Création de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan

Création de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan

L’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan rassemble tous les élèves-officiers de l’armée de Terre dans une entité unique.

Son objectif est de donner à l’armée de Terre les chefs dont elle a besoin pour faire face aux chocs les plus durs et à la multiplication des menaces.

Chaque année, près de 600 officiers sortiront formés de l’une des trois écoles de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.

La nouvelle Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan constitue le creuset et la maison-mère des officiers de l’armée de Terre. Née d’un projet ambitieux de rénovation de leur formation initiale, elle est forte de trois écoles complémentaires qui illustrent la diversité du recrutement des officiers de l’armée de Terre.

Trois voies de recrutement, correspondant aux trois écoles qui la forment, sont proposées :

  • L’École spéciale militaire de Saint-Cyr (ESM) : recrutement direct sur concours, pour une formation de trois ans ;
  • L’École militaire interarmes (EMIA) : recrutement interne parmi les meilleurs sous-officiers et militaires du rang de l’armée de Terre, pour une formation de deux ans ;
  • L’École militaire des aspirants de Coëtquidan (EMAC) : nouvelle école regroupant les officiers sous contrat encadrement, spécialistes et pilotes, recrutés après un parcours universitaire, pour une formation d’un an.


AUTORITÉ – INTELLIGENCE – COMBATIVITÉ – HUMANITÉ


 

Incarner l’enseignement de la singularité du métier des armes

La création d’une division culture militaire et art de la guerre illustre la volonté d’étoffer la pensée des jeunes officiers, en complément de l’acquisition des compétences. Ainsi l’effort est-il marqué sur les humanités, pour mieux préparer les futurs chefs à l’exercice d’un métier « extra-ordinaire », où ils seront amenés à ordonner la mort tout en acceptant l’idée de la recevoir. Cet enseignement rénové, appuyé sur une culture élargie et une appropriation réfléchie de traditions séculaires, favorise la liberté d’appréciation et la construction d’une morale de l’action exigeante.

Ouvrir les enseignements

Une revue de programmes complète a permis d’accroître la cohérence d’une scolarité passée au crible des quatre défis – combativité, autorité, intelligence et humanité – et entièrement rebâtie avec la volonté d’intégrer davantage les savoirs académiques, militaires et humains et de mieux préparer au durcissement des conflits. Ainsi les programmes ont-ils été enrichis et agencés avec une lisibilité accrue, qui associe quotidiennement instructeurs militaires et professeurs civils comme militaires.

Ouvrir l’Académie et ses trois écoles

Pour compléter une ouverture revendiquée sur le monde (échanges et double-diplômes en France, accueil d’élèves étrangers et stages à l’international), un décloisonnement des écoles a été entrepris qui favorisera le brassage d’élèves aux origines très diverses.

La multiplication d’activités communes en formation militaire, sportive et d’aguerrissement, ainsi que l’augmentation du nombre de mises en responsabilité visent à développer l’indispensable fraternité d’armes au sein du corps des officiers, autant que l’ouverture d’esprit.

Responsabiliser et éprouver

Le métier d’officier s’apprend dans la responsabilité et dans l’épreuve. Valorisées et mieux encadrées, les mises en situation des jeunes officiers sont multipliées tout au long de la scolarité, dans tous les domaines. De même, les saint-cyriens sont très rapidement confrontés à la réalité de leur premier emploi, en effectuant un stage dès le cinquième mois de leur formation et pour une durée de trois mois, dans une fonction de sergent auprès de jeunes engagés à l’instruction.

Valoriser

Outre la création d’une nouvelle école, dotée d’un drapeau et d’une tenue de parade spécifique, la scolarité des officiers sous contrat a été totalement rénovée et portée à un an pour la filière encadrement. Elle est désormais sanctionnée par l’attribution d’un mastère spécialisé « commandement et leadership », qui renforce son attractivité et reconnait la qualité de la formation dispensée.

Quand les petits affrontent les gros-Non State Warfare de Stephen Biddle

Quand les petits affrontent les gros-Non State Warfare de Stephen Biddle

 

La Voie de l’épée – Publié par Michel Goya

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


En 2010, avec Military Power, l’historien américain Stephen Biddle avait apporté une contribution majeure à l’étude de l’art opérationnel et de la tactique. Il y développait l’idée que la révolution militaire qui avait débuté au milieu du XIXe siècle en Europe avait produit un « système moderne » qui se caractérisait par la capacité à manœuvrer et obtenir des résultats tactiques malgré un environnement particulièrement létal. En 1815 à Waterloo un fantassin devait en moyenne faire face à deux projectiles avant de parvenir au contact physique avec l’ennemi ; en 1915, ce nombre était passé à 200. Et encore ne s’agissait-il là que de projectiles d’infanterie, auxquels il fallait ajouter désormais tous les projectiles venant de la 3e dimension et frappant sur une vaste zone. Ce qui était visible devenait très vulnérable mais dans le même temps il n’était pas possible de vaincre sans attaquer et donc d’être visible.

Relever ce défi a nécessité un effort considérable d’organisation. Il a fallu des méthodes et des moyens nouveaux pour pouvoir évoluer sous le feu et neutraliser l’ennemi tout en se déplaçant : engins blindés, mitrailleuses légères et portables, barrages d’artillerie, groupes de combat, etc. Il a fallu surtout les coordonner. Il s’en est suivi une masse considérable d’informations à gérer en temps contraint : plans, ordres d’opération et de conduite, comptes rendus, mesures de coordination, ciblage, etc. C’est finalement cette capacité à gérer cette quantité nouvelle d’informations explicites ou tacites (compétences) du haut en base de la hiérarchie, qui caractérise le « système moderne ». Il y a ceux qui le maitrisent et qui peuvent conduire des manœuvres complexes, et ceux qui, y compris avec les mêmes moyens matériels, n’y parviennent pas ou moins bien et qui sont écrasés forcément par les premiers lorsqu’ils bougent. Les résultats des combats modernes ne sont ainsi pas proportionnels au rapport de forces sur les points de contact, qui ne dépasse que très rarement deux contre un, ni même à la sophistication des équipements, mais bien à la différence entre la qualité des systèmes de commandement opérationnels et tactiques. Une idée qui est explorée ici par exemple.

Dans Military Power, Stephen Biddle ne s’intéressait cependant qu’à l’affrontement entre armées conventionnelles étatiques. Dans Nonstate Warfare: The Military Methods of Guerillas, Warlords, and Militias, il s’efforce de déterminer cette fois comment les organisations non-étatiques armées combattent, et parfois parviennent, à vaincre les États. Ce n’est évidemment pas nouveau, les conflits en Afghanistan et en Irak en particulier ont (re)stimulé toute une « littérature de contre-insurrection » et il apparaît donc difficile d’apporter quelque chose d’un peu inédit.

Stephen Biddle y parvient cependant en effaçant les catégories habituelles de guérilla (ou guerre irrégulière ou guerre asymétrique), associée aux organisations armées non-étatiques, et de guerre conventionnelle (ou classique), associée aux États, ainsi que le fourre-tout « hybride » censé réunir tout ce qui ne colle pas à ces deux archétypes. À la place, reprenant l’idée que le combat moderne est un duel de chasseurs où on arbitre toujours entre traque et dissimulation, il établit un continuum entre idéaux-types : l’approche Fabienne (du consul et dictateur romain Fabius Maximus qui a affronté Hannibal sans batailles) toute de prudence et d’évitement et l’approche napoléonienne de l’autre, son opposée très agressive et amatrice de concentrations de forces et de batailles si possible décisives. Ces approches ne sont pas spécifiquement associées à des types d’acteurs, mais sont adoptées selon des dosages différents par tous, étatiques ou non.

De fait, parce que le rapport de forces est généralement en faveur des États, de l’ordre de 4 contre 1 en moyenne en volume global, mais aussi en termes de puissance de feu, les organisations armées adoptent le plus souvent face à eux une stratégie très « fabienne » mettant l’accent sur la protection par dissimulation, enterrement, mixité avec les civils, mobilité, etc. au détriment de capacités offensives limitées au harcèlement et à de petites et brèves attaques. Mais parfois certaines organisations non-étatiques organisent des opérations plus ouvertes, larges et complexes, défensives ou non. Pour Biddle, fidèle à ses théories, ces modes opératoires qualifiés de « médians » ne sont réalisables que si l’organisation est suffisamment structurée pour pouvoir capitaliser les nombreuses compétences nécessaires à cette montée en gamme. Il y a, pour simplifier, les organisations qui disposent d’une infrastructure administrative solide, faite de normes communes et de procédures de suivi et contrôle et les autres où les choses se passent de manière plus interpersonnelle, opaque, désordonnée et souvent plus corrompue. On notera qu’il ne s’agit pas là de phénomènes propres à toutes les organisations, étatiques ou non. C’est bien par exemple la faiblesse de leur infrastructure qui freine certaines armées de pays du Sahel dans leur évolution face à des organisations armées locales à l’armature finalement plus solide.

Pour monter en puissance, il faut aussi bien sûr pouvoir accéder à des ressources. On peut être très organisé, mais si on ne dispose pas de recrues régulières, d’armes ou de financement, cela ne mène pas très loin. Or, un des apports du livre de Biddle est de montrer comment la mondialisation a apporté de ressources aux organisations armées alors que bien souvent elle en privait les États. Dans ses tableaux statistiques, cela se traduit par un saut de gamme moyen des organisations armées entre 1980 et 1995 rendue possible par cette conjonction. Depuis, la montée en gamme moyenne des organisations armées s’est ralentie, mais n’a jamais cessé.

