L’armée est-elle prête à un conflit de « haute intensité » ? Ce qu’ont dit les chef d’état-major aux députés

L’armée est-elle prête à un conflit de « haute intensité » ? Ce qu’ont dit les chef d’état-major aux députés


Devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, les différents chefs d’état-major détaillent les lacunes dont souffre le modèle militaire français et presse le gouvernement à revoir à la hausse le budget alloué au secteur pour être à même de faire face à un conflit de « haute intensité ».

 

Les chefs d'état-major ne cachent pas leurs inquiétudes quant à la possibilité d'un conflit de « haute intensité ».
Les chefs d’état-major ne cachent pas leurs inquiétudes quant à la possibilité d’un conflit de « haute intensité ». (Ludovic MARIN / AFP)

L’entrée des forces armées russes en Ukraine le 24 février replace la probabilité d’un conflit de « haute intensité » au centre des débats dans le secteur militaire français. En juin dernier, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat Christian Chambon expliquait que « l’armée française est une force complète, un modèle composite, pouvant prendre en charge tout le spectre des missions mais disposant d’une faible épaisseur », notamment en termes de moyens. À l’occasion des auditions menées à huis clos en juillet par la nouvelle commission de la défense de l’Assemblée nationale, dont les comptes–rendus ont été publiés début août, les différents chefs d’état–major de l’armée française ont levé le voile sur leurs réflexions, relate Le Monde .

Ils ont notamment alerté sur les moyens peu nombreux et vétustes dont dispose l’armée française, et appelé le gouvernement à revoir à la hausse le budget de la défense alloué dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) en cours (2019-2025), dont Emmanuel Macron a promis une « réévaluation ». « Notre capacité à être une force expéditionnaire ne nous rend pas instantanément aptes à conduire une guerre de haute intensité. Le changement d’échelle et le recouvrement des capacités que nous avons éclipsées sont des défis », a déclaré sans détour le général Thierry Burkhard, lors de son audition le 13 juillet, ajoutant que « vingt années de conflits asymétriques (…) ont conduit à des arbitrages réduisant certaines capacités »

Des besoins matériels criants

Malgré une « remontée en puissance » commencée en 2017, le budget français de la défense peine aujourd’hui à atteindre 2 % du PIB, alors qu’il dépassait 3 % dans les années 1980, relate Le Monde. Et c’est dans le domaine des équipements que les gradés ont formulé les plus fortes inquiétudes. S’ils reconnaissent des avancées, ils déplorent des équipements peu nombreux et parfois vétustes. « Parmi les capacités à renforcer, je citerai les capacités de défense sol-air, les drones, les feux dans la profondeur [l’artillerie de longue portée], les systèmes d’information et de communication, le renseignement ou les moyens de franchissement [les barges et ponts flottants] », a listé le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de terre, le 20 juillet.

Aucun corps de l’armée ne semble épargner par ce constat. Les généraux soulignent ainsi la nécessité d’« aller au-delà ». Dans le secteur de l’artillerie longue portée par exemple, la France ne possède que 76 exemplaires du canon autoporté Caesar, dont 18 ont été envoyés en Ukraine. Malgré un complément de 32 pièces d’ores et déjà prévu, une note rédigée au début de l’été par l’Observatoire de l’artillerie, qui regroupe des officiels et des experts, estime à 2015 le nombre nécessaire de ces canons pour que l’armée de terre soit apte à mener un conflit de « haute intensité ».

Dans l’aérien et le naval, la situation est aussi tendue. Depuis 1996, l’armée de l’air a fermé une base aérienne par an et ses effectifs ont chuté de 30 % au cours de la LPM 2014-2019. Un effort jugé « excessif » par le général Stéphane Mille, chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, qui a appelé à « rééquilibrer le modèle » devant les députés, le 20 juillet. L’armée de l’air ne dispose plus que de 195 avions de chasse, soit trois fois moins qu’il y a trente ans. « Sans doute faudrait-il tendre vers un plancher de 225 avions afin de pouvoir remplir sereinement nos missions », a indiqué le général Frédéric Parisot, numéro deux de l’armée de l’air, lors de cette même audition. De même, « depuis 1990, le format de la marine a été réduit de moitié », regrette l’amiral Vandier qui soulignent les « très fortes réductions temporaires de capacités » qui sont à attendre, du fait de l’entretien et de la remise à niveau des battements.

Des revendications « normales »

Le ministère des Armées assure entendre ces revendications. « Le président de la République s’est engagé à réévaluer la LPM en cours au vu de la situation en Ukraine. Il est normal que chacun exprime ses besoins », indique au Monde l’entourage de Sébastien Lecornu, ministre des armées. Le gouvernement a d’ores et déjà pris l’engagement de tenir les échéances budgétaires issues de la LPM 2019-2025 et promet en 2023, une augmentation du budget de la défense de 3 milliards d’euros, pour atteindre un total de 44 milliards. L’exécutif envisage également des « mises à jour » ciblées, en ce qui concerne l’artillerie ou le stock de munitions, qui constitue pour les hauts-fonctionnaires auditionnés une « priorité, pour toutes les armées ».

« Il faut désormais regarder avec lucidité (…) la perspective d’une confrontation globale », a insisté l’amiral Vandier devant la commission de la défense. « Les menaces se multiplient et le passage à l’acte, comme en Ukraine, est une réalité, même en Europe », a mis en garde le général Burkhard, rappelant que « l’emploi désinhibé de la force est redevenu pour beaucoup le mode de règlement des conflits ». De son côté, le ministre des Armées a mis en garde le 7 juillet dernier les militaires : « On peut se demander si un équipement à la pointe technologiquement, mais en faible quantité, est préférable à des matériels nombreux, plus rustiques mais indispensables ».

32 propositions pour préparer la France au conflit de haute intensité

32 propositions pour préparer la France au conflit de haute intensité


Jean-Louis Thiériot (LR) est rapporteur avec Patricia Mirallès, député (LRM) de l’Hérault (1), de la Mission d’information de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale sur la préparation à la haute intensité. Il tire la sonnette d’alarme : les armées françaises ne sont pas prêtes à faire face à un conflit d’envergure. Découvrez ci-dessous les 32 propositions de cette mission d’information pour permettre à la France d’être à la hauteur de son histoire et de son destin.

