Doctrine spatiale française : pas de tirs antisatellites mais plus d’« ambiguïté stratégique » ?

Doctrine spatiale française : pas de tirs antisatellites mais plus d’« ambiguïté stratégique » ?

Débris de satellite autour de la Terre, vue d'artiste
La destruction d’un satellite situé en orbite provoque de nombreux débris. C’est l’une des raisons invoquées par la France pour expliquer sa décision de ne pas procéder à des tirs anti-satellites. Frame Stock Footage/Shutterstock

Fin novembre 2022, le ministère des Armées s’est formellement engagé à ne pas conduire de tirs de missiles antisatellites.

Pourtant, la stratégie spatiale française de 2019 ne s’interdit pas de « durcir » les capacités d’action de la France dans l’espace.

À trois ans d’intervalle, la posture spatiale militaire française se contredit-elle ?

Une décision aussi historique que surprenante ?

Après avoir coparrainé la résolution A/C.1/77/L.62 (adoptée par la première Commission de l’Assemblée générale des Nations unies en octobre 2022), la France joint la parole aux actes et s’est engagée à ne pas procéder à des tirs de missiles antisatellites destructifs à ascension directe, c’est-à-dire tirés depuis la surface ou les airs. La France n’a jamais formellement disposé d’une telle capacité, même si elle possède l’expertise technique nécessaire pour la développer.

Le communiqué français, publié le 29 novembre 2022, utilise des éléments de langage forts. Il qualifie de tels tirs de « déstabilisateurs et irresponsables », rappelle que la France n’en a jamais effectué, et s’alarme des risques de débris spatiaux et des conséquences pour l’intégrité des satellites en activité et de l’ensemble du domaine spatial. La décision française suit celle des États-Unis adoptée le 9 avril 2022. La France avait d’ailleurs salué l’engagement américain.

La détermination du ministère des Armées est d’autant plus historique que la France est l’un des rares pays à avoir développé une « triade stratégique » comprenant missiles intercontinentaux, arme atomique et capacités aérospatiales. Son programme balistique se poursuit notamment dans le cadre du renouvellement de la dissuasion nucléaire, de la modernisation du missile balistique mer-sol M51 d’Ariane Group, et du développement du missile air-sol nucléaire de 4ᵉ génération (ASN4G) et d’un planeur hypersonique V-Max. Cet effort de modernisation, même s’il n’est pas directement lié à la question de la destruction des satellites, témoigne néanmoins de l’importance portée au développement des capacités balistiques françaises.

En parallèle, le programme Syracuse est destiné à doter les armées de satellites militaires de nouvelle génération pour leur permettre de communiquer à haut débit depuis n’importe quel relais (terrestre, aérien, marin et sous-marin). Ces satellites sont d’ailleurs équipés de moyens de surveillance de leur environnement immédiat (leur permettant de se déplacer pour éviter toute attaque). Avec les satellites CSO et CERES, ils représentent les yeux, oreilles, et porte-voix de la Défense française dans et depuis l’espace et seront suivis des programmes « Céleste » (renseignement d’origine électromagnétique) et « Iris » (capacités d’observation optique) (dont le lancement est contrarié par la guerre en Ukraine, les retards d’Ariane 6, et le Covid-19).

L’espace extra-atmosphérique figure enfin et surtout dans les chantiers consacrés comme prioritaires par Emmanuel Macron le 9 novembre 2022 en vue de la prochaine Loi de Programmation militaire 2024-2030.

Dans ce contexte, il était possible d’envisager que la France développe un jour ou l’autre un missile antisatellite (par exemple, une version lourde et très haute altitude du missile antibalistique Aster 30 ?) et procède à un « tir de démonstration » sur un ancien satellite non fonctionnel (et dans une orbite limitant l’impact des débris).

Les tirs antisatellites ont en effet ponctué l’histoire spatiale et sont de forts marqueurs de puissance militaire. La Secure World Foundation recense d’ailleurs plus de 70 tests antisatellites depuis 1959, dont plus de 20 tirs depuis 2005. Les plus importants incluent le tir chinois de janvier 2007, la réponse américaine de février 2008, le tir indien de mars 2019, et le tir russe de novembre 2021 (dont la NASA rappelle dans un point presse du 24 octobre 2022 qu’il est toujours à l’origine de manœuvres d’évitement de débris de la station spatiale internationale).

Un essai de missile anti-satellite russe met en danger l’équipage de l’ISS • France 24, 16 novembre 2021.

 

Notons d’ailleurs que la décision américaine constitue elle-même un revirement par rapport au renouveau nationaliste spatial américain d’après-guerre froide et la création de l’U.S. Space Force en 2020 sous les forts accents offensifs de Donald Trump.

Bien que la tendance d’ensemble des dernières décennies ait été à la recherche de normes de comportement dans l’espace (ce à quoi la France participe activement), cette recherche ne va pas de soi. L’histoire spatiale est en effet caractérisée par une alternance entre vision militariste et « retenue stratégique », et le « nouvel âge spatial », malgré son ouverture grandissante aux acteurs privés et aux logiques de commercialisation, reste marqué par la dimension militaire.

« Affermir » la doctrine spatiale française : vers une approche plus offensive ?

La France a connu une forte montée en puissance du spatial de défense, voire un véritable sursaut sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron et le mandat de la ministre des Armées Florence Parly.

La création du Commandement de l’Espace en septembre 2019, concomitante de l’élaboration d’une doctrine spatiale de défense, a représenté un point d’inflexion (qui sera suivi de la transformation de l’Armée de l’Air française en « Armée de l’Air et de l’Espace » en septembre 2020). Des députés avaient alors appelé à allier « défensif » et « offensif », usant d’une dichotomie qui n’en finit plus de caractériser les activités spatiales sur fond d’« astroculture ». À la croisée des chemins entre science-fiction et realpolitik, la technologie militaire (et les visions de puissance qu’elle porte) demeure indissociable de la « modernité spatiale » et façonne notre rapport à l’espace.

Maîtriser l’espace, le nouveau défi des armées, Ministère des Armées, 25 mai 2021.

Il est vrai que la stratégie spatiale française présente néanmoins le souci de la mesure et du respect du droit international. Elle affirme clairement comme buts premiers l’appui aux opérations et la protection des moyens spatiaux français pour « décourager nos adversaires d’y porter atteinte » (p. 4). Elle considère donc l’espace avant tout comme un « multiplicateur de force » adossé aux autres champs (et non pas distinct d’eux) et souligne l’enjeu de la surveillance spatiale.

Comment protéger les satellites français ?

Cependant, si l’on poursuit le raisonnement, développer des capacités de protection nécessite deux éléments : une capacité d’action technique et un cadre d’emploi.

Du point de vue technique d’abord, à l’image des États-Unis, de la Russie, ou de la Chine, la France développe elle aussi les technologies à énergie dirigée afin d’aveugler ou de « brûler » des éléments critiques de satellites hostiles. En juin 2019, dans la revue Challenges, l’Office national d’Études et de Recherches aérospatiales (ONERA) explique travailler sur de futures armes laser antisatellites. Dans une note de mai 2019, le laboratoire public précise que « des essais grandeur nature de neutralisation de satellites en fin contractuelle de vie opérationnelle ont été menés ». Ces essais se distinguent difficilement des tirs antisatellites si ce n’est pour les débris générés. Les lasers font eux-mêmes partie d’un éventail de moyens spatiaux (entourés d’un certain silence aux États-Unis comme en France) comprenant également les attaques cyber et autres brouillages sur les satellites, des satellites « tueurs de satellites », ainsi que des drones spatiaux.

Du point de vue du cadre d’emploi, ensuite, la stratégie française ouvre une brèche vers une forme d’« ambiguïté stratégique » (une notion réactivée par la guerre en Ukraine), que vient paradoxalement renforcer la décision de pas conduire de tirs antisatellites. La France se réserve ainsi « le droit de prendre des mesures de rétorsion » face à « un acte inamical dans l’espace » (p. 28), de déployer des « contre-mesures » en réponse « à un fait illicite commis à son égard » (p. 29), et de « faire usage de son droit de légitime défense » en cas « d’agression armée dans l’espace » (p. 29).

Nul doute que les termes employés gardent une souplesse d’interprétation à même d’entretenir un certain flou sur la caractérisation d’une agression tout comme sur la nature de la riposte. Cette ambiguïté est une règle de base du lexique stratégique pour ainsi garantir l’efficacité de la « dissuasion spatiale » française. (Elle permet aussi de répondre à agressions menées « sous le seuil » de déclenchement d’un conflit).

En cela, la stratégie française semble s’inscrire dans une recherche de l’équilibre « psychotechnique » cher au réalisme aronien (voir Raymond Aron, Paix et Guerre, 1962, p. 669) : la détermination (et sa perception dans le champ psychologique) importe autant que la crédibilité technologique et la capacité technique à « frapper » (cette dernière a d’ailleurs pu être mise à mal dans l’histoire de la dissuasion française).

En s’interdisant les tirs antisatellites, la France renonce à une possibilité de la grammaire stratégique spatiale mais laisse d’autres possibilités d’action ouvertes, sans toutefois bien les spécifier (les modalités de réponse exactes à une agression dans l’espace ne sont pas publiques). Il reste donc à voir dans quelle mesure la doctrine spatiale française sera amenée à évoluer (et avec quel discours public). En l’état, rien n’exclut une possible forme de convergence (voire une intersection) avec la doctrine française cyber (en majeure partie secrète également), pour laquelle le Commandement de la Cyberdéfense créé en 2017 affiche une posture plus offensive, tournée vers la supériorité opérationnelle, et prévoit une montée en puissance du cyber militaire.

Le cerveau du chef de groupe de combat comme priorité stratégique

Le cerveau du chef de groupe de combat comme priorité stratégique

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 22 décembre 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


Colloque “Pour une gestion optimale du stress”- 28 septembre 2022 Ecole du Val-de-Grâce

En 1997, alors commandant d’une compagnie d’infanterie de marine, je testais mes neuf groupes de combat d’infanterie. Sur un terrain profond de 500 mètres parsemé de trous et d’obstacles, chacun d’eux devait s’emparer d’un point d’appui tenu par trois hommes. Attaquants et défenseurs étaient équipés de « systèmes de tir de combat arbitré par laser » dont chaque coup au but entraîne une mise hors de combat.

A la première attaque, les performances furent très inégales suivant les groupes. Certains ont été étrillés dès le début de l’action alors que deux sont parvenus à réussir la mission, dont un avec des pertes très légères. Après un deuxième passage, le nombre de groupes ayant réussi la mission était passé à quatre, mais la hiérarchie des résultats restait sensiblement la même. Il y avait donc eu un apprentissage très rapide. Dans un troisième passage, les hommes ont été mélangés dans les différents groupes. L’efficacité moyenne a nettement diminué, mais la hiérarchie des chefs de groupe est restée sensiblement la même. J’en concluais que deux facteurs influaient la performance des groupes : la connaissance mutuelle et l’expertise du chef de groupe. Je m’intéressais ensuite plus particulièrement à la manière dont les meilleurs chefs de groupe avaient pris leurs décisions.  

Décider dans la peur

L’instrument premier du chef au combat est sa mémoire à court terme, sorte de « bureau mental » qui permet de réfléchir à partir d’objets mentaux rapidement accessibles. Ces objets sont des informations telles que la position réelle ou supposée des amis et des ennemis, leurs actions possibles, etc. On forme ainsi une vision de la situation. Cette vision est réactualisée en permanence en fonction des informations reçues par ses propres sens ou par les subordonnés, les chefs ou les voisins.

La fiabilité de cette vision par rapport à la réalité est forcément médiocre, très inférieure, par exemple, à celle du joueur d’échecs qui voit toutes les pièces de l’échiquier et dont la seule inconnue est la réflexion de son adversaire. Elle correspond en fait à celle qu’aurait ce joueur d’échecs s’il occupait lui-même la place du Roi, un Roi accroupi ou couché, alourdi d’une vingtaine de kilos d’équipements et évoluant dans le vacarme du champ de bataille. Cette vision est surtout influencée par le stress inévitable du combat, de la même façon qu’en retour elle influe aussi ce degré de stress.

