Le fonds de soutien à l’Ukraine désormais consommé à 80%

Le fonds de soutien à l’Ukraine désormais consommé à 80%

– Forces opérations Blog – publié le

Entre les matériels neufs, les munitions et le soutien, 80% des 200 M€ du fonds spécial de soutien dans lequel les Ukrainiens peuvent piocher pour acheter de l’armement français sont désormais engagés, annonçait ce matin le cabinet du ministre des Armées.

« La consommation du fonds avance très bien », indique l’entourage du ministre. La seule visite, la semaine dernière, du ministre ukrainien de la Défense Oleksii Reznikov, aura permis d’officialiser la commande de 12 canons CAESAR et d’un système de défense aérienne, ainsi que l’allocation de plusieurs dizaines de millions d’euros pour la maintenance de systèmes déjà fournis par la France.

Résultat : moins de quatre mois après sa création et malgré un doublement de l’enveloppe, les caisses du fonds sont pratiquement vides. Si l’idée fonctionne – elle a d’ailleurs été reprise par Washington –, se pose dès à présent la question de sa pérennité. « Le passage de 100 à 200 millions d’euros a été fait par amendement parlementaire, il n’est donc pas exclu de réévaluer ce fonds à la hausse », manœuvre qui passera par le « véhicule législatif » adéquat et qui pourrait à nouveau découler d’une initiative parlementaire.

Cette donnée n’empêche pas la filière française de rester proactive vis-à-vis de Kiev. La récente visite ministérielle aura ainsi renforcé un dialogue jusqu’alors indirect entre industriels et autorités chargées de l’approvisionnement en équipements. « Cela a été l’occasion de nouvelles propositions de la part des industriels pour des choses qui pourraient être mises en place dans le cadre du fonds ».

La question du soutien à l’Ukraine sera abordée demain soir lors d’une troisième réunion au format « économie de guerre » avec le ministre des Armées, le délégué général pour l’armement et les principaux acteurs de la BITD. Un rendez-vous qui permettra aux industriels « d’évaluer ce qui peut être réalisé à court terme mais aussi comment ils peuvent aider l’Ukraine dans la durée ».

« Si on retarde la décision, on ne fait que retarder le délai », estime en effet le cabinet ministériel. La guerre est malheureusement partie pour durer et, pour ce dernier, il convient donc de s’accorder dès maintenant sur des équipements qui ne seront disponibles que dans 12 ou 18 mois du fait des délais de production.

Crédits image : Thales

L’IRA : un test pour la défense des intérêts économiques de l’UE

L’IRA : un test pour la défense des intérêts économiques de l’UE

par François-Joseph Schichan* – Revue Conflits – publié le 9 février 2023

https://www.revueconflits.com/reponse-europeenne-a-lira-un-test-pour-la-defense-des-interets-economiques-et-industrielles-de-lunion-europeenne/


Avec l’IRA (Inflation reduction Act), les Etats-Unis subventionnent massivement une partie de leur économie, faussant ainsi la libre concurrence avec l’industrie européenne. La réponse des pays de l’UE à cet acte de guerre économique est un test pour l’industrie européenne.

En août 2022, le président américain signait l’un des plus importants programmes de subventions publiques en faveur des industries vertes mené par le gouvernement des États-Unis. L’Inflation Reduction Act (IRA) autorise 391 milliards de dollars de dépenses en faveur des secteurs de l’énergie et du développement durable. Le texte prévoit 270 milliards de dollars d’avantages fiscaux, en particulier pour la production de véhicules électriques. Au-delà de ces subventions massives, l’objectif du texte est de privilégier les productions sur le sol américain en leur donnant un avantage considérable sur la concurrence importée.

Un acte économique hostile

Cette loi a été perçue comme un acte économique hostile par l’Union européenne et ses États membres. De fait, le gouvernement américain ne se cache pas de sa volonté d’améliorer l’attractivité des États-Unis pour les industries vertes, y compris au détriment des Européens qui sont pourtant de proches alliés. Le gouvernement américain organise d’ailleurs des campagnes d’information sur l’IRA et les avantages résultant d’une installation aux États-Unis.

L’IRA a été qualifié de menace existentielle pour des pans entiers de l’industrie européenne déjà confrontée à des prix de l’énergie bien plus importants qu’aux États-Unis. Par ailleurs, la Chine elle aussi subventionne massivement son industrie dans le secteur du développement durable. C’est donc la place des États membres de l’UE dans la compétition mondiale dans les secteurs de l’énergie et du développement durable qui est en jeu. Le Président Macron a exprimé les préoccupations de l’Union européenne lors de sa visite d’État à Washington en décembre 2022.

D’autres responsables européens, à commencer par le Commissaire français Thierry Breton, ont protesté contre l’attitude de Washington. Mais les tentatives de faire évoluer la position américaine ont largement échoué et n’ont guère d’espoir d’aboutir. Depuis les élections de mi-mandat de novembre 2022, l’équation politique à Washington s’est compliquée pour Joe Biden, qui même s’il en avait l’intention ne pourrait que très difficilement amender le texte de l’IRA. Les membres du Congrès américain restent largement sourds aux protestations européennes. Pour certains d’entre eux, l’Union européenne devrait au contraire être satisfaite du texte puisqu’il s’agit d’une des initiatives les plus ambitieuses en matière de lutte contre le changement climatique prises par un gouvernement américain.

Washington reste sourd à l’Europe

L’Union européenne n’a obtenu de Washington que la constitution d’un groupe de travail bilatéral pour examiner ses difficultés avec le texte et les moyens d’y remédier. Elle doit rendre ses conclusions dans les prochaines semaines et il est peu probable qu’elle permette des avancées sur les principales préoccupations européennes, y compris du fait des contraintes politiques à Washington. Impuissante à faire modifier le texte de loi, l’Union européenne demande que les subventions du gouvernement américain soient à tout le moins distribuées en toute transparence, afin qu’elle puisse savoir à quoi s’en tenir et tenter de rééquilibrer la situation pour son industrie.

Ceci posé, l’administration Biden a également exprimé clairement que l’Union européenne était dans son droit de mettre en place des mesures similaires en faveur de sa propre industrie. Une invitation à agir qui n’en est pas réellement une puisqu’elle méconnaît les débats internes à l’Union européenne sur les sujets liés à l’intervention de l’État dans l’économie et aux subventions publiques.

Confrontée à une fin de non-recevoir américaine sur une revue en profondeur des mesures prévues par l’IRA, l’Union européenne ne peut donc compter que sur elle-même. C’est le sens des propositions formulées par la Commission le 1er février. Mme Von der Leyen a proposé un assouplissement des règles relatives aux aides d’État afin de donner plus de latitudes aux États membres pour subventionner leurs industries dans les secteurs du développement durable et des énergies renouvelables, pour un laps de temps limité. Elle prévoit aussi des mesures de simplification des démarches administratives et une stratégie pour assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement pour les matières premières dont l’UE a besoin, notamment pour le déploiement des énergies renouvelables.

C’est cher, c’est l’État qui paye

Si elles vont dans le bon sens pour doter les États membres des moyens de se défendre face aux subventions américaines, ces mesures pâtissent d’une limite majeure : elles ne sont pas associées à de nouvelles dépenses budgétaires, laissant les États assurer individuellement le financement de ces aides. La Commission prévoit d’utiliser les fonds non consommés du plan de relance post-Covid et ceux mobilisés pour le soutien aux entreprises européennes confrontées aux conséquences des sanctions contre la Russie.

