L’armée est-elle prête à un conflit de « haute intensité » ? Ce qu’ont dit les chef d’état-major aux députés

L’armée est-elle prête à un conflit de « haute intensité » ? Ce qu’ont dit les chef d’état-major aux députés


Devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, les différents chefs d’état-major détaillent les lacunes dont souffre le modèle militaire français et presse le gouvernement à revoir à la hausse le budget alloué au secteur pour être à même de faire face à un conflit de « haute intensité ».

 

Les chefs d'état-major ne cachent pas leurs inquiétudes quant à la possibilité d'un conflit de « haute intensité ».
Les chefs d’état-major ne cachent pas leurs inquiétudes quant à la possibilité d’un conflit de « haute intensité ». (Ludovic MARIN / AFP)

L’entrée des forces armées russes en Ukraine le 24 février replace la probabilité d’un conflit de « haute intensité » au centre des débats dans le secteur militaire français. En juin dernier, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat Christian Chambon expliquait que « l’armée française est une force complète, un modèle composite, pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur », notamment en termes de moyens. À l’occasion des auditions menées à huis clos en juillet par la nouvelle commission de la défense de l’Assemblée nationale, dont les comptes–rendus ont été publiés début août, les différents chefs d’état–major de l’armée française ont levé le voile sur leurs réflexions, relate Le Monde .

Ils ont notamment alerté sur les moyens peu nombreux et vétustes dont dispose l’armée française, et appelé le gouvernement à revoir à la hausse le budget de la défense alloué dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) en cours (2019-2025), dont Emmanuel Macron a promis une « réévaluation ». « Notre capacité à être une force expéditionnaire ne nous rend pas instantanément aptes à conduire une guerre de haute intensité. Le changement d’échelle et le recouvrement des capacités que nous avons éclipsées sont des défis », a déclaré sans détour le général Thierry Burkhard, lors de son audition le 13 juillet, ajoutant que « vingt années de conflits asymétriques (…) ont conduit à des arbitrages réduisant certaines capacités »

Des besoins matériels criants

Malgré une « remontée en puissance » commencée en 2017, le budget français de la défense peine aujourd’hui à atteindre 2 % du PIB, alors qu’il dépassait 3 % dans les années 1980, relate Le Monde. Et c’est dans le domaine des équipements que les gradés ont formulé les plus fortes inquiétudes. S’ils reconnaissent des avancées, ils déplorent des équipements peu nombreux et parfois vétustes. « Parmi les capacités à renforcer, je citerai les capacités de défense sol-air, les drones, les feux dans la profondeur [l’artillerie de longue portée], les systèmes d’information et de communication, le renseignement ou les moyens de franchissement [les barges et ponts flottants] », a listé le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de terre, le 20 juillet.

Aucun corps de l’armée ne semble épargner par ce constat. Les généraux soulignent ainsi la nécessité d’« aller au-delà ». Dans le secteur de l’artillerie longue portée par exemple, la France ne possède que 76 exemplaires du canon autoporté Caesar, dont 18 ont été envoyés en Ukraine. Malgré un complément de 32 pièces d’ores et déjà prévu, une note rédigée au début de l’été par l’Observatoire de l’artillerie, qui regroupe des officiels et des experts, estime à 2015 le nombre nécessaire de ces canons pour que l’armée de terre soit apte à mener un conflit de « haute intensité ».

Dans l’aérien et le naval, la situation est aussi tendue. Depuis 1996, l’armée de l’air a fermé une base aérienne par an et ses effectifs ont chuté de 30 % au cours de la LPM 2014-2019. Un effort jugé « excessif » par le général Stéphane Mille, chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, qui a appelé à « rééquilibrer le modèle » devant les députés, le 20 juillet. L’armée de l’air ne dispose plus que de 195 avions de chasse, soit trois fois moins qu’il y a trente ans. « Sans doute faudrait-il tendre vers un plancher de 225 avions afin de pouvoir remplir sereinement nos missions », a indiqué le général Frédéric Parisot, numéro deux de l’armée de l’air, lors de cette même audition. De même, « depuis 1990, le format de la marine a été réduit de moitié », regrette l’amiral Vandier qui soulignent les « très fortes réductions temporaires de capacités » qui sont à attendre, du fait de l’entretien et de la remise à niveau des battements.

