Burkina Faso : un coup d’État synonyme de scénario catastrophe pour la France

Burkina Faso : un coup d’État synonyme de scénario catastrophe pour la France

Explication

Les conséquences du coup d’État en cours au Burkina Faso pour l’intervention française seront multiples. Non seulement cette instabilité menace sérieusement l’avenir de l’opération Barkhane dans le Sahel, mais en plus elle risque de porter un coup fatal à l’engagement militaire des Européens dans la sous-région.

Quelles sont les conséquences directes pour l’intervention française ?

Sur le plan opérationnel, la présence militaire française au Burkina Faso est réduite aux forces spéciales, la « Task Force Sabre ». Par nature discrète, cette force d’environ 350 militaires est utilisée pour traquer et frapper les djihadistes, comme lors de la libération de deux otages français par le commando Hubert, dans le sud du Burkina, le 19 mai 2019. Elle peut aussi être engagée dans des opérations de politique intérieure, comme lorsque, le 31 octobre 2014, elle avait exfiltré le président déchu Blaise Compaoré pour le mettre en sécurité en Côte d’Ivoire.

→ LES FAITS. Burkina Faso : des militaires annoncent « suspendre » la Constitution du pays

Dans le contexte actuel, cette force ne sera pas engagée pour protéger le président Kaboré : dans une position déjà très délicate, Paris n’a pas intérêt et sans doute plus les moyens de jouer aux gendarmes de l’Afrique, comme le souligne le colonel Michel Goya dans son dernier livre, Le Temps des guépards (1).

En revanche, elle peut être déployée en cas de menace sur les Européens : un scénario, pour l’heure, peu probable. « La crise au Burkina peut surtout poser un problème logistique pour l’armée française, analyse le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations Unies. Les convois de ravitaillement de la base de Gao, dans le nord du Mali, et de Menaka, dans le nord du Niger, passent par le Burkina. » De sorte que la France est obligée de ne pas s’aliéner les autorités qui dirigent le pays.

Comment envisager l’avenir de l’opération Barkhane ?

Jusqu’au scrutin pour l’Élysée, Paris est piégé. « Comment prendre des décisions importantes à moins de cent jours de l’élection présidentielle ? On peut s’attendre à une grande discrétion des autorités françaises tant que l’élection n’a pas eu lieu. Paris va devoir temporiser avec un mot d’ordre : surtout pas de morts de notre côté ! », estime le général Trinquand. « Les militaires vont rester dans leur base, comme en Afghanistan », ajoute-t-il.

« Cette opération était condamnée depuis longtemps », juge Marc-Antoine Pérouse de Montclos, auteur du livre paru en 2020 Une guerre perdue, la France au Sahel (2). Avec ce nouveau coup d’État, comment Paris peut-il vraiment envisager de rester dans le Sahel ? Combien de soldats vont mourir alors que la situation se dégrade de partout ? » Une fois les élections présidentielle et législatives passées, tout concorde pour penser à un retrait encore plus rapide de Barkhane. « Au Mali, nous l’envisageons pour la fin de l’année », confiait récemment à La Croix une source militaire française.

Quelles suites pour l’intervention européenne ?

Le coup d’État au Burkina Faso fragilise un peu plus la force européenne Takuba, dont la vocation est théoriquement de prendre le relais de l’opération Barkhane. Composée aujourd’hui d’environ 800 soldats, dont la moitié est française, cette force de 14 pays européens n’a jamais paru aussi fragile. La détérioration constitutionnelle au Mali et l’arrivée des Russes dans ce pays ont déjà poussé les Suédois à annoncer, le 14 janvier, la fin de leur participation cette année : soit le retrait de 150 forces spéciales.

« Les Européens n’ont jamais cru en cette force, souligne Marc-Antoine Pérouse de Montclos. Pour eux, c’est une occasion de participer à peu de frais à une opération internationale, mais à condition qu’ils ne perdent aucun soldat. Comme me l’ont dit les Tchèques, ils se retireront au premier mort. »

Et de noter que le Burkina Faso et le Niger s’opposent au déploiement de la force Takuba sur leur sol. « Les Européens n’ont jamais été très chauds pour intervenir au côté de la France dans le Sahel. Si, en plus, ils doivent le faire dans des pays dirigés par des juntes, ils auront une bonne raison d’y renoncer, craint aussi le général Trinquand. D’autant que la crise ukrainienne leur apparaît comme une menace bien plus directe et sérieuse que ce qui se joue dans le Sahel. »

(1) Le Temps des guépards. La guerre mondiale de la France – De 1961 à nos jours, Tallandier, 2022.