Un hypothétique « fond de souveraineté » financé par une nouvelle émission de dette commune et dédiée à financer certains secteurs de pointe doit être étudié par la Commission d’ici à l’été. Sans capacités nouvelles de financement, la réponse de l’UE ne sera pas à la hauteur des risques encourus par l’industrie européenne. Au final, ce sont les entreprises privées qui effectuent les décisions d’investissement, et ce que l’Union européenne a mis sur la table ne fait pas le poids face aux mesures prévues par l’IRA.

D’autant que les dynamiques politiques au sein de l’Union européenne pourraient diluer encore davantage les mesures envisagées par la Commission. Le clivage traditionnel entre les interventionnistes (France, Italie, Espagne) et les libéraux (Pays-Bas, Danemark, Suède notamment) bloque toute possibilité d’avancées majeures au niveau européen. Le Premier ministre néerlandais a récemment refusé toute possibilité d’une nouvelle émission de dette commune européenne pour financer la réponse européenne à l’IRA.

Quant à l’Allemagne, elle affiche une proximité avec la France comme en témoigne le déplacement conjoint de Bruno Le Maire et de son homologue allemand à Washington le 7 février. La France et l’Allemagne sont les deux principaux États à disposer des moyens pour financer par eux-mêmes des subventions publiques à leur industrie, notamment automobile. Mais les divisions internes à la coalition menée par Olaf Scholz risquent de compromettre là encore les ambitions au niveau européen.

L’IRA pose une question de fond pour l’Union européenne, qui est celle de sa capacité à agir en tant que puissance sur une question fondamentale pour l’avenir de son industrie dans le domaine du développement durable où elle a déjà investi beaucoup de capital politique et économique. Les divisions européennes sur la réponse à l’IRA reflètent les différences fondamentales et difficiles à résoudre des structures économiques et industrielles des États membres. L’approche américaine est, quant à elle, sans ambiguïtés : il s’agit d’abord et avant tout de défendre et promouvoir les intérêts économiques des États-Unis dans un contexte économique difficile et d’intensification de la compétition économique avec la Chine. Et à cette fin, ils sont prêts à accepter et même favoriser une accélération du déclin économique et industriel de l’Europe.

*Consultant, ancien conseiller politique de l’Ambassadeur de France au Royaume-Uni

Comment les armées complèteront l’enveloppe de la prochaine LPM

Comment les armées complèteront l’enveloppe de la prochaine LPM


Des 413 Md€ de crédits proposés pour la loi de programmation militaire 2024-2030, 13 Md€ proviendront de recettes extra-budgétaires. Un mécanisme connu et qui reposera finalement moins sur la cession d’infrastructures que sur la vente de prestations.

Cette prochaine LPM, ce sont potentiellement 400 Md€ d’ « expressions de besoins de recettes budgétaires » et 13 Md€ de recettes extra-budgétaires. Celles-ci « ont toujours existé », rappelait hier le ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Et, « contre toute attente », l’essentiel ne proviendra pas de la revente de foncier ou de matériels.

Selon le ministre, près d’un tiers des ressources sera généré via les tarifications en hôpital réalisées par le Service de santé des armées (SSA). Soit un apport « pas du tout négligeable » évalué à 3 Md€ sur l’ensemble de la LPM.

D’autres acteurs alimenteront l’enveloppe de manière importante. C’est le cas de la Direction du renseignement militaire (DRM) et « d’autres services » habilités à tarifier de l’imagerie ou des prestations intellectuelles auprès de forces partenaires. La Direction générale de l’armement, ensuite, fournit des services d’essais pour le compte de tiers.

Une tranche proviendra ensuite de « la remise en question d’un certain nombre de contrats passés ». Sans rentrer dans les détails, le ministère espère ainsi tirer parti de « systèmes de dividendes sur des situations déjà connues ou obtenues, y compris sur la dissuasion nucléaire ». « On peut peut-être voir avec un certain nombre d’opérateurs à reconditionner un certain nombre de contrats avec des rentes annuelles que l’on peut, le cas échéant, faire diminuer », complétait le ministre.

Reste encore le produit de quelques cessions de matériels et les formations associées au profit d’armées alliées. L’immobilier conserve aussi un rôle, avec près de 500 M€ potentiellement empochés. Un chiffre moindre qu’auparavant « parce qu’il n’y a plus grand chose à vendre », soulignait le ministre.

Pour calculer cette manne potentielle, le ministère des Armées s’est contenté de reprendre les taux des recettes des périodes précédentes « de manière prudente ». Pour le ministre, c’est « peut-être à nous aussi d’être bons pour les optimiser et faire encore mieux ». Et si ces ressourcent s’avèrent plus faibles que prévu ? Même réponse qu’en cas d’explosion de l’inflation, pour l’instant estimée à 30 Md€ : le report de charges et/ou un retour devant le Parlement pour demander des ouvertures de crédits.

Crédits image : EMACOM

M. Macron acte la fin du modèle d’armée « expéditionnaire » au profit d’un « pivot vers la haute intensité »

M. Macron acte la fin du modèle d’armée « expéditionnaire » au profit d’un « pivot vers la haute intensité »

 

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 20 janvier 2023

https://www.opex360.com/2023/01/20/m-macron-acte-la-fin-du-modele-darmee-expeditionnaire-au-profit-dun-pivot-vers-la-haute-intensite/


Dès son retour au pouvoir, en 1958, le général de Gaulle mena un politique de défense reposant sur l’indépendance nationale, la dissuasion et la conscription. Ainsi, il s’agissait de privilégier la souveraineté et l’autonomie stratégique dans un monde alors marqué par la rivalité entre les États-Unis et l’Union soviétique, ce qui supposait d’accélérer le processus de décolonisation [et donc de mettre au pas l’armée « coloniale »].

Par la suite, le Mur de Berlin tombé et l’Union soviétique disloquée, le modèle d’armée français s’inscrivit dans une logique « expéditionnaire », avec notamment la professionnalisation, sur fond de baisse des dépenses militaires. Les capacités qui étaient autrefois indispensables furent réduites à l’état échantillonaire, avec l’argument que ce ne serait pas avec tel ou tel matériel que l’on gagnerait les guerres de demain, l’époque étant aux « opérations extérieures », menées dans des environnements permissifs.

Sauf que, et malgré des signaux pourtant difficiles à ignorer, la compétition entre puissances ne s’était jamais vraiment estompée. La guerre en Ukraine le montre actuellement… Comme les tensions dans la région Indo-Pacifique. Qui plus est, les menaces se multiplient et s’aditionnent désormais…

D’où le constat du général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA], lors d’une audition parlementaire, en juillet. « Notre capacité à être une force expéditionnaire ne nous rend pas instantanément aptes à conduire une guerre de haute intensité », avait-il lâché devant les députés.

D’où les « grandes transformations » et les « choix difficiles » annoncés par Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, à l’occasion de son ordre du jour, le 4 janvier dernier. Et lors de ces voeux aux Armées, ce 20 janvier, depuis la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, le président Macron en a livré les grandes lignes.

Ainsi, celui-ci a annoncé que le modèle d’armée issu de la prochaine LPM devra privilégier « la cohérence sur la masse » ainsi que la « réactivité sans sacrifier l’endurance ». En clair, a-t-il ajouté, cela signifie qu’il s’agira de « consolider notre cœur de souveraineté, là où le modèle de la précédente Loi de programmation militaire mettait plutôt l’accent sur la capacité expéditionnaire et la lutte contre le terrorisme ».

« La transformation, […] c’est être capable de passer d’un modèle fait pour assurer des opérations dans des milieux où notre liberté d’action était forte à une capacité d’évolution dans des environnements contestés, face à des adversaires aguerris, parfois technologiquement redoutables sur tout le spectre de la conflictualité », a insisté M. Macron.

