Le général Schill précise la nouvelle organisation des brigades interarmes de l’armée de Terre

Le général Schill précise la nouvelle organisation des brigades interarmes de l’armée de Terre

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Cependant, lors de son passage devant les députés de la commission de la Défense, le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], a donné une autre justification au report des livraisons de 1200 blindés [Griffon, Jaguar, Serval et autres Leclerc portés au standard XLR].

« Pour ce qui concerne […] le programme SCORPION, les cibles ne sont pas réduites et notre objectif à terminaison reste d’atteindre les volumes précédemment définis. L’atteinte de ces cibles est néanmoins reportée au-delà de 2030. Nous devions faire un choix et je l’assume totalement, même si dans un monde idéal, j’aurais évidemment souhaité à la fois maintenir le rythme prévu et acquérir des capacités supplémentaires qui n’étaient pas prévus que nous avons pu financer », a d’abord expliqué le général Schill.

« J’ai proposé moi-même que les munitions téléopérées, les charges actives cyber, certains blindés destinés à notre défense sol-air, l’accélération de la lutte antidrones et les unités de robots soient financées en contrepartie d’un lissage du programme SCORPION », a-t-il ensuite affirmé.

Plus précisément, ces nouvelles capacités réclamées par le CEMAT se traduiront par la livraison de munitions téléopérées, de 24 Serval équipés d’une tourelle MISTRAL [missile transportable anti-aérien léger] et de 12 Serval de lutte anti-drone qui viendront complérer 12 Véhicules de l’avant blindé [VAB] de type ARLAD. Il est aussi question d’acquérir de nouveaux radars de détection afin de « maitriser l’espace et les menaces aériennes au-dessus des forces terrestres ».

Plus généralement, l’armée de Terre va de nouveau se « transformer », selon le plan « Une armée de Terre de combat« , que le général Schill a succinctement évoqué sur les réseaux sociaux. Et, lors de son audition, il a livré quelques éléments supplémentaires.

« Ma priorité portera sur le commandement : en veillant à ce que chaque échelon soit à sa bonne place, en donnant de l’autonomie, en réintroduisant de la subsidiarité, c’est-à-dire en tendant vers le respect du triptyque ‘une mission, un chef, des moyens’ pour mieux fonctionner. La maîtrise du risque, l’obligation de résultat et le succès de la mission sont la contrepartie à la subsidiarité », a-t-uil fait valoir.

Ainsi, le commandement des forces terrestres [CFT] va être réorganisé, en vue d’obtenur un « gain de cohérence », ce qui passera, a détaillé le CEMAT, par un « poste de commandement de niveau corps – le CRR-FR – et deux PC de division, chaque division possédant en propre son bataillon de commandement et de quartier général, en mesure de préparer le combat et le diriger ».

En outre, a-t-il poursuivi, il y aura « trois commandements pour apporter aux divisions les capacités nécessaires dans les domaines du renseignement, des opérations dans la profondeur, des actions spéciales, de l’hybridité, du cyber, des appuis et de la logistique ». Et le tout reposera sur « des brigades interarmes et spécialisées, plus autonomes ».

Parmi celle-ci, les régiments d’infanterie verront leur format réduit… mais leurs capacités seront « significativement renforcées […] dans tous les champs », a indiqué le général Schill. Ainsi, et comme l’a déjà suggéré M. Lecornu lors de ses récents déplacements, ils compteront une section de mortiers de 120 mm ainsi qu’une section « d’attaque électronique » [et non pas « d’appui électronique]. En outre, ils disposeront d’unités dotés de « munitions téléopérées, de robots terrestres » et de « capacités anti-char » renforcées.

« Bien sûr, les Griffon et les Serval continueront à remplacer les véhicules d’ancienne génération. Demain, la transition de la [Peugeot] ‘205’ à la voiture connectée sera achevée. Cela fait plus de 40 ans que les VAB équipent nos régiments d’infanterie, les GRIFFON et SERVAL arrivent et sont dès à présent déployés en Roumanie et en Estonie », a assuré le CEMAT.

Quant aux régiments de l’Arme Blindée Cavalerie [ABC], leurs « capacités d’agression » seront renforcées, avec, là aussi, des munitions téléopérées. Il en ira de même pour leurs moyens de renseignement [drones, radars]. Enfin, ils diposeront eux aussi e nouvelles unités dédiées à la guerre électronique et/ou au renseignement technique. « Une majeure partie de nos chars Leclerc [160 sur 200, ndlr] sera rénovée autour d’une pérennisation de leur motorisation, d’une meilleure protection, d’une connectivité modernisée et de nouveaux viseurs », a promis le général Schill.

Par ailleurs, l’artillerie pourra remplacer ses 13 LRU [dont au moins deux ont été cédés à l’Ukraine] par autant de lanceurs de nouvelle génération d’ici 2030. Cette dotation pourrait doubler en 2035. Mais, d’après le CEMAT, chacun de ses régiments disposera de 16 CAESAr NG [Camions équipés d’un système d’artillerie de nouvelle génération], de 8 motiers embarqués sur Griffon pour l’appui au contact [MEPAC] et de munitions téléopérées de type LARINAE à l’horizon 2028. Et sans oublier de « nouveaux moyens d’acquisition et de renseignement avec une quinzaine de véhicules d’observation artillerie, des radars de surveillance terrestre, et des drones SDT-L complémentaires aux SMDR [Système de mini-drones de renseignement] déjà livrés et au SDT du 61e régiment d’artillerie ».