La manière dont un individu réagit à un danger dépend de l’interaction de plusieurs systèmes nerveux. L’amygdale, placée dans le système limbique, est la sentinelle du corps. Lorsqu’elle décèle une menace, elle déclenche immédiatement une alerte vers des circuits nerveux rapides. Les ressources du corps sont alors automatiquement mobilisées par une série d’ordres bioélectriques et des sécrétions chimiques. Cette mobilisation se traduit par une concentration du sang sur les parties vitales au détriment des extrémités, ainsi que par une atténuation de la sensation de douleur. Surtout, elle provoque une augmentation du rythme cardiaque afin de permettre des efforts physiques intenses.

Quelques fractions de seconde plus tard, l’alerte de l’amygdale atteint le néocortex et c’est là que se forme une première vision de la situation et la réponse à cette question fondamentale : est-ce que je suis capable de faire face à la situation ?

Si la réponse oui. Il est probable que la transformation en restera là et sera positive. Si la réponse est non, le stress augmente et le processus de mobilisation s’emballe jusqu’à devenir contre-productif. Au-delà d’un premier seuil, l’habileté manuelle se dégrade et l’accomplissement de gestes jusque-là considérés comme simples peut devenir compliqué. Au stade suivant, ce sont les sensations qui se déforment puis les fonctions cognitives qui sont atteintes et il devient de plus en plus difficile, puis impossible de prendre une décision cohérente. Au mieux, on obéira aux ordres ou on imitera son voisin. Au stade ultime du stress, le comportement de l’individu n’a plus de lien avec la menace extérieure puisque c’est le corps lui-même, et particulièrement le cœur, qui sera la menace principale. Le réflexe est alors de bloquer l’amygdale afin de stopper ce processus de mobilisation générale devenu dangereux. L’individu peut alors rester totalement prostré face à quelqu’un qui va visiblement le tuer (1). Notons que comme l’amygdale est reliée à la mémoire profonde, c’est là qu’elle puise les indices de danger, son blocage souvent influe aussi sur la mémoire. Au mieux, la séquence qui a provoqué la terreur est effacée de la mémoire ; au pire, elle s’y incruste fortement et revient à l’esprit régulièrement.

En résumé, le stress introduit une inégalité de comportement en fonction sa confrontation avec la vision du danger à affronter.  Comme disait Montaigne, la peur de la mort donne des ailes ou plombe les pieds ou c’est valable aussi pour les capacités cognitives.  

Alors qu’il était chef d’un poste isolé au nord de Sarajevo en 1995, le lieutenant Pineau reçoit par les Bosno-Serbes l’ultimatum de quitter la zone dans les dix minutes avant d’être attaqué. Il témoigne de son état : « Cœur qui s’emballe, un grand blanc, puis le sentiment d’avoir des capacités décuplées, une extrême clairvoyance ». J’ai eu moi-même exactement la même sensation de « flow » décrit par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi, lors de mon arrivée dans la même ville deux ans plus tôt et le premier accrochage, avec des miliciens bosniaques cette fois. Quelques jours plus tard, je me trouvais dans l’axe de tir d’un sniper et me réfugiais derrière un bulldozer. Je me surpris alors à calculer à quelle distance pouvait se trouver le tireur en fonction des sons entendus, le temps qu’il faudrait à une balle 7,62 x 54 mm R pour parcourir cette distance, ma vitesse de course, la vitesse de réaction du tireur en me voyant, et au bout du compte combien de mètres je pouvais parcourir avec l’arrivée de sa balle. Tout cela en quelques secondes. Autre exemple, après l’explosion d’un engin explosif qui vient de tuer un de ses hommes en Afghanistan, le capitaine Hugues Roul se rend sur place :

Je ne me sens pas submergé par les émotions, et je me concentre sur les différentes tâches à effectuer : bouclage de la zone, reconnaissance afin de déceler un éventuel deuxième IED[Improvised Explosive Device, engin explosif improvisé] coordination avec la section d’alerte qui arrive avec le médecin et l’équipe EOD [Explosive Ordnance Disposal, équipe de neutralisation des explosifs], etc. Tellement concentré que je ne remarquerai même pas le chasseur qui passera en rase motte afin d’effectuer un « show of force », et que je serai incapable de dire combien de temps nous sommes restés sur zone. J’insiste également pour que les hommes qui n’ont pas vu le corps ne se rendent pas sur la zone, afin de les préserver de cette vision (2).

Mais on n’a pas toujours des ailes au cerveau. On peut répondre aussi « je ne sais pas trop » à la question « est-ce que je peux faire face » et se trouver alors dans une contradiction entre l’obligation et le désir d’agir d’un côté et la difficulté à décider de ce qu’il faut faire de l’autre.

Lorsqu’on est simple soldat et que l’on ne doit pas donner d’ordre, il suffit d’obéir pour résoudre cette contradiction. Pour le caporal Gaudy en 1918, « C’est un des bonheurs du soldat de n’avoir qu’à se laisser guider : il se repose sur le chef qui pense pour lui (3)». On se concentre alors sur ses seules actions afin d’accomplir la mission et survivre, mais même ainsi on simplifie aussi la situation pour se concentrer. La vision de beaucoup de combattants est focalisée par une sorte d’effet tunnel sur sa propre situation et son environnement immédiat. Cet isolement s’explique par le cloisonnement du champ de bataille (terrain, poussières, vacarme) et le refus inconscient de voir les dangers contre lesquels on ne peut rien faire. Dans cette réduction du bureau mental, l’esprit se concentre souvent sur une seule idée ou une seule image concrète : le chef, la menace ou l’objectif à atteindre. Dans son analyse des combats de sa compagnie à Bangui en mai 1996, le capitaine Marchand parle d’une « focalisation complète sur l’objectif qui fait rapidement oublier les autres directions potentiellement aussi dangereuses en localité (4)». Les évènements qui surviennent dans ce petit espace-temps sont grossis, ceux qui se déroulent loin sont ignorés. Après les faits, l’interview des combattants donne souvent l’impression qu’ils n’ont pas participé au même combat. D’où la nécessité de reconstituer le plus vite possible pour eux et avec eux le puzzle du combat qui vient de se dérouler.

Pour un chef, obligé de « cheffer » selon les mots de Jacques Chirac, une manière classique de résoudre la contradiction consiste à travailler en dessous de son niveau de responsabilité. L’homme est encore un acteur mais il accepte sciemment un second rôle. Le capitaine Marchand décrit ainsi la contraction du commandement qui se manifeste dans une partie de son encadrement, augmentant par ailleurs la charge de ceux qui restent à leur niveau de responsabilité. Il décrit également « la tendance à exagérer dans ses comptes rendus le volume de l’ennemi et la difficulté de la situation » ce qui perturbe fortement la capacité d’analyse lucide de la situation.

Docteurs en morts violentes

Parlons maintenant de cette analyse qui précède les ordres, y compris les ordres à soi-même. Une situation chaotique ne devient compréhensible que si on possède certaines clefs. De la même façon que Galilée voyait des lunes là où les autres ne voyaient que des tâches sur Jupiter, l’expert tactique qui reste concentré « voit » ainsi tout de suite des choses qui échappent au novice. Mais pour voir, il faut savoir, et en appui du bureau mental de la mémoire à court terme, il y a l’expérience profonde de l’individu, sa mémoire à long terme (5).

À partir de la fusion d’informations réalisée par la mémoire à court terme, le combattant construit son estimation de la situation puis « décide de décider ». Pour cela, il commence par choisir plus ou moins consciemment de la vitesse d’analyse en fonction de l’urgence ou de la complexité de la situation. Il peut choisir un cycle réflexe de quelques secondes pour des décisions simples (tirer, bondir, etc.) ou un cycle de réflexion qui peut durer jusqu’à plusieurs minutes, en fonction de la complexité de l’action à organiser.

Chacun de ces cycles est lui-même une combinaison de souvenirs et d’analyse en fonction des délais disponibles, souvent limités, et du degré d’expérience du combat. Lorsque la situation est familière, l’appel à la « mémoire tactique », va être immédiat et automatique. Or, les souvenirs contiennent des charges affectives émotionnelles. Ces charges ont des intensités différentes et un signe positif ou négatif. Si l’expérience passée a été négative, la charge indiquera que ce n’est pas une chose à faire. Son action sera plutôt inhibitrice. Inversement, si l’expérience passée a été un succès, les émotions pousseront à agir à nouveau de la même façon. Plus la banque de réponses typiques positives est riche, plus le combattant a de chances de trouver de bonnes réponses et, paradoxalement, plus cette recherche est rapide. Ce phénomène, parfaitement analysé par le neurobiologiste Antonio Damasio (6), explique pourquoi le combattant est désemparé devant l’inconnu (il ne peut être aidé par des expériences antérieures) et pourquoi il est préférable d’agir sur un large fond d’expériences positives.

Si la situation ne ressemble pas quelque chose de connu ou si la solution qui vient à l’esprit ne convient pas, l’analyse prend le relais. Or, cette réflexion logique est beaucoup plus longue et coûteuse en énergie que l’appel aux souvenirs. Le novice a donc tendance, soit à concentrer comme on l’a vu sur quelque chose de simple mais connu, au risque de ne pas être au niveau de la situation, soit à utiliser des cycles de réflexion plus longs que ceux de l’expert pour tout analyser. Ce faisant, il risque de s’épuiser plus vite et surtout de se trouver dans une position délicate face à des adversaires plus rapides.

De plus, comme nous l’avons vu, à délais de réflexion équivalents, les experts bénéficient d’une vision de la situation de meilleure qualité qui leur permet et d’un système d’aide à la décision à base de solutions « préenregistrée ». Dans une partie d’échecs officielle, les délais de réflexion sont identiques pour les deux adversaires. La différence se fait donc dans le choix du secteur de jeu sur lequel on fait effort, la confrontation avec des séquences similaires connues et dans la manipulation des solutions possibles. Quand on lui demandait comment il était devenu champion du monde d’échecs, Garry Kasparov répondait « J’ai appris 8 000 parties par cœur ». Son génie, comme celui de Napoléon, qui lui avait appris toutes les batailles de son temps, reposait sur l’art d’utiliser les innombrables situations analogues qui se présentaient dans son esprit face à une situation nouvelle, c’est-à-dire à choisir les plus pertinentes et à les adapter.

En situation de combat rapproché, où celui qui ouvre le feu efficacement le premier sur l’autre dispose d’un avantage considérable, ce choix de la vitesse est essentiel. Si on suit les analyses du major britannique Jim Storr, celui qui prend une décision qui a une chance sur deux d’être une bonne décision a également une chance sur deux de l’emporter, alors que celui qui prend une décision parfaite mais en second n’a qu’une chance sur quatre de gagner. Celui qui est très rapide et peut prendre une deuxième décision avant que son adversaire n’ait encore pris sa première l’emporte presque à coup sûr puisqu’il peut bénéficier des résultats et de l’expérience de la première action. Un des aspects les plus intéressants de ces travaux est par ailleurs de montrer que 80 % des informations nécessaires pour prendre une bonne décision sont souvent acquises très vite et que chercher à obtenir les 20 % manquants est le plus souvent une longue et dangereuse perte de temps (7).

L’analyse offre rarement plus de deux choix. Le choix est alors conditionné par quelques critères : réussir la mission bien sûr, mais également limiter les risques pour ceux dont a la responsabilité ou encore pour les civils, « être à la hauteur », mettre en confiance le groupe, etc. En situation de rationalité limitée et sous pression du temps, la solution choisie n’est pas forcément la meilleure, mais la première qui satisfait à tous ces critères.

Améliorer le fonctionnement du groupe de combat

Voilà sensiblement comme on prend des décisions sous le feu et constatons que dans le cas des chefs de groupe de combat d’infanterie évoqués en introduction, rien n’a été conçu pour leur faciliter la tâche.

