“Le retour des conflits de haute intensité pressenti par le général Burkhard face aux dividendes de la paix de monsieur Fabius.” : Lettre ASAF du mois de mars 2022

Le retour des conflits de haute intensité pressenti par le général Burkhard face aux dividendes de la paix de monsieur Fabius.” : Lettre ASAF du mois de mars 2022

 

Le 8 septembre 1993, devant les stagiaires civils et militaires du Centre des hautes études de l’armement (Chear), monsieur François Léotard, alors ministre de la Défense, dénonçait avec force la thèse exprimée par monsieur Laurent Fabius lorsqu’il était premier secrétaire du parti socialiste …

"Le retour des conflits de haute intensité pressenti par le général Burkhard face aux dividendes de la paix de monsieur Fabius." : Lettre ASAF du mois de mars 2022

Le 8 septembre 1993, devant les stagiaires civils et militaires du Centre des hautes études de l’armement (Chear), monsieur François Léotard, alors ministre de la Défense, dénonçait avec force la thèse exprimée par monsieur Laurent Fabius lorsqu’il était premier secrétaire du parti socialiste selon laquelle la France devait désormais, après l’écroulement de l’Union soviétique, savoir engranger « les dividendes de la paix » en diminuant son budget militaire.  Il y aurait un grave risque, expliquait alors  François Léotard, pour notre pays et pour la paix elle-même, à se lancer dans un « désarmement budgétaire ».

S’il a été entendu par les stagiaires du Chear, monsieur Léotard ne l’a guère été par ses amis politiques. En effet, à peine votée, la loi du 2 juillet 1996 relative à la programmation militaire pour la période 1997 à 2002, première loi votée s’appliquant à la nouvelle armée professionnelle décidée  par monsieur Jacques Chirac, président de la République, et annoncée le 22 février précédent, était déjà amputée. Il fallut, sur les injonctions de monsieur Alain Juppé, Premier ministre, dégager 20 milliards de francs d’économie (nous n’étions pas encore passés à l’Euro) sur les quatre premières années d’exécution de la loi.

Dès lors, le budget de la Défense ne cessa de s’éroder jusqu’à l’arrivée de monsieur Emmanuel Macron qui stoppa cette dérive mortifère. Mais les retards accumulés ne pouvaient  plus être instantanément comblés et seuls la durée et le respect des engagements financiers pouvaient les pallier.

Et patatras ! Vingt-cinq ans plus tard, la Russie, encore elle, certes qui n’est plus soviétique, mais qui a à sa tête un nouveau tsar dont l’obsession est de reconstituer l’Empire soviétique, attaque l’Ukraine et menace la paix globale en Europe. Comble d’ironie, il s’agit bien de la Russie dont l’effondrement trop tôt considéré comme définitif avait fourni le prétexte aux fameux « dividendes de la paix ».

L’attaque de l’Ukraine par la Russie était écrite depuis 2014 avec la crise du Donbass voire depuis 2008 avec l’exemple géorgien. Cependant, la diplomatie française et le président de notre République ont inutilement gesticulé devant monsieur Poutine oubliant un adage toujours démontré dans l’Histoire : quand un dictateur parle de paix, il ment, quand il parle de guerre, il dit la vérité.

À l’inverse de tous ces dénis de la réalité, dès son accession à sa précédente  fonction de chef d’état-major de l’armée de Terre, en 2019, l’actuel chef d’état-major des Armées, le général Thierry Burkhard, n’a cessé d’alerter sur le probable retour de conflits où l’on assisterait à une résurgence du combat de haute intensité. Il nous faut, n’a-t-il cessé de répéter, « gagner la guerre avant la guerre ».  Cette forme de dissuasion « classique » sous-entend un effort considérable de « réarmement » comme ce fut le cas pour la mise en place de notre dissuasion nucléaire. On est bien loin des « dividendes de la paix », formule dont l’inanité nous est cruellement démontrée par monsieur Poutine.

Aujourd’hui, les hypothèses du général Burkhard se vérifient. Dès lors, que peut faire la France au plan militaire ? Elle matérialise sa présence dans l’OTAN en éparpillant quelques poignées d’hommes et de femmes dans des pays membres de l’OTAN et frontaliers avec la Russie ou l’Ukraine : présence de 300 hommes et d’un escadron de chars en Estonie, envoi de 500 hommes en Roumanie. On voit bien qu’il s’agit là de gestes symboliques, mais, à la vérité, pourrait-on vraiment faire plus ? Avec une armée de Terre taillée au plus juste depuis sa professionnalisation et ne comptant aujourd’hui que 121 000 personnes (guère plus que la Gendarmerie qui en totalise 101 000), par ailleurs déjà très engagée, pas seulement au Sahel mais armant des bases permanentes en Afrique et déployant des forces de souveraineté Outre-mer, celle-ci est en limite de rupture. Ce qui sera mis là sera forcément pris ailleurs.