Le SDT-L [Système de drones tactiques légers] ne figure pas dans le projet de LPM 2024-30. Cependant, la Direction générale de l’armement [DGA] a émis une demande d’information [RFI] pour un drone à décollage vertical [si possible] de moins de 150 kg et d’une autonomie de 14 heures et capable d’assurer des missions de renseignement image et électronique, voire de désignation laser.

Enfin, le Génie va être réorganisé, tout en bénéficiant d’un renforcement de ses effectifs. Cela « lui permettra de recréer des unités disparues spécialisées dans le minage, le contre-minage et le franchissement » ainsi que « de densifier des capacités échantillonnaires aujourd’hui comme l’ouverture d’itinéraire, le franchissement fluvial », a expliqué le général Schill. Et d’ajouter : « En plus des premiers engins du combat du génie et des 8 premières portières de franchissement SYFRALL, l’arrivée des GRIFFON et SERVAL Génie assurera la mise sous blindage des unités de combat du génie ».

L’objectif de cette réorganisation est « d’accroître l’autonomie » des brigades interarmes, composées pour la plupart de trois régiments d’infanterie, deux de cavalerie, d’un d’artillerie et d’un du génie, en vue de « déployer une unité de combat opérationnelle sur le terrain ». Et cela selon trois axes.

Le premier portera sur le « ciblage tactique », grâce à la mise en réseau des moyens de renseignement » [grâce aux drones et aux radars] ainsi qu’aux capacités d’action afin d’établir « une chaîne de frappe efficace ». Le second se contrera sur l’hybridité, avec « pour objectif de progresser dans l’action spéciale terrestre, l’influence, le partenariat et les actions de déception, pour fournir aux divisions ou aux corps d’armée déployés des capacités accrues et plus cohérentes dans ce domaine ».

Enfin, a expliqué le CEMAT, le troisième axe concernera la logistique « au sens large ». Et c’est une leçon rappelée par la guerre en Ukraine. « Il faut sortir de l’idée que ‘la logistique suivra’ » et il est « primordial que notre capacité d’autonomie et de soutien logistique monte en gamme pour construire une véritable manœuvre », a-t-il soutenu.

Safran propose une version sol-sol de l’A2SM pour la capacité de frappe à longue portée de l’armée de Terre

Safran propose une version sol-sol de l’A2SM pour la capacité de frappe à longue portée de l’armée de Terre

 

 

 

Lors de son audition à l’Assemblée nationale dans le cadre de l’examen du projet de Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, a dit ne pas exclure une solution « souveraine » pour le remplacement des Lance-roquettes unitaires [LRU] de l’armée de Terre, un investissement de 600 millions d’euros étant prévu pour moderniser et renforcer les capacités de frappe à longue portée de cette dernière.

Et, citant « MBDA, Ariane et Safran », M. Chiva a indiqué que la Direction générale de l’armement [DGA] avait déjà engagé des « discussions pour une solution nouvelle », qui présenterait « l’avantage de préserver notre souveraineté » tout en renforçant « notre base industrielle, qu’elle soit française ou européenne ».

Évidemment, compte-tenu de ses savoir-faire, MBDA semble le mieux placé pour proposer une solution de frappe à longue portée. D’ailleurs, auditionné le lendemain [le 3 mai, ndlr] par les députés de la commission de la Défense, son Pdg, Éric Béranger, s’est félicité des investissements envisagés par le projet de LPM 2024-30 dans ce domaine. Toutefois, il s’est gardé d’esquisser une solution que son groupe serait susceptible de proposer à la DGA, se contentant seulement d’évoquer le Futur missile antinavire/Futur missile de croisière [FMAN/FMC], lequel fait l’objet d’une coopération entre la France et le Royaume-Uni.

En revanche, lors d’une audition réalisée le même jour, le Pdg de Safran Electronics & Defense, Franck Saudo, a été beaucoup plus loquace au sujet de la solution défendue par son groupe.

« Le besoin de frappe dans la profondeur est désormais avéré. La proposition de Safran est à la fois pragmatique et simple : elle est de s’appuyer sur un système démontré, existant, aux performances avérées et qui est un succès à l’exportation : l’A2SM [Armement Air-Sol Modulaire] », a en effet affirmé M. Saudo.

Selon lui, le dialogue qui a été engagé avec la DGA est « intense » et « extrêmement constructif », ce qui laisse entendre que l’adaptation de l’A2SM « des frappes sol-sol de longue portée » suscite un certain intérêt.

En tout cas, pour le Pdg de Safran, cette solution est un « cas d’école de l’application dde l’économie de guerre », avec une « modalité de développement à la fois agile et rapide, une solution pragmatique et également compétitive puisque, plutôt que de développer un nouveau système, on concilierait l’adaptation d’un système existant tout en étant dans l’autonomie stratégique »

Toujours d’après M. Saudo, il y aurait « beaucoup d’écoute et d’envie autour de cette solution pragmatique » qui « reste à concrétiser » avec les partenaires de Safran, dont Thales.

Pour rappel, l’A2SM [ou ASSM Hammer] est une munition qui été mise en service il y a environ 15 ans au sein de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] et de l’Aéronautique navale. D’une portée de 15 à 70 km [cela varie en fonction de l’altitude à laquelle elle est tirée], elle affiche un taux de réussite de 99%. En outre, elle est très précise grâce à ses kits de guidage [intertiel/GPS, Inertiel/GPS/Infrarouge et Inertiel/GPS/Laser].

Le projet de LPM prévoit l’acquisition d’au moins 13 nouveaux systèmes avant 2030 afin de remplacer les LRU. Et 13 autres entreront en dotation d’ici 2035.