Des revendications « normales »

Le ministère des Armées assure entendre ces revendications. « Le président de la République s’est engagé à réévaluer la LPM en cours au vu de la situation en Ukraine. Il est normal que chacun exprime ses besoins », indique au Monde l’entourage de Sébastien Lecornu, ministre des armées. Le gouvernement a d’ores et déjà pris l’engagement de tenir les échéances budgétaires issues de la LPM 2019-2025 et promet en 2023, une augmentation du budget de la défense de 3 milliards d’euros, pour atteindre un total de 44 milliards. L’exécutif envisage également des « mises à jour » ciblées, en ce qui concerne l’artillerie ou le stock de munitions, qui constitue pour les hauts-fonctionnaires auditionnés une « priorité, pour toutes les armées ».

« Il faut désormais regarder avec lucidité (…) la perspective d’une confrontation globale », a insisté l’amiral Vandier devant la commission de la défense. « Les menaces se multiplient et le passage à l’acte, comme en Ukraine, est une réalité, même en Europe », a mis en garde le général Burkhard, rappelant que « l’emploi désinhibé de la force est redevenu pour beaucoup le mode de règlement des conflits ». De son côté, le ministre des Armées a mis en garde le 7 juillet dernier les militaires : « On peut se demander si un équipement à la pointe technologiquement, mais en faible quantité, est préférable à des matériels nombreux, plus rustiques mais indispensables ».

Pour le chef d’état-major des armées, « opposer l’Otan à l’UE est improductif »

Pour le chef d’état-major des armées, « opposer l’Otan à l’UE est improductif »

http://www.opex360.com/2022/07/04/pour-le-chef-detat-major-des-armees-opposer-lotan-a-lue-est-improductif/


 

« L’Union européenne n’est pas en mesure de défendre le Vieux Continent et ne doit pas affaiblir l’Otan avec sa volonté d’autonomie », avait ainsi déclaré l’ancien Premier ministre norvégien, en mars 2021. Toutefois, il avait dit soutenir les « efforts de l’UE pour ses dépenses de défense, pour se doter de nouvelles capacités et remédier à la fragmentation de l’industrie européenne de la défense, car tout cela sera bon pour la sécurité européenne et pour la sécurité transatlantique. »

Six mois plus tard, M. Stoltenberg affirma qu’il en « croyait pas aux efforts pour créer quelque chose en dehors du cadre de l’Otan, ou pour concurrencer ou dupliquer l’Otan ». D’autant plus, avait-il souligné que « 80% des dépenses militaires » de l’Alliance étaient alors effectuées par des pays non-membres de l’UE.

Quoi qu’il en soit, il a souvent été reproché à la France de chercher à renforcer la défense européenne aux dépens de l’Alliance atlantique. Et ce débat a été ravivé en novembre 2019, avec les propos de M. Macron sur la « mort cérébrale de l’Otan » et son appel au « réveil de l’Europe », celle-ci devant, selon lui, se doter d’une « autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire » tout « rouvrant un dialogue stratégique, sans naïveté aucune […], avec la Russie ».

Depuis, la donne a changé, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le souhait de la Finlande et de la Suède de rejoindre l’Otan. Ce qui, une fois le processus de leur adhésion terminé, fera que seulement quatre pays de l’UE resteront en dehors de l’Alliance [Autriche, Chypre, Irlande et Malte].

Dans un entretien accordé à la revue « European Defence Matters« , publiée par l’Agence européenne de Défense [AED], le chef d’état-major des armées [CEMA], le général Thierry Burkhard, a évoqué les relations entre l’Otan et l’UE, et le positionnement de la France.

« Opposer l’Otan et l’UE est improductif. La pierre angulaire de notre capacité de défense collective est l’Otan. Plus les capacités militaires européennes sont fortes au sein de l’Otan, plus la défense collective est efficale et l’Europe est mieux protégée », a-t-il affirmé.

« L’Otan offre un cadre adapté à l’action militaire, notamment grâce à la standardisation des procédures. Il s’agit d’un socle commun indispensable à l’interopérabilité. La politique européenne de sécurité et de défense commune [PSDC], quant à elle, permet de mettre en oeuvre plus facilement une approche globale. En effet, l’UE dispose également d’outils complémentaires aux seules capacités militaires, comme les sanctions économiques ou les politiques de coopération et de développement. C’est un véritable atout, comme l’a prouvé la réaction européenne à la guerre en Ukraine », a détaillé le général Burkhard.

Cependant, a-t-il continué, « au-delà de la prétendue opposition UE/OTAN, la guerre en Ukraine confirme la nécessité pour les Européens de définir une stratégie à long terme pour assurer la défense de l’Europe. Je suis convaincu que le moment est venu de s’accorder sur des objectifs communs, de renforcer notre solidarité stratégique et de se réorganiser en conséquence ». Et d’ajouter : « La complémentarité entre l’UE et l’OTAN est évidente, y compris vis-à-vis de notre allié américain qui pourrait être contraint de privilégier sa posture dans le Pacifique. »

Dans la suite de cet entretien, le général Burkhard a surtout insisté sur l’acquisition commune de moyens et de capacités militaires au niveau européen.