À terme quelle est l’issue ? Si l’Union soviétique comptait 360 millions de ressortissants, les Russes ne sont plus aujourd’hui que 144 millions soit l’équivalent des populations cumulées de l’Allemagne et de la France. Par ailleurs la Russie, avec un PIB équivalent à celui de l’Espagne, est un pays pauvre alors que l’Union européenne est la première puissance économique du monde.

Il n’est donc pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que le salut ne peut venir que de là. D’ailleurs, monsieur Poutine, lui, l’a très bien compris. Il s’oppose de toutes ses forces à cette UE démocratique dont le possible effet de contagion sur ses peuples lui fait peur. C’est parce que la démocratie avait atteint l’Ukraine qu’il a décidé de  l’éradiquer.

Par son impuissance face à un homme qui ne raisonne qu’en terme de  rapport de force, l’Europe paie aujourd’hui le relâchement dont elle a fait preuve, collectivement, en matière d’effort de défense pendant des décennies.  Consacrer les moyens nécessaires à sa défense, c’est faire un investissement en faveur de la paix. Les dividendes de la paix dont parlait monsieur Fabius, c’est monsieur Poutine qui aujourd’hui les empoche.

La RÉDACTION de L’ASAF
www.asafrance.fr

Ukraine : la vision et les rappels du CEMA

Ukraine : la vision et les rappels du CEMA

 

 

par le Mamouth – publié le 11 mars 2022

https://lemamouth.blogspot.com/2022/03/ukraine-la-vision-et-les-rappels-du-cema.html#more


Dans un courrier qui n’avait sans doute pas vocation à être rendu public, en tout cas, pas aussi vite, le CEMA livre son appréciation de situation de la guerre entre l’Ukraine et la Russie (qui l’a commencée). Le courrier aux officiers généraux est daté du 9 mars.

Le général Thierry Burkhard, qui avait prophétisé la haute intensité dans sa vision de CEMAT (il y a plus de 3 ans, avant le CEMA en poste…) estime que l’objectif de la Russie est notamment, après la prise de Kiev et du président ukrainien, de “couper en deux les forces ukrainiennes pour empêcher une résistance coordonnée dans la durée“.

Il est clair que Vladimir Poutine a sous-estimé plusieurs points, poursuit-il : la combativité des forces ukrainiennes qui leur permet de mener une résistance efficace, la solidarité européenne extrêmement forte, l’ampleur de l’émotion internationale (à mon sens, encore surestimée tant que les horreurs de la guerre russe ne sera pas bien visible, NDLR)”.

Il est désormais dans une situation stratégique qu’il n’avait sans doute pas anticipée. Alors que l’opération spéciale devait montrer la force de la Russie, c’est l’inverse qui se produit. Cela rend Vladimir Poutine d’autant plus imprévisible (…) Tout peut arriver et nous devons y être prêts.
Pour ce qui concerne la suite des évènements, je considère qu’en dépit de la remarquable résistance dont elles font preuve, les forces ukrainiennes, confrontées à la difficulté de tenir un dispositif étiré, sans réserve opérative, pourraient connaître un effondrement subit. La défense civile -ou territoriale- ne prendra pas pour autant fin, notamment dans les localités assiégées. La guerre pourrait durer. Dans la mesure où le deuxième échelon russe est déjà engagé, Moscou sera contraint de déployer des moyens supplémentaires. Se posera alors la question des armées russes à tenir un tel engagement de manière prolongée, ce qui pourrait ouvrir la porte à des négociations plus équilibrées qu’attendu”.

Plus que jamais, la cohésion nationale est une condition de l’efficacité opérationnelle des armées, dont la mission n’a jamais été aussi claire ni aussi essentielle depuis la fin de la guerre froide : forces conventionnelles et forces nucléaires s’épaulent en permanence“.

Faute d’un accord avec Berlin, l’armée de Terre ne pourra moderniser que 42 hélicoptères Tigre (sur 67)

Faute d’un accord avec Berlin, l’armée de Terre ne pourra moderniser que 42 hélicoptères Tigre (sur 67)

http://www.opex360.com/2022/01/31/faute-dun-accord-avec-berlin-larmee-de-terre-ne-pourra-moderniser-que-42-helicopteres-tigre-sur-67/

 

Les programmes d’armement menés dans le cadre d’une coopération entre la France et l’Allemagne ne sont pas épargnés par les difficultés… faute de pouvoir s’entendre sur les montages industriels, la répartition des charges de travail, les capacités à développer ou bien encore sur les calendriers et les coûts.