Les industriels en ordre de bataille pour offrir un successeur au LRU

Les industriels en ordre de bataille pour offrir un successeur au LRU


Priorité parmi d’autres de la prochaine loi de programmation militaire pour 2024-2030, le renforcement des feux dans la profondeur au profit de l’armée de Terre est d’ores et déjà dans le collimateur de l’industrie de défense française. Celle-ci a une carte à jouer, à condition d’être au rendez-vous fixé par les armées.

« Compte tenu des retours d’expérience que nous observons dans le contexte de l’Ukraine, cette modernisation de la capacité de frappe longue portée est évidemment indispensable », déclarait ce mardi le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, en audition parlementaire. L’enjeu est d’autant plus grand que le lance-roquettes unitaire (LRU) encore en service au 1er régiment d’artillerie arrive « dans les dernières étapes de son cycle de vie ». Une perspective d’obsolescence encore renforcée par des dons à l’Ukraine qui ont réduit le parc à neuf exemplaires.

« Nous avons des travaux en cours sur la détermination du réel besoin opérationnel », annonçait Emmanuel Chiva. Une enveloppe de 600 M€ est prévue sur la période de la LPM pour doter l’armée de Terre de 13 systèmes « dès 2028 » et garantir « une cible finale qui pourrait atteindre plusieurs dizaines [d’unités] ». 

Deux scénarios sont envisagés : soit acquérir une solution étrangère sur étagère, soit développer un système souverain. Le premier repose sur un système américain HIMARS « qui a l’avantage d’être une solution existante mais qui introduit un risque de dépendance ». Le second misera sur les compétences détenues par les industriels français et européens. « Dans tous les cas, il y a un choix à faire [en matières] de délais et de coûts », pointe le DGA. Le premier point de passage est fixé à 2027, date à laquelle il faudra statuer entre le traitement des obsolescences du LRU ou son retrait définitif au profit d’une nouvelle capacité. Dit autrement, il resterait moins de quatre ans pour construire l’argumentaire qui fera pencher la balance en faveur de la seconde option.

Message reçu dans les rangs industriels. Certains n’ont pas attendu l’expression de besoin pour lancer les travaux et s’assurer d’être force de proposition le moment venu. La DGA est déjà en discussion avec certains grands noms comme Safran, ArianeGroup et MBDA, détaille Emmanuel Chiva. À côté d’un axe de défense sol-air « bien documenté », MBDA a bien pris en compte celui de la frappe dans la profondeur, soulignait hier son PDG, Éric Béranger, lors d’une audition à l’Assemblée nationale conduite en compagnie d’autres grands patrons. « On voit qu’au niveau mondial, c’est le premier axe de développement des États-Unis », poursuit Éric Béranger. Sans nommer les potentielles déclinaisons terrestres, ce dernier estime néanmoins que « la France a vraiment raison d’investir sur cet axe ». 

Même son de cloche du côté de Nexter et Arquus. « Nous ferons, nous avons fait et nous continuerons à faire, avec nos partenaires industriels, des propositions cohérentes avec le besoin et les délais exprimés par les armées », déclarait le PDG du groupe Nexter, Nicolas Chamussy. À la tête d’Arquus, Emmanuel Levacher relève lui aussi « des perspectives intéressantes dans le domaine de l’artillerie ». « Nous sommes le fournisseur du châssis du CAESAR de Nexter et nous comptons aussi nous positionner, pourquoi pas, sur les porteurs pour de l’artillerie longue portée », indique-t-il.

« Le besoin de développement agile pourrait être le symbole du ‘faire autrement’ souhaité par le ministre [des Armées] », poursuit Nicolas Chamussy. Au vu de son calendrier et de sa complexité, la succession du LRU a en effet tout d’un premier test pour des industriels à qui il est demandé de prendre des risques et pour une DGA qui se transforme pour gagner en performance et en agilité.

La DGA n’exclut par une solution « souveraine » pour la future capacité de feux dans la profondeur de l’armée de Terre

La DGA n’exclut par une solution « souveraine » pour la future capacité de feux dans la profondeur de l’armée de Terre

 

https://www.opex360.com/2023/05/03/la-dga-nexclut-par-une-solution-souveraine-pour-la-future-capacite-de-feux-dans-la-profondeur-de-larmee-de-terre/


 

D’après le rapport mis en annexe du projet de Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, les préoccupations exprimées par le général Schill ont été prises en compte puisqu’il y est en effet question de doter l’armée de Terre « d’au moins » treize nouveaux systèmes de frappes dans la profondeur d’ici 2030… et de porter cette dotation à 26 exemplaires à l’horizon 2035.

Cela étant, le sujet du remplacement des LRU n’est pas nouveau. En janvier 2021, dans une réponse à une question écrite d’un député, le ministère des Armées avait expliqué que le renouvellement de cette capacité allait se faire dans le cadre d’un « dialogue » avec l’Allemagne [alors dotée d’un système similaire], tout en soulignant les projets européens FIRES [Future Indirect fiRes European Solutions] et E-COLORSS [European COmmon LOng Range indirect Fire Support System], le second devant permettre de « préparer une solution européenne pour le remplacement du châssis et de la conduite de tir LRU à l’hozizon 2030 ».

La guerre en Ukraine a modifié ces plans… Ainsi, en Allemagne, Krauss-Maffei Wegmann s’est associé à l’israélien Elbit Systems pour proposer un lance-roquette multiple « européen », basé sur le PULS [Multi-Purpose Universal Launching System ou système de lancement universel polyvalent]. Lequel PULS a récemment été choisi par le Danemark et les Pays-Bas. De son côté, Rheinmetall a conclu un accord avec Lockheed-Martin pour produire le M142 HIMARS [High Mobility Artillery Rocket System].

