L’état-major russe annonce la mise en alerte prochaine d’un second régiment doté de l’arme hypersonique Avangard

L’état-major russe annonce la mise en alerte prochaine d’un second régiment doté de l’arme hypersonique Avangard

 

http://www.opex360.com/2022/06/06/letat-major-russe-annonce-la-mise-en-alerte-prochaine-dun-second-regiment-dote-de-larme-hypersonique-avangard/


Les Russes ont « eu des problèmes avec certains de leurs missiles hypersoniques en ce qui concerne la précision », a en effet affirmé le général Glen VanHerck, le commandant de l’US North Command [USNORTHCOM], lors d’une récente audition parlementaire.

Or, le 19 mars dernier, Moscou a indiqué avoir visé un dépôt militaire souterrain situé dans l’ouest de l’Ukraine avec un Kh-47M2 Kinjal, marquant ainsi les débuts opérationnels de cette arme décrite comme étant « invincible » par Vladimir Poutine, le président russe, en mars 2018. Cela étant, et hormis, sans doute, son impact psychologique, son usage n’aura pas eu une influence décisive sur la suite des opérations… Et probablement qu’elle aurait été mieux adaptée dans un autre emploi, comme par exemple la lutte anti-navire.

Justement, pour cela, la Russie dispose du missile hypersonique Zircon, destiné à armer les navires de surface et les sous-marins nucléaires d’attaque [SNA] de la marine russe ainsi que les batteries de défense côtière. Le 28 mai dernier, cet engin a fait l’objet d’un ultime essai – réussi – de qualification avant d’être déclaré opérationnel, en atteignant une cible située à plus de 1000 km de la frégate Amiral Gorchkov, qui naviguait alors en mer de Barents.

Développé par NPO Mashinostroyenia Corporation, le système Avangard est une autre arme décrite comme « invincible » par Moscou. Déjà en service, il se compose d’un missile intercontinental RS-18/SS-19 et d’un planeur hypersonique [HGV pour Hypersonic Glide Vehicle]. Une fois lancé, celui-ci « plane » sur les hautes couches de l’atmosphère, ce qui lui permet d’avoir une trajectoire moins prévisible que celle d’un engin balistique… et donc d’être moins vulnérable aux défenses aériennes.

En décembre 2019, le ministère russe de la Défense avait annoncé la « mise en service du premier régiment équipé des nouveaux systèmes stratégiques hypersoniques Avangard ». Et un second ne devrait pas tarder à l’être.

« Le deuxième régiment de missiles balistiques intercontinentaux équipés du système hypersonique Avangard est sur le point d’être déclaré opérationnel », a en effet déclaré le général Sergueï Karakyev, le commandant de la Force de missiles stratégiques, le 5 juin, sur Zvezda TV, la chaîne de télévision du ministère russe de la Défense.

Ce « deuxième régiment se prépare à passer en alerte au combat » et « au regard des défenses antimissile actuelles, il n’y a aucun moyen pour contrer l’Avangard », a-t-il insisté.

Selon Moscou, ce planeur hypersonique pourrait voler à la vitesse de Mach 27. Quant à sa charge militaire, elle peut être conventionnelle ou nucléaire [avec une puissance de 2 mégatonnes]. Il est probable que, à l’avenir, le RS-18/SS-19 soit remplacé à l’avenir par le puissant missile RS-28 Sarmat, lequel a fait l’objet d’un essai réussi en avril dernier. D’une masse de 200 tonnes, il peut emporter jusqu’à 15 ogives nucléaires mirvées ou 24 HGV.

Dissuasion : Le missile ASMP-A Rénové des Forces aériennes stratégiques va entrer en production

Dissuasion : Le missile ASMP-A Rénové des Forces aériennes stratégiques va entrer en production

 

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Pour rappel, l’ASMP-A est le successeur de l’ASMP qui, mis en service au milieu des années 1980, avait été associé au Mirage IVP, puis au Mirage 2000N. D’une longueur d’environ cinq mètres pour une masse de 800 kg, il vole à la vitesse d’au moins Mach 2, grâce à son statoréacteur. Muni d’une tête nucléaire de 300 kt, sa portée est de plus ou moins 500 km. L’une de ses particularités est qu’il peut avoir plusieurs trajectoires [basse altitude, très basse altitude et haute altitude].

