Armement : pourquoi la France ne serait pas capable de faire face à une guerre

Armement : pourquoi la France ne serait pas capable de faire face à une guerre

Un officier ukrainien se tient devant un canon français Caesar de calibre 155 sur une ligne de front dans le Donbass, 15 juin 2022. (ARIS MESSINIS / AFP)

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence les carences de la France en matière d’armement. Le chef de l’État pousse les industriels à produire plus vite, mais cette incitation aura du mal à être suivie de faits.

“C’est très simple, si on n’a pas envoyé beaucoup d’armes à l’Ukraine, c’est avant tout parce qu’on était à l’os !” Le constat dressé par l’ancien député Les Républicains de 1993 à 2022 François Cornut-Gentille, ancien rapporteur du budget défense à la commission du budget de l’Assemblée nationale, a de quoi inquiéter. La France s’est en effet retrouvée embarrassée lorsque la guerre en Ukraine a débuté. Qu’envoyer sur place alors qu’elle peine déjà à équiper ses propres soldats ?

25% de nos canons Caesar sont en Ukraine

Difficile de savoir exactement ce que nous avons livré. Contrairement à d’autres pays comme les États-Unis, la liste des équipements français est classée secret-défense. Le président de la République et le gouvernement ont cependant livré quelques informations. Emmanuel Macron a évoqué l’envoi de 18 canons Caesar, une arme qui permet de frapper des cibles à près de 40km. À cela s’ajoutent des missiles anti-char et des véhicules blindés livrés l’été dernier. Des équipements destinés aux soldats ukrainiens sont aussi régulièrement acheminés (casques, gilets pare-balles…).

Au total, la sénatrice Hélène Conway-Mouret, secrétaire de la commission défense au Sénat, évalue l’aide française en Ukraine à quatre milliards d’euros, aide humanitaire comprise. Bien plus donc, à priori, que les 100 millions d’euros avancés par l’ancienne ministre des Armées Florence Parly au mois d’avril 2022.

250 avions contre 700 il y a 30 ans

Problème pour l’armée française : ces armes ont été prélevées sur un stock déjà limité. Les 18 canons Caesar livrés représentent près de 25% du parc français. Certes, la France dispose d’un modèle d’armée dit “complet”, à l’inverse de certains de nos voisins, nous avons conservé un panel global d’équipements dans les trois corps d’armées (terre, air, marine), “mais cette armée complète s’est heurtée à des coupes dans les budgets de la défense depuis la fin de la guerre froide”, relève Elie Tenenbaum, directeur du centre des études de sécurité à l’IFRI. À partir des années 90, on se rend compte que notre appareil militaire ne correspond plus à un environnement pacifié.

“On paye le prix de ce que Laurent Fabius appelait ‘toucher les dividendes de la paix’. On a dépensé moins et réduit les équipements car le spectre de la guerre s’était éloigné.”

Elie Tenenbaum, directeur du centre des études de sécurité à l’IFRI

à franceinfo

Résultat : “Alors qu’on avait 1 350 chars de bataille en 1991, on en a 220 aujourd’hui. On avait 700 avions en 1991, et aujourd’hui moins de 250.” Et les budgets de la défense qui représentaient 4% du PIB à la fin de la guerre froide, sont descendus à 1% sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Tandis que l’armée a réduit ses effectifs de 30% depuis les années 90.

Dans le même temps, la France serait passée à côté d’évolutions technologiques notables. “On a raté le virage des drones, regrette l’ancien député François Cornut-Gentille. Ça n’intéressait ni l’armée, ni les industriels. On a cru que c’était des joujoux alors que ça change la physionomie du champ de bataille”

Or, pendant que la France – et les Européens dans leur globalité – réduisaient leurs dépenses de défense, d’autres grandes puissances comme la Chine, la Russie ou les États-Unis continuaient d’investir.

Incapable de faire face à un conflit majeur

L’annexion de la Crimée par la Russie fera l’effet d’un électrochoc. “Avant cela, c’était assez confortable pour les pays européens de se reposer sur les investissements américains pour leur défense, explique le général Jean-Paul Paloméros, ancien commandeur en chef de l’OTAN. Outre-Atlantique, on n’a eu de cesse de réclamer aux Européens de prendre leur part du fardeau. Mais ça a pris du temps.”

Devant la menace Russe, l’OTAN fixe un objectif pour les pays européens : faire remonter la part de leurs dépenses de défense à 2% du PIB. Jean-Paul Paloméros conseillera le candidat Emmanuel Macron pour son projet de défense en 2017. Et le président nouvellement élu suivra ses préconisations en augmentant les budgets, d’abord de 1,7 milliard par an de 2017 à 2022, puis de 3 milliards par an jusqu’en 2025. Avec pour objectif d’atteindre 50 milliards au final, soit 2% du PIB.

Évolution du budget du ministère français des armées entre 2009 et 2022. (Ministère des armées - L’Express)

Évolution du budget du ministère français des armées entre 2009 et 2022. (Ministère des armées – L’Express)

Si cet argent a remis l’armée à flot, il n’a cependant pas permis d’augmenter ses moyens. Selon Elie Tenenbaum, “la loi de programmation de 2017 ne se traduit pas par une remontée capacitaire. On modernise, mais on n’a pas de choses en plus dans notre arsenal”. Certes, l’armée de terre a développé le programme Scorpion pour ses véhicules de combat, la Marine a vu le remplacement d’un sous-marin nucléaire, et l’armée de l’air a acquis quelques Rafale, mais ces remplacements restent cosmétiques.

Le député européen Arnaud Danjean avait prévenu de ces carences dans la revue stratégique de 2017 qui a servi de base à la loi de programmation militaire. “Des mentions de la guerre qui se rapproche de l’Europe figurent dès l’introduction. On ne parlait pas de guerre de haute intensité mais de conflits interétatiques. On évoquait des risques d’escalade engageant des puissances globales comme la Russie. On a alors appelé à une montée en puissance de l’appareil de défense français pour faire face à l’intégralité de ces menaces.”

Mais cette mise en garde est arrivée trop tard, car la France aujourd’hui ne saurait se défendre seule dans un conflit de haute intensité. Pour le député LR Jean-Louis Thiériot, qui a écrit un rapport parlementaire sur ce sujet, “nous n’avons pas la capacité de tenir dans la durée. Au mieux au bout de quelques semaines, nous serions en difficulté.”

L’aviation de chasse réduite à néant en cinq jours

Deux exercices de simulation de conflits internationaux l’ont confirmé en 2021. Le premier, baptisé Warfighter, organisé avec les Américains et les Britanniques concernait l’armée de terre. Et le second, Polaris 21, la Marine et l’aviation. Ces exercices interarmées ont mis en évidence les limites des forces françaises.

“Warfighter a montré qu’en une semaine d’affrontements de haute intensité, la France aurait 800 à 1 000 hommes tués ou blessés, et plus aucune munition.”

Jean-Louis Thiériot, député LR

à franceinfo

Le compte rendu de la commission de la défense nationale des forces armées daté du 16 février 2022 fait lui état de 400 marins disparus au cours de l’opération Polaris 21. Il précise qu’“en une quinzaine de minutes d’un premier combat, deux frégates avaient été envoyées par le fond et deux autres étaient neutralisées, soit entre 200 et 400 marins tués ou disparus.” Ce même rapport indique que si l’on extrapolait les pertes lors des derniers conflits aériens (la guerre de Kippour et la guerre des Malouines), “il est manifeste que l’aviation de chasse française pourrait être réduite à néant en cinq jours”.

Schéma des forces en jeu lors de l’exercice Polaris 21 (dont la France en bleu) le 18/11/21. (Dossier de presse Polaris 21, Ministère des armées)

Schéma des forces en jeu lors de l’exercice Polaris 21 (dont la France en bleu) le 18/11/21. (Dossier de presse Polaris 21, Ministère des armées)

Si ces exercices ont montré de fortes carences, la France rappelle malgré tout qu’elle dispose de l’arme de dissuasion nucléaire et qu’elle pourrait avoir le dessus en cas de guerre. “C’est la clé de voûte de notre défense” rappelle le chercheur à l’Ifri Elie Tenenbaum. Toute notre puissance tient là-dessus”, ose même une source militaire. Mais il faudra à nouveau investir pour renforcer cette arme de dissuasion qui permet à la France de rester dans le gotha des grandes puissances. Pour l’instant.

Mettre la pression sur les industriels

Compte tenu de ces carences, et alors que la guerre est aux portes de l’Europe, la France a décidé de changer de braquet. L’exécutif a d’abord pris une décision inédite : stopper la loi de programmation en cours et la remplacer par une nouvelle qui sera examinée en Conseil des ministres durant les premières semaines de 2023. L’objectif est clair : maintenir et accentuer l’effort budgétaire jusqu’en 2030. Si certains parlementaires approuvent, des experts, comme Olivier Schmitt, professeur de relations internationales au centre d’études sur la guerre de Copenhague, se montrent réservés.

“Le risque c’est de mettre la charrue avant les bœufs. De tirer des conclusions rapides de ce qui se passe en Ukraine, et en déduire ce que doit être notre format d’armées”

Olivier Schmitt, professeur de relations internationales au centre d’études sur la guerre de Copenhague

à franceinfo

“Or il y a quelques semaines, je pense que pas grand monde ne s’attendait à une percée ukrainienne sur le front, poursuit le professeur. C’est comme si on demandait à un planificateur de défense de tirer des leçons de la Seconde Guerre mondiale après les huit premiers mois du conflit.”