  1. Élaborer un nouveau livre blanc, et plus généralement doter la France d’une grande stratégie intégrée.
  2. Conserver l’objectif d’un modèle d’armée cohérent, crédible, permettant d’être nation-cadre, et la priorité au maintien de la supériorité informationnelle.
  3. Développer une politique ambitieuse d’interopérabilité, en utilisant l’intelligence artificielle pour favoriser l’échange de données, en organisant davantage d’exercices interalliés, en recherchant la participation de nos alliés européens à nos opérations, en assurant une veille juridique et technologique, en particulier à l’égard des États-Unis pour anticiper les évolutions capacitaires.
  4. Consentir un effort financier immédiat pour :
    • la reconstitution des stocks de munitions et des stocks initiaux de projection ;
    • l’entraînement et la numérisation des soutiens ;
    • les infrastructures numériques ;
    • la constitution de « plots » prépositionnés d’équipements pour les forces terrestres.
  1. Honorer le socle d’emplois militaires dans les services de soutien.
  2. Intégrer les soutiens aux prochains exercices interarmées de grande ampleur comme Orion 2023.
  3. Poursuivre le renouvellement des deux composantes de la dissuasion.
  4. Augmenter le format de l’aviation de chasse à 215 appareils et porter le nombre de ravitailleurs à 22.
  5. Porter à 18 le nombre de frégates de premier rang en s’appuyant sur le programme européen European Patrol Corvette.
  6. Utiliser tout le potentiel de la robotisation pour acquérir de la masse en poursuivant le développement des drones terrestres, aériens et de surface et en facilitant la qualification des drones aériens embarqués.
  7. Développer une large gamme de systèmes de lutte anti-drones pour les forces terrestres et les forces aériennes, permettant un équilibre entre rusticité et haute technologie.
  8. Planifier la prise en charge de blessés en nombre avec les hôpitaux civils et organiser des exercices, par exemple en marge d’Orion 2023.
  9. Renforcer les capacités nécessaires à la défense sol-air basse altitude (radars, systèmes d’armes sol-air).
  10. Préparer le renouvellement du segment lourd et la robotisation des forces terrestres.
  11. Renforcer les capacités de frappes dans la profondeur.
  12. Se préparer à combler les lacunes du génie, notamment divisionnaire.
  13. Reconstituer le système d’armes du maintenancier (dépanneur Leclerc, porteur polyvalent lourd de dépannage, magasins, des containeurs mobiles).
  14. Devenir une puissance militaire spatiale de premier rang en poursuivant la recherche de redondance grâce au secteur civil et le développement de patrouilleurs spatiaux.
  15. Créer une cellule à vocation interministérielle chargée de planifier une remontée en puissance de l’industrie de défense et un passage en économie de guerre, avec la direction générale de l’armement, et pré-contractualiser sur la base de scénarios.
  16. Lancer un appel d’offres pour la constitution d’opérateurs privés de stockage stratégiques mutualisés (dont poudre, composants électroniques, produits de santé, produits alimentaires de base) avec la garantie de l’État.
  17. Engager, dès le début de la prochaine législature, des missions d’information sur les relations civilo-militaires, la guerre cognitique, les sociétés militaires privées, les conditions de la décentralisation de la prise d’initiative dans les armées.
  18. Susciter une réflexion au niveau européen sur la lutte contre les lois extraterritoriales ainsi que sur l’amélioration du droit des affaires européen et la constitution de stocks stratégiques.
  19. Appuyer la politique promue par le commissaire en charge de l’industrie et de la défense d’augmenter la part de semi-conducteurs produits en Europe.
  20. Créer une cellule chargée spécifiquement de suivre et d’influencer les processus d’élaboration des normes internationales susceptibles d’affecter la défense.
  21. Encourager le développement de capacités de transport stratégique au niveau européen, notamment le projet d’avion-cargo européen.
  22. Renouveler la défense opérationnelle du territoire en s’appuyant davantage sur les réserves.
  23. Poursuivre la rénovation de la formation militaire supérieure en développant les compétences juridiques.
  24. Compléter la formation éthique et historique des soldats pour mieux les préparer à des conflits plus durs.
  25. Protéger les familles de militaires contre la désinformation, en s’inspirant des pratiques en vigueur dans les forces spéciales, en particulier en développant le lien entre les bureaux « environnement humain » et les familles.
  26. Créer des mécanismes de solidarité par bassins géographiques, anticiper des dispositifs de prise en charge des enfants en urgence pour les couples de militaires.
  27. Conforter les forces morales en renforçant les représentations populaires des armées et des conflits futurs, en poursuivant les efforts en faveur du renforcement du lien armées-Nation et en formant effectivement les professeurs aux enjeux de défense.
  28. Encourager la montée en puissance du SNU financé par des moyens ad hoc et capitaliser sur son potentiel de sensibilisation de la jeunesse aux enjeux de Défense.

1- Patricia Mirallès est également vice-présidente de la Commission.

Exercice HEMEX ORION 2023 – Réussir à faire les choses en grand et le faire savoir (+MAJ)

Exercice HEMEX ORION 2023 – Réussir à faire les choses en grand et le faire savoir (+MAJ)

Mars attaque – publié le 26 mars 2022

Durant les premiers mois de 2023 devrait se dérouler en France l’exercice ORION, grand exercice de niveau division, qui doit faire la démonstration des capacités françaises dans le domaine, et donnera l’occasion d’un nouvel état des lieux et d’un point d’avancement sur certains chantiers de régénération et de modernisation, notamment, des forces terrestres. ORION étant l’acronyme pour Opération d’envergure pour des armées résilientes, interopérables, orientées vers la haute intensité, et novatrices“. #passionacronyme Dans la continuité de précédents jalons récents, comme l’exercice Warfighter 21-4 mené l’année dernière aux États-Unis.