(2) Jean-Claude Lattès.

L’Otan fait le point sur les contributions annoncées par certains de ses membres pour renforcer son flanc oriental

L’Otan fait le point sur les contributions annoncées par certains de ses membres pour renforcer son flanc oriental

 

http://www.opex360.com/2022/01/24/lotan-fait-le-point-sur-les-contributions-annoncees-par-certains-de-ses-membres-pour-renforcer-son-flanc-oriental/


Le 21 janvier, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit « convaincu » que la Russie ne lancera pas d’offensive contre l’Ukraine, malgré les manœuvres de ses troupes observées depuis plusieurs semaines près de la frontière. « J’espère fermement avoir raison », a-t-il dit, estimant que la « diplomatie est le moyen de résoudre les problèmes »

Mais à condition que les deux parties fassent chacune des concessions pour arriver à un accord. Or, pour le moment, les discussions que la Russie a pu avoir avec les États-Unis et l’Otan au sujet des garanties « juridiques » qu’elle réclame n’ont rien donné, ses revendications ayant été jugées inacceptables.

En attendant, les États-Unis ont ordonné aux familles de ses diplomates en poste à Kiev de quitter le pays « en raison de la menace persistante d’une opération militaire russe ». Et le département d’État a aussi estimé que les les ressortissants américains résidant en Ukraine « devraient envisager maintenant » d’en faire de même par des vols commerciaux ou « d’autres moyens » de transport.

« La situation sécuritaire, notamment le long des frontières ukrainiennes […] est imprévisible et peut se détériorer à tout moment. […] Les ressortissants américains en Ukraine devraient savoir qu’une opération militaire russe où que ce soit en Ukraine affecterait gravement la capacité de l’ambassade américaine à fournir des services consulaires, y compris une assistance aux citoyens américains quittant l’Ukraine », a fait valoir le département d’État.

Ce 24 janvier, le Royaume-Uni a également le retrait d’une partie de son personnel diplomatique d’Ukraine, « en réponse à la menace croissante de la Russie ». Cependant, a ajouté le Foreign Office, « l’ambassade [britannique à Kiev] reste ouverte et continuera à mener ses tâches essentielles ».

Pour le moment, l’Union européenne [UE] n’envisage pas de prendre de telles mesures pour le moment. « Je pense qu’il ne faut pas dramatiser la situation et que nous devons quitter l’Ukraine, à moins que les États-Unis ne nous fournissent des informations qui justifient cette décision », a déclaré Josep Borrell, son haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

De son côté, l’Otan a fait le point sur les contributions annoncées [ou envisagées] de certains de ses membres pour renforcer son flanc oriental, via un communiqué publié ce 24 janvier.

« L’Otan continuera de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger et défendre tous les Alliés, y compris en renforçant la partie orientale de l’Alliance. Nous répondrons toujours à toute détérioration de notre environnement de sécurité, notamment en renforçant notre défense collective », a fait valoir Jens Stoltenberg, son secrétaire général.

Ainsi, comme l’avait déjà annoncé l’Allied Air Command [Aircom] la semaine passée, le Danemark va renforcer la mission Baltic Air Policing avec l’envoi de quatre avions F-16 en Lituanie.

Ces appareils y « rejoindront les F-16 polonais et belges » déjà déployés dans la région et « fourniront à l’Otan une capacité accrue de police du ciel […] pour assurer la dissuasion et la défense du flanc nord-est de l’Otan », a expliqué le communiqué de l’Aircom. Par ailleurs, le Danemark a également annoncé l’envoi d’une frégate dans la mer Baltique.

Selon M. Stoltenberg, « l’Espagne envoie des navires rejoindre les forces navales de l’Otan et envisage d’envoyer des avions de combat en Bulgarie » tandis que la « France s’est déclarée prête à envoyer des troupes en Roumanie sous le commandement de l’Otan » et que les Pays-Bas vont envoyer deux F-35A en Bulgarie à partir du mois d’avril.

En outre, a encore précisé le secrétaire général de l’Otan, les forces néerlandaises vont aussi mettre « un navire et des unités terrestres en attente pour la NRF [Nato Response Force, force de réaction rapide de l’Otan, ndlr]. Enfin, a-t-il continué, les « États-Unis ont également clairement indiqué qu’ils envisageaient d’accroître leur présence militaire dans la partie orientale de l’Alliance ».