Il n’empêche. Le chef de l’État a voulu aller vite. En juin 2022, lors du salon international de défense Eurosatory, il déclare que “nous entrons dans une économie de guerre. Une économie dans laquelle il faudra aller plus vite, notamment pour les industriels.” Mais cette injonction a semé le trouble. “Il faut avoir en tête qu’entre le moment où on passe la commande et celui où on reçoit les matériels, le temps est long, relate le député LR Jean-Louis Thiériot. Pour un obus de 155, entre la commande et la livraison il faut compter un an. Pour un missile trois ans. Et un Rafale quatre ans.”

“On ne produit pas des armes comme on produit des aspirateurs”, relève la sénatrice socialiste Hélène Conway-Mouret. Une remontée en cadence prendra du temps a, pour sa part, expliqué devant les députés le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier : “Si certains peuvent croire qu’on monte une cadence d’avion de combat en un mois, ce n’est pas possible. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas la guerre et qu’on profite des dividendes de la paix et d’un coup dire aux industriels, garde à vous, augmentez vos cadences.”

Autre obstacle à cette montée en puissance : les commandes du secteur de l’armement proviennent principalement de l’étranger, des marchés extrêmement lucratifs. La France est le 3e exportateur mondial d’armes, derrière les États-Unis et la Russie. Et il sera compliqué de mener de front cette production et une augmentation de la production française.

Emmanuel Macron serre la main d’Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, lors du salon de défense Eurosatory le 13 juin 2022, à Villepinte. (EPA/Ludovic Marin - MAXPPP)

Emmanuel Macron serre la main d’Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, lors du salon de défense Eurosatory le 13 juin 2022, à Villepinte. (EPA/Ludovic Marin – MAXPPP)

D’autant plus que le prix de l’énergie flambe actuellement, avec des factures de gaz multipliées parfois par 8, et des matières premières qui viennent aussi à manquer. Or, “l’aluminium et l’acier peuvent représenter jusqu’à 60% du coût de petits navires, a récemment précisé aux députés, le PDG de Naval Group, Pierre-Éric Pommellet. On assiste à un marché qui est devenu fou, avec des hausses de prix considérables. On demande à nos entreprises d’accepter dans les heures une commande 60, 80 ou 100% au-dessus du prix moyen.”

Des désaccords franco-allemands

La solution ne semble pas apparaître non plus au niveau européen. L’Europe de la défense voulue par Emmanuel Macron s’enlise dans des désaccords. Certes la France et l’Allemagne veulent développer deux projets communs : le char du futur (MGCS pour “main ground combat system”) et le système de combat aérien du futur (SCAF). Mais ces deux projets sont à l’arrêt, déplore la sénatrice Hélène Conway-Mouret : “Nous avons peut-être trop misé sur le couple franco-allemand. Or, les Allemands ont des objectifs différents des nôtres.

“Ce qui intéresse les Allemands, c’est un partenariat privilégié avec les États-Unis, peut-être pour remplacer le Royaume-Uni qui a quitté l’Union européenne.”

Hélène Conway-Mouret, sénatrice

à franceinfo

Les faits semblent lui donner raison. Lorsqu’il a annoncé un investissement massif de 100 milliards d’euros dans la défense, le chancelier Olaf Scholz a cité parmi ses partenaires européens possibles : les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, mais il n’a fait aucune mention des Français. De quoi inquiéter Paris même si on continue de se dire serein. En témoignent les récentes déclarations du ministre des Armées Sébastien Lecornu affirmant : “Le SCAF est un programme prioritaire, et il se fera.”

Pour l’ex-député François Cornut-Gentille, cette situation serait la conséquence de désaccords. “Dassault pense que l’Allemagne est d’accord pour financer le SCAF à condition d’avoir accès à ses technologies et ses savoir-faire. Et Dassault a envie de conserver ses secrets de fabrication. Tandis que les Allemands n’ont pas envie de financer un programme qui profitera à l’industrie française sans avoir accès à un certain nombre d’informations… Il n’y a aucune confiance réciproque en réalité.”

Cette absence de confiance pourrait au final profiter aux États-Unis. L’Oncle Sam en embuscade rêve de monter en puissance sur le marché européen. Un échec du SCAF pourrait représenter un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros pour les industriels français.

La France envisage de former et d’entraîner des militaires ukrainiens en Pologne

La France envisage de former et d’entraîner des militaires ukrainiens en Pologne

http://www.opex360.com/2022/09/28/la-france-envisage-de-former-et-dentrainer-des-militaires-ukrainiens-en-pologne/


 

« Dans ces territoires, il y aura des changements cardinaux du point de vue juridique, du point de vue du droit international et du fait de toutes les conséquences respectives [des mesures prises] pour assurer la sécurité. […] Notre système juridique va envisager toutes les options, et, bien sûr, nos législateurs, nos organes exécutifs et nos équipes juridiques sont prêts », a d’ores et déjà prévenu Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, le 27 septembre.

De son côté, le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Dmitri Medevdev, qui fut également Premier ministre et président par le passé, a fait valoir que la défense ce ces territoires annexés sera renforcée, ce qui passer par les « possibilités offertes par la mobilisation » partielle décrétée la semaine passée mais aussi par l’emploi de « toutes les armes russes, y compris les armes stratégiques et celles reposant sur de nouveaux principes ». Et d’avertir : « La Russie a le droit d’employer l’arme nucléaire, si c’est nécessaire, dans des cas prédéfinis, en strict respect des principes de la politique gouvernementale en matière de dissuasion nucléaire ».

Évidemment, il est hors de question pour Kiev de reconnaître une quelconque légitimité à ses référendums d’annexion. « Nous agirons pour protéger notre peuple : à la fois dans la région de Kherson, dans celle de Zaporijjia, dans le Donbass [et aussi] dans les zones actuellement occupées de la région de Kharkiv et en Crimée », a assuré Volodymyr Zelenski, le président ukrainien, dans un message vidéo diffusé le 27 septembre.

En outre, la diplomatie ukrainienne a de nouveau appelé à une hausse significative de l’aide militaire occidentale. « L’Ukraine appelle l’UE, l’Otan et le G7 à augmenter immédiatement et significativement la pression sur la Russie, notamment en imposant de nouvelles sanctions dures et en augmentant significativement l’aide militaire à l’Ukraine », a-t-elle dit, avant de demander plus de « chars, d’avions de combat, de l’artillerie longue portée et des systèmes de défense aérienne. »

Cela étant, il est probable que la situation reste figée en l’état… et que l’on aille vers un « conflit gelé ». Ce « n’est pas du bluff », a en effet lancé Vladimir Poutine, le chef du Kremlin, au moment d’évoquer le recours à l’arme nucléaire si les « intérêts de la Russie sont menacées », lors de son allocution télévisée du 21 septembre dernier.

Quelle que soit l’évolution de la situation [conflit gelé ou poursuite des combats], les forces ukrainiennes resteront sur mobilisées. Et elles auront besoin de renforcer leurs capacités et de se régénérer afin de pouvoir tenir dans la durée. D’où l’intérêt de la proposition de l’Union européenne visant à mettre sur pied une mission d’entraînement et de formation à leur profit, sur le même modèle que celles déjà établies au Mali, en Centrafrique ou, plus récemment, au Mozambique.

Cette mission d’assistance militaire, proposée par Josep Borell, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a obtenu un premier feu vert politique lors d’une réunion des ministres de la Défense des 27 États membres, le 30 août dernier. La France y « prendra toute sa part », avait alors indiqué le ministère des Armées.

Les détails de cette future mission – qui devrait s’appeler « EUTM Ukraine » – sont encore à préciser. Mais selon une information du quotidien Le Monde, Paris aurait l’intention d’envoyer un détachement d’instructeurs militaires en Pologne.

« Le ministère des Armées a choisi d’appuyer la mission de formation des soldats ukrainiens décidée cet été par l’Union européenne et a arrêté les grands principes de sa participation. Les militaires français devraient s’installer en Pologne, où ils dispenseront des entraînements de cinq semaines dans des camps militaires dédiés », a en effet avancé le journal du soir, dans son édition du 28 septembre. Et de préciser que « l’état­-major aurait fait part de sa volonté d’aller vite et d’être opérationnel avant la fin 2022 ».

Pour rappel, dans le cadre, cette fois, de l’Otan, la France est la nation-cadre du bataillon multinational déployé en Roumanie [mission Aigle] et dispose d’unités placées sous commandement britannique en Estonie [mission Lynx]. En outre, l’armée de l’Air & de l’Espace envoie régulièrement des Rafale et des E-3F Awacs patrouiller dans l’espace aérien polonais. Enfin, des soldats ukrainiens ont été accuillis à Canjuers, afin de se former à l’utilisation des CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie] promis à Kiev.

A priori, l’EUTM Ukraine devrait se concentrer sur l’entraînement d’unités ukrainiennes déjà constituées et proposer des formations dans des domaines spécifiques, tels que le déminage, la médecine de guerre et le soutien logistique. Elle viendrait ainsi compléter l’opération « Interflex » qui, menée par le Royaume-Uni, avec le concours d’une plusieurs pays européens, vise à former 10’000 recrues de l’armée ukrainienne tous les 120 jours. À noter que le Danemark et l’Espagne ont également l’intention de former des soldats ukrainiens sur leurs propres sites militaires.