Si autre solution – le K239 Chunmoo sud-coréen, déjà choisi par la Pologne – est sur le marché, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, n’a évoque que le M142 HIMARS pour remplacer le LRU.

« Le principe est qu’on achète français mais il y a toujours eu des exceptions depuis le début de la Ve République », avait dit le ministre, à l’occasion d’une audition parlementaire, en janvier dernier. Et, citant le LRU, « qui n’est pas de marque française », son « remplaçant est plutôt le HIMARS », avait-il ajouté.

À l’Assemblée nationale, le 2 mai, le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, a confirmé l’intérêt pour le M142 HIMARS… tout en esquissant une possible solution « souveraine », qu’elle soit « nationale » ou « européenne ».

« Compte-tenu du retour d’expérience de l’Ukraine, cette modernisation de la capacité de frappe longue portée est évidemment indispensable, d’autant plus que cette capacité LRU française arrive dans les dernières étapes de son cycle de vie et sera bientôt frappée d’obsolescence. Et nous acccentuons cela avec la cession d’un certain nombre de systèmes à l’Ukraine. Donc, bien évidemment, nous avons des travaux en cours sur la détermination du réel besoin opérationnel », a d’abord expliqué M. Chiva.

Pour répondre à ce besoin, a-t-il poursuivi, « nous aurons deux solutions : une première qui consisterait à prendre sur étagère le HIMARS américain », qui a l’avantage d’être sur le marché mais qui « introduit un risque de dépendance », ou de « développer une solution souveraine nationale ou européenne » puisque « nous avons, dans notre Base industrielle et technologique de défense [BITD] des compétences qui existent dans ce domaine ».

Et M. Chiva de citer « MBDA, Ariane et Safran » avec qui la Direction générale de l’armement [DGA] est « déjà en discussion pour une solution nouvelle », laquelle présenterait « l’avantage de préserver notre souveraineté et également de renforcer notre base industrielle, qu’elle soit française ou européenne ».

Quoi qu’il en soit, selon M. Chiva, la décision se fera en fonction des délais et des coûts. « On va demander à nos industriels de faire leur meilleure proposition en fonction de l’expression des besoins pour une solution souveraine. Et nous aurons un point de passage en 2027 », a-t-il dit.

« En tout état de cause, ce qui est prévu, c’est d’avoir 600 millions d’euros consacrés à ce sujet sur la période de la LPM, avec 13 systèmes disponibles dès 2028 et une cible finale qui pourrait atteindre plusieurs dizaines », a ensuite indiqué le Délégué général pour l’armement. En tout cas, a-t-il conclu, « notre savoir-faire sur les programmes des segments de frappe longue portée ‘air’ et ‘naval’ pourrait nous apporter une technologie souveraine pour la frappe longue portée terrestre ».

L’Europe part en recherche de munitions d’artillerie

L’Europe part en recherche de munitions d’artillerie

– Forces opérations Blog – publié le

Qui fournira rapidement des obus d’artillerie de 155 mm à 22 pays européens et à la Norvège ? C’est l’objet d’une demande d’informations (RFI) lancée fin mars par l’Agence européenne de défense (AED), premier jalon vers l’achat conjoint de munitions au profit des stocks nationaux et de l’Ukraine. 

Pas de temps à perdre pour les 24 nations désormais engagées dans une procédure d’acquisition rapide de munitions d’artillerie pilotée par l’AED. Le plan adopté le 20 mars vise en effet à fournir au moins un million de munitions aux forces ukrainiennes dans les 12 mois. Des munitions qu’il faudra en partie produire via l’enveloppe de 1 Md€ débloquée le mois dernier pour réaliser des achats groupés synonymes d’économies d’échelle.

Active jusqu’au 17 avril, cette RFI doit participer à établir un panorama précis des capacités européennes de production. Nul appel d’offres pour l’instant donc, mais plutôt une analyse des marchés européen et norvégien afin d’identifier les industriels susceptibles de participer à l’effort.

Les capacités de l’outil industriel, l’historique des fournitures, la chaîne de sous-traitance, la conformité au Joint Ballistic Memorandum of Understanding (JMBOU) et à d’autres standards OTAN sont scrutés, de même que l’activité au cours des trois dernières années.

La comptabilité avec certains systèmes d’artillerie est en toute logique étudiée de près. Seules quatre références, toutes fournies à l’Ukraine, sont citées : le PzH 2000 allemand, le CAESAR français, le Krab polonais et les Zuzana 2 et 2000 slovaques. Mais un élargissement à d’autres systèmes, tels que l’Archer et l’AS-90, n’est pas exclu.

Le tout permettra à l’EDA de se faire une idée de la solidité financière, du degré de souveraineté et de réactivité d’un fournisseur. La liste d’ « élus » qui en ressortira servira de base de travail pour entamer les négociations en vue de marchés attribués sans passer par une mise en concurrence.

Une LPM « plancher » entre continuité, nouveaux efforts et décalages capacitaires

Une LPM « plancher » entre continuité, nouveaux efforts et décalages capacitaires

par – Forces opérations Blog – publié le

Le projet de loi de programmation militaire pour 2024-2030 sera présenté demain en Conseil des ministres. Un projet « à 413 Mds€ » qui actera les évolutions capacitaires nécessaires au vu du contexte et de l’apparition de nouvelles menaces. Et si le document ne contient aucun renoncement, il entérine par contre certains décalages, notamment au détriment du programme SCORPION. 