Le groupe de combat a été inventé en 1917 afin de résoudre le problème du déplacement sous le feu intense de la guerre industrielle. La solution est venue de la conjonction de plusieurs innovations : l’apparition d’armes nouvelles (grenades à main, à fusil, fusils-mitrailleurs, etc.) qui ont augmenté d’un coup la puissance de feu portable et donc offensives, mais aussi, plus subtilement, l’interdépendance des hommes. La solidité au feu est aussi affaire sociale, et même si ce n’était pas le but recherché, on s’est aperçu que les soldats spécialisés qui dépendaient les uns des autres, s’impliquaient plus dans le combat que les soldats alignés, identiques et indépendants techniquement les uns des autres de 1914. Si on ne répond pas forcément mieux en 1917 qu’en 1914 à la question « Est-ce que je peux faire face ? » (en fait, la réponse est plutôt « oui » puisqu’on a des armes plus puissantes) on répond déjà plus positivement à la question « est-ce que je dois faire quelque chose ? », c’est-à-dire prendre plus de risques. La solidité au feu, c’est-à-dire le choix d’être acteur plutôt que figurant passif, est aussi affaire sociale, plus précisément c’est un mélange de confiance, en soi, ses moyens, ses chefs, ses camarades, et d’obligations, envers ses camarades, son corps d’appartenance, sa patrie. Si en plus, on a la certitude que prendre des risques sert à quelque chose, c’est encore mieux.

On forme donc deux puis trois groupes de combat d’une douzaine d’hommes par section d’infanterie, mais comme il n’est pas possible de multiplier par deux ou trois le nombre d’officiers, les sergents passent du rôle de « serre-rangs » se contentant de faire appliquer les ordres à celui de chef et de donneur d’ordres tactiques. Ce n’est pas parce qu’on travaille à un petit échelon que les choses sont simples. Le commandement d’un groupe de combat est au contraire très complexe, surtout sous le feu. En 1925, déjà, le capitaine Maisonneuve le décrivait ainsi :

Dans l’excitation et la fièvre du combat offensif de première ligne, au milieu de la multitude des sensations qui par tous les sens envahissent son cerveau, au milieu du bruit et de la fumée, ce chef de groupe devra diriger l’emploi, selon le terrain, selon les circonstances multiples du combat, d’un fusil-mitrailleur, d’un tromblon V.B., de grenades, de fusils, de baïonnettes (8). 

Les choses n’ont guère changé. Le chef de groupe de combat actuel doit combiner l’action d’un véhicule de combat et d’une troupe à terre avec sept armes différentes. L’apprentissage du commandement n’est pas non plus facilité par les rotations constantes de personnel et les changements permanents de structure. En seize ans de compagnie d’infanterie, j’ai rencontré quatorze structures différentes de groupes de combat, en fonction de l’évolution des armements, des réductions d’effectifs, de divers tâtonnements (binômes et/ou trinômes, équipes choc, feu, mixtes, « 300 », « 600 ») et surtout des missions extérieures, comme s’il était logique de changer de structure de parce qu’on change de territoire.

Le plus grave est surtout qu’oubliant la réalité psychologique des combats, on a conçu le commandement du groupe de combat de manière très cartésienne.  On a en effet découpé le travail du chef de groupe au combat en situations types et on a défini une check-list, ou cadre d’ordre, pour chacune de ces situations. Pour commander « suivant le manuel », le chef de groupe doit donc connaître par cœur douze cadres d’ordre différents : DPIF (pour « Direction-Point à atteindre-Itinéraire-Formation » pour se déplacer), FFH, MOICP, PMSPCP, HCODF, GDNOF, ODF, IDDOF, PMS, SMEPP, etc. Outre que leur mémorisation occupe une large part de l’instruction, ces ordres « récités à la lettre » ont surtout le défaut majeur de ralentir considérablement le groupe. Si on applique strictement les méthodes de commandement réglementaires, il faut par exemple 2 minutes pour qu’un groupe pris sous le feu puisse à son tour riposter, après avoir donc reçu potentiellement plusieurs centaines de projectiles.

Bien entendu en combat réel, voire en exercice un peu réaliste comme celui évoqué en introduction, toutes ces procédures explosent. Dans le meilleur des cas, le sergent utilise des procédures simplifiées de son invention, dans le pire des cas – le plus fréquent – on assiste à des parodies d’ordres, autrement dit des hurlements variés. Ajoutons qu’en rendant complexe la tâche du chef de groupe, on rend encore plus difficile son remplacement s’il est tué ou blessé. Le groupe comprend normalement deux chefs d’équipe et même désormais, semble-t-il, un adjoint. On s’aperçoit cependant que ces caporaux-chefs qui se retrouvent d’un seul coup placés en situation de commandement ont oublié en grande partie les IDOFF et autres HCODF péniblement appris dans le passé.

Pendant quinze ans, j’ai procédé à plusieurs expérimentations pour tenter de résoudre ce problème et faire en sorte que chaque chef de groupe puisse répondre plus facilement « oui » à la question : « est-ce que je peux faire face et prendre de bonnes décisions ? ».

Le premier axe d’effort a consisté à simplifier sa tâche. Le groupe est partagé en une équipe 300 m pour le combat rapproché et une équipe 600 pour le combat plus lointain. Le problème est que les deux fonctionnent rarement optimalement en même temps. Il est finalement plus rationnel de regrouper toutes les armes à longue portée dans un groupe d’appui au niveau de la section et de faire de chaque groupe de combat un groupe 300. Pour ce qui nous intéresse ici, cela a le mérite de simplifier la tâche du sergent, chef de groupe.

Le deuxième axe, le plus important, a consisté à imiter le commandement à la radio des « tankistes » en remplaçant tous les cadres d’ordre par un seul, applicable à toutes les situations sur le modèle : « voilà l’objectif et sa position, et voilà l’action à mener », c’est le modèle dit OPAC. Ce système, très simple, permet de s’adapter à toutes les situations, même les plus confuses, sans perdre de temps à essayer de se souvenir du cadre d’ordre réglementaire, raccourcit considérablement le processus de décision et augmente sa qualité puisqu’il laisse un peu plus de temps pour réfléchir sur les options.

Le troisième axe a consisté à soulager encore le travail du chef de groupe en responsabilisant ses deux chefs d’équipe. Le chef de groupe donne des ordres à deux ou trois chefs d’équipe, on reste ainsi sous la limite des 5 objets manipulable par la mémoire à court terme, et chaque chef d’équipe commande deux ou trois hommes avec la même méthode OPAC. Utilisant la même méthode simple, un chef d’équipe peut aussi plus facilement remplacer le chef de groupe.

Il s’est agi ensuite de multiplier l’apprentissage des parties, comme Garry Kasparov, afin de constituer la plus grande mémoire tactique possible. On a donc multiplié les simulations de combat, en saisissant toutes les occasions qui se présentaient et en s’efforçant de les rendre les plus réalistes possibles, avec l’emploi de laser et d’arbitres en particulier.

Après des années d’expérimentations, et donc des erreurs, et sans aucune innovation technique, le résultat a été saisissant puisque les groupes, et les sections d’infanterie, formés selon cette méthode l’ont emporté systématiquement dans des confrontations avec des unités classiques agissant selon le règlement INF 202. Toutes capacités à résister au stress par ailleurs, les groupes nouvelle formule fonctionnaient simplement vite et mieux. Dans un combat d’infanterie, fonctionner vite et mieux que l’ennemi, cela signifie au moins réduire les pertes qu’il peut nous infliger et au mieux le battre complètement. A une époque, où la mort de quelques soldats constitue un évènement et où la majorité de ces soldats français qui tombent sont justement des fantassins, on mesure l’importance stratégique que peut avoir le bon fonctionnement du cerveau de leurs chefs.


1 Christophe Jacquemart, Neurocombat. T. I Psychologie de la violence de rue et du combat rapproché, Paris, Fusion froide, 2012.

2 Les témoignages sont extraits de Michel Goya, Sous le feu – La mort comme hypothèse de travail, Tallandier, 2014.

3 Georges Gaudy, L’agonie du Mont-Renaud, Plon, 1921.

4 Rapport du capitaine Marchand, « Enseignements tirés de l’action menée sur la maison de la radio de Bangui (21 mai 1996) ».

5 Raphel, Stivalet et Esquivie, « La vulnérabilité de l’homme au combat : aspects psychologiques », in L’armement  n°53, juillet-août 1996.

6 Antonio Damasio, L’erreur de Descartes, Paris, Odile Jacob, 1985. Voir également son entretien dans Sciences Humaines, n°119, août-septembre 2001.

7 Jim Storr« Des commandants au contact des réalités », in Objectif Doctrine n°50, avril 2001. Jim Storr, The Human Face of War, Continuum Editions, 2011.

8 Paul-Henri Maisonneuve, L’infanterie sous le feu, Berger-Levrault, 1925.

Guerre en Ukraine : Les stratégies de stockage des armées françaises

Guerre en Ukraine : Les stratégies de stockage des armées françaises

GUERRE EN UKRAINE : Les stratégies de stockage des armées françaises
par ASAF et IFRI – publié le mardi 06 décembre 2022

Stocks militaires : une assurance-vie en haute intensité ?

La guerre en Ukraine rappelle la place de l’attrition d’un conflit en haute intensité à des armées européennes taillées au plus juste après trois décennies de réduction budgétaire. L’ensemble des forces européennes ont dû réduire leurs stocks au strict minimum. En conséquence, le soutien à l’Ukraine s’est traduit par d’importants prélèvements sur leurs capacités opérationnelles. Une quantité non négligeable de systèmes retirés du service a également été donnée, par manque d’épaisseur des parcs opérationnels.

La Russie a, quant à elle, mobilisé les vastes stocks hérités de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pour soutenir son effort de guerre après l’échec initial de son « opération militaire spéciale ». Le processus de rénovation des systèmes les plus anciens est également accru, alors que la production russe de matériel moderne reste insuffisante.

Le conflit en cours voit donc s’affronter des parcs mixtes composés de systèmes très modernes et d’autres beaucoup plus anciens – voire obsolètes – issus de stocks de long terme. Cette situation incite à s’interroger sur les stratégies de stockage des armées françaises et à les comparer à celles qui existent ailleurs.

 

Focus stratégique n° 113 ci-joint ou disponible à l’adresse suivante : https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/peria-peigne_stocks_militaires_2022.pdf

Lire et télécharger : Stocks militaires une assurance-vie en haute intensité IFRI 12 2022

Le Royal United Services Institute for Defence and Security Studies se penche sur la guerre en Ukraine

Le Royal United Services Institute for Defence and Security Studies se penche sur la guerre en Ukraine

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 1er décembre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Le Royal United Services Institute for Defence and Security Studies vient de publier un intéressant rapport sur le conflit russo-ukrainien. Il est intitulé “Preliminary Lessons in Conventional Warfighting from Russia’s Invasion of Ukraine: February–July 2022“.  

On lira en particulier le chapitre V sur les “Lessons Identified for the British Military“. Certains de ces enseignements valent pour l’armée français, entre autres.

Voici un échantillon des leçons tirées des opérations en Ukraine:

Il n’y a pas de sanctuaire“:

– l’ennemi peut mener des raids dans la profondeur. Pour survivre, il faut donc être capable de dispersion, ce qui apparaît essentiel pour les forces aériennes qui doivent  disposer de moyens techniques en nombre suffisant et les disperser sur des terrains de dégagement. Pour les forces terrestres, cette dispersion est essentielle de façon à éviter des frappes sur les stocks (qui doivent être déplacés aisément), les centres de formation et les sites de maintenance. Ces derniers sites doivent être éloignés du front et disséminés de façon à accroître les efforts de l’ennemi pour les localiser.
– Eviter les postes de commandement avec une trop grande emprise au sol (ceux sous tentes en particulier). imposer une discipline stricte sur les communications téléphoniques personnelles pour éviter d’être repéré par des moyens du renseignement d’origine électromagnétique ou ROEM. 