Aussi, au regard de l’ampleur des menaces [qui concernent aussi les départements et collectivités d’outre-Mer, qu’il a cités à plusieurs reprises dans son discours], le président a annoncé que l’effort budgétaire de la LPM 2024-30 serait de 400 milliards d’euros. Soit 30% de plus que celle en cours [295 milliards, ndlr]. Cette somme « permettra de couvrir 413 milliards de besoins militaires » et d’amorcer « un changement profond qui sera irréversible ».

Sans surprise, la dissuasion sera confortée et « renforcée » car elle « fait de la France un pays différent en Europe ». Les postures permanentes feront également l’objet d’une attention particulière. « Cela suppose des capacités accrues de renseignement qui doivent nous permettre d’anticiper les crises et les menaces », a justifié M. Macron, tout en insistant sur « l’autonomie de décision et d’action ». La fonction « connaissance et anticipation » bénéficiera d’un nouvel effort substantiel de +60% au total, avec des ressources de la Direction du renseignement militaire [DRM] et de la Direction du renseignement et de la sécurité de Défense [DRSD] qui seront doublées.

 

Les capacités de surveillance seront aussi renforcées significativement, avec des « drones et des moyens d’intervention », en particulier dans les outre-Mer, « où des capacités apportant une première réaction locale devra pouvoir être complétée par la projection de renforts conséquents », a détaillé M. Macron, sans donner plus de détails.

En outre, au titre de la « résilience », le locataire de l’Élysée a également dit vouloir « doubler la capacité de traitement des attaques cyber majeures » ainsi que le format de la réserve opérationnelle, ce qui « permettra de renforcer notre armée d’active » ainsi que la création « d’unités territoriales et de flottilles côtières ». Évidemment, cela supposera de revoir la carte militaire… ainsi que l’organisation des soutiens, comme celle du Service de santé des Armées [SSA].

Cela étant, abandonner la logique expéditionnaire suppose de gérer les crises « autrement », en maîtrisant « l’empreinte et la durée de nos opérations lointaines », celles-ci devant revenir en particulier aux forces spéciales, qui seront également renforcées, a expliqué M. Macron.

Mais cette « transformation », ou ce « pivot vers la haute intensité » comme a dit le chef de l’État, passera par un renforcement de l’Échelon national d’urgence [ENU], afin de « disposer des moyens nécessaires pour une intervention sur court préavis, même loin de la Métropole » [dans les outre-Mer?]. Il s’agira également « d’augmenter la capacité à durer et à résister à des efforts et des effets d’usure », grâce à une préparation opérationnelle plus intense, une disponibilité des matériels accrue et des stocks de munitions en conséquence.

Lors de son allocution, Emmanuel Macron a livré peu de détails sur les capacités qui seront inscrites dans la future LPM. « Face à des adversaires plus forts, nous devrons agir plus fort aussi pour obtenir rapidement des effets militaires décisifs. Cela implique de durcir notre outil », a-t-il dit.

Ainsi, parmi les décisions qu’il a annoncées par le président, les Mirage 2000 s’effaceront plus tôt que prévu [alors que la modernisation des Mirage 2000D est en cours, ndlr], le passage au « tout Rafale » étant acté. « Nous maintiendrons cet avion d’exception au meilleur niveau mondial », a-t-il assuré. La modernisation de l’armée de Terre, via le programme Scorpion, sera évidemment poursuivie. Quant à la Marine nationale, ses frégates verront leur puissance et leur protection augmentées. Et le porte-avions de nouvelle génération [PA NG] sera confirmé.

« Nous devons également innover en développant des munitions guidées à distance [des munitions téléopérées?], en élargissant l’usage des drones par un doublement, à cet égard, de nos investissements », a dit M. Macron. Les efforts en matière de technologies quantiques et d’intelligence artificielle seront poursuivis [ce qui profitera au cyber et au renseignement].

Le chef des armées a annoncé un renforcement des capacités dans les domaines à forte valeur ajouté opérationnelle. Et de citer la défense sol-air, dont les moyens seront augmentés de 50%. Et ceci parce que, a-t-il expliqué, « même avec la dissuasion, notre territoire n’est pas à l’abri de frappes isolées, du fait, par exemple, de perturbateurs, en particulier non étatique ». Les feux dans la profondeurs, la suppression des défenses aériennes adverses [SEAD] et la lutte anti-sous-marines figureront parmi les priorités.

Un autre volet de ce « pivot » concerne les « espaces communs » que sont le cyber, l’espace et la mer. C’est dans ceux-ci que se déploient généralement les modes d’actions relevant de la « guerre hybride ». La LPM donnera les moyens nécessaires pour détecter les signaux faibles… Ce qui devra se faire en adoptant une « approche décloisonée, pro-active et d’influence », qui ne relèvera pas uniquement des seules armées.

« Nous renforcerons notre capacité à surveiller et à réagir mais aussi à prendre l’initiative, à passer de clairs messages stratégiques dans l’espace exo-atmosphérique, dans l’espace numérique et dans les espaces maritimes », a aussi promis M. Macron. Les capacités « cyber » seront évidemment mises à contribution et l’effort sur le volet spatial ne sera pas relâché. Au-delà de la maitrise des fonds marins, la Marine devrait bénéficier de moyens renforcés, « à la hauteur des atouts martimes de notre pays », a-t-il dit, en citant, à nouveau, l’importance des outre-Mer.

Enfin, le quatrième volet de cette transformation porte sur les « partenariats internationaux ». Là, il s’agira de capitaliser sur ceux qui ont été récemment noués [Grèce, Inde, Émirats arabes unis, etc], de revoir les modalités de certains et, surtout, de permettre à la France de prendre tout sa place au sein de l’Otan et de l’Union européenne.

D’ailleurs, l’objectif de la future LPM pourrait se résumer par cette phrase de M. Macron : « Si, demain, tel grand partenaire [les États-Unis?] doit regarder ailleurs, nous devrons être en mesure d’agir avec les Européens, à l’intérieur de l’Otan ou en dehors, et, si nécessaire, d’assurer les capacités de commandement qui permettront de mener ensemble une opération d’ampleur. Pour nous, cela impliquera de pouvoir déployer une capacité interarmées représentant jusqu’à 20’000 hommes. Cela vous donne la mesure de défis et de l’ambition qui est la nôtre ».

Selon l’Élysée, la future Loi de programmation militaire sera « placée sous le signe de la transformation » des armées

Selon l’Élysée, la future Loi de programmation militaire sera « placée sous le signe de la transformation » des armées

 

https://www.opex360.com/2023/01/18/selon-lelysee-la-future-loi-de-programmation-militaire-sera-placee-sous-le-signe-de-la-transformation-des-armees/


Pour le moment, à part quelques déductions tirées des propos tenus par les chefs d’état-major lors d’auditions parlementaires ou bien de la Revue nationale stratégique, peu de détails concernant cette future LPM sont pour le moment connus… Si ce n’est que l’accent sera mis sur les « forces morales », que les réserves militaires prendront un nouvel essor [avec un effectif doublé], qu’il sera question d’une « économie de guerre », ou encore que la défense aérienne et les feux dans la profondeur devraient être prioritaires, de même que les capacités spatiales et le cyber.

Cela étant, en décembre, le quotidien Le Monde avait avancé que le président Macron rendrait « quelques arbitrages décisifs » d’ici « janvier 2023 ». Nous y sommes… Et rien n’a encore filtré pour le moment. Le locataire de l’Élysée en dira-t-il plus à l’occasion de ses vœux aux armées, le 20 janvier, sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan?

