HK 416 F – Le nouveau fusil d’assaut de l’armée française

HK 416 F – Le nouveau fusil d’assaut de l’armée française


Au mois de mai 2014, la Direction Générale de l’Armement annonce un appel d’offre européen pour remplacer le fusil d’assaut de l’armée française. Malheureusement aucune entreprise française ne sera sélectionnée. Verney-Carron souhaitait proposer son entrée mais sa candidature sera rejetée pour deux raisons. La première est que pour être éligible, il fallait avoir un chiffre d’affaires d’au moins 80 millions d’euros, ce qui n’était pas le cas de l’entreprise stéphanoise et la seconde raison est que Verney-Carron n’aurait pas eu la capacité industrielle à fournir rapidement les 90 000 fusils d’assaut nécessaires.

Il reste alors FN Herstal avec le SCAR-L, Heckler & Koch avec le HK 416, Beretta avec l’ARX 160, Sig Sauer avec le MCX et l’entreprise croate HS Produkt avec le VHS2 qui était le seul bullpup en compétition. Toutes ces armes seront testées de manière intensive par la Section Technique de l’Armée de Terre et ce sera finalement le HK 416 qui sera sélectionné. Le 23 septembre 2016, la DGA annonce officiellement l’adoption du HK 416 F.

Le contrat avec Heckler & Koch va porter sur 38 505 HK 416F (la version standard) et 54 575 HK 416 FC (la version compacte) qui doivent être livrés d’ici la fin de l’année 2021 puis de 12 000 fusils par an jusqu’en 2028.

Crédit : 35e RAP.

La ministre des Armées à Marignane pour lancer le Guépard et booster la disponibilité

La ministre des Armées à Marignane pour lancer le Guépard et booster la disponibilité


– Forces opérations blog – publié le

La ministre des Armées Florence Parly était de retour vendredi dernier sur le site de Marignane d’Airbus Helicopters. Cette visite, la troisième depuis mai 2019, avait un double enjeu : officialiser le lancement du programme HIL et s’assurer de la poursuite de l’effort en matière de soutien des flottes d’hélicoptères français.

Une commande historique

Moins de trois ans après s’être rendue dans les Bouches-du-Rhône pour annoncer l’accélération du programme HIL, Florence Parly y revenait cette fois pour officialiser « la plus grande commande d’hélicoptères jamais faite de l’histoire des armées françaises ». Le contrat annoncé fin décembre est en effet « historique par son volume », déclarait à son tour le PDG d’Airbus Helicopters.

Au total, la France achète 180 hélicoptères H160 et H160M : 170 Guépard pour les trois Armées, dont un modèle « banc d’essai » pour DGA Essais en vol, et 10 H160 civils modifiés pour la Gendarmerie nationale et financés grâce au plan de soutien aéronautique. Du côté des Armées, une tranche de 30 appareils est d’ores et déjà affermie, dont 21 sont destinés à l’armée de Terre. 

Évalué à 10 Mds€ par le ministère des Armées, le programme HIL assure une quinzaine d’années de visibilité à l’hélicoptériste. À lui seul, il pérennise 2000 emplois dans toute la filière française et soutiendra la création de 400 postes sur le site de Marignane avec des effets concrets dès cette année, essentiellement dans les bureaux d’étude et en ingénierie dans un premier temps.

Poussée par les commandes civiles, la chaîne d’assemblage H160/H160M est aujourd’hui en pleine montée en puissance

La Marine nationale, premier opérateur français du H160

Cette notification est un signal fort de l’engagement du ministère des Armées « pour soutenir notre industrie aéronautique de défense » et « pour rappeler l’importance du besoin pour un hélicoptère interarmées léger, pour lequel le H160M a été sélectionné », insistait Bruno Even.

Poussée par la cinquantaine de commandes civiles, la chaîne d’assemblage H160 est maintenant en plein « ramp up ». Il faudra cependant attendre 2027 pour les premières livraisons de série aux Armées. Elles bénéficieront en premier lieu à l’armée de Terre, dotée à terme de 80 Guépard. Suivront l’Armée de l’Air et de l’Espace en 2029 (40 exemplaires) puis, un an plus tard, la Marine nationale (49 exemplaires).