La montée en gamme demande aussi un effort. Stephen Biddle insiste sur l’importance des enjeux, existentiels ou non, comme moteur de cet effort. Il cite notamment le cas de l’Alliance nationale somalienne (SNA) du général Aïdid qui change de comportement en 1993 lorsqu’elle est désignée comme ennemi à détruire par les États-Unis, et retombe dans ses divisions antérieures une fois obtenu le départ des Américains. Cela rejoint l’idée d’eustress des organisations (voir ici), avec cette précision cependant qu’au-delà un certain niveau de pression, la stimulation devient paralysie de l’infrastructure.

Pour autant, monter en gamme vers le « napoléonien » n’est pas forcément une bonne idée et peut-être refusé sciemment. Le mouvement Viêt-Cong était très structuré et motivé, mais il s’est pourtant longtemps abstenu de mener des opérations importantes face aux Américains car les moyens dont il pouvait disposer ne pouvaient l’empêcher d’être écrasé par la puissance de feu ennemie. Lorsqu’il s’y est résolu, lors de l’offensive du Têt en 1968, il a été très sévèrement battu et même brisé. Il a obtenu certes une victoire psychologique auprès de l’opinion publique américaine, mais ce n’était pas le but premier recherché. De la même façon, le mouvement serbe SVK dans les Krajina de Croatie aurait sans doute résisté plus longtemps face à l’armée croate en 1995 s’il avait adopté une posture plus fabienne. Peut-être en aurait-il été incapable, et c’est là un autre aspect, décrit par Clayton Christensen ou Philippe Silberzahn, qui n’est pas abordé par Stephen Biddle. Ce n’est pas parce qu’on a les moyens, la structure et même une menace de mort que l’on évolue. On peut aussi, à l’instar de la société Kodak, voir venir la mort, avoir les moyens de l’éviter et ne rien faire, parce que l’effort demandé est trop grand car il demande de trop changer. Dans une forme d’inertie consciente, une entreprise ou une force armée, peut voir venir le désastre et rester paralysée.

Un autre problème qui n’est pas abordé est celui de l’asymétrie des enjeux. La motivation des soldats professionnels français engagés au Sahel est réelle, celle de la nation qui les a envoyés au loin l’est beaucoup moins. Si l’État islamique dans la Grand Sahara mène une guerre absolue, la France mène contre lui une guerre limitée. L’EIGS risque son existence dans ce combat, pas la France. Forcément, l’incitation à faire prendre des risques, mais aussi à innover n’est pas la même. Les moyens du « petit » seront probablement mieux et plus utilisés que ceux du « grand » (Andrew J.R. Mack, “Why Big Nations Lose Small Wars”, World Politics, janvier 1975).

La motivation nationale peut même être tellement faible et la sensibilité aux pertes tellement forte que cela peut conduire aussi le plus fort sur le papier à adopter aussi une stratégie fabienne. C’est typiquement ce que fait la France avec l’opération Barkhane au Sahel. La guérilla française, faite de raids et de frappes aériennes, s’oppose à la guérilla djihadiste à son égard. Notons qu’il s’agit aussi d’une approche par défaut, les forces armées françaises n’ayant finalement plus les moyens d’occuper le terrain en permanence.

Stephen Biddle a voulu remplacer les catégories par un continuum mais dans les faits, il a établi une nouvelle catégorisation, les approches fabienne, napoléonienne mais aussi désormais « médiane » entre les deux ressemblent quand même beaucoup à la trilogie guérilla-hybride-conventionnel, avec un médian-hybride qui ressemble aussi beaucoup à un « système moderne » appliqué au conflit entre États contre organisations armées. Il en conclut finalement que dans la grande majorité des cas, l’entité étatique ou non qui maitrise le mieux ce champ médian l’emporte sur l’autre. C’est ce qu’expliquait déjà David Johnson dans Hard Fighting, Israel In Lebanon And Gaza (RAND Corporation, 2011) en décrivant, avant Stephen Biddle, la confrontation d’une armée israélienne qui avait perdu en partie la maitrise du Système moderne et du Hezbollah qui au contraire se l’était approprié. Il en concluait comme Biddle aujourd’hui, mais aussi Ivan Arreguin-Toft dans son analyse de 202 conflits asymétriques depuis 1800 (How the Weak Win Wars: A Theory of Asymmetric Conflict, Cambridge University Press, 2005), la nécessité pour une armée faisant face à une organisation armée moderne d’aller vers une forme médiane combinant puissance de feu, mais aussi capacité de conquête et d’occupation permanente de l’espace.

En résumé, les thèses de Stephen Biddle ne sont pas aussi nouvelles qu’il l’affirme, mais cette approche opérationnelle et tactique est particulièrement intéressante. Elle confirme qu’effectivement, selon le mot d’ordre en honneur dans les armées il faut bien se préparer à des combats de « haute-intensité », ce qu’il faut traduire par retrouver des savoir-faire perdus de gestion d’opérations complexes de grande ampleur. Il est cependant probable que ces combats continueront à avoir lieu surtout contre des organisations armées qui persisteront à être les acteurs dominants de la conflictualité moderne. À cet égard, on peut se demander, comme le fait Stephen Biddle avec l’armée américaine, si les forces armées occidentales des armées 1980, et même avec les équipements d’époque, n’étaient pas mieux adaptées à ce défi que les forces actuelles, de haute technologie mais de faible capacité de présence.

S’inspirer du nomadisme ?

S’inspirer du nomadisme ?

par le Commandant Fiona Burlot – Revue militaire générale n°56 –

Un groupe de nomades Reguibat, appelés « hommes bleus » par leur port d’un chèche bleu, passé en revue avant un départ en mission dans les années 50. Lors de déplacements qui peuvent durer plus d’un mois, ces groupes ont pour mission de s’informer des passages indépendantistes à la frontière algéro-marocaine en établissant des contacts avec les autres nomades venant de Mauritanie ou du Maroc. © Gérard BEAUVAIS/ECPAD/Défense
Saut de ligne
Saut de ligne

L’affrontement entre nomades et sédentaires apparaît comme une constante dans les conflits. Encore aujourd’hui, les adversaires (particulièrement au Sahel) auxquels se retrouve confrontée l’armée française utilisent des modes d’actions fortement inspirés par le style de vie nomade. Une réappropriation du fait nomade ne peut donc qu’être utile, à la fois pour mieux comprendre ceux que nous combattons mais aussi pour développer d’autres capacités nous permettant de mieux prendre l’ascendant. Ainsi l’étude de l’origine du combat nomade mongol, l’évocation de la nomadisation de troupes « occidentales » dans l’Histoire et ce que cette évolution leur a apporté pourraient permettre aux unités « conventionnelles » de réinvestir ce champ de la guerre.

Je vous le dis avec certitude, si vos paysans, je ne dis pas vos rois et vos seigneurs, consentaient d’aller comme les rois des Tartares et de se contenter de la même nourriture, ils pourraient s’emparer du monde entier »1. Les nomades ont de tout temps fasciné. L’empire mongol n’a-t-il pas été le plus grand empire territorial ? Ces « sauvages » venus des steppes ont réussi à s’emparer du territoire le plus vaste de l’Histoire alors que personne ne les attendait. Leur mode de vie, leur organisation, leurs ambitions doivent donc bien avoir quelques vertus pour avoir conduit à de tels succès. De plus, le conflit entre sédentaires et nomades est certainement une des raisons les plus anciennes d’affrontement. Enfin, ce mode de vie si singulier, bien que menacé, continue d’exister dans les steppes de la lointaine Asie. Cette résistance à « la dégradante obligation d’être de son temps » comme la décrivait Hannah Arendt est en soi un exploit. N’avons-nous donc pas encore aujourd’hui des leçons à apprendre de ces cavaliers-archers ? Dans un monde moderne, majoritairement sédentarisé, qui tire sa force de ses racines, le nomadisme ne semble pas être l’inspiration première y compris pour les forces armées. Il n’y a guère plus que les enceintes portables qui soient « nomades »…

Pourtant les conflits d’aujourd’hui semblent encore être un affrontement entre sédentaires, retranchés dans des camps (les FOB Forward Operating Bases) et nomades beaucoup plus mobiles. L’impact des pertes, les rapides évolutions technologiques, la difficile compréhension des enjeux de conflits lointains tout cela pousse les armées occidentales à se sédentariser davantage quand leurs adversaires eux se montrent de plus en plus mobiles. L’Histoire montre que l’avantage, malgré une supériorité technologique, n’a pas toujours été du côté des sédentaires. Il semble donc utile de se réapproprier le nomadisme à la fois pour comprendre l’adversaire mais surtout pour avoir « d’autres cordes à nos arcs » nous permettant de prendre l’ascendant.

Pour s’inspirer du nomadisme il est donc utile de rappeler l’histoire de l’empire et comment, de Temudjin à la Horde d’Or, les nomades ont conquis au XIIIe siècle un territoire s’étendant des rives orientales de la Chine et de la Russie jusqu’aux portes de Vienne. Ensuite comment par le passé, le combattant occidental a déjà réussi à adopter des modes d’action nomades. Enfin pourquoi les armées pourraient être aujourd’hui inhibées par une trop grande sédentarisation et comment elles pourraient retrouver de la capacité opérationnelle par une réappropriation de ce qui fait la force du nomadisme.

De Temudjin à la Horde d’Or

« Je veux oublier que le retour est inévitable »2.