Un socle plutôt qu’un plafond

Après une année de travaux, une dizaine de réunions de haut niveau à l’Élysée et deux grands discours présidentiels de cadrage, la 14e loi de programmation militaire française est prête à entamer le processus d’adoption parlementaire qui devrait l’amener à être proclamée d’ici au 14 juillet prochain. 

L’effort s’articulera autour de quatre axes : consolider le cœur de souveraineté, faire face à un conflit majeur, s’adapter aux nouveaux espaces de conflictualité et repenser et diversifier les partenariats stratégiques. Ceux-ci ont été déclinés en une vingtaine de « patchs », des « focus spécifiques dans différents domaines », précise l’entourage du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Ce sont des pointes d’effort sur l’innovation, le spatial, les drones, la défense sol-air, le renseignement, ou encore le modèle RH et le renforcement des soutiens. 

Créditée d’une enveloppe de 413 Mds€, cette LPM « va constituer une augmentation du budget des armées sans précédent », souligne le cabinet ministériel. Les marches successives sont connues : + 3,1 Mds€ l’an prochain, puis des paliers à 3 Mds€ entre 2025 et 2027 et de 4,3 Mds€ à compter de 2028. En fin de LPM, les dépenses militaires françaises atteindront 69 Mds€, près du double de celles allouées en début d’exercice précédent. 

« Cette trajectoire budgétaire est véritablement conçue désormais comme une trajectoire plancher ». Hors de question de rogner les annuités, il s’agira plutôt de maintenir l’exemplarité de la LPM en voie d’achèvement. Voire, parfois, de faire mieux en cours d’exécution en fonction des aléas et besoins. Ce sera déjà le cas cette année, avec une marche à 3 Mds€ que le ministre proposera de rehausser d’1,5 Md€. L’encre n’est pas tout à fait sèche, mais ce premier bonus devrait servir à appuyer le durcissement des armées, notamment par de nouveaux achats de munitions

Plusieurs grands chapitres se précisent. L’innovation, par exemple, sera créditée d’environ 10 Mds€ sur la période. Une enveloppe de 100 Md€ sera fléchée vers les ressources humaines. Si les armées augmenteront légèrement leurs effectifs, c’est bien « la bataille des compétences et la fidélisation » qu’il faudra gagner. Celle de la réserve aussi, avec 40 000 réservistes à engager pour atteindre l’objectif de dédoublement du dispositif. Dernier exemple, une volonté de recomplétion des stocks de munitions créditée de 16 Mds€ sur la période. 

L’investissement financier, sur fonds d’inflation et de crise sociale, n’est pas mince. « Le ministère a parfaitement conscience de l’effort considérable que la nation fait » et entend veiller à ce que cette manne soit « la mieux employée possible ». Le ministre l’a plusieurs fois répété : les industriels devront participer à la dynamique globale pour « que tout cela soit au bon prix et dans des calendriers les plus raisonnables ».

L’artillerie renouvelée, SCORPION décalé

Si l’enveloppe capacitaire n’a pas été détaillés, ce volet majeur sera marqué par « le retour de menaces que l’on a cru un certain temps disparues et, à travers ces menaces, l’apparition de très nombreux sauts technologiques dans certains domaines. Ces sauts technologiques ont malheureusement un coût ».

Côté terrestre, la prévalence porte en grande partie sur le segment de décision. Les travaux relatifs au programme MGCS, potentiel successeur au char Leclerc, se poursuivront. Il s’agira ensuite de muscler et de moderniser « rapidement » l’artillerie grâce à la prochaine génération de canons CAESAR et au renouvellement des feux longue portée. Différents scénarios restent à l’étude pour remplacer des lance-roquettes unitaires (LRU) dont l’obsolescence interviendra en 2027. Aucun scénario n’est écarté, que ce soit l’achat de systèmes HIMARS américain ou la recherche d’une solution souveraine. « Nous faisons travailler nos industriels », explique le cabinet.

La prochaine LPM entérinera par ailleurs l’accélération de la feuille de route « lutte anti-drones », la consolidation du bouclier antiaérien, le développement de la « dronisation » et la poursuite du renouvellement des parcs d’hélicoptères. L’armée de Terre bénéficiera ainsi de 12 Serval LAD en complément des 12 VAB ARLAD déjà en service. S’y ajouteront 24 Serval Mistral pour reconstituer un embryon de défense sol-air terrestre d’accompagnement. En interarmées, le programme PARADE débouchera sur la fourniture de 15 systèmes, soit neuf de plus qu’en fin d’année 2023. Des 5 Mds€ consacrés au renseignement, une partie participera à accélérer le plan d’équipement de l’armée de Terre et à doter le système de drone tactique (SDT) Patroller d’une charge de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM). Toujours dans les airs, l’Aviation légère de l’armée de Terre disposera « de nouveaux Tigre, NH90 et HIL ».

« Même si on abandonne rien, on priorise certains sujets », relève cependant le cabinet ministériel. Pas de renoncements donc, mais « des révisions de cadencement ». Si les cibles restent « quasiment » à l’identique, certaines d’entre elles vont donc s’étaler dans le temps. Comme pressenti, le programme SCORPION de l’armée de Terre n’est pas épargné. Sur les 300 Jaguar attendus, une centaine ne seront pas livrés dans les délais fixés au lancement du programme. Idem pour quelques centaines de Griffon et de Serval dont la livraison est au mieux repoussée à la prochaine LPM. Pour réaliser la soudure, l’armée de Terre devra miser sur l’infovalorisation et l’entrée dans la bulle SCORPION de certains AMX-10RC et VAB Ultima. 