Si l’armée de Terre est en pointe sur le Guépard, la Marine nationale sera le premier opérateur étatique français du H160. En l’attente du Guépard, elle recevra une flotte intérimaire de six H160 loués auprès du groupe britannique Babcock pour soulager le Caïman Marine lors des opérations de secours en mer. Le premier a réalisé plusieurs vols d’essai et sera livré cette année. Le second est dans la chaîne d’assemblage. Avant livraison, ces appareils transiteront par Babcock pour être modifiés et recevoir plusieurs systèmes de mission, telle qu’une boule optronique Euroflir 410.

Des perspectives à l’export

Cette commande, précédée de peu par l’acquisition de 12 Caracal par les Émirats arabes unis, aura permis à Airbus Helicopters de clôturer 2021 sur les chapeaux de roues et d’aborder la suite avec un carnet de commandes bien rempli.

« L’année 2022 s’annonce sous les meilleurs augures pour Airbus Helicopters », estimait la ministre des Armées en marge de sa visite. L’industriel peut désormais jouer la carte « France » pour appuyer le H160M à l’export. « Son potentiel est immense, nous y croyons fermement », assurait Bruno Even. Ce dernier attend par ailleurs une bonne nouvelle concernant la rénovation à mi-vie de l’hélicoptère Tigre, sujet hautement symbolique pour ce programme de coopération franco-allemand à l’origine de la création d’Eurocopter, il y a pile 30 ans.

Le partenaire allemand s’est pour l’instant désengagé de l’avenir du Tigre mais, pour Bruno Even, le prochain objectif reste bien de « lancer la nouvelle version de cet appareil au standard Mk 3 avec la France et l’Espagne, tout en espérant convaincre l’Allemagne ». Bientôt notifié, le marché Tigre Mk3 est estimé à plus de 4 Mds€ pour la modernisation de 18 Tigre HAD espagnols et de 67 Tigre HAD français. Côté allemand, il ne faut pas attendre de réponse définitive avant la mi-2022 « au plus tôt », selon un rapport de la Défense allemande publié hier matin.

Une maquette 1:1 du H160M présentée vendredi dernier à Marignane. Le pod HMP400 est l’un des armements retenus pour la variante “Terre” du Guépard.

Le système de soutien intégré nativement

« Il est important que la maintenance soit prise en compte dès le lancement des programmes. Les aéronefs les plus faciles à soutenir sont ceux dont le soutien a été pris en compte dès la conception », soulignait début janvier la directrice de la maintenance aéronautique (DMAé), l’ingénieure générale hors classe (IGHCA) Monique Legrand-Larroche.

De ce futur Guépard, Florence Parly en attend « une bien plus grande disponibilité à un moindre coût ». Message reçu. Airbus Helicopters « a intégré d’emblée le contrat de maintien en conditions opérationnelles ». Le développement Ce contrat conclu pour 10 ans permet de responsabiliser l’industriel sur un engagement dans la durée.

En remplaçant cinq types d’hélicoptères par une plateforme unique dérivée d’un modèle civil, les Guépard sont fondé sur « deux facteurs qui contribueront à une standardisation de leur soutien et à l’amélioration globale de la disponibilité des hélicoptères des forces françaises », soulignait Bruno Even.

Hormis les plateformes, Airbus Helicopters livrera ainsi un système de soutien intégré dès les premières phases de conception du Guépard. Ce système sera testé tout au long du développement « de manière à garantir une maturité élevée de l’appareil dès son entrée en service ». Il bénéficiera aussi des retours d’expérience issus de la flotte intérimaire de la Marine nationale.

Des contrats verticalisés qui commencent à payer

Développer et produire des hélicoptères est une chose, mais « encore faut-il les entretenir pour pouvoir les faire voler ! », rappelait dans un second temps la ministre des Armées. Celle-ci a lancé en 2017 un plan de refonte du MCO aéronautique « fondé sur le constat que moins de la moitié de nos aéronefs, tous types confondus, étaient capables de voler ». Quatre ans plus tard, elle est « venue constater (…) à la fois les premiers effets, qui sont encourageants (…), et partager, comme on le fait toujours, ce qui va moins bien et voir comment nous pouvions remédier à cette situation ».

Florence Parly a fait du soutien « un enjeu fort pour lesquels les contrats de verticalisation lancés dans le cadre de la transformation du MCO aéronautique commencent à porter leurs fruits » grâce au « travail considérable réalisé ces quatre dernières années ».

