Le Japon passe en mode guerre

Le Japon passe en mode guerre

 

par Revue ConflitsArticle original paru sur War on the Rocks. Traduction de Conflits – publié le 25 janvier 2023

https://www.revueconflits.com/le-japon-passe-en-mode-guerre/

Tout au long de la guerre froide, les États-Unis et le Japon se sont concentrés sur la menace de l’Union soviétique. Mais avec l’augmentation des tensions autour de Taïwan, Tokyo s’est tourné vers son sud, adoptant les principes que l’ancien Premier ministre Shinzo Abe avait poussés avant sa mort. Rompant avec sa ligne pacifiste, le Japon est désormais sur le pied de guerre.

 

Les événements de cette semaine sont les derniers en date de cette tendance, et la visite du Premier ministre Fumio Kishida à Washington marque un changement significatif dans l’alliance américano-japonaise. Pour la première fois depuis des décennies, Tokyo et Washington se préparent sérieusement à l’éventualité d’un conflit majeur à court terme. Comme l’indique la nouvelle stratégie de sécurité nationale du Japon : « On ne peut exclure la possibilité qu’une situation grave se produise à l’avenir dans la région indo-pacifique, en particulier en Asie de l’Est. » Hier, les dirigeants de l’alliance ont annoncé une série de changements de posture de défense, une mise à jour des relations de commandement et de nouvelles dispositions en matière de formation. En bref, l’alliance américano-japonaise passe sur le pied de guerre.

Il peut sembler évident que le Japon et les États-Unis doivent se préparer à mener une guerre dans la région indo-pacifique. Après tout, les alliés sont confrontés à des défis croissants de la part de trois adversaires dotés d’armes nucléaires : la Chine, la Russie et la Corée du Nord. Au cours de la dernière décennie, les États-Unis et le Japon ont réagi en renforçant lentement mais délibérément leurs capacités militaires afin de dissuader tout conflit. Mais l’invasion de l’Ukraine par le président Vladimir Poutine et la pression croissante exercée par le secrétaire général Xi Jinping sur Taïwan ont rappelé aux dirigeants de Tokyo et de Washington que même les efforts de dissuasion soigneusement élaborés peuvent échouer, et que les conséquences peuvent être désastreuses. Un ensemble plus robuste de réponses face à une nouvelle incertitude est devenu nécessaire.

Le premier allié de l’Amérique en Asie

Le Japon est dans une position unique pour dissuader les conflits régionaux. Tokyo dirige la troisième plus grande économie du monde, a progressivement augmenté ses dépenses de défense ces dernières années et a pris des mesures importantes pour moderniser son alliance avec les États-Unis sous la direction de M. Abe. Le Japon abrite également plus de troupes américaines que tout autre pays au monde. Et les dirigeants japonais ont intensifié leurs contributions sur un large éventail de questions, qu’il s’agisse de sanctionner l’agression de la Russie en Ukraine, de fournir une aide à Kiev, de coopérer sur les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs ou de soutenir le cadre économique indo-pacifique de l’administration Biden.

Les experts ont noté à juste titre qu’il ne s’agit pas d’un rejet révolutionnaire du pacifisme, mais plutôt d’un ensemble plus modeste de changements évolutifs dans la politique de sécurité japonaise. En effet, les principaux éléments du programme de transformation d’Abe n’avaient pas encore été réalisés au moment de son assassinat l’année dernière. Mais bon nombre des limites introduites par la constitution et l’histoire pacifistes du Japon sont désormais assouplies ou ajustées. L’augmentation des dépenses de défense du Japon et l’adoption de capacités de contre-attaque ne sont que deux exemples du changement qui s’opère sous la direction de Kishida.

En effet, la préparation du Japon au conflit était jusqu’à présent en retard sur celle des autres principaux alliés des États-Unis. La Corée du Sud et les États-Unis disposent d’un commandement combiné et ont l’habitude de répondre ensemble aux fréquentes provocations de la Corée du Nord. L’Australie a combattu aux côtés des États-Unis dans tous les conflits majeurs du siècle dernier. Et les alliés de l’OTAN sont confrontés à la guerre à leur porte ; ils ont combattu ensemble en Afghanistan et ont été actifs dans les conflits des Balkans après la fin de la guerre froide. L’alliance américano-japonaise, en comparaison, a du retard à rattraper si elle veut être pleinement préparée à une éventualité majeure.

Cette semaine marque donc le début d’un changement majeur – et remarquablement rapide – dans l’approche du Japon. Certains détails ont déjà été annoncés par le Comité consultatif sur la sécurité, la réunion bilatérale des ministres/secrétaires de la défense et des affaires étrangères connue sous le nom familier de réunion 2+2. Ces annonces montrent que trois transformations majeures sont en cours simultanément : 1) une augmentation des dépenses de défense à Tokyo, 2) des relations de commandement repensées, et 3) des changements substantiels de posture et de capacité. Chacune de ces mesures est importante en soi, mais ensemble, elles constituent un changement radical de l’approche de l’alliance américano-japonaise en matière de dissuasion et de conduite de la guerre.

Un programme ambitieux

Tout d’abord, le Japon augmente ses dépenses de défense et constitue les stocks militaires qu’exige la conduite de la guerre moderne. Pendant des décennies, les dépenses de défense japonaises sont restées inférieures ou égales à 1 % du produit intérieur brut. Aujourd’hui, M. Kishida cherche à presque doubler les dépenses de défense pour atteindre 2 % sur cinq ans. Si ce projet est mené à bien, le Japon passera du neuvième au troisième rang des pays les plus dépensiers en matière de défense, après les États-Unis et la Chine.

Bien entendu, l’augmentation des dépenses de défense pose de réels problèmes. Il faudra convaincre le public japonais de payer plus d’impôts, et les détails sont encore débattus à la Diète. En outre, les nouvelles capacités ne peuvent être acquises du jour au lendemain. Comme les États-Unis l’apprennent en Ukraine, les stocks ne peuvent être reconstitués que lentement, étant donné la capacité industrielle limitée de nombreux systèmes d’armes clés. La livraison de nouveaux missiles, tels que les Tomahawks ou une version améliorée du missile surface-navire japonais de type 12, prendra des années. Cela nécessitera donc une coopération étroite non seulement entre les gouvernements, mais aussi entre les industries de défense alliées.

Deuxièmement, les États-Unis et le Japon actualisent tous deux leurs dispositifs de commandement et de contrôle. Tokyo a annoncé qu’il allait créer un quartier général conjoint permanent au Japon pour commander les forces d’autodéfense japonaises en cas de crise. S’il est pleinement mis en œuvre, ce quartier général donnera au Japon sa propre version d’un commandement de combat et simplifiera sa coordination avec les forces américaines en cas d’urgence majeure. Entre-temps, le Congrès américain a exigé l’établissement d’un nouveau quartier général de forces conjointes dans la région indo-pacifique afin de faire de même pour les forces militaires américaines.

Ces changements prendront, bien sûr, du temps. Mais une fois en place, ils fourniront à l’alliance américano-japonaise les prémices d’une architecture nécessaire au commandement et au contrôle en temps de guerre. Contrairement à l’OTAN ou à l’alliance militaire entre les États-Unis et la Corée du Sud, Washington et Tokyo n’ont jamais disposé d’une structure de commandement véritablement combinée. Cela a été évident lors de l’opération Tomodachi en 2011, lorsque les alliés ont eu du mal à répondre au tremblement de terre et au tsunami de Tohoku. L’établissement d’un quartier général conjoint devrait être une première étape, pour aboutir à terme à un commandement conjoint et combiné qui sera capable d’assurer le commandement et le contrôle des alliés en temps de guerre, même dans les scénarios les plus stressants.

Troisièmement, les alliés ajustent leur dispositif militaire en transférant davantage de capacités vers les îles du sud-ouest du Japon, une région géographique critique qui s’étend du Japon continental vers le sud jusqu’à 100 miles à peine au large de la côte de Taiwan. Tout au long de la guerre froide, le Japon s’est concentré sur l’Union soviétique au nord, avant de se tourner principalement vers la Corée du Nord à l’est pendant la période de l’après-guerre froide. Par conséquent, la Chine au sud n’a pas été une priorité absolue jusqu’à cette dernière décennie. Aujourd’hui, les perspectives d’un conflit sérieux à propos de Taïwan s’accroissent, obligeant les alliés à modifier fondamentalement leur approche. Dans cette optique, les alliés annoncent une étape majeure : la création d’un régiment de marine littorale américain à Okinawa, qui sera opérationnel d’ici 2025.