« TCHOU !! », c’est par cette onomatopée prononcée tel un coup de fouet, que les descendants de Gengis Khan lancent encore leurs chevaux au galop dans la steppe. Cette vie nomade qui semble par définition vouée à passer, un royaume fait d’éphémère, est finalement d’une pérennité étonnante. Ce mode de vie demeure, probablement car c’est le seul qu’autorise ce territoire aussi rude. Face à l’immensité aride de la steppe la sobriété est de mise. Les yourtes continuent de constituer les paysages de la banlieue d’Oulan-Bator, par fierté sûrement, nostalgie, aussi, mais surtout car la yourte constitue l’essence de ce qui fait la force des nomades. La liberté qu’offrent la mobilité et le peu de propriété. Les assauts de la modernité ne sont donc pas encore venus à bout d’un mode de vie qui n’a pourtant rien de séduisant.

Pour en revenir à Gengis Khan, sa réalisation première, à l’origine de tous les succès qui suivront, est l’unification des tribus vers 1200. Ainsi unies, elles arrêteront de se faire la guerre entre elles pour la porter contre d’autres. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelles tribus. Celles-ci sont soumises à des conditions de vie qui produisent des hommes endurants et prédateurs. La résilience des hommes est donc une donnée d’entrée et la rusticité, leur mode de vie naturel. La préparation opérationnelle est permanente et s’effectue essentiellement par la pratique de la chasse. Bien plus qu’un sport il s’agit d’une nécessité de survie, la motivation et le sens sont donc évidents. Ensuite elle s’effectue à cheval. Tout le monde est donc à jour de ses qualifications de pilotage et maîtrise parfaitement son « véhicule ». Le tir est régulièrement pratiqué et la sanction n’est pas un « H+L »3 valorisant mais le repas du soir. Enfin, la chasse est un travail collectif qui exige d’atteindre un niveau optimum d’interopérabilité.

Après l’unification des tribus, Gengis Khan va étoffer l’organisation militaire. Elle était préexistante, mais il va la densifier et mettre en place une forte discipline. Ensuite la sélection des chefs s’effectue au mérite.

L’origine ethnique ou sociale importe peu à Gengis Khan, seule la valeur humaine compte. Ce système de promotion a plusieurs vertus. La première est que les chefs issus de la troupe sont particulièrement fidèles. Ils savent à qui ils doivent leur ascension. Ensuite la performance étant l’élément clé pour gravir les échelons, Gengis Khan est donc assuré de s’entourer des meilleurs. Enfin cela participe à casser l’organisation tribale et à créer la cohésion de l’ensemble. Cette justice dans l’organisation est renforcée par l’exemplarité des chefs. La « ration de combat » est la même pour tous, tout comme les conditions de vie. La légitimité est donc totale.

Qu’en est-il maintenant de la tactique adoptée pendant les combats ? L’image qui reste de ces hordes nomades est souvent celle de sauvages détruisant tout sur leur passage. Telles les sauterelles des dix plaies d’Égypte4, leur légende, pas toujours usurpée, figure des essaims d’hommes-chevaux, arrivant aussi vite qu’ils repartent, pour ne laisser que désolation derrière eux. La réalité est sensiblement différente. Les Mongols avaient en effet une véritable stratégie, qui se confondait chez eux avec la tactique et qui était particulièrement aboutie. L’objectif général étant le même : assurer la survie des tribus réunies en s’emparant de territoires leur permettant de vivre.

La préparation

Toute opération est préparée ; par du renseignement, des reconnaissances et une campagne d’information voire des opérations psychologiques. Tout territoire vers lequel les troupes souhaitent se porter est reconnu afin d’en identifier les voies de circulation et les possibilités de ravitaillement. Le renseignement a pour but de comprendre l’état d’esprit des peuples qu’il est prévu de soumettre ainsi que leur organisation. Enfin les campagnes d’information permettent de diffuser la terreur qui fait déjà la réputation des hordes mongoles mais pas uniquement. En fonction de l’adversaire et du but recherché il est parfois jugé plus utile au contraire de rappeler par exemple la grande tolérance religieuse du futur envahisseur. Cela témoigne déjà de l’adaptabilité de Gengis Khan qui ne se contente pas d’une tactique prédéfinie mais cherche à mener les opérations qui seront les plus efficaces au moindre coût.

La formation de bataille

Le mouvement et le feu5 sont les caractéristiques majeures du combat. Chaque combattant y contribue, la distinction se fait donc entre cavalerie lourde et cavalerie légère. La première est à l’avant du dispositif sur deux rangs avec des espaces entre chaque cavalier. Les chevaux sont caparaçonnés6, les soldats cuirassés et armés de lances (urga) avec un crochet. La seconde est à l’arrière sur trois rangs. Les soldats cette fois armés de deux arcs pour des tirs longues distances ou plus rapprochés. Le combat débute par des tirs à longues distances de la cavalerie légère pour commencer à user l’adversaire. Une fois celui-ci affaibli, la cavalerie lourde s’élance pour provoquer le choc et désarçonner. Le contact établi, la cavalerie légère s’infiltre dans les espaces laissés par la cavalerie lourde pour poursuivre l’attrition par des tirs cette fois plus rapprochés. L’objectif étant malgré tout d’éviter le contact ou au pire de le limiter7 ce qui a le don de frustrer l’adversaire sédentaire qui n’a pas l’habitude de combattre à distance et cherche au contraire le contact pour pouvoir utiliser l’épée. Enfin les ordres sont donnés par drapeaux le jour et lanternes la nuit, en silence, ce qui augmente encore la vitesse d’exécution de la manoeuvre des cavaliers-archers.

Les modes d’action

Tout d’abord les modes d’action sont liés à la culture stratégique des Mongols marquée par le fait géographique de la steppe. La dispersion et la déconstruction de l’armée adverse seront privilégiées. Ce morcellement de l’ennemi a cet avantage majeur qu’il permet de renverser un rapport de force souvent originellement défavorable. Le maître mot est l’usure. Elle est rendue possible car les nomades ne se soucient pas de temps8. Ils n’ont pas de délais à respecter. Le chamanisme imprègne leur relation au temps. Tout dans la steppe n’est qu’éternel recommencement. Ainsi en va-t-il de leurs campagnes qu’ils peuvent interrompre plusieurs mois avant de revenir à l’attaque. De plus, les familles suivent. Ils ne sont donc jamais déracinés et partout chez eux. Armés pour user. Cette tactique est d’autant plus efficace que l’ennemi, lui, n’a pas cette souplesse. Pour atteindre cet objectif ils mènent des attaques successives foudroyantes entrecoupées de retraits en ciblant les parties adverses identifiées comme les plus faibles. Ils vont ensuite feindre la retraite pour attirer l’ennemi dans des embuscades ou réellement retraiter pour se réorganiser et contraindre l’adversaire à une poursuite susceptible de le couper de ses ravitaillements. Enfin, l’ennemi acculé, ils ménagent une échappatoire pour mieux le massacrer pendant sa fuite. Ils surprennent toujours l’ennemi car ils s’adaptent aux circonstances et n’ont pas le même rapport au temps et à la logistique.

Le retour d’expérience

Bien que réputés pour, au mieux, asservir ou, au pire, détruire les vaincus, les Mongols se sont montrés plus fins que cela. Cette subtilité vient du fait que, après l’unification des tribus, tout était à reconstruire. Gengis Khan a donc fait preuve d’une ouverture totale. L’absence de préjugés lui a permis de s’approprier les techniques de ses adversaires. Les peuples conquis n’étaient pas déconsidérés et leurs qualités ou capacités étaient reconnues avec lucidité. L’apprentissage des compétences des peuples conquis a permis aux hordes de développer leur art de la guerre. L’exemple le plus évident est l’intégration des ingénieurs chinois et plus particulièrement de leurs connaissances en matière de poliorcétique9, domaine totalement inconnu des nomades. Les Mongols, aussi inattendu que cela puisse paraître, ont fini non seulement par maîtriser l’art du siège mais également par le perfectionner. Ils l’ont notamment mis en oeuvre avec succès lors de la campagne du Khorezm10. Ils utilisent également les troupes étrangères comme supplétifs en confiant l’infanterie aux Chinois et la garde de garnisons aux Perses.

La logistique

Enfin il est bien évidemment impossible de faire l’impasse sur la logistique nomade. Leurs besoins limités pourraient amener à penser qu’elle est négligeable. En réalité, si leur empreinte logistique est faible, l’organisation est, elle, bien existante quoique peu visible car particulièrement efficace. Ils peuvent déjà se projeter loin et longtemps en pouvant effectuer plus de 100 kilomètres par jour. Cela est possible car chaque combattant dispose de trois à cinq chevaux de remonte. Il peut ainsi changer de monture soit qu’elle ait besoin de repos soit qu’elle soit blessée. Pour le ravitaillement, ils utilisent ce qu’ils trouvent sur le chemin. Malgré tout, « des siècles avant que l’Amérique n’invente son légendaire Pony Express, Gengis a conçu un vaste système de relais à cheval »11. D’un point de vue culinaire, là encore, la frugalité est de mise. Cet échange entre le gastronome Jean Anthelme Brillat-Savarin et un capitaine de Croates en est une parfaite illustration : « Mein Gott, me disait, en 1815, un capitaine de Croates à qui je donnais à dîner, il ne faut pas tant d’apprêts pour faire bonne chère. Quand nous sommes en campagne et que nous avons faim, nous abattons la première bête qui nous tombe sous la main ; nous en coupons un morceau bien charnu, nous le saupoudrons de sel, […] nous le mettons sous la selle, […] nous donnons un temps de galop, et […] nous nous régalons »12. Enfin le moral de la troupe est assuré par la présence permanente des familles qui suivent les combattants et les rattrapent pour s’installer avec eux à chaque temps de pause. Ils ne sont donc jamais totalement dépaysés et cette force morale est capitale pour le combat.