Le contrat CHELEM (Contrat pour les HElicoptères Lourds et de Manoeuvre)  par exemple, notifié en novembre 2019 pour les flottes de Cougar, Caracal et Super Puma, a permis de faire passer la disponibilité « de 25% à 40% en 2021 ». Idem pour le Tigre, dont la disponibilité a grimpé de 25% en 2017 à 35% en 2021, voire à « plus de 40% sur les derniers mois de l’année 2021 ». 

La DTO des Caïman dans le viseur ministériel

Si la refonte du MCO livre de premiers résultats encourageants, « le combat de la remontée du taux de disponibilité de nos appareils est un combat quotidien, et il faut le poursuivre. Il y a notamment une flotte où tant reste à faire : c’est celle du NH90 Caïman, qui est indispensable aux missions de la Marine nationale », complétait Florence Parly.

Seuls sept des 27 Caïman Marine sont aujourd’hui en capacité de voler. « J’attends donc de meilleurs résultats sur la disponibilité de cet hélicoptère et je continuerai à être très attentive à vos efforts en ce sens. Il en va de notre capacité à agir, mais aussi de l’image d’Airbus Helicopters dans un environnement que nous savons tous très concurrentiel », soulignait Florence Parly.

La situation « n’est pas acceptable » pour le PDG d’Airbus Helicopters, qui a « bien conscience, et vous l’avez rappelé ce matin de manière très claire et très ferme, que nous avons encore du travail à faire (…) et en particulier pour la version Marine du Caïman ». Pour franchir l’écueil, l’hélicoptériste a mis en place un plan d’action à court, moyen et long termes engagé dès 2022. « On voit déjà sur ce début d’année 2022 par rapport à l’automne, une légère amélioration. Ce n’est pas suffisant, il faut qu’on continue », expliquait le patron d’Airbus Helicopters.

Bruno Even a assuré la ministre des Armées de l’« engagement total » de ses équipes. Le plan de transformation lancé par NHIndustries, pilote du programme NH90, les actions de soutien et la collaboration instaurée avec le SIAé et la Marine Nationale « contribueront fortement à l’amélioration des performances dès 2022. (…) C’est notre engagement le plus ferme », concluait le PDG.

Quel bilan tirer de l’engagement militaire de la France en Afghanistan ?

Quel bilan tirer de l’engagement militaire de la France en Afghanistan ?


Des soldats de l'armée française déployés en Afghanistan.
Des soldats de l’armée française déployés en Afghanistan. ©THIBAULD MALTERRE / AFP

Bonnes feuilles

Michel Goya publie « Le temps des guépards : la guerre mondiale de la France de 1961 à nos jours » aux éditions Tallandier. Depuis 1961, la France a mené 19 guerres sur 3 continents ainsi que 13 grandes opérations militaires de police internationale. Elle est actuellement la seule nation européenne à combattre, au Sahel et au Proche-Orient. Elle est la seule à avoir des soldats en permanence dans les rues de ses grandes villes depuis 26 ans. Les soldats français sont les plus engagés au monde.

Comme toutes les opérations coalisées depuis la fin de la guerre froide, l’objectif stratégique de la France en Afghanistan était d’abord d’« en être » tout en sachant qu’on ne serait qu’un acteur modeste et que l’on serait ballottés par les errances de la politique américaine, l’« actionnaire principal » et véritable directeur de la coalition. Jusqu’à présent, cela se terminait plutôt bien.

Cette fois, les choses ne se sont pas passées comme prévu, ce qui a rapidement obligé la France à faire un choix  : participer superficiellement, se retirer ou s’engager complètement au combat. Après avoir pratiqué sous Jacques Chirac la première option et avoir été tenté par la seconde, Nicolas Sarkozy a finalement choisi la troisième en 2008 en décidant de l’engagement dans une province, la Kapisa, que l’on savait tenue en partie par des organisations hostiles. C’était un choix courageux, mais qui souffrait de plusieurs faiblesses. Tout d’abord, c’étaient bien toujours les Alliés qui étaient le public visé, à tel point que l’on a oublié de préciser au peuple français que l’on était en train d’entrer véritablement en guerre. Peut-être avait-on oublié aussi ce que cela signifiait concrètement ou sous-estimé les efforts et les peines que cela engendrerait. Le soutien de l’opinion à cet engagement qui n’avait pas été expliqué était donc fragile. Il pouvait s’effriter assez facilement et, dans un système où cet engagement était plus que jamais lié au président de la République, entamer aussi le crédit de celui-ci. L’opinion publique française est donc rapidement devenue le public prioritaire.