La France va doubler le nombre d’obus de 155 mm livrés à l’Ukraine, en le portant à 2000 par mois

La France va doubler le nombre d’obus de 155 mm livrés à l’Ukraine, en le portant à 2000 par mois

https://www.opex360.com/2023/03/28/la-france-va-doubler-le-nombre-dobus-de-155-mm-livres-a-lukraine-en-le-portant-a-2000-par-mois/


 

D’où le projet « Collaborative Procurement of Munitions » qui, récemment lancé par l’Union européenne [UE] via l’Agence européenne de Défense [AED], vise à permettre à 23 États membres [dont la France] de mutualiser leurs achats de munitions, non seulement pour recompléter leurs stocks mais aussi pour soutenir l’armée ukrainienne, l’objectif étant de livrer à celle-ci au moins un million d’obus de 155 mm dans les douze prochains mois.

En France, le groupe Nexter en produit actuellement 45’000 par an. Et son Pdg, Nicolas Chamussy, a récemment assuré pouvoir augmenter sa capacité de production de 50% d’ici un an et de la doubler en 2025. Ce qui suppose d’importants investissements pour refaire les stocks de matières premières et de poudre, commander de nouvelles machines et former des ouvriers qualifiés.

Ces mesures ont-elles commencé à produire leurs premiers effets? Toujours est-il que, dans un entretien accordé au journal Le Figaro [édition du 28 mars], le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a annoncé que la France allait doubler le nombre d’obus de 155 mm livrés à l’Ukraine à partir de la fin mars, pour le porter à 2000 par mois. « Nous allons aussi livrer des équipements terrestres nécessaires à la contre-offensive » de l’armée ukrainienne, a-t-il aussi promis.

Par ailleurs, M. Lecornu a laissé entendre que Kiev aurait déjà consommé les 200 millions d’euros du fonds de soutien voté par le Parlement à l’occasion de l’examen des crédits de la mission « Défense », dans le cadre de la Loi de finances 2023. On sait que cet argent a notamment servi à commander des CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie] supplémentaires ainsi qu’un radar GM200, produit par Thales. Et, a priori, il est question de réabonder.

« Nous étudions, avec Élisabeth Borne [la cheffe du gouvernement, ndl] le ré-abondement du fonds de soutien à l’Ukraine voulu par la majoritié présidentielle à l’Assemblée nationale, dont les 200 millions ont été intégralement affectés », a en effet affirmé M. Lecornu.

Pour le moment, le montant total de l’aide fournie à l’Ukraine par la France reste à préciser. « Le ‘reporting’ de l’année 2022 n’est pas complétement terminé. Il y a deux types de dépenses : celles qui servent à recompléter du matériel neuf livré, comme les CAESAr ou les munitions, et celle qui visent à remplacer des matériels que nous aurions, quoi qu’il en soit, retirés prochainement de nos armées. […] Nous sommes en train de documenter ces coûts pour les présenter au Parlement », a expliqué le ministre.

En tout cas, le coût de cette aide ne sera pas à la charge du ministère des Armées. « Nous avons proposé à la Première ministre, qui l’a accepté, de sortir de [la] LPM [Loi de programmation militaire] les dépenses liées à l’aide militaire à l’Ukraine », a précisé M. Lecornu.

De nouvelles commandes de munitions attendues pour ce mois-ci

De nouvelles commandes de munitions attendues pour ce mois-ci

 – Forces opérations Blog – publié le 

Entre les obus, les missiles Mistral et autres missiles moyenne portée, plusieurs commandes de munitions ont été anticipées et d’autres vont être actées d’ici peu, annonçait le ministre des Armées ce mercredi au Sénat. Des opérations qui s’accompagnent d’efforts côtés industriels pour accélérer la production. 

Comme annoncé depuis un moment, les armées bénéficieront d’une enveloppe de 2 Md€ cette année pour reconstituer leurs stocks de munitions. Une hausse de 500 M€ par rapport à 2022 et « un effort bienvenu » pour les parlementaires à l’origine d’un rapport sur le bilan de la LPM 2019-2025.

Plusieurs pointes d’effort récentes ou à venir ont été détaillées ce mercredi par Sébastien Lecornu. Après les 5000 obus d’artillerie de 155 mm commandés l’été dernier, 16 000 unités supplémentaires seront acquises ce mois-ci, a-t-il révélé. 

D’autres actions sont prévues en mars, dont la notification de « lettres de commande » pour un volume annuel de 15 000 obus de 155 mm ainsi que pour des missiles sol-air Mistral et antichars MMP. Deux tranches avaient déjà été « anticipées » en décembre 2022 pour les deux derniers, l’une de 29 M€ pour 100 Mistral et l’autre pour 200 MMP. 

Le tout devrait donner de la visibilité à des industriels auxquels il est en échange demandé de s’adapter pour augmenter les cadences de production. Pour le Mistral, par exemple, l’objectif confié à MBDA sera de passer de 20 missiles produits par mois l’an dernier à 40 en 2024. 

Pour le ministre des Armées, cette sortie sur un sujet rarement chiffré servait aussi à rappeler que « quand on dit que l’on fait un retour d’expérience de l’Ukraine, nous le faisons vraiment. Nous n’avons aucune raison de travestir la réalité ». 