Nucléaire/Ukraine : L’Otan dénonce la rhétorique « dangereuse » et « irresponsable » de la Russie

Nucléaire/Ukraine : L’Otan dénonce la rhétorique « dangereuse » et « irresponsable » de la Russie

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Ainsi, le 15 septembre, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a prévenu que les États-Unis franchiraient une « ligne rouge » et deviendraient une « partie au conflit » si jamais ils s’avisaient de livrer aux forces ukrainiennes des missiles MGM-140 ATACMS [Army Tactical Missile System], qui, d’une portée de 300 km et tirés par le système d’artillerie M142 HIMARS, seraient susceptibles d’atteindre des cibles en Russie. Moscou « se réserve le droit de défendre son territoire », a-t-elle lancé.

Quatre jours plus tard, la Russie a mis en garde la France contre les livraisons d’équipements militaires aux forces ukrainiennes, lors d’un entretien entre Pierre Levy, l’ambassadeur de France en Russie, et Alexandre Grouchko, le numéro deux de la diplomatie russe. « L’accent a été mis sur le caractère inacceptable de la poursuite du gavage de l’Ukraine avec des armes occidentales, dont françaises, que le régime de Kiev utilise pour bombarder des installations civiles et des infrastructures », a résumé la diplomatie russe.

Puis, ce 21 septembre, soit au lendemain de l’annonce concernant la tenue de référendums sur l’annexion par la Russie de quatre régions ukrainiennes [dont celles de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia], le président russe, Vladimir Poutine, a décrété une « mobilisation partielle », qui se traduira par le rappel de 300’000 réservistes ayant une « expérience du combat », avant d’accuser les Occidentaux [et plus particulièrement l’Otan] de se livrer à un « chantage nucléaire » dans l’objectif de « détruire la Russie ». Aussi s’est-il dit prêt à utiliser « tous les moyens » à [sa] disposition » pour protéger « l’intégrité territoriale » et « l’indépendance » de son pays.

Évidemment, cela concernera les quatre régions ukrainiennes que Moscou a l’intention d’annexer. « Ce n’est pas du bluff », a même insisté le chef du Kremlin, qui, par le passé, a déjà agité la menace nucléaire…

Lors d’un entretien diffusé par Bild TV, le président ukrainien, Volodymyr Zelenski, a dit « ne pas croire » à le menace posée par Moscou. « Je ne crois pas qu’il [Vladimir Poutine] utilisera ces armes. Je ne crois pas que le monde le laissera faire », a-il estimé. Faute de quoi, a-t-il continué, « demain, Poutine pourra dire : « Nous voulons une partie de la Pologne en plus de l’Ukraine, sinon nous utiliserons des armes nucléaires ». Or, « nous ne pouvons pas accepter ce genre de compromissions », a-t-il ajouté.

Cependant, aux États-Unis, on prend au contraire M. Poutine au sérieux. D’autant plus que, le 19 septembre, le président Biden a de nouveau mis en garde son homologue russe contre la tentation de recourir à des armes de destruction massive en Ukraine. « Cela changerait le cours de la guerre d’une façon jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale. […] Ne le faites pas, ne le faites pas, ne le faites pas », a-t-il imploré, avant de promettre une réponse « conséquente » de la part de Washington si une telle ligne rouge venait à être franchie.

S’agissant des derniers propos de M. Poutine, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale [NSC], John Kirby, a affirmé que les États-Unis prennent « au sérieux » la menace d’un recours à l’arme nucléaire. « C’est une rhétorique irresponsable de la part d’une puissance nucléaire. […] Nous surveillons du mieux que nous pouvons leur posture stratégique de manière à pouvoir changer la nôtre si besoin. Rien ne dit actuellement que ce soit nécessaire », a-t-il dit.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a quant à lui rappelé que M. Poutine n’en est pas à sa première menace de ce genre. « Ce n’est pas nouveau, il l’a déjà fait à de nombreuses reprises », a-t-il déclaré. Le président russe « sait très bien qu’une guerre nucléaire ne devrait jamais être déclenchée et ne peut être gagnée » et « notre réaction dépendrait bien sûr de la situation et du type d’armes qu’ils [les Russes] pourraient utiliser », a-t-il confié à l’agence Reuters, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York. Mais, a-t-il insisté, « le plus important est d’éviter que cela se produise ».

Cependant, a encore relevé M. Stoltenberg, « aucun changement dans la posture nucléaire de la Russie n’a été détecté » pour le moment. « Nous surveillons cela de près et nous restons vigilants », a-t-il assuré. Et de conclure : « Le discours du président Poutine démontre que la guerre ne se passe pas comme il l’avait prévu, il a fait une énorme erreur de calcul ».

Dissuasion : M. Lecornu a inauguré le supercalculateur EXA1 de la Division des applications militaires du CEA

Dissuasion : M. Lecornu a inauguré le supercalculateur EXA1 de la Division des applications militaires du CEA

 

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Pour cela, la DAM dispose du Laser Megajoule [LMJ], mis en service en 2014 au sein du Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine [CESTA] de Barp, en Gironde, de l’installation radiographique EPURE, du reacteur d’essais [RES] de Cadarache et de supercalculateurs aux performances sans cesse améliorées.

Ainsi, après avoir remplacé, dans les années 2000, l’AlphaServeur SC45 de l’américain Hewlett-Packard par le Tera-10 qui, conçu par le français Bull [repris depuis par Atos], était capable d’effectuer près de 53’000 milliards d’opérations sur des nombres flottants par seconde [soit 52.8 téraflops], la DAM a reçu, en 2010, le Tera-100, dont la puissance de calcul s’établissait à 1,05 pétaflops [soit 10 puissance 15 opérations par seconde sur des nombres flottants, ndlr].

Au Tera-100 ont ensuite succédé les Tera-1000-1 et Tera-1000-2, respectivement en 2015 et en 2017.

Grâce à ses 561’408 cœurs Intel Xeon Phi 7250, le Tera-1000-2, fonctionnant un système d’exploitation Linux, le Tera-1000-2 dispose d’une puissance de calcul équivalent à 25 millions de milliards d’opérations par seconde. De quoi en faire le supercalculateur généraliste le plus puissant d’Europe [et le 14e au niveau mondial].

« Son architecture préfigure les supercalculateurs de la génération 2020, dite ‘exascale ‘ [le milliard de milliards d’opérations par seconde] », avait expliqué la DAM, à l’époque. Et d’ajouter : « Les besoins […] pour la défense nécessitent un supercalculateur de classe exaflopique à l’horizon 2020. Des ruptures technologiques sont nécessaires pour y parvenir, notamment pour maîtriser la consommation énergétique – enjeu de plus en plus déterminant sur le marché du calcul haute performance [HPC] – mais aussi pour réguler les flux d’informations et faire face au volume considérable de données produites par des simulations de plus en plus précises de phénomènes multi-physiques et multi-dimensionnels ».

Dans l’attente de cette nouvelle génération de supercalculateurs de classe « exaflopique » [et les éventuels progrès de l’informatique quantique], le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a inauguré l’EXA1, sur le site de Bruyères-le-Châtel [Île-de-France], le 13 septembre.

« Avec François Jacq, administrateur général du CEA, et Vincenzo Salvetti , directeur des applications militaires, nous avons inauguré le supercalculateur EXA1. Sa puissance est parmi les 10 meilleures au monde. C’est l’assurance d’avoir une dissuasion nucléaire crédible et fiable », a commenté le ministre, via Twitter.

En novembre 2021, Atos et la DAM avaient annoncé le lancement de la première partition de ce supercalculateur. Basé sur l’architecture du BullSequana XH2000 et doté de 12’960 processeurs AMD et de 829’440 cœurs de processeurs, l’EXA1 promettait alors d’être le « plus grand système de calcul haute performance [HPC] jamais installé dans le monde utilisant des processeurs standard », firent-ils valoir à l’époque.

En outre, avaient-il ajouté, l’EXA1 est « entièrement refroidi par de l’eau grâce à la solution brevetée DLC [Direct Liquid Cooling]d’Atos qui utilise de l’eau tiède à cet effet. Avec un indicateur d’efficacité énergétique PUE~1 [Power Usage Effectiveness], il enregistre les meilleures performances du marché. Cette fonctionnalité permet au CEA/DAM de contrôler efficacement sa consommation d’énergie, de réduire ses coûts et de bénéficier de processeurs aux exigences les plus élevées en matière de puissance ».

L’EXA1 a une puissance de calcul de 23,2 pétaflops, pour une consommation d’énergie de 4,96 mégawatts. Cette capacité devrait être accrue par la suite… d’autant plus que les besoins de la DAM en la matière ne feront que croître.

« Pour les têtes [nucléaires] futures, les performances demandées sont plus importantes que celles qui sont nécessaires pour les têtes TNA [aéroportée] et TNO [océanique]. Nous devrons développer des modèles plus performants, et faire de plus en plus de calculs en 3D [alors qu’on était majoritairement en 2 dimensions avant], ce qui nécessite de continuer à accroître la puissance de nos calculateurs, avec des machines de la classe exaflopique. […] Nous avons besoin de les utiliser 7j/7, 24h/24 pour la dissuasion nucléaire puisque les calculs sont très demandeurs de puissance de machine », avait expliqué François Geleznikoff, alors patron de la DAM, en décembre 2019.

