“La place Charles-de-Gaulle outragée” : Lettre ASAF du mois de septembre 2021

“La place Charles-de-Gaulle outragée” : Lettre ASAF du mois de septembre 2021

 

Photo by Sameer Al-DOUMY / AFP

 

Parmi les monuments et lieux de mémoire dont regorge Paris, il en est deux particuliers parmi les plus visités : l’un symbolise l’âme de la capitale, c’est la cathédrale Notre-Dame, en cours de reconstruction, et l’autre son cœur, c’est l’Arc de Triomphe.

 

"La place Charles-de-Gaulle outragée" : Lettre ASAF du mois de septembre 2021

L’Arc est situé à la confluence de douze avenues prestigieuses – Champs-Élysées, Friedland, Hoche, Wagram, Mac-Mahon, Carnot, Grande-Armée, Foch, Victor-Hugo, Kléber, Iéna et Marceau – qui forment une étoile qui a longtemps donné son nom à la place qui les relie et, en position légèrement surélevée, il semble éclairer à l’est la ville qui s’étale à ses pieds.

« Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des Arcs de Triomphe ! » s’était exclamé l’empereur Napoléon au lendemain de la bataille d’Austerlitz. En 1806, par décret impérial, il ordonnait l’édification de cet Arc de Triomphe, pour « perpétuer le souvenir des victoires des armées françaises ». Il fallut pourtant attendre trente ans pour que, en1836, le monument soit officiellement inauguré par Louis-Philippe.

Quatre-vingt-trois ans plus tard, le 14 juillet1919, défilèrent sous l’arche immense les troupes victorieuses de la Grande Guerre avant que n’y soient inhumés, le 28 janvier1921, les restes d’un soldat inconnu. Dès lors, le monument changeait de nature. En plus d’être un lieu de mémoire, il devenait l’écrin magnifique et grandiose d’un tombeau renfermant la dépouille d’un soldat qui en représentait 1 400 000 autres et qui lui conférait un caractère sacré.

Enfin, le dernier événement marquant la vie bien remplie de ce monument fut, par arrêté du 13 novembre 1970, soit quatre jours après la mort de l’intéressé, la décision de rebaptiser la place de l’Étoile en place Charles-de-Gaulle sans qu’à ce patronyme ne soit ajouté aucun titre particulier tel que général ou président. C’est l’homme Charles de Gaulle qui est honoré ici et qui inclut certes, le général et le président, mais aussi le soldat de la Grande Guerre et l’écrivain, car à ce titre il tenait beaucoup.

Et patatras! Alors qu’il entame les neuf derniers mois de son mandat de président, soit à peine la durée d’une année scolaire, le candidat potentiellement déclaré à sa réélection, Emmanuel Macron, fait procéder à l’emballage de cette sépulture. Il y avait déjà eu les outrages du 1er décembre 2018, quand des autoproclamés « gilets jaunes » s’étaient introduits dans le musée que le monument renferme pour en détruire le contenu. Ce même jour, veille de l’anniversaire de la bataille d’Austerlitz, les piliers de l’Arc ont recueilli des graffitis où s’exprimait la haine d’une foule hystérique envers nos gouvernants. Ce saccage avait suscité une réprobation générale et tout le monde était tombé d’accord sur un mot d’ordre alors impératif : « Plus jamais cela ! ».

À l’heure où vous lirez ces lignes, cet emballage stupide et odieux sera en cours et cachera pendant au moins deux semaines les noms des batailles mémorables comme ceux des combattants illustres qui sont gravés sur les piliers. Cette insulte aux gloires passées est insupportable à nos cœurs de soldats. Le général de Gaulle, auquel se réfère volontiers notre actuel président et à qui il rend hommage chaque année à Colombey, le jour anniversaire de sa mort, serait sans doute lui aussi révolté par cette honteuse mascarade. Et d’ailleurs, pourquoi n’est-il pas venu à l’esprit de l’actuel président d’emballer la tombe de son prédécesseur ?