 

La haute intensité demande de l’épaisseur“:

– Ce n’est pas une découverte mais la consommation de munitions est extrêmement élevée, ce qui inquiètent les experts britanniques au regard du rythme de tir des Russes et Ukrainiens. Les forces britanniques sont, dans ce domaine, totalement sous-équipées et incapables d’égaler les cadences  de l’artillerie ukrainienne qui, au plus fort des combats dans le Donbass, a tiré en deux jours l’équivalent du stock d’obus des Britanniques (photo ci-dessous AFP). 

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Les moyens de défense antiaérienne sont tout aussi insuffisants et le manque de munitions pour les systèmes déployés est criant. Quelle que soit la valeur des systèmes, le manque de stocks fait que ces défenses ne sont pas crédibles dans un conflit de haute intensité. 
– Il faut rester en mesure de former les troupes qui vont être déployées en renfort ou en deuxième échelon. Pour cela, de vastes camps d’entraînement doivent rester disponibles, tout comme les formateurs qu’il faut éviter d’envoyer au front. 
– Autres domaines qui exigent de l’épaisseur: la logistique et la maintenance. Bien que l’Ukraine ait eu du mal à garder ses logisticiens en temps de paix (le turn-over était élevé), elle a pu les rappeler très vite et bénéficier de leur expérience. D’où l’intérêt de disposer d’unités d’active spécialisées dans le soutien mais aussi de travailler avec le secteur privé de la logistique qui constitue un vivier de réservistes.

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Des drones pour tous“:

Les drones doivent équiper toutes les unités et tous les échelons des forces. Leur présence massive (aux drones amis s’ajoutent ceux de l’adversaire) oblige à une formation poussée des opérateurs (photo ci-dessus Reuters).
– Les unités équipées de drones doivent disposer d’une liberté d’action qui garantit la vitesse et la réactivité. 
– Les procédures actuelles sont souvent trop lourdes, elles pénalisent les opérateurs sur le terrain et obligent à disposer de personnels spécialisés, ce qui s’avère coûteux, alors qu’un maximum de soldats doivent être en mesure de manier des drones. 
– Les drones ne devraient pas être classés comme des aéronefs mais comme des munitions; le cadre réglementaire doit donc changer.

 

Dispersion, enfouissement et vitesse de déplacement“:

Les troupes au sol doivent être dispersées pour assurer leur survie, une pratique éprouvée par les Ukrainiens. Mais cette dispersion pose des problèmes de commandement et de contrôle; elle met la pression sur les cadres au niveau des compagnies et des bataillons.
– Autre problème: le risque d’isolement et d’encerclement. Pour l’éviter, il faut se déplacer et bannir tout posture statique. D’où une mobilité extrême.
– Toutefois, en cas d’arrêt prolongé, il faut s’enterrer et se protéger d’une agression venant du dessus. Dans les zones non-urbaines, il faut s’enterrer et donc disposer des équipements individuels et collectifs de creusement.
Enfin, l’identification des amis. Les Ukrainiens ont préféré réduire le camouflage au profit de signes d’identification (bandes bleues ou jaunes) pour éviter les tirs fratricides (nombreux au déclenchement du conflit).

RETEX

Les industriels se penchent aussi avec avidité sur les retex. 

Ainsi, BAE Systems qui est l’un des cinq candidats du programme de remplacement du blindé chenillé Bradley a revu sa copie (voi un article sur ce sujet dans Defense One). Mercredi, la société a précisé qu’elle envisageait de mieux protéger son véhicule contre les attaques venant du dessus (il s’agit de contrer les menaces des missiles de type Javelin ou celle des munitions kamikazes).

Dans le cadre de ce futur marché d’une valeur de 45 milliards de $, l’US Army doit choisir trois candidats et soumettre leurs véhicules à des tests pour annoncer son choix vers 2027. Les cinq candidats sont: General Dynamics Land Systems, BAE Systems, Oshkosh Defense, American Rheinmetall, et Point Blank Enterprises.

Dans l’armée de Terre, la tactique s’apprend aussi à coups de dés

Dans l’armée de Terre, la tactique s’apprend aussi à coups de dés

par – Forces opérations Blog – publié le

Plusieurs dizaines d’officiers de l’armée de Terre et de cinq nations alliées se sont retrouvés cette semaine à Paris pour échanger sur le thème du wargame. Une rencontre orchestrée par l’École de guerre-Terre (Edg-T) et le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), et qui avait pour point d’orgue une compétition remportée ex-æquo par des équipes française et allemande. 

« Que le meilleur tacticien gagne »

Le temps d’une journée, la guerre s’est jouée à coups de dés et de cartes entre nations alliées. Une dizaine de binômes de l’armée de Terre et d’homologues venus d’Allemagne, du Royaume-Uni, d’Italie, des États-Unis et de Belgique se sont retrouvés à l’Hôtel des Invalides pour un tournoi international de wargaming, le premier du genre organisé en France. Quatre séries de trois duels se sont succédé, chaque fois sous la supervision d’un observateur français ou étranger. L’environnement retenu ? Mémoire 44, un jeu basé sur la Seconde Guerre mondiale ni trop ciblé, ni trop complexe, donc fédérateur.

À la fois « grand moment de partage » et « petit moment de challenge », cette rencontre était une rare occasion d’échanger les bonnes pratiques, de brasser les idées et de progresser dans la construction d’une culture commune du wargaming. « Bonne nouvelle, nous avons à peu près tous la même vision. Des synergies vont pouvoir se développer grâce à cette compétition », relève le directeur de l’Edg-T, le colonel Sébastien Chênebeau. 

Génératrice de précieux retours d’expérience, la rencontre a également permis de constater l’état d’avancement de chaque pays. « Les Américains ont un système extrêmement développé, les Allemands sont très en avance et collaborent déjà beaucoup avec d’autres pays », constate le colonel Chênebeau. Avec la Belgique, notamment, qui a recours au wargaming dans la préparation des opérations et dans la formation des officiers admis au Collège de Défense. Nativement engagée en coalition, la Belgique utilise ces outils « nécessaires et très utiles » depuis plus de 20 ans, note un officier supérieur belge. 

Les militaires français souhaitent à leur tour renforcer cette petite communauté installée dans l’OTAN, elle-même à l’origine d’une initiative liée au wargame. Cette première rencontre parisienne aura permis de déceler « des pistes de travail intéressantes » avec les participants étrangers. L’initiative en appelle d’autres, plusieurs pays ayant exprimé le souhait de revenir en 2023.

Former les décideurs de demain

Qu’importe les variantes nationales, le jeu de guerre répond systématiquement au même enjeu : la faculté à pouvoir se préparer à un conflit sans avoir à déployer ses moyens sur le terrain. Lointain parent du Kriegspiel inventé au XIXe siècle par l’armée prussienne, le wargame s’est d’emblée imposé comme un « mode de préparation des opérations à très bas coût et à l’excellent rendement », souligne le colonel Chênebeau.

Un temps remisé au second plan, le jeu de guerre « est revenu sur le devant de la scène depuis cinq à dix ans ». Dans l’armée de Terre, cela fait trois ans que certains travaillent intensivement à son développement avec l’objectif de « former les officiers de l’armée de Terre à la complexité d’opérations que l’on percevait déjà à l’époque et qui nous est maintenant révélée ». Idem côté belge, où le réinvestissement engagé il y a deux ans est là aussi marqué par l’émergence d’une nouvelle génération d’officiers « gamers ». 

À côté des solutions créées par et pour les militaires, le jeu de guerre est porté depuis longtemps par des initiatives issues du monde civil

Si le jeu de guerre « ne nous fera pas gagner la guerre à lui seul », il permet d’établir de nouveaux garde-fous, d’affûter le sens tactique et, globalement, de mieux préparer les décideurs, résume le colonel. Le chef d’escadron Guillaume est l’un des deux membres du binôme français déclaré vainqueur. Passionné de wargame depuis toujours, cet officier de l’arme du train y voit à son tour « un outil d’entraînement » générateur d’ « apprentissage permanent ». 

Rétablir l’usage du wargame s’est avéré être « une bonne intuition », estime le directeur de l’Edg-T. Tous ses officiers-stagiaires y jouent durant une quarantaine d’heure lors de leur année de formation. « Ils ont le droit d’échouer, ils ont le droit de réessayer, ils ont le droit de tester de nouvelles choses ». In fine, cette succession d’échecs et de succès aboutit à développer « une banque de données » de situations qui aidera l’officier à développer son intuition et à prendre la bonne décision une fois sur le terrain. 

Des évolutions thématiques et techniques

Souvent centré sur le triptyque infanterie-cavalerie-artillerie, le jeu de guerre dépasse aujourd’hui le domaine conventionnel pour toucher à d’autres capacités, à d’autres modes d’affrontement. Le contexte sécuritaire participe à faire évoluer les scénarios de départ tout en restant dans le cadre de la doctrine française, précise le chef de bataillon Guillaume.

En parallèle à une offre grand public en croissance, l’armée de Terre crée et fait évoluer ses propres outils. Centrés sur une capacité et/ou une doctrine, ils n’ont pas vocation à être commercialisés. Le partage entre Alliés est par contre encouragé. Le jeu « Duel Tactique » est l’un d’entre eux. Né d’une initiative interne, il a notamment été pensé pour la manœuvre de grandes unités de 5000 à 60 000 hommes.

Ce précurseur a très rapidement fait des émules au sein des stagiaires. L’un d’eux a créé LogOps, un jeu, qui, comme son nom l’indique, se concentre sur la logistique opérationnelle. Compatible avec Duel Tactique, il est axé sur la gestion des ressources suscite un intérêt croissant au regard du conflit russo-ukrainien. « Quand on voit ce qui se passe en Ukraine, on a bien raison de travailler la logistique. Quand on voit les taux de pertes en matériels et en hommes, la régénération que cela demande et les menaces qui pèsent sur les arrières, nous ne pouvons pas faire l’économie de cela », commente le colonel Chênebeau.

D’autres projets sont en cours d’élaboration. Ce sont, par exemple, des outils permettant de jouer une crise sur le territoire nationale. Un autre devrait soutenir la prise en compte croissante des manœuvres d’influence et des opérations non cinétiques. Le voisin belge poursuit une logique identique et a entrepris d’étendre le champ au théâtre ukrainien dans un premier temps puis, début 2023, au combat en zone urbaine. 

Au-delà, le jeu de guerre pourrait un jour se dématéraliser. L’Edg-T travaille avec quelques entreprises du secteur, dont Thales et Airbus, pour numériser ses jeux. Plus loin encore, ces jeux pourront embarquer une brique d’intelligence artificielle « de manière à les automatiser et à gagner en rapidité ». « Il y a un enjeu de vitesse de décision qui est de plus en plus important. Il faut absolument que l’on y réponde », conclut le colonel Chênebeau.

Revue Nationale Stratégique – Caramba encore raté…

Revue Nationale Stratégique – Caramba encore raté…

 

par Mars attaque – publié le 9 novembre 2022

https://mars-attaque.blogspot.com/2022/11/france-revue-nationale-strategique-rns-strategie.html

 

Décevant.

Il faut saluer la grande qualité des rédacteurs des exercices précédents de 2017 et 2021 qui, selon ceux de la nouvelle Revue Nationale Stratégique, ont vu tout juste, comme cela est plusieurs fois souligné dans le document récemment publié. Nécessitant finalement, selon les auteurs de la version 2022, de ne (quasi) rien changer, à part accélérer. Jamais bon quand nous sommes collectivement face à un mur… A se demander pourquoi lancer un nouvel exercice cette année alors que les constats sont déjà là (quasi prévisibles), ou qu’il est fait appel, comme peu jusqu’alors, à d’autres documents  : au Concept Stratégique de l’OTAN et à la Boussole Stratégique européenne. A moins que cela ne soit les solutions aux problèmes qui ont été ni trouvées ni mises en œuvre depuis lors.