Cet exercice, complexe, s’inscrit dans une actuelle hausse de l’effort de préparation opérationnelle, afin que les forces terrestres soient mieux préparer. Et qu’elles se préparent à des opérations relativement différentes dans la forme de celles connues au cours des dernières années. Avec des engagements plus durs, des changements d’échelles, et dans différents champs. D’où le renforcement nécessaire des moyens consacrés à la préparation opérationnelle, avec un changement d’échelle des exercices, en rehaussant les difficultés (une durée des exercices s’allongeant, une coordination nécessaire de diverses capacités, des forces adverses renforcées, etc.) et l’ampleur : “La haute intensité, ce n’est pas que le nombre de chars. C’est la saturation dans tous les domaines : flux logistiques, nombre de blessés, flux électromagnétiques… C’est le retour de la masse : il faut pouvoir s’entraîner avec de plus gros volumes de forces“, expliquait le général Vincent Guionie, commandant des forces terrestres françaises.

Comme le précise un rapport parlementaire, reprenant l’idée de manœuvre générale de l’armée de Terre à propos de la préparation opérationelle : “Certains domaines comme la cyberdéfense, la lutte anti-drones, la navigation terrestre ou la prise en compte des effets dans les champs immatériels sont désormais associés à tous les niveaux de la programmation opérationnelle et intégrés systématiquement dans l’élaboration des exercices interarmées ou interalliés. En outre dans le cadre de la Haute Intensité, l’armée de Terre opère un durcissement de l’entraînement des forces terrestres. Elle augmente la complexité de ses entraînements par la constitution d’une force d’opposition à niveau égal, apte à la défier dans tous les domaines du combat mais aussi par la réalisation de grands exercices du niveau divisionnaire, dont la première occurrence, ORION, se tiendra en 2023. Par ailleurs, elle adapte les conditions intellectuelles et matérielles de sa préparation opérationnelle, en mettant en œuvre de nouvelles méthodes de formation et d’entraînement fondées sur la maîtrise de la technologie, la résilience face à sa disparition, l’initiative et l’endurance“.

D’un déroulé longue durée

L’exercice HEMEX-ORION (HEMEX pour Hypothèse d’engagement majeur – Exercice) est prévu en plusieurs temps, entre février et mai 2023, avec quatre séquences principales :

  • La phase O1 consistant en une période de planification opérationnelle ;
  • L’activité O2 comprenant la projection et l’intervention d’une force équivalente à l’Échelon national d’urgence (ENU), récemment modernisé, qui garantit une capacité de réaction autonome aux crises ;
  • La phase O3 prenant la forme d’un séminaire interarmées et interministériel, permettant d’étudier l’adaptation de la posture opérationnelle de défense en cas d’affrontement majeur (s’appuyant potentiellement sur des moyens de Wargaming) ;
  • La phase O4, à partir d’avril, qui verra l’engagement en coercition, à terre, d’une division multinationale après une campagne aérienne censé permettre la conquête de la supériorité aérienne et son maintien.

Il s’agira, sous la houlette de la 3è division, de remettre à la fois la brigade au cœur du déploiement (niveau rarement vu ces dernières années en entier), la division comme intégrateur des effets interarmes-interarmées sur les lignes de fronts comme sur les arrières, et, globalement, de faire effort important sur les soutiens. Plus que de se concentrer sur une période plus ou moins longue, il est prévu de l’inscrire dans un temps long, représentatif d’une montée des tensions, et d’un passage de la phase de contestation à celle de l’affrontement, selon le triptyque cher à l’actuel chef d’état-major des armées. Comme le résume en interview le commandant des forces terrestres, le général Guionie : “L’exercice Orion sera un rendez-vous majeur qui, durant quatre mois, va nous permettre de retranscrire tout l’enchaînement d’une crise. La séquence majeure pour l’armée de Terre étant la dernière, à savoir celle qui se déroulera au mois d’avril. Cette phase verra le déploiement d’une division dont l’objectif sera de figer une situation et d’empêcher un adversaire de mettre en œuvre une politique du fait accompli“.

Rapport d’information sur la préparation à la haute intensité (Assemblée nationale, 17 février 2022)

Rapport d’information sur la préparation à la haute intensité (Assemblée nationale, 17 février 2022)

 

L’hypothèse d’un conflit de haute intensité ne peut plus être exclue. En toute rigueur, elle n’est pas non plus la plus probable. Mais elle constitue un repère structurant pour guider les décideurs dans l’orientation de l’appareil de défense et de sécurité. Les rapporteurs concluent du développement sans précédent de pratiques dites « hybrides » (manipulation l’opinion publique par de fausses nouvelles, attaques cyber non revendiquées, recours à des acteurs par procuration, arsenalisation des dépendances, notamment économiques, instrumentalisation du droit) que le renforcement des capacités de renseignement restera un impératif pour dissiper ce qu’ils appellent « le brouillard des intentions ». Au plus vite. Car c’est notamment dans ce brouillard, que la violence pourra prospérer.

Les rapporteurs ont listé cinq caractéristiques des conflits de haute intensité : outre le brouillard des intentions, ils signalent :

  • la fin d’un relatif confort opératif, avec la perte de la supériorité aérienne et la généralisation des pratiques de brouillage des signaux électroniques et satellitaires sur les théâtres ;
  • une forte attrition en hommes et en matériel, en rupture avec les données de la planification depuis trente ans ; révélée par des conflits comme celui du Haut-Karabakh ou des exercices interalliés comme Warfighter (1 700 morts) ou Polaris (400 marins tués ou disparus) ;
  • une incertitude quant à la durée de la confrontation, le conflit pouvant s’éterniser, traverser d’autres phases ;
  • une population civile à la fois victime et instrument de la guerre, par le truchement des réseaux sociaux et d’autres outils d’influence.

La perspective d’un conflit de haute intensité éclaire donc d’un jour nouveau les évolutions souhaitables de la défense. Les rapporteurs ont identifié neuf enjeux pour vaincre dans les conflits de haute intensité :

  • l’anticipation, autrement dit le « gagner la guerre avant la guerre » du chef d’état-major des armées ;
  • la réactivité, puisqu’il apparaît qu’on n’« aura pas six mois » ;
  • l’interopérabilité, pour continuer à pouvoir intervenir avec des alliés qui seuls pourront apporter toute la masse nécessaire ;
  • la masse pour permettre dès aujourd’hui un meilleur entraînement, donner de la résilience et éviter d’être étiré sur plusieurs fronts au prix de la victoire ;
  • l’épaisseur, autrement dit notre capacité à durer ;
  • l’arbitrage entre technologie et rusticité, autrement dit le mix capacitaire ;
  • la synchronisation des effets, censée être permise par le « combat collaboratif » ;
  • les compétences, dont les armées auront besoin ;
  • les forces morales, des militaires et de la Nation dans son ensemble.