Le 11 novembre 2019, le président de la République inaugurait, dans le parc André Citroën, à Paris, un monument depuis longtemps attendu, dédié aux soldats morts en opérations extérieures depuis la fin de la guerre d’Algérie. Sur les murs qui le bordent étaient alors gravés 549 noms de soldats tués sur 17 théâtres d’opérations. Depuis, ce chiffre s’est accru d’au moins 10 noms supplémentaires. Viendrait-il à l’idée de quelqu’un de cacher ces noms pendant quinze jours ? Quelle serait alors la réaction des familles ? Peut-on, au nom d’un « art » éphémère inventé par l’esprit tortueux d’un artiste étranger, aujourd’hui décédé et inhumé aux États-Unis, tout faire ? Pourquoi monsieur Christo n’a-t-il pas emballé le Capitole ou le mémorial Lincoln à Washington ?

Monsieur le Président, peut-être ne le savez- vous pas parce que personne n’a eu le courage de vous le dire, mais vous commettez là une grave erreur. En privé, des maires d’arrondissement à Paris, des députés, des directeurs d’administrations centrales du ministère des Armées et même des ministres désapprouvent ce projet. Ils ont compris eux que le monde combattant considérait cette initiative comme une véritable déclaration de guerre. Ils savent aussi que, toujours englués dans une crise sanitaire qui n’en finit pas, les Français ont bien d’autres préoccupations que d’apprécier ou non des initiatives artistiques douteuses et vont considérer cela comme une diversion bien mal venue.

Depuis un siècle, la tombe du Soldat inconnu est fleurie tous les jours par des Français venus de tous les horizons et souvent entourés de touristes étrangers de passage. Cet hommage modeste, qui émane du cœur du peuple, accompagné du ravivage de la Flamme qui éclaire le tombeau et qui, même sous l’occupation allemande, n’a jamais cessé, ne se suffit-il pas à lui-même et n’est-il pas plus signifiant qu’un énorme « barnum » qui n’avait pour objet initial que de satisfaire son « inventeur » ?

La RÉDACTION de L’ASAF

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” Complimenter l’armée française…” Lettre ASAF du mois de juillet 2021

Complimenter l’armée française…” Lettre ASAF du mois de juillet 2021

Tandis que la brutale contraction de 8 % du PIB en 2020 fait peser une très lourde menace sur la remontée de nos dépenses militaires en termes réels selon les objectifs de la LPM, la tentation existe bien, malgré toutes les dénégations, d’écarter la pensée stratégique, qui voit large et loin, au profit d’une pensée, spontanée, de court terme et reportant toujours à demain l’effort qu’il faudrait conduire dès aujourd’hui.  

" Complimenter l’armée française…" Lettre ASAF du mois de juillet 2021

 

« Gais et contents, nous marchions triomphants,
En allant à Longchamp le cœur à l’aise
Sans hésiter car nous allions fêter,
Voir et complimenter l’armée française 
»

 

Le couplet de cette chanson de Paulus, datant de 1886, semble encore caractériser l’atmosphère entourant le défilé parisien du 14 juillet, à la fois parade et démonstration de force amplement médiatisées dont on ne trouve pas un réel équivalent chez nos alliés. Seul le défilé de la Victoire, à Moscou, peut lui être comparé. Au-delà de leur légèreté, voire de leur frivolité, ces mots expriment quelque chose du lien singulier et antique entre la Nation française et son armée. Quant au spectacle rituel qu’ils recouvrent, il nous offre chaque année, dans une superbe unité de temps et de lieu, l’occasion d’observer in concreto tous les symboles de la relation Politique-Militaire, d’apprécier la panoplie des armes de la France et de goûter, ne fût-ce qu’un instant, l’esthétique si prenante de la force maîtrisée au service de la communauté.

Sans bouder ce que peut procurer cette liturgie, le citoyen ne peut s’arrêter à elle et se rassurer à bon compte sur l’assurance-vie dont elle serait l’illustration : songeons au défilé, magnifique, du 14 juillet 1939… En effet, alors que les menaces ne cessent de noircir notre horizon proche et lointain, il importe que les chefs militaires soient écoutés, au sens plein du terme, tant par la représentation nationale que par le pouvoir exécutif. Les moyens qui leur sont consentis doivent être à la hauteur des dangers recélés par un monde de plus en plus hétérogène et multipolaire.