Quoi qu’il en soit, cette modernisation de l’ASMP-A, désormais appelé « ASMP-A Rénové », a été menée dans les temps, avec un premier tir de qualification – sans charge militaire – effectué par un Rafale en décembre 2020. Le dernier vient d’avoir lieu, selon un communiqué du ministère des Armées.

« Florence Parly, ministre des Armées, exprime sa grande satisfaction après le succès le 23 mars 2022 du tir de qualification du missile stratégique Air-sol moyenne portée amélioré [ASMPA] rénové, dépourvu de sa charge militaire. Elle adresse ses vives félicitations à l’ensemble du personnel du ministère des Armées, des entreprises MBDA et Dassault Aviation et de l’ONERA qui ont œuvré à sa réussite », affirme le texte.

Comme en décembre 2020, l’ASMP-A rénové a été tiré par un Rafale ayant décollé de la base aérienne 120 de Cazaux. « Tout au long de sa phase de vol, [il] a été suivi par les moyens de la Direction générale de l’armement [DGA] « Essais de Missiles » à Biscarosse, Hourtin et Quimper », ainsi que par le bâtiment d’essais et de mesures Monge, avec la participation de DGA Essais en vol.

Après ce succès, la phase de production de l’ASMP-A rénové va pouvoir commencer. Ce qui signifie que sa mise en service au sein des Forces aériennes stratégique [FAS] et de la Force aéronavale nucléaire [FANu] devrait être effective d’ici quelques mois.

« Ce programme d’armement répond à la volonté du président de la république qui s’est engagé pour ces forces ‘à prendre les décisions nécessaires au maintien de leur crédibilité opérationnelle dans la durée, au niveau de stricte suffisance requis par l’environnement international’ », souligne le ministère des Armées.

L’ASMP-A rénové sera remplacé en 2035 par le missile air-sol nucléaire de quatrième génération [ASN4G]. Deux pistes sont actuellement considérées par l’ONERA et MBDA pour ce nouvel engin, comme l’avait indiqué le député Christophe Lejeune, dans son dernier avis budgétaire concernant la dissuasion.

En effet, il s’agira soit d’un missile à statoréacteur issu du Plan d’études amont [PEA] « Camosis », soit d’un missile à super statoréacteur hypervéloce issu du PEA Prométhée. « La solution technologique qui devrait être retenue prochainement pourrait être un missile hypersonique manœuvrant à même de garantir la capacité de pénétration des défenses, dans un contexte de déni d’accès [A2/AD] croissant. La prochaine étape sera le lancement de la phase de la réalisation, prévu en 2025 », avait expliqué le député.

Photo : archive

La France va-t-elle être obligée de revoir le format de ses forces stratégiques?

La France va-t-elle être obligée de revoir le format de ses forces stratégiques?

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Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la Guerre Froide, le format des forces stratégiques françaises, sur lesquelles reposent la dissuasion nucléaire, a drastiquement été réduit. Le programme de missile à courte portée Hadès [successeur du Pluton] fut dans un premier temps réduit, puis totalement abandonné en 1996. Même chose pour les missiles balistiques à portée intermédiaire sol-sol S3 mis en œuvre depuis le plateau d’Albion par l’armée de l’Air [et de l’Espace].

Quant à la Force océanique stratégique [FOST], elle reçut quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de type « Le Triomphant » au lieu des six initialement prévus. Cependant, la Marine nationale put conserver la Force aéronavale nucléaire [FANu], qui est dite « intermittente » car seulement employable quand un porte-avions est en mer.

Puis, à la fin des années 2010, et alors qu’elles se composaient de 9 unités dotées de bombardiers Mirage IV à la fin des années 1970, il fut décidé que les Forces aériennes stratégiques [FAS] ne compterait plus que deux escadrons dotés du missile ASMP-A [Air Sol Moyenne Portée Améliorée] à la faveur du remplacement du Mirage 2000N par le Rafale B, contre trois jusqu’alors.

Par ailleurs, en 1992, la France finit par rejoindre le Traité de non prolifération nucléaire [TNP], alors qu’elle en respectait les dispositions depuis 1968. Puis elle ratifia, comme le Royaume-Uni, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires [TICEN], le programme « Simulation » devant alors prendre le relais des expérimentations réalisées à Mururoa. Enfin, elle cessa la production de matières fissiles pour les armes nucléaires.