 

 

Certains paragraphes relèvent plus du ‘Bullshit Bingo’ qu’autres choses, en tentant d’additionner en un minimum de phrases le maximum de menaces ou de concepts. Leur rédaction ayant été sans doute laissée à certaines administrations concernées (ou intérêts particuliers défendus, parfois industriels), en pleine exercice d’autojustification de leurs missions, de leurs périmètres et de leurs évolutions en cours. Ou pour satisfaire tout le monde, et personne à la fois. Le manque d’harmonisation de l’ensemble s’en ressent d’autant plus, avec certains éléments, soit redondants, soit attachés à certaines zones géographiques spécifiques qui pourraient sans effort (et raisonnablement) être attachés à bien d’autres zones. Ou à certains milieux ou certains champs, alors qu’ils s’avèrent plus généraux que particuliers. Avec des éléments micro-tactiques, très fouillés, pas inintéressants, côtoyant des grandes envolées, bien peu utilisables.

Plus que ces questions de forme (avec une RNS qui parle plus aux autres qu’aux Français, et encore à ceux qui comprennent le jargon employé) et aussi de fond, l’impression générale est que l’exercice laisse en suspens bien des questions, avec un scepticisme grandissant sur la capacité à poursuivre certaines courbes comme avant, qu’importent les difficultés conjoncturelles ou structurelles observées. Les alertes n’y faisant rien, alors que pourtant il s’agissait de tirer les conséquences d’un certain nombre d’alertes reçues en peu de temps : politique, sécuritaire, sociétale, militaire, environnementale, etc.

La rédaction comprend un exercice relativement classique de type Shadock (“Plus ça rate, plus on a des chances que cela marche“) ou de mythe revisité du Tonneau des Danaïdes. Avec des coups de barre redonnés dans un sens ou dans l’autre. Sur l’OTAN, sur l’UE, etc. Les seules orientations décrites sont de faire plus qu’avant, car avant c’était sans doute moins bien que bien. C’est finalement le cas globalement sur les alliances et les partenariats dits « priorisés » (quand ils ne font pas l’objet d’une “intimité” stratégique… sic... concept qui aurait été à succès, mais qui n’a malheureusement pas été conservé). Les formulations sont finalement pas tranchées sur nos limites d’action dans certaines zones (quand à nos capacités de projection, de greffe localement, etc.). Et pourtant des expériences récentes, il y en a. Au final, 95% de la planète est citée (jusqu’à la Moldavie). Pour ne froisser personne. Hormis le Listenbourg non cité. Et la Chine pour cette édition (un point notable) qui a le droit à un fort pointage du doigt (sans doute légitime) dont les conséquences, qui ne peuvent pourtant pas être ignorées, sont seulement effleurées dans le reste de la RNS.

S’il est sans nul doute légitime de décrire une hausse du niveau de menaces, en particulier du fait de nos dépendances (et de nos fondements géographiques propres, notamment du fait des territoires ultra-marins), il devrait être pertinent, avant de faire croire qu’il sera possible de tout résoudre, d’avoir pour premier réflexe de réduire ses dépendances. Ainsi, à la hausse du nombre de menaces devrait être proposé une réduction de notre surface d’attaque (espaces communs compris, mais pas seulement), et non un mythe d’une capacité française plus ou moins autonome capable de faire plus, partout, sans se recentrer fortement, ou en dépensant de manière aussi sous-optimale sur ce qui est déjà en place. L’autonomie stratégique recherchée ne passe pas (et sans doute plus) par le fait de boxer dans la catégorie supérieure quand les fondations sont aussi fragilisées. 

Les orientations stratégiques doivent pourtant être la rencontre des ambitions et des attentes, sans décisions prises dans des tours d’ivoire. Et sans le jargon propre à ces tours d’ivoire, surutilisé dans cette version qui est pourtant la version publique donc qui doit être accessible pour tous, Français, partenaires et dans une moindre mesure, adversaires. Ainsi, réussir à rédiger une RNS sans prendre en compte le besoin d’adaptation et de transition de nos modèles de société, appelé collectivement par les membres de la communauté (visible sauf à vivre dans une tour d’ivoire), et donc de nos modèles de forces, relève de l’exploit. Exploit pourtant relevé haut la main par cette RNS. Hélas. Avec un vrai risque d’amplification des fractures sociétales. A titre d’exemple, ce n’est pas plus la RNS que la stratégie Climat & Défense (indigente) qui permettra une véritable orientation des efforts dans le domaine dès lors qu’est plus pris en compte l’inflation des missions à prévoir (constat implacable) plus que la manière de pouvoir continuer à les réaliser dans les limites connues. L’articulation des risques et des menaces pesant sur les besoins les plus vitaux et primaires de la communauté avec la manière d’y répondre est ainsi balayée en quelques allusions, au nom d’une « prospérité » et d’autres mythes, sympathiques pour rêver et notamment technologiques, mais quasi anachroniques aujourd’hui. Et sans doute encore plus demain.

Pour les dix objectifs stratégiques, l’effort de segmentation et de listage est salutaire. Saluons-le. Ils sont néanmoins de nature très différente. Parfois des fins, ou parfois des moyens. Risquant pour certains d’être datés d’ici quelques mois, quand certains sont de plus longue haleine. Généralistes ou ultra-détaillés (comme les capacités d’actions dans les champs hybrides, axe d’efforts particulièrement notable à articuler et intégrer à tous les autres, là étant ans doute la vraie clé de la supériorité). Globalement, au caractère particulier des risques et menaces, les rédacteurs diront hybrides (comme ils l’ont dit plus de 50 fois dans cette RNS, qui est sans doute elle-même aussi hybride), devrait être proposé des réponses particulières, et non les mêmes que celles qui ont fait que nous en sommes là. D’une certaine façon, épuisés, contestés, fragiles. Au-delà de quelques attributs de puissance qui perdurent. En étant sans doute peu capables d’encaisser le 2nd ou le 3ème choc car misant avant tout sur le 1er. Notamment via une dissuasion 360° théoriquement sans maillon faible : forces nucléaires (crédibles, robustes, légitimes, efficaces, indépendantes, souveraines, et sans doute quelques autres qualificatifs oubliés par les auteurs qui n’ont pourtant pas lésinés sur les qualificatifs), forces conventionnelles, et société, sans oublier la BITD. 

Pourtant les enseignements tirables de faits observables pourraient être nombreux. Avec de vrais abondons à décider pour mieux concentrer les efforts, et accélérer sur certains segments, en termes d’utilité, de facilité d’usage, d’économie, de robustesse, de quantité, d’effets produits, etc. Avec quelques points d’inflexion bienvenus, ne le nions pas, qui devront trouver un cadre dépassant les expérimentations actuelles : influence, résilience – avec de vraies doutes si il s’agit in fine de garantir la permanence d’un modèle bancal quoiqu’il arrive, commandement des approvisionnements stratégiques, etc. 

En l’absence de quelconques arbitrages, la RNS ne permettra sans doute pas d’apporter le cadre pertinent et surtout pérenne, là est la vraie puissance d’une communauté humaine vivant à terre, qui permettra de légitimement articuler les fins et les moyens. La puissance d’équilibres (avec un “s”, car pourquoi pas…) reste sans doute déséquilibrée elle-même. Cette RNS ne sera sans doute pas l’exercice qui mettra fin aux demandes et exigences disproportionnées parfois émises pour calibrer les moyens de réponse. Disproportionnées et pourtant légitimes dans les faits car répondant aux ambitions (mal taillées) décrites. La Loi de Programmation Militaire à venir sera-t-elle le cadre adéquat de cet ajustement ? Tous les espoirs d’adaptation sont permis. Même si les armées ne sont finalement qu’un des outils de la palette, la RNS ayant, là aussi classiquement, un (trop) fort tropisme militaire. Cachant le reste.

La RNS aurait pu être l’occasion d’accompagner mieux des mouvements à l’œuvre et de rééquilibrer plus nettement des efforts. C’est sans doute une occasion manquée. En pouvait-il en être autrement vu le processus et les délais ? Pas certain. Dommage.
PS : Les propos de cet article n’engagent que son auteur.
Lire et télécharger la Revue nationale stratégique : revue-nationale-strategique-07112022

Dix priorités stratégiques qui charpenteront la revue stratégique et loi de programmation militaire

Dix priorités stratégiques qui charpenteront la revue stratégique et loi de programmation militaire

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 28 octobre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Le chef de l’État, en visite jeudi dans le Cher sur plusieurs sites de production d’armement, a demandé aux industriels de défense (dont Nexter et MBDA) de s’efforcer de produire davantage et plus rapidement, à des coûts maîtrisés, pour faire face à la nouvelle donne géopolitique mondiale (EPA-EFE/LEWIS JOLY / POOL MAXPPP OUT). La demande n’est pas nouvelle et elle s’inscrit dans le concept d’économie de guerre qu’Emmanuel Macron a énoncé au salon de défense Eurosatory, en juin.

C’est un concept que l’on retrouvera dans la prochaine revue nationale stratégique.

Cette RNS soumise cette semaine aux parlementaires, sera présentée le 9 novembre à Toulon par Emmanuel Macron avant la publication de la LPM d’ici début 2023.

Le document propose d’articuler l’action de la France en cinq cercles : “protection du territoire national”, “défense de l’Europe y compris dans un conflit de haute intensité”, “Afrique subsaharienne et golfe arabo-persique”, “Indo-Pacifique” et “espaces communs (cyber, spatial, fonds marins et espaces maritimes)”.

La RNS confirmera les tendances lourdes déjà identifiées dans la précédente revue stratégique, publiée en 2017 et actualisée en 2021: compétition stratégique exacerbée entre puissances, besoin d’un modèle d’armée complet etc.

Elle insistera aussi sur certains concepts comme la résilience, l’économie de guerre ou l’influence, à la lumière des premiers enseignements du conflit en Ukraine. Plus précisément, cette revue stratégique propose dix objectifs majeurs, au premier rang desquels figure la dissuasion nucléaire, qui demeure la “clé de voûte” de la défense française. La modernisation de la dissuasion mobilisera 5,6 milliards d’euros de crédits de paiement en 2023.

La liste des 10 objectifs stratégiques selon mon confrère JD Merchet: 
1- une dissuasion nucléaire robuste et crédible
2- une France unie et résiliente
3- une économie concourant à l’esprit de défense
4- une résilience cyber de premier rang
5- la France, alliée exemplaire dans l’espace euro-atlantique
6- la France, l’un des moteurs de l’autonomie stratégique européenne
7- la France, partenaire de souveraineté fiable et pourvoyeuse de sécurité crédible
8- une autonomie de décision et une souveraineté décisionnelle garantie
9- une capacité à se défendre et à agir dans les champs hybrides
10- une liberté d’action et une capacité à conduire des opérations militaires y compris de haute intensité dans tous les champs.

Last but not least, cette réflexion stratégique doit guider les arbitrages budgétaires contenus dans la future loi de programmation militaire 2024-2030.

La gestion de crise à l’aune des sciences cognitives : quelques pistes pour les opérationnels

La gestion de crise à l’aune des sciences cognitives : quelques pistes pour les opérationnels

Etudes et prospectiveSciences & technologies
Saut de ligne
Saut de lignepar Didier Bazalgette (agence innovation Défense), lieutenant-colonel Marc-Olivier Boisset (29e promotion de l’École de guerre), Jean Langlois-Berthelot (enseignant à Sciences Po, chercheur associé au CDEC). –

Cet article de synthèse propose de montrer dans quelle mesure les apports des sciences cognitives sont particulièrement pertinents pour la gestion de crise. En ce sens les officiers ainsi que toute personne ayant un rôle opérationnel en matière de gestion de crise sera à même d’y trouver des pistes de réflexion et d’action.

Introduction.

Depuis longtemps, les sciences cognitives se sont penchées sur les situations de crise, car elles sont le lieu naturel des études sur les prises de décisions collectives et la façon dont « l’intelligence collective » peut ou non se montrer supérieure à « l’intelligence individuelle », comme l’expliquent John Stewart et Véronique Avelange.