Pour en savoir plus : Tera, la saga des superculateurs, par la DAM/CEA

Guerre en Ukraine : les nouveaux enjeux pour l’Europe

Guerre en Ukraine : les nouveaux enjeux pour l’Europe


 

Depuis le 24 février 2022, Vladimir Poutine a engagé son armée dans une « opération spéciale » en Ukraine. Plus prosaïquement, il a envahi militairement cet État souverain. Cette agression sur le continent européen a non seulement rétabli la possibilité des guerres à nos frontières mais elle a affiché les vulnérabilités et les aveuglements de l’Union européenne telles qu’ils ont été acceptés par les gouvernants européens successifs. Ceux-ci s’appuyaient sur les principes suivants : la multiplicité des dépendances économiques et le respect du droit international toujours plus contraignant garantiraient une paix éternelle en Europe.

Ce retour à la réalité géopolitique impose une réflexion sur les enjeux de sécurité pour l’Europe et l’Union européenne en particulier dans ce contexte international incertain sinon dangereux.

Nul doute que la guerre russo-ukrainienne ne conduise à un profond bouleversement des relations internationales, et en premier lieu pour l’Europe dans sa globalité, remettant notamment en cause le fonctionnement de l’Union européenne. Celle-ci doit faire face à des enjeux avant tout de puissance pour répondre aux menaces d’aujourd’hui et surtout de demain pour son avenir.

Les relations internationales avant 2022 avaient laissé apparaître des signaux faibles sur la fragilité potentielle de la paix et sur l’ordre mondial tel qu’il fonctionnait depuis la fin de la guerre froide sinon depuis 1945. La guerre russo-ukrainienne est à la fois la remise en cause de cet ordre occidental en vigueur jusqu’à présent mais aussi une conséquence des faiblesses de l’Union européenne. Sans préjuger du résultat final du conflit, l’U.E. devra construire les piliers de sa sécurité future si elle ne veut pas disparaître.

Avant 2022, des menaces sur la paix grandissantes mais négligées

L’état des relations internationales avant 2022 a montré les fissures sinon les fractures du continent européen au point de préparer les conditions d’un conflit militaire. Certes l’Europe est un patchwork d’Etats et d’organisations à la fois concurrents et partenaires. Cependant, l’architecture proprement dite de sécurité reposait sur la crédibilité de l’engagement américain. Le désengagement progressif depuis plusieurs années des Etats-Unis a fait apparaître peu à peu des vulnérabilités en Europe, acceptées ou ignorées tant qu’elles n’impactaient pas la survie des États européens.

De quelle Europe parle-t-on ?

En effet, de quelle Europe parle-t-on ? Rendant la situation sécuritaire et les enjeux bien complexes, plusieurs « Europe » se côtoient sur le continent européen avec cependant l’apparition d’un axe « civilisationnel » allant du Nord au Sud, constitué par les États d’Europe centrale, de la Pologne à la Roumanie. En raison d’une histoire bien souvent conflictuelle qui perdure aujourd’hui, cet axe fait tampon entre l’Occident et la Russie. L’Europe politique est aussi constituée de plusieurs ensembles. Elle comprend l’Union européenne qui rassemble les États partageant les mêmes valeurs démocratiques, ceux qui n’en font pas partie mais souhaitent la rejoindre (Serbie, Albanie, Bosnie, Macédoine du Nord, Kosovo, Moldavie, Ukraine) et la Russie à la fois européenne et asiatique. S’ajoute aussi une différenciation entre les démocraties européennes et les États non démocratiques (Russie, Biélorussie) avec une catégorie intermédiaire au sein de l’Union européenne, celle des démocraties illibérales (Hongrie, Pologne).

Une paix en Europe assurée par les Etats-Unis depuis 1945

La paix en Europe a été préservée avant tout par l’engagement américain depuis 1945. Outre la capacité nationale des États-Unis à peser sinon à intervenir, la création de l’OTAN en 1949 puis son maintien malgré les débats récurrents sur son utilité à partir de la fin de la guerre froide, a évité la guerre en Europe. Ce parapluie sécuritaire a rassuré les européens de l’Ouest et du « Centre-Est » mais a été fortement ébranlé depuis les administrations Obama puis Trump entrainant un désengagement partiel des États-Unis. Quelque 70 000 hommes sont restés en garnison en Europe, dont une partie en Europe centrale (Pologne, Roumanie).

Une protection nucléaire globale est aussi assurée par environ 100 à 200 armes nucléaires tactiques américaines, susceptibles d’être délivrées à partir de cinq pays : Italie, Allemagne, Turquie, Belgique et Pays-Bas. Paradoxe, l’Allemagne peu favorable à l’arme nucléaire au nucléaire en général au moins jusqu’au 24 février 2022, refuse la protection de la dissuasion nucléaire française mais achète des avions F-35 américains, seuls capables de transporter ce type d’arme…

Une défense à crédit pour l’Union européenne

Enfin, la puissance américaine a permis à l’Union européenne de vivre à crédit pour sa sécurité. L’U.E. a privilégié la posture des principes moralisateurs comme fondement de sa politique étrangère au service d’une paix éternelle, donné la priorité au développement économique et social, négligé sa sécurité extérieure notamment par des capacités militaires qui ont été progressivement dégradées au nom des dividendes de la paix. De fait, ces aveuglements ont conduit à la création de multiples dépendances qui entravent toute prise de décision, dissimulées jusqu’à présent mais la guerre en Ukraine les a rappelées douloureusement. Aucune décision dans le domaine des relations internationales ne peut ignorer le besoin de disposer de tous les instruments de puissance pour l’appliquer, y compris la force militaire, et bien sûr la volonté d’y recourir.

En écarter un par idéologie, en l’occurrence la puissance militaire, conduit à l’impuissance politique. Déployer en Ukraine les groupements tactiques créés depuis 2007, donc au nom de l’Union européenne et non de l’OTAN, n’auraient-ils pas pu contribuer à éviter l’agression russe ? Par ailleurs l’absence des européens des négociations sur la sécurité en Europe de tout type au seul profit de négociations entre États-Unis et Russie n’est-elle pas la preuve de cette impuissance sinon de ce mépris pour l’Union européenne que la désignation d’un Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la sécurité ne peut dissimuler ?

Représenter une « puissance » notamment à 27 est certes un défi ambitieux. Il n’a pas été relevé et a conduit partiellement à la guerre russo-ukrainienne.

Le retour de la guerre « militaire » sur le continent européen

Après avoir décidé qu’elle était impossible, les États de l’Union européenne découvrent la réalité d’une guerre conventionnelle et de haute intensité en Europe qu’ils n’avaient ni préparée, ni imaginée. Ils se sont retrouvés démunis face à la stratégie hybride russe qui a su mettre en synergie tous ses instruments de puissance pour tenter d’atteindre ses objectifs.

Un droit international conçu en grande partie par les occidentaux

Depuis 1945, le droit international a été le résultat de l’action des États occidentaux qui ont aussi co-construit progressivement cet environnement juridique avec les nouveaux États. Il a codifié les relations internationales en vue notamment de la paix et pour éviter le retour des destructions subies lors des deux guerres mondiales. Il est cependant apparu comme un carcan imposé par l’Occident et est désormais ouvertement contesté par les puissances émergentes. À titre d’exemple, le maintien de la paix est une responsabilité du Conseil de sécurité de l’ONU où siègent aussi bien la Russie que la Chine. Cette situation empêche tout règlement d’un conflit dès lors que l’un des membres permanents est impliqué dans une agression militaire. D’ailleurs l’agressivité de la Chine autour de Taiwan a-t-elle suscité une réaction du Conseil de sécurité de l’ONU ? Dans le passé, des précédents peuvent aussi être portés au passif des États-Unis (Kosovo, 1999, Irak 2003) mais aujourd’hui l’ONU reste non-réformable. Le droit « jus ad bellum » n’est plus applicable dans les conditions actuelles, pas plus que le droit dans la guerre ou « jus in bello ». Outre les crimes de guerre russes, l’exemple est le plus récent est celui de l’occupation militaire par les Russes de la centrale nucléaire civile de Zaporijia, exemple de tactique hybride. Elle a été occupée au mépris du protocole additionnel n°1 de 1977 aux conventions de Genève de 1949 tel qu’il est précisé dans son article 56 faisant de cette occupation en temps de guerre une action illégale et surtout aux risques importants.

Une stratégie hybride russe riche d’enseignements

Cette remise en cause du droit international dans la guerre russo-ukrainienne est intégrée désormais dans la stratégie hybride, expression qui semble plus exacte que « guerre hybride » ou « menaces hybrides ». La stratégie est en effet la mise en œuvre de tous les moyens, militaires ou pas, en vue de l’objectif à atteindre. Aujourd’hui, par son approche « hybride », elle intègre les différentes menaces constatées aujourd’hui : énergie, alimentation, économie, informationnelle comprenant cyber-guerre, propagande et subversion, et bien sûr l’expression même de la puissance, la force armée, y compris l’arme nucléaire.