Ainsi, le Maritime Airborne Warfare System [MAWS] est compromis, suite à la décision de Berlin d’acquérir cinq avions de patrouille maritime P-8A Poseidon auprès des États-Unis. Le Système de combat aérien du futur [SCAF] est embourbé dans des discussions compliquées entre Dassault Aviation et Airbus. Même chose pour le Main Ground Combat System [MGCS], c’est à dire le char de combat du futur, pour lequel les industriels concernés [Nexter, Krauss Maffei Wegmann et Rheinmetall] peinent à s’entendre.

Cela étant, d’après La Tribune, qui cite le major général de l’armée de Terre [MGAT], le général Hervé Gomart, un document de concept exploratoire concernant le MGCS a été validé par la partie française… qui attend désormais le retour de son homologue d’outre-Rhin. En outre, Paris attend ce qu’en dira la nouvelle coalition gouvernementale au pouvoir à Berlin. Jusqu’à présent, Christine Lambrecht, la ministre allemande de la Défense, n’a rien dit au sujet de ce programme.

Un autre dossier qui pose problème est la modernisation des hélicoptères d’attaque Tigre. Normalement, l’Allemagne en était partie prenante… Seulement, en raison de la faible disponibilité des 53 appareils mis en oeuvre par la Bundeswehr, Berlin a exprimé son intérêt pour le AH-64 Apache américain.

Cette modernisation de l’EC-665 Tigre consiste à le porter au standard Mk3. Elle doit permettre de traiter ses obsolescences tout en le dotant de nouvelles capacités, tant au niveau du combat collaboratif que de l’armement, notamment avec le futur missile MHT [missile haut de trame], développé par MBDA.

Le coût de ce chantier est estimé à 5,5 milliards d’euros. D’où les hésitations allemandes. Cependant, l’Espagne, intéressée par ce programme, a donné son feu vert à la modernisation des 18 Tigre des Fuerzas aeromobiles del Ejercito de tierra [FAMET]. Seulement, la participation de l’Allemagne à ce projet en garantissait l’équilibre économique.

En attendant que le gouvernement change éventuellement d’avis, les ambitions ont dû être revues à la baisse côté français. En octobre dernier, le chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, avait en effet prévenu que, faute d’une participation allemande à ce programme, il ne serait pas possible de moderniser les 67 Tigre de l’ALAT [Aviation légère de l’armée de Terre].

Devant l’Association des journalistes de défense [AJD], rapporte La Tribune, le général Gomart a donné plus de précisions… Ainsi, en l’état actuel de la situation, seulement 42 Tigre pourront être portés au standard MK3. Soit un peu moins des deux tiers de la flotte. Cela étant, la porte est toujours ouverte à une participation allemande…. Du moins jusqu’à l’été prochain. Faute de quoi, il faudra trouver des ressources dans la prochaine Loi de programmation militaire [LPM] pour que les 25 appareils qui resteront alors à moderniser puissent l’être.

Un nouveau CEMAT: le marsouin Pierre Schill succèdera à Thierry Burkhard

Un nouveau CEMAT: le marsouin Pierre Schill succèdera à Thierry Burkhard

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 7 juillet 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/07/07/un-nouveau-cemat-le-general-pierre-schill-succedera-a-thierr-22289.html


C’est officiel, selon le compte-rendu du Conseil des ministres. Le général Pierre Schill succèdera à Thierry Burkhard à la tête de l’armée de Terre (photo 2e RIMa). 

Marié et père de trois enfants, le général Pierre Schill est né le 10 septembre 1967 à Chalons sur Marne (51). Il intègre l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan en 1987 (promotion Lieutenant Tom Morel), puis choisit les Troupes de marine.

Il a régulièrement servi au sein des régiments de la division puis de la brigade d’infanterie de marine. 

Portrait général Pierre Schill.jpgMuté en 1996 au 2e Régiment d’infanterie de marine au Mans, il y exerce les fonctions d’officier traitant au sein du bureau opérations et instruction et est projeté en Albanie. Commandant la 2e compagnie de combat du régiment de 1997 à 1999, il est engagé en RCA. 

Promu lieutenant-colonel en 2004, il est affecté au 3e Régiment d’infanterie de marine à Vannes pour tenir les fonctions de chef du bureau opérations et instruction. Il est engagé comme chef opérations du régiment en Côte d’Ivoire. 

Il commande le 3e Régiment d’infanterie de marine  de 2009 à 2011.

Il est nommé général de brigade à compter du 1er août 2017, date à laquelle il prend le commandement de la 9e Brigade d’infanterie de Marine à Poitiers.

Il est actuellement chef de la division emploi des forces – protection, à l’état-major des armées.

Le général Lecointre va quitter ses fonctions de chef d’état-major des armées

Le général Lecointre va quitter ses fonctions de chef d’état-major des armées

http://www.opex360.com/2021/06/13/le-general-lecointre-va-quitter-ses-fonctions-de-chef-detat-major-des-armees/