La recherche en cognition sociale s’est en particulier intéressée aux productions cognitives des membres d’une même équipe qui peuvent être étudiées afin d’identifier les objets de pensée et les croyances ; c’est-à-dire, pour utiliser le vocabulaire des sciences cognitives, « les représentations individuelles et collectives ». On le comprend bien, l’enjeu consiste à déterminer comment les aptitudes sociales et humaines rendent compte du développement d’une cognition collective complexe. L’étude des interactions sociales des agents, verbales ou non verbales, permet de déterminer comment des interactions positives, négatives ou ambivalentes déterminent directement la prise de décision collective et les processus interpersonnels de construction de la confiance inter-agents, élément indispensable à la performance collective.

Dans l’étude de prise de décision collective, la crise occupe une place irremplaçable. En effet, par le caractère incertain et dynamique de la crise, les logiques d’interactions inter-agents sont cristallisées et accélérées. La crise est le laboratoire par excellence des processus sociocognitifs. Dès lors, le prisme des sciences cognitives pour analyser la crise sera pour nous un outil indispensable afin d’appréhender avec le plus de précision possible les processus décisionnels complexes. De plus, méthodologiquement, la crise elle-même comme phénomène social et cognitif constitue un objet d’étude déterminant pour mettre en valeur les avancées et les applications formelles des sciences de la cognition pour le management des organisations.

Nous avons tenté de faire des ponts entre les dernières interrogations des opérationnels sur la gestion de crise et les outils et méthodes disponibles dans le champ des sciences cognitives – envisagé de manière large.

Pour ce faire, nous nous sommes appuyés dans notre réflexion sur le modèle développé par Jens Rasmussen : le « gabarit à double échelle ».

 

  1. Le « gabarit à double échelle » de Rasmussen.

Lorsque l’on envisage les modèles de prise de décision, celui développé par Rasmussen est l’un des fondamentaux. Ce modèle formalise les différentes étapes d’un diagnostic effectué dans une situation donnée avec les divers stades de la planification et de l’action. Rasmussen ne définit pas son modèle à « double échelle » comme un « modèle » mais comme un « gabarit ». Sa double échelle de décision est envisagée comme une vision simplifiée des activités du traitement de l’information, sans a priori sur la façon dont le traitement est réalisé.

[…]

Lire et télécharger l’étude : CDEC-pep-la-gestion-de-crise-a-l-aune-des-sciences-cognitives 20220418

L’intérêt de la zone Indopacifique pour les forces terrestres françaises

L’intérêt de la zone Indopacifique pour les forces terrestres françaises

par Margaux Chopin –Mmes Sophie Momzikoff et Marie-Laure Massei-Chamayou, le lieutenant-colonel Georges Housset et le commandant ® Guillaume Lasconjorias – CDEC – publié le 3 octobre 2022

https://www.penseemiliterre.fr/l-interet-de-la-zone-indopacifique-pour-les-forces-terrestres-francaises_114920_1013077.html


Ce document ne constitue pas une position officielle de l’armée de Terre

Cette note de recherche a été rédigée en 2021 avant que l’accord AUKUS1 ne soit dévoilé.

RÉSUMÉ.

L’Indopacifique est un espace géographique maritime, aérien et terrestre animé par de nombreuses intéractions. La France y dispose d’une zone économique exclusive de neuf millions de kilomètres carrés, dans laquelle sept mille militaires sont déployés de manière permanente sur cinq bases (La Réunion, Djibouti, Abu Dhabi, Nouméa et Papeete). La France est en effet soucieuse de contribuer à la sécurité des routes maritimes (sur lesquelles transite un tiers de son commerce extérieur hors commerce intra-européen) et des territoires sur lesquels elle a des intérêts. Dans ce cadre, elle a notamment été à l’initiative de l’opération européenne Atalanta (lutte contre la piraterie) dans le golfe d’Aden. De nombreux exercices bilatéraux ont également lieu à l’image de l’exercice Shakti avec l’Inde dont l’objectif est d’échanger les savoir-faire et de consolider les liens d’amitié entre les deux pays.

1. ÉTAT DES LIEUX.

La France s’est dotée d’une vision politique et stratégique pour l’Indopacifique dès 20122. Celle-ci contient une forte dimension maritime reposant sur quatre piliers : la politique maritime nationale, la permanence de la gouvernance maritime, le droit maritime international et un ministère consacré à la mer3.

1 AUKUS est une alliance militaire tripartite formée par l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni rendue publique le, elle vise à contrer l’expansionnisme chinois dans l’Indo-Pacifique.2 Christophe Pipolo, « Enjeux pour la France en Indo-Pacifique », Revue Défense Nationale, 2021/3 (n° 838), p90-95.
3 Ibid.

Source : « La France et la sécurité en Indopacifique », DGRIS, Ministère des armées.

 

Actuellement, plusieurs acteurs mobilisent le concept d’Indopacifique dans leur doctrine : l’Australie, les États-Unis, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Royaume-Uni et la France4. Trois types de vision émergent : l’influence projective essentiellement portée par la diplomatie (États-Unis et Japon), l’inclusivité construite autour d’un discours régionaliste (Inde et Indonésie), et une vision mixte se situant entre le renforcement de la coopération régionale et la projection d’influence (Australie et France)5. Dans ce cadre, la France s’appuie « sur le renforcement de partenariats stratégiques bilatéraux et sur la promotion d’un dialogue régional multilatéral6 ». Elle développe une stratégie tournée vers le statut de nation maritime majeure et d’État riverain d’un espace mondial stratégique.

Comme le rappelle le ministère des Armées, « L’Indopacifique consiste, pour la défense française, en un ensemble géopolitique étendu de Djibouti à la Polynésie7 ». En tant que puissance souveraine de la région, la France contribue ainsi aux efforts de sécurité et de paix.


4 Thibault Fournol, Cartographier les discours sur l’Indo Pacifique, Atelier de cartographie, Sciences Po. URL : https://www.sciencespo.fr/cartographie/recherche/cartographier-les-discours-sur-lindo-pacifique/

5 Ibid.
6 Ibid.
7 Ministère des Armées, « La Stratégie de défense française en Indopacifique – Résumé ». URL : //www.defense.gouv.fr/content/download/532751/9176232/file/La%20France%20et%20la%20sécurité%20en%20I ndo-Pacifique%20-%202018.pdf

L’intérêt croissant pour cette région est avant tout porté par des personnalités politiques françaises et des chefs militaires. Au niveau national, le président Emmanuel Macron a ainsi été le premier à introduire le concept « d’Indopacifique » dans la sphère politique en 2018 à l’occasion de voyages, en Inde puis en Australie. La même année, il détaillait sa volonté aux ambassadeurs afin qu’ils appliquent la stratégie française « de manière résolue, ambitieuse et précise8 ». Le 14 juillet 2020, le Président a de nouveau rappelé l’enjeu que représente la réflexion militaire sur l’Indopacifique. Parallèlement, la ministre des Armées Florence Parly a décliné cette orientation à l’occasion du Shangri-La Dialogue le 1er juin 2019. Dans le même temps, l’intérêt que la France porte à la région Indopacifique était réaffirmé ; elle est le dernier pays de l’Union européenne à y être présent depuis le Brexit. Cette présence française semble se justifier à plusieurs égards : tout d’abord, du fait des deux millions de ressortissants français, ensuite par les routes commerciales stratégiques que compte la région et enfin, pour contrer l’expansionnisme de la Chine. Pour finir, l’ancien chef d’état- major de l’armée de Terre, le général d’armée Thierry Burkhard, soulignait devant la Commission de la défense nationale et des forces armées, en octobre 2019, la nécessité de renforcer les moyens matériels des forces de souveraineté en jugeant qu’ils ne sont actuellement « pas à la hauteur de notre coopération avec les Australiens9 ».

La France dispose de cinq commandements militaires répartis entre trois forces de souveraineté (Forces armées de la zone sud de l’océan Indien, Forces armées de la Nouvelle-Calédonie, Forces armées en Polynésie française) et deux forces de présence (forces prépositionnées à Djibouti et aux Émirats Arabes Unis). En outre, sept mille personnes sont déployés de manière permanente dans la zone Indopacifique, qui compte également dix-huit attachés de défense répartis dans trente-trois pays10.

Parmi ces sept mille militaires :
quatre mille cent militaires sont déployés dans l’océan Indien :

  • au Nord de l’océan Indien : les forces de présence aux Émirats arabes unis (FFEAU) et à Djibouti (FFDJ) disposent en permanence de dix avions de combat (six Rafales aux EAU et quatre Mirage 2000 à Djibouti), de huit hélicoptères et d’un avion de transport tactique ;
  • au Sud de la zone : les forces de souveraineté (FAZSOI) sont réparties entre les îles de La Réunion et de Mayotte. Elles s’appuient sur deux frégates de surveillance dotées chacune d’un hélicoptère, d’un bâtiment de soutien et d’appui outre-mer, deux patrouilleurs (dont un polaire) et deux avions de transport tactique.

deux mille neuf cents militaires sont déployés dans le Pacifique : les forces de souveraineté en Nouvelle-Calédonie (FANC) et en Polynésie française (FAPF) ont à leur disposition deux frégates de surveillance dotées chacune d’un hélicoptère, de trois patrouilleurs, de deux bâtiments multi-missions, de cinq avions de surveillance maritime, de quatre avions de transport tactique et de cinq hélicoptères.


8 Élysée, « Discours du Président de la République à la conférence des Ambassadeurs », 27 août 2018. URL :

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2018/08/27/discours-du-president-de-la-republique-a-la-conference-des- ambassadeurs
9 « Compte-rendu de la Commission de la défense nationale et des forces armées, Audition du général d’armée Thierry Burkhard », Compte-rendu n° 04, Assemblée Nationale, 2 octobre 2019 [18 février 2021].

10 Ministère des Armées, « La Stratégie de défense française en Indopacifique – Résumé », Op. Cit.


Par ailleurs, la France met à disposition de l’USINDOPACOM11 un officier de liaison qui travaille directement avec le réseau des attachés de défense. Enfin, trois officiers français contribuent à l’Information Fusion Centre (IFC) de Singapour, au centre régional de fusion de l’information maritime (CRFIM) de Madagascar ainsi qu’à Information Fusion Center – Indian Ocean Region (IFC-IOR) de New Delhi.

Depuis quelques années, la France noue des partenariats avec des nations stratégiques de la zone Indopacifique, parmi lesquelles :

  • –  L’Australie : considérée comme « le meilleur allié de la France dans le Pacifique12 »,l’Australie est un partenaire de taille pour Paris dans la zone depuis de nombreuses années. Celui-ci a été considérablement renforcé avec la signature d’un contrat de vente de douze sous-marins de classe Attack à destination de Canberra. Ce programme de défense, qui s’échelonnera sur les cinquante prochaines années, se chiffre à 34,5 milliards d’euros13. Outre cette dimension maritime, Canberra est également un grand client des industries aérospatiales et terrestres de la France. Ainsi « Thales est le premier fournisseur des armées australiennes dans leur ensemble, depuis plus de dix ans14 ».
  • –  L’Inde : en 1998, Paris et New Delhi ont mis en place un partenariat stratégique comprenant trois volets15. Au niveau diplomatique, la France soutient l’Inde dans plusieurs dossiers stratégiques (dont l’obtention d’un siège permanent au Conseil de Sécurité) tout en organisant des consultations ministérielles annuelles. Cette coopération militaire se veut ambitieuse avec l’organisation d’exercices conjoints depuis 1983, des accords de soutien logistique, une coopération en matière de contre- terrorisme, de cyber sécurité et industrielle. Le volet énergétique du partenariat prend en revanche plus de temps à se mettre en place. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un «partenariat stratégique de premier plan, fondé sur des valeurs et intérêts communs16 ». En déplacement en Australie en mai 2018, Emmanuel Macron avait annoncé vouloir créer « un nouvel axe Paris-Delhi-Canberra17 » avec pour objectif de répondre à la politique de puissance de la Chine. Toutefois, le Sénat indique que ce triangle stratégique « peine à se mettre en place pour plusieurs raisons », notamment car « L’Inde ne souhaite pas rejoindre un partenariat dont la Chine pourrait penser qu’elle vise son endiguement18 ».