La stratégie hybride de la Russie a été préparée depuis 2008 avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en tant que président de la Russie. L’agression militaire en Ukraine n’en est que l’aboutissement final. Outre la remontée en puissance de l’armée russe, l’arme de l’énergie, notamment du gaz naturel, est sans aucun doute celle dont l’emploi a été planifié en amont. La Russie approvisionnait en gaz l’Union européenne à hauteur de 40% jusqu’en 2022. La collusion germano-russe notamment s’est révélée avec la construction de Nordstream 2 à compter d’avril 2018. Ce gazoduc vers l’Europe a été conçu notamment pour neutraliser le gazoduc actuel « Brotherhood » pour lequel l’Ukraine perçoit un droit de passage (1,5 milliard d’euros). Le contrôle du débit de Nordstream 1, construit en 2012 par Gazprom, en est un autre exemple.

Une seconde arme a été alimentaire avec finalement cet accord commercial sur le blé et les engrais qui permet aux deux belligérants de financer leur guerre sous couvert d’une aide humanitaire à une partie de la planète. La guerre de l’information a représenté une autre arme pour fragiliser l’Union européenne et fragmenter les opinions publiques. Avant leur interdiction, les chaines d’information russes faisaient partie des paysages médiatiques des différents États européens. Un dernier exemple de stratégie hybride est celui de la Chine, principal État pollueur, quittant les négociations sur le climat en représailles de la visite de Nancy Pelosi à Taiwan le 2 août 2022.

Le retour de la force militaire comme instrument de puissance

La guerre russo-ukrainienne apprend aux européens que leur sécurité n’est et ne sera pas éternelle et qu’il faudra anticiper et répondre aux stratégies agressives d’États concurrents. L’instrument de puissance qui reprend sa place sur le continent européen est celui de la force militaire largement écartée de la réflexion stratégique européenne. Certes, celle-ci s’est appuyée sur un premier concept stratégique de l’Union européenne en 2003 mais axé sur le terrorisme. En juin 2016, une mise à jour était publiée. Enfin, sans doute dans la perspective de la présidence française, le document « Une boussole stratégique en matière de sécurité et de défense[1] », considéré comme le premier Livre blanc européen sur la défense, annoncée en novembre 2021, a été publié en mars 2021 après une ultime mise à jour en raison de l’agression russe.

Cependant, comme toujours, la puissance militaire est diffuse et cette « boussole stratégique » ne prépare pas la réponse à une agression de haute intensité. Ainsi, pour agir rapidement, ce document demande le renforcement des missions et opérations PSDC civiles et militaires, une capacité de déploiement rapide de l’Union européenne jusqu’à 5 000 militaires à partir des groupements tactiques existant, la consolidation des structures de commandement, le renforcement de la capacité de déploiement à travers des exercices réguliers. Il envisage de développer la fonction « renseignement » notamment pour détecter les menaces hybrides et y réagir (lutte contre les activités de manipulation de l’information et d’ingérence).  Cela inclut la cyber-défense mais aussi des actions dans les domaines maritime, aérien et spatial, notamment en étendant les présences navales notamment en Indopacifique. Les équipements bien sûr sont importants et il s‘agirait de dépenser plus et mieux comme en témoigne l’achat par la Pologne… de 450 chars Abrams. Enfin, il s’agit de renforcer les partenariats stratégiques avec l’OTAN.

La guerre sur le continent européen est un retour brutal à la réalité pour l’Union européenne qui doit désormais prendre en compte cette insécurité globale prise en compte imparfaitement par la « boussole stratégique ».

Quelles conséquences pour l’Europe ?

Les conséquences pour l’Europe seront sans aucun doute immenses mais avec des variantes en fonction des organisations et des instruments de puissances. Elles conduisent avant tout à définir la sécurité sous toutes ses formes comme un enjeu majeur en s’appuyant sur les instruments de puissance. Tels qu’ils sont définis en général dans les documents de stratégie et de doctrine, les instruments de puissance d’un Etat comprennent la diplomatie, la défense au sens des capacités militaires, l’économie et l’information. Ils ont donc vocation à répondre aux menaces de demain au service d’une stratégie étatique ce qui paraît évident. En revanche, dans une organisation à 27 et plus, se pose l’attribution de l’ensemble des instruments de puissance à une organisation collective, sans nuire à la souveraineté des États et sans évoluer vers une fédération.

Réapprendre ce qu’est un rapport de forces

L’Union européenne doit apprendre ce qu’est le rapport de forces, y compris militaire et pouvoir compter sur ses propres capacités à partir d’appréciations pragmatiques et moins moralisatrices. L’agression russe aujourd’hui, d’autres agressions militaires peut-être demain, remettent et remettront la liberté de décision collective que revendique l’Union européenne, y compris face aux guerres auxquelles elle devra faire face. Déjà elle a intégré pour la première fois et sans doute avec une certaine amertume qu’elle ne pouvait s’affranchir des questions militaires dans un cadre collectif. Les avertissements ont été pourtant nombreux depuis l’administration Trump exigeant que les européens consacrent 2% de leur PIB à la défense, finalement obtenu « grâce » à l’agression russe.

Ainsi, en août 2021, les Américains abandonnent leurs alliés européens encore présents en Afghanistan par la décision unilatérale de quitter le pays. L’éviction de la France de l’Indopacifique par le biais de la vente de sous-marins est aussi un signe de l’échec d’une politique de puissance européenne. En même temps, un document européen précisant la politique de l’Union européenne était en effet publié alors que la liberté de circulation par voie maritime est indispensable à son économie et est donc stratégique. Comme nous l’apprend ou nous le rappelle la guerre russo-ukrainienne, sinon les tensions chinoises autour de Taïwan, l’Union européenne découvre sa faiblesse et la menace sur son ambition de puissance, sinon sur sa souveraineté collective : sécurité énergétique, sécurité alimentaire y compris l’eau, sécurité des frontières, sécurité des voies d’approvisionnement notamment maritimes, sécurité des principes démocratique régissant ce qui est devenu à nouveau le bloc occidental face au bloc plus ou moins uni des États autoritaires, capacité enfin à défendre militairement les intérêts européens là où ils sont menacés. Tous ces éléments prennent leur place dans un contexte de dérèglement climatique et de ressources qui deviendront de plus en plus rares et convoitées.

Une Alliance atlantique indispensable à la sécurité européenne

La sécurité européenne est indissociable d’un bloc otanien. L’OTAN n’est plus en « mort cérébrale » et se révèle indispensable à la défense de l’Europe. Elle a été revitalisée par cette agression russe. Elle a empêché toute extension du conflit hors du théâtre ukrainien des opérations. Elle sera renforcée par deux États, la Suède et la Finlande, qui assureront la continuité géographique du bloc occidental européen. L’accès de la mer Baltique à la Russie sera sous le contrôle de l’OTAN mais donnera aussi une importance stratégique nouvelle à l’Arctique, autre zone potentielle de conflit qui, peu à peu, s’ouvre à la navigation. Reste cependant le cas de la Turquie, facteur de nuisance, bien trop proche de la Russie dont elle est dépendante pour son énergie (45 %) et son blé (70 %) et contre laquelle elle n’applique pas les sanctions décidées par les occidentaux. Si son parlement ne valide pas l’accord, elle peut encore refuser l’adhésion à l’OTAN des deux nouveaux États alors que sa politique étrangère dans le Caucase, en Syrie, en Libye et en Méditerranée orientale reste agressive.

Pour autant, l’OTAN a mis en œuvre sa force de réaction rapide face à la Russie. Depuis janvier 2022, la France assure pour un an la fonction de nation-cadre et le commandement de deux de ses composantes (forces terrestres et forces aériennes). Elle a fourni 7 000 hommes sur les 20 000 personnels de cette force. Cependant les renforts déployés « en réassurance » ont été en grande partie américains soit plus de 20 000 hommes des forces terrestres. L’appui notamment en renseignement et en équipements militaires au profit de l’Ukraine (10 milliards de dollars, 12 milliards depuis 2014) a montré que la défense de l’Europe ne pouvait se concevoir sans les États-Unis mais aussi que ceux-ci ne pouvaient pas se désengager à court sinon à moyen terme pour concentrer leurs efforts face à la Chine dans le Pacifique.

Le soutien américain à la défense de l’Europe aura un prix. L’achat d’équipements militaires — les États-Unis sont le premier exportateur mondial d’armement — au détriment d’une industrie européenne d’armement en est une conséquence potentielle sinon déjà en partie actée d’autant que seuls les États-Unis peuvent produire en masse des équipements. Comme en témoigne la prise en compte de la menace chinoise dans le nouveau concept stratégique de l’OTAN[2], les États-membres devront aussi soutenir les États-Unis en cas d’affrontement sino-américain alors que la stratégie hybride de la Russie montre ce que la Chine pourrait employer comme moyens au service de sa propre stratégie.

Il est clair cependant que la puissance militaire en Europe est aux mains des États-Unis, sinon aussi des Britanniques. La défense de leurs intérêts en Europe primera. Américains et Britanniques étaient garants par le mémorandum de Budapest (5 décembre 1994) de la sécurité ukrainienne en échange de la dénucléarisation de l’Ukraine. Depuis 2014, avec les Canadiens, ils ont formé l’armée ukrainienne après l’invasion de la Crimée mais la question du non-respect du mémorandum de 1994 pourrait être posée.