« Il est primordial de parler de processus communs de passation des marchés et de proposer un cadre incitatif […]. À très court terme, cela pourrait permettre aux États membres de reconstituer leurs stocks de munitions et de remplacer les équipements cédés à l’Ukraine », a fait valoir le CEMA.

Puis, à moyen terme, procéder de la sorte permettrait d’amortir la hausse du coût des matières premières et de l’énergie, et donc à celle des prix de équipements. Enfin, à plus long terme, a-t-il poursuivi, « nous devons investir dans l’autonomie stratégique de l’UE, en concentrant nos efforts sur des capacités de haut niveau » et « essayer collectivement de réduire nos dépendances ».

D’un point de vue militaire, des armées « utilisant des équipements communs seront sans doute beaucoup plus interopérables. Les gains ne sont donc pas que financiers », a fait valoir le CEMA.

Par ailleurs, celui-ci a également estimé qu’il faut rester mesuré face « à l’innovation technologique » car, « lorsqu’elle est fantasmée, elle est souvent source de surcoûts et de retards avant mise en service » et les « effets sont particulièrement dommageables pour un programme d’armement mené dans le cadre d’une coopération ».

Le général Thierry Burkhard nouveau CEMA

Le général Thierry Burkhard nouveau CEMA


Le Mamouth – Publié le 13 juin 2021

https://lemamouth.blogspot.com/2021/06/le-general-thierry-burkhard-nouveau-cema.html


Un communiqué de la minarm confirme à l’instant la nomination du général Thierry Burkhard comme CEMA. Il succèdera “après le 14 juillet” au général François Lecointre, qui aura servi quatre ans à ce poste.

Cette succession était attendue depuis plusieurs mois, même si, comme à chaque fois, celui qui choisit, le présidence de la République et chef des armées, n’avait évidemment pas livré d’indices sur son choix final. A ce stade, on ignore qui lui succèdera à la tête de l’armée de terre, parmi une liste de noms qui comptait aussi aussi bien à l’origine des légionnaires que des marsouins (la piste semble-t-il la plus sérieuse). C’est aussi un marsouin qui deviendra cet été son porte-parole. Le sous-chef opérations de l’EMA pourrait également changer. Autant d’éléments qui vont accélérer les rotations de postes, notamment dans l’armée de terre.

Le général Burkhard (57 ans le 30 juillet prochain) connaît bien l’EMA, notamment son domaine opérationnel : il a servi à trois reprises au CPCO, comme officier de quart (1996-2000) après son début de carrière au 2e REP puis au sein du J3 Europe (2004-2007). Il est ensuite adjoint au conseiller communication du CEMA (2007-2008) avant de prendre le commandement de la 13e DBLE. Son régiment est alors engagé aux frontières du pays, en soutien des forces djiboutiennes.

A l’issue, il revient à l’EMACOM plutôt que de passer par la case CHEM (il est sans doute un des premiers sinon le premier CEMA à ne pas en être issu) et inaugure un style inédit dans la présentation des briefings opérationnels hebdomadaires. Il fait prendre une nouvelle dimension à la communication opérationnelle qui devient incontournable dans les rapports avec les média. La France est alors engagée en Afghanistan, puis au Sahel, avec une montée en puissance des théâtres intérieurs (Guyane, participation à la lutte contre le terrorisme). La communication opérationnelle (dont ceux qui la font sur les théâtres) et les médias sont “essentiels” aux opérations modernes, comme il rappelait encore en décernant le prix Schoendoerffer, jeudi soir.

Thierry Burkhard décroche ses étoiles en 2014, un an après avoir été promu conseiller au coordinateur national au renseignement. Il revient à nouveau au CPCO à l’issue, comme chef conduite (2015) puis chef, pour un an (2017). Inspecteur de l’armée de terre une année, il devient CEMAT à la suite du général Jean-Pierre Bosser. Il y imprime sa marque d’un entraînement plus dur et réaliste, dans une vision stratégique sans doute pensée durant son année d’IAT (si ce n’est avant) mais qui sort finalement à l’été 2020. Mais il lance aussi une prise en compte des champs informationnels qui débouchera sur une expérimentation mené en 2022 par la 11e BP afin de doter à terme tous les régiments de l’armée de terre d’un trio de spécialistes équipés et formés.