 

Lire et télécharger le Rapport d’information

Rapport-information en conclusion des travaux d’une mission d’information (1)sur la préparation à la haute intensité 17 02 2022

Un rapport plaide pour un sursaut capacitaire de la Marine nationale afin de faire face aux défis en Méditerranée

Un rapport plaide pour un sursaut capacitaire de la Marine nationale afin de faire face aux défis en Méditerranée



 

Disputes territoriales alimentées par les convoitises de ses ressources, notamment d’hydrocarbures, durcissement des politiques d’affirmation de puissance, qui va de pair avec un réarmement significatif de certains pays riverains, instabilité dû à la situation en Libye et des conflits gelés [comme au Sahara occidental], risque de terrorisme maritime, instrumentalisation des flux migratoires dans le cadre d’une stratégie dite de « guerre hybride », trafics de drogue et d’armes, remise en cause du droit international, questions environnementales… « La zone Méditerranée sera le défi des prochaines années tant les facteurs de crise qui s’y conjuguent sont nombreux », avait affirmé le président Macron, en juillet 2020. Et, sur ce point, il est difficile de lui donner tort.

Seulement, pour faire face à de telles menaces, les forces françaises souffrent de déficits capacitaire qu’il devient urgent de combler, même si le renouvellement de certains moyens a déjà été engagé à la faveur de l’actuelle Loi de programmation militaire [LPM]. C’est en tout cas l’appel lancé par les députés Jean-Jacques Ferrara et Philippe Michel-Kleisbauer, dans un rapport qu’ils viennent de publier au nom de la commission de la Défense nationale.

Ces déficits capacitaires ont été mis en exergue par l’important exercice naval Polaris, qui, organisé par la Marine nationale, a eu lieu en Méditerranée, entre le 27 novembre et le 3 décembre 2021, avec une vingtaine de navires, dont le porte-avions Charles de Gaulle et le porte-hélicoptères amphibie [PHA] Tonnerre. Des forces navales étrangères y avaient été conviées.

Cet exercice reposait sur un scénario de « guerre complète entre deux forces symétriques déployées dans un affrontement de haute intensité, plongeant les unités dans la fulgurance des frappes ainsi que le brouillard de la guerre, épaissi par les attaques cyber, la désinformation, les brouillages radio, radar ou GPS ou encore la perte des communications satellites ».

Un précédent rapport, dédié à l’engagement de haute intensité, avait déjà indiqué que, à l’issue de cet exercice, huit navires avaient été fictivement mis hors de combat. Celui de MM. Ferrara et Michel-Kleisbauer livre d’autres détails.

Ainsi, citant le contre-amiral Emmanuel Slaars, les deux députés expliquent que Polaris 21 « a confirmé l’importante valeur ajoutée du groupe aéronaval, ainsi que la complémentarité entre l’aviation embarquée et les hélicoptères, en dépit des problèmes de disponibilité bien connus des NH-90 » et que la capacité d’embarquer des drones à bord des navires constituerait un « un atout stratégique » dans un conflit de haute intensité. Mais cet exercice a aussi permis de constater que les « axes principaux de développement » à privilégier portent sur les « capacités de nos missiles anti-navires, le volume de nos stocks de munitions ainsi que la nécessité de renforcer la sécurité de nos systèmes de communication ».

« En cas de conflit de haute intensité, l’exercice Polaris a rappelé combien nos missiles anti-navires, tels que l’Exocet, étaient devenus peu compétitifs face aux missiles supersoniques de nos compétiteurs », a d’ailleurs insisté M. Michel-Kleisbauer, lors de l’examen du rapport en commission.

Plus généralement, les rapporteurs estiment que, pour être en mesure d’anticiper et de prévenir les crises, il est nécessaire de faire un effort supplémentaire en matière de renseignement, qu’il soit d’origine humaine [ROHUM] ou d’origine électro-magnétique [ROEM].

« Il y a d’abord urgence à accroître les capacités de renseignement d’origine électromagnétique des drones Reaper actuellement en parc. Sans cesse retardé, l’ajout d’une charge utile de renseignement d’origine électromagnétique est d’autant plus nécessaire que l’actualisation de la programmation militaire décidée par le gouvernement au printemps 2021 s’est accompagnée du retrait anticipé des C-160 Transall Gabriel, dont l’efficacité était unanimement reconnue, y compris par nos alliés les plus exigeants », affirment en effet les deux députés.

Or, selon eux, l’engagement d’un MQ-9 Reaper de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] dans l’opération européenne Irini, lancée pour surveiller l’embargo sur les armes destinées à la Libye, n’aurait pas donné « satisfaction lors des phases de survol de la mer ». Aussi, il « convient, d’une part, d’en accroître les performances et, d’autre part, de veiller à ce que le développement de l’Eurodrone tienne compte des besoins de survol maritime », font-ils valoir.

Sur ce point, M. Ferrara a indiqué qu’il est « envisagé d’acquérir sur étagère des drones, en attendant que soit disponible le drone MALE européen » car « il y a certainement une urgence dans ce domaine ».

Toujours en matière de drones, les rapporteurs recommandent l’accélération le programme SDAM [système de drone aérien marine], afin de permettre à la Marine nationale de « rattraper le retard qu’elle a accumulé en la matière sur certains de ses concurrents ».

Quant aux capacités de combat, la question du format de la flotte de surface de la Marine devra, à un moment ou un autre, être posée… tant il est évident que le nombre de quinze frégates de premier rang est insuffisant. Les rapporteurs notent d’ailleurs qu’un tel débat a été tranché en Italie.

« En 2030, les Italiens auront ainsi 19 frégates, tandis que la France n’en aura que 15. Il est donc nécessaire de rester au niveau des Italiens, voire de les dépasser », a estimé M. Michel-Kleisbauer, devant ses collègues. « Une réflexion sur l’accroissement du nombre de nos bâtiments de premier rang, notamment les frégates, parait nécessaire en vue de consolider la position de la marine nationale, au regard du réarmement naval des puissances en Méditerranée », lit-on également dans le rapport.