Duel pour Kharkov

Duel pour Kharkov

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 24 janvier 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


La Russie organise-t-elle une opération militaire contre l’Ukraine ? Oui, c’est évident. Se prépare-t-elle à envahir ce pays ? Pas forcément, car ce serait à l’encontre de sa pratique habituelle. Non pas que la vieille Russie n’ait pas l’habitude d’envahir, mais elle le fait simplement rarement de cette façon. Petit retour en arrière.

Depuis la destitution de Viktor Ianoukovytch en février 2014, la Russie a mené six opérations militaires contre l’Ukraine. Une de ces opérations était froide, c’est-à-dire sans combat, et consistait sous couvert initial de grand exercice à rassembler très vite une puissante force conventionnelle à la frontière ukrainienne. Avec la 41armée combinée complète au nord susceptible de foncer sur Kiev et les 20e et 8e armées prêtes à pénétrer facilement dans l’Est ukrainien depuis Voronej et Rostov, tout le monde a été pris de court, en Ukraine comme en Occident.

L’armée ukrainienne n’était qu’une armée Potemkine et les pays occidentaux n’ont pas osé faire la seule chose possible pour contrer la menace : lancer, à la demande du nouveau gouvernement de Kiev, une opération de déploiement-dissuasion rapide sur le territoire, à la manière de la brigade française et de l’escadre aérienne déployés en quelques jours au Tchad en août 1983. Les pays occidentaux, du moins ceux qui combattent parfois, n’ont pas osé pour deux bonnes raisons : la peur et l’incapacité. Il y a bien longtemps qu’on ne sait plus faire ce que l’on faisait dans les années 1980.

Cette inhibition était le premier objectif de l’opération de déploiement russe. Le second était de servir de base arrière à des opérations limitées mais chaudes. La première a été la saisie-éclair de la Crimée, la seconde fut l’appui masqué aux mouvements séparatistes du Donbass. D’un côté la vitesse, de l’autre la dissimulation, mais dans les deux cas, une même volonté de limiter l’empreinte politique et de rester sous le seuil de la guerre ouverte, bon exemple de « guerre avant la guerre » pour reprendre l’expression du chef d’état-major des armées, le général Burkhard.

Cela n’a pas empêché l’État ukrainien de, logiquement et légitimement, tenter de rétablir son autorité sur l’ensemble de son territoire, y compris par l’engagement de son armée. Le succès, difficile mais réel, de cette « offensive anti-terroriste » a provoqué à son tour trois nouvelles opérations russes, qui marquaient incontestablement une escalade. Il y eu ainsi l’offensive d’artillerie de juillet 2014 où les lance-roquettes multiples russes ont méthodiquement écrasé les bataillons ukrainiens sur la frontière entre la Russie et le Donbass, puis deux raids massifs de plusieurs groupements interarmes (GTIA) russes enrobés de miliciens séparatistes et de mercenaires. Un GTIA russe, c’est un groupement de 600 à 800 soldats, avec une force lourde blindée-mécanisée à l’avant et une force de frappe d’artillerie derrière. La première de ces attaques en août 2014, engageait l’équivalent de tout ce que la France possède en chars, véhicules blindés de combat d’infanterie et artillerie. La seconde, en janvier 2015, était encore plus puissante, mais comme là encore il n’y avait pas de drapeaux russes, tous les sympathisants pouvaient relayer les négations du Kremlin.  À chaque fois, les forces ukrainiennes ont subi des défaites cinglantes.

Ce n’était pas l’application d’un grand plan, mais une succession de coups au risque politique très calculé et qui a finalement atteint l’objectif premier de la Russie qui était la neutralisation stratégique de l’Ukraine. La Crimée est annexée et les deux républiques autoproclamées du Donetsk et de Louhansk sont indépendantes de fait sous protectorat russe et quasi annexées par la naturalisation massive de ses habitants. Chacune de ces trois zones prises à l’Ukraine est occupée par un corps d’armée russe. Surtout, plus personne dans les pays occidentaux n’a osé apporter une aide militaire sérieuse à l’Ukraine, on ne parle pas ici de livraisons de petits matériels et de quelques dizaines de conseillers, ni bien sûr évoqué une alliance militaire. La Russie aurait préféré une Ukraine sous influence, mais elle se contente d’une Ukraine « finlandisée ».