Une des rares certitudes de la période à venir est que le désengagement de Barkhane constituera une manoeuvre délicate, comme tout phase de ce type (1). Une cinquième attaque à l’IED en Côte d’Ivoire (la première meurtrière sur les militaires locaux), hier soir, à la frontière avec le Burkina Faso rappelle les dangers de cette zone, qu’emprunteront les convois du désengagement.

Ce dernier permettra aussi de faire reconditionner un certain nombre de matériels (jusqu’à quand?) placés sous pression depuis plus de vingt ans, comme les hélicoptères, les avions de transport. Les personnels aussi : la mécanique de Barkhane, bien huilée, modèle néanmoins en profondeur le principal contributeur (l’armée de terre). 

Les moyens et personnels épargnés pourront ainsi être mobilisés dans la préparation à la haute intensité, une posture qui se décline dans les trois éléments, y peut-être compris, demain, dans l’espace. 

Mes infops et photos sur le twitter @defense137.

(1) et sans doute du fait de très fortes élongations, d’un maintien d’éléments français sur place (alors qu’en 2012, en Afghanistan, la France a tout démontré) et d’une volonté des deux principaux groupes adverses de continuer à marquer des points contre Barkhane.

Général Lecointre : « On ne fait de grandes choses qu’en étant au milieu des hommes, pas au-dessus d’eux »

Général Lecointre : « On ne fait de grandes choses qu’en étant au milieu des hommes, pas au-dessus d’eux »

http://www.opex360.com/2018/12/03/general-lecointre-on-ne-fait-de-grandes-choses-quen-etant-au-milieu-des-hommes-pas-au-dessus-deux/

Le 2 décembre, au lendemain de la manifestation des « gilets jaunes » et des dégâts infligés à l’Arc de Triomphe, la traditionnelle cérémonie de ravivage de la flamme du soldat inconnu s’est tenue dans un climat lourd et solennel, en présence de Geneviève Darrieussecq, la secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, de Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, et du général François Lecointre, le chef d’état-major des Armées [CEMA].

« L’Arc de Triomphe, c’est la République. C’est le soldat inconnu, c’est la mémoire de tous les soldats français qui se sont battus pour que notre pays soit une République, une et indivisible. Donc je suis très traumatisée », a déclaré Mme Darrieussecq. « S’attaquer à l’arc de Triomphe, c’est s’attaquer à la France. Ces gens-là veulent le chaos. Ce n’est pas dans le chaos que nous règlerons les problèmes de notre pays », a-t-il ajouté, avant d’assurer que tout serait mis en oeuvre pour réparer les dégâts.

Le 2 décembre était aussi le 2S 213, c’est à dire le jour anniversaire de la victoire d’Austerlitz… D’où l’hommage qui a été rendu à l’empereur Napoléon Ier, qui repose sous le dôme des Invalides, en présence du général Lecointre. Ce dernier en a fait part via l’une de ses rares interventions sur les réseaux sociaux.

« Les années passent, l’esprit demeure. Ce matin, dans la brume parisienne, Saint-Cyriens de toutes générations, nous nous sommes réunis autour du tombeau de l’empereur sous le dôme des Invalides. Appel des promotions, récitation du poème ‘La Gloire’ et chant de la Galette ont résonné », a relaté le CEMA.

Puis il a terminé son message sur une note qui ne manquera sans doute pas de donner libre court à des interprétations diverses… « Face au monde qui vient, le souvenir d’Austerlitz nous rappelle qu’on ne fait de grandes choses qu’en étant au milieu des hommes, pas au-dessus d’eux », a en effet écrit le général Lecointre, paraphrasant ainsi Montesquieu (*).

 

Étant donné les événements récents, cette citation prend une couleur particulière… Et elle fait écho au discours du général Pierre de Villiers, le prédécesseur du général Lecointre. « Il faut remettre l’homme et la femme au centre. Quelle est la responsabilité fondamentale du chef? C’est le bonheur de l’homme, pas simplement la performance ou la dimension financière. Il faut revenir à l’origine latine du mot : autoritas, élever vers. Non pas en faisant pression sur ses équipes, mais en faisant jaillir d’elles l’initiative, l’imagination, les solutions », a-t-il en effet expliqué dans les colonnes du quotidien « Le Parisien ».

(*) « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux » – Montesquieu – « Sur l’Homme »

Général Lecointre : « Aujourd’hui, je n’ai pas de scénario qui permette de faire face à un conflit de masse »

Général Lecointre : « Aujourd’hui, je n’ai pas de scénario qui permette de faire face à un conflit de masse »

 

Lors de la dernière audition du chef d’état-major des armées [CEMA], le général François Lecointre, à l’Assemblée nationale, le député Thomas Gassilloud a demandé si un « travail de planification » portant « sur des hypothèses plus noires que celles envisagées, qui nécessiteraient une mobilisation allant bien au-delà du contrat opérationnel de nos armées » était actuellement conduit par l’état-major.