Qu’en est-t-il des nomades mongols aujourd’hui ? Le maintien du nomadisme comme mode de vie relève d’un équilibre précaire13. La modernité a vite fait de sédentariser. Pourtant, attachés à leurs traditions et vivant dans un milieu peu propice à un urbanisme « débridé », les Mongols ont jusqu’à présent réussi à tirer le meilleur parti des avancées technologiques pour maintenir leur culture et surtout donner envie aux jeunes générations de la perpétuer. Ainsi, si les troupeaux de chevaux galopent toujours dans la steppe, leurs gardiens alternent la monte à cheval avec celle de leurs motos chinoises (motos sur lesquelles on retrouve nos adversaires au Sahel). Des panneaux solaires et des éoliennes individuelles alimentent les yourtes. Ainsi le nomadisme se perpétue sans s’isoler mais le faire perdurer reste un défi quotidien.

Pour résumer « tous les maîtres mots attribués généralement à la Grande Armée, qui incarne aujourd’hui la quintessence de la révolution militaire, sont déjà présents dans l’armée gengiskhanide : mobilité, flexibilité, articulation, capacité de déplacement, adaptabilité, rôle central du feu, masse, qualité des voies de communication, de la préparation, du renseignement et de l’espionnage »14. Huit siècles après ces conquêtes fulgurantes on peut dire que l’esprit guerrier chez les Mongols a été préservé de la façon la plus traditionnelle qu’il soit. Le témoignage le plus évident : les trois sports nationaux en Mongolie qui demeurent la lutte, le tir à l’arc et la course à cheval. Trois disciplines emblématiques du combat nomade.

« Les hommes sont surtout fascinés par ce qui est le plus éloigné d’eux »15

« S’il faut lutter contre des nomades, alors utilisons les moyens des nomades et les nomades eux-mêmes »16.

On a pu observer chez certains Occidentaux ce que l’on pourrait décrire comme une « orientalisation » des combattants. Ces hommes sont « tombés amoureux » de la terre sur laquelle ils combattent mais aussi de la culture des hommes qui l’habitent. Pourtant ce processus est postérieur à un autre qui est la recherche d’efficacité. Leur intelligence de situation ou leur bon sens leur a permis de comprendre que la victoire ne serait possible qu’en s’appropriant les techniques des adversaires, souvent nomades. Ainsi des modes d’actions nomades ont déjà été adoptés par des Occidentaux que ce soit pour s’adapter au terrain, à l’adversaire ou au deux.

Tout d’abord, en France, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle le « Groupe alpin », « GTIA nomade » avant l’heure, est mis sur pied. L’objectif est de protéger la frontière avec l’Italie face à une montée en gamme des « Alpini » transalpins. Il ne s’agissait donc pas de conquérir un territoire ni de soumettre un adversaire, mais bien de défendre et d’adopter le dispositif le plus cohérent dans un terrain naturellement cloisonnant et donc nécessitant une grande autonomie. Un bataillon de chasseurs alpins avec sa batterie d’artillerie de montagne, sa section de sapeurs, ses signaleurs, un fort échelon muletier et son escouade franche d’éclaireurs à pied partait en autonomie pour surveiller un secteur de la frontière franco-italienne ou cartographier des zones encore peu connues. Les hommes allaient donc nomadiser loin de leur caserne, de mai à septembre, dormant alternativement dehors ou chez l’habitant et utilisant les populations comme guides. Cette formation a été largement inspirée par l’expérience acquise par le 12e bataillon de chasseurs à pied en Algérie. Ce bataillon y effectuera deux campagnes majeures entre 1864-1868 et 1875-1879. C’est notamment à compter du 1er janvier 1866, quand le bataillon rejoindra la colonne du colonel de Sonis, qu’il va développer ses « savoir-faire nomades »17. Ayant déjà une bonne connaissance de l’Algérie, le bataillon va pourtant vivre son expédition la plus pénible mais également la plus riche d’enseignements à compter du 15 avril 186618. En effet, le colonel de Sonis (fin connaisseur du terrain et des populations, amies comme ennemies) avait pour objectif de s’emparer de Si-Laâla. Pour cela il va lancer un « raid » qui va durer 45 jours avec une organisation inédite. Il va scinder sa colonne en deux, une légère à dominante cavalerie, avec des chameaux comme monture. Une seconde, « d’allègement », à dominante infanterie dans laquelle les bêtes portent les charges plutôt que les hommes. Cette adaptation permettra à la colonne légère d’atteindre son objectif en moitié moins de temps que prévu et ainsi surprendre son adversaire. L’utilisation de bêtes adaptées au terrain, l’adoption d’une organisation ad hoc permettant de mieux de remplir la mission, autant d’enseignements que le 12e bataillon ramènera dans les Alpes. Cette structure pragmatique fera également merveille au Maroc où Lyautey avait demandé des groupes alpins en renfort, groupes dont le style opérationnel inspirera son texte sur l’esprit chasseur19.

Autre continent et, cette fois, objectif de domination. Le général George Crook, artisan de la conquête de l’Ouest américain face aux Indiens a rapidement saisi l’intérêt de comprendre son adversaire, d’adopter une partie de ses modes d’action et d’intégrer certains de ses membres à ses unités via la création de sections mixtes. Il n’a pu vaincre les Apaches en 1871 que par la connaissance intime qu’il avait d’eux et par l’intégration d’Apaches dans ses unités de reconnaissance. Ce procédé s’apparente à l’utilisation faite par les Mongols des combattants chinois et perses dans l’objectif permanent d’utiliser les savoir-faire des adversaires pour combler ses propres lacunes. Le général William Sherman dira d’ailleurs du général Crook que c’était le meilleur de tous les combattants indiens. Comme les nomades mongols, sa logistique était supérieure à celle des autres unités bien qu’utilisant les mêmes moyens. Il était notamment très attentif aux soins portés aux mules dont il chargeait ses meilleurs hommes. Ensuite elles n’étaient équipées qu’avec le matériel le plus performant. Enfin, il s’investissait directement dans le plan de chargement de façon scientifique. Tout cela lui permettait de faire porter aux bêtes le double de poids de ce qui était habituellement prescrit. Finalement, là où ses prédécesseurs avaient échoué, il a réussi à pacifier l’Arizona et à faire rentrer les Apaches dans les réserves.

Pour les Français, celui qui a certainement le plus exploité la « nomadisation » est le commandant, futur général, Laperrine dans le Sahara. En 1891, il demande à rejoindre l’Afrique du Nord alors qu’il est capitaine de cavalerie au 2e régiment de dragons. Après quelques années sur place et par souci d’efficacité, il demandera à créer les compagnies méharistes sahariennes en 1897. Il s’agissait d’un outil qui était, d’après lui, le plus adapté pour remplir la mission. Cette création ne s’est pas faite sans résistance de l’administration et des autorités militaires qui voyaient d’un mauvais oeil cette sortie de la norme. Il a pourtant réussi et a recruté des nomades avec leur monture qu’il a placés sous les ordres de Français. Ces unités étaient caractérisées par leur légèreté, leur souplesse et leur peu de besoins. Les hommes étaient accoutumés aux rudesses du pays et en connaissaient les embûches. Enfin ils étaient toujours prêts et pouvaient se déplacer sans convoi. La première et plus déterminante preuve de leur efficacité fût le combat de Tit du 7 mai 1902 durant lequel le goum du lieutenant Cottenest mit en déroute un « rezzou » de 300 Touaregs. Bien que préexistantes, les cinq premières compagnies sahariennes sont officiellement créées le 30 mars 1902. Elles sont autonomes, composées d’environ 70 méharis et d’un encadrement mixte (Français et locaux). Bien qu’évoluant, le recours à ces unités nomades durera une soixantaine d’années. D’autres compagnies seront créées plus tard pour devenir les Compagnies Sahariennes Portées de la Légion étrangère (CSPL). Le général Laperrine sera rappelé au Sahara en 1917 par le général Lyautey afin de rétablir une situation qui ne cesse de se dégrader. Il sera à ce titre nommé commandant supérieur temporaire des Territoires Sahariens. Il réorganise donc de nouveau les unités et leur redonne confiance. Les nomades des compagnies sahariennes, qui avaient fini par se sédentariser20, s’étaient repliés derrière les murs des bordjs21 où ils attendaient les attaques des bandes rebelles. Ils quittent donc leurs abris et reprennent leur nomadisation sans pour autant s’affranchir des capacités que leur offrent les nouvelles technologies comme la radio pour les liaisons ou l’aviation pour éclairer et appuyer les troupes au sol. En six mois la sécurité est rétablie et les postes perdus ont tous été repris. Cet enseignement sera perpétué avec la création des groupements nomades autonomes à Djibouti, mis en oeuvre à compter de 1967 et officiellement reconnus en 1970.

En réalité la capacité à s’adapter au terrain et à l’adversaire va au-delà de la nomadisation. Ce qui ressort de l’histoire est qu’il est important de comprendre son ennemi et de lui opposer des modes d’action capables de briser son élan. Cela passe souvent par une appropriation des techniques de notre adversaire. C’est ce qu’a réussi à faire celui que le général de Lattre de Tassigny décrivait comme : « Le meilleur soldat d’Indochine », l’adjudant-chef Roger Vandenberghe, à l’origine de la création de commandos avec des soldats Viet-minh retournés en adoptant tous leurs codes, de la tenue aux modes d’action. Chef du commando 24 aussi connu sous le nom du commando des Tigres noirs, il avait confié à un de ses adjoints, le sergent Tran Dinh Vy, la rédaction d’un document reprenant les principes qu’ils appliquaient pendant les combats. Cette description correspond, pour beaucoup de ses points, à la tactique des nomades. Ainsi, dans le paragraphe méthode, il est écrit qu’il faut « manoeuvrer l’ennemi par des faux mouvements […]. Simuler des replis fictifs suivis de contre-attaques foudroyantes. Si l’ennemi est trop nombreux, ne pas l’attaquer inutilement ; se dissimuler ou se replier en se gardant »22. Il est également précisé qu’il convient d’utiliser les « méthodes habituelles de l’ennemi en y ajoutant le fruit de l’expérience acquise »23.