Avec ces mesures, la France compte actuellement moins de 300 têtes de nucléaires, trois lots de 16 missiles M51 destinés aux SNLE et 54 ASMP-A. Tels sont les chiffres qui avaient été rendu publics en 2015 par le président Hollande.

La dissuasion nucléaire française repose sur cinq principes qui concourent à sa crédibilité : la permanence, l’indépendance nationale [ou autonomie stratégique], la défense des intérêts vitaux, lesquels doivent être assez flous pour un adversaire potentiel mais dont on sait, depuis le discours prononcé par M. Macron à l’École militaire en février 2020, qu’ils ont désormais une « dimension européenne », capacité à infliger des « dommages inacceptables » et, enfin, la notion « stricte suffisance ».

Le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2008 donne une définition précise de cette notion, qui sera reprise par celui de 2013. « La France continuera à maintenir ses forces nucléaires à un niveau de stricte suffisance. Elle les ajustera en permanence au niveau le plus bas possible compatible avec sa sécurité. […] Le niveau de ses forces ne dépendra pas de celui des autres acteurs dotés de l’arme nucléaire, mais seulement de la perception des risques et de l’analyse de l’efficacité de la dissuasion pour la protection de nos intérêts vitaux ».

Et d’ajouter : « Le niveau de suffisance continuera à faire l’objet d’une appréciation à la fois quantitative, concernant le nombre de porteurs, de missiles, d’armes, et qualitative, prenant en compte des défenses susceptibles d’être opposées à nos forces. Cette appréciation est régulièrement présentée au Président de la République et actualisée dans le cadre du conseil de défense restreint sur les armements nucléaires ».

En clair, la France entend maintenir sa dissuasion nucléaire au plus bas niveau possible au regard de son évaluation du contexte stratégique.

Dans son livre « Opération Poker », le général Bruno Maigret, ancien commandant des Forces aériennes stratégiques, souligne que le « concept de stricte suffisance prévient tout risque de course aux armements qui pourrait faire perdre à la France son équilibre doctrinal comme financier ». Plus loin, il ajoute, en citant M. Macron : « La stricte suffisance des forces nucléaires n’est pas dimensionnée par l’arsenal des autres acteurs, mais bien par l’impératif du « maintien de leur crédibilité opérationnelle dans la durée, au niveau […] requis par l’environnement international’. Cela signifie que ce qui dimensionne nos forces aujourd’hui et demain est le niveau de la défense adverse qu’elles devront savoir percer ».

Le contexte international doit donc être pris en compte pour déterminer le niveau de « stricte suffisance ». Du moins fait-il partie de l’équation… Or, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec la menace nucléaire agitée par Moscou rebat les cartes. En outre, de nouvelles puissances nucléaires sont apparues depuis le début des années 1990, dont le Pakistan, la Corée du Nord et l’Inde. D’autres pays ont tenté de développemer un arsenal nucléaire… Et la Chine a visiblement l’intention d’accroître significativement le sien. Qui plus est, les armes hypersoniques ont fait leur apparition, certaines passant pour être opérationnelle. Et il faut composer avec les défenses antimissiles, le traité ABM [Anti-Ballistic Missile, signé à Moscou en 1972, ndlr] ayant été dénoncé par les États-Unis en 2002.

Étant allé beaucoup plus loin que la France en matière de désarmement nucléaire, avec une dissuasion ne reposant plus que sur une composante océanique [dont l’existence est « garantie » par les États-Unis], le Royaume-Uni a pris la mesure de cette évolution en annonçant, en mars 2021, son intention d’augmenter la taille de son arsenal nucléaire de 40%, le nombre de ses armes « stratégiques » devant ainsi passer de 180 à 260. Durant la Guerre Froide, les forces britanniques disposaient de 500 têtes nucléaires…

Pour justifier cette annonce, venue après une reprise en main de son industrie nucléaire, Londres avait mis en avant une « panoplie croissante de menaces technologiques et doctrinales » et une « menace active » incarnée par la Russie ainsi qu’un « défi systémique » posé par la Chine. Et d’ajouter : « Une dissuasion nucléaire minimale, crédible et indépendante, affectée à la défense de l’Otan, reste essentielle pour garantir notre sécurité ».