Celui-ci plaide également pour accélérer la commande et la livraison des patrouilleurs océaniques, les avisos [ou patrouilleur de haute-mer] qu’ils doivent remplacer étant à bout de souffle alors que leur mission principale et de sécuriser les approches maritimes. « Au titre de la préservation de nos capacités de projection, l’accélération du programme des bâtiments ravitailleurs de force [BRF] serait opportune, afin de remédier à la réduction de capacité de 50 % des bâtiments de commandement et de ravitaillement [BCR] jusqu’en 2027 », ajoute-t-il.

Et dire qu’à la fin des années 2000, il était question de doter la Marine nationale de 17 frégates multimissions [FREMM], qui se seraient ajoutés aux deux frégates de type Horizon… Et que le programme BATSIMAR [Bâtiments de surveillance et d’intervention maritime] devait permettre le renouvellement des patrouilleurs outre-Mer et celui des patrouilleurs de haute-mer [des navires essentiels à la dissuasion nucléaire puisqu’une de leurs missions est « blanchir » les approches de l’Île-Longue, où sont basés les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ndlr]. Pour des raisons budgétaires, les objectifs furent revus à la baisse ou repoussés à des jours meilleurs. Et comme le dit la fable, « la Cigale, ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue »…

Un effort de 20 à 30 Mds€ est nécessaire pour se préparer à la haute intensité selon un rapport parlementaire

Un effort de 20 à 30 Mds€ est nécessaire pour se préparer à la haute intensité selon un rapport parlementaire

par

Entre 20 à 30 Mds€ sur la prochaine loi de programmation militaire, c’est l’enveloppe complémentaire requise pour préparer les armées françaises à un éventuel conflit de haute intensité, estiment les députés Jean-Louis Thiériot (LR) et Patricia Mirallès (LREM), co-auteurs d’un récent rapport d’information sur le sujet.

La « fin d’un certain confort opératif »

L’ordre international en place depuis 1945 est désormais « contesté par des puissances révolutionnistes insatisfaites d’un système qui lui confère des garanties de sécurité ou de développement jugées insuffisantes et des normes philosophico-politiques jugées décadentes », rappelle Patricia Mirallès. L’évolution est significative pour la France, dont l’outil de défense est tourné depuis 30 ans vers le maintien de la paix et la lutte anti-terroriste.

Il faut attendre l’actualisation stratégique de 2021 pour que le ministère des Armées évoque un risque d’affrontement entre grandes puissances, conflit dont les implications ont ensuite été précisées dans le dernier concept d’emploi des forces. « En somme, la France pourrait s’engager dans un conflit d’intensité temporairement seule ou aux côtés de ses alliés pour mettre fins à des actions déstabilisatrices de l’ordre national particulièrement préjudiciable à ses intérêts, ceci incluant l’intégrité territoriale des pays de l’Union européenne », résume Jean-Louis Thiériot.

Pour les armées, confrontées à un adversaire susceptible de combattre dans tous les champs de la conflictualité, cela signifie « la fin d’un certain confort opératif » et un éventuel retour vers « une forte attrition en hommes et en matériels », données quasiment absentes de la planification depuis plusieurs décennies. En extrapolant à partir de taux d’attrition constatés lors de conflits symétriques modernes, les rapporteurs estiment ainsi que « l’aviation de chasse française pourrait être réduite à néant en cinq jours ».

Un tel constat prévaut également à terre et en mer. Dans le domaine terrestre, l’exercice Warfighter conduit début 2021 aux États-Unis a entraîné fictivement la mort d’un millier de soldats et davantage de blessés en 10 jours de combat. « Une frappe de drones, en particulier, a provoqué la mort de 800 soldats », pointe Patricia Mirallès. Au terme de l’exercice Polaris de la Marine nationale, organisé à l’automne dernier, sept à huit bâtiments avaient été détruits, dont deux frégates envoyées par le fond et deux autres neutralisées en 15 minutes, « soit entre 200 et 400 marins tués ou disparus ».

Parce qu’il est multiforme, le conflit de haute intensité induit une incertitude quant à sa durée. À l’épuisement probablement rapide des ressources pourraient succéder un appel aux Alliés ou une remontée en puissance synonymes d’enlisement. Qu’importe le scénario, les rapporteurs relèvent une dizaine d’enjeux auxquels les armées doivent répondre. Ce sont les enjeux de l’interopérabilité, de la masse ou encore de l’épaisseur, « produit de la masse et de la résilience du soutien ». Ce sont aussi les questions d’anticipation, de synchronisation des effets et de réactivité. En cas de conflit, « on aura pas six mois ». « Les durées de conflits et les préavis des contrats opérationnels paraissent ainsi irréalistes », d’où des leçons à tirer pour les stocks, les formats d’armées et les modules de décision.

Un effort de 20-30 Mds€ sur la prochaine LPM

Si la LPM 2019-2025 répare et modernise grâce aux 215 Mds€ investis sur sept ans, le renforcement proprement dit de l’outil de défense n’est envisagé qu’après 2030. « La hausse de notre effort de défense doit être poursuivie », martèlent des députés selon qui le respect des prochaines marches de 3 Mds€ du budget annuel « est un minimum ».

« Le plus dur est devant nous », souligne Jean-Louis Thiériot, pour qui « un effort autrement plus élevé que celui qui est déjà fait aujourd’hui sera nécessaire pour amener le modèle au niveau requis par la haute intensité ». En restant « tout à fait raisonnable », les besoins complémentaires pour conserver un modèle complet et éviter l’échantillonaire peuvent être évalués à entre 20 et 30 Mds€ « rien que pour la prochaine loi de programmation militaire ». Ce qui mène « au doigt mouillé » à consacrer 2,5% du PIB à la défense. Cela paraît immense, mais ce sursaut, « pas délirant » et « raisonnable », est à relativiser en regard des efforts consentis sur les 60 dernières années et de l’effet démultiplicateur d’un investissement dans la BITD française.

Du capacitaire au soutien, sans oublier les conséquences sur la masse salariale, « il est clair que les besoins sont patents », constate le député LR. La maîtrise du champ informationnel, premièrement, biais par lequel un futur conflit de haute intensité serait susceptible de commencer. Cette perspective fait des données « notre bien le plus précieux » et implique d’accroître les capacités de traitement et de stockage des datacenters et des réseaux d’infrastructure. La perte de la supériorité aérienne requiert de faire évoluer des capteurs « mal protégés aujourd’hui ». La Direction du renseignement militaire et le Commandement de l’espace devraient quant à eux œuvrer à se doter de nouvelles capacités de surveillance, relève le rapport.  

La lutte informationnelle soulève en outre la question des actions menées sur le territoire national. Le Centre interarmées des actions sur l’environnement (CIAE) notamment, organisme à vocation interarmées-Terre rassemblant les domaines CIMIC et PSYOPS, est à ce titre « très clairement sous-dimensionné ». Face à ces constats, les deux rapporteurs proposent le lancement d’une mission d’information dédiée à la guerre informationnelle au cours de la prochaine mandature.

L’attention porte aussi sur la préparation opérationnelle. Pour cela, « il est nécessaire de reconstituer les stocks de munitions et de pièces pour permettre un entraînement de haute intensité ». Coût estimé ? Environ 6 Mds€ sur une LPM. À défaut, les forces s’en retrouvent limitées dans leurs activités de préparation. Exemple avec l’armée de Terre, dont le taux de préparation est en progrès mais n’atteint pas encore l’optimum. En déplacement en Estonie, les deux rapporteurs ont pu constater par eux-mêmes que le char Leclerc « ne pouvait pas être utilisé comme on l’aurait souhaité à l’entraînement ». Ainsi, un capitaine du 1er régiment de chasseurs, alors intégré au SGTIA Lynx 11, ne pouvait pas commander à l’avant comme il le ferait en opération afin de conserver du potentiel pour que ses hommes puissent s’entraîner convenablement.

Campagne de tir en Lettonie pour le SGTIA français engagé sur la mission Lynx 12 (Crédit : EMA)

Dans le champ capacitaire, il faudra compléter la modernisation engagée, entre autres, par Scorpion. Il s’agit en priorité « de renouveler le segment lourd » par l’entremise du programme TITAN, de développer la robotisation et de poursuivre la numérisation des soutiens et de la maintenance. Aucune de ces dépenses ne sont pour l’instant inscrites en loi de finances, ni même, pour certaines, en programmation.

Hormis ces programmes majeurs, la préparation de l’armée de Terre implique le comblement de trous capacitaires sectoriels. C’est le renforcement de la capacité de frappe dans la profondeur, bientôt limitée aux CAESAR et à une douzaine de LRU vieillissants, de la défense sol-air basse couche et moyenne couche, limitée à quelques canons de 20 mm et au missile Mistral 3, et du génie divisionnaire avec des capacités de minage-bréchage « quasiment abandonnées » et objets d’ « une lente remontée en puissance ».

Le tout, « sans parler du système d’arme du maintenancier » et des forces aéroterrestres. Les rapporteurs pointent une capacité de transport tactique partiellement en fin de vie et, une fois encore, l’absence d’hélicoptères de transport lourds. Sur ce dernier point, « il a été identifié qu’il y a des pays qui vont avoir des hélicoptères lourds d’occasion sur le marché. La question se pose de savoir si on doit s’y intéresser », avance Jean-Louis Thiériot.

Consolider la BITD, sensibiliser les populations

Pour garantir ce rééquipement, les autorités doivent s’attacher à la remontée en puissance de la base industrielle de défense nationale. Les deux rapporteurs proposent ainsi la création au sein du ministère des Armées d’une cellule dédiée à la planification de cette relance et placée sous l’égide de la DGA. Celle-ci « identifiera les espaces qui pourraient être utilisés, s’assurera de la solidité de la chaîne de sous-traitance, et recensera les dépendances à l’égard des matières premières sensibles et des matériels dont le temps de production justifierait qu’il y ait des stocks ». Selon les cas, la création de stocks de pièces pré-usinées et de matières premières critiques pourrait être envisagés en se tournant potentiellement vers un réseau d’opérateurs de stockage privés.

« Les armées font beaucoup, mais tout ne peut pas venir d’elles », insistent les rapporteurs. Au-delà du technologique, du financier et du capacitaire, la haute intensité requiert également de porter un autre regard sur la nation. De tous les défis la concernant, l’un « paraît particulièrement important ». Il s’agit, pour la députée LREM, de « faire partager les enjeux de défense à nos citoyens ». Tout effort portant sur la haute intensité sera en effet « vain si les Français ne sont pas davantage informés des enjeux de défense et impliqués dans les choix structurants à faire pour le pays ».

Entre les limites du Service national universel et de l’enseignement civilo-militaire dans les territoires, le périmètre restreint des réserves et le manque d’exercices d’envergure, les marges d’amélioration sont nombreuses. Renforcer l’intérêt des citoyens pour les questions de défense, en commençant par renforcer les démarches envers la jeunesse, « au cœur de la haute intensité ». À ce titre, le SNU serait, selon Mme Miralles, « un outil formidable que nous devons à tout prix approfondir ».

Fruit d’une cinquantaine d’auditions, de deux déplacements et de contributions écrites, ce rapport arrive à la veille d’une nouvelle mandature et à trois annuités d’une nouvelle LPM à laquelle il entend contribuer « par une modeste brique ». Si ce document ne se veut « que » force de proposition, « à nos successeurs de faire en sorte que son destin ne soit pas de prendre la poussière ou de caler les armoires, mais de contribuer à bâtir l’outil de défense dont notre pays a besoin », concluait Jean-Louis Thiériot.

Rapport sur les réserves de l’Assemblée nationale présenté le 19 mai 2021

Rapport sur les réserves de l’Assemblée nationale présenté le 19 mai 2021

Ce rapport est présenté par MM. Christophe Blanchet et Jean-François Parigi, Députés

La mission d’information sur les réserves est composée de : MM. Christophe Blanchet et Jean-François Parigi, rapporteurs, MM. Alexis Batut, Alexis Corbière et Jean-Pierre Cubertafon, Mme Marianne Dubois, MM. Thomas Gassilloud et David Habib, Mmes Manuela Kéclard-Mondésir et Florence Morlighem, membres.Introduction

Introduction

Le 28 octobre 2020, la commission de la Défense nationale et des forces armées a décidé la création d’une mission d’information sur les réserves et en a désigné MM. Christophe Blanchet et Jean-François Parigi, rapporteurs.

Les rapporteurs ont conduit une quarantaine d’auditions et de tables rondes en visioconférence, observant rigoureusement les règles imposées par l’épidémie de Covid-19. Un seul déplacement a pu être organisé avec le concours de la gendarmerie nationale, au camp de Beynes, pour assister à une demi-journée de formation de futurs réservistes de la garde républicaine. Les rapporteurs tiennent à remercier toutes les personnes qui ont pris la peine de répondre à leurs questions et de participer à leur réflexion.

Les rapporteurs ont décidé de conduire une consultation citoyenne via le site Internet de l’Assemblée nationale. Cette consultation citoyenne, la première organisée à l’initiative et pour le compte de commissaires chargés de la défense, a permis de collecter près de 10 000 réponses en trois semaines, ce qui en fait la quatrième consultation la plus populaire depuis l’inauguration de ce type d’exercice, après la consultation portant sur le changement d’heure, la consultation relative à l’usage récréatif du cannabis et la consultation sur les moyens des forces de sécurité. Le rapport propose quelques extraits des données recueillies. L’ensemble des données, anonymes, sera disponible sur le site de l’Assemblée nationale en open data, afin de nourrir la réflexion et le débat public sur les réserves. Les rapporteurs espèrent, à l’instar de plusieurs personnes qu’ils ont entendues en audition, que davantage de travaux d’évaluation seront conduits à l’avenir sur les réserves.

Des questionnaires écrits ont été adressés à cinq ministères et deux services de renseignement. Si les rapporteurs ont obtenu la plupart des réponses, quoique rarement dans le temps imparti, ils déplorent l’absence totale de réponse de la direction générale de la sécurité extérieure, avec laquelle un contact téléphonique avait pourtant été établi, et pour un questionnaire qui ne présentait a priori pas de difficulté particulière. Leurs demandes d’informations se sont par ailleurs souvent heurtées à l’absence de données sur les réserves, ce qui constitue un enseignement en soi sur les lacunes du suivi des réserves.

Les rapporteurs ne prétendent pas à l’exhaustivité ou à ce que leur rapport fasse référence en dehors du champ des réserves militaires. Travailler sur l’ensemble des réserves n’allait pas de soi pour des rapporteurs de la commission chargée de la défense, tant les « réserves » recouvrent des réalités différentes relevant de champs ministériels différents. Ce travail de comparaison a toutefois eu l’intérêt de montrer que les réserves militaires pouvaient être affectées par les évolutions d’autres dispositifs appelés « réserves » ou non, et relevant d’autres ministères que celui des armées. Cette étude transversale invite ainsi à remettre de l’ordre dans les réserves pour éviter des phénomènes de concurrence délétères entre dispositifs. Elle met aussi en lumière des bonnes pratiques qui pourraient être étendues à l’ensemble des réserves et souligne des enjeux de coordination et de coopération entre les ministères pour un fonctionnement plus efficient.

Les rapporteurs espèrent que ce rapport contribuera à alimenter la réflexion de leurs collègues parlementaires, et au-delà un débat public plus informé sur des dispositifs qui constituent une chance pour la résilience et la cohésion nationale, véritablement un trésor, qu’il convient de préserver.

Lire et télécharger le rapport :

Rapport sur les réserves de l’Assemblée nationale 19 05 2021

 

 

Audition de Florence Parly, Ministre des Armées devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale – 4 mai 2021

Audition de Florence Parly, Ministre des Armées devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale – 4 mai 2021

 

Mardi 4 mai 2021 après-midi, la commission a auditionné Florence Parly, ministre des Armées, sur les perspectives de la loi de programmation militaire 2019-2025.

https://www2.assemblee-nationale.fr/15/commissions-permanentes/commission-de-la-defense

 

Mardi 4 mai 2021 après-midi, la commission a auditionné Florence Parly, ministre des Armées, sur les perspectives de la loi de programmation militaire 2019-2025.

voir la vidéo :

http://event.assemblee-nationale.fr/video.10714743_60916e0daa026?timecode=584290

Lire et télécharger le texte de son allocution :

Florence Parly – Perspectives de la LPM – Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale 04 05 2021

 

 

Pas de passage par la case législative pour l’actualisation de la LPM

Pas de passage par la case législative pour l’actualisation de la LPM


L’actualisation de la loi de programmation militaire 2019-2025 ne devrait pas passer par la case législative, annonçait la ministre des Armées Florence Parly, vendredi dernier face à la Commission défense de l’Assemblée nationale. Une perspective qui n’aura pas provoqué d’opposition particulière de la part des députés, ceux-ci souhaitant néanmoins rester force de proposition.

« Il n’est pour l’instant pas prévu de procéder à une actualisation législative de la loi de programmation militaire » telle que prévue à l’article 7 du texte de loi, annonçait Florence Parly. La raison invoquée est le manque de temps, l’agenda étant déjà très chargé et ne permettant donc pas d’envisager un débat parlementaire sur le sujet.

« Toutefois », ajoute la ministre des Armées, « nous procéderons à des ajustements en accélérant nos efforts sur certaines ambitions qui sont portées par la loi de programmation militaire ». Si aborder la trajectoire budgétaire pour 2024 et 2025 est prématuré, Florence Parly est revenue sur plusieurs futurs axes d’effort.

Pour la ministre, il s’agira avant tout d’améliorer la capacité des forces armées à détecter les menaces et à attribuer les agressions, notamment dans les nouveaux espaces de conflictualité. « Cela passe par un renforcement de nos capacités à collecter et à exploiter la multitude de données à des fins de cyberdéfense ou bien encore de renseignement ». Pour ce faire, les Armées auront besoin d’infrastructures de stockage sécurisées et d’algorithmes performants basés sur l’intelligence artificielle, détaillait Mme Parly.

L’effort portera aussi sur l’accélération de la protection des forces, du territoire et des populations dans le domaine des risques NRBC « ou bien encore de la lutte anti-drones ». « Nous allons, enfin, renforcer la préparation opérationnelle de nos Armées afin qu’elles puissent s’entraîner mieux pour faire face de manière plus complète et plus agile à l’ensemble du spectre des menaces, y compris dans la perspective de conflits de plus haute intensité. »

Autre enjeu : la consolidation de la BITD, qui représente aujourd’hui « 10% de l’industrie et 20% de la recherche et développement en France. Elle fait travailler 4000 entreprises de toutes tailles et génère 200 000 emplois directs et indirects ». De la poursuite d’une LPM ambitieuse dépendent aussi la relance d’un secteur touché par la crise, la sauvegarde des emplois et le maintien des compétences. « Nous allons donc poursuivre les adaptations capacitaires et les programmes d’avenir en cours », a réaffirmé la ministre des Armées.