En tout cas, selon la présidence de la République, M. Macron devrait esquisser les grandes lignes de cette future LPM, laquelle sera placée « sous le signe de la transformation des armées », comme l’avait suggéré M. Lecornu.

« On passe d’une logique de réparation à une logique de transformation des armées. On doit pouvoir être plus efficace et performant », a en effet indiqué l’Élysée, ce 18 janvier. Par le passé, la « transformation » du ministère des Armées s’est traduite par des regroupements d’unité, des fermetures de bases et de casernes et des « innovations » ayant donné des résultats malheureux en matière de soutien alors qu’elles étaient censées l’améliorer.

Quoi qu’il en soit, sans grande surprise, l’enveloppe financière de cette LPM 2024-30 sera plus importante que les 295 milliards d’euros prévus pour la période 2019-25. Dans quelle mesure? Jusqu’à présent, le ministère des Armées a systèmatiquement démenti le montant des sommes avancées par la presse. Cela étant, il serait question d’environ 400 milliards d’euros. Peut-être que M. Macron le précisera à Mont-de-Marsan…

Pour le reste, et ce n’est pas une surprise non plus, l’entourage du président a confirmé que la modernisation de la dissuasion nucléaire [5,6 milliards de crédits de paiement en 2023] se poursuivrait. Étant donné que des choix « difficiles » ont été annoncés, la question est de savoir le format qu’elle aura.

Par ailleurs, un effort sera fait en faveur des forces dites de souveraineté, c’est à dire celles stationnées dans les départements et collectivités d’outre-Mer. Durant ces dernières années, elles ont souvent été négligées en raison des contraintes budgétaires. Au point qu’un possible coup de force contre ces territoires n’est plus à exclure.

Ainsi, selon l’Élysée, ces forces de souveraineté bénéficieront d’investissements « supplémentaires » afin de les renforcer pour « pouvoir donner un coup de griffe à celui qui voudrait s’en prendre à nos intérêts », en particulier dans l’Indo-Pacifique. Sur ce point, devant la presse, en novembre, M. Lecornu avait rappelé que « grâce à nos Outre-mer, notre surface maritime fait partie des plus importantes du monde et nous sommes riverains du Pacifique ». Et il en avait tiré la conclusion que la Marine nationale devait donc « avoir cette dimension ».

Dans un autre registre, il serait aussi question de renforcer l’échelon national d’urgence [ENU], afin de constituer une force projetable de 2300 soldats à plus de 3000 km à court préavis.

Enfin, les enseignements de la guerre en Ukraine ne manqueront pas d’être tirés. « On doit tous mener une introspection à la lumière de l’Ukraine », a souligné l’Élysée. Et de citer « l’ascendant sur le champ de bataille, les équipements, la capacité à commander, la logistique et les munitions, les communications sécurisées, etc ».

La solde des militaires : le prix du sang

La solde des militaires : le prix du sang

Revue des troupes du 126e RI par le Général Schill (actuel CEMAT) commandant alors la 9e BIMa

 

par Michel Gay – Revue Conflits – publié le 19 janvier 2023

https://www.revueconflits.com/la-solde-des-militaires-le-prix-du-sang/


Solde et salaire sont deux choses différentes. Si les militaires perçoivent une solde, c’est pour payer le prix du sang, différenciant leurs activités des autres activités rémunérées.

Les militaires (incluant les gendarmes) ne perçoivent pas un salaire mais une solde. Si le salaire est le prix du travail, depuis Napoléon la solde est le prix du sang.

Un léger malentendu… 

Un militaire perçoit une solde non pour produire un bien ou rendre un service marchand, mais pour se préparer à défendre la Nation, y compris par la violence et au péril de sa vie, en obéissant aux ordres donnés par ses représentants légitimes.

Légalement, un militaire n’a pas d’horaires de travail (dans la pratique quotidienne, des horaires ont été calqués sur ceux du monde civil). Un chef militaire peut ordonner jour et nuit, 365 jours par an, des actions dangereuses pour la vie de ses subordonnés (et pour la sienne) dans le cadre de la mission qui lui est confiée.

En revanche, un chef d’entreprise peut aller en prison s’il met sciemment en danger la vie de ses salariés.

Des élèves-officiers britanniques avaient été interrogés pour savoir, selon eux, quel métier civil se rapprocherait le plus de leur future situation de chef militaire. Beaucoup ont répondu : « chef d’entreprise »…

Un chef militaire n’est pas un chef d’entreprise !

D’abord, un chef d’entreprise doit gagner l’argent, ou l’emprunter, pour investir, payer les salaires et, éventuellement, engranger des bénéfices. Le militaire, lui, ne fera jamais fortune mais il est régulièrement payé par l’Etat, et il n’achète pas le matériel qu’il utilise.

Ensuite, les militaires ont le pouvoir, et même parfois le devoir, de tuer au nom de la Nation qui l’ordonne en lui confiant une mission. Ils ne sont pas seulement des gestionnaires de moyens alloués par la Nation ou des « managers » de leurs subordonnés.

La communication des armées a elle-même contribué à rendre ambigüe cette perception de « l’état militaire ». Des campagnes de recrutement ont été centrées sur le monde civil (apprendre un métier, se consacrer à des actions humanitaires, faire du sport,…). Elles étaient certes utiles pour recruter massivement, mais ces « publicités » étaient en décalage avec les rudes réalités des opérations extérieures.

La préparation au combat n’est pas seulement un apprentissage technique, ni un simple entraînement sportif pour se former physiquement et mentalement, c’est surtout un engagement personnel jusqu’au « sacrifice suprême » au service de son pays et de la défense de ses valeurs (démocratie, liberté,…).

Les militaires sont destinés au combat

Et le combat sort du monde ordinaire, il est « extraordinaire » au sens littéral. Il porte ses propres règles, différentes de celles qui régissent l’état de paix. Il bouleverse les circonstances habituelles, les perceptions, les réactions et, in fine, l’être même.

Au combat, il faut faire face à l’horreur et surmonter la peur. La proximité avec le danger et la mort agit comme un révélateur. Des hommes et des femmes ordinaires ont soudain des comportements extraordinaires pour défendre des intérêts aux contours parfois flous. Ils acceptent des efforts « hors normes » pour affronter collectivement une réalité violente loin du monde individualiste et hédoniste habituel.

Les militaires répondent aussi à des impératifs personnels : la soif de découverte, l’envie d’aventure, d’action, de se dépasser, le rejet d’une société aseptisée, et le besoin d’être intégré dans un groupe humain rendu solidaire par des épreuves partagées.

C’est souvent principalement pour ces raisons qu’ils acceptent de s’engager dans des combats difficiles, avec des moyens parfois rustiques, et de souffrir en silence.

Les médias communiquent volontiers sur un mode compassionnel et sont promptes à dénigrer l’Armée si un soldat se conduit mal, mais ils « oublient » parfois (souvent ?) d’honorer ces nombreux jeunes Français qui incarnent aussi des vertus de calme, d’effort, de volonté, et de courage.

Le soldat de la Paix

L’ère sympathique, mais quelque peu utopique, du « soldat de la paix » est maintenant dépassée.

Certes, il œuvre pour la paix mais sous la pression des évolutions géopolitiques, le mot guerre n’est plus tabou. La population française redécouvre que des crises et des guerres existent toujours partout dans le monde, provoquant des ruines, des blessés et des morts.