Dans ces conditions, l’évolution du contexte international invite-t-elle à reconsidérer le seuil de « stricte suffisance »? La France devrait-elle revoir le format de ses forces stratégiques, en profiter de la modernisation de ses deux composantes nucléaires, avec le SNLE de 3e génération et le missile ASN4G? Le développement d’une arme hypersonique – comme le V-MAX – peut-elle être une réponse?

Sans doute que la campagne électorale qui s’ouvre permettra d’aborder ce sujet, la dissuasion nucléaire étant du seul ressort du président de la République. En attendant, il se dit qu’un deuxième SNLE a quitté la base de l’Île-Longue peu après l’invasion de l’Ukraine. Cela ne s’était plus vu depuis la crise des Euromissiles, au début des années 1980.

La main sur le glaive pour garantir la paix. 57 années d’alerte nucléaire dans les Forces aériennes stratégiques

La main sur le glaive pour garantir la paix. 57 années d’alerte nucléaire dans les Forces aériennes stratégiques



La main sur le glaive pour garantir la paix. 57 années d’alerte nucléaire dans les Forces aériennes stratégiques

par Jean-Patrice Le Saint – Aerion24 – publié le 4 mars 2022

 

Pour ces raisons, mais aussi parce que la mission de dissuasion nucléaire repose sur un subtil équilibre entre ce qui se dit et ce qui se tait, entre ce qui se montre et ce qui se cache, les FAS sont toujours l’objet d’une forme de mythification, y compris au sein des forces armées. À rebours de l’image parfois tenace d’un grand commandement structuré par une doctrine sclérosée, dont la « sanctuarisation » des moyens hypothéquerait les capacités d’action conventionnelle de nos armées, les FAS n’ont cessé de s’adapter au contexte stratégique et de se diversifier. Toujours dimensionnées selon le principe de stricte suffisance, elles prennent aujourd’hui toute leur part aux missions conventionnelles des armées, et ont atteint un niveau de polyvalence, de cohérence et d’efficacité sans doute inégalé dans leur histoire.

Une mutation continue

Dans son essence, la raison d’être des FAS n’a jamais varié depuis leur premier jour d’alerte, le 8 octobre 1964 : crédibiliser la capacité opérationnelle de la France à imposer des dommages inacceptables à toute menace d’origine étatique qui s’en prendrait à ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne et qu’elle qu’en soit la forme ; être en mesure d’appliquer ces dommages dans les délais prescrits, sur ordre du président de la République. La structure de force et les modes d’action de la Composante nucléaire aéroportée (CNA) ont cependant constamment évolué au fil du temps. Les mutations du contexte international et des menaces pour nos intérêts, le progrès technique, la montée en gamme de nos forces nucléaires et les inflexions doctrinales qui en ont découlé ont eu logiquement des traductions très concrètes pour les FAS, en matière de renseignement, de planification, d’équipement et de préparation opérationnelle. L’évocation des trois générations du triptyque « arme/porteur/ravitailleur » en est la meilleure illustration.

Le développement des intercepteurs et des missiles soviétiques au cours des années 1960 a en effet imposé aux bombardiers bisoniques à haute altitude Mirage IV de la première génération d’adopter à partir de 1967 un profil de pénétration à très basse altitude, en emportant une arme légèrement modifiée pour ce nouveau profil de vol. Au début des années 1970, la mise en service du premier poste de tir du 1er GMS (1) sur le plateau d’Albion puis du premier SNLE a permis de relâcher la contrainte temporelle des délais de réaction des Mirage IV, puis de réduire le format de leur flotte. L’arrivée du Mirage 2000N à partir de 1987 a conduit au remplacement par trois escadrons équipés de cet appareil des cinq escadrons de Jaguar et Mirage IIIE qui assuraient la mission nucléaire tactique depuis le milieu des années 1970. La fin de la guerre froide a entraîné le renoncement au nucléaire « tactique » : les Mirage 2000N ont été intégrés aux FAS en 1991, dont ils constituent la deuxième génération de porteurs. Le Mirage IV a abandonné la mission nucléaire en 1996, l’année même du démantèlement du plateau d’Albion. Dernier changement d’ampleur, le Livre blanc de 2008 annonçait l’évolution des FAS vers leur format actuel, avec le passage de trois à deux escadrons de combat ayant vocation à accueillir le Rafale, troisième génération de porteurs. Que de chemin parcouru depuis l’achèvement de la première génération, et ses neuf escadrons de Mirage IV…