C’est probablement pour maintenir ces acquis que sept ans plus tard, on assiste à une nouvelle montée en puissance russe le long de la frontière. Montée en puissance, pas véritable mobilisation, puisqu’on réalité les forces mises en place en 2014 n’avaient jamais été retirées complètement. Concrètement, il y a le long de la frontière une trentaine de GTIA complets présents en permanence, le double de ce que la France serait capable de déployer au maximum. Il y a aussi de nombreux dépôts permettant d’équiper également une trentaine d’autres GTIA à partir des forces venues de l’intérieur, ce qui est fait régulièrement lors des grands exercices. Ces renforts sont arrivés ces derniers mois, à un rythme relativement lent et on notera cet indice clé, à observer de très près, qu’il manque encore les éléments logistiques permettant de mener de grandes opérations sur la longue durée.

Avec environ 110 000 combattants, on se retrouve donc à peu près au volume du printemps 2014, mais avec des forces qualitativement plus modernes, un peu techniquement, mais surtout humainement. L’armée russe de 2022, dont la majorité des cadres a été engagée en Syrie, est capable de monter des opérations aéroterrestres plus complexes qu’en 2014. Dans le même temps, l’Ukraine, peu aidée et toujours structurellement faible n’a pas fait le même effort. Autrement dit, le rapport de forces de 2022 est encore plus favorable pour les Russes qu’en 2014 et dans tous les domaines, en particulier dans le ciel où la supériorité russe est écrasante. Cela fait à nouveau très peur et pousse à un intense dialogue diplomatique, au moins entre la Russie et les Etats-Unis.

Rappelons, si cela n’était pas clair, que la culture stratégique russe est active mais prudente, ce qui ne veut pas dire que les Russes reculent devant le risque en soi mais qu’ils reculent presque toujours devant le risque qu’ils ne peuvent réduire à un niveau jugé acceptable. Il y a fondamentalement deux moyens pour réduire ce risque : la surprise et la masse. Les deux ne sont pas forcément compatibles. Surprendre suppose de se dissimuler et d’agir vite, généralement à partir des moyens immédiatement disponibles à proximité de l’objectif. Agir avec une grande supériorité de moyens suppose au contraire une montée en puissance préalable souvent peu discrète.

Les Russes ont ainsi mené de nombreuses opérations rapides chaudes ou froides de déploiement, saisie ou raid, depuis le blocus de Berlin en 1948 jusqu’au déploiement eu Syrie en 2015 en passant par l’envoi de missiles nucléaires à Cuba en 1962, d’une division aérienne en Egypte en 1970, de l’attaque de la présidence à Kaboul en 1979, de l’assaut sur Grozny en 1994 ou encore de la guerre contre la Géorgie en 2008. On notera au passage que risque calculé et surprise n’empêchent pas toujours l’erreur sur les réactions de l’autre et l’échec.

Les opérations du deuxième type, celle où néglige les réactions possibles pour privilégier un rapport de forces écrasant sont plus rares. Même lors des grandes opérations de reprise de contrôle des pays protestataires du Pacte de Varsovie, en 1953, 1956 et 1968, les Russes ont privilégié la surprise tout en profitant de la puissance des forces proches disponibles. On peut citer comme opération puissante et non surprenante l’entrée de la 40e armée soviétique en Afghanistan au début de 1980, et encore, ou la seconde guerre de Tchétchénie à partir de l’été 1996.

Tout cela nous ramène à la situation actuelle. Avec les forces immédiatement disponibles le long de la frontière, les Russes seraient capables de mener des opérations rapides et limitées. Ils ont choisi de procéder à une mobilisation visible des forces. Ce qui amène deux hypothèses.

Il peut effectivement s’agir aussi d’une opération de grande ampleur où on se moque de la réaction internationale et destinée à « punir » l’Ukraine, détruire une partie conséquente de son potentiel militaire et peut-être occuper les provinces russophones, voire chercher à remettre en place à Kiev un régime plus favorable. Pour atteindre les deux premiers objectifs, ils peuvent lancer une campagne aérienne sous un prétexte quelconque, mais ce serait une vraie nouveauté pour la Russie, et dans ce cas là pas besoin de renforcement des forces terrestres à la frontière sauf pour ajouter de la pression. Plus classiquement, ils peuvent lancer des raids aéroterrestres à partir du Donbass, des raids aéromobiles ou amphibies le long de la côte à partir de la Crimée ou de la région de Rostov. Ils peuvent surtout faire pénétrer les colonnes de la 3e division motorisée et de la 4e division blindée vers Kharkov ou Poltava, deux hauts lieux de l’histoire militaire russe, ou encore celles de la 144e division motorisée depuis Koursk et la Biélorussie en direction de Kiev. Soyons clairs, rien ne pourrait les arrêter sur le terrain. La seule crainte, mais elle est de taille, serait de pousser l’escalade trop loin, de susciter une réprobation et des sanctions internationales de grande ampleur, et surtout un raidissement de l’Europe de l’Est avec à la clé un renforcement paradoxal de l’OTAN et de la présence militaire américaine dans la région.