À cet égard, nous pourrions être, en première approche, globalement satisfaits des conditions de mise en œuvre des trois premières annuités de la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2019-2025. Toutefois, les récents travaux de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat relatifs à l’actualisation de cette loi font apparaître notamment que les objectifs fixés en matière d’entretien programmé des matériels n’ont pas été respectés, que des ajustements estimés à 3 Md€ en faveur de programmes ou opérations d’intérêt incontestable (numérique, cyber, renseignement, condition militaire…) auront des conséquences négatives sur d’autres programmes et que les cibles 2025 pour ce qui concerne le Rafale, les blindés légers ou la guerre des mines ne seront pas atteintes. En outre, les exercices 2019 et 2020 ont vu un surcoût des OPEX, d’environ 600 M€, resté à charge du budget des armées contrairement aux dispositions de la LPM.

Enfin, alors que les risques de conflits à haute intensité ont été évoqués fin 2020 par les plus hauts responsables des armées, les sénateurs soulignent que la remontée de l’activité opérationnelle des armées à 100 % des standards de l’OTAN n’est prévue que pour 2025 et que, surtout, il n’y a pas à l’heure actuelle d’évaluation sérieuse de l’effort budgétaire que supposerait la préparation opérationnelle des armées à la haute intensité.

Tandis que la brutale contraction de 8 % du PIB en 2020 fait peser une très lourde menace sur la remontée de nos dépenses militaires en termes réels selon les objectifs de la LPM, la tentation existe bien, malgré toutes les dénégations, d’écarter la pensée stratégique, qui voit large et loin, au profit d’une pensée, spontanée, de court terme et reportant toujours à demain l’effort qu’il faudrait conduire dès aujourd’hui.  

Pour conclure, complimenter les armées ne suffit pas, les passer en revue est utile, leur donner les moyens de leurs missions l’est encore plus …

La Rédaction de l’ASAF
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“La ligne, la crête et la plaine.” Lettre ASAF du mois de mai 2021

La ligne, la crête et la plaine.” Lettre ASAF du mois de mai 2021

 

En se succédant et en s’amplifiant, les tribunes, les pétitions et leurs commentaires entraînent, auprès des responsables de l’ASAF, des réactions tant des adhérents que de nos amis, qui sont l’occasion d’une réflexion sur le positionnement, pas toujours bien compris, de notre association.

"La ligne, la crête et la plaine." Lettre ASAF du mois de mai 2021

 


La ligne, la crête et la plaine

En se succédant et en s’amplifiant, les tribunes, les pétitions et leurs commentaires entraînent, auprès des responsables de l’ASAF, des réactions tant des adhérents que de nos amis, qui sont l’occasion d’une réflexion sur le positionnement, pas toujours bien compris, de notre association.

Rappelons donc, en guise de « ligne » que nous sommes d’abord des citoyens, libres d’opinion, réunis par un souci commun : celui de la force des armes de la France, indissociable d’une Nation libre et souveraine et au service des intérêts supérieurs du pays que sont sa liberté et sa souveraineté. De ce fait, si l’ASAF est apolitique au sens partisan du terme, elle atteint au Politique, compris comme souci ou soin de la Cité, étant entendu que s’attacher à défendre nos armées sans se préoccuper de leur finalité ultime et de la situation du pays qui forme leur substrat serait absurde.

C’est précisément cette situation qui nous inquiète, comme elle inquiète, depuis longtemps, une grande majorité de nos compatriotes. Sauf à mépriser les sentiments venus de la profondeur d’un peuple, il n’est pas possible d’ignorer l’effet produit sur les esprits par la fragmentation de la société, la violence croissante et souvent impunie ou les tentatives de reconstruction de l’Histoire, le tout se greffant sur un affaiblissement moral et intellectuel reconnu par des personnalités de tous horizons.

Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant, sur le fond, que se manifestent des gardiens de la Cité, anciens ou actuels, alors que par ailleurs l’on pourra toujours évoquer des risques de récupération politique. S’il appartient à l’Institution, pour ce qui la concerne, de se prononcer sur la forme prise par cette expression, il n’en reste pas moins que ces tribunes, les postures et les exclamations outragées qui les accompagnent nous appellent aussi à réfléchir : à l’émotion doit succéder la raison, à la stérilité des polémiques doit être préférée la fécondité des enseignements. En d’autres termes : « Prenons de la hauteur ! Tenons la crête ! ».

De ce point de vue, c’est peut-être, ces derniers jours, la question de la relation entre l’État et son bras armé, plus que celle du devoir de réserve stricto sensu, qui mérite réflexion, compte-tenu à la fois de notre longue histoire et des gros temps qui s’annoncent à l’horizon. Sans instrument de mise en œuvre de la violence légitime ou sans volonté ferme et déterminée de l’exercer, l’État ne serait plus qu’une organisation frappée d’obsolescence. Mais sans État, lui assurant ressources, écoute et reconnaissance, l’autorité militaire ne serait rien, et de la combinaison des carences naîtraient le malheur, la relégation ou la disparition de la Nation.

En réalité, nous recommençons à découvrir, nous, Français, que nos destinées individuelles et collectives ont partie liée avec les destins indissociables de l’État et des armées qui, elles, doivent être le rappel permanent à un ordre dérangeant des choses : c’est là d’ailleurs que réside une grande part de leur légitimité.

Ces considérations faites, il faut redescendre dans la plaine, réelle ou virtuelle. C’est là où se frottent les intelligences, s’affrontent les volontés et se confrontent les opinions, là où celui qui a le souci de la Cité et de ses soldats, fort de points de vue mûris et documentés, informe par de multiples procédés et, le cas échéant, débat et intervient.

En tout état de cause, avec la perspective des élections présidentielles de 2022, les mois qui viennent ne manqueront pas de fournir matière à réflexion et action dans les domaines de la sécurité et de la défense : il faudra saisir les occasions offertes, au-delà des controverses de forme qui ne sont pas toutes négligeables, pour que soient mis en lumière, avec intelligence et souci du Bien Commun, les grands enjeux qui conditionnent notre avenir et que soient explicitées les réponses que les prétendants à la magistrature suprême veulent y apporter.

Que ceux qui partagent ces soucis n’hésitent donc pas à rejoindre les rangs de l’ASAF !

 

La RÉDACTION de l’ASAF

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“Histoire et Mémoire”: Lettre ASAF du mois d’avril 2021

Histoire et Mémoire“: Lettre ASAF du mois d’avril 2021

 

Ces dernières semaines, toujours marquées par la crise sanitaire et les controverses qui l’accompagnent, furent l’occasion, si besoin était, de nous rappeler, via les rapports Stora et Duclert sur l’Algérie et le Rwanda, l’importance de l’étude de l’Histoire.

"Histoire et Mémoire": Lettre ASAF du mois d'avril 2021

Histoire et Mémoire

Ces dernières semaines, toujours marquées par la crise sanitaire et les controverses qui l’accompagnent, furent l’occasion, si besoin était, de nous rappeler, via les rapports Stora et Duclert sur l’Algérie et le Rwanda, l’importance de l’étude de l’Histoire.

Importance  car, d’abord, il y va de la vérité des faits et importance dans la mesure où  l’Histoire est devenue plus que jamais  un enjeu  des combats politiques et idéologiques  livrés au sein des nations ou menés sur la scène diplomatique. De ce point de vue nous sommes bien loin de la pacification des esprits par le marché que d’aucuns espéraient ou, pour notre pays, de l’avènement d’une démocratie apaisée rêvée par un président récemment décédé.

Toutefois, au-delà du fracas des affrontements, reconnaissons de façon positive que ce retour sur  des événements passés et  leur exploration à nouveaux frais tranchent avec le culte de l’éphémère qui caractérise la société « liquide » post-moderne  et où le temps ne vaudrait que par l’acte éphémère de consommation d’individus esseulés et d’une certaine façon amnésiques. On doit même se féliciter de ce qui apparaît comme une résistance de l’Histoire, avec son épaisseur, sa densité, sa dramatique et les interrogations fondamentales qu’elle nous lance en ce début de XXIe siècle et qui touchent à un « pourquoi » qui peut nous éloigner de l’utilitarisme dominant.