Paradoxalement, malgré cette prise de conscience, les moyens militaires de la France en hommes et en matériels ont diminué ces dernières années. Nos responsables politiques, parfois aveuglés par notre « supériorité technologique », parfois virtuelle, imaginent que les conflits vont s’apaiser d’eux-mêmes, comme par miracle.

Un pays qui oublie la finalité de ses armées et les réalités du combat est condamné à se perdre. Certains espèrent que « d’autres », parfois méprisés, iront spontanément s’exposer à leur place pour faire face au danger lorsqu’il surgira. Mais combien « d’enfants de la Patrie » accepteront avec entrain de se lever et de mettre leur vie en péril, sans y être préparés, quand nos intérêts et nos libertés seront menacés ?

Négliger les valeurs du combattant face à des adversaires de la démocratie qui exaltent à l’extrême des valeurs guerrières sur fond d’idéologie (religieuse ou non) crée un décalage dangereux. « Contre nous (les démocrates), l’étendard sanglant de la tyrannie est levé ».

Dans un monde qui n’a jamais cessé d’être turbulent, voire violent, les critères de discipline, d’abnégation et de dévouement font la force du militaire. Ces valeurs constituent un modèle de plus en plus prisé par une société, notamment des jeunes, en quête de repères.

L’État verse une solde aux militaires pour accepter sur ordre de verser leur sang, et aussi pour assumer le sacrifice ultime des autres, pour la défense des intérêts de la Nation.

Sur les canons du roi Louis XIV était gravée la locution latine « Ultima ratio regum » : le dernier argument du roi.

Vers une capacité MAMBA musclée dans la prochaine LPM

Vers une capacité MAMBA musclée dans la prochaine LPM


Pour les chefs d’état-major, chaque audition parlementaire devient propice à relever les grands enjeux capacitaires de la prochaine loi de programmation militaire. Du côté de l’armée de l’Air et de l’Espace, les réflexions portent entre autres sur le renforcement du segment de défense sol-air assuré par les systèmes MAMBA. 

S’agissant de la défense sol-air en général, « la LPM que nous sommes en train de construire doit nous permettre d’aller plus loin », déclarait le chef d’état-major de l’AAE, le général Stéphane Mille mi-octobre en audition à l’Assemblée nationale. Des propos réitérés et détaillés un mois plus tard au Sénat. Certains sujets étaient alors « encore en cours d’arbitrage » mais, selon, le CEMAAE, l’une des idées sur la table sera bien de muscler la capacité MAMBA de deux manières. 

Premièrement, en poursuivant la rénovation des systèmes actuels via le programme SAMP/T NG conduit avec l’Italie. Lancé en réalisation en novembre 2020, ce programme dotera le système français du nouveau radar GF 300, du missile Aster 30 B1 NT et d’un module C2 rénové. Mais s’il doit permettre, d’après le CEMAAE, de « protéger une zone plus vaste et de lutter contre les menaces supplémentaires », le SAMP/T NG ne sera livré qu’à partir de 2027 aux armées françaises. 

Et deuxièmement, il est aussi question « d’augmenter le volume pour pouvoir répondre à une demande de protection croissante ». L’armée de l’Air et de l’Espace opère aujourd’hui huit sections MAMBA, dont l’une est déployée en Roumanie au titre de la mission Aigle. L’Ukraine demande depuis longtemps à la France de lui fournir une capacité MAMBA pour lutter contre les attaques russes, sans réponse claire jusqu’à présent. Seul indice évoqué la semaine dernière par le ministre des Armées Sébastien Lecornu lors d’un déplacement à Kiev, le lancement d’un programme de formation d’officiers ukrainiens sur « des nouveaux systèmes qui pourraient équiper l’Ukraine à l’avenir ».

S’agira-t-il d’en acquérir davantage comme le projette l’Italie, de poursuivre l’effort de remontée des stocks de missiles Aster 30, ou les deux ? Pour cette réponse, et bien d’autres, il faudra encore attendre plusieurs semaines avant l’adoption de la LPM 2024-2030 en conseil des ministres et sa publication. Le président de la République s’exprimera prochainement à ce sujet lors de ses traditionnels vœux aux armées, organisés cette fois sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan. La discussion du texte devrait intervenir en juin prochain au Sénat mais, pour certains sénateurs, la question de l’étendue de la capacité de défense sol-air ne pourra être éludée. 

« La guerre en Ukraine a mis en évidence les limites de notre défense sol-air, dont nous disposons en quantité plutôt modeste, que ce soit pour la moyenne portée (SAMP-T Mamba avec le missile Aster) ou dans la basse couche (Crotale) », relevait notamment la sénatrice socialiste Hélène Conway-Mouret.

Bien que parcellaire, la perspective partagée par le CEMAAE aura peut-être participé à rassurer des sénateurs pour qui la défense sol-air française reste « un sujet de préoccupation ». Un sentiment partagé par leurs homologues de l’Assemblée nationale, à l’origine d’une mission flash sur le sujet pilotée depuis mi-octobre par les députés Natalia Pouzyreff (RE) et Jean-Louis Thiériot (LR).

Crédits image : AAE

Les équipements des armées légèrement rabotés dans la dernière mouture du budget 2023

Les équipements des armées légèrement rabotés dans la dernière mouture du budget 2023

– Forces opérations Blog – publié le

Le projet de loi de finances pour 2023 a été définitivement adopté le 15 décembre, moyennant un nouveau recours à l’article 49.3 de la Constitution. S’il entérine une hausse de 3 Md€ pour le budget des armées, l’exercice se solde aussi par un petit mouvement défavorable aux équipements des forces.

Il faut une certaine dextérité visuelle pour le détecter dans la masse de chiffres, mais le programme 146 « Équipements des forces » s’est vu ponctionner de 74 M€ en autorisations d’engagement et de 23,2 M€ en crédits de paiement dans la dernière mouture du PLF.

La raison invoquée ? Assurer la recevabilité financière d’un amendement déposé par le sénateur Joël Guérriau (Les Indépendants – République et territoires) et grâce auquel les armées pourront « accélérer l’effort » et « accroître le budget consacré en 2023 à la rénovation des restaurants gérés par le Service du commissariat des armées ».

L’effort de rénovation, à l’origine crédité de 147 M€ pour 2023, apparaît « comme une préoccupation importante portée par le ministère des armées afin de proposer à nos militaires et civils de la défense une restauration de meilleure qualité », complétait-t-il. Message reçu par le gouvernement, qui a donc intégré un amendement pourtant rejeté plus tôt par le Sénat « en raison de son gage sur les crédits destinés à l’équipement des forces armées ».

Selon l’amendement déposé, l’opération se fera au détriment de l’action 09 « Engagement au combat » du programme 146, la plus importante devant la dissuasion avec près de 5,2 Md€ de crédits de paiement. Elle englobe notamment des sujets terrestre clés tels que le VBCI – programme à effet majeur dont la clôture était prévue pour 2022-, l’hélicoptère Tigre, le missile moyenne portée ou encore l’environnement SCORPION. Même si elle n’est jamais plaisante, la ponction reste minime et aura au moins le mérite de rappeler que la qualité de l’alimentation est au moins aussi importante que celle des équipements.

Crédits image : armée de Terre

L’internationalisation du Renminbi : un développement rapide 1/3

L’internationalisation du Renminbi : un développement rapide 1/3

 

par Alex Wang – Revue Conflits – publié le 23 décembre 2022

https://www.revueconflits.com/linternationalisation-du-renminbi-un-developpement-rapide-1-3/


Déclenchée en 2009 et sous l’impulsion d’une double stratégie de contournement et d’effort à l’intérieur des systèmes existants, l’internationalisation du Renminbi s’est développée rapidement en termes d’institutions et d’usages.

L’internationalisation de la monnaie chinoise Renminbi (RMB) est un sujet qui s’invite de plus en plus dans les débats et les conversations tant entre les experts qu’entre les passionnés de géopolitique.

Cela donne place à deux types de perceptions quelque peu contradictoires. Certains sont enthousiastes, pensant que RMB sera très bientôt la monnaie internationale dominante remplaçant le dollar américain ; d’autres rivent leur regard sur le faible poids de cette devise dans les compartiments majeurs des finances globales, en arguant que ce mouvement n’est qu’un épiphénomène cantonné à son niveau régional. La vérité est plus complexe, se situant probablement entre les deux.

Un examen à tête reposée nous paraît utile et nécessaire pour avoir une image objective de ce phénomène qui entraînerait des conséquences multiples, profondes et durables sur l’ordre monétaire global, l’économie et le commerce mondiaux et, en fin de compte, sur nous tous.

Les objectifs

Les exportations chinoises vers le reste du monde a atteint 3 368 milliards de dollars en 2021, contre 326 milliards en 2001. Elle représente désormais 14,5 % des échanges internationaux, contre 9 % en 2001.[1] En revanche, la plupart des échanges se font encore en US dollar. C’est un énorme caillou pointu dans les chaussures de la Chine.

Le déséquilibre entre son poids économique dans le monde et l’utilisation très faible de sa monnaie dans les commerces et les marchés financiers a fait sentir à la Chine, dès le début 2000, le besoin pressent d’internationaliser le RMB.

Une utilisation plus importante de sa monnaie lui conférerait les avantages évidents pour réduire les coûts du commerce transfrontalier, faciliter grandement les investissements entrants et sortants et, également, diminuer substantiellement les incertitudes de change.

Vouloir sortir du piège du dollar US pour acquérir une plus grande autonomie relative à la politique économique constitue également l’un des motifs majeurs de ce mouvement stratégique.

L’autre raison de l’accélération de l’internationalisation du RMB a trait à la gestion du risque. Les sanctions financières constatées à l’occasion de la guerre en Ukraine ont provoqué une prise de conscience aiguë concernant le besoin urgent de réduire drastiquement et rapidement la dépendance vis-à-vis de US dollar.[2]

En résumé, la Chine veut que sa monnaie devienne non seulement un moyen d’échange crédible, mais également en tant que réserve de valeur largement acceptée. Ainsi son économie serait plus efficace et mieux protégée.

Cette stratégie a été inscrite dans les 13e et 14e plans quinquennaux. Sa mise en œuvre constitue l’une des plus grandes priorités du gouvernement chinois.

Le début forcé et le développement rapide

L’internationalisation du RMB digne de ce nom a été déclenchée comme suite à la crise financière de 2008. Fortement encouragée par le Gouvernement chinois et poussé par la croissance fulgurante du commerce avec de plus en plus de pays, l’utilisation du RMB à l’international a connu un progrès plus que significatif.

Dressons un bilan rapide des progrès réalisés dans divers domaines pour la mise en mouvement de cette internationalisation.

Construction des institutions

La construction du réseau (ou de l’infrastructure) est primordiale pour favoriser, soutenir les usages du RMB. Il s’agit de la mise en place des swaps, l’ouverture des centres offshore, la réforme des systèmes de paiement, création des zones économiques spéciales et, également, le soutien des nouvelles banques.

Mise en place des swaps

Par swaps, on entend des accords bilatéraux qui renforcent la liquidité d’une monnaie en permettant à d’autres pays ou zones monétaires d’y accéder. Cela permet de réduire les effets des fluctuations des taux de change.

Les accords de swap se développaient d’abord entre les banques régionales puis internationales. Entre 2009 – 2020, la Chine a déjà signé des accords de swap avec plus de 41 banques centrales pour un montant de 3,5 trillions de RMB (554 milliards de dollars).[3] Parmi lesquelles, nous pouvons citer quelques banques signataires : Hongkong, Russie, Biélorussie, Indonésie, Australie, Corée du Sud, Malaisie, Argentine, Brésil, Canada, Royaume-Uni, Suisse, etc. Sans oublier celui conclu avec la zone euro avec tous ses membres. Le plus important d’entre eux est celui avec Hong Kong. En plus de swap classique, les solutions avancées ont été mises en place progressivement telles que stock connect, bond connect, ETF connect et Health Management connect, etc.[4]

Les signataires ont été choisis en fonction de la taille de leur économie, l’intensité de son commerce avec la Chine et l’accord du libre-échange existant.

La mise en place de ces accords contribue significativement à l’amélioration de la liquidité en RMB des signataires et au renforcement du sentiment de sécurité en cas de crise. Cela encourage grandement le mouvement vers RMB et son utilisation.

Ouverture des plateformes offshore

Depuis 2009, la Chine facilite également les règlements de commerce extérieur en renminbi, ou « renminbi offshore » (CNH)[5], après le succès d’une initiative pilote limitée.

Calée sur le modèle de l’Eurodollar,[6] la Chine a développé des plateformes offshores, sur lesquels se tiennent des transactions en RMB (CNH), ce qui a permis aux banques de se soustraire à certaines règles contraignantes en Chine continentale stimulant les règlements des échanges. Hongkong a été le premier (2003 – 2004) et le plus important centre offshore. Près des trois quarts de la compensation offshore en renminbi ont lieu à Hong Kong, qui entretient des liens étroits avec la Chine continentale.

Le RMB offshore (CNH) pratique le taux de change flottant libre. Il est différent du RMB onshore (CNY) qui utilise le taux de change également flottant, mais dirigé. Ainsi, nous avons la notion d’une monnaie de deux pays. CNY et CNH s’échange à parité, bien qu’ils aient des valeurs différentes dans leur marché respectif. La convergence des taux de change a été démarrée et devrait continuer dans la poursuite de la libéralisation financière.

Par ailleurs, le gouvernement chinois approuve un nombre croissant de banques de compensation (clearing banks), qui permettent d’améliorer la liquidité des acteurs, en facilitant l’accès au système de paiement chinois.

Les clearing banks se trouvent maintenant un peu partout : Macao, Taïwan, Singapour, Séoul, Kuala Lumpur, Bangkok, Sydney, Toronto, Londres, Frankfort, Paris, Luxembourg, Doha, Zurich, Johannesburg, Santiago du Chili, etc. En permettant à la banque centrale chinoise (BPoC) d’intervenir indirectement dans les transactions en RMB sur les marchés offshore, ces banques jouent un rôle essentiel pour la fourniture d’un moyen de règlement interbancaire aux banques internationales opérant en RMB.

Avec 1 400 comptes de compensation en RMB qui fonctionnent avec les banques de correspondance dans le monde, la Banque de Chine est le leader en la matière.

Réformes des systèmes de paiement

US a deux systèmes de paiement : 1/ FEDwire pour les règlements internes (Real Time Gross Settlement) ; 2/ CHIPS (Clearing House Interbank Payment System) pour les paiements internationaux.

De façon similaire, la Chine a également mis en place deux systèmes de paiement : 1/ CNAPS (China National Advanced Payment System) pour les paiements internes ; 2/ CIPS (China International Payment System) pour les paiements internationaux. Ce système a été inauguré en 2015. Le but est de fluidifier davantage les flux et d’améliorer l’efficacité des opérations. On constate une utilisation croissante de ce système.

Réformes des systèmes bancaires

Depuis 2012, les non-résidents ont la possibilité d’ouvrir un compte en RMB à Hong Kong et d’acheter une large palette de produits financiers libellés en RMB. Les transferts de fonds entre comptes sont permis, créant ainsi à Hong Kong un marché interbancaire en monnaie chinoise.

Un autre aspect des réformes bancaires concerne l’entrée d’acteurs étrangers. La Chine a en effet accéléré l’ouverture de son secteur bancaire continental en raison de son entrée à l’OMC en permettant l’installation de bureaux de représentation et de succursales de banques étrangères ainsi que d’institutions financières étrangères.

Zones économiques spéciales (ZES)

En commençant par Shanghai en 2013, la Chine a donné la priorité à la création de zones de libre-échange. Les provinces de Guangdong, Tianjin et Fujian ont été choisies pour accueillir le projet pilote de zones franches.

Conçues pour attirer les investissements étrangers, notamment grâce à un assouplissement des réglementations au sein de cette juridiction spécifique, les zones économiques spéciales chinoises offrent des avantages tels que l’importation et l’exportation en franchise de droits.

Au-delà de la stimulation du commerce extérieur, les ces zones servent de terrain d’essai pour des réformes plus larges dans des domaines tels que le dédouanement et le règlement des opérations de change.

Nouvelles banques

À côté des institutions financières existantes établies sous le feu système Bretton Woods : IMF, the World Bank and Asian Development Bank, les nouvelles banques ont été créées telles que the Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB), the Silk Road Fund, the New Development Bank (NDB aka BRICS Bank). Elles participent également au développement de l’internationalisation du RMB.

Développement de l’utilisation du RMB

Les réformes mises en place par la Chine ont permis au RMB d’être davantage utilisé par les non-résidents : le processus d’internationalisation est donc effectivement engagé.

Son utilisation dans les paiements commerciaux

L’utilisation du RMB dans les paiements commerciaux a fait du progrès ces dernières années et continue à se développer.

En 2009, le pourcentage du commerce extérieur chinois réalisé en RMB était négligeable. Selon le dernier RMB Tracker de SWIFT, plus de 100 pays utilisent désormais le RMB pour leurs paiements avec la Chine continentale et Hong Kong. La monnaie chinoise renminbi, a acquis et conserve sa 4e position de devise la plus utilisée pour les paiements mondiaux en valeur en janvier 2022, avec une part de 3,2%.[7] On se souvient encore de l’époque où elle était à la 35e place.

Les recettes et les paiements transfrontaliers en RMB de la Chine dans les secteurs non bancaires ont atteint 27 800 milliards de yuans (3 910 milliards de dollars) entre janvier et août 2022, en hausse de 15,2% en glissement annuel, selon les données de la banque centrale.[8]

Lancé en 2015 comme alternative au réseau SWIFT, CIPS en tant qu’infrastructure de traitement des paiements a connu un développement significatif avec actuellement 1 280 institutions financières connectées dans 103 pays. En 2021, CIPS a traité plus d’opérations par rapport à l’année précédente avec 75% de croissance en valeur et plus de 50% en volume.[9]

Son utilisation dans les investissements :

Depuis 2011, la Chine a également libéralisé les investissements directs étrangers (IDE) par le biais de RMB offshore (CNH).

Une mise à jour de la loi sur les investissements étrangers en 2020 a encore assoupli les procédures, notamment en raccourcissant la « liste négative » des industries considérées comme restreintes ou interdites.

Les transferts de fonds transfrontaliers effectués par les « entreprises à investissements étrangers » ont également été assouplis, les investisseurs étrangers pouvant effectuer à leur guise des transferts de fonds en dehors de la Chine en RMB ou devises étrangères.

Également connue sous le nom de « dim sum bonds », la Chine a autorisé leur achat en dehors de la Chine continentale, où elles sont soumises à moins de restrictions. Principalement émises à Hong Kong, les obligations Dim Sum permettent aux investisseurs étrangers d’acquérir des actifs libellés en RMB, tout en évitant les contrôles de capitaux chinois.

Pour les investissements en RMB, le statut est le RQFII (renminbi qualified foreign institutional investor), lancé en 2011. Cela permet aux RMB offshore d’être réintroduits en Chine continentale pour des investissements par les étrangers sous quotas.

La Chine édite actuellement les règles de gestion des fonds pour les obligations Panda[10] dans sa dernière mesure pour faire progresser l’ouverture bilatérale de son marché financier.[11]

Ainsi, toutes ces mesures équivalent à une ouverture progressive du compte capital et à une atténuation des restrictions sur les mouvements de capitaux dans la monnaie chinoise.

Son utilisation dans les réserves de change

La fonction de réserve de valeur est apparue primordiale comme mesure du degré d’internationalisation.

À partir d’août 2010, 38 banques centrales étrangères ont ajouté le RMB à leurs réserves de change, ce qui est un élément important du statut international d’une monnaie. Actuellement, 70 pays utilisent RMB dans leurs réserves de change.

Bien que RMB ne représente actuellement que 2 % des réserves en devises étrangères. Selon la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, il représentera 5 à 10% des réserves de change mondiales d’ici 2030, ce qui en fera la troisième monnaie de réserve mondiale, juste après le dollar américain et l’euro.

Son utilisation sur le marché des changes

Le processus d’internationalisation du RMB a progressé plus vite que celui concernant la flexibilité du taux de change onshore. La largeur de la fourchette a été élargie d’année en année (par exemple + – 0.1 % en 2005, + – 3% en 2015).

Selon l’Enquête triennale des banques centrales sur les marchés mondiaux des changes, publiée par la Banque des règlements internationaux (BRI) en 2019, le RMB ne représente toujours qu’environ 4,3 % des opérations de change dans le monde, un chiffre comparativement faible. N’oublions pas qu’il représentait moins de 1 % en 2010.

Promotion de son utilisation dans les espaces stratégiques

Dans le cadre du projet BRI :

Promouvoir l’utilisation du RMB pour les transactions transfrontalières dans les pays participants à l’initiative « Belt and Road Initiative » (BRI) est également une stratégie pratiquée. Selon la banque centrale chinoise PBoC, les transactions en RMB avec ces pays ont atteint 5,42 trillions de RMB yuan en 2020 (763,4 milliards de dollars) avec une croissance de 19,6% comparé à l’année précédente.

Avec les pays BRICS

Une plus large utilisation du RMB dans les relations avec les pays BRICS a été encouragée continuellement. [12]

La Russie a commencé à utiliser RMB dans ses relations commerciales avec la Chine. Par exemple, 17,5% des échanges transfrontaliers sino-russes ont été faits en RMB en 2020, avec une petite croissance de 3.1% par rapport au 2014. [13]  Selon Reuter, Gazprom a annoncé qu’ils avaient signé un accord avec la Chine pour payer les achats de gaz en RMB et Roubles à la place des dollars.[14]

La perspective de l’arrivée potentielle des nouveaux candidats (plus de 12 dont Arabie saoudite, Iran, Turquie, Indonésie, Argentine…) donnerait plus de poids à cet axe d’effort. S’ils sont acceptés, les nouveaux membres proposés des BRICS créeraient une entité dont le PIB serait supérieur de 30 % à celui des États-Unis, représentant plus de 50 % de la population mondiale et contrôlant 60 % des réserves mondiales de gaz.[15]

OCS (SCO – Shanghai Cooperation Organisation)

Avec la Russie, la Chine et les quatre pays d’Asie centrale fondateurs, l’OCS est aujourd’hui élargie à 21 pays – notamment l’Inde et le Pakistan ralliés en 2017 -. Elle couvre 60% de l’Eurasie, compte 40% de la population mondiale et recèle 38% des réserves mondiales connues de gaz, 20% de celles de pétrole et respectivement 40% et 50% de celles de charbon et d’uranium.

