’emploi des systèmes automatisés publié en juin 2022, les études prospectives en ciblerie robotisée attendues pour octobre, l’expression du besoin des unités pilotes pour le 1er décembre 2022, les phases exploratoires comme le Probot avec 12,7 pour un poste de tir mobile jusqu’à la fin de l’année, de nouveaux drones aériens comme le Tundra d’Hexadrone (intéressant pour sa modularité), etc. Le défi Cohoma est également présenté comme particulièrement riche d’enseignements, et beaucoup est attendu de l’appel à projets Colibri et Larinae qui représenté un premier incrément dans une capacité robotisée d’agression via des systèmes bas coût de neutralisation.
Pour conclure, il est présenté un cap donné, une méthode assumée des « petits pas », et des avancées qui doivent être crédibles et démontrer de pertinence en analyse fonctionnelle comme en analyse de la valeur. En contournant, si nécessaire, les limitations techniques actuelles.

La 3e division accueille un nouveau numéro 2 américain

La 3e division accueille un nouveau numéro 2 américain

par – Forces opérations Blog – publié le

Le général américain Andrew Gainey a été officiellement accueilli le 7 septembre par l’état-major de la 3e division de l’armée de Terre. Il y occupera le poste de général adjoint opérations, poursuivant par là une politique d’échanges entamée en 2019.

Lors de cette cérémonie, le général Gainey s’est vu confié « l’entière responsabilité de la préparation opérationnelle » par le commandant de la 3e division, le général Hubert Cottereau. Les défis dans ce domaine ne manquent pas, à l’heure où l’armée de Terre durcit ses entraînements et se rapproche de l’exercice majeur Orion, au cours duquel la division aura un rôle central à jouer.

Promu brigadier général en mai 2021, le nouveau n°2 de la 3e division était auparavant commandant adjoint opérations de la 1ère division d’infanterie (1 ID) américaine. Diplômé du Marine Corps War College, il aura servi deux fois en Afghanistan et une fois en Irak ainsi qu’au sein de l’état-major de la 1 ID en Pologne.

« Partenaires historiques, les deux pays ont souvent œuvré côte à côte dans des affrontements majeurs », rappelait la 3e division.  « C’est pour maintenir cette vocation opérationnelle que la ‘Strategic Vision Statement’ a été signée en 2015 par les chefs d’état-major des deux armées et le programme MPEP (Military Personnel Exchange Program) mis en place », poursuivait-elle.

Ce n’est que la deuxième fois qu’un officier général américain est intégré à l’état-major d’une division française. Ce cycle d’échanges avait été inauguré par le général Todd Wasmund, accueilli en France début 2020, et le général Hubert Cottereau, intégré à la 3e division d’infanterie de l’US Army en juillet 2019.

Crédits image : 3e division