« Un tel effort doit être approfondi et amplifié lors de la prochaine LPM afin de gagner en épaisseur et en réactivité. C’est la condition sine qua non pour qu’on ne puisse plus affirmer que ‘la France est prête pour la guerre, mais pas pour une guerre qui dure’ ». Le renforcement des stocks se poursuivra, assurait un ministre qui présentera la « copie munitions » de la LPM 2024-2030 « le moment venu ». 

Crédits image : MBDA

“Le nucléaire ne doit pas être notre ligne Maginot” : les leçons du Sénat sur la guerre en Ukraine

Le nucléaire ne doit pas être notre ligne Maginot” : les leçons du Sénat sur la guerre en Ukraine


Dans un rapport publié ce matin, les sénateurs Cédric Perrin et Jean-Marc Todeschini appellent à tirer les conclusions de la guerre en Ukraine dans la prochaine loi de programmation militaire. Les priorités: l’artillerie, les drones, la défense sol-air, l’aviation de combat et les stocks de munitions.

 

Militaires ukrainiens manipulant un canon Caesar, dans la région du Donbass

Militaires ukrainiens manipulant un canon Caesar, dans la région du Donbass, en Ukraine. 

A. Messinis/AFP

Bientôt un an après le début de l’invasion de l’Ukraine, quels enseignements tirer du conflit pour les armées françaises? Alors que les derniers ajustements et arbitrages de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 sont en cours, la commission de la défense du Sénat s’est livré à l’exercice délicat du Retex (retour d’expérience), cher aux militaires. Le résultat: un rapport d’une cinquantaine de pages, signé par Cédric Perrin (LR, Territoire de Belfort) et Jean-Marc Todeschini (PS, Moselle), et adopté mercredi 8 février en commission de la défense, qui appelle à un “changement de logiciel” des armées françaises.

Quels enseignements tire le document du conflit ukrainien? Il appelle en préambule à garder la tête froide. “La France n’est pas l’Ukraine, ni dans son environnement géostratégique, ni dans les moyens dont elle dispose, écrivent les deux sénateurs. Cette guerre ne doit pas devenir l’alpha et l’oméga de la réflexion stratégique. La guerre qu’il nous faut préparer, c’est la prochaine, qui ne ressemblera probablement à aucune des précédentes.” 

Une dissuasion pas suffisante

La France est un Etat doté de l’arme nucléaire, membre de l’UE et de l’Otan, ce qui le rend difficilement comparable à l’Ukraine, qui n’a pas ces trois garanties. Cela dit, elle ne pourra pas faire l’économie d’une remise en question profonde de son outil militaire. D’abord parce que la guerre en Ukraine, “symétrique, interétatique et de haute intensité, avec une forte attrition” rappelle la nécessité “de disposer de volumes d’équipements et de munitions suffisants”. Ensuite parce que l’hypothèse d’un engagement majeur est crédible. Les auteurs listent trois scénarios plausibles: “la possibilité d’un conflit ouvert entre l’Otan et la Russie”; un engagement majeur dans la zone méditerranéenne; ou un conflit ouvert en Outre-mer.

Face à ces menaces, la dissuasion n’apparaît pas comme une garantie suffisante, indiquent les sénateurs. “Bien que fondamentale, la dissuasion nucléaire ne fournit pas de solution à tous les cas de figure, écrivent-ils. Elle ne doit pas être notre nouvelle ligne Maginot. Ces défis nécessitent une montée en puissance conventionnelle. Coûteux dans leur gestion, les stocks d’équipements militaires ont été sacrifiés depuis la fin de la guerre froide. C’est toute cette logique de gestion en flux tendus et de juste suffisance qui doit être revue.”

Le problème, estiment les rapporteurs, c’est que la LPM en préparation, malgré un investissement prévu de 413 milliards d’euros, risque de ne pas être à la hauteur de l’enjeu. La Revue nationale stratégique (RNS) présentée en novembre, trop générale, “manque d’ambition”, disent-ils. “Il manque un cadrage global de nos ambitions opérationnelles et capacitaires, sur la base de différents scénarios d’engagement des armées à l’horizon de la fin de la décennie.” Soit, en gros, ce que détaillaient les différents Livres blancs sur la défense (2008, 2013…), documents plus volumineux et plus complets que la RNS.

Une “économie de guerre” qui ne décolle pas

Autre limite identifiée par les rapporteurs: le passage à une “économie de guerre”, poussé par Emmanuel Macron, n’est pas vraiment au rendez-vous. L’expression “est excessive au regard des objectifs poursuivis et, surtout, des résultats obtenus à ce jour”, estiment-ils. Certes, l’Etat met la pression sur les industriels pour qu’ils produisent plus vite et moins cher. Mais la puissance publique doit accélérer, assurent les rapporteurs, en prenant des engagements de commandes de long terme. “Sans engagements fermes de l’État, sans contrats-cadres pluriannuels, les industriels continuent à dépendre de l’exportation et ne bénéficient pas de la visibilité nécessaire pour se préparer le cas échéant à monter en puissance”, estiment Cédric Perrin et Jean-Marc Todeschini.

La grande leçon de l’Ukraine, c’est ce que les spécialistes, rejoints par les rapporteurs du Sénat, appellent “le retour de la masse”: la nécessité de redonner du volume à des armées réduites à la portion congrue par les dividendes de la paix. Les formats d’armées attendus pour 2030 (200 chars, 225 avions de combat, dont 185 pour l’armée de l’air) apparaissent trop modestes. “Un plancher de 185 appareils est probablement trop bas, estimait le major général de l’armée de l’air et de l’espace, le général Frédéric Parisot, en juillet 2022 devant les députés de la commission de la défense. Sans doute faudrait-il tendre vers un plancher de 225 avions afin de pouvoir remplir sereinement nos missions.”