Cette unité sera capable de mener des opérations de déni de mer puisqu’elle comprendra à la fois un bataillon d’infanterie et une batterie de missiles antinavires armée du lanceur à moyenne portée NMESIS du Corps des Marines. Une telle unité opérera probablement à partir d’Okinawa, mais sera également présente autour d’Ishigaki, de Yonaguni et de Miyako, offrant ainsi de nouvelles capacités à proximité du détroit de Taiwan. L’armée américaine jouera également un rôle en déplaçant des embarcations pour permettre une variété d’opérations au Japon et dans les environs. Il est également possible que les forces alliées intensifient leur formation et leurs exercices dans les îles du sud-ouest du Japon. Toutes ces mesures indiqueront clairement à la Chine que Washington et Tokyo améliorent régulièrement leur alliance pour parer à toute éventualité, y compris dans les eaux entourant Taïwan.

Conclusion

Ces mesures semblent être le début, et non la fin, d’une série d’initiatives destinées à renforcer la dissuasion en améliorant le dispositif et les capacités américano-japonais. Les annonces attendues concernant les efforts déployés avec les Philippines, l’Australie et d’autres pays laissent présager ce que le secrétaire adjoint à la Défense, Ely Ratner, a appelé « la plus grande année en matière de posture depuis une génération ». Il reste encore beaucoup de travail à faire pour mettre en œuvre ces réformes, mais il s’agit d’un progrès notable qui mérite d’être salué.

Ce cadre régional plus large renforce l’idée que les changements dans l’alliance américano-japonaise ne se produisent pas dans le vide. La Corée du Sud, l’Australie, les Philippines et d’autres pays resserrent leurs liens avec les États-Unis en réponse au comportement plus affirmé de la Chine. Ces efforts devront être étroitement coordonnés pour se renforcer mutuellement. Il existe toutefois de réelles possibilités d’inclure des tiers dans cette nouvelle approche, comme c’est le cas avec le Japon et les États-Unis qui s’entraînent dans le nord de l’Australie.

Si le Japon parvient à augmenter ses dépenses de défense, à moderniser ses dispositifs de commandement et de contrôle et à améliorer son dispositif de défense, Tokyo s’engagerait sur une nouvelle voie importante. Washington devrait saluer la vision audacieuse de Kishida et sa solide contribution à la sécurité régionale. La transition du Japon du pacifisme au statut de protecteur régional n’est pas encore achevée, mais il est désormais indéniable qu’elle est bien engagée.

Zack Cooper est senior fellow à l’American Enterprise Institute et partenaire d’Armitage International. Il anime le podcast Net Assessment pour War on the Rocks et a précédemment occupé divers postes au Pentagone et à la Maison Blanche.

Eric Sayers est membre non résident de l’American Enterprise Institute et directeur général de Beacon Global Strategies. Il était auparavant assistant spécial du commandant du Commandement Indo-Pacifique (INDOPACOM).

M. Macron acte la fin du modèle d’armée « expéditionnaire » au profit d’un « pivot vers la haute intensité »

M. Macron acte la fin du modèle d’armée « expéditionnaire » au profit d’un « pivot vers la haute intensité »

 

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 20 janvier 2023

https://www.opex360.com/2023/01/20/m-macron-acte-la-fin-du-modele-darmee-expeditionnaire-au-profit-dun-pivot-vers-la-haute-intensite/


Dès son retour au pouvoir, en 1958, le général de Gaulle mena un politique de défense reposant sur l’indépendance nationale, la dissuasion et la conscription. Ainsi, il s’agissait de privilégier la souveraineté et l’autonomie stratégique dans un monde alors marqué par la rivalité entre les États-Unis et l’Union soviétique, ce qui supposait d’accélérer le processus de décolonisation [et donc de mettre au pas l’armée « coloniale »].

Par la suite, le Mur de Berlin tombé et l’Union soviétique disloquée, le modèle d’armée français s’inscrivit dans une logique « expéditionnaire », avec notamment la professionnalisation, sur fond de baisse des dépenses militaires. Les capacités qui étaient autrefois indispensables furent réduites à l’état échantillonaire, avec l’argument que ce ne serait pas avec tel ou tel matériel que l’on gagnerait les guerres de demain, l’époque étant aux « opérations extérieures », menées dans des environnements permissifs.

Sauf que, et malgré des signaux pourtant difficiles à ignorer, la compétition entre puissances ne s’était jamais vraiment estompée. La guerre en Ukraine le montre actuellement… Comme les tensions dans la région Indo-Pacifique. Qui plus est, les menaces se multiplient et s’aditionnent désormais…

D’où le constat du général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA], lors d’une audition parlementaire, en juillet. « Notre capacité à être une force expéditionnaire ne nous rend pas instantanément aptes à conduire une guerre de haute intensité », avait-il lâché devant les députés.

D’où les « grandes transformations » et les « choix difficiles » annoncés par Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, à l’occasion de son ordre du jour, le 4 janvier dernier. Et lors de ces voeux aux Armées, ce 20 janvier, depuis la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, le président Macron en a livré les grandes lignes.

Ainsi, celui-ci a annoncé que le modèle d’armée issu de la prochaine LPM devra privilégier « la cohérence sur la masse » ainsi que la « réactivité sans sacrifier l’endurance ». En clair, a-t-il ajouté, cela signifie qu’il s’agira de « consolider notre cœur de souveraineté, là où le modèle de la précédente Loi de programmation militaire mettait plutôt l’accent sur la capacité expéditionnaire et la lutte contre le terrorisme ».

« La transformation, […] c’est être capable de passer d’un modèle fait pour assurer des opérations dans des milieux où notre liberté d’action était forte à une capacité d’évolution dans des environnements contestés, face à des adversaires aguerris, parfois technologiquement redoutables sur tout le spectre de la conflictualité », a insisté M. Macron.

Aussi, au regard de l’ampleur des menaces [qui concernent aussi les départements et collectivités d’outre-Mer, qu’il a cités à plusieurs reprises dans son discours], le président a annoncé que l’effort budgétaire de la LPM 2024-30 serait de 400 milliards d’euros. Soit 30% de plus que celle en cours [295 milliards, ndlr]. Cette somme « permettra de couvrir 413 milliards de besoins militaires » et d’amorcer « un changement profond qui sera irréversible ».

Sans surprise, la dissuasion sera confortée et « renforcée » car elle « fait de la France un pays différent en Europe ». Les postures permanentes feront également l’objet d’une attention particulière. « Cela suppose des capacités accrues de renseignement qui doivent nous permettre d’anticiper les crises et les menaces », a justifié M. Macron, tout en insistant sur « l’autonomie de décision et d’action ». La fonction « connaissance et anticipation » bénéficiera d’un nouvel effort substantiel de +60% au total, avec des ressources de la Direction du renseignement militaire [DRM] et de la Direction du renseignement et de la sécurité de Défense [DRSD] qui seront doublées.

 

Les capacités de surveillance seront aussi renforcées significativement, avec des « drones et des moyens d’intervention », en particulier dans les outre-Mer, « où des capacités apportant une première réaction locale devra pouvoir être complétée par la projection de renforts conséquents », a détaillé M. Macron, sans donner plus de détails.

En outre, au titre de la « résilience », le locataire de l’Élysée a également dit vouloir « doubler la capacité de traitement des attaques cyber majeures » ainsi que le format de la réserve opérationnelle, ce qui « permettra de renforcer notre armée d’active » ainsi que la création « d’unités territoriales et de flottilles côtières ». Évidemment, cela supposera de revoir la carte militaire… ainsi que l’organisation des soutiens, comme celle du Service de santé des Armées [SSA].

Cela étant, abandonner la logique expéditionnaire suppose de gérer les crises « autrement », en maîtrisant « l’empreinte et la durée de nos opérations lointaines », celles-ci devant revenir en particulier aux forces spéciales, qui seront également renforcées, a expliqué M. Macron.

Mais cette « transformation », ou ce « pivot vers la haute intensité » comme a dit le chef de l’État, passera par un renforcement de l’Échelon national d’urgence [ENU], afin de « disposer des moyens nécessaires pour une intervention sur court préavis, même loin de la Métropole » [dans les outre-Mer?]. Il s’agira également « d’augmenter la capacité à durer et à résister à des efforts et des effets d’usure », grâce à une préparation opérationnelle plus intense, une disponibilité des matériels accrue et des stocks de munitions en conséquence.

Lors de son allocution, Emmanuel Macron a livré peu de détails sur les capacités qui seront inscrites dans la future LPM. « Face à des adversaires plus forts, nous devrons agir plus fort aussi pour obtenir rapidement des effets militaires décisifs. Cela implique de durcir notre outil », a-t-il dit.