De nouvelles problématiques pour l’Union européenne

Enfin, la défense de l’Europe par l’Union européenne ne peut pas évacuer la prise en compte de sa sécurité qui comporterait au moins trois problématiques. La première est celle de la dissuasion nucléaire. En effet la guerre russo-ukrainienne a levé le tabou de l’arme nucléaire comme arme d’emploi au moins dans le discours de propagande. Elle a intégré une « stratégie » du risque nucléaire, civil ou militaire, régulièrement mis en avant depuis le 24 février 2022 que ce soit de la part de l’Ukraine ou de la Russie. Cette situation conduit à envisager une dissuasion qui ne dépend pas des États-Unis. En l’occurrence, l’apport de la dissuasion nucléaire accordée unilatéralement jusqu’à présente par la France à l’Europe[3] doit être étudiée.

La seconde problématique est celle de la place de l’Union européenne comme puissance politique et militaire. La paix qui, tôt ou tard, se négociera entre la Russie et l’Ukraine doit inclure l’Union européenne comme l’un des acteurs principaux des négociations et non le simple acteur financier de la reconstruction post-conflit. Cela participe aussi de la construction d’une architecture de sécurité en Europe qui la concerne au premier chef et doit correspondre à ses intérêts de puissance.

Enfin, une troisième problématique en complément du concept de la boussole stratégique est celle de l’autonomie des armées européennes en termes d’équipements militaires. La base industrielle et technologique de défense (BITD) européenne devra être robuste pour préserver sinon renforcer cette autonomie. Le rôle par exemple de l’Agence européenne de défense (AED) pourrait être accru par un pouvoir de validation des achats d’un système d’arme dès lors qu’il est produit hors de l’Union européenne. L’objectif serait de donner la priorité à l’acquisition d’armements européens et non américains notamment. Elle devrait aussi permettre de limiter les effets de la réglementation américaine ITAR (International Traffic in Arms Regulations) qui contrôle notamment l’usage de la technologie américaine dans les systèmes d’armes non américains.

* * *

Pour conclure, la guerre russo-ukrainienne a-t-elle permis à l’Union européenne de prendre conscience des enjeux sécuritaires ? Sans aucun doute au moins tant que la guerre durera ? Ce conflit lui impose néanmoins de prendre ses intérêts de puissance au sérieux en privilégiant son autonomie stratégique y compris dans le domaine militaire, sinon même dans celui du nucléaire militaire. Assurer cette sécurité collective et ses nombreuses facettes est le principal enjeu alors que les menaces sur la paix sont multiples : la guerre certes mais aussi le dérèglement climatique et ses effets sur les États et les peuples amenées à migrer, la raréfaction des ressources notamment énergétiques, la volonté de puissance de nouveaux États. L’Union européenne ne sera réellement crédible et ne remplira sa fonction protectrice de ses populations que si elle assume un changement radical dans sa compréhension de la puissance et surtout de son application. Pragmatisme et realpolitik sont les clés de cette révolution à venir ou du moins attendue.

 

L’état-major russe annonce la mise en alerte prochaine d’un second régiment doté de l’arme hypersonique Avangard

L’état-major russe annonce la mise en alerte prochaine d’un second régiment doté de l’arme hypersonique Avangard

 

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Les Russes ont « eu des problèmes avec certains de leurs missiles hypersoniques en ce qui concerne la précision », a en effet affirmé le général Glen VanHerck, le commandant de l’US North Command [USNORTHCOM], lors d’une récente audition parlementaire.

Or, le 19 mars dernier, Moscou a indiqué avoir visé un dépôt militaire souterrain situé dans l’ouest de l’Ukraine avec un Kh-47M2 Kinjal, marquant ainsi les débuts opérationnels de cette arme décrite comme étant « invincible » par Vladimir Poutine, le président russe, en mars 2018. Cela étant, et hormis, sans doute, son impact psychologique, son usage n’aura pas eu une influence décisive sur la suite des opérations… Et probablement qu’elle aurait été mieux adaptée dans un autre emploi, comme par exemple la lutte anti-navire.

Justement, pour cela, la Russie dispose du missile hypersonique Zircon, destiné à armer les navires de surface et les sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] de la marine russe ainsi que les batteries de défense côtière. Le 28 mai dernier, cet engin a fait l’objet d’un ultime essai – réussi – de qualification avant d’être déclaré opérationnel, en atteignant une cible située à plus de 1000 km de la frégate Amiral Gorchkov, qui naviguait alors en mer de Barents.

Développé par NPO Mashinostroyenia Corporation, le système Avangard est une autre arme décrite comme « invincible » par Moscou. Déjà en service, il se compose d’un missile intercontinental RS-18/SS-19 et d’un planeur hypersonique [HGV pour Hypersonic Glide Vehicle]. Une fois lancé, celui-ci « plane » sur les hautes couches de l’atmosphère, ce qui lui permet d’avoir une trajectoire moins prévisible que celle d’un engin balistique… et donc d’être moins vulnérable aux défenses aériennes.

En décembre 2019, le ministère russe de la Défense avait annoncé la « mise en service du premier régiment équipé des nouveaux systèmes stratégiques hypersoniques Avangard ». Et un second ne devrait pas tarder à l’être.

« Le deuxième régiment de missiles balistiques intercontinentaux équipés du système hypersonique Avangard est sur le point d’être déclaré opérationnel », a en effet déclaré le général Sergueï Karakyev, le commandant de la Force de missiles stratégiques, le 5 juin, sur Zvezda TV, la chaîne de télévision du ministère russe de la Défense.

Ce « deuxième régiment se prépare à passer en alerte au combat » et « au regard des défenses antimissile actuelles, il n’y a aucun moyen pour contrer l’Avangard », a-t-il insisté.

Selon Moscou, ce planeur hypersonique pourrait voler à la vitesse de Mach 27. Quant à sa charge militaire, elle peut être conventionnelle ou nucléaire [avec une puissance de 2 mégatonnes]. Il est probable que, à l’avenir, le RS-18/SS-19 soit remplacé à l’avenir par le puissant missile RS-28 Sarmat, lequel a fait l’objet d’un essai réussi en avril dernier. D’une masse de 200 tonnes, il peut emporter jusqu’à 15 ogives nucléaires mirvées ou 24 HGV.

Dissuasion : Le missile ASMP-A Rénové des Forces aériennes stratégiques va entrer en production

Dissuasion : Le missile ASMP-A Rénové des Forces aériennes stratégiques va entrer en production

 

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Pour rappel, l’ASMP-A est le successeur de l’ASMP qui, mis en service au milieu des années 1980, avait été associé au Mirage IVP, puis au Mirage 2000N. D’une longueur d’environ cinq mètres pour une masse de 800 kg, il vole à la vitesse d’au moins Mach 2, grâce à son statoréacteur. Muni d’une tête nucléaire de 300 kt, sa portée est de plus ou moins 500 km. L’une de ses particularités est qu’il peut avoir plusieurs trajectoires [basse altitude, très basse altitude et haute altitude].

Quoi qu’il en soit, cette modernisation de l’ASMP-A, désormais appelé « ASMP-A Rénové », a été menée dans les temps, avec un premier tir de qualification – sans charge militaire – effectué par un Rafale en décembre 2020. Le dernier vient d’avoir lieu, selon un communiqué du ministère des Armées.

« Florence Parly, ministre des Armées, exprime sa grande satisfaction après le succès le 23 mars 2022 du tir de qualification du missile stratégique Air-sol moyenne portée amélioré [ASMPA] rénové, dépourvu de sa charge militaire. Elle adresse ses vives félicitations à l’ensemble du personnel du ministère des Armées, des entreprises MBDA et Dassault Aviation et de l’ONERA qui ont œuvré à sa réussite », affirme le texte.

Comme en décembre 2020, l’ASMP-A rénové a été tiré par un Rafale ayant décollé de la base aérienne 120 de Cazaux. « Tout au long de sa phase de vol, [il] a été suivi par les moyens de la Direction générale de l’armement [DGA] « Essais de Missiles » à Biscarosse, Hourtin et Quimper », ainsi que par le bâtiment d’essais et de mesures Monge, avec la participation de DGA Essais en vol.

Après ce succès, la phase de production de l’ASMP-A rénové va pouvoir commencer. Ce qui signifie que sa mise en service au sein des Forces aériennes stratégique [FAS] et de la Force aéronavale nucléaire [FANu] devrait être effective d’ici quelques mois.

« Ce programme d’armement répond à la volonté du président de la république qui s’est engagé pour ces forces ‘à prendre les décisions nécessaires au maintien de leur crédibilité opérationnelle dans la durée, au niveau de stricte suffisance requis par l’environnement international’ », souligne le ministère des Armées.

L’ASMP-A rénové sera remplacé en 2035 par le missile air-sol nucléaire de quatrième génération [ASN4G]. Deux pistes sont actuellement considérées par l’ONERA et MBDA pour ce nouvel engin, comme l’avait indiqué le député Christophe Lejeune, dans son dernier avis budgétaire concernant la dissuasion.