Il peut s’agir aussi et à nouveau d’une opération froide destinée à court terme à faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle renonce à toute velléité de nouvelle « offensive anti-terroriste » contre les républiques séparatistes et à dissuader les Occidentaux d’accroître leur présence en Ukraine. À long terme, de neutraliser définitivement l’Ukraine, en attendant mieux. Si on reste dans la pratique russe, c’est l’hypothèse de loin la plus probable. Quand les Russes veulent réellement combattre, ils ne s’agitent pas auparavant pour convaincre Congrès et opinion publique comme aux États-Unis. Quand ils s’agitent, c’est qu’ils veulent obtenir des gains diplomatiques. Mais il peut arriver que l’on finisse par rompre avec les habitudes. Le déploiement dans les semaines à venir de nombreux hôpitaux de campagne, une ressource rare que l’on ne peut maintenir très longtemps sans être utilisée, sera le vrai indicateur que Vladimir Poutine envisage de verser beaucoup de sang. 

Barkhane : Le Mali veut revoir les accords de défense conclus avec la France

Barkhane : Le Mali veut revoir les accords de défense conclus avec la France

 

 

http://www.opex360.com/2022/01/17/barkhane-le-mali-veut-revoir-les-accords-de-defense-conclus-avec-la-france/


La semaine passée, le gouvernement malien de transition a dénoncé la violation de son espace aérien par un avion militaire de transport français A400M « Atlas » ayant assuré une liaison entre Abidjan [Côte d’Ivoire] et Gao [Mali], alors qu’il venait de fermer ses frontières en réponse aux sanctions prises à son égard par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest [Cédéao].

Sauf que, comme l’a rappelé le général Laurent Michon, l’actuel commandant de la force française Barkhane, les accords militaires conclus entre Bamako et Paris, en particulier celui du 7 mars 2013 sous forme « d’échange de lettres » entre les deux gouvernements, garantissent une « pleine liberté de circulation sur le territoire et dans l’espace aérien malien des véhicules et des aéronefs, militaires et civils, du personnel du détachement français ainsi que des détachements non français de la force [européenne] Takuba ».

En outre, et s’agissant plus précisément des mouvements d’aéronefs, une part croissante des sorties aériennes de Barkhane se font au profit des Forces armées maliennes [FAMa].

Aussi, la protestation du gouvernement malien de transition pouvait alors être perçue comme un mouvement d’humeur à l’égard de la France, le président Macron ayant approuvé les sanctions de la Cédéao.

Cela étant, et alors que la présence de « formateurs » militaires russes aux côtés des FAMa est de plus en plus visible, les relations entre Bamako et Paris tendent à devenir « explosives ». Et les propos qu’a tenus Choguel Kokalla Maïga, le Premier ministre malien, dans un entretien diffusé le 16 janvier par l’Office de radiodiffusion télévision du Mali [ORTM], risquent bien de mettre le feu aux poudres.

Ainsi, M. Maïga a revisité les faits qui ont conduit à déclencher l’opération française Serval, le 11 janvier 2013. Pour rappel, celle-ci avait été lancée contre les groupes jihadistes qui occupaient le nord du Mali, à la suite d’une demande d’aide adressée la veille par Dioncounda Traoré, alors président du Mali par intérim, à la France et au Conseil de sécurité de l’ONU, au titre de l’article 51 de la charte des Nations unies relatif à la légitime défense.

Jusqu’alors, les relations militaires entre la France et le Mali relevaient d’un simple accord de coopération technique, signé en 1985 et dont le champ d’application se limitaire à la formation des militaires maliens dans les écoles militaires françaises. Aussi était-il insuffisant pour encadrer l’opération Serval.

D’où la signature d’un nouvel accord par échanges de lettres les 7 et 8 mars 2013. Celle-ci a ensuite été suivie par un traité [.pdf] afin de refonder le cadre juridique de la coopération entre la France et le Mali en matière de défense. Signé le 16 juillet 2014, ce texte a été ratifié deux ans plus tard.