Ainsi, parmi les décisions qu’il a annoncées par le président, les Mirage 2000 s’effaceront plus tôt que prévu [alors que la modernisation des Mirage 2000D est en cours, ndlr], le passage au « tout Rafale » étant acté. « Nous maintiendrons cet avion d’exception au meilleur niveau mondial », a-t-il assuré. La modernisation de l’armée de Terre, via le programme Scorpion, sera évidemment poursuivie. Quant à la Marine nationale, ses frégates verront leur puissance et leur protection augmentées. Et le porte-avions de nouvelle génération [PA NG] sera confirmé.

« Nous devons également innover en développant des munitions guidées à distance [des munitions téléopérées?], en élargissant l’usage des drones par un doublement, à cet égard, de nos investissements », a dit M. Macron. Les efforts en matière de technologies quantiques et d’intelligence artificielle seront poursuivis [ce qui profitera au cyber et au renseignement].

Le chef des armées a annoncé un renforcement des capacités dans les domaines à forte valeur ajouté opérationnelle. Et de citer la défense sol-air, dont les moyens seront augmentés de 50%. Et ceci parce que, a-t-il expliqué, « même avec la dissuasion, notre territoire n’est pas à l’abri de frappes isolées, du fait, par exemple, de perturbateurs, en particulier non étatique ». Les feux dans la profondeurs, la suppression des défenses aériennes adverses [SEAD] et la lutte anti-sous-marines figureront parmi les priorités.

Un autre volet de ce « pivot » concerne les « espaces communs » que sont le cyber, l’espace et la mer. C’est dans ceux-ci que se déploient généralement les modes d’actions relevant de la « guerre hybride ». La LPM donnera les moyens nécessaires pour détecter les signaux faibles… Ce qui devra se faire en adoptant une « approche décloisonée, pro-active et d’influence », qui ne relèvera pas uniquement des seules armées.

« Nous renforcerons notre capacité à surveiller et à réagir mais aussi à prendre l’initiative, à passer de clairs messages stratégiques dans l’espace exo-atmosphérique, dans l’espace numérique et dans les espaces maritimes », a aussi promis M. Macron. Les capacités « cyber » seront évidemment mises à contribution et l’effort sur le volet spatial ne sera pas relâché. Au-delà de la maitrise des fonds marins, la Marine devrait bénéficier de moyens renforcés, « à la hauteur des atouts martimes de notre pays », a-t-il dit, en citant, à nouveau, l’importance des outre-Mer.

Enfin, le quatrième volet de cette transformation porte sur les « partenariats internationaux ». Là, il s’agira de capitaliser sur ceux qui ont été récemment noués [Grèce, Inde, Émirats arabes unis, etc], de revoir les modalités de certains et, surtout, de permettre à la France de prendre tout sa place au sein de l’Otan et de l’Union européenne.

D’ailleurs, l’objectif de la future LPM pourrait se résumer par cette phrase de M. Macron : « Si, demain, tel grand partenaire [les États-Unis?] doit regarder ailleurs, nous devrons être en mesure d’agir avec les Européens, à l’intérieur de l’Otan ou en dehors, et, si nécessaire, d’assurer les capacités de commandement qui permettront de mener ensemble une opération d’ampleur. Pour nous, cela impliquera de pouvoir déployer une capacité interarmées représentant jusqu’à 20’000 hommes. Cela vous donne la mesure de défis et de l’ambition qui est la nôtre ».

Selon l’Élysée, la future Loi de programmation militaire sera « placée sous le signe de la transformation » des armées

Selon l’Élysée, la future Loi de programmation militaire sera « placée sous le signe de la transformation » des armées

 

https://www.opex360.com/2023/01/18/selon-lelysee-la-future-loi-de-programmation-militaire-sera-placee-sous-le-signe-de-la-transformation-des-armees/


Pour le moment, à part quelques déductions tirées des propos tenus par les chefs d’état-major lors d’auditions parlementaires ou bien de la Revue nationale stratégique, peu de détails concernant cette future LPM sont pour le moment connus… Si ce n’est que l’accent sera mis sur les « forces morales », que les réserves militaires prendront un nouvel essor [avec un effectif doublé], qu’il sera question d’une « économie de guerre », ou encore que la défense aérienne et les feux dans la profondeur devraient être prioritaires, de même que les capacités spatiales et le cyber.

Cela étant, en décembre, le quotidien Le Monde avait avancé que le président Macron rendrait « quelques arbitrages décisifs » d’ici « janvier 2023 ». Nous y sommes… Et rien n’a encore filtré pour le moment. Le locataire de l’Élysée en dira-t-il plus à l’occasion de ses vœux aux armées, le 20 janvier, sur la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan?

En tout cas, selon la présidence de la République, M. Macron devrait esquisser les grandes lignes de cette future LPM, laquelle sera placée « sous le signe de la transformation des armées », comme l’avait suggéré M. Lecornu.

« On passe d’une logique de réparation à une logique de transformation des armées. On doit pouvoir être plus efficace et performant », a en effet indiqué l’Élysée, ce 18 janvier. Par le passé, la « transformation » du ministère des Armées s’est traduite par des regroupements d’unité, des fermetures de bases et de casernes et des « innovations » ayant donné des résultats malheureux en matière de soutien alors qu’elles étaient censées l’améliorer.

Quoi qu’il en soit, sans grande surprise, l’enveloppe financière de cette LPM 2024-30 sera plus importante que les 295 milliards d’euros prévus pour la période 2019-25. Dans quelle mesure? Jusqu’à présent, le ministère des Armées a systèmatiquement démenti le montant des sommes avancées par la presse. Cela étant, il serait question d’environ 400 milliards d’euros. Peut-être que M. Macron le précisera à Mont-de-Marsan…

Pour le reste, et ce n’est pas une surprise non plus, l’entourage du président a confirmé que la modernisation de la dissuasion nucléaire [5,6 milliards de crédits de paiement en 2023] se poursuivrait. Étant donné que des choix « difficiles » ont été annoncés, la question est de savoir le format qu’elle aura.

Par ailleurs, un effort sera fait en faveur des forces dites de souveraineté, c’est à dire celles stationnées dans les départements et collectivités d’outre-Mer. Durant ces dernières années, elles ont souvent été négligées en raison des contraintes budgétaires. Au point qu’un possible coup de force contre ces territoires n’est plus à exclure.

Ainsi, selon l’Élysée, ces forces de souveraineté bénéficieront d’investissements « supplémentaires » afin de les renforcer pour « pouvoir donner un coup de griffe à celui qui voudrait s’en prendre à nos intérêts », en particulier dans l’Indo-Pacifique. Sur ce point, devant la presse, en novembre, M. Lecornu avait rappelé que « grâce à nos Outre-mer, notre surface maritime fait partie des plus importantes du monde et nous sommes riverains du Pacifique ». Et il en avait tiré la conclusion que la Marine nationale devait donc « avoir cette dimension ».

Dans un autre registre, il serait aussi question de renforcer l’échelon national d’urgence [ENU], afin de constituer une force projetable de 2300 soldats à plus de 3000 km à court préavis.

Enfin, les enseignements de la guerre en Ukraine ne manqueront pas d’être tirés. « On doit tous mener une introspection à la lumière de l’Ukraine », a souligné l’Élysée. Et de citer « l’ascendant sur le champ de bataille, les équipements, la capacité à commander, la logistique et les munitions, les communications sécurisées, etc ».

La solde des militaires : le prix du sang

La solde des militaires : le prix du sang

Revue des troupes du 126e RI par le Général Schill (actuel CEMAT) commandant alors la 9e BIMa

 

par Michel Gay – Revue Conflits – publié le 19 janvier 2023

https://www.revueconflits.com/la-solde-des-militaires-le-prix-du-sang/


Solde et salaire sont deux choses différentes. Si les militaires perçoivent une solde, c’est pour payer le prix du sang, différenciant leurs activités des autres activités rémunérées.

Les militaires (incluant les gendarmes) ne perçoivent pas un salaire mais une solde. Si le salaire est le prix du travail, depuis Napoléon la solde est le prix du sang.

Un léger malentendu… 

Un militaire perçoit une solde non pour produire un bien ou rendre un service marchand, mais pour se préparer à défendre la Nation, y compris par la violence et au péril de sa vie, en obéissant aux ordres donnés par ses représentants légitimes.

Légalement, un militaire n’a pas d’horaires de travail (dans la pratique quotidienne, des horaires ont été calqués sur ceux du monde civil). Un chef militaire peut ordonner jour et nuit, 365 jours par an, des actions dangereuses pour la vie de ses subordonnés (et pour la sienne) dans le cadre de la mission qui lui est confiée.

En revanche, un chef d’entreprise peut aller en prison s’il met sciemment en danger la vie de ses salariés.

Des élèves-officiers britanniques avaient été interrogés pour savoir, selon eux, quel métier civil se rapprocherait le plus de leur future situation de chef militaire. Beaucoup ont répondu : « chef d’entreprise »…

Un chef militaire n’est pas un chef d’entreprise !

D’abord, un chef d’entreprise doit gagner l’argent, ou l’emprunter, pour investir, payer les salaires et, éventuellement, engranger des bénéfices. Le militaire, lui, ne fera jamais fortune mais il est régulièrement payé par l’Etat, et il n’achète pas le matériel qu’il utilise.

Ensuite, les militaires ont le pouvoir, et même parfois le devoir, de tuer au nom de la Nation qui l’ordonne en lui confiant une mission. Ils ne sont pas seulement des gestionnaires de moyens alloués par la Nation ou des « managers » de leurs subordonnés.

La communication des armées a elle-même contribué à rendre ambigüe cette perception de « l’état militaire ». Des campagnes de recrutement ont été centrées sur le monde civil (apprendre un métier, se consacrer à des actions humanitaires, faire du sport,…). Elles étaient certes utiles pour recruter massivement, mais ces « publicités » étaient en décalage avec les rudes réalités des opérations extérieures.

La préparation au combat n’est pas seulement un apprentissage technique, ni un simple entraînement sportif pour se former physiquement et mentalement, c’est surtout un engagement personnel jusqu’au « sacrifice suprême » au service de son pays et de la défense de ses valeurs (démocratie, liberté,…).

Les militaires sont destinés au combat

Et le combat sort du monde ordinaire, il est « extraordinaire » au sens littéral. Il porte ses propres règles, différentes de celles qui régissent l’état de paix. Il bouleverse les circonstances habituelles, les perceptions, les réactions et, in fine, l’être même.

Au combat, il faut faire face à l’horreur et surmonter la peur. La proximité avec le danger et la mort agit comme un révélateur. Des hommes et des femmes ordinaires ont soudain des comportements extraordinaires pour défendre des intérêts aux contours parfois flous. Ils acceptent des efforts « hors normes » pour affronter collectivement une réalité violente loin du monde individualiste et hédoniste habituel.

Les militaires répondent aussi à des impératifs personnels : la soif de découverte, l’envie d’aventure, d’action, de se dépasser, le rejet d’une société aseptisée, et le besoin d’être intégré dans un groupe humain rendu solidaire par des épreuves partagées.

C’est souvent principalement pour ces raisons qu’ils acceptent de s’engager dans des combats difficiles, avec des moyens parfois rustiques, et de souffrir en silence.

Les médias communiquent volontiers sur un mode compassionnel et sont promptes à dénigrer l’Armée si un soldat se conduit mal, mais ils « oublient » parfois (souvent ?) d’honorer ces nombreux jeunes Français qui incarnent aussi des vertus de calme, d’effort, de volonté, et de courage.

Le soldat de la Paix

L’ère sympathique, mais quelque peu utopique, du « soldat de la paix » est maintenant dépassée.

Certes, il œuvre pour la paix mais sous la pression des évolutions géopolitiques, le mot guerre n’est plus tabou. La population française redécouvre que des crises et des guerres existent toujours partout dans le monde, provoquant des ruines, des blessés et des morts.

Paradoxalement, malgré cette prise de conscience, les moyens militaires de la France en hommes et en matériels ont diminué ces dernières années. Nos responsables politiques, parfois aveuglés par notre « supériorité technologique », parfois virtuelle, imaginent que les conflits vont s’apaiser d’eux-mêmes, comme par miracle.

Un pays qui oublie la finalité de ses armées et les réalités du combat est condamné à se perdre. Certains espèrent que « d’autres », parfois méprisés, iront spontanément s’exposer à leur place pour faire face au danger lorsqu’il surgira. Mais combien « d’enfants de la Patrie » accepteront avec entrain de se lever et de mettre leur vie en péril, sans y être préparés, quand nos intérêts et nos libertés seront menacés ?

Négliger les valeurs du combattant face à des adversaires de la démocratie qui exaltent à l’extrême des valeurs guerrières sur fond d’idéologie (religieuse ou non) crée un décalage dangereux. « Contre nous (les démocrates), l’étendard sanglant de la tyrannie est levé ».

Dans un monde qui n’a jamais cessé d’être turbulent, voire violent, les critères de discipline, d’abnégation et de dévouement font la force du militaire. Ces valeurs constituent un modèle de plus en plus prisé par une société, notamment des jeunes, en quête de repères.

L’État verse une solde aux militaires pour accepter sur ordre de verser leur sang, et aussi pour assumer le sacrifice ultime des autres, pour la défense des intérêts de la Nation.

Sur les canons du roi Louis XIV était gravée la locution latine « Ultima ratio regum » : le dernier argument du roi.

Le chef d’état-major de l’armée de Terre décline ses priorités pour 2023

Le chef d’état-major de l’armée de Terre décline ses priorités pour 2023


 

 

Si ses prédécesseurs insistèrent sur « l’esprit guerrier » et la « combativité » lors de leurs voeux de nouvel an, l’actuel chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], le général Pierre Schill, a, quant à lui, profité de l’occasion pour décliner ses priorités pour adapter ses troupes à « la nouvelle ère stratégique » qui vient de s’ouvrir, avec le guerre en Ukraine. Et cela alors que la prochaine Loi de programmation militaire [LPM] devrait être bientôt présentée en Conseil des ministres.

Ainsi, le général Schill a identifié quatre axes d’effort. En premier lieu, « le socle de l’armée de Terre sera consolidé et ses atouts valorisés », a-t-il dit, en reprenant la devise « Être et durer », qui est celle du 3e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine [RPIMa]. Cela passera, a-t-il ajouté, par le « durcissement » des entraînements, l’affirmation de « notre identité de soldat et de nos forces morales ».

Puis le général Schill a repris la formule du maréchal Leclerc [« Pour le service de la France, ne me dites pas que c’est impossible! »] pour illustrer le rôle que l’armée de Terre aura encore à tenir pour « développer l’esprit de défense et participer à la résilience de la Nation ». Sur ce point, a-t-il affirmé, « nous élargirons notre offre au profit de la jeunesse et nous monterons en gamme notre réserve ». Le défi est de taille puisque l’on sait déjà que l’objectif sera de doubler le nombre de réservistes opérationnels dans les années à venir. Mais pas seulement car il s’agira aussi de les solliciter davantage pour des « missions de protection du territoire national ».

 

Pour sa troisième priorité, le CEMAT s’est inspiré de la devise inscrite dans les plis de l’étendard de l’Institut national des Invalides [« Tous les champs de bataille »] pour évoquer la modernisation de l’armée de Terre. « Scorpion devient une réalité dans nos régiments » et « sa pertinence est confirmée par les enseignements de la guerre en Ukraine », s’est-il félicité. En outre, il sera aussi question de « développer encore davantage » la réactivité et l’aptitude à être engagé en opérations…, « de la gestion de crise qui est la réalité de nos missions d’aujourd’hui à l’engagement majeur malheureusement possible demain », a-t-il complété.

Enfin, pour illustrer sa dernière priorité, le général Schill s’est inspiré de la devise du 1er Bataillon parachutiste de choc [« En pointe toujours »]. Car l’armée de Terre aura à faire face « aux évolutions » et « aux menaces hybrides » par l’innovation. « Nous serons créatifs pour innover » et comme le « champ des possibles est vaste, nous l’explorerons », a-t-il assuré.

« Quoi qu’il arrive, soyez certains que 2023 apportera son lot de coups de théâtre qui mettront au défi. Ensemble, nous y ferons face pour la France », a conclu le CEMAT.

La femme, un soldat comme un autre Recruter. Fidéliser. Valoriser.

La femme, un soldat comme un autre
Recruter. Fidéliser. Valoriser.

(2ème partie)

 

Martine Cuttier (*) – Esprit Surcouf – publié le 16 décembre 2022
Docteur en Histoire Contemporaine

https://espritsurcouf.fr/defense_la-femme-un-soldat-comme-un-autre-recruter-fideliser-valoriser_par_martine-cuttier/


Dans notre précédente publication, le n°202 du 2 décembre, nous vous avons présenté la première partie de la vaste étude de Martine Cuttier sur la féminisation dans les armées. Elle y montrait comment, au cours des 40 dernières années, le pouvoir politique avait imposé à une hiérarchie militaire réticente l’idée de cette féminisation. Elle fait état, ici, des mesures prises en faveur d’une mixité voulue et de ses conséquences, en soulignant le ressenti des femmes militaires elles-mêmes.