En effet, il s’agira soit d’un missile à statoréacteur issu du Plan d’études amont [PEA] « Camosis », soit d’un missile à super statoréacteur hypervéloce issu du PEA Prométhée. « La solution technologique qui devrait être retenue prochainement pourrait être un missile hypersonique manœuvrant à même de garantir la capacité de pénétration des défenses, dans un contexte de déni d’accès [A2/AD] croissant. La prochaine étape sera le lancement de la phase de la réalisation, prévu en 2025 », avait expliqué le député.

Photo : archive

La France va-t-elle être obligée de revoir le format de ses forces stratégiques?

La France va-t-elle être obligée de revoir le format de ses forces stratégiques?

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Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la Guerre Froide, le format des forces stratégiques françaises, sur lesquelles reposent la dissuasion nucléaire, a drastiquement été réduit. Le programme de missile à courte portée Hadès [successeur du Pluton] fut dans un premier temps réduit, puis totalement abandonné en 1996. Même chose pour les missiles balistiques à portée intermédiaire sol-sol S3 mis en œuvre depuis le plateau d’Albion par l’armée de l’Air [et de l’Espace].

Quant à la Force océanique stratégique [FOST], elle reçut quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de type « Le Triomphant » au lieu des six initialement prévus. Cependant, la Marine nationale put conserver la Force aéronavale nucléaire [FANu], qui est dite « intermittente » car seulement employable quand un porte-avions est en mer.

Puis, à la fin des années 2010, et alors qu’elles se composaient de 9 unités dotées de bombardiers Mirage IV à la fin des années 1970, il fut décidé que les Forces aériennes stratégiques [FAS] ne compterait plus que deux escadrons dotés du missile ASMP-A [Air Sol Moyenne Portée Améliorée] à la faveur du remplacement du Mirage 2000N par le Rafale B, contre trois jusqu’alors.

Par ailleurs, en 1992, la France finit par rejoindre le Traité de non prolifération nucléaire [TNP], alors qu’elle en respectait les dispositions depuis 1968. Puis elle ratifia, comme le Royaume-Uni, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires [TICEN], le programme « Simulation » devant alors prendre le relais des expérimentations réalisées à Mururoa. Enfin, elle cessa la production de matières fissiles pour les armes nucléaires.

Avec ces mesures, la France compte actuellement moins de 300 têtes de nucléaires, trois lots de 16 missiles M51 destinés aux SNLE et 54 ASMP-A. Tels sont les chiffres qui avaient été rendu publics en 2015 par le président Hollande.

La dissuasion nucléaire française repose sur cinq principes qui concourent à sa crédibilité : la permanence, l’indépendance nationale [ou autonomie stratégique], la défense des intérêts vitaux, lesquels doivent être assez flous pour un adversaire potentiel mais dont on sait, depuis le discours prononcé par M. Macron à l’École militaire en février 2020, qu’ils ont désormais une « dimension européenne », capacité à infliger des « dommages inacceptables » et, enfin, la notion « stricte suffisance ».

Le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2008 donne une définition précise de cette notion, qui sera reprise par celui de 2013. « La France continuera à maintenir ses forces nucléaires à un niveau de stricte suffisance. Elle les ajustera en permanence au niveau le plus bas possible compatible avec sa sécurité. […] Le niveau de ses forces ne dépendra pas de celui des autres acteurs dotés de l’arme nucléaire, mais seulement de la perception des risques et de l’analyse de l’efficacité de la dissuasion pour la protection de nos intérêts vitaux ».

Et d’ajouter : « Le niveau de suffisance continuera à faire l’objet d’une appréciation à la fois quantitative, concernant le nombre de porteurs, de missiles, d’armes, et qualitative, prenant en compte des défenses susceptibles d’être opposées à nos forces. Cette appréciation est régulièrement présentée au Président de la République et actualisée dans le cadre du conseil de défense restreint sur les armements nucléaires ».

En clair, la France entend maintenir sa dissuasion nucléaire au plus bas niveau possible au regard de son évaluation du contexte stratégique.

Dans son livre « Opération Poker », le général Bruno Maigret, ancien commandant des Forces aériennes stratégiques, souligne que le « concept de stricte suffisance prévient tout risque de course aux armements qui pourrait faire perdre à la France son équilibre doctrinal comme financier ». Plus loin, il ajoute, en citant M. Macron : « La stricte suffisance des forces nucléaires n’est pas dimensionnée par l’arsenal des autres acteurs, mais bien par l’impératif du « maintien de leur crédibilité opérationnelle dans la durée, au niveau […] requis par l’environnement international’. Cela signifie que ce qui dimensionne nos forces aujourd’hui et demain est le niveau de la défense adverse qu’elles devront savoir percer ».

Le contexte international doit donc être pris en compte pour déterminer le niveau de « stricte suffisance ». Du moins fait-il partie de l’équation… Or, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec la menace nucléaire agitée par Moscou rebat les cartes. En outre, de nouvelles puissances nucléaires sont apparues depuis le début des années 1990, dont le Pakistan, la Corée du Nord et l’Inde. D’autres pays ont tenté de développemer un arsenal nucléaire… Et la Chine a visiblement l’intention d’accroître significativement le sien. Qui plus est, les armes hypersoniques ont fait leur apparition, certaines passant pour être opérationnelle. Et il faut composer avec les défenses antimissiles, le traité ABM [Anti-Ballistic Missile, signé à Moscou en 1972, ndlr] ayant été dénoncé par les États-Unis en 2002.

Étant allé beaucoup plus loin que la France en matière de désarmement nucléaire, avec une dissuasion ne reposant plus que sur une composante océanique [dont l’existence est « garantie » par les États-Unis], le Royaume-Uni a pris la mesure de cette évolution en annonçant, en mars 2021, son intention d’augmenter la taille de son arsenal nucléaire de 40%, le nombre de ses armes « stratégiques » devant ainsi passer de 180 à 260. Durant la Guerre Froide, les forces britanniques disposaient de 500 têtes nucléaires…

Pour justifier cette annonce, venue après une reprise en main de son industrie nucléaire, Londres avait mis en avant une « panoplie croissante de menaces technologiques et doctrinales » et une « menace active » incarnée par la Russie ainsi qu’un « défi systémique » posé par la Chine. Et d’ajouter : « Une dissuasion nucléaire minimale, crédible et indépendante, affectée à la défense de l’Otan, reste essentielle pour garantir notre sécurité ».

Dans ces conditions, l’évolution du contexte international invite-t-elle à reconsidérer le seuil de « stricte suffisance »? La France devrait-elle revoir le format de ses forces stratégiques, en profiter de la modernisation de ses deux composantes nucléaires, avec le SNLE de 3e génération et le missile ASN4G? Le développement d’une arme hypersonique – comme le V-MAX – peut-elle être une réponse?

Sans doute que la campagne électorale qui s’ouvre permettra d’aborder ce sujet, la dissuasion nucléaire étant du seul ressort du président de la République. En attendant, il se dit qu’un deuxième SNLE a quitté la base de l’Île-Longue peu après l’invasion de l’Ukraine. Cela ne s’était plus vu depuis la crise des Euromissiles, au début des années 1980.

La main sur le glaive pour garantir la paix. 57 années d’alerte nucléaire dans les Forces aériennes stratégiques

La main sur le glaive pour garantir la paix. 57 années d’alerte nucléaire dans les Forces aériennes stratégiques



La main sur le glaive pour garantir la paix. 57 années d’alerte nucléaire dans les Forces aériennes stratégiques

par Jean-Patrice Le Saint – Aerion24 – publié le 4 mars 2022

 

Pour ces raisons, mais aussi parce que la mission de dissuasion nucléaire repose sur un subtil équilibre entre ce qui se dit et ce qui se tait, entre ce qui se montre et ce qui se cache, les FAS sont toujours l’objet d’une forme de mythification, y compris au sein des forces armées. À rebours de l’image parfois tenace d’un grand commandement structuré par une doctrine sclérosée, dont la « sanctuarisation » des moyens hypothéquerait les capacités d’action conventionnelle de nos armées, les FAS n’ont cessé de s’adapter au contexte stratégique et de se diversifier. Toujours dimensionnées selon le principe de stricte suffisance, elles prennent aujourd’hui toute leur part aux missions conventionnelles des armées, et ont atteint un niveau de polyvalence, de cohérence et d’efficacité sans doute inégalé dans leur histoire.

Une mutation continue

Dans son essence, la raison d’être des FAS n’a jamais varié depuis leur premier jour d’alerte, le 8 octobre 1964 : crédibiliser la capacité opérationnelle de la France à imposer des dommages inacceptables à toute menace d’origine étatique qui s’en prendrait à ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne et qu’elle qu’en soit la forme ; être en mesure d’appliquer ces dommages dans les délais prescrits, sur ordre du président de la République. La structure de force et les modes d’action de la Composante nucléaire aéroportée (CNA) ont cependant constamment évolué au fil du temps. Les mutations du contexte international et des menaces pour nos intérêts, le progrès technique, la montée en gamme de nos forces nucléaires et les inflexions doctrinales qui en ont découlé ont eu logiquement des traductions très concrètes pour les FAS, en matière de renseignement, de planification, d’équipement et de préparation opérationnelle. L’évocation des trois générations du triptyque « arme/porteur/ravitailleur » en est la meilleure illustration.