Dans une logique de stricte suffisance, cette contraction du format a été rendue possible par l’amélioration constante de la performance globale des FAS. La portée, la précision de l’ASMP‑A (2) et sa capacité à s’affranchir des menaces n’ont rien à voir avec celles de l’antique bombe AN‑11. N’imposant plus le survol de l’objectif, la portée se mesure désormais en centaines de kilomètres et les performances autorisent le ciblage de centres de pouvoir, en déjouant les menaces les plus évoluées. Le système d’armes du Mirage 2000N, lui aussi plus sophistiqué et plus fiable que celui du Mirage IV, avait introduit une certaine polyvalence, dont la capacité au tir de munitions conventionnelles. Celui du Rafale ouvre l’accès à l’ensemble des missions de l’aviation de combat et, dans l’exécution du raid nucléaire, à une capacité de pénétration et d’autodéfense exceptionnelle. Avec l’arrivée de l’Airbus A‑330MRTT Phénix qui remplace progressivement les Boeing KC‑135, l’allonge du raid s’est aussi considérablement étendue : il est aujourd’hui courant de réaliser des missions de plus de 12 heures, deux fois plus longues que celles envisagées à l’époque du tandem Mirage IV/KC‑135.

Plus puissantes et plus cohérentes que jamais

En 2021, et pour la première fois de leur histoire, les FAS disposent ainsi à la fois d’un missile extrêmement performant (21 tirs d’évaluation réussis sur 21 réalisés), d’un porteur omnirôle éprouvé sur tous les théâtres d’opérations et d’un ravitailleur polyvalent et évolutif, assurant aussi des missions de transport stratégique (3). La dualité conventionnel/nucléaire de leurs capacités a atteint un niveau inédit.

Leurs escadrons de combat étaient autrefois les plus spécialisés de l’armée de l’Air, ils sont aujourd’hui les plus polyvalents. Outre leur mission première, ils remplissent toutes celles de l’aviation de combat, sur le territoire national, où ils tiennent également l’alerte de défense aérienne, comme à l’extérieur, où ils sont pleinement engagés dans les opérations (Libye, Sahel, Levant). Cet aguerrissement, qui s’étoffe jour après jour, est de nature à renforcer leur performance et leur crédibilité dans l’exécution quotidienne de leur mission principale. Lorsqu’elle ne lui est pas consacrée, leur activité aérienne contribue d’ailleurs à la préparation opérationnelle des équipages à l’exécution du raid nucléaire. Les exercices de ravitaillement en vol, de combat air-air, de pénétration à très basse altitude ou encore d’entraînement au tir de missiles de croisière SCALP (4) sont autant de « briques » indispensables à l’édification du savoir-­faire qu’il serait nécessaire de mobiliser le jour J.

La proportion des missions conventionnelles est encore très supérieure pour les unités de KC‑135 et de Phénix, placées la plupart du temps sous le contrôle opérationnel d’autres « employeurs » : entraînement au ravitaillement en métropole, relèves de personnel en opération, ravitaillement sur les théâtres extérieurs, exercices majeurs à l’étranger, évacuations sanitaires (5), etc.

Ce large spectre d’expertise repose sur 2 100 personnes environ, soit 5 % du personnel de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), et sur une organisation aussi lisible que rationnelle. L’état-major est implanté en région parisienne. Établie à Taverny (Val-­d’Oise), une brigade des opérations assiste le général commandant les FAS (GCFAS) dans ses attributions de commandant opérationnel de force nucléaire, qu’il exerce sous l’autorité du chef d’état-­major des armées. Adossée à un centre d’opérations, le Commandement des FAS (COFAS), qui suit en permanence la localisation et la disponibilité des moyens et dirige leur manœuvre, elle fédère les compétences nécessaires à l’appréciation de situation, à la planification et à la conduite des opérations de la CNA. L’arrivée du MRTT Phénix et la prise en compte totale par les FAS de la mission de transport aérien stratégique en septembre 2021 ont donné naissance à une division chargée de coordonner la participation et l’emploi de ces moyens avec les organismes interarmées nationaux et internationaux susceptibles de les solliciter.