Finalement la synthèse idéale consiste à réussir à utiliser les avantages apportés par la technologie sans se reposer entièrement sur eux et surtout sans perdre sa mobilité et donc sa liberté d’action. Cela est possible et a déjà été fait : Turenne en 1675 lors de la bataille de Turckheim, von Manstein en 1943 lors de la troisième bataille de Kharkov. L’incarnation parfaite de cette synthèse étant probablement la Grande Armée de Napoléon. Ils disposaient de moyens que seuls les sédentaires peuvent s’offrir et ils ont su les utiliser sans se laisser fixer par le poids que ces nouvelles technologies pouvaient représenter.

La nomadisation de troupes occidentales n’est donc pas une donnée nouvelle et surtout, elle a fait ses preuves. Le plus étonnant est que les forces armées semblent osciller perpétuellement entre nomadisation et sédentarisation avec un tempo accusant un léger retard par rapport aux types de conflits auxquels elles font face. Le retranchement des troupes dans des camps au détriment de la patrouille longue durée a déjà montré ses écueils. Quant au nomadisme, tout ceux qui s’en sont inspirés ont connu des succès.

« Escadron blanc, déjà largué comme un vaisseau… »24

« Les deux guerriers les plus puissants sont la patience et le temps. N’oublie pas que les grandes réalisations prennent du temps et qu’il n’y a pas de succès du jour au lendemain »25.

Les armées occidentales et leurs alliés sahéliens font aujourd’hui face à un combat qui s’apparente, de nouveau, à un combat de sédentaires contre nomades. Nous pourrions penser le contraire dans la mesure où les forces se déploient loin de leur pays, sur le territoire de leur adversaire. Pourtant, une fois sur place, les troupes ont tendance à s’enfermer dans des camps. Cette tendance est évidemment justifiée par un besoin de protection, de soutien logistique et de remise en condition des hommes. Elle peut toutefois avoir des effets pervers et fixer les forces. Comment donc aujourd’hui se réapproprier le nomadisme pour redonner de la liberté d’action et de l’efficacité.

Au Sahel, les troupes gouvernementales, plutôt sédentaires par nature, sont traditionnellement opposées aux communautés nomades (Touaregs, Toubous, Goranes, etc.) et font en effet face à un adversaire nomade. La meilleure option reste encore d’en rallier une partie en jouant sur les oppositions internes des groupes mais ce ralliement n’est pas toujours possible. Les forces de l’opération Barkhane, du G5 Sahel et de la MINUSMA doivent donc aussi parfois affronter des pasteurs, les Peuls. La situation de ces éleveurs nomades s’est considérablement dégradée du fait de l’augmentation des sécheresses et de politiques économiques défavorables. Pour faire entendre leurs revendications ils ont donc commencé à pratiquer la « transhumance armée »26. Majoritairement musulmans, ils forment un terreau de recrutement pour les mouvements djihadistes de la région (principalement la katiba Macina ; hier le Mujao27). Le vieil affrontement entre nomades et sédentaires n’a donc jamais disparu. Quel est donc l’ennemi auquel nous faisons face et quels sont ses modes d’action ? Il est extrêmement mobile, projetant ses pick-up et ses motos comme une « cosaquerie motorisée »28. Il est autonome, se ravitaillant auprès de véhicules nourrices. Il cherche l’usure de l’adversaire et n’hésite pas à retraiter si le rapport de force lui est trop défavorable pour attaquer de nouveau à un autre moment ou un autre lieu qui lui sera plus favorable. Et surtout, il a le temps devant lui. Le cheval du nomade s’est donc motorisé : « la moto chinoise, reine des batailles ». Les combattants développent des savoir-faire de cascadeurs et cette cosaquerie est la plus simple possible combinant l’essentiel : la moto chinoise, la kalachnikov et le téléphone portable. « Les stratégies guerrières s’inventent aujourd’hui dans le Sahel. Toute la logistique de Boko Haram repose sur des pelotons de motos. Ces deux roues sont au service de “coups de main”, mais permettent aussi de concentrer rapidement des centaines de combattants, de pratiquer l’encerclement de village et de favoriser une rapide dispersion »29. Notre ennemi d’aujourd’hui combat donc d’une façon extrêmement proche de celle des nomades mongols. Face à cela, les forces armées locales réinvestissent aussi le nomadisme en recréant des unités méharistes. Ainsi, la garde nationale mauritanienne patrouille à dos de chameaux30. Sa filiation est ancienne puisqu’elle est née en 1911. Elle revient donc aux origines de sa création. D’ailleurs, elle recrute principalement parmi les nomades de l’est du pays et l’aristocratie guerrière du Hodh Ech Chargi. Cette unité n’a rien de folklorique et l’Union européenne a investi 300 000 euros pour financer l’achat de chameaux et de leurs équipements. L’ennemi comme les troupes gouvernementales reviennent donc aux bases du nomadisme car c’est la manière d’opérer la plus efficace dans un milieu semi-désertique ou désertique.

S’adapter à cette façon de combattre, pour des Occidentaux, ne semble pas impossible. En 2006, en Irak, le colonel Gronski, au moment de quitter Ramadi, établissait le constat qu’il faudrait au moins trois brigades pour contrôler la ville31. Or il n’était pas question de les y déployer. La solution est venue de l’intégration de soldats locaux. Le mouvement du réveil (Sahwa) composé de membres de tribus sunnites est venu « gonfler les effectifs ». Cette présence massive a permis aux Américains de quitter les bases à l’extérieur de la ville dans lesquelles ils s’étaient installés pour créer des postes de combat mixtes et réinvestir le centre-ville. Il n’aura fallu que huit mois après le départ du colonel Gronski et en appliquant cette tactique pour reprendre entièrement le contrôle de la ville. Conscient de l’efficacité de l’implication des locaux, le général Petraeus a étendu ce mode d’action à l’ensemble du théâtre d’opération. Les vertus sont nombreuses et avaient déjà été identifiées par les nomades : utilisation des connaissances terrain des populations locales ; recruter localement permet éventuellement d’avoir des ennemis en moins ; enfin cela permet de quitter les bases et donc un fonctionnement sédentaire pour retrouver de la mobilité32.

D’autres exemples, cette fois français, montrent qu’il existe une curiosité voire un intérêt pour le nomadisme dans les forces armées même si le procédé n’est pas totalement exploité. En 2014 en République centrafricaine, le groupement tactique interarmes Scorpion (5e RIAOM33) a mené des patrouilles nomades. Il s’agissait de patrouiller plusieurs jours, sur une longue distance en autonomie (vivres, eau, munitions, carburants). Avec pour objectif de mailler le territoire pour garantir la libre circulation des personnes, recueillir du renseignement et rassurer la population. Cette nomadisation a également permis de rencontrer de nombreux responsables locaux ce qui a contribué sans aucun doute à une meilleure compréhension de l’environnement et à renforcer la légitimité de la force. Plus récemment, en février 2020, c’est le groupement tactique désert (GTD) Altor, armé majoritairement par des légionnaires du 2e régiment étranger de parachutistes qui a nomadisé pendant un mois dans le Liptako, en autonomie, au côté des forces armées nigériennes. Afin d’être le plus agile possible, les ravitaillements se sont effectués par livraisons par air (LPA) à partir d’un A400M. Cette opération a permis d’inverser le paradigme entre nomades et sédentaires car, un groupement composé de forces sédentaires mais ayant adopté des modes d’action nomades a réussi à démanteler des plots logistiques fixes de forces, elles, nomades.

De façon plus précise que pourrions-nous aujourd’hui gagner à davantage nous « nomadiser » ? :

Unités mixtes

À l’image des compagnies méharistes, la création d’unités mixtes est une bonne solution pour redonner de la souplesse aux forces et les aider à s’adapter plus facilement à l’environnement dans lequel elles évoluent. Tout d’abord cela permet de préserver des effectifs en recourant aux forces locales. Ces forces permettent également de s’adapter plus rapidement. En effet elles connaissent le milieu, les populations, la géographie, etc. Le temps que les troupes occidentales passent à essayer de comprendre l’environnement dans lequel elles évoluent (sans jamais totalement y parvenir) est ainsi économisé et donne une plus grande réactivité. Aujourd’hui, cette structure permet également de redonner confiance aux troupes locales qui, si elles connaissent très bien le terrain, souffrent des mêmes maux que les armées occidentales car elles se sont sédentarisées.

S’affranchir du temps

Ensuite, les nomades n’étaient pas contraints par le temps. Les troupes occidentales le sont beaucoup plus. Tout d’abord car il existe une réelle pression du politique qui attend des résultats rapides. Aujourd’hui, pourtant, les opérations se mènent sur des années, temps nécessaire pour user un adversaire qui se reconstruira s’il n’est pas progressivement détruit. Il n’est en effet pas possible de détruire massivement un adversaire nomade, l’attrition ne peut être que progressive par du harcèlement. L’action militaire n’est d’ailleurs qu’un préalable à une action plus globale dont seul le politique détient la clé. La durée des mandats contraint également l’action. La plupart des unités se déploient pendant quatre mois. Ce tempo garantit une présence suffisamment longue en métropole pour des formations, une préparation opérationnelle de qualité et pour remplir des missions sur le territoire national. Toutefois, quand on compare avec le temps passé dans le désert par les unités au début du XXe siècle, il est légitime de s’interroger sur l’efficacité produite par des mandats si brefs.