En somme, l’ennemi a été la dernière préoccupation de cette guerre, ce qui ne contribue pas vraiment à la gagner. Si les armées ont déployé des trésors d’énergie et d’inventivité pour bien préparer les unités qui partaient en Afghanistan, c’est au niveau politique que les choses ont péché. Outre que l’on continue à s’engager alors que l’on ne s’est dégagés de rien par ailleurs – une insulte récurrente aux principes de Foch d’économie des forces et de concentration des efforts –, l’entrée en guerre en Kapisa-Surobi est peut-être la première de notre histoire récente à s’effectuer alors que l’on mène simultanément une réforme interne qui taille dans les effectifs, perturbe l’organisation des forces et réduit les moyens.

Surtout, en ayant l’œil sur les sondages d’opinion plutôt que sur les bilans militaires, l’échelon politique s’est immiscé comme rarement sous la Ve République dans la conduite des opérations, et ce jusqu’à l’absurde. Les états-majors ont dépensé une grande énergie à respecter à l’individu près la barre des 4 000  soldats sur l’ensemble du théâtre imposée par le président de la République. Quand « déployer X  soldats » est l’objectif premier, il est forcément plus difficile d’en atteindre d’autres. Plus grave, nos ennemis ont rapidement compris qu’il suffisait de tuer nos soldats, si possible plusieurs à la fois, ou de capturer des journalistes, pour obtenir une rétractation de l’action engagée à son encontre, jusqu’à la paralysie, puis un retrait plus rapide que prévu.

Au bilan, on a fait la guerre avec beaucoup de contraintes et peu de moyens. En concentrant les efforts – achats en urgence opérationnelle, structure d’entraînement et de formation, etc. – au détriment souvent du reste des forces, on est parvenus à déployer et soutenir en permanence deux GTIA et un petit groupe aéromobile. Preuve de la fonte des armées, cela représentait quand même environ 10 % de nos unités de combat, pour essayer de sécuriser une zone qui représentait seulement 2 % de la population afghane.

Dans l’absolu face à des groupes armés qui représentaient au maximum un millier de combattants légers, cela aurait pu suffire, d’autant que l’on agissait avec des forces de sécurité afghanes supérieures en volume aux nôtres. Cela aurait suffi effectivement et même largement s’il s’était agi de combattre des bandes identifiables tenant des positions. On aurait alors pu profiter de l’excellent niveau tactique des GTIA et de la combinaison « choc et feux » pour disloquer l’ennemi, ce que l’on avait au Tchad avec les opérations Limousin et Tacaud et ce que l’on fera au Mali un peu plus tard avec l’opération Serval. Mais l’ennemi était imbriqué dans la population, qui était aussi largement « sa » population, et il maîtrisait parfaitement les principes de la furtivité dans ce milieu dense.

Face à ce défi, on a beaucoup tâtonné et expérimenté, en oscillant toujours entre la recherche de la conciliation de la population et celle de la destruction des forces rebelles, deux approches pas forcément compatibles et dont on s’est aperçus surtout qu’elles étaient toutes deux assez vaines. S’attacher la population en lui fournissant de l’aide n’excluait pas pour autant que celle-ci reste fidèle aussi, par crainte, adhésion ou loyauté, à ceux des siens qui portaient les armes contre nous. Cela n’empêchait pas non plus cette même population d’accepter tout ce qu’on lui offrait tout en détestant la présence d’étrangers. Quant à combattre, cela pouvait réussir à condition d’exercer une pression suffisante pour empêcher l’ennemi de développer son capital de compétences et de renouveler ses effectifs combattants ou son armement. Cela supposait un engagement et une prise beaucoup plus forts et donc aussi des pertes, incompatibles avec la faible résilience politique. Dans tous les cas, cette pression ne pouvait durer indéfiniment. Dans les campagnes de contre-insurrection, tenir le terrain sur la longue durée ne peut être le fait que de forces locales, efficaces et légitimes, adossées à une administration et à un État présentant les mêmes qualités. C’est possible, mais c’est difficile à réaliser et souvent très long. Tout ce que pouvaient faire les Français était alors de contenir l’ennemi, de lui disputer le terrain au moindre coût en attendant une relève sur laquelle on avait finalement peu de prise, puisque ce n’était pas nous qui soldions de la main à la main les soldats et policiers locaux, contrôlions leur recrutement et leur comportement, et les conduisions sur le terrain.

Finalement, on s’est repliés en déclarant que les troupes afghanes et un petit contingent américain pouvaient reprendre effectivement le combat à leur compte, alors même que l’emprise de l’ennemi était exactement la même en 2012 qu’en 2008.

La guerre a continué en 2015 avec l’opération Soutien résolu à laquelle la France a choisi cette fois de ne pas s’associer. Soutien résolu est, avec une très large prédominance américaine, une opération internationale de type assistance technique, soutien logistique et financier et d’appui, avec des raids de forces spéciales et des frappes aériennes, à l’État afghan et son armée. Elle ressemble alors largement à ce qui se fait au même moment en Irak contre l’État islamique.

L’engagement humain est limité – une dizaine de milliers de soldats de la Coalition  –, mais l’engagement financier se chiffre en milliards de dollars, l’État afghan étant incapable de payer les 350 000 hommes des forces de sécurité. Mais cela se passe moins bien qu’en Irak, les Taliban et leurs alliés, soutenus principalement par le Pakistan, étant nettement plus forts et plus implantés que l’État islamique, alors qu’inversement l’État afghan est encore plus faible et corrompu que celui de Bagdad.

Au bout du compte, comme toujours dans ce type d’opération, Soutien résolu a consisté à soutenir, à coups de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, les murs en bois d’un village Potemkine jusqu’à ce que les États-Unis décident de ne plus le faire. En s’accordant avec le Pakistan et les Taliban à Doha en février 2020, et en acceptant de retirer leurs forces, les Américains ont condamné le village à s’effondrer.

Extrait du livre de Michel Goya, « Le temps des guépards : la guerre mondiale de la France de 1961 à nos jours », publié aux éditions Tallandier.

La France aux commandes du “fer de lance” de l’OTAN en 2022

La France aux commandes du “fer de lance” de l’OTAN en 2022



Dans deux jours, la France prendra le commandement de la « Force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation » (VJTF) de l’OTAN. Elle succèdera à la Turquie, à la tête du dispositif durant toute l’année 2021.

Créée en 2014 notamment suite à l’agression perpétrée par la Russie contre l’Ukraine, la VJTF est le « fer de lance » de la Force de réaction rapide de l’OTAN (NRF). Elle repose principalement sur une brigade terrestre multinationale d’environ 5000 soldats dont les éléments de tête doivent pouvoir être déployés en deux à trois jours.

« La Force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation contribue de manière substantielle à notre défense collective, et le leadership qu’assure la France est une démonstration forte de son engagement et de ses capacités. Dans une période où les défis de sécurité sont sans précédent, il ne saurait y avoir aucun malentendu sur la détermination de l’OTAN : nous sommes unis pour défendre et protéger l’ensemble des Alliés », déclarait le secrétaire général de l’Organisation, Jens Stoltenberg, dans un communiqué.

La Brigade franco-allemande, forte de 3500 militaires, constituera le noyau dur de cette prise d’alerte. Celle-ci s’appuiera sur les 1er régiment d’infanterie et 3e régiment de hussards. Unité d’appui divisionnaire, le 2e régiment de dragons en dirigera la composante NRBC.

Le mois dernier, l’état-major de la BFA avait conduit un séminaire d’intégration de la VJTF, avec pour objectif  de « mettre à jour le corpus doctrinal régissant l’organisation de la brigade ». La contribution française sera complétée d’éléments en provenance d’Espagne, de Pologne, du Portugal et de Belgique. Quelques 280 personnels de la Composante Terre belge, en majorité issus du 1/3 bataillon de Lanciers, formeront un sous-GTIA mis à disposition du commandement français.

Cet ensemble de « plusieurs milliers de soldats » sera dirigé par l’état-major du Corps de réaction rapide – France (CRR-Fr) installé à Lille. En 2022, la NRF sera commandée par le Commandement allié de forces interarmées de Brunssum, aux Pays-Bas.

Entre autres rendez-vous majeurs, la VJTF 22 participera aux exercices multinationaux Brilliant Jump et Cold Response organisés en février-mars en Norvège. Le premier testera la capacité de projection dans le sud de la Norvège, le second rassemblera près de 30 000 militaires placés sous commandement norvégien. La France passera le témoin à l’Allemagne en 2023.

Les six priorités de la PFUE 2022 en matière de défense

Les six priorités de la PFUE 2022 en matière de défense

par – Forces opération Blog – publié le

À deux semaines de l’entame de la présidence française de l’Union européenne (PFUE), la ministre des Armées Florence Parly a présenté ce mardi les six grandes priorités de la France en matière de défense. En pole position, la boussole stratégique, un document stratégique qui fixera le cap de la politique de sécurité et de défense de l’Europe.

« Il est temps que l’Europe s’assume. Elle est en effet depuis trop longtemps une puissance qui s’ignore », relevait la ministre des Armées lors d’une audition de la commission défense de l’Assemblée nationale. « Nous voulons d’une Europe qui agit pour elle-même et qui ne subit pas les appétits et les priorités des autres. Nous voulons d’une Europe capable de parler d’une seule voix, de porter ses valeurs, de défendre ses intérêts partout où ils se trouvent dans le monde. Nous voulons, enfin, d’une Europe capable de protéger ses citoyens ».

 Le ton est donné. Le volet défense et sécurité de la PFUE sera lui aussi marqué par la volonté d’accélération de l’ « agenda de souveraineté » exprimée jeudi dernier par le président de la République. Une souveraineté que la ministre des Armées a à son tour défini comme « la liberté de décider, la liberté de choisir, la liberté d’agir ». Une souveraineté qui ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe, mais se joue également « au Sahel, dans le golfe de Guinée, en Indo-Pacifique, (…) sur la mer, dans les airs, dans l’espace cyber, dans l’espace exo-atmosphérique, dans l’espace informationnel et même (…) sur le terrain des normes ».

« Tout le monde s’accorde à dire que c’est le moment de fixer un niveau d’ambition élevé », a-t-elle ajouté. L’action de la France reposera sur six grandes priorités. Toutes feront partie intégrante de la boussole stratégique, dont la version finale devrait être adoptée en mars 2022, et poursuivront un même objectif : « mieux protéger les Européens ». Il ne s’agira « évidemment pas d’en assurer la mise en œuvre toutes au même niveau dans les six prochains mois », tempère la ministre des Armées. La France amorcera le mouvement, mais ce sera bien aux pays qui lui succéderont à la tête du Conseil, la République tchèque et la Suède les premiers, d’en poursuivre l’élaboration.

La liberté de décider « s’acquiert avec la capacité à disposer, en amont des crises, d’une appréciation commune de la menace », pointe tout d’abord Florence Parly. Cette liberté de décision, c’est l’objet principal de la future boussole stratégique, première des six priorités. « Premier livre blanc de la défense européenne », le document entend fournir un cap pour les 10 prochaines années. Florence Parly l’affirme, il ne s’agit pas de livrer « un rapport de fond de tiroir dont l’ambition s’amenuise à mesure que les années passent » mais plutôt « un véritable plan d’action concret ». La tenue des engagements qu’elle contient sera scrutée de près, un état des lieux annuel devant être présenté par le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité en consultation avec la Commission européenne et l’Agence européenne de défense (AED).

La France doit ensuite davantage promouvoir les opérations conjointes, qu’elles soient conventionnelles ou hybrides. L’enjeu ? « Rendre l’Union européenne plus réactive ». Il s’agira, par exemple, de travailler sur les synergies entre opérations et coalitions ad-hoc et de développer une capacité de réaction rapide. Celle-ci serait en mesure de mobiliser « jusqu’à 5000 hommes » à l’horizon 2025. « Il ne s’agit pas d’une énième tentative de créer une force permanente sur le papier », pointe Florence Parly, mais plutôt d’une volonté de renforcer le potentiel d’action des armées européennes. Cette force reposerait sur un certain nombre d’outils existants, telles que des coalitions comme Takuba et des missions de la PSDC, et à venir, comme la Facilité européenne pour la paix, dont l’extension à la fourniture d’armements sera bientôt une réalité.

D’autres réflexions porteront sur le développement d’une culture stratégique, sur l’amélioration des processus décisionnels et, finalement, sur « ce qui manque aux Européens pour agir dans le monde réel, par exemple dans le domaine des capacités de transport aérien ». L’exemple n’a rien d’anodin, l’un des 14 projets lancés le mois dernier dans le cadre de la Coopération structurée permanente (CSP/PESCO) vise justement à apporter une réponse technologique à ce trou capacitaire. Piloté par la France, le projet « Strategic Air Transport for Outsized Cargo » (SATOC) devrait aboutir, comme son nom l’indique, à identifier une solution européenne de transport stratégique de fret hors-gabarit. La France entend enfin mettre l’accent sur les menaces hybrides, « une réalité de plus en plus présente et tangible ». Pour s’en défendre, la France propose la création d’une « boîte à outils » notamment calibrée pour lutter contre la désinformation.

Troisièmement, l’Europe doit apprendre à défendre ses intérêts communs dans les espaces contestés, que sont les mers, le cyber et l’espace. Sur les mers, la France envisage de développer la présence maritime coordonnée, à l’instar de ce qui s’expérimente déjà dans le golfe de Guinée, et les capacités de surveillance. L’Europe se dotera ensuite d’une politique en matière de cyberdéfense et organisera dès l’an prochain des exercices conjoints dans le cyberespace. Idem pour le spatial, avec l’élaboration d’une stratégie spatiale européenne de défense d’ici 2023, « en tirant les bénéfices de la stratégie de défense nationale » présentée par Florence Parly en 2019.

Pour agir ensemble, « il nous faut aussi des outils et des équipements communs ». Faut-il le rappeler, les armées européennes disposent de 17 types de chars de combat, de 29 types de frégates de premier et second rangs et de 20 types différents d’avions de combat. C’est tout l’intérêt des dispositifs PADR, EDIDP et PESCO que de parvenir à communaliser les développements tout en réduisant les dépendances dans certains domaines, à l’image du transport stratégique cité plus haut. La sanctuarisation de grands programmes multinationaux comme SCAF et MGCS est également primordiale. Le renforcement de la BITD européenne n’est cependant pas exempt d’obstacles, certains émanant paradoxalement de l’Europe. « Souveraineté et naïveté font rarement bon ménage », déclare à cet effet Florence Parly, ajoutant que « nous devons veiller à ne pas nous démunir face à nos compétiteurs en pensant, avec la meilleure foi du monde, agir pour le bien commun ». Et la ministre de citer l’exemple de critères européens ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) susceptibles de placer la défense dans la catégorie des activités non-durables. Avec pour principale conséquence de dissuader les investisseurs et de donner de l’eau au moulin d’un secteur bancaire de plus en plus réticent à soutenir la filière défense.

Étroitement liée à la précédente, la cinquième priorité se concentre sur le soutien à l’innovation, « clef de la puissance industrielle ». « Nous avons besoin d’une industrie européenne forte pour donner à l’Europe les capacités militaires dont elle a besoin », souligne la ministre des Armées. Les engagements communs devront être renforcés, principalement grâce un Fonds européen de défense (FEDef) faisant de l’UE « l’un des trois principaux investisseurs en matière de recherche et technologie en Europe ». Mais l’innovation de défense doit trouver d’autres appuis, relève la ministre des Armées. Un « Innovation Defense Hub » sera dans ce sens créé au sein de l’AED.

Enfin, la dernière priorité relève de l’approfondissement des partenariats existants. Une volonté valable pour le premier d’entre-eux, le partenariat transatlantique, 21 pays étant à la fois états-membres de l’UE et de l’OTAN. Ce partenariat « ne peut que bénéficier d’une Europe plus forte », estime Florence Parly, en écho à la déclaration commune des présidents français et américain signée fin octobre. Et la ministre des Armées d’insister, il ne s’agira en aucun cas de dupliquer les missions et capacités de l’OTAN. « Nous sommes aussi convaincus que les deux organisations sont complémentaires et que la coopération entre elles est un élément fondamental pour faire face aux menaces ». La construction en parallèle de la boussole stratégique et du prochain concept stratégique de l’OTAN « constitue une opportunité unique de renforcer cette complémentarité », précise-t-elle. Derrière l’OTAN, les partenariats avec l’Afrique et les pays de l’espace indopacifique devront eux aussi faire l’objet « d’une attention toute particulière ».