En 2019, la ministre des Armées Florence Parly, qui est très déterminée, publie le Plan Mixité. Les femmes représentent alors 15,5 % du total des militaires. Elles sont 30 % au secrétariat général pour l’Administration (SGA), 23 % dans l’armée de l’Air, 14 % dans la Marine et 10 % dans l’armée de Terre.

Elles sont 58 % (dont un très gros tiers médecin) dans le service de santé (SSA), commandé par une femme, le médecin général Maryline Gygax-Généro, 40 % dans les postes de gestion, de soutien et de relations humaines, et 4 % à l’opérationnel. Par catégories, elles représentent 15 % des officiers, 18 % des sous-officiers et 13 % des militaires du rang. En 2022, 51 femmes sont officiers généraux (hors contrôle général), elles étaient 30 en 2016.

Le Plan a été conçu en concertation avec les Armées, la DICOD, l’association Avec les femmes de la défense et les corps d’inspection et de contrôle. Il s’est accompagné de consultations sous forme d’entretiens individuels, d’échanges collectifs, de tables rondes ayant concerné toutes les catégories,  les directions, les services mais aussi les Conseils de la fonction militaire. Il a été présenté au Conseil supérieur de la fonction militaire le 23 janvier 2019.

Y aller, y rester, y évoluer.

Ce plan mixité s’appuie sur trois axes, « recruter, fidéliser, valoriser », déclinés en 22 mesures, fruit du travail du contre-amiral Anne de Mézieux, directrice auprès du DRH du ministère. Alors que seulement 8 % des femmes sont déployées en OPEX, son sous-titre, « la Mixité au service de la performance opérationnelle », n’est-il pas présomptueux ? Même question pour le très volontariste titre de la 1ère partie : «  l’égalité femmes-hommes au ministère des Armées, un principe cardinal et une réalité quotidienne ».

Le dossier pour l’obtention du label « Égalité », déposé fin 2018, témoigne de l’engagement du ministère en faveur de l’égalité professionnelle. Constatant que depuis 2008 la proportion des femmes stagne entre les civiles (38 %) et les militaires (15,5 %), la ministre entendait prendre sa part de la volonté du président de la République, qui annonçait en novembre 2017 que l’égalité constituait « la grande cause nationale du quinquennat ».

Mais l’égalité des sexes doit-elle servir de finalité à une politique sociale ?  Afin d’accroître les effectifs féminins,  on recrute directement des femmes officiers en élargissant le recrutement sous contrat et sur les titres des grandes écoles. Pour éviter « l’évaporation des talents » comme le repli sur les métiers administratifs et de soutien, il est envisagé de modifier le Code de la défense pour intégrer les droits à l’avancement (dans la limite de cinq ans) en cas de congé parental ou de disponibilité pour élever un enfant. Y compris en prolongeant les créneaux d’accès aux temps de commandement et de responsabilité après absence pour raisons familiales. Il est prévu d’instituer un mentorat dans le but de fidéliser les militaires en les accompagnant mieux tout au long de leur carrière. Une gestion non pas dans les unités mais par des accompagnateurs situés hors hiérarchie. N’est-ce pas en contradiction avec le choix de privilégier les recrutements sous contrat ?

 

Photo Sirpa Terre

;
La LMP 2019-2025 veille « à faciliter l’accès des femmes aux diplômes d’état-major et à l’École de guerre avec l’objectif de doubler la part des femmes parmi les officiers généraux d’ici 2025 ». En 2019, 7 % des officiers généraux sont des femmes. Ce taux s’explique par le recrutement et « l’évaporation des talents » au gré de la montée en grade car, rappelons-le, il faut une vingtaine d’années pour former un chef de corps. En 2018, parmi les 78 promus « colonel » au sein de l’armée de Terre, la seule femme était Valérie Morcel. « Forcément, cela a été un soulagement de me retrouver sur cette liste. C’est beaucoup de fierté et de pression. C’est un enjeu important dans le déroulement d’une carrière ». À l’été 2019, elle prend le commandement d’un régiment de transmissions et le colonel Catherine Busch, le 31e régiment du génie de Castelsarrasin. Et il faut 30 ans pour accéder aux étoiles après le passage par le CHEM.

 

Genre et compétence.

.
Le sujet des examens et des concours est abordé dans la troisième partie du Plan sous l’angle de la fidélisation, alors que les mesures  visent à renforcer la féminisation du haut encadrement. Objectifs : 10 % de femmes parmi les lauréats de l’École de Guerre d’ici 2025, 10 % de femmes parmi les officiers généraux en 2022, et, on l’a déjà dit, doublement de la part des femmes parmi les officiers généraux d’ici 2025. L’établissement de tels quotas n’est-il pas injuste, voire discriminant ? N’est-ce pas une façon d’humilier les femmes triées pour leur genre et non leur compétence, tout en accroissant un ressentiment masculin ? Pour le colonel Valérie Morcel : « Le combat se gagne avant tout sur la compétence »,  le colonel Catherine Busch ne dit pas autre chose lorsque, prenant le commandement du 31e RG, elle déclare à la presse locale « Le commandement, ce n’est pas une affaire de genre. » Elles revendiquent leur promotion pour leurs compétences et se montrent le plus souvent hostiles aux quotas. Faut-il traiter l’émancipation des femmes de façon idéologique et en faire une affaire de chiffres ?  Autant de questions posées.

Encore faut-il que la hiérarchie accepte que la femme fasse ses preuves et acquière des compétences. Le cas de cet adjudant-chef parachutiste illustre l’évolution des mentalités et des comportements en une génération. Au début des années 1990, sortant bien classée de Saint-Maixent, elle choisit l’infanterie parachutiste. Elle se retrouve comptable à la BOMAP alors qu’elle voulait être chef de groupe et partir en mission. Elle y parvient et, lorsqu’elle dépose son dossier pour être moniteur, le capitaine éclate de rire. Commence « un combat de longue haleine ».  Elle  sort 1ère à l’issue des tests, mais son « dossier passe toujours en dessous car il y a des priorités. » À l’ETAP, elle est « la 1ère de l’armée de Terre » et doit « faire plus pour faire ses preuves ». En 1997,  enfin moniteur, elle se retrouve au 1er RTP avec la spécialité largage. Elle largue donc mais, un jour, un légionnaire du 2e REP refuse son contrôle avant le saut. Mal lui en a pris, il écope de 10 jours d’arrêts. Puis, en 2005, l’ETAP la mute au cercle-mess où elle retrouve sa spécialité première alors qu’elle veut aller dans les régiments où les moniteurs manquent. Quand elle demande à intégrer la brigade parachutiste, même refus. Alors elle passe les qualifications de chef largueur et, après avoir participé au Grand Raid de la Réunion puis au Marathon des Sables, son chef accepte « à condition qu’elle joue le rôle de vitrine » de l’unité. Elle gagne et gravit les échelons jusqu’à saisir l’opportunité d’intégrer le 1erRPIMa, où elle poursuit les qualifications  pour la logistique et le saut à très grande hauteur sous oxygène.

 

Il y a quelques années, un communiqué du ministère de la Défense informait de la promotion d’une officière. La féminisation de ce nom était validée par le Conseil d’État, mais son usage ne semble pas entré dans les mœurs. Photo Bundeswher

La communication institutionnelle

.
Recruter, donner envie de s’engager, fidéliser en conciliant évolution professionnelle et vie privée, en mettant en valeur l’image féminine, c’est le job des communicants. Le PA Charles-de- Gaulle partant en opération après deux ans de réparation, le JT de TF1 du 25 février 2019 présente des filles mangeant dans la bonne humeur, l’une montre sa couchette, l’autre est en passerelle au poste de commandement. Un esprit mal tourné pourrait conclure que l’équipage du PA est essentiellement féminin, alors qu’elles ne sont qu’une poignée.  Sur FR3, le 20 mars, une publicité sur le recrutement dans l’armée de Terre n’affiche que des filles dans toute la diversité. Le magazine Enquête d’action diffusé sur W9 traite du stage d’instructeur commando du CNEC, à Montlouis. Sur les 25 stagiaires, l’accent est mis sur un lieutenant du 92e RI de Clermont-Ferrand et sur le sergent Christelle, venue de l’École de l’Air de Salon-de- Provence. Un homme et une femme pour l’équilibre, mais le reportage s’attarde sur le sergent qui réussit de justesse, classée avant-dernière mais quatrième femme à être allée au bout du stage. Présentée dans le Plan Mixité, elle est signalée comme la première femme de l’armée de l’Air à avoir obtenu cette qualification sans préciser son rang.

L’on aura compris que, dans chacune des armées, la communication sur le recrutement s’aligne sur une gestion des Relations Humaines très politique. Les éléments de langage traduisant la volonté politique semblent oublier que l’engagement militaire doit répondre à une vocation, et accepter que le métier militaire puisse être plus attirant pour les hommes que pour les femmes, tout comme la dimension « combat » attirer moins les femmes.

L’obsession ministérielle se traduit parfois de façon étonnante. Ainsi, la secrétaire d’État Geneviève Darrieussecq, en visite à l’ETAP à Pau, demande  à son commandant l’effectif des militaires féminines. Surpris, il répond selon l’usage, comme il avait entendu le chef d’état-major de l’armée de Terre le faire, en indiquant le nombre d’officiers, sous-officiers et militaires du rang. Une réponse qui la mécontenta. 

La ministre veut un treillis pour femme enceinte, ce à quoi s’opposent les femmes. Beaucoup considèrent qu’il faut cesser de mettre des femmes partout comme dans le civil et, si elles sont d’accord pour lisser les tests physiques, ce qui revient à baisser les niveaux exigés pour les hommes et à augmenter ceux pour les femmes, elles considèrent que l’évaluation de la capacité opérationnelle doit être identique. Pour certaines, la ministre crée un fossé, alors que la mixité doit harmoniser les relations hommes/femmes. D’ailleurs la feuille Mixité demandée par l’Inspection de l’armée de Terre a montré que les idées des groupes de travail allaient dans le sens CEMAT, et pas du tout dans celui de la ministre.

Dans l’esprit de la ministre, le Plan Mixité visait à débloquer les verrous empêchant les femmes et particulièrement les officiers de poursuivre leur carrière. Il s’appuyait sur le Plan Famille de 2017 avec des mesures en faveur des femmes et des jeunes parents, afin de mieux concilier carrière et vie personnelle, dont la maternité.

(*) Martine CUTTIER. Docteur en histoire contemporaine, spécialiste des relations internationales et des politiques de puissance avec projection de forces. Elle a beaucoup travaillé sur les questions de sociologie militaire et les relations entre forces occidentales projetées et populations des pays considérés, notamment dans les pays africains en faisant le distinguo entre Français, Britanniques, d’une part, et Américains d’autre part.

La femme, un soldat comme un autre

La femme, un soldat comme un autre

 

par Martine Cuttier (*) – Esprit Surcouf – publié le 2 décembre 2022

https://espritsurcouf.fr/defense_la-femme-un-soldat-comme-un-autre_par_martine-cuttier/

Docteur en histoire contemporaine


Les femmes sont institutionnellement présentes dans les armées françaises depuis 1909, mais il a fallu attendre 1981 et l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République pour qu’elles y trouvent une vraie place. La récapitulation des textes réalisée en 2006 par l’Observatoire de la Féminisation permet de suivre les grandes étapes de leur accès à une institution traditionnellement masculine. Spécialiste d’histoire politique et militaire,  l’auteur dresse un « état des lieux ». Dans cette 1ère partie, elle revient sur la façon dont le pouvoir politique a imposé la féminisation au haut commandement, et comment elle a été progressivement réalisée.
.

Dans les sociétés humaines, le recours à la guerre revient à l’homme. La division sociale entre les sexes semble si naturelle que les normes sont intériorisées depuis l’enfance au sein des lieux de socialisation primaire : la famille et l’école. L’homme s’inscrit dans une domination symbolique par rapport à la femme, son opposée du point de vue morphologique, biologique et psychologique. La guerre est une activité « sexuée » des hommes, qui ne l’aiment pas car ils y meurent. Mais elle leur octroie la virilité, les fait accéder aux vertus : héroïsme, sens du sacrifice et de la discipline, patriotisme, courage, endurance, fraternité des armes. Le passage des jeunes hommes par la conscription servait de rite d’initiation pour entrer dans le monde des adultes.

La haute hiérarchie militaire est restée hostile à la présence féminine, par culture pour les générations n’ayant pas connu la mixité scolaire, par corporatisme car ce sont des métiers « entre hommes », et parce que le recrutement féminin accroît une concurrence déjà vive. Depuis quatre décennies, cette réalité a lentement évolué et la division sexuelle du travail social s’est lentement estompée laissant peu à peu place aux femmes. 

Le volontarisme politique face au haut commandement

.
La question de l’intégration des femmes est restée cantonnée entre les états-majors et le pouvoir politique. Jusqu’en 1981, elle était considérée comme un pis-aller pour pallier les difficultés de recrutement. Or la gauche la regarde comme une volonté de promotion de la femme au titre de l’égalité républicaine. Elle a une approche sociétale jusqu’à imposer une révolution culturelle à l’armée, qui se place du point de vue de la préparation au combat, la mission principale des armées, la conscription ne concernant que les jeunes hommes. Le haut commandement résiste en refusant les postes de « combat de l’avant » dans les armes de mêlée, mais en les admettant, avec des quotas, dans les armes de soutien et d’appui.

Le cas de la Marine diffère. Lorsque le ministre Hernu décide d’expérimenter l’embarquement des femmes, cela « fit l’effet d’une bombe », ce fut « un véritable traumatisme psychologique. »  Car naviguer constitue le cœur du métier de marin, la clé de compréhension des comportements, des attitudes, des traditions. Même si le confort s’améliore, les conditions de vie à bord sont usantes et expliquent la tenue à l’écart des femmes.

Chantal Desbordes (qui sera la première femme nommée amiral, sans « e ») propose au directeur du personnel d’ouvrir le dossier « féminisation » et de prendre l’initiative afin « de combattre l’image conservatrice, voire rétrograde de la Marine ». Et, en cas d’acceptation du plan, de le mener selon le rythme et les modalités de la Marine. Brevetée de l’École de guerre navale, apte à intégrer le « club » très fermé des futurs dirigeants de la Marine, elle a acquis une réelle crédibilité, et son chef l’écoute. En un an, un groupe mixte a bâti un dossier à partir d’une expérimentation qui a concerné 40 femmes embarquées sur des bateaux sans équipement spécifique.

En 1993, la mixité est appliquée pour la première fois selon des quotas sur des navires aménagés au gré des réparations. Ainsi la presque totalité des spécialités d’équipage et les concours de recrutement d’officiers à l’École navale sont ouverts sur la base d’un quota de 10%. Dans la continuité, une femme prend le commandement d’un bâtiment de surface, suivie de quelques autres « pachas » et six bâtiments ont des équipages mixtes. L’armée de l’Air, moins prisonnière des traditions, accorda rapidement une place aux femmes.

Avec la fin du service militaire

.
Lorsque le président Jacques Chirac annonce la suspension de la conscription et la professionnalisation des armées, votées par un gouvernement de cohabitation, en 1997, 7,5 % des personnels d’active sont féminins. Véritable rupture pour l’armée suivant l’évolution de la société dont elle est le reflet, elle puise dans le vivier commun du marché de l’emploi où les femmes sont présentes dans tous les secteurs d’activité. Le décret du 16 février 1998 fait sauter tous les verrous en supprimant les quotas féminins de l’ensemble des statuts particuliers des différents corps d’officiers et de sous-officiers de carrière. Toute une série d’arrêtés lève les restrictions aux spécialités. Dans l’armée de l’Air, celui d’avril 1998 permet aux femmes de les atteindre toutes.  Caroline Aigle est pilote de chasse dans un escadron de combat en 1999 et neuf femmes deviennent commandos de l’Air.  

 

Caroline Aigle a été la première femme brevetée pilote de chasse en 1999. Elle était sur le point d’être sélectionnée comme astronaute en 2007 lorsqu’elle a été emportée par un cancer.

;
Dans la Marine, en 1999, la restriction d’emploi dans les équipages d’avions embarqués est levée tout comme le volontariat à l’embarquement. En 2001, la filière fusilier-commando est ouverte. Dans l’armée de Terre, seule la Légion étrangère reste un bastion masculin. Dans la Gendarmerie, l’arrêté de novembre 1999 permet d’admettre des femmes dans la Garde Républicaine et au GIGN. Mesure symbolique, en 2000, des femmes embarquent sur le PA Charles-de-Gaulle et une femme pilote est qualifiée pour l’appontage. L’arrêté de décembre 2002 maintient la restriction d’emploi dans la Gendarmerie mobile et les sous-marins jusqu’à ce que les Barracuda de dernière génération, livrés à partir de 2018, soient équipés de sanitaires séparés.

Quant aux épreuves sportives communes aux concours d’entrée aux grandes écoles de recrutement d’officiers, l’arrêté de décembre 1998 rappelle que « les épreuves sportives sont identiques pour les hommes et pour les femmes, mais font l’objet d’une cotation à l’aide de barèmes spécifiques à chacun des deux sexes ».

En 2002, alors que la professionnalisation s’organise, le président Chirac désigne Michèle Alliot-Marie à la fonction de ministre de la Défense.  Elle symbolise la féminisation de l’institution à une époque où la force physique cède la place à la maîtrise de la technologie.  Les armées françaises occupent alors la seconde place, en Europe, avant la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, avec 8,5 % de femmes servant en qualité d’officiers, de sous-officiers et d’engagées.

Jusqu’à une date récente, lorsque l’on évoquait la parité, les réticences à la féminisation restaient liées à la culture d’une institution où le modèle du leader était fondé sur une conception charismatique du chef, quand la définition du commandement évoluait vers le « management ». Ensuite, la présence féminine accroît la concurrence vers les fonctions de commandement dont le nombre diminue, à cause de la professionnalisation et des réductions budgétaires imposées par les LPM. Un lieutenant-colonel ne cachait pas son amertume de ne pas avoir obtenu un commandement régimentaire dans son arme des Transmissions octroyé à une femme. Elle eut certes un commandement mais particulier, car sa mission fut de dissoudre le 18e RT de Caen. Son temps de commandement dura un an et non deux, à l’issue duquel elle plia le drapeau et ferma la boutique.

 

La femme militaire, objet d’études

.
À l’orée des années 2000, la féminisation constitue un sujet de réflexion. Que d’écrits, de colloques, de conférences, de rapports du C2SD, de blogs, de numéros des Champs de Mars jusqu’à une thèse ! En 2011, le numéro 17 d’Inflexions porte sur Hommes et femmes, frères d’armes ? L’épreuve de la mixité. Sous-titre révélateur. En août 2013, l’hôtel de Brienne inaugure l’exposition Femmes de la défense, présentée ensuite en province. Et lorsqu’en 2012, le général Antoine Windeck prend le commandement des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, il se montre « soucieux d’améliorer le sort des élèves-filles », que « la grande école du commandement de l’armée de Terre, maison-mère des officiers, se positionne sur la question des femmes », car l’École spéciale militaire (ESM de Saint-Cyr) est considérée comme un foyer misogyne. Claude Weber, professeur de sociologie répond à la demande du général en organisant un colloque interdisciplinaire, en novembre 2013.;

Le colonel Valérie Morcel, lors d’une prise d’armes à Haguenau (Photo Franck Kobi/DNA)

;
Admise en 1995 dans une promotion de 173 élèves-officiers dont 4 filles, Valérie Morcel se souvient des relations difficiles avec certains garçons, des « remarques désobligeantes », du « mépris », du « sexisme dont elle a pu être victime. »  Quand on nous traitait de « grosses », c’était « encore gentil ». En revanche, lorsqu’en 2019, le lieutenant-colonel Catherine Busch commande le 1er bataillon de France (3e année de l’ESM), les quinze filles de la promotion de 140 élèves-officiers sont bien intégrées. Le temps a assoupli les comportements. Mais revenons au colloque où une contributrice s’interroge : « Le soldat a-t-il un sexe ? » citant d’entrée la formule du général de Lattre de Tassigny : « Je ne veux pas savoir s’il y a des femmes dans la division, pour moi, il n’y a que des soldats. » En écho, lorsqu’en juin 2018 le colonel Morcel prend le commandement du 54e RT d’Haguenau, elle est agacée que l’on écrive chef de corps avec « ffe » car elle considère qu’ « un chef, c’est un chef. Un colonel, un colonel. C’est une fonction ». La féminisation des titres est « très dévalorisante » et une manière de ridiculiser les femmes militaires.

En 2011 et 2012, le Haut comité d’évaluation de la condition militaire traite le sujet dans deux rapports et décide en 2013 de consacrer un numéro thématique aux Femmes dans les forces armées françaises. De l’égalité juridique à l’égalité professionnelle. Il s’appuie sur le Livre blanc et affirme que « la place des femmes dans les forces armées n’est plus un problème ni même une question ; leur rôle est désormais reconnu. La situation n’est pas pour autant stabilisée et des évolutions sont encore nécessaires. » Réaliste, le Haut comité avance que les dispositions applicables à la société civile ne peuvent être calquées telles quelles du fait de la mission des armées. Et si l’égalité juridique avance dans la société, l’égalité professionnelle est en devenir. Pour la réussir, il rappelle les limites des comparaisons avec la société. L’évolution vers l’égalité professionnelle ne pouvant se conduire qu’avec l’adhésion du personnel et correspondre aux aspirations personnelles des militaires et surtout des femmes.

En 2014, la parution médiatisée du livre de Marine Baron La guerre invisible, qui dénonce les violences physiques et morales faites aux femmes militaires, fit l’effet d’une bombe à tel point que le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian lança une enquête nationale interne, annonça des mesures en leur faveur avant de créer, en avril, la cellule Thémis, organisme central, interarmées, interservices. En 2016, afin de contrer les critiques sur les réticences à les promouvoir et les rendre plus visibles dans les campagnes de recrutement, le ministre préface un ouvrage de Jean-Marc Tanguy, L’armée au féminin, où il rappelle que la « mixité est une conquête, accomplie dans le temps long de l’histoire des armées », qu’elle est une réalité car « les femmes de la Défense servent désormais dans presque tous les domaines jusque sur les théâtres », ce que le livre montre par des portraits et des témoignages.

(*) Martine Cuttier. Docteur en histoire contemporaine, spécialiste des relations internationales et des politiques de puissance avec projection de forces. Elle a beaucoup travaillé sur les questions de sociologie militaire et les relations entre forces occidentales projetées et populations des pays considérés, notamment dans les pays africains en faisant le distinguo entre Français, Britanniques, d’une part, et Américains d’autre part.

Les Armées préparent un Exercice d’hypothèse d’Engagement Majeur baptisé ORION

Les Armées préparent un Exercice d’hypothèse d’Engagement Majeur baptisé ORION

orion.jpg

 

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 15 novembre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


L’exercice interarmées HEMEX ORION se déroulera en France du mois de février au mois de mai 2023. Cet exercice s’inscrit dans le cadre de la préparation opérationnelle des armées à une hypothèse majeure (conflit de haute intensité).

HEMEX (Exercice d’hypothèse d’Engagement Majeur) ORION (Opération d’envergure pour des armées Résilientes, Interopérables, Orientées vers la haute intensité et Novatrices) est un exercice inédit qui vise à entraîner les armées françaises dans un cadre interarmées et multinational, selon un scénario de haute intensité réaliste et exigeant qui prend en compte les différents milieux et champs de conflictualité (lutte informationnelle, cyber, espace…). Ce type d’HEMEX pourrait avoir lieu tous les trois ans. 

Le scénario.

Le scénario a bénéficié d’un apport d’une société canadienne, le groupe Calian. Voir mon post ici.
L’Etat Arnland est déstabilisé par des milices et groupes armés, soutenus par l’Etat Mercure. Une résolution de l’Onu permet un engagement militaire pour venir en aide à cet Etat. D’où l’intervention de forces alliées pour soutenir les autorités d’Arnaland.
Mais une phase de confrontation majeure et symétrique va ensuite être initiée avec l’Etat Mercure qui va progresser dans le territoire d’Arnland, forçant à une action d’arrêt majeure.
A noter qu’une GREY CELL sera chargée de “simuler les organisations gouvernementales d’Arnland”, pays qui va être attaqué et en partie envahi, ce qui provoquera des mouvements de réfugiés, des déplacés et des prisonniers de guerre (voir mon post ici).

ORION 2023, un exercice en 4 phases imaginé dès l’été 2020:

▪️ La planification, qui a débuté en mai 2022,  est toujours en cours, même si les grandes lignes d’ORION sont arrêtées.
▪️ ORION commencera avec une phase d’entrée en premier, fin février – début mars. 7 000 militaires seront engagés dans le sud de la France (de Sète à Castres) et en Méditerranée, avec des opérations amphibie pour l’une (port de Sète) et aéroportée pour l’autre (aéroport de Castres), ainsi que dans le cadre d’opérations aériennes et aéronavales.
▪️ Une phase civilo-militaire aura lieu de la mi-mars à la fin mars, autour de 5 thèmes: 1) soutien civil à l’engagement des armées via des acteurs publics et privés, 2) droit et normes: les contraintes, 3) RH et réserves, 4) rétroaction sécuritaire sur le territoire national, 4) communication et lutte informationnelle.
▪️ Engagement majeur : avril – mai (10 000 à 12 000 militaires) dans l’est de la France.

Les capacités.

Terre: l’AdT sera présente pour toutes les phases, mobilisant ses forces pour les ops amphibie et aéroportée, les rétro-activant pour la phase sur le territoire national  (protection des infrastructures, par ex), puis engageant la 3e division (et des éléments de la 1ere) pour une manoeuvre défensive puis une contre-attaque, le tout en liaison avec une division US qui jouera sa partition en simulation. Cette phase s’inscrira dans le “théâtre opérationnel hybride partagé” (TOHP).

armee de terre.jpg

Air: voir le détail sur les deux diapos ci-dessous. L’idée est de faire évoluer l’AA dans un environnement aérien contesté. 

air1.jpg

air2.jpg

Mer: la marine et les marines partenaires (pour tester l’interopérabilité) vont mettre en jeu une force amphibie et un groupe aéronaval (force bleue) et une force ennemie (force rouge). Pour la marine, Orion commencera avec une opération amphibie d’envergure sous menaces et avec des tentatives de déni d’accès (forces navales rouges, mines, forces à terre). 

mer.jpg

mer2.jpg

 

Projet de budget 2023 pour nos armées

Projet de budget 2023 pour nos armées

Édito du Ministres des Armées

En 2023, le budget des armées françaises sera pour la 6ème année consécutive en augmentation. Depuis 2017, la nouvelle trajectoire budgétaire a permis de faire passer les crédits des armées de 32,3 milliards d’euros à 43,9 milliards d’euros.

Dès 2017, le Président de la République a décidé de stopper l’érosion de nos capacités militaires. Depuis, chaque annuité de la LPM a été respectée, avec une hausse de 1,7 milliard. Le projet de loi de finance pour 2023 renforce cette promesse du Président de la République à nos soldats avec une nouvelle augmentation de 3 milliards d’euros du budget des armées.

Cette politique a porté ses fruits, elle a renforcé la place de la France aux yeux du monde. Nous avons atteint les 2% de PIB dédiés à notre budget de défense, en conformité avec nos engagements envers nos alliés de l’OTAN. Ces investissements permettent aujourd’hui à la France d’être Nation cadre en Roumanie pour protéger les frontières orientales de l’Alliance, tout en poursuivant notre engagement contre le terrorisme au Sahel, aux côtés de nos partenaires africains et avec nos alliés européens.

Les effets de ces augmentations se ressentent déjà dans nos unités et sur les théâtres d’opération avec l’arrivée de nouveaux matériels intégrant les technologies Scorpion et Griffon, le Jaguar ou le drone Reaper arrivent progressivement dans nos régiments, ainsi que les équipements de protection individuelles qui offrent une meilleure protection et une supériorité tactique à nos soldats sur le terrain.

Ce budget poursuit les investissements massifs dans notre programme capacitaire avec 38 milliards de commandes militaires ainsi que d’importantes livraisons : 13 Rafales, 2 lots de missiles, 1 sous-marin nucléaire d’attaque et 18 chars Leclerc. Ces nouveaux crédits devront engager l’impératif de transformation du modèle de production de notre industrie de défense vers une « économie de guerre », et garantir notre souveraineté en renouvelant nos stocks, avec

2 milliards d’euros de commandes de munitions. Les augmentations de crédits profitent aussi directement à celles et ceux qui s’engagent sous nos couleurs. Depuis 2017, les 520 millions d’euros dédiés au Plan famille ont permis notamment d’améliorer les conditions de logement des militaires. Nous poursuivrons ces investissements en 2023 avec 180 millions d’euros fléchés vers le plan famille. Ce budget permettra également le recrutement de 29 700 personnels dont 1500 créations de postes. Pour répondre à l’enjeu d’attractivité qui en découle, la nouvelle politique de rémunération des militaires est un outil central, que nous avons pu mettre en œuvre grâce à l’augmentation continue du budget des armées depuis 2017.

Cette politique portée pour la sixième année consécutive par le Président de la République porte ses fruits : elle assure à la France une crédibilité auprès de ses alliés ; elle donne à nos forces une supériorité sur le terrain grâce aux investissements importants dans notre programme capacitaire ; et offre à nos militaires de meilleures conditions d’engagement. Il nous appartient désormais de poursuivre ces efforts pour que notre Nation soit à la hauteur des défis que l’Histoire dresse devant elle : ce que nous préparons avec une nouvelle loi de programmation militaire 2024-2030, que nous présenterons au Parlement dès 2023.

Sébastien Lecornu,

ministre des Armées

 

Lire et télécharger le PLF 2023

Projet-de-Loi-de-Finances-2023

M. Lecornu à propos des réservistes : « Contribuer à la défense nationale de son pays doit devenir un droit! »

M. Lecornu à propos des réservistes : « Contribuer à la défense nationale de son pays doit devenir un droit! »

http://www.opex360.com/2022/10/07/m-lecornu-a-propos-des-reservistes-contribuer-a-la-defense-nationale-de-son-pays-doit-devenir-un-droit/


 

« Il y a une loi morale qui règle la société, une légitimité générale qui domine la légitimité particulière. Cette grande loi et cette grande légitimité sont la jouissance des droits naturels de l’homme, réglés par les devoirs; car c’est le devoir qui crée le droit, et non le droit qui crée le devoir », a écrit François René de Chateaubriand…

Ceci ayant été rappelé, en temps de guerre ou de crise, contribuer à la défense de son pays est un devoir… En temps de paix, nul n’est tenu de servir sous les drapeaux. Du moins est-ce vrai depuis que les jeunes français n’ont plus le devoir de remplir leurs obligations militaires avec la suspension du Service national. Pour autant, faut-il instaurer un « droit » à « contribuer à la défense nationale » pour les civils qui voudraient signer un engagement à servir dans la réserve opérationnelle?

Visiblement, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, le pense. D’autant plus que, selon les annonces faites par le président Macron le 13 juillet dernier, il est question de doubler l’effectif de la réserve opérationnelle de niveau 1 [RO1]… Ce qui suppose de recruter environ 40’000 volontaires supplémentaires…

Volontaires qui devront pouvoir se libérer de leurs obligations professionnelles en cas de besoin. Ce qui, même si des conventions ont été signées avec de grandes entreprises, ne va pas forcément de soi pour les réservistes venus du secteur privé… En effet, il peut être compliqué pour une PME de se passer d’un employé possédant un savoir-faire essentiel à son activité pendant plusieurs jours.

D’où la mise en place, par M. Lecornu, d’un groupe de travail qui aura la tâche d’identifier « les freins à l’engagement » au sein de la RO1 et de trouver les « leviers nécessaires pour y remédier, notamment en termes d’évolutions réglementaires et législatives », a précisé le ministère des Armées, le 6 octobre.

Ce groupe de travail réunira des militaires, des parlementaires, des associations ainsi que des représentants d’organisations patronales et syndicales. Il aura à « formuler des propositions » qui serviront à élaborer la prochaine Loi de programmation militaire [LPM].

« Contribuer à la défense nationale de son pays doit devenir un droit! Chaque français doit pouvoir s’engager comme réserviste militaire et participer à la protection de la Nation. Les armées se mettent en ordre de marche pour pouvoir proposer une fonction adaptée aux compétences et profils de chacun », fait valoir M. Lecornu.

Et si participer à la défense nationale devient un « droit », alors ceux n’ayant pas l’aptitude physique requise pour l’ensemble des spécialités proposées par les armées pourraient le faire valoir. C’est d’ailleurs l’un des sujets qu’aura à aborder le groupe de travail.

« Les critères d’admissibilité physique et de santé constituant parfois des barrières à l’engagement pourront, pour certaines missions confiées à des réservistes, être allégés », précise le ministère des Armées. Un autre axe de travail concernera les « conditions nécessaires pour créer un concours bienveillant des entreprises et des employeurs quant à leurs salariés réservistes », poursuit-il.

Cela étant, les pays nordiques ont trouvé une solution pour ne pas manquer de réservistes… En effet, un service militaire censé être obligatoire est en vigueur tant en Norvège qu’en Suède [où il a été rétabli en 2018, ndlr]. « Obligatoire » est effectivement un vain mot puisque seulement une fraction d’une classe d’âge est appelée sous les drapeaux. Ainsi, l’armée norvégienne ne sélectionne que les plus motivés [soit 10’000 hommes et femmes sur 60’000], ce qui correspond à ses besoins. Son homologue suédoise a adopté une approche identique.

Photo : Ministère des Armées