Guerre en Ukraine : quel est le pouvoir de l’AIEA face au risque nucléaire ?

Guerre en Ukraine : quel est le pouvoir de l’AIEA face au risque nucléaire ?

Explication

Depuis le début de la guerre en Ukraine, premier conflit à se dérouler dans un État nucléarisé, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) alerte sur le risque grave d’un accident, sans toutefois pouvoir influer concrètement.

par Esther Serrajordia – La Croix – publié le

https://www.la-croix.com/Monde/Guerre-Ukraine-quel-pouvoir-lAIEA-face-risque-nucleaire-2022-03-07-1201203643


En s’emparant du site de Zaporijjia dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 mars, la Russie est devenue le premier pays à prendre possession d’une installation nucléaire civile ennemie. La guerre en Ukraine est le premier conflit à se dérouler dans un État nucléarisé. L’Ukraine dispose en effet de quinze réacteurs dans quatre centrales. Celle de Tchernobyl, lieu de la pire catastrophe nucléaire de l’histoire, en 1986, est tombée aux mains des troupes russes la semaine dernière.

Face à cette situation inédite, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) multiplie les prises de parole et alerte sur le risque d’un grave accident nucléaire. « Il faut comprendre que nous faisons face à une situation inédite. Habituellement, en diplomatie, il convient de regarder dans le passé pour y trouver des solutions. Ici, nous évoluons en eaux troubles », a déclaré le directeur général, Rafael Mariano Grossi.

Un réel pouvoir ?

Le conseil des gouverneurs de l’AIEA a ainsi adopté jeudi 3 mars une résolution appelant la Russie à « cesser immédiatement les actions contre les sites nucléaires ukrainiens ». Le lendemain, lors d’une conférence de presse organisée en urgence à Vienne, Rafael Mariano Grossi s’est dit prêt à se rendre en Ukraine « dès que possible » afin de négocier une solution pour garantir la sécurité des sites mis en danger par la guerre, notamment à Tchernobyl.

Dernière déclaration en date, dimanche 6 mars, le gendarme onusien du nucléaire a exprimé sa « profonde inquiétude » à la suite d’informations concernant l’interruption des communications avec la centrale de Zaporijjia et a rappelé les sept piliers indispensables à la sûreté nucléaire. Parmi eux, garantir le maintien de l’intégrité physique des installations, mais aussi faire en sorte que le personnel qui y travaille ne soit pas sous stress.

L’AIEA a été créée en 1957 au sein des Nations unies. « Après Hiroshima et Nagasaki, il y a eu une prise de conscience de l’ensemble des politiques et des pays qu’il fallait des gendarmes du nucléaire au niveau international », explique Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse au Conservatoire national des arts et métiers et spécialiste de la physique nucléaire. Le principal objectif de l’AIEA est donc de promouvoir les usages pacifiques de l’énergie nucléaire et de limiter ses implications militaires.

Peu d’influence concrète

Mais quel est le réel impact de cette organisation ? Comme l’ONU, l’AIEA n’a pas de pouvoir de contrainte, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une influence importante en temps de guerre. « L’AIEA a raison de faire tout ce qu’il est en son pouvoir pour essayer de calmer le jeu, mais si la Russie veut prendre les centrales d’Ukraine, elle ne peut rien y faire », analyse Emmanuelle Galichet.

→ EXPLICATION. Guerre en Ukraine : à quoi sert l’iode face au risque nucléaire

Même si l’AIEA ne peut donner que des recommandations, sa fonction « est vraiment importante pour montrer aux Russes que le monde est conscient de la gravité, des enjeux de cette guerre, et que les centrales nucléaires font partie des ouvrages et des installations auxquels on n’a pas le droit de toucher », explique l’enseignante-chercheuse, invoquant la convention de Genève de 1949.

« L’AIEA va avoir un rôle essentiel sur la transparence de l’information et la diplomatie pour contrôler que tout est en ordre dans l’exploitation des réacteurs. C’est inédit », ajoute Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting.