Les défauts de la cuirasse: quel avenir pour les chars et les blindés?

Les défauts de la cuirasse: quel avenir pour les chars et les blindés?

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 23 juin 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Marc Chassillan, qui a passé 35 ans dans l’industrie de défense (Nexter, Panhard, Arquus) et est professeur d’architecture des systèmes d’armes à l’ENSTA, est un grand spécialiste des véhicules de combat. Il s’interroge sur la prochaine génération de blindés sur fond de guerres en Ukraine et dans le Haut-Karabagh (photos Reuters et AFP). 

La guerre en Ukraine a relancé le débat sur le futur des blindés. Est-ce une surprise ?
Ce genre de questionnement est une constante dans l’histoire militaire. La cavalerie française au Moyen-Âge a connu des désastres et des heures de gloire. Les uns ont dit que c’était son crépuscule et d’autres qu’elle était irremplaçable. En Israël, lors de la guerre du Kippour, le même jour, des chars israéliens se sont fait hacher par les Égyptiens sur la ligne Bar Lev et d’autres ont sauvé Israël sur le Golan en taillant en pièces les Syriens. En Ukraine, on a tous vu les images de carcasses éparpillées, de scènes de désolation avec des colonnes de chars calcinés… Or, ce que les Ukrainiens réclament à cor et à cri, ce sont des blindés !En fait, les armes valent par l’emploi que l’on en fait, par la doctrine qui dirige leur utilisation et par la formation des soldats qui les utilisent. 

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Pourquoi un tel débat récurrent sur l’avenir du char ?
En période de disette budgétaire, tous les lobbies s’activent pour arracher l’argent sur les thèmes qu’ils défendent. Comme l’armée de Terre n’a pas engagé ses chars depuis 1991, sauf pour quelques opérations d’interposition (ex-Yougoslavie) ou de renforcement des frontières de l’Otan, la conclusion raccourcie sur l’utilité des chars tombe comme un couperet. Et puis l’orage s’abat soudainement sur l’Ukraine. 
Ensuite il y a le débat lancé par ceux qui parlent trop vite et qui dénoncent tout, ou par ceux qui ne privilégient que l’une ou l’autre des quatre fonctions essentielles du blindé : la mobilité, la puissance de feu, l’information et la protection. Alors que ces dimensions sont indissociables, on a tendance à n’en privilégier qu’une ou deux. En France, parce que depuis 20 ans, on s’est concentré sur la lutte antiguérilla, on privilégie la roue, très adaptée aux terrains des opex, plutôt que la chenille, et en matière de protection on renforce les blindages pour faire face aux Engins Explosifs Improvisés.
Or les agressions modernes ont changé la donne. D’où des exigences de protection balistique en hausse, ce qui conduit à des masses en inflation constante. 
Ce sont des choix que détermine le combat de haute intensité…Bien sûr, il faut donc prendre en compte les agressions modernes : celle des drones, celle des munitions plongeantes ou rôdeuses. La menace désormais vient du ciel et elle vise la partie la plus vulnérable des blindés : leur toit ou les compartiments moteurs. Si l’on privilégie la protection contre les agressions par le dessus, on va mettre en ligne des chars de 80 tonnes. Ces chars, techniquement faisables, coûteront cher à produire et à entretenir, consommeront beaucoup et s’avèreront être des engins quasiment inemployables. 

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Qu’est-ce que vous préconisez ?
C’est bien de faire grossir la caisse des blindés pour mieux accueillir des fantassins suréquipés et alourdis, mais le volume a presque doublé. D’un volume de 6 m3 dans le VAB, nous sommes passés à plus de 12 m3 dans le Griffon, sans que le nombre de fantassins n’ait augmenté. La silhouette ne s’est pas affinée : le toit du VAB était à 2,15 m et celui du Griffon culmine à 2,63 m. Le blindé Boxer australien pèse 38 tonnes et le sommet de sa tourelle est à 3,5 m ! Il faut stopper cette inflation des masses et des silhouettes qui rend les véhicules extrêmement vulnérables. Il faut des blindés plus bas, plus rapides, plus furtifs et mieux protégés aux bons endroits.
Il faudrait aussi revenir à des considérations sur les vertus du tir : l’identification, l’acquisition, la précision. Il faut tirer plus vite et plus loin, ce qui permet de réduire cette inflation des masses des blindés et de ne pas sur-blinder, donc alourdir, les véhicules. Car tirer le premier reste la meilleure des protections. Le concept de combat collaboratif y contribuera mais les armements devront là gagner en nombre et en puissance.
Il faut aussi revenir sur le choix de la roue. Il a été très pertinent depuis trente ans, compte tenu de nos engagements en particulier en Afrique. Or, il ne faut plus négliger le facteur terrain, surtout si nous intervenons en Europe de l’est, voire en Asie, et aussi dans des villes détruites où le franchissement des obstacles est malaisé. Le chenillé est un gage de mobilité. Mais seulement 7 % du parc de l’armée de Terre est chenillé. Ce ratio est supérieur à 20 % dans toutes les armées occidentales.

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Justement parlons de mobilité et de motorisation…
Pour propulser des engins plus lourds, il faut des motorisations plus puissantes et elles sont très consommatrices en carburant. L’entrée en service des blindés Griffon, Jaguar, Serval va faire bondir la consommation de l’armée de Terre de 700 000 à un million de mètres cubes. Les projets d’hybridation, à condition qu’ils tiennent leurs promesses, ne corrigeront cette augmentation qu’à la marge. Quant aux applications de l’hydrogène et l’électricité dans le domaine militaire, elles sont compliquées. On ne sait pas encore faire un char électrique et les armées ne savent pas encore se passer des moteurs thermiques.
En outre, le maintien en condition des moteurs thermiques va devoir être planifié. Qui peut garantir qu’un Griffon aujourd’hui propulsé par un moteur de camion verra son maintien en condition opérationnelle assuré en 2045 quand les fournisseurs actuels de moteurs ne fabriqueront plus que des batteries et des moteurs électriques. L’application sans discernement des formes civiles au domaine militaire ne peut conduire qu’à des sur-spécifications coûteuses.

Les armées françaises sont-elles conscientes de ces paramètres ?
On a quelquefois prévu le futur avec un rétroviseur. L’armée de Terre devrait impérativement et rapidement réfléchir à une stratégie de plateformes à un moment où la notion de puissance terrestre revient en force. Il faudra prendre des orientations fortes.
Il faut aussi restaurer notre puissance de feu. Notre capacité d’agression, ce n’est pas grand-chose aujourd’hui avec seulement 58 Caesar et 13 lance-roquettes LRU . Il s’agit aussi de reconstruire une défense antiaérienne que l’on a complètement liquidée puisque depuis des années nous agissons en situation de confort opératif absolu et nous n’avons pas eu en face de nous ni artillerie, ni drones ni avions de combat. L’Ukraine, à ce titre, offre une grille de lecture extrêmement cruelle de nos insuffisances. Il faut réagir mais il ne faut pas mettre 5 ans pour le faire.

Six Caesar de plus (soit 18) et des munitions pour les Ukrainiens

Six Caesar de plus (soit 18) et des munitions pour les Ukrainiens

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Quelques précisions sur l’annonce du président Macron sur l’envoi de canons CAESAR supplémentaires à l’Ukraine.

Comme l’a rappelé le ministère des Armées, “aujourd’hui, les Ukrainiens subissent des tirs massifs de l’artillerie russe qui les pilonnent des jours durant pour les faire reculer encore davantage. Pour que l’Ukraine ne perde pas son territoire, le renfort en moyens d’artillerie est un point cardinal. Le président Zelensky a dit que le CAESAR faisait la différence sur le terrain, par la précision de ses tirs et par sa capacité à échapper aux ripostes adverses.

Le choix de leur donner six CAESAR supplémentaires, soit 18 au total, répond à une “nécessité immédiate de survie des Ukrainiens face aux Russes“.

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Ces 18 CAESAR proviennent des réserves de l’armée de Terre, selon le cabinet du ministre des Armées qui a précisé que des munitions seront aussi livrées (aucun chiffre donné, en revanche)..

En amont de son déplacement à Kiev, le président Macron a demandé au PDG de Nexter, entreprise qui fabrique le CAESAR, de revoir son organisation afin de pouvoir travailler sur un mode “de guerre” pour être capable de produire des CAESAR beaucoup plus rapidement pour l’armée française dont le parc diminue et qui ne sait toujours pas si elle percevra des CAESAR NG ou des versions rénovées des canons actuellement en parc (ou un mix).

En parallèle, il a inscrit l’artillerie dans les sujets qui constitueront une priorité d’examen pour la prochaine loi de programmation militaire. 

La Chine met son troisième porte-avions à l’eau

La Chine met son troisième porte-avions à l’eau

Les faits

La Chine a mis à l’eau le « Fujian », son troisième porte-avions, vendredi 17 juin. Il est le deuxième à être entièrement fabriqué dans le pays.

La Croix (avec AFP) – publié

https://www.la-croix.com/Monde/Chine-met-leau-troisieme-porte-avions-2022-06-17-1201220488


 

La Chine a officiellement lancé vendredi 17 juin son troisième porte-avions, lors d’une cérémonie organisée à l’occasion de la mise à l’eau du bâtiment dans un chantier naval de Shanghai, a annoncé la télévision publique CCTV.

Baptisé Fujian, du nom d’une province chinoise, le navire est le deuxième porte-avions à être entièrement fabriqué par la Chine et est bien plus avancé technologiquement que ses prédécesseurs. Il ne sera remis aux forces navales qu’à l’issue de plusieurs tests en mer.

Système de catapultage

Sa mise à l’eau survient au milieu de vives tensions sino-américaines autour de Taïwan, l’île peuplée de 24 millions d’habitants que la Chine considère comme son territoire historique. Hostile au rapprochement États-Unis-Taïwan de ces dernières années, la marine chinoise a plusieurs fois fait passer ses porte-avions par le détroit de Taïwan qui sépare le continent chinois du territoire insulaire.

Principale évolution sur ce troisième navire chinois par rapport aux deux précédents : il sera bien plus grand et dispose d’un système de catapultage. Concrètement, il pourra propulser les appareils dans les airs grâce à une catapulte. Les premiers porte-avions chinois n’avaient qu’un tremplin d’envol. L’avantage de cette technique : les avions peuvent emporter une plus grande réserve de carburant et d’armement. Le système sera électromagnétique, a souligné Chine nouvelle, une technique de pointe.

Les États-Unis et leur 11 porte-avions

Selon Janes, l’agence de référence pour les informations militaires, les États-Unis sont de loin premiers en termes de porte-avions actuellement en service (11), devant la Chine (2), le Royaume-Uni (2), la Russie (1), la France (1), l’Italie (1), l’Inde (1) et la Thaïlande (1).

Le premier porte-avions chinois, le Liaoning, a été mis en service en 2012. Il a essentiellement servi de plate-forme d’entraînement. Les connaissances accumulées ont ensuite servi à la construction du Shandong, le premier porte-avions construit par la Chine, mis en service fin 2019.

Le ministère des Armées a commandé un premier prototype opérationnel de l’arme laser anti-drones HELMA-P

Le ministère des Armées a commandé un premier prototype opérationnel de l’arme laser anti-drones HELMA-P

http://www.opex360.com/2022/06/16/le-ministere-des-armees-a-commande-un-premier-prototype-operationnel-de-larme-laser-anti-drones-helma-p/


 

Dans le détail, celui-ci prévoit le déploiement d’un prototype du HELMA-P lors des Jeux Olympiques 2024 ainsi qu’une étude visant à l’adapter sur un véhicule et sur une plateforme navale, conformément à ce qui avait été annoncé à l’issue d’une démonstration de ce système au centre d’expertise et d’essais de DGA Essais de missiles à Biscarrosse, en juillet 2021. Des tests de faisabilité en mer doivent d’ailleurs avoir lieu dès cette année.

La plupart des solutions mises en oeuvre actuellement pour la lutte anti-drone [LAD] reposent sur le brouillage de la liaison entre le drone et sa station de contrôle. Tel est le principe de PARADE, de BOREADES ou encore du système BASSALT.

Seulement, avec les munitions « rôdeuses » [ou « vagabondes »] et des drones susceptibles de devenir de plus en plus autonomes [grâce à l’intelligence artificielle, par exemple], il est nécessaire de développer de nouveaux moyens.

L’armée de Terre ainsi lancé le projet ARLAD [adaptation réactive de lutte anti-drone], qui vise à doter un Véhicule de l’avant blindé [VAB] d’un radar et d’une capacité « airbust » via un lance-grenades. Le système HELMA-P s’inscrit dans cette logique… mais en utilisant un laser de deux kilowatts. Ce qui lui est suffisant pour détecter et abattre, avec précision et en une poignée de secondes, un drone hostile à un kilomètre de distance. En tout cas, lors des démonstrations réalisées sous l’égide l’Agence de l’innovation de Défense [AID], il a affiché un taux de réussite de 100%.

Le système HELMA-P, dont le développement a commencé en 2017, « permet d’apporter une réponse graduée à la menace drone, depuis l’éblouissement des instruments d’observation jusqu’à la neutralisation par altération de la structure d’un mini ou d’un micro drone [c’est-à-dire de 100g à 25kg], entraînant sa chute en quelques secondes », résume la DGA. En outre, n’exigeant qu’une logistique réduite [aucune munition n’est à manipuler…], il peut être associé à différents systèmes de détection [radar, son, optique].