Alléger la logistique

Enfin, d’un point de vue logistique, toutes les unités rêveraient de l’autonomie dont disposaient les nomades. Sans en arriver à une telle légèreté, rendue aujourd’hui impossible par le poids technologique du matériel utilisé, il doit être possible de réduire l’empreinte logistique. Certaines pistes sont déjà explorées et semblent être prometteuses comme l’utilisation d’impression en 3D de pièces détachées. Mais c’est surtout le poids de la logistique qu’il convient d’essayer d’alléger pour ne pas qu’elle devienne un facteur limitant la mobilité des forces. Une des solutions, probablement la plus radicale, consiste à supprimer le ravitaillement par la route en utilisant à la place la LPA. Il s’agit de la solution mise en oeuvre pour le GTD Altor. Cette option supprime les contraintes de protection des convois logistiques (particulièrement vulnérables) et permet de s’affranchir des délais imposés par le terrain.

Toutefois, ce système présente quelques inconvénients, le principal étant que le volume d’une LPA par A400M est important et donc alourdi et fixe ponctuellement la force (le GTD Altor a reçu 40 tonnes de vivres, eau, carburants et munitions en deux largages).

L’idée serait donc de conserver l’absence d’empreinte au sol sans s’alourdir ponctuellement. Et c’est là qu’intervient l’hélicoptère de transport lourd. Si la France n’en dispose pas, les Britanniques déploient des CH47 Chinook dans le cadre de l’opération Barkhane et une coopération avec l’Allemagne, qui dispose de CH53 Stallion, est envisagée par l’armée de l’Air. L’intérêt de l’hélicoptère est qu’il peut suivre le rythme de la manœuvre en livrant la logistique juste nécessaire au moment où la troupe engagée en a besoin et ce, autant de fois que nécessaire. Le concept pourrait être celui de « l’oasis volante ». En effet, la steppe, le désert, ont ceci de commun que les hommes qui y évoluent sont condamnés à chercher perpétuellement des puits pour leur survie. Puits, camps, plots logistiques fixes, autant de points de passage obligés où les troupes sont vulnérables car un adversaire peut les y attendre. La livraison par hélicoptère permet donc de conserver l’effet de surprise.

Enfin, la doctrine logistique française prévoit la mise en place de plots logistiques ou de groupements de soutien divisionnaire temporaires. La mission de ces deux structures consiste à fournir, ponctuellement, et dans le cadre d’une mission spécifique, des ressources dont l’approvisionnement via les groupements existants ne permet pas à la mission en cours de s’exécuter dans de bonnes conditions (souvent à cause d’élongations trop importantes). Mais cela reste des organisations avec une empreinte au sol lourde et qui sont prévues pour soutenir de grosses unités. Il faudrait donc réussir à retrouver un peu « d’esprit VLRA » (véhicule léger de reconnaissance et d’appui). Bête de somme mécanique, de conception simple, il était facilement réparable. Il disposait d’une autonomie d’environ 1 200 kilomètres, d’un réservoir d’eau de 200 litres et pouvait transporter entre 1 500 et 2 500 kilogrammes de charge utile. « L’esprit VLRA » c’est un soutien léger et adapté aux exigences d’une manoeuvre très mobile. Dans le même esprit l’armée sud-africaine, à la fin des années soixante, a cherché à se doter d’un véhicule logistique répondant à leur concept tactique d’attaques dans la profondeur dans le cadre du conflit avec l’Angola. Une version logistique du véhicule d’infanterie Ratel fut donc développée. Ce véhicule, protégé, disposait d’un bras de manipulation pour manœuvrer six conteneurs (de munitions, de vivres frais, etc.). Il avait également un groupe électrogène, trois roues de rechanges, 2 000 litres de carburant soit pour s’auto-ravitailler soit pour ravitailler jusqu’à deux véhicules simultanément, un réfrigérateur, un congélateur avec 500 litres d’eau fraîche et la possibilité de mettre en œuvre une douche chaude. Enfin, il pouvait parcourir jusqu’à 700 kilomètres sur route ou rouler jusqu’à 14 heures en terrain accidenté. Trop onéreux, seuls deux prototypes furent développés34. Pour autant, l’idée reste intéressante car elle combine la rusticité et la polyvalence du VLRA tout en étant protégé. Il s’agit souvent du dilemme qu’il est difficile de trancher, légèreté ou protection.

Aujourd’hui les forces armées occidentales recommencent à peine à nomadiser et n’ont pas encore totalement réinvesti le sujet. Pourtant, les premiers exemples (patrouilles nomades en RCA, GTD Altor au Niger) sont particulièrement efficaces. Ces succès initiaux devraient donc naturellement nous inciter à nous « renomadiser ».

Les campagnes des nomades mongols ont été particulièrement impressionnantes et riches d’enseignements. Évidemment tout n’est pas à imiter et ne s’applique pas nécessairement aux besoins et aux possibilités des forces aujourd’hui. En revanche, il s’agit bien d’une source d’inspiration. Des initiatives comme le partenariat militaire opérationnel, montrent bien que le nomadisme est un savoir-faire à réapprendre et à mettre en oeuvre. Aujourd’hui ce sont essentiellement des unités particulières qui utilisent des modes d’action nomades. Or il est important que les troupes classiques réinvestissent ce champ du combat. Finalement le nomadisme fait la synthèse des huit facteurs de supériorité opérationnelle décrits dans le document de prospective Action Terrestre Future. On retrouve en effet dans les procédés nomades la masse, l’agilité, l’endurance, la force morale, la performance du commandement, la compréhension, la coopération et l’influence.

Au-delà, inspirer signifie initialement animer d’un souffle divin. Il est important de le rappeler car il est impossible de parler de nomadisme sans évoquer la dimension philosophique constitutive de ce mode de vie. Il s’agit, plus que de simples procédés, d’une mystique, d’une conception de la vie. Rien de romantique à cela quand on sait les rigueurs imposées par cette vie. Cela n’est pas un hasard si beaucoup de chefs à avoir mis en oeuvre des procédés nomades (l’adjudant-chef Vandenberghe, le général Laperrine, le général Crook, Lawrence d’Arabie, le maréchal Lyautey, etc.) ont aussi été fascinés par la terre, les hommes et la culture.

Il y aura toujours quelque chose qui nous échappera chez ces hommes et qui nous attirera. Pourtant notre société s’en est fortement éloignée. « Le nomadisme est une vigueur qui produit une force combattante et impulsive à même de faire naître l’État. Mais lorsque commence, dans le groupe initialement nomade, l’emprise de la jouissance provoquée par l’urbanité et l’usage de la luxure, cet État, et par la suite toute la nation, perd ses moyens de défense »35. La question n’est-elle finalement peut-être pas : doit-on s’inspirer du nomadisme mais le peut-on ? Existe-t-il encore dans nos rangs des « capitaine Laperrine » ?

« L’appel du désert, pour les penseurs de la ville, a toujours été irrésistible : je ne crois pas qu’ils y trouvent Dieu, mais qu’ils entendent plus distinctement dans la solitude le verbe vivant qu’ils y apportent avec eux »36.

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1 Guillaume de Ruysbroeck, franciscain envoyé du roi Louis IX auprès des Mongols, XIIIe siècle.

2 « Je veux oublier que le retour est inévitable. Je suis même sans désir de retour. Je souhaiterais que le voyage pût se prolonger toute la vie ; rien ne m’attire en Occident où je sais bien que je me sentirai seule parmi mes contemporains, dont les préoccupations me sont devenues étrangères ». Ella MAILLART : Oasis interdites, Payot, p. 100.

3 Il s’agit d’une expression commune utilisée dans le monde militaire pour caractériser la précision d’un tir. En effet pour être efficace un tir doit être groupé et donc avoir une hauteur et une largeur (H+L) sur cible la plus faible possible.

4 Ancien Testament Exode10.1-20 « Si tu refuses de laisser partir mon peuple, je ferai venir demain des sauterelles sur tout ton territoire. Elles recouvriront la surface du sol si bien que l’on ne pourra plus le voir. Elles dévoreront tout ce qui n’a pas encore été touché, ce que la grêle vous a laissé ; elles dévoreront tous les arbres qui poussent dans vos campagnes ».

5 L’expression « feu » est ici utilisée en référence aux armes de jet ou armes indirectes en opposition au choc.

6 Les chevaux, comme les hommes, sont protégés par du cuir et de la soie. Le cuir permettant de limiter la pénétration des armes et la soie servant, elle, en cas de pénétration à pouvoir retirer la flèche en limitant le risque d’infection.

7 « Mais il faut savoir que, s’ils peuvent l’éviter, les Tatars n’aiment pas combattre au corps à corps et préfèrent blesser ou tuer les chevaux et les hommes avec leurs flèches ; ils n’en viennent au combat rapproché qu’après avoir affaibli les hommes et les chevaux avec des flèches ». Jean du Plan Carpin, moine franciscain italien envoyé comme ambassadeur extraordinaire par le pape Innocent IV et qui séjourna à Karakoroum, la capitale de l’empire, en 1246. InGérard CHALIAND : Les Empires nomades de la Mongolie au Danube, Perrin, pp. 132-133.