En effet, a estimé le parlementaire, si « le pire demeure très improbable, l’histoire, les signes faibles et les nouvelles menaces technologiques nous invitent à la prudence, cela sans même évoquer les déclarations portant sur l’article 5 du traité de l’Atlantique-Nord. »

La question de M. Gassilloud faisait par ailleurs écho à une précédente audition du général Lecointre, au cours de laquelle il avait affirmé que la Loi de programmation militaire 2019-25 ne permettrait pas d’avoir une « armée susceptible d’être engagée seule dans un conflit majeur », même si elle ne sera plus « éreintée, sous-équipée, sous-dotée et sous-entraînée comme aujourd’hui. » Et il avait déclaré qu’elle resterait une « armée des ‘dividendes de la paix’, une armée de temps de paix. »

Mais, au cours de sa dernière intervention devant les députés, le CEMA a semblé regretté les mots qu’il avait choisis quelques semaines plus tôt. « J’ai effectivement dit – et je ne le répéterai pas car cela a fait polémique, ce qui m’exaspère –, que nous étions une armée de temps de paix », a-t-il lâché.

« Je voulais dire par là que notre armée n’est évidemment pas prête à être engagée dans un conflit massif qui nécessiterait une mobilisation générale de la population ; aucun scénario de cette nature n’est à l’étude », a précisé le général Lecointre. « La loi de programmation militaire va nous permettre – et il fallait que nous le fassions – de consolider et de moderniser l’armée, de revenir sur les impasses capacitaires ou les réductions temporaires de capacités que nous avions opérées », a-t-il expliqué.

« Nous sommes une armée de temps de crise, mais pas de temps de grande conflictualité. Nous ne sommes pas en mesure, et nous n’avons pas de scénario prévoyant d’être engagés dans une guerre interétatique massive » a ensuite précisé le CEMA.

Cela étant, la LPM 2019-25 doit permettre de remédier aux déficits et aux ruptures temporaires de capacités laissés par les LPM précédentes. « L’avantage que nous aurons […] sera d’être une armée reconstituée, ayant préservé une base industrielle et technologique de défense de très haut niveau et capable, si nécessaire – si des signes nous laissaient à penser que nous allions vers un conflit majeur –, d’effectuer un effort de montée en puissance majeure », a fait valoir le général Lecointre.

« Mais, je le répète, nous n’en sommes pas là, nous n’imaginons pas aujourd’hui que cela puisse arriver », a-t-il assuré, au sujet de l’éventualité d’un « conflit majeur ». « Voilà ce que signifiait l’expression ‘armée de temps de paix’, que je ne reprendrai pas. Nous restons une armée de temps de crise, nous sommes attentifs à la brutalisation du monde, à ce qui peut se passer demain, mais aujourd’hui je n’ai pas de scénario qui permette de faire face à un conflit de masse », a conclu le CEMA sur ce point.

Pour rappel, devant la même commission parlementaire, le général Pascal Facon, le commandant du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement [CDEC], avait estimé, en septembre, que, « après des années marquées par des conflits asymétriques », il fallait « penser à nouveau à la perspective de conflits de haute intensité, tant dans le domaine de la doctrine, que dans celui de la préparation opérationnelle des forces. »

« Cette possible reprise des combats de haute intensité nous impose d’augmenter les durées de formation, de nous entraîner dans un environnement où la supériorité aérienne est contestée, de combattre dans une ambiance NRBC – nucléaire, radiologique, bactériologique, chimique –, de mettre en œuvre des moyens de sauvegarde face à des moyens d’artillerie ennemis de plus en plus efficaces », avait expliqué le général Facon, pour qui il faudrait par conséquent « disposer d’une capacité à générer et à entretenir une masse, pour conserver une réserve permettant de prolonger une action ou de réagir à celle de l’adversaire. »

Par ailleurs, à propos de cette « brutalisation du monde » qu’il a évoquée plusieurs fois lors de son audition, le général Lecointre a estimé que « l’utilité » du Service national universel [qui relève désormais de l’Éducation nationale, ndlr] serait « de mener une action de cohésion nationale et d’endurcissement, au sens où l’on redonnera du courage et des vertus héroïques à nos jeunes gens et où on leur fera prendre conscience que, dans le monde brutal qui s’annonce, […] il faudra des vertus de cohésion nationale et d’engagement personnel qui dépassent l’individualisme marquant la jeune génération, celle qui l’a précédée et peut-être la mienne aussi. »