Cela étant, il s’agit pour CILAS d’augmenter la puissance de cette arme tout en la miniaturisant. Mais pas seulement car, au-delà des performances, il fait également développer un ensemble de « protections matérielles et logicielles » afin de pouvoir l’utiliser en sécurité. Et définir un concept d’emploi. Tels sont les enjeux du projet L2AD.

Par la suite, le système HELMA-P pourrait avoir d’autres applications, comme la destruction de roquettes et d’obus de mortier, ou bien encore la neutralisation des moyens optroniques d’un adversaire.

Photo : DGA

EUROSATORY – En partenariat avec Arquus, Thales et NTGS présentent le SHERPA A2M armé du mortier rayé de 120 mm

EUROSATORY – En partenariat avec Arquus, Thales et NTGS présentent le SHERPA A2M armé du mortier rayé de 120 mm


Arquus, Thales et NTGS ont officiellement présenté le nouveau Sherpa A2M (Advanced Mobile Mortar), lors d’une cérémonie organisée sur le stand Arquus à Eurosatory 2022.

Le Sherpa A2M est une réponse adéquate aux défis tactiques rencontrés et créés par l’artillerie dans la guerre de haute intensité : mobilité, protection, appui rapproché aux troupes au sol et options de contre-batterie mobile à la fraction du prix d’un canon autopropulsé.

L’alliance d’Arquus, NTGS et Thales permet l’application d’une solution réellement complète délivrant une solution d’appui-feu indirect unique, adaptée à l’appui à l’infanterie, aux troupes collaboratives des forces armées et aux forces spéciales, ainsi qu’aux unités d’artillerie autonomes à la recherche d’un haut niveau de mobilité et protection.

Le Sherpa A2M combine l’excellente mobilité d’un Sherpa Light, le système de mortier déployable éprouvé de NTGS et le canon de mortier rayé de 120 mm de Thales, dans une nouvelle solution entièrement intégrée.

Grâce à l’expérience de Thales, le véhicule embarque des munitions rayées de 120 mm et à l’avenir des munitions à guidage laser de mortier. Le canon de mortier rayé est trois fois plus précis que le mortier à âme lisse.​

En raison de cette efficacité et de cette précision supérieure, il peut obtenir des effets opérationnels similaires avec beaucoup moins de tirs ; environ 4 fois moins de coups nécessaires que pour un mortier à tube lisse.

NTGS apporte ses compétences dans les systèmes globaux avec le système de conduite de tir à l’arrière du véhicule. Ce système véhicule des informations sur les cibles et les points d’intérêt, ce qui représente un avantage stratégique non négligeable. Grâce à leur expertise, l’A2M Sherpa assure le contrôle de toutes les opérations de la mission et a déjà fait ses preuves au combat. Le mortier et le tube de NTGS et Thales sont qualifiés à la fois par l’OTAN et par différentes armées.

Le Sherpa Light est un véhicule blindé 4×4 polyvalent, conçu par Arquus pour fournir un large éventail de versions et de personnalisations pour tous les besoins et missions, construit sur une base unique et éprouvée pour une uniformité accrue et une facilité de maintenance. Il s’agit d’un véhicule moderne, mature et de nouvelle génération, qui s’appuie sur de nombreuses années d’expérience industrielle, de déploiements opérationnels sur le champ de bataille et de maintenance, de protection, qui assure un haut niveau de sécurité pour l’équipage à l’intérieur du véhicule pendant les opérations.

Le Sherpa A2M peut transporter 40 obus de 120 mm à l’arrière et éventuellement des munitions supplémentaires dans la cabine, selon les besoins de l’utilisateur. Il a une portée allant jusqu’à 8,2 km avec des munitions rayées standard et jusqu’à 13 km avec un projectile assisté par fusée, lui permettant de renforcer la protection des soldats embarqués en engageant des unités sans se faire toucher (Shoot & Scoot). La munition guidée de mortier (MGM), en cours de développement, aura, quant à elle, une précision inférieure au mètre avec une portée de 15/17 km.

La combinaison de l’expertise de ces trois sociétés assure le plus haut niveau de qualité pour chacune des caractéristiques du Sherpa A2M : mobilité tactique protégée, robustesse, puissance de feu et précision supérieures, ainsi que des systèmes faciles à déployer et un contrôle de tir intuitif.

À Eurosatory 2022, le Sherpa A2M est présenté avec un Hornet Lite RCWS équipé d’une mitrailleuse de 7,62 mm pour l’autoprotection du véhicule. Il est visible sur le stand Arquus, Hall 5A F281.

Crédit photos : Nicolas BROQUEDIS / Arquus