8 Au moins au niveau stratégique.

9 Art de conduire un siège.

10 « Mobilité, surprise, capacité de concentration au terme d’une manoeuvre sur longue distance, la campagne du Khorezm est un modèle du genre ». Gérard CHALIAND : Les Empires nomades de la Mongolie au Danube, Perrin, p. 126. Cette campagne a eu lieu entre 1219 et 1221 et marque le début de l’invasion des pays musulmans par les Mongols. Le point de départ étant le Khorezm, territoire situé au sud de la mer d’Aral.

11 Arnaud BLIN : Les Grands capitaines d’Alexandre le Grand à Giàp, Perrin, p. 164.

12 BRILLAT-SAVARIN : La physiologie du goût, Flammarion, « Champs ».

13 « L’argent avait été bien plus efficace que soixante-dix années de communisme pour détruire leurs traditions. Les interdire les avait au moins poussés à les cacher, les protéger, les préserver. La possibilité de les vendre les avait conduits à les trahir ». Corine SOMBRUN : Les esprits de la steppe, Pocket, p. 332.

14 Arnaud BLIN, op.cit., p. 164.

15 Stefan ZWEIG, Clarissa.

16 Marie Joseph François Henri LAPERINNE-d’HAUTPOUL.

17 Charles LAVAUZELLE et Cie, Historique du 12e Bataillon de Chasseurs, Éditeurs militaires, p. 13 à 18.

18 « Dures nécessités de la guerre dans les mers de sable encore inconnues, à la poursuite d’un ennemi qui trouve le salut dans la fuite éperdue à travers une région entièrement déshéritée et que seul il connaît ». Charles Lavauzelle et Cie, op. cit., p. 31.

19 « L’esprit chasseur ? […] C’est la rapidité dans l’exécution de gens qui pigent et qui galopent ». Maréchal LYAUTEY, Lettre du 3 mai 1931, Château de Thorey.

20 Le contexte n’est pas étranger à cette sédentarisation. En effet, en pleine Première Guerre mondiale, les effectifs se réduisent et les soldats les plus expérimentés sont envoyés combattre sur le continent européen.

21 Citadelle militaire ottomane.

22 Charles-Henry de PIREY : Vandenberghe le commando des tigres noirs, Indo Éditions, p. 67.

23 Ibid.

24 « …aucune voix n’en parvenait plus à la terre ». Joseph PEYRÉ : L’escadron blanc, Grasset.

25 Léon TOLSTOÏ, Guerre et paix.

26 En Centrafrique, les pasteurs peuls ont mis sur pied des unités d’archers pour se protéger des voleurs. Ils ont également des AK47.

27 Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest. Groupe armé terroriste actif de 2011 à 2013, majoritairement composé d’Arabes maliens mais intégrant des Peuls.

28 Christian SEIGNOBOS : Boko Haram : innovations guerrières depuis les monts Mandara. Cosaquerie motorisée et islamisation forcée, Afrique contemporaine, 2014/4, n° 252, pp. 149 à 169.

29 Christian SEIGNOBOS, op.cit.

30 Philippe CHAPLEAU : En Mauritanie, l’armée patrouille à dos de chameaux, Ouest France, 30 novembre 2018.

31 « But the devil was in the numbers, and Gronski never had enough troops to tame the ennemy. He was streched far too thin and couldn’t possibly fully cover and hold his battle space […]. “We were only a brigade combat team operating in an area large enough for a division”, he explains ». William DOYLE : A Soldier’s Dream : Captain Travis Patriquin and the Awakening of Irak.

32 https://lavoiedelepee.blogspot.com/2018/05/apaches-sahwa-sections-mixtes-et-fusion.html.

33 5e Régiment Interarmes d’Outre-Mer, tenant garnison à Djibouti, terre traditionnel de nomadisme.

34 Steve CAMP and Helmoed-Römer HEITMAN : Surviving the ride : A Pictorial History of South African-Manufactured, 30° south Publishers, Durban, p. 175.

35 Ibn KHALDUN, L’Histoire des Berbères.

36 LAWRENCE d’Arabie, Les sept piliers de la sagesse.

Pour que l’arrière puisse tenir

Pour que l’arrière puisse tenir

par  Jean-Tristan Verna (*) Général de corps d’armée (2S) – Esprit Surcouf – publié le 8 mars 2021

https://espritsurcouf.fr/defense_pour-que-l-arriere-puisse-tenir_par_le-general-jean-tristan-verna/


Un engagement majeur face à un État « souverainiste et autoritaire » mettrait à mal « les cœurs et les esprits » de notre société, dès à présent traversée par des courants antagonistes et peu préparée à une prise de risque. Dans ces conditions, l’auteur veut démontrer que l’engagement des armées devra être rapide et foudroyant, ce qui nécessite d’augmenter son potentiel capacitaire. Dans notre numéro 158, le général Desportes, sur un autre axe d’idées, ne disait pas autre chose.

Précisons que dans l’article tel que nous le présentons ici, on ne parle pas de l’information et de la communication. C’est un sujet essentiel, mais sensible et polémique, qui sera l’objet d’une prochaine publication.
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Comment notre société réagirait-elle, ou plutôt « interagirait-elle », face à l’engagement de nos armées dans un conflit de haute intensité ? Telle est la question qui se pose au moment où cette « haute intensité » devient un thème récurrent dans la prise de parole des chefs militaires et des analystes professionnels.
Dans le n°155 Le Général Perruche analysait  «  Les éventuels conflits : conséquences pour la France »

Il est de bon ton de citer Marc BLOCH et son « Étrange défaite » : avant 1940, aucun esprit informé et rationnel ne pouvait ignorer la menace évidente que faisait peser l’outil militaire mis sur pied par l’Allemagne nazie. La guerre civile en Espagne avait été là pour l’illustrer. Mais, très majoritairement, « la société de l’avant-guerre » refusa d’envisager cette menace et les mesures préventives qu’elle appelait. La société, c’est-à-dire les citoyens, leurs représentants politiques, et presque tous les relais d’opinion les plus influents parmi la presse et l’intelligentsia, trouvèrent leur compte dans « la drôle de guerre sans coup de fusil. »

L’engagement majeur


Avant toute chose, comment peut-on caractériser aujourd’hui « l’engagement majeur » pour reprendre le terme choisi par le chef d’état-major des armées ?

Tout d’abord l’ennemi. Ce sera forcément un État, et non plus une nébuleuse terroriste sponsorisée. Un État parmi les quelques-uns que l’on qualifie de « souverainiste et autoritaire », et disposant de moyens militaires aussi complets que les nôtres. La liste en est courte et connue. Notons au passage que la petite demi-douzaine d’États auxquels tout le monde pense bénéficient en France de nombreux sympathisants, y compris au sein du personnel politique et des relais d’opinion influents.

Ensuite, « pour quoi combattrons-nous ? » Sans doute pas pour la survie physique de notre pays et de sa population. L’enjeu visible sera donc limité et géographiquement assez lointain, même si sa valeur réelle devrait être forte en termes économiques (liberté de circulation…), géopolitiques (respect des frontières établies…) ou moraux (respect du droit humanitaire…). Autant dire que cet engagement majeur pourra facilement être qualifié par l’un ou par l’autre d’ingérence malvenue, comme ce fut le cas, dans un autre cadre, lorsque la France proposa, voire imposa, son aide au Liban après les explosions d’août 2020.

Quant à l’enjeu humain, peu de chances qu’il soit perçu par l’opinion publique et les médias avec autant d’acuité que lorsque les attentats de novembre 2015 laissèrent 130 corps sans vie dans les rues de Paris. Ce « pour quoi nous combattrons » fait que nous ne combattrons certainement pas seuls. Nous serons au sein ou à la tête d’une coalition ? Tous ses membres seront-ils en odeur de sainteté auprès de nos compatriotes ? Il y en a au moins un, incontournable, dont la cote est descendue très bas (mais elle évolue depuis l’élection de son nouveau président), alors que peu de gens savent combien il nous aide activement mais discrètement au Sahel.

Enfin, « à quoi cela ressemblera-t-il ? » À la vraie guerre, celle de la vraie tactique, feux, mouvement, protection, avec les unités blindées manœuvrant en offensive / défensive, appuyées par des feux puissants, terrestres et aériens, le tout valorisé par les nouvelles technologies du numérique et de la robotique. Une valorisation sur laquelle repose l’espoir de limiter les pertes humaines, directes ou collatérales, et les destructions matérielles, puisque les experts nous disent qu’il y a plus de chance que cela se passe dans une région côtière urbanisée plutôt qu’aux confins du désert de Gobi. Mais des pertes, il y en aura, sans doute, frappantes dans les cœurs et les esprits de la population.

Photo Pixabay

Pour terminer, n’oublions pas que les analyses stratégiques traduites dans les livres blancs successifs s’accordent pour établir que cet engagement majeur ne se concrétiserait sur le terrain qu’à l’issue d’une période de crise diplomatique, période indispensable à la montée en puissance du gros de la force à déployer, mais propice à la multiplication des débats  sur l’opportunité, la légitimité, la nature et les risques de l’engagement.

Un conflit mal vécu


Venons-en maintenant à la société qui serait confrontée à cette « hypothèse d’un engagement majeur ». On peut la décrire, de façon sans doute caricaturale, au travers de ses attentes et de ses comportements collectifs actuels. C’est la société qui vient de traverser la crise sanitaire et ses débats à n’en plus finir, pour beaucoup sans fondements rationnels. C’est la société qui se mobilise pour la défense de la biodiversité, pour le « vivre et produire local », et qui combat les « 200 qui nous empoisonnent » sans précisément savoir les nommer. C’est la société qui s’enflamme lorsqu’un afro-américain meurt sous les coups de sa police et qui fait de chaque sujet sociétal un combat idéologique et systémique. C’est la société qui se déchire sur le difficile équilibre à trouver à moyen terme entre les nécessités socio-économiques du court terme et les enjeux environnementaux et humains du long terme. Un équilibre où la détermination des court, moyen et longs termes est d’emblée sujet à discussion passionnée.