11 L’USINDOPACOM (United States Indo-Pacific Command) est le commandement américain pour l’Indopacifique.
12 Anne Bauer, « France-Australie, une relation stratégique dans le Pacifique », Le Point, 11 février 2019. URL : https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/france-australie-une-relation-strategique-dans-le-pacifique- 963367

13 Ce contrat sera finalement annulé par l’Australie le 20 septembre 2021, au profit de sous-marins à propulsion nucléaire américains dans le cadre de l’accord de sécurité AUKUS noué avec Washhington et Londres.

14 Véronique Guillemard, « En Australie, Emmanuel Macron signe plusieurs accords », Le Figaro, 1er mai 2018. URL : https://www.lefigaro.fr/societes/2018/05/01/20005-20180501ARTFIG00008-macron-en-australie-ces-gros- contrats-qui-lient-paris-et-canberra.php
15 Sénat, « L’Inde, un partenaire stratégique », Rapport d’information n° 584 fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Sénat, 1er juillet 2020 [consulté le 18 février 2018].

16 Ministère de la Défense, « La France et la sécurité en Asie-Pacifique », 2014 [consulté le 18 février 2021]. 17 Anne Bauer, « France-Australie, une relation stratégique dans le Pacifique », Art. Cit.
18 Sénat, « L’Inde, un partenaire stratégique », Op. Cit.


  • –  Le Japon : la coopération militaire entre le Japon et la France remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle. Depuis 2013 et la visite de François Hollande à Tokyo (le premier président français à s’y rendre depuis 17 ans), les relations militaires ont été particulièrement renforcées. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères parle d’ailleurs de « partenariat d’exception19 ». La coopération franco-japonaise se fait sur les plans opérationnel (exercices d’aide humanitaire et d’échange d’informations) et capacitaire (robotique militaire et drones sous-marins, contrat avec Thalès pour fournir des mortiers et radars de sous-marins). Notons cependant que les deux pays peuvent également être compétiteurs comme cela a été le cas pour le projet de remplacement des douze sous-marins Collins australiens ; contrat finalement remporté par la France.
  •  Enfin, les États-Unis sont également une puissance centrale de la région Indopacifique. Ainsi, en 2019, à l’occasion du Forum du Shangri-La, Patrick Shanahan avait réitéré la position américaine dans un discours d’une heure et demie en affirmant que « L’Indopacifique est le théâtre prioritaire du Département de la Défense20 ». Dans ce cadre, le Department of Defense (DoD) cherche à coopérer avec ses alliés et partenaires afin de faire face aux défis auxquels la région est confrontée. Ainsi, à travers son Indo-pacific strategy report, le DoD fait état de la volonté de la Chine « à réorganiser la région à son avantage en tirant profit de la modernisation militaire, des opérations d’influence et de l’économie prédatrices pour contraindre les autres nations21 ». Le DoD se place en opposition de ce modèle en affirmant « promouvoir la paix de long terme et la prospérité pour tout l’Indopacifique22 ».

2. GRANDES TENDANCES GÉOPOLITIQUES.

La zone Indopacifique se trouve à la confluence de voies de communication majeures, qu’elles soient aériennes ou maritimes. Ainsi, bien que la France métropolitaine ne soit pas directement concernée par un potentiel conflit, Paris reste attentif à l’évolution de la situation géostratégique pour plusieurs raisons : en tant que membre du Conseil de sécurité de l’ONU, allié des pays de la zone Indopacifique et des États-Unis, et enfin pour la sécurité de ses ressortissants et entreprises. C’est pourquoi la France affirme vouloir pleinement jouer son rôle de puissance de l’Indopacifique, assurant sa souveraineté nationale tout en contribuant à la sécurité et donc à la stabilité internationale.

En effet, les océans Indien et Pacifique sont marqués par de nombreuses tensions (crise nucléaire nord-coréenne, conflits en Inde et au Moyen-Orient, compétition sino-américaine en Asie du Sud-Est) accrues par les interdépendances et la mondialisation. Quatre enjeux globaux se dessinent pour l’horizon 2035 : l’évolution démographique, le changement climatique, la bascule de l’économie mondiale et enfin les mutations politiques de l’ordre


19 Nicolas Cuoco, « France-Japon : un partenariat d’exception », Ministère des Armées, 30 janvier 2018. URL : https://www.defense.gouv.fr/actualites/articles/france-japon-un-partenariat-d-exception
20 The Department of Defense, “Indo-pacific strategy report – Preparedness, Partnerships, and Promoting a Networked Region”, 1er juin 2019. URL : https://media.defense.gov/2019/Jul/01/2002152311/-1/- 1/1/DEPARTMENT-OF-DEFENSE-INDO-PACIFIC-STRATEGY-REPORT-2019.PDF

21 Ibid. 22 Ibid.


international23. L’environnement géopolitique et opérationnel des forces de présence et de souveraineté sera donc structuré par ces défis mais aussi par l’évolution des menaces pour les forces armées. Celles-ci sont de différentes natures24 :

  • –  Le terrorisme : la lutte contre le terrorisme de la priorité des armées françaises depuis2015 malgré plusieurs succès tactiques car la menace djihadiste est toujours réelle. De nombreux groupes (en phase d’extension) se réclamant de Daech ou d’al-Qaïda sont actifs au Moyen-Orient et en Afrique mais aussi en Asie centrale et du Sud-Est. En ce qui concerne leurs modes d’actions, les terroristes utilisent des tactiques rudimentaires (attaques à l’arme blanche ou à la voiture bélier) mais non moins généralisées en Occident et au Moyen-Orient. Bien que cela soit encore peu fréquent dans les zones de responsabilité permanente des forces prépositionnées, ces tactiques pourraient également faire leur apparition dans les DROM-COM. En outre, les attaques complexes (explosifs improvisés, commandos équipés de fusils d’assaut voire d’armes collectives), souvent perpétrées par les djihadistes, génèrent une couverture médiatique très importante. Les forces françaises ou les représentations diplomatiques peuvent ainsi être l’objet de cibles privilégiées (attentat de Ouagadougou dirigé contre l’ambassade de France en 2017). C’est pourquoi Élie Tennembaum, Morgan Paglia et Nathalie Ruffié recommandent que la coopération militaire joue un rôle majeur dans la formation des armées partenaires et dans celles des forces d’intervention de la police ou de la gendarmerie pour les préparer au mieux à ce type de menaces25.
  •  La montée en gamme des menaces militaires : selon la Revue de défense et de sécurité nationale, ces menaces comprennent la diffusion des systèmes d’armes avancés, des capacités de déni d’accès et d’interdiction de zone (A2/AD) et enfin, le développement des capacités de projection de forces adverses26. Ces menaces pèseront sur les dispositifs de présence et de souveraineté, dans un contexte de développement des puissances aéronavales chinoises et indiennes. Elles pourraient avoir des conséquences directes sur des territoires jusqu’alors isolés, à l’image de la Polynésie française dont l’isolement devrait très certainement décroître dans les prochaines années.
  • –  Les zones grises et menaces hybrides : ce sont des « modes d’action volontairement ambigus et bien souvent non attribués [qui] consistent à jouer avec les catégories en usage, à la frontière de la compétition pacifique et légale et de la confrontation indirecte, entre la guerre par procuration et l’agression ouverte27 ». Plusieurs catégories de moyens existent pour mettre en œuvre ce type de stratégie à l’instar des opérations de désinformation. De plus en plus utilisées (notamment sur les réseaux sociaux), elles produisent un discours politique alternatif à partir d’informations plus ou moins manipulées (exemple des médias russes Sputnik News et RT). En outre, les actions d’ingérence et de subversion consistent en une intrusion plus directe dans l’appareil politique ou économique d’un pays ou alors d’une organisation internationale (cyber-ingérence). Enfin, les activités paramilitaires, le recours à des sociétés militaires ou de sécurité privées et les milices sont autant de moyens incarnant une menace directe potentielle pour les zones d’intérêt françaises.

23 Élie Tennenbaum, Morgan Paglia, Nathalie Ruffié, « Confettis d’empire ou point d’appui ? L’avenir de la stratégie française de présence et de souveraineté », Focus Stratégique, IFRI, février 2020.
24 Ibid.
25 Ibid.

26 Ministère des Armées, « Revue de défense et de sécurité nationale », Paris, 2017.
27 Élie Tennenbaum, Morgan Paglia, Nathalie Ruffié, « Confettis d’empire ou point d’appui ? L’avenir de la stratégie française de présence et de souveraineté », Focus Stratégique, IFRI, février 2020.


Face à ces risques identifiés, la France doit investir dans ses points d’appui, attirer plus de partenaires et ouvrir de nouvelles implantations dans la zone Indopacifique. A ce titre, passer des accords avec la Malaisie ou Singapour est une éventualité évoquée par le général d’armée François Lecointre28. Pour finir, il ne faut pas oublier la base des EAU qui s’intègre dans une possible réponse de haute intensité.

3. SCÉNARIOS PROSPECTIFS.

Le général d’armée Lecointre, ancien chef d’état-major des armées, envisage deux scénarios génériques pour les années à venir29 :

  • –  une multiplication des stratégies hybrides et des zones grises. Il s’agit du scénario le plus probable faisant notamment suite au repli militaire américain global et à l’exacerbation des tensions sino-américaines. Indiquons toutefois que les États-Unis ont plutôt tendance à renforcer leur présence dans la zone Indopacifique. Cette configuration a pour difficulté principale d’identifier « des lignes rouges et d’attribuer les agressions30 » selon le général. L’augmentation des tensions risque également de créer de nouvelles opportunités de développement pour les organisations terroristes. Pour se préparer à ce scénario, la France doit affermir sa position et renforcer ses missions opérationnelles en partenariat avec les voisins européens dans l’Indopacifique ;
  • –  un grand conflit interétatique est de nouveau envisageable, en Indopacifique particulièrement. Le CEMA parle ouvertement d’une « guerre froide31 » entre la Chine et les États-Unis comme d’une « possibilité d’un grand conflit [qui] ne peut plus être écartée aujourd’hui32 ». Un conflit ouvert entre ces deux puissances aurait des conséquences directes sur les intérêts français dans la région. Le CEMA indique qu’un tel conflit n’est pas souhaitable mais qu’il faut étudier ses conséquences sur notre modèle d’armée. Il ajoute qu’avec la crise sanitaire que le monde traverse depuis 2020, la Chine a accru sa « diplomatie sanitaire33 » vis-à-vis de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie notamment. C’est pourquoi la France doit renforcer les liens qui l’unissent à ses partenaires stratégiques de la région, dont l’Australie et le Japon, afin de contrebalancer les équilibres à l’œuvre dans la zone. De leur côté, les États-Unis entretiennent également des relations bilatérales avec ces États afin de promouvoir la liberté et l’ouverture sur le monde. L’épidémie de Covid-19 ayant accru les tensions dans la zone, la France doit être plus présente et active afin de « représenter un partenaire alternatif aux États-Unis pour les acteurs de la zone qui, sans être naïfs vis-à-vis de l’attitude de la Chine, ne souhaitent pas être entraînés dans une confrontation trop brutale avec elle34 ».

28 DSI HS, « Entretien avec le général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées », Armées françaises : dans l’œil du cyclone ?, n° 73, Août-septembre 2020, 100 pages.

29 Audition à huis clos, du général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées sur « l’analyse des conséquences stratégiques et militaires de la crise Covid, vision des perspectives qu’elle dessine », Compte rendu Commission de la défense nationale et des forces armées, n° 70, Assemblée Nationale, 16 juillet 2020.
30 Ibid.

31 Laurent Lagneau, « Pour le général Lecointre, l’inéluctable « guerre froide » sino-américaine aura un impact sur le modèle d’armée », Opex 360, 20 septembre 2020.

32 Audition à huis clos, du général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées sur « l’analyse des    conséquences   stratégiques et militaires de la crise Covid, vision des perspectives qu’elle dessine », Op. Cit.
33 Ibid.
34 Ibid.