Cette annonce n’a pas suscité de réelle inquiétude dans les rangs parlementaires. Tout au plus, quelques membres de la majorité ont invité l’exécutif à conserver un canal d’écoute. « Je prends note que le gouvernement n’envisage pas de texte législatif spécifique dans le cadre de l’actualisation de la LPM », commentait ainsi la présidente de la Commission défense, la députée LREM Françoise Dumas.

« Je note que ce travail d’actualisation n’a pas fait l’objet d’une réelle co-construction avec le Parlement. (…) Et je le regrette, de même que cette actualisation ne fasse pas l’objet d’un passage par la loi, par la transcription législative », relevait à son tour le député d’Agir Ensemble Jean-Charles Larsonneur.

Ce choix du gouvernement, « qui n’est pas une surprise eu égard à la période actuelle », ne doit cependant pas conduire à exclure totalement le Parlement de la réflexion. « Diverses voies restent possibles pour cette association et il y a déjà un petit moment que nous anticipons, nous aussi, un certains nombre d’évolutions législatives et de travaux. Nous allons évidemment, avec l’ensemble du bureau de notre Commission et de la Commission, y réfléchir », ajoutait Mme Dumas. Parmi les pistes à l’étude, la Commission défense prévoit le lancement de nouvelles missions d’information relatives aux drones et à la préparation aux conflits de haute intensité.

Image : armée de Terre

Le rapport Barkhane est-il écrit à l’avance ?

Le rapport Barkhane est-il écrit à l’avance ?


Par Jean-Marc Tanguy – Le mamouth -publié le 7 novembre 2020

https://lemamouth.blogspot.com/2020/11/le-rapport-barkhane-est-il-ecrit-lavance.html#more

 

Il faut “rester autrement” (…) “dans un format moins lourd” et “poursuivre des actions ponctuelles avec Sabre”. La déclaration ne vient pas d’une des colombes de l’assemblée, ou d’un ancien commando des forces spéciales, mais de… Thomas Gassilloud, député, un des piliers du groupe Agir, ancien rapporteur du budget de l’armée de terre et ancien réserviste (1). 

Ancien LREM, il peut désormais, dans son groupe Agir (qui reste dans la majorité présidentielle), affirmer certaines spécificités de vues. Jusqu’alors, les réserves sur Barkhane (et non l’engagement des soldats, les opposants font bien à chaque fois la distinction) étaient plutôt à droite, ou à LFI. Mais Gassilloud paie comptant son autonomie : Agir se retrouve marginalisé dans le choix des rapports de la commission de la défense (Jean-Charles Larsonneur n’a reçu, par exemple, qu’une chaise dans le rapport sur les personnels civils), et ne sera donc pas, par exemple, dans le futur rapport Barkhane, à rendre début 2021. 
Un gros morceau, confié à une bosseuse (LREM), Sereine Mauborgne, qui a succédé à Gassilloud sur le rapport forces terrestres. Et d’autant plus facilement qu’elle était en double commande depuis 2017. Une députée, infirmière de formation, qui s’est taillée une réputation de franc-parler et d’expertise, parfois pointue sur certains sujets (MCO, aéromobilité), n’hésitant pas, dans son dernier rapport, à écorner quelques images d’Epinal et enseignes. 
Peut-être de quoi justifier l’auto-inscription de la présidente de la commission de la défense, pour veiller à un travail qui ne s’éloigne pas trop des chemins balisés par l’exécutif. Elle est certes déjà allée sur place, néanmoins, plusieurs députés, sans détours, lui prêtent l’intention claire d’éteindre dans l’oeuf toute velléité de sortir de la vision gouvernementale de Barkhane. 
Une troisième femme avait été désignée avec Mauborgne : Nathalie Serre vient d’être élue députée, et se retrouve donc déjà, sans expérience préalable, bombardée à la tête d’un rapport qui nécessite pourtant l’auto-mobilisation de la présidence “vue l’épaisseur du sujet” (il n’y a rien de sexiste à l’écrire, j’aurais écrit pareil pour un homme). Là où de fins observateurs attendaient plutôt Jean-Louis Thiériot, un des hommes qui monte chez les LR, sur la défense.
Le choix d’une novice est donc plus qu’inhabituel à l’assemblée, où une logique forme de cursus honorum existe bel et bien. Drôle de choix, chez les LR, pour permettre à une députée de faire ses preuves. Une crédibilité qu’il faudra donc, plus que jamais dans ce type d’exercice, consolider avec une ouverture des travaux parlementaires, avec, par exemple, des auditions ouvertes, mais aussi et pourquoi pas, un éclairage du travail parlementaire sur place. 
Mes infops et photos sur le twitter @defense137, infos défense et AJD sur @ajdpresse.
 
(1) Face à l’association des journalistes de défense, mercredi, il a reconnu que “la situation sur place n’est pas bonne, il faut l’assumer. La question n’est pas de rester ou de partir, mais de rester autrement (…). On a été interpellés par la libération de 200 djihadistes au Mali, est-ce qu’on partage une stratégie cohérente avec les Maliens. Le CEMAT dit que l’armée de terre peut tout faire mais, elle ne ne peut pas tout faire à la fois. L’investissement lourd sur Barkhane fait que nos armées s’entraînent de plus en plus à la guerre asymétrique dans le désert avec la supériorité aérienne, mais ne couvre pas l’ensemble du spectre auquel on peut être confronté. On devrait réfléchir à un format moins lourd, plus souple, ne priorisant l’aide que vers les pays qui améliorent leur gouvernance. Dans l’approche de Pau. Il faut aussi continuer des actions ponctuelles avec Sabre qui fait ses preuves et l’a encore fait récemment. Je ne suis pas chef militaire, je peux difficilement me prononcer sur le niveau (…) mais se pose déjà la question du maintien de ce surge-la, et au-delà des moyens, la question est bien celle de notre stratégie globale”.