La même politique de promotion est en cours pour encourager une plus large utilisation du RMB entre ces pays.

RCEP

De même, le Partenariat économique global régional (ou RCEP) forme un nouveau bloc commercial entre la Chine et quatorze autres nations, dont les pays de l’ASEAN, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. C’est une nouvelle occasion pour la Chine de promouvoir le règlement en RMB dans le commerce international, étant donné les grands projets d’investissement auxquels l’accord donnera inévitablement lieu. [16]

Avec d’autres pays/deux cas : Iran, Australie

Iran : Dans l’implémentation l’accord de coopération de 25 ans entre Iran et la Chine signé lors de la visite de Wang Yi en Moyen-Orient, l’utilisation du RMB en sera également question. Les deux parties étaient d’accord pour promouvoir son utilisation globale.

Australie : La société Baosteel, basée à Shanghai, et l’entreprise australienne Rio Tinto ont achevé leur premier règlement transfrontalier en RMB en utilisant la technologie de la blockchain, a annoncé le 12 mai la société mère de l’ancien China Baowu Steel Group. L’accord valait plus de 100 millions de yuans (14,10 millions de dollars). [17]

La reconnaissance institutionnelle

Au premier semestre 2016, en dépit de conditions non encore remplies, le FMI a accepté que le renminbi (RMB), la devise chinoise, entre en octobre 2016 dans le panier de devises (Special Drawing Right – SDR) (pondération de 10.92 %[18]), son unité de compte, aux côtés du dollar américain (41.73 %), de l’euro (30.93 %), du yen (8.33 %) et de la livre sterling (8.09 %). Ceci n’a pas seulement une valeur symbolique. C’est la reconnaissance des années d’efforts et des résultats.

Ce tour de piste nous montre que les infrastructures sont prêtes pour une réelle internationalisation du RMB. Bien que timides, les premiers résultats d’utilisation sont encourageants.

Bibliographie

中国人民银行:2022 人民币国际化报告 (People’s Bank of China : the 2022 Year Book of RMB internationalisation)

William H. Overholt, Guonan Ma and Cheung Kwok Law, Renminbi rising, a new global monetary system emerges, Wiley, 2016

Robert Minikin and Kelvin Lau, The offshore Renminbi, the rise of the Chinese currency and its global future, Wiley, 2013

Ray Dalio, Principles for dealing with the changing world order, why nations succeed and fail, Simon & Schuster, 2021

James Rickards, Currency Wars, the making of the next global crisis, Portfolio Penguin, 2011

Delphine Lahet, Le degré d’internationalisation du Renminbi : Un bilan d’étape fondé sur une revue de la littérature,Revue d’économie politique 2017/5 (Vol. 127)

Barry Eichengreen, Masahiro Kawai, Renminbi Internationalization: Achievements, Prospects, and Challenges, Brookings Institution Press and ADBI, February 11, 2015

Zhongxia Jin, Yue Zhao, Haobin Wang, and Shao Suya, Renminbi from Marketization to Internationalization, May 25, 2022

[1] Cf. Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique, le 22 avril 2022 (https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/CN/commerce-exterieur-chinois)

[2] Cf. Alex Wang, La gestion des réserves de change : la Chine se prépare-t-elle à faire sa mue ? Revue « Conflits », n° 42

[3] Hung Tran, Atlantic Council : Internationalization of the Renminbi via bilateral swap lines, March 18, 2022.

[4] Yi Wu, China Briefing, China-Hong Kong Swap Connect: What Does it Mean for Foreign Investors? July 14, 2022.

[5] CNH : « H » signifie au départ Hong Kong puis Haiwai (海外 : en dehors de Chine).

[6] Les eurodollars sont des dépôts à terme libellés en dollars déposés auprès d’une banque établie hors des États-Unis. Ces dépôts sont hors de la juridiction des États-Unis et permettent des marges plus grandes. Ce marché est devenu plus important que le marché monétaire domestique américain (Cf. Wikipedia : EuroDollar).

[7] French.china.org.cn, 17-02-2022

[8] French.china.org.cn, 11. 10. 2022

[9] Emily Jin, Why China’s CIPS matters (and not for the reasons you think), Lawfare, April 05, 2022

[10] Les obligations panda sont des dettes libellées en yuan vendues par des émetteurs étrangers en Chine.

[11] French.china.org.cn, 10. 12. 2022

[12] The BRICS and Collective Financial Statecraft, De Cynthia A. Roberts (Professor of political science), Leslie Elliott Armijo, Saori N. Katada.

[13] Asia Times, Jeff Pao, March 8, 2022

[14] Reuter, September 6, 2022

[15] BRICS will welcome new members, to better represent voices of emerging market economies, Global Time, May 21, 2022.

[16] The Rise of a New Anchor Currency in RCEP? A Tale of Three Currencies, ResearchGate

[17] Par Global Times – Le 11 juillet 2022

[18] Il a été réajusté à 12,28% en 2022.

Pour un sénateur, la “logique d’économies” à l’ONACVG “a atteint ses limites”

Pour un sénateur, la “logique d’économies” à l’ONACVG “a atteint ses limites”

Le sénateur Marc Laménie alerte sur la situation financière de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG).

Drapeaux d'anciens combattants lors d'une cérémonie aux Invalides. (Photo L'Essor)

Drapeaux d’anciens combattants lors d’une cérémonie aux Invalides. (Photo L’Essor)

 

par Pierre-Marie Giraud – L’Essor de la Gendarmerie nationale – publié le 29 novembre 2022

https://lessor.org/societe/pour-un-senateur-la-logique-d-economies-a-l-onacvg-a-atteint-ses-limites


Le sénateur Marc Laménie (apparenté LR), rapporteur spécial de la commission des finances sur le programme 169 de “reconnaissance et réparation en faveur du monde combattant”, s’inquiète “vivement” de la situation financière de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG).

Il vient en effet de réaliser un contrôle budgétaire sur l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG), dont le rôle historique et premier est “d’exprimer et de mettre en œuvre la reconnaissance de la Nation envers les anciens combattants qui se sont battus pour elle”. Dans son rapport d’information, il relève que l’ONACVG connait depuis dix ans une diminution régulière de ses crédits, car les anciens combattants, âgés d’au moins de 80 ans pour ceux de la Guerre d’Algérie, sont de moins en moins nombreux (deux millions en 2021). Pour autant, relève Marc Laménie, si la mission historique de l’Office décroit, ce n’est pas le cas de ces autres compétences. Il cite notamment le guichet unique des aides pour les rapatriés, le travail de mémoire sur la guerre d’Algérie et les Opex ou l’accompagnement des pupilles de la Nation et de la République.

Un nouveau nom en 2023

Le contrat d’objectifs et de performance (COP) de l’Office prévoit le développement des ses moyens informatiques et la réduction de ses effectifs (baisse de plus de 12% sur sept ans). Il compte habituellement 400 agents répartis sur un réseau de 104 antennes locales. Le rapporteur spécial estime que les moyens de l’Office atteignent un niveau plancher en dessous duquel son fonctionnement serait remis en cause. Il recommande de renforcer ses compétences s’agissant de la conservation et de la transmission de la mémoire, ainsi que les liens avec la jeunesse et la communication autour du Bleuet de France, et de sanctuariser ses moyens.

L’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG) change de nom et deviendra le 1er janvier 2023 l’Office national des combattants et des victimes de guerre. Son budget de fonctionnement courant est d’un peu plus de 55 millions d’euros annuels.

PMG