C’est à la lumière de ces considérations et dans la droite ligne des motifs qui ont présidé à sa création, et en cohérence avec ses statuts, que l’ASAF est présente dans les débats générés par ces rapports. Elle est animée du souci premier que soit défendu l’honneur de l’Armée française,  dans toute l’acception de ce vieux mot  inscrit sur nos drapeaux et sur nos bâtiments de guerre ; l’honneur dont Alfred de Vigny écrivait qu’il maintient toujours et partout la dignité personnelle de l’homme et dont le philosophe Gabriel Marcel nous disait qu’il ne peut pas être seulement de « sauvegarde » mais qu’il doit être aussi de « générosité », c’est-à-dire ouvert au service de la communauté nationale.

Quant à la mémoire, la « cancel culture » ou culture de l’effacement, est venue, avec une brutalité extrême, l’imposer comme objet d’affrontement  à une opinion publique française que l’on sent médusée. Ce phénomène venu des États-Unis, très présent dans les universités d’outre-Atlantique, n’est pas sans cousinage avec la philosophie de la déconstruction des Derrida, Foucault ou Deleuze, maîtres à penser des années 60 à 80 ; il vise à éliminer de nos paysages, de notre histoire et de nos âmes  toute trace d’un passé décrit comme détestable et dont la mémoire doit être damnée. Il n’est en réalité pas nouveau dans l’Histoire mais la puissance des moyens de communication contemporains lui donne une portée et une résonance singulière.

Soyons très attentifs à ce phénomène porté par le rêve d’un monde parfait et nourri d’une idéologie frustre étrangère à tout souci de la vérité historique : en ces temps de fragmentation de la société, de revendications minoritaires et de repentances maladives, il ne pourra, en s’étendant par le biais de stratagèmes terrorisants, qu’amplifier l’ensauvagement rampant qui déjà mine notre pays.

Face à ce péril barbare, nous avons le devoir impératif de sonder nos mémoires individuelles et collectives pour y retrouver, et sans nier ce que l’humaine nature y a déposé de sombre, les traces du Beau, du Vrai et du Bien et les marques du génie, de l’héroïsme et du sacrifice, obscurs ou déployés au grand jour : ce sans quoi aucune civilisation ou société ne peut espérer durer. Et d’ailleurs, y aurait-il même une armée digne de ce nom qui n’ait pas comme ultime finalité de servir ce qui précisément fait traverser les siècles à une communauté nationale ?  Au moment où l’on s’interroge sur la conservation de la mémoire des générations du feu qui peu à peu nous quittent, ayons donc la volonté, face aux nouveaux iconoclastes, de transmettre ce que nos anciens, confrontés aux aléas de l’Histoire, ont fait de meilleur au service des valeurs et vertus les plus hautes.

« Ce qui a été conservé et sauvé ne l’a pas été en vain. Il est des œuvres et des pensées qui se prolongent au-delà de la tombe. Il est toujours des mains pour recueillir et transmettre le flambeau. Et pour les renaissances il est encore de la foi. » (Jacques Bainville, en conclusion de son discours de réception à l’Académie française, le 7 novembre 1935).

La RÉDACTION de L’ASAF
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” L’Europe, l’Europe, toujours l’Europe …” : Lettre ASAF du mois de mars 2021

L’Europe, l’Europe, toujours l’Europe …” : Lettre ASAF du mois de mars 2021

 

Les incertitudes qui, il y a encore quelques semaines, planaient sur l’avenir à moyen terme de l’opération Barkhane, semblent avoir été levées lors du sommet du G5 Sahel à N’Djamena le 15 février dernier.

" L’EUROPE, L’EUROPE, TOUJOURS L’EUROPE …" : Lettre ASAF du mois de mars 2021

Les incertitudes qui, il y a encore quelques semaines, planaient sur l’avenir à moyen terme de l’opération Barkhane, semblent avoir été levées lors du sommet du G5 Sahel à N’Djamena le 15 février dernier. Pour autant, la question de la suffisance des moyens dédiés à ce qui est aujourd’hui l’engagement majeur de l’armée française reste posée et ne paraît pas devoir être résolue rapidement d’autant qu’elle revêt une dimension européenne.