C’est désormais une société multiculturelle où le débat est permanent, ouvert, souvent non maîtrisé ou maîtrisable, « viral » dit-on, avec autant d’experts que d’internautes, et surtout où la parole des experts qualifiés et des responsables en poste n’est ni reconnue d’emblée, ni tout simplement audible. Cette description de la société est caricaturale car l’opinion publique (la France d’en bas) est assez partagée sur tous ces sujets. En revanche, elle traduit à mon avis le bruit médiatique et la production intellectuelle qui transpirent de la France d’en haut…

L’ennemi, l’adversaire (rayer la mention inutile)

« En face », qu’en serait-il ? Les sociétés des pays que nous avons en tête possèdent tous une frange contestataire, populaire au mieux, intellectuelle au minimum. Nos médias, nos intellectuels, une partie de notre personnel politique s’en font les relais, à juste titre ! Mais force est de constater que ces pays ont une population souvent très homogène sur le plan culturel, pour ne pas dire sur le plan « ethnique ». L’opinion publique et ses relais y suivent majoritairement la ligne des responsables politiques.

Cette ligne politique s’appuie de plus en plus sur un récit national puisant au plus profond de leur identité historique, de leur « nationalisme », à l’opposé des récits nationaux sur lequel se fondent nos sociétés démocratiques ouest-européennes. La Russie s’inspire autant de Pierre le Grand que des souvenirs du « bon temps » de l’Union soviétique. La Turquie rêve de la zone d’influence ottomane, mais exclusivement en langue turque !

Une parade militaire à Pékin. Photo China internet communication center.

À l’opposé, notre récit national ne débute en fait qu’en 1789, en prenant soin de gommer l’épisode napoléonien, de renier l’expansion coloniale et de ne surtout pas qualifier de « grande guerre patriotique » une première guerre mondiale dont les souffrances et les sacrifices sont désormais volontiers imputés aux responsables politiques et militaires français qui y furent confrontés.

Ajoutons, pour terminer, que ces pays se sont dotés de moyens, législatifs et techniques, leur permettant de contrôler, voire d’interdire, l’accès de leur population à la presse libre, à internet et aux réseaux sociaux. En dépit d’un arsenal législatif relativement étoffé, mais orienté face à la menace terroriste, on voit mal comment de telles actions pourraient être mises en œuvre en France, à grande échelle et « pour la durée de la guerre ». La censure récente de la loi« AVIA » par le Conseil constitutionnel augure de l’intensité des débats qu’elles ouvriraient.

Ma conviction est donc que dans « l’hypothèse d’un conflit majeur », notre opinion publique, mais également tous les médias et relais d’opinion, ainsi qu’une partie des acteurs de l’action publique, verraient leurs lignes de fractures préexistantes exacerbées à un rythme exponentiel par un débat sur la légitimité de l’engagement, par une profusion incompréhensible de commentaires, par les “Fake news” venant de l’extérieur comme de l’intérieur, par la mise au premier plan émotionnel de situations individuelles dramatiques, mais hélas anecdotiques dans le contexte. Le risque est qu’un tel emballement de la société soit la source de l’échec de cet engagement avant même qu’il se concrétise réellement sur le terrain. La porte ouverte sur une nouvelle « étrange défaite »

Agir vite


Alors, « Que faire ? » pour que les efforts que nos armées produisent pour se préparer à cette hypothèse ne soient pas vains.

Une première réflexion porte sur la période de montée en puissance qui a été évaluée à plusieurs mois. Elle est le fruit d’un compromis construit lors des travaux de livre blanc pour concilier la volonté des armées de conserver un modèle complet capable de répondre à l’hypothèse la plus haute, et l’impossibilité récurrente dans laquelle se trouvaient les décideurs politiques d’accorder d’emblée un niveau de ressources suffisant. On part donc du principe que lorsque les prémices de la crise majeure seront suffisamment explicites, une mobilisation rapide des moyens nationaux permettra d’atteindre en un petit semestre le volume nécessaire de forces et de capacités, petit semestre qui au demeurant serait le cadre des manœuvres diplomatiques ou d’actions militaires préliminaires.

Or, désormais, dans le contexte sociétal analysé plus haut, une telle durée de montée en puissance ouvre la voie à l’emballement médiatique et contestataire, ne serait-ce que parce que reconnaître ce besoin de montée en puissance constitue en soi un aveu de faiblesse ou d’impréparation (« les masques de la crise sanitaire »), terreau de tous les fantasmes et commentaires malveillants.

Parler d’engagement majeur de haute intensité nécessite aujourd’hui de réduire cette période préliminaire. Ces dernières années, les armées ont démontré à plusieurs reprises leur capacité à mettre sur pied très rapidement des moyens importants : projection au Mali en 2013, déclenchement de l’Opération Sentinelle, Opération Résilience. Certes, on peut toujours trouver à redire dans les détails et chacun n’a pas eu sa douche chaude dès le premier soir ! La question ne vient pas de la capacité des armées à mobiliser leurs hommes, y compris leurs réservistes. Là où le bât blesse, c’est dans les soutiens : les stocks de munitions, le système de maintenance et sa capacité à se projeter loin rapidement, les goulots d’étranglements des moyens de transport, routiers comme aériens, les moyens du service de santé.

Une partie de ces difficultés tient à l’absence de choix clair entre la possession de moyens propres aux armées, en régie, et le recours à des opérateurs économiques privés. Plus qu’un choix entre l’une ou l’autre des solutions, c’est la capacité légale et contraignante de mobiliser les industriels qui doit être établie à froid, et non au moment où le besoin se déclenche.

Photo du ministère des Armées (France)

Agir fort

Une fois garantie la capacité à s’engager rapidement, et avec elle l’assurance d’une moindre vulnérabilité aux assauts des réseaux sociaux et des commentateurs en continu, le risque suivant est celui de « l’enlisement », dont désormais on parle dès les premiers jours de combat, pour peu que ceux-ci s’avèrent difficiles ou tardent à déboucher sur des résultats positifs visibles. Par conséquent, il faudra que les affaires soient rondement menées, donc agir vite et fort !

Face à un adversaire étatique, dans une confrontation de nature symétrique pour les moyens de combat conventionnels, chacun devra accepter que la force soit employée sans retenue, avec des modes d’action offensifs et puissants, y compris par la mise en œuvre de toute la panoplie des moyens de neutralisation et de destruction. L’engagement en Libye de 2011 est un bon exemple de cette foudroyance. Mais l’adversaire était-il vraiment en mesure de répondre ?

Cela suppose, entre autres sujets, que soient rapidement tranchés tous les débats sur l’utilisation offensive des nouvelles technologies : lutte cybernétique, robotique de combat… Au-delà de la prise d’ascendant sur l’adversaire, approche militaire classique, il s’agit de faire la démonstration à notre propre camp que « ça va marcher, et que de toute façon, c’est bientôt fini ! »

Pour atteindre ce but, il faut que tous les responsables soient dès le début bien alignés sur les objectifs et la façon énergique de les atteindre : politiques, diplomates, militaires. Alignés sur le plan national, mais aussi alignés au sein d’une éventuelle coalition, dont les processus d’analyse et de décision ne doivent pas être lents et compliqués. Inutile d’illustrer le propos par un rappel des mésaventures tragiques de la FORPRONU. Envisager l’hypothèse qu’une part significative de nos moyens militaires seraient utilisés dans un engagement majeur de haute intensité pose donc aussi la question du degré d’autonomie de commandement et d’action que nous devons conserver pour éviter l’engluement dans une coalition peu productive.

De ces deux réflexions, « pourvoir agir vite et agir fort, avec une panoplie complète de moyens », découlent une grande partie des besoins que les armées sont en droit d’exprimer pour répondre à l’hypothèse d’engagement majeur, au-delà du seul volume de forces disponibles. Qu’il s’agisse de développer de nouvelles capacités ou d’améliorer celles existantes, ces besoins sont identifiés depuis longtemps. Reste à les concrétiser lors des prochaines étapes de la programmation militaire et de sa traduction politique.

 

(*) Jean-Tristan Verna, saint-cyrien de la promotion Turenne (1973-1972), a servi 12 ans à la légion étrangère, et a commandé le 2e Régiment Étranger d’Infanterie. Il a pris part à de nombreuses opérations en Afrique (Kolwezi, Tchad, Centre-Afrique), à Beyrouth en 1983, en Bosnie en 1996-1997. Au cours des quinze dernières années, il a principalement servi à l’état-major de l’armée de terre, notamment comme sous-chef d’état-major « études, planification, finances ». Aujourd’hui Vice-Président Affaires publiques de Airbus France, il est Président de l’ADO (Association pour le développement des œuvres d’entraide dans l’armée)

Cet article fait partie du dossier n°26 réalisé par Le Cercle de réflexions du G2S « VERS UN RETOUR DU COMBAT DE HAUTE INTENSITE » publié en novembre 2020 et consultable sur : https://theatrum-belli.com/author/asso-g2s/

Le G2S , association selon la loi de 1901, est un groupe constitué d’officiers généraux de l’armée de Terre ayant récemment quitté le service actif. Ces derniers se proposent de mettre en commun leur expérience et leur expertise des problématiques de défense, incluant leurs aspects stratégiques et économiques, afin de partager leur vision des perspectives d’évolution souhaitables de la défense.
Groupe de liaison G2S – 1, place Joffre – BP 23 – 75700 Paris SP 07

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