Idem pour les matériels navals et terrestres. “Dans l’hypothèse – purement théorique – où la France serait confrontée à un conflit du même type (que l’Ukraine, ndlr), on peut dire approximativement que l’ensemble des chars français auraient été perdus à la fin du mois de mars, l’ensemble des VBCI (véhicules blindés de combat d’infanterie) au début du mois d’avril, l’ensemble de l’artillerie (Caesar + canons AUF1 + lances roquettes unitaires) avant la fin avril et l’ensemble des 1.600 Griffon (blindés de transport) en août“, écrivent les rapporteurs, s’appuyant sur les travaux de Léo Péria-Peigné, chercheur au Centre des études de sécurité du think-tank de l’Ifri (Institut français des relations internationales).

Remuscler la défense sol-air

Les urgences à traiter dans la LPM sont multiples, estime encore le rapport. D’abord, les feux dans la profondeur: nouveaux lance-roquettes unitaires (LRU), canons Caesar supplémentaires. Ensuite, les drones et munitions téléopérées (drones kamikazes). Le document appelle aussi à muscler les défenses sol-air et moyens de lutte anti-drones: “L’armée de l’air dispose aujourd’hui de de 18 systèmes de défense sol-air (8 SAMP/T et 10 Crotale), ce qui est très peu“, souligne les sénateurs. Un investissement important devrait également être consacré aux moyens de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD), largement dégarnis en France depuis la retraite, à la fin des années 90, des missiles antiradars Martel.

Le retour de la masse passe aussi par une politique volontariste de reconstitution de stocks de munitions, estime le rapport du Sénat. Ce dernier appelle à “combiner les anciens et nouveaux équipements, plutôt que d’éliminer systématiquement les anciennes capacités au profit des nouvelles”. Un travail sur les normes est aussi nécessaire pour vérifier qu’elles “sont en adéquation avec la réalité du cycle de vie des munitions et, le cas échéant, des contraintes de la haute intensité”. En clair, certaines munitions, dont la date d’expiration est théoriquement dépassée, peuvent très bien être encore tout à fait fonctionnelles.

Stopper l’opération Sentinelle

Le rapport appelle enfin à relever le niveau de préparation opérationnelle des armées, notoirement insuffisant. Avec une proposition inspirée de celle de la Cour des comptes: arrêter l’opération Sentinelle, qui engage encore environ 10% des 77.000 militaires la force opérationnelle terrestre (FOT).

La France promet 12 CAESAR supplémentaires à l’Ukraine

La France promet 12 CAESAR supplémentaires à l’Ukraine

par – Forces opérations Blog – publié le

La France livrera 12 canons automoteurs CAESAR supplémentaires à l’Ukraine, a annoncé cet après-midi le ministre des Armées Sébastien Lecornu en marge d’un entretien avec son homologue ukrainien, Oleksii Reznikov.

Parmi toutes les urgences évoquées durant cette rencontre bilatérale, la première sur les sol français pour le ministre ukrainien, la fourniture de matériels terrestres majeurs. Bonne nouvelle pour les artilleurs ukrainiens, car une partie des 200 M€ du fonds de soutien spécial « va nous permettre de donner 12 CAESAR supplémentaires à l’Ukraine », déclarait Sébastien Lecornu.

« Nous devons désormais affiner le calendrier de livraison », a complété un ministre qui n’exclut pas « une solution de tuilage avec nos propres stocks si il le fallait ». Dit autrement, le parc français serait provisoirement amputé avant d’être recomplété, manœuvre déjà adoptée pour les dons précédents.

« Je remercie le groupe Nexter qui a entendu le message du gouvernement et du président de la République il y a maintenant plusieurs semaines sur la nécessité de passer à une économie de guerre et d’accélérer le rythme de production. Si ces 12 CAESAR sont possibles, c’est parce que Nexter augmente ses capacités de production », a pointé le ministre des Armées.

Ces CAESAR neufs viennent s’ajouter aux 18 donnés l’an dernier, dont l’un est désormais hors d’usage. « Et il y a de la maintenance à réaliser sur les 17 autres, maintenance liée aux combats ou maintenance liée à l’usure », rappelle le ministre. Plusieurs dizaines de millions d’euros du fonds spécial seront alloués à ces opérations de maintenance. Le sujet sera évoqué demain lors d’un entretien entre les deux ministres et les dirigeants de Nexter.

Combiné aux 19 CAESAR 8×8 promis par le Danemark, l’effort français portera le parc ukrainien à 48 pièces tous modèles confondus. « Une masse qui n’a rien de négligeable », a estimé Sébastien Lecornu.

D’autres besoins urgents ont été abordés, dont les approvisionnements en munitions, notamment permis via le partenariat acté hier avec l’Australie, et en carburants. Le ministre des Armées a ainsi signé la semaine dernière « un don de carburant nouveau » et « va engager des discussions avec ses alliés » pour constituer un stock de missiles suffisant pour les deux systèmes de défense aérienne Crotale fournis à Kiev. Un bouclier bientôt renforcé par un radar GM200 produit par Thales et dont l’acquisition sera entérinée demain.

Le ministre Reznikov s’est par ailleurs félicité « de l’avancement des travaux en cours sur le système SAMP/T ». Une batterie de ce système antiaérien sera fournie en partenariat avec l’Italie, selon des modalités et un calendrier qui doivent encore être précisés.