Le Sénat a également fait plusieurs recommandations concernant la place des forces armées françaises en Indopacifique35 :
– mettre en œuvre ou développer des partenariats stratégiques :

  •  renforcer le partenariat stratégique avec l’Australie, notamment avec des actions de coopération parlementaire ;
  • définir des instances de dialogue à l’échelle régionale, notamment avec la Chine ;
  • renforcer la relation stratégique avec l’Inde.
    – donner à la France toute sa place dans l’architecture régionale :
  • favoriser la pleine autonomie des collectivités territoriales françaises au sein des instances régionales ;
  • poursuivre et renforcer le dialogue Océanie+1, ou France-Océanie ;
    renforcer les positions françaises dans le cadre du Sommet de l’ASEM (Asia Europe Meeting), instance de dialogue entre l’Europe et l’Asie ;
  • veiller à la représentation de la France dans les instances régionales ;
    simplifier les règles d’attribution des aides européennes et améliorer leur lisibilité.
  • se doter de moyens de puissance adaptés pour :
    permettre aux forces armées françaises sur zone d’exercer toutes leurs missions (effort budgétaire nécessaire) ;
  • améliorer la lisibilité de l’organisation de la zone militaire Pacifique Océanie et faciliter les coopérations ;
  • mener une action ciblée dans les ZEE, à la hauteur des enjeux ; o défendre la sécurité maritime et le droit international de la mer ;
  • rayonner dans les coopérations militaires régionales.

Toutefois, le général d’armée Lecointre n’est pas favorable au renforcement des forces de souveraineté ni à l’établissement de nouvelles bases militaires dans la région. Il croit plutôt en la « concentration des efforts36 », dans un contexte de forte dispersion des forces françaises à l’échelle mondiale, et de « l’enveloppe contrainte et restreinte37 » des armées. Il n’exclue toutefois pas un « modèle différent38 » qui reposerait davantage sur des accords avec des États de la région Indopacifique (Singapour et Malaisie).

La France a en effet tissé des liens particulièrement étroits avec ces deux États. La relation franco-singapourienne tout d’abord a été érigée au rang de partenariat stratégique avec la visite de Jean-Marc Ayrault à Singapour en 201239. Les échanges se font surtout au niveau de la recherche, des technologies de défense et de l’entrainement des forces aériennes singapouriennes en France. La coopération de défense avec Singapour se développe plus largement depuis janvier 1997 via la création de groupes « air », « terre » et « interarmées40 ». La Malaisie est également un partenaire de premier plan de la France en


35 Sénat, « Australie : quelle place pour la France dans le Nouveau-Monde ? », Rapport au nom de la commission des Affaires étrangères et des forces armées, 14 décembre 2016 [consulté le 18 février 2021].
36 « Compte-rendu de la Commission de la défense nationale et des forces armées, Audition du général François Lecointre », Compte-rendu n° 70, Assemblée Nationale, 16 juillet 2020 [10 mai 2021]

37 Ibid.
38 Ibid.
39 Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « Relations Bilatérales », août 2019 [consulté le 18 février 2020]. URL : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/singapour/relations-bilaterales/
40 Sénat, « Projet de loi autorisant l’approbation de l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Singapour relatif à la coopération de défense et au statut de leurs forces »,


Indopacifique. Il s’agit du premier client de la France pour les commandes de matériels militaires en Asie du Sud-Est, et le cinquième au niveau mondial. Jean-Louis Carrère ajoute que « La France serait le premier et principal fournisseur d’équipements militaires de l’armée malaisienne41 ». Enfin, « la Malaisie semble désireuse d’une présence plus forte de l’Union européenne et de la France en Asie du Sud Est, afin de sortir du face-à-face entre les États- Unis et la Chine42 ». Il conclut en affirmant que la France a « une carte importante à jouer en renforçant notre présence politique et économique en Malaisie, notamment dans le domaine de la défense43 ».

Dans ce cadre, la coopération européenne avec des nations de l’Indopacifique est indispensable pour faire face aux défis et menaces auxquels est confrontée la région. La France étant pour l’instant l’unique pays européen à détenir des territoires dans l’océan Pacifique et dans l’océan Indien, il paraît logique que sa stratégie pour la zone soit plus approfondie que celle de ses voisins.

Enfin, une coopération renforcée avec les États-Unis peut être envisagée. En effet, le pays développe largement le concept d’Indopacifique depuis la présidence de Barack Obama. C’est d’ailleurs en 2008 que le commandement pacifique américain s’est élargi à l’océan Indien pour devenir le United States Indo-Pacific Command (USINDOPACOM). De fait, les forces américaines disposent d’une stratégie plus ancienne et de retours d’expérience qui pourraient apporter beaucoup à la France et valoriser son implantation dans la région.


Présenté au nom de Monsieur Lionel Jospin, Premier ministre, par Monsieur Hubert Védrine, Ministre des affaires étrangères, 28 mars 2001 [18 février 2020]. URL : https://www.senat.fr/leg/pjl00-238.html
41 Jean-Louis Carrère, « Comptes rendus de la Commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Déplacement effectué en Malaisie et en Thaïlande du 27 janvier au 1er février 2014 », Sénat, 11 février 2014 [consulté le 18 février 2020]. URL : http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20140210 /etr.html

42 Ibid. 43 Ibid.


ANNEXES

Annexe 1 – Bibliographie commentée

Articles en langue française.
Elouan Picault, Entretien avec le général Vincent Desportes, « Il nous faut renouer avec la politique de puissance », Gavroche, 16 avril 2021. URL : http://gavrochemedia.fr/il-nous-faut- renouer-avec-la-puissance-entretien-avec-le-general-vincent-desportes/elouan/
Georgina Wright, Bruno Tertrais, « La Revue intégrée du Royaume-Uni : que signifie la stratégie “Global Britain” pour la France ? », Note, FRS, n° 09/2021, 24 mars 2021. URL : https://www.frstrategie.org/sites/default/files/documents/publications/notes/2021/2021 09.pdf Le Figaro avec AFP, « Un amiral américain avertit d’une menace réelle d’invasion de Taïwan », 23 mars 2021. URL : https://www.lefigaro.fr/flash-actu/un-amiral-americain-avertit- d-une-menace-reelle-d-invasion-de-taiwan-20210323
Céline Pajon, « France’s Indo-Pacific Startegic and the Quad Plus », IFRI, 9 février 2021. URL : https://www.ifri.org/en/publications/publications-ifri/articles-ifri/frances-indo-pacific- strategy-and-quad-plus
Arnaud Peyronnet, « L’opportunisme naval chinois dans le Pacifique Ouest se poursuivra-t-il en 2021 ? », FMES, 26 janvier 2021. URL : https://fmes-france.org/lopportunisme-naval- chinois-dans-le-pacifique-ouest-se-poursuivra-t-il-en-2021-par-arnaud-peyronnet/
Alain Jeannin, « “Quoi de mieux pour entrer en Nouvelle-Calédonie que de s’emparer du nickel” explique Bastien Vandendyck, analyste en relations internationales », Le portail des Outre-mer, France TV Info, 25 janvier 2021. URL : https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvelle caledonie/quoi-de-mieux-pour-entrer-en-nouvelle-caledonie-que-de-s-emparer-du-nickel- explique-bastien-vandendyck-analyste-en-relations-internationales-916726.html
Paco Milhiet, « La France et l’Indopacifique : perspectives polynésiennes », Les cahiers du comité Asie, N° 17, Les Jeunes IHEDN, Printemps 2020. URL : https://jeunes-ihedn.org/wp- content/uploads/2020/06/CCA-17-INDO-PACIFIQUE.pdf
Nathalie Guilbert, Brice Pedroletti, « Dans l’Indopacifique, une stratégie française “inclusive” », Le Monde, 13 novembre 2020. URL : https://www.lemonde.fr/international/article/2020 /11/13/dans-l-indo-pacifique-une-strategie-francaise-inclusive_6059642_3210.html
Sénat, «L’Inde, un partenaire stratégique», Rapport d’information fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, 1er juillet 2020. URL : http://www.senat.fr/rap/r19-584/r19-5840.html#toc0
Bruno Sat, « Indo-Pacifique : accord de coopération militaire entre l’Inde et l’Australie », Le

portail des Outre-mer, France TV Info, 9 juin 2020. URL : https://la1ere.francetvinfo.fr/indo- pacifique-accord-cooperation-militaire-entre-inde-australie-840924.html
Alice Guitton, « Quelle stratégie pour la France en Indopacifique ? », Areion 24 News, 14 mai 2020. URL : https://www.areion24.news/2020/05/14/quelle-strategie-pour-la-france-en- indo-pacifique/

Élie Tenenbaum, Morgane Paglia, Nathalie Ruffié, « Confettis d’empire ou points d’appui ? L’avenir de la stratégie française de présence et de souveraineté́ », Focus Stratégique, IFRI, février 2020. URL : https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/tenenbaum_avenir_ strategie_2020.pdf

Hugo Decis, « Dans l’Indopacifique, la posture française doit évoluer », IRIS, 24 octobre 2019. URL : https://www.iris-france.org/141255-dans-lindopacifique-la-posture-francaise-doit- evoluer/

10

Ministère des armées, « La France et sa sécurité en Indopacifique », 2018. URL : https://www.defense.gouv.fr/content/download/532751/9176232/file/La%20France%20et%20 la%20sécurité%20en%20Indo-Pacifique%20-%202018.pdf
Ministère de l’Europe et des affaires Étrangères, Stratégie française dans l’Indopacifique « Pour un espace indopacifique inclusif », Directions d’Asie et d’Océanie, 2018. URL :https://jp.ambafrance.org/IMG/pdf/strategie_francaise_dans_l_indopacifique.pdf?27050 /e31c9e8b2f1391c10ddde35d35a883eca0e795df

Articles en langue anglaise.
Zsuzsa Anna Ferenczy, “The European Union and Taiwan: time to re-conceptualize and upgrade ties”, Taiwan program on security and diplomacy, FRS, Avril 2021. URL : https:// www.frstrategie.org/sites/default/files/documents/programmes/Programme- Taiwan/2021/taiwan-2021-02.pdf
Céline Pajon, “France’s strategic engagement in the Indo-Pacific makes a difference: Here is why”, The Canon Institute for Global Studies, 9 avril 2021. URL : https://cigs.canon/en/article /20210409_5727.html?s=09
FRS, Entretien avec Yamagami Shingo, « Stability and security in the Indo-pacific: the future of the Quad », Japan program, Mars 2021. URL : https://www.frstrategie.org/sites/default/ files/documents/programmes/Programme-japon/Publications/2020-2021/202010-prog- japon.pdf
Garima Mohan, “Franco-German Divergences in the Indo-Pacific: The Risk of Strategic Dilution”, Institut Montaigne, 30 octobre 2020. URL: https://www.institutmontaigne.org /en/blog/franco-german-divergences-indo-pacific-risk-strategic-dilution
Marianne Peron-Doise, “EU and “maritime multilateralism” in the Indo-Pacific: navigating in Asia’s waters”, IRSEM, 9 juillet 2020. URL: https://www.irsem.fr/data/files/irsem/ documents/document/file/3267/Brief%209%20-%20Péron-Doise.pdf
Nicolas Regaud, “France’s Innovative Maritime Security Engagement in the Indo-Pacific”, The Diplomat, 3 avril 2020. URL: https://thediplomat.com/2020/04/frances-innovative- maritime-security-engagement-in-the-indo-pacific/

Annexe 2 – Discours

Discours du Président de la République :

  1. Discours en l’honneur des défilants du 14 juillet 2020 depuis l’Hôtel de Brienne, 13juillet 2020 ;
  2. Discours du Président de la République à la conférence des Ambassadeurs, 27 août2018 ;
  3. Discours à Garden Island, base navale de Sydney, 3 mai 2018.

Discours de la ministre des Armées, Florence Parly :

  1. Audition du chef d’état-major de l’armée de Terre, le général d’armée Thierry Burkhard, 17 juin 2020 ;
  2. Audition du chef d’état-major des Armées, le général d’armée François Lecointre, 16 juillet 2020 ;
  3. Allocution au Shangri-La Dialogue, 1er juin 2019.

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Annexe 3 – Cartographie des visions comparées de l’Indopacifique