Si l’on s’arrête au problème des hélicoptères, vitaux en bande sahélo-saharienne (BSS) compte tenu des dimensions du théâtre et de la nature des opérations, l’observateur ne peut que s’étonner de leur faible nombre : seize français (transport et combat) et cinq gros porteurs (trois britanniques et deux danois). Cela amène à s’interroger sur le rapport, qui a tout de même une valeur indicative, entre le montant actuel des dépenses annuelles de défense des pays de l’Union européenne, soit environ 280 Md€, et le niveau de leur engagement au Sahel.

D’évidence, ce constat reflète, du point de vue des opérations en Afrique, une inégalité dans le partage du fardeau qui, hormis des pétitions de principe et des regrets de circonstance, ne suscite en réalité pas grand débat chez nous comme chez nos partenaires de l’Union, si ce n’est peut-être dans quelques cénacles experts.

Or, cette réalité malgré tout dérangeante tranche avec les incantations sur la Défense européenne dont nous sommes bercés depuis très longtemps. À cet égard, il faudra suivre avec beaucoup d’attention l’évolution du dossier du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF). En effet, celui-ci, par les ruptures technologiques qu’il comporte, sera un élément essentiel de la capacité aérienne européenne à l’horizon 2040, moment à partir duquel devrait s’effectuer le remplacement des Rafale et des Typhoon. Encore dans ses prémisses, ce programme, qui devrait coûter à la France de 50 à 80 Md€ selon le Sénat, a vu ces dernières semaines les deux partenaires principaux, français et allemand, via leurs industriels Dassault et Airbus, s’opposer notamment sur la question des droits de propriété intellectuelle.

Dans la mesure où la réalisation de ce type de programme est dorénavant hors de portée dans un cadre uniquement national, il y a donc un caractère impératif à trouver un accord, de même que pour les programmes relatifs au futur char de combat (MGCS), à l’Eurodrone et au Tigre Mark 3, et ce avant l’entrée de l’Allemagne en période préélectorale en juin prochain, une Allemagne dont le Parlement s’impliquera dans ces «grandes manœuvres militaro-industrielles» via le suivi régulier de la gestion des programmes SCAF et MGCS. Compte tenu de la dimension stratégique et économique de ces derniers, il ne serait pas incongru d’imaginer que notre représentation nationale s’inspire de cet exemple d’outre-Rhin et s’investisse dans un suivi qui aille au-delà des traditionnelles auditions en commissions ou de l’examen a posteriori des documents budgétaires.

Ainsi, les mois à venir seront décisifs pour l’avenir de ces programmes alors même que l’actualisation stratégique conduite par le ministère des Armées et que nous évoquions le mois dernier fait, avec force, état de la communauté d’intérêts des pays de l’UE et de son impact sur les politiques de défense. Une actualisation dont il faut vivement souhaiter qu’elle contribue à alimenter les débats qui devraient, dans le pays de l’Union européenne le plus concerné par les questions militaires, accompagner les préliminaires d’une campagne présidentielle où il faudra bien, enfin, évoquer sans ambages ni tremblements la défense de la France et les moyens qu’on doit y consacrer. Or, force est de constater que si, selon les enquêtes d’opinion, les Français sont attachés à leur armée et la placent haut dans leur estime, ils ne sont pourtant jamais enclins, dans les mois qui précèdent l’élection à la magistrature suprême, à transformer cet attachement en questionnement incisif et vigoureux relatif à la Défense auprès des prétendants à l’Élysée. Pourtant, le vainqueur ne tarde jamais à mesurer l’importance de la puissance militaire dans l’affrontement permanent des États et de leurs intérêts.

Dans ce contexte, le pays n’aurait rien à gagner du silence de ceux qui ont directement en charge les armes de la France et qui voient monter les risques d’affrontements à haute intensité aux périphéries de l’Europe. En revanche, en partageant avec simplicité et lucidité les problèmes qu’ils ont à affronter, ils pourraient donner à beaucoup de Français le souci de leur défense.

La RÉDACTION de L’ASAF
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