Et, le dernier de ses 26 articles précise que ce traité est « conclu pour une durée de cinq ans » et qu’il est « renouvelable par tacite reconduction pour de nouvelles périodes de cinq ans, à moins que l’une des Parties notifie à l’autre son intention de mettre un au traité six mois avant son expiration ».

Lors de son entretien à l’ORTM, M. Maïga a surtout évoqué la lettre envoyée par M. Traoré pour demander l’aide de la France. Et d’assurer qu’ »aucune copie n’existe ni à la présidence, ni au ministère des Affaires étrangères », l’original étant en France. « Quant on a eu besoin récemment, c’est sur le site du Sénat Français qu’on l’a trouvé. Parce que nous voulions relire les Accords, qu’il estime « déséquilibrés » car ils font « de nous un État qui ne peut même pas survoler son territoire sans l’autorisation de la France ».

En réalité, et même si la force aérienne malienne est faible, il s’agit d’éviter un incident entre ses aéronefs et ceux de Barkhane dans une région donnée. C’est ce que l’on appelle un « accord de déconfliction ».

Se référant toujours à la lettre du « 11 janvier 2013 » [qui a donc été envoyée la veille], M. Maïga a assuré qu’elle indiquait « clairement » un « appui aérien et en renseignement » qu’elle ne prévoyait « pas des militaires français sur notre terre ». Et d’ajouter : « Ils ont amené 4000 militaires français […]. Ils ont fait venir d’autres Africains, ils ont fait venir la MINUSMA, interdit à l’armée malienne d’accéder à une partie de son territoire, alors qu’ils proclament que c’est pour recouvrer l’intégrité du territoire. Donc, il y a un discours apaisant, lénifiant, en attendant le réveil brutal et la réalité ».

Aussi, a conclu M. Maïga, le gouvernement « a décidé que nous n’allons plus demander d’autorisation à qui que ce soit pour survoler notre territoire. Et à moins de 7 mois de la rectification de la transition, nous avons les moyens de survoler et aller partout sur notre territoire sans autorisation ».

 

Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a confirmé à Wassim Nasr, de France24, la volonté de Bamako de revoir les accords de défense conclu avec Paris. « Le Mali a demandé la révision du Traité en matière de défense qui le lie à la France. Les amendements ont été formellement soumis », a-t-il dit. « Certaines dispositions violent la souveraineté du Mali et notre Constitution. Par exemple, l’Etat Malien ne peut survoler certaines parties de notre propre territoire. Le gouvernement a cessé d’observer cette disposition », a-t-il ajouté.

Pour le moment, les autorités françaises n’ont pas encore réagi aux propos de M. Maïga et à cette demande de « révision » des accords de défense liant la France au Mali. Sans doute que les « Vœux aux Armées » seront l’occasion pour le président Macron de faire une mise au point.

Photo : EMA

Quatre soldats français blessés par un IED dans le nord du Burkina Faso (actualisé)

Quatre soldats français blessés par un IED dans le nord du Burkina Faso (actualisé)

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 19 janvier 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Quatre soldats français ont été blessés au Burkina Faso lors de l’explosion d’un engin explosif improvisé (IED) au passage de leur véhicule. L’explosion a eu lieu dans le nord du pays, a annoncé à l’AFP mardi soir l’état-major français.

Le véhicule tout-terrain a explosé sur un IED à la sortie de l’aéroport de Ouahigouya“, a indiqué l’état-major, précisant qu’il s’agissait d’une “unité de Barkhane en mission de reconnaissance”.

Cet aéroport a été attaqué dans la nuit du 12 au 13 janvier:

aéroport.jpg

Quatre soldats ont été blessés dont un grièvement. “Ils ont été immédiatement évacués vers Gao”, au Mali. Deux de ces soldats ont été évacués vers la France. Pour les deux autres, la décision n’avait pas encore été prise ce mercredi matin.

La zone au sud des Trois frontières est plutôt fréquentée par les djihadistes du GSIM (ou JNIM, nébuleuse jihadiste affiliée à Al-Qaïda). Mais “c’est une zone de transit, nous n’avons pas de certitudes” sur l’origine de l’engin, a précisé l’EMA. Le Sahel est aussi la proie des jihadistes de l’EIGS, liés au groupe Etat islamique.

Actualisé.  Il circule une rumeur ce matin disant que c’est un véhicule tactique Polaris MRZR qui aurait été touché. Ce type d’équipement appartient aux FS, dans ce cas probablement de la TF Sabre. Pas de commentaires du ministère des Armées.