Le développement des intercepteurs et des missiles soviétiques au cours des années 1960 a en effet imposé aux bombardiers bisoniques à haute altitude Mirage IV de la première génération d’adopter à partir de 1967 un profil de pénétration à très basse altitude, en emportant une arme légèrement modifiée pour ce nouveau profil de vol. Au début des années 1970, la mise en service du premier poste de tir du 1er GMS (1) sur le plateau d’Albion puis du premier SNLE a permis de relâcher la contrainte temporelle des délais de réaction des Mirage IV, puis de réduire le format de leur flotte. L’arrivée du Mirage 2000N à partir de 1987 a conduit au remplacement par trois escadrons équipés de cet appareil des cinq escadrons de Jaguar et Mirage IIIE qui assuraient la mission nucléaire tactique depuis le milieu des années 1970. La fin de la guerre froide a entraîné le renoncement au nucléaire « tactique » : les Mirage 2000N ont été intégrés aux FAS en 1991, dont ils constituent la deuxième génération de porteurs. Le Mirage IV a abandonné la mission nucléaire en 1996, l’année même du démantèlement du plateau d’Albion. Dernier changement d’ampleur, le Livre blanc de 2008 annonçait l’évolution des FAS vers leur format actuel, avec le passage de trois à deux escadrons de combat ayant vocation à accueillir le Rafale, troisième génération de porteurs. Que de chemin parcouru depuis l’achèvement de la première génération, et ses neuf escadrons de Mirage IV…

Dans une logique de stricte suffisance, cette contraction du format a été rendue possible par l’amélioration constante de la performance globale des FAS. La portée, la précision de l’ASMP‑A (2) et sa capacité à s’affranchir des menaces n’ont rien à voir avec celles de l’antique bombe AN‑11. N’imposant plus le survol de l’objectif, la portée se mesure désormais en centaines de kilomètres et les performances autorisent le ciblage de centres de pouvoir, en déjouant les menaces les plus évoluées. Le système d’armes du Mirage 2000N, lui aussi plus sophistiqué et plus fiable que celui du Mirage IV, avait introduit une certaine polyvalence, dont la capacité au tir de munitions conventionnelles. Celui du Rafale ouvre l’accès à l’ensemble des missions de l’aviation de combat et, dans l’exécution du raid nucléaire, à une capacité de pénétration et d’autodéfense exceptionnelle. Avec l’arrivée de l’Airbus A‑330MRTT Phénix qui remplace progressivement les Boeing KC‑135, l’allonge du raid s’est aussi considérablement étendue : il est aujourd’hui courant de réaliser des missions de plus de 12 heures, deux fois plus longues que celles envisagées à l’époque du tandem Mirage IV/KC‑135.

Plus puissantes et plus cohérentes que jamais

En 2021, et pour la première fois de leur histoire, les FAS disposent ainsi à la fois d’un missile extrêmement performant (21 tirs d’évaluation réussis sur 21 réalisés), d’un porteur omnirôle éprouvé sur tous les théâtres d’opérations et d’un ravitailleur polyvalent et évolutif, assurant aussi des missions de transport stratégique (3). La dualité conventionnel/nucléaire de leurs capacités a atteint un niveau inédit.

Leurs escadrons de combat étaient autrefois les plus spécialisés de l’armée de l’Air, ils sont aujourd’hui les plus polyvalents. Outre leur mission première, ils remplissent toutes celles de l’aviation de combat, sur le territoire national, où ils tiennent également l’alerte de défense aérienne, comme à l’extérieur, où ils sont pleinement engagés dans les opérations (Libye, Sahel, Levant). Cet aguerrissement, qui s’étoffe jour après jour, est de nature à renforcer leur performance et leur crédibilité dans l’exécution quotidienne de leur mission principale. Lorsqu’elle ne lui est pas consacrée, leur activité aérienne contribue d’ailleurs à la préparation opérationnelle des équipages à l’exécution du raid nucléaire. Les exercices de ravitaillement en vol, de combat air-air, de pénétration à très basse altitude ou encore d’entraînement au tir de missiles de croisière SCALP (4) sont autant de « briques » indispensables à l’édification du savoir-­faire qu’il serait nécessaire de mobiliser le jour J.

La proportion des missions conventionnelles est encore très supérieure pour les unités de KC‑135 et de Phénix, placées la plupart du temps sous le contrôle opérationnel d’autres « employeurs » : entraînement au ravitaillement en métropole, relèves de personnel en opération, ravitaillement sur les théâtres extérieurs, exercices majeurs à l’étranger, évacuations sanitaires (5), etc.

Ce large spectre d’expertise repose sur 2 100 personnes environ, soit 5 % du personnel de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), et sur une organisation aussi lisible que rationnelle. L’état-major est implanté en région parisienne. Établie à Taverny (Val-­d’Oise), une brigade des opérations assiste le général commandant les FAS (GCFAS) dans ses attributions de commandant opérationnel de force nucléaire, qu’il exerce sous l’autorité du chef d’état-­major des armées. Adossée à un centre d’opérations, le Commandement des FAS (COFAS), qui suit en permanence la localisation et la disponibilité des moyens et dirige leur manœuvre, elle fédère les compétences nécessaires à l’appréciation de situation, à la planification et à la conduite des opérations de la CNA. L’arrivée du MRTT Phénix et la prise en compte totale par les FAS de la mission de transport aérien stratégique en septembre 2021 ont donné naissance à une division chargée de coordonner la participation et l’emploi de ces moyens avec les organismes interarmées nationaux et internationaux susceptibles de les solliciter.

Guerre en Ukraine : quel est le pouvoir de l’AIEA face au risque nucléaire ?

Guerre en Ukraine : quel est le pouvoir de l’AIEA face au risque nucléaire ?

Explication

Depuis le début de la guerre en Ukraine, premier conflit à se dérouler dans un État nucléarisé, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) alerte sur le risque grave d’un accident, sans toutefois pouvoir influer concrètement.

par Esther Serrajordia – La Croix – publié le

https://www.la-croix.com/Monde/Guerre-Ukraine-quel-pouvoir-lAIEA-face-risque-nucleaire-2022-03-07-1201203643


En s’emparant du site de Zaporijjia dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 mars, la Russie est devenue le premier pays à prendre possession d’une installation nucléaire civile ennemie. La guerre en Ukraine est le premier conflit à se dérouler dans un État nucléarisé. L’Ukraine dispose en effet de quinze réacteurs dans quatre centrales. Celle de Tchernobyl, lieu de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, en 1986, est tombée aux mains des troupes russes la semaine dernière.

Face à cette situation inédite, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) multiplie les prises de parole et alerte sur le risque d’un grave accident nucléaire. « Il faut comprendre que nous faisons face à une situation inédite. Habituellement, en diplomatie, il convient de regarder dans le passé pour y trouver des solutions. Ici, nous évoluons en eaux troubles », a déclaré le directeur général, Rafael Mariano Grossi.

Un réel pouvoir ?

Le conseil des gouverneurs de l’AIEA a ainsi adopté jeudi 3 mars une résolution appelant la Russie à « cesser immédiatement les actions contre les sites nucléaires ukrainiens ». Le lendemain, lors d’une conférence de presse organisée en urgence à Vienne, Rafael Mariano Grossi s’est dit prêt à se rendre en Ukraine « dès que possible » afin de négocier une solution pour garantir la sécurité des sites mis en danger par la guerre, notamment à Tchernobyl.

Dernière déclaration en date, dimanche 6 mars, le gendarme onusien du nucléaire a exprimé sa « profonde inquiétude » à la suite d’informations concernant l’interruption des communications avec la centrale de Zaporijjia et a rappelé les sept piliers indispensables à la sûreté nucléaire. Parmi eux, garantir le maintien de l’intégrité physique des installations, mais aussi faire en sorte que le personnel qui y travaille ne soit pas sous stress.

L’AIEA a été créée en 1957 au sein des Nations unies. « Après Hiroshima et Nagasaki, il y a eu une prise de conscience de l’ensemble des politiques et des pays qu’il fallait des gendarmes du nucléaire au niveau international », explique Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse au Conservatoire national des arts et métiers et spécialiste de la physique nucléaire. Le principal objectif de l’AIEA est donc de promouvoir les usages pacifiques de l’énergie nucléaire et de limiter ses implications militaires.

Peu d’influence concrète

Mais quel est le réel impact de cette organisation ? Comme l’ONU, l’AIEA n’a pas de pouvoir de contrainte, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une influence importante en temps de guerre. « L’AIEA a raison de faire tout ce qu’il est en son pouvoir pour essayer de calmer le jeu, mais si la Russie veut prendre les centrales d’Ukraine, elle ne peut rien y faire », analyse Emmanuelle Galichet.

→ EXPLICATION. Guerre en Ukraine : à quoi sert l’iode face au risque nucléaire

Même si l’AIEA ne peut donner que des recommandations, sa fonction « est vraiment importante pour montrer aux Russes que le monde est conscient de la gravité, des enjeux de cette guerre, et que les centrales nucléaires font partie des ouvrages et des installations auxquels on n’a pas le droit de toucher », explique l’enseignante-chercheuse, invoquant la convention de Genève de 1949.

« L’AIEA va avoir un rôle essentiel sur la transparence de l’information et la diplomatie pour contrôler que tout est en ordre dans l’exploitation des réacteurs. C’est inédit », ajoute Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting.