“Une vision pour la France de demain : la grande absente du débat présidentiel” : Lettre ASAF du mois de mai 2022

 

Une vision pour la France de demain : la grande absente du débat présidentiel” : Lettre ASAF du mois de mai 2022

 

Le pouvoir d’achat, l’âge de la retraite, le prix de l’énergie et des produits alimentaires, le poids de la fiscalité, certes, voilà des sujets qui intéressent le quotidien des Français. Mais, nous aurions aimé que les candidats à l’élection présidentielle et, en particulier, les deux finalistes, nous parlent aussi de la France et nous décrivent les contours envisagés …

"Une vision pour la France de demain : la grande absente du débat présidentiel" : Lettre ASAF du mois de mai 2022

Le pouvoir d’achat, l’âge de la retraite, le prix de l’énergie et des produits alimentaires, le poids de la fiscalité, certes, voilà des sujets qui intéressent le quotidien des Français. Mais, nous aurions aimé que les candidats à l’élection présidentielle et, en particulier, les deux finalistes, nous parlent aussi de la France et nous décrivent les contours qu’ils envisageaient pour elle à un horizon de cinq, dix ou quinze ans.

Aujourd’hui la France représente moins de 1 % de la population mondiale et moins de 5 % des richesses produites sur la planète. Mais on ne peut résumer le rang d’un pays dans le monde à partir de ces seules données quantitatives. Pour ce qui concerne notre pays, détenteur de l’arme nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité, il pèse plus, aujourd’hui, que le poids de ces simples chiffres. Il est, en réalité, une puissance moyenne ou, plus exactement, une puissance médiane.

En effet, notre pays bénéficie, avec six ou sept autres, du fait de leur poids économique, de leur rayonnement culturel, de leurs capacités militaires ou encore de leur appartenance au G8 ou au Conseil de sécurité, d’un facteur démultiplicateur par rapport à sa puissance stricto sensu. La liste de ces pays pourrait inclure, outre les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Russie, la Chine, le Japon, voire l’Inde. Mais certains d’entre eux pourraient ne pas faire éternellement partie de ce cénacle et nous n’avons pas entendu nos candidats nous proposer les politiques qui nous permettraient de toujours appartenir à ce club restreint à moyen ou long terme.

Les atouts de la France, unanimement reconnus, à quelques exceptions près, par le reste du monde, sont, outre son armement nucléaire, son indépendance, l’influence qu’elle exerce dans un esprit de recherche d’équilibre et l’universalité de son discours qui a la particularité d’être audible par tous. Aucun des candidats à l’élection présidentielle n’a développé les possibilités ouvertes par l’utilisation, à bon escient, de ces outils qui permettent à notre pays de tenir une place singulière dans le monde.

Il est apparu parfois à l’étranger et, en particulier, chez certains de nos partenaires, notamment lorsque le général de Gaulle était président de la République, que la France péchait par excès de prétention. Ce « péché » a toutefois permis à notre pays de se reconstruire tout en se dotant de l’arme nucléaire et de devenir une puissance économique en trente ans (« Les trente glorieuses »). À l’époque du général de Gaulle, ce péché d’orgueil reposait sur un axiome cher à ce dernier qui ne manquait pas de lucidité : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Cette prise en compte du principe de réalité est en effet un préalable à toute action efficace. Mais aujourd’hui, nous sommes tombés dans l’excès inverse, celui de l’auto-dépréciation qui fait les délices des partisans de la repentance.

Les questions (qui d’ailleurs n’ont pas été posées) et leurs réponses, que les citoyens français soucieux de l’avenir de leur pays et faisant passer l’intérêt général avant les intérêts catégoriels qu’une période électorale a pour naturelle vocation à mettre en exergue, attendaient, sont les suivantes : quels intérêts doit défendre notre pays ? Quelles positions doit-il faire valoir, et quelles valeurs doit-il promouvoir ? Enfin, quels moyens doit-il mettre en œuvre pour y parvenir ?

Ces questions et leurs réponses sont d’autant plus prégnantes qu’une guerre de haute intensité entre deux États à la frontière de l’Europe, que d’aucuns croyaient à jamais éradiquée, a surgi. Dans ce contexte, comment la France qui a toujours plaidé en faveur d’une « Europe puissance », terme qu’elle a inventé, qui ne se limiterait pas à ses seules dimensions économique et commerciale mais manifesterait une véritable volonté politique à peser sur les affaires du monde, compte-t-elle favoriser sa réalisation ?

Dans le domaine de la Défense, nous aurions aimé entendre les prétendants à la fonction suprême de chef des Armées françaises nous livrer leurs intentions quant à un nécessaire véritable réarmement de notre pays exigeant une hausse significative du budget de la Défense à l’instar de ce que nos amis allemands ont décidé dès l’attaque de l’Ukraine par la Russie. De même, nous aurions aimé connaître leur sentiment sur la notion d’Europe de la défense, serpent de mer qui alimente les gazettes spécialisées depuis des lustres. Sont-ils contre ou sont-ils pour et, dans ce cas, jusqu’à quel degré d’intégration ? Considèrent-ils que cette Europe de la défense doit être autonome, non dépendante de l’OTAN, ou, au contraire, qu’elle doit en constituer l’un des deux piliers, l’autre étant américain ?

Une autre question néanmoins plus ou moins connexe se pose : dans quelle mesure les textes et les institutions forgés dans la seconde moitié du XXe siècle et qui furent les conséquences de la Seconde Guerre mondiale sont-ils encore pertinents pour traiter les problèmes du monde d’aujourd’hui ? L’attitude de la Russie démontre, s’il en était besoin, que les imperfections de ces instruments constituent un prétexte pour rejeter le système de sécurité collective existant et ainsi légitimer des logiques de puissance unilatérale. Comment faire en sorte que les seules règles du jeu jusqu’ici communément admises, comme celles de la Charte des Nations unies, demeurent pertinentes et donc respectées ? La question corollaire est celle de l’emploi de la force. Peut-on ou doit-on rejeter toujours l’usage préventif de la force quand il s’agit de protéger des populations dont la survie est menacée ?

Quand un pays victime d’une agression comme l’Ukraine voit ses villes détruites et sa population mourir sous les bombardements, alors il mesure combien les petites querelles politiciennes sur le montant des retraites ou la fiscalité sur le carburant sont dérisoires. « La défense ! C’est la première raison d’être de l’État. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même [1]».

D’une réflexion approfondie sur ces problématiques et alors que les problèmes de sécurité dans le  monde sont graves et que les menaces n’ont jamais été si pressantes, la campagne présidentielle a été privée. Une élection présidentielle devrait être pourtant un moment de réflexion collective face à la complexité croissante du monde et portant sur la cohérence et l’efficacité de nos outils. Au contraire, celle que nous venons de vivre a donné le sentiment que, frappés par l’accélération de l’Histoire, les candidats étaient démunis et que les événements semblaient leur échapper.

Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous souvenir que rien ne nous est dû et que  notre place  dans le monde sera de plus en plus fonction de ce que nous ferons, de ce que nous serons et de moins en moins de ce que nous sommes.

 

[1] Charles de Gaulle – Deuxième discours de Bayeux-1952. 

 

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À propos des soldats français en Algérie, un président ne devrait pas dire cela ! ” : Lettre ASAF du mois d’avril 2022

” À propos des soldats français en Algérie, un président ne devrait pas dire cela ! ” : Lettre ASAF du mois d’avril 2022

 

Dans sa longue quête mémorielle destinée à réaliser une impossible réconciliation entre la France et l’Algérie, le président de la République a ajouté une étape le mercredi 26 janvier 2022 à l’Elysée.

" À propos des soldats français en Algérie, un président ne devrait pas dire cela  ! " : Lettre ASAF du mois d'avril 2022

Dans sa longue quête mémorielle destinée à réaliser une impossible réconciliation entre la France et l’Algérie, le président de la République a ajouté une étape le mercredi 26 janvier 2022 à l’Elysée.

Rappelez-vous, ce véritable chemin de croix avait commencé en février 2017 à Alger, lorsque Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, avait déclaré sur un média algérien que la colonisation avait été un « crime contre l’humanité », que la France « devait présenter ses excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avions commis ces gestes ». 

Puis, le Président commanda à l’historien Benjamin Stora un rapport destiné à apaiser les mémoires rivales entre la France et l’Algérie autour de la guerre. Ce document, remis le 20 janvier 2021, proposait très modestement de dresser des « passerelles sur des sujets toujours sensibles » (disparus de la guerre, séquelles des essais nucléaires, partage des archives, coopération éditoriale, réhabilitation de figures historiques…). Mais, à sa lecture, il apparaît très nettement que la majorité des pas en avant attendus le sont de la France.

Le 26 janvier, la cible visée était les rapatriés d’Algérie qui, depuis l’accession à la présidence de monsieur Macron, estimaient n’avoir reçu de lui aucun message de soutien ou de sympathie. Le palliatif à ces manquements passés a consisté à revenir sur la fusillade de la rue d’Isly à Alger, dans laquelle des dizaines de partisans de l’Algérie française furent tués par l’armée le 26 mars 1962. Le Président décrivit alors cet événement tragique en soulignant que « les soldats français, déployés à contre-emploi, mal commandés, ont tiré sur des Français ». « Ce massacre du 26 mars 1962 est impardonnable pour la République » ajouta monsieur Macron.

 Il est vrai que pour faire bon poids et dans le cadre du « en même temps » qui lui est coutumier, le Président condamna aussi les massacres perpétués à Oran par des Algériens, le 5 juillet 1962, qui firent entre plusieurs centaines et deux mille victimes parmi lesquelles des femmes et des enfants.

Mais revenons à la rue d’Isly. Alors que le cessez-le-feu ouvrant la voie à l’indépendance de l’Algérie a été proclamé le 18 mars, plusieurs milliers de partisans de l’Algérie française sont appelés par l’OAS (Organisation armée secrète) à se diriger le 26 mars vers le quartier de Bab-el-Oued, refuge de membres de l’OAS, afin de forcer les barrages installés par l’armée française après plusieurs meurtres de jeunes du contingent par cette organisation. Ils sont invités à s’y rendre « sans armes » et « drapeau en tête », alors que la manifestation est interdite par le préfet.

À partir de là, différentes versions circuleront. Cependant, selon l’une d’elles, certes contestée notamment par des familles des victimes, ce sont des tirs visant les militaires depuis une fenêtre ou un toit, rue d’Isly, qui enclenchent en retour, de la part des tirailleurs gardant le barrage, la fusillade vers la foule paniquée.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas admissible que 60 ans plus tard, un président de la République, chef des Armées, porte dans un discours politique un tel jugement sur la façon dont les soldats étaient alors commandés. Est-il utile de rappeler que les soldats « mal commandés » d’alors, étaient, comme ceux d’aujourd’hui, sous les ordres du pouvoir politique ? Faire porter le chapeau aux militaires est une coutume dans notre République dès lors que cela permet d’épargner les responsables politiques. C’est le même procédé qui a été utilisé pour fustiger les « fusilleurs pour l’exemple » de la Grande Guerre.

Le préfet avait interdit la manifestation. Le préfet, c’est le représentant local de l’État et c’est donc l’État qui, en premier lieu, a failli en ayant été incapable de faire exécuter ses directives. Alors que les historiens eux-mêmes ne sont pas d’accord sur les circonstances du drame et sur le nombre de victimes, n’aurait-il pas été préférable, plutôt que d’asséner un jugement péremptoire, d’annoncer la création d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur toutes les zones d’ombre de cette sinistre journée ?

De même, sur le 5 juillet 1962 à Oran, le Président est passé un peu vite. Il aurait pu exiger de l’Algérie l’ouverture de ses archives sur cette tragédie, la reconnaissance par celle-ci de l’existence de charniers, près d’Oran, qui renferment des centaines de corps de victimes françaises de même que leur restitution en vue de leur identification. Il faut arrêter de donner des gages à l’Algérie en espérant un retour qui n’arrivera jamais.

Quant aux rapatriés d’Algérie, leurs responsables estiment que « M. Macron a reconnu le plus simple, l’aspect mémoriel, mais n’a pas franchi le pas de l’indemnisation », évoquant une revendication toujours présente chez certaines associations en dépit de compensations financières déjà versées mais critiquées comme « partielles ». Ainsi, l’utilisation de l’armée comme bouc émissaire afin de gagner les bonnes grâces des pieds-noirs apparaît vaine. La phraséologie macronienne débouche donc sur un double échec : ses relations avec les rapatriés ne se sont pas franchement réchauffées depuis le 26 janvier pas plus que celles avec les militaires.

« Le chemin tortueux de la repentance ne peut que s’enliser dans les sables mouvants[2]. »


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“Le retour des conflits de haute intensité pressenti par le général Burkhard face aux dividendes de la paix de monsieur Fabius.” : Lettre ASAF du mois de mars 2022

Le retour des conflits de haute intensité pressenti par le général Burkhard face aux dividendes de la paix de monsieur Fabius.” : Lettre ASAF du mois de mars 2022

 

Le 8 septembre 1993, devant les stagiaires civils et militaires du Centre des hautes études de l’armement (Chear), monsieur François Léotard, alors ministre de la Défense, dénonçait avec force la thèse exprimée par monsieur Laurent Fabius lorsqu’il était premier secrétaire du parti socialiste …

"Le retour des conflits de haute intensité pressenti par le général Burkhard face aux dividendes de la paix de monsieur Fabius." : Lettre ASAF du mois de mars 2022

Le 8 septembre 1993, devant les stagiaires civils et militaires du Centre des hautes études de l’armement (Chear), monsieur François Léotard, alors ministre de la Défense, dénonçait avec force la thèse exprimée par monsieur Laurent Fabius lorsqu’il était premier secrétaire du parti socialiste selon laquelle la France devait désormais, après l’écroulement de l’Union soviétique, savoir engranger « les dividendes de la paix » en diminuant son budget militaire.  Il y aurait un grave risque, expliquait alors  François Léotard, pour notre pays et pour la paix elle-même, à se lancer dans un « désarmement budgétaire ».

S’il a été entendu par les stagiaires du Chear, monsieur Léotard ne l’a guère été par ses amis politiques. En effet, à peine votée, la loi du 2 juillet 1996 relative à la programmation militaire pour la période 1997 à 2002, première loi votée s’appliquant à la nouvelle armée professionnelle décidée  par monsieur Jacques Chirac, président de la République, et annoncée le 22 février précédent, était déjà amputée. Il fallut, sur les injonctions de monsieur Alain Juppé, Premier ministre, dégager 20 milliards de francs d’économie (nous n’étions pas encore passés à l’Euro) sur les quatre premières années d’exécution de la loi.

Dès lors, le budget de la Défense ne cessa de s’éroder jusqu’à l’arrivée de monsieur Emmanuel Macron qui stoppa cette dérive mortifère. Mais les retards accumulés ne pouvaient  plus être instantanément comblés et seuls la durée et le respect des engagements financiers pouvaient les pallier.

Et patatras ! Vingt-cinq ans plus tard, la Russie, encore elle, certes qui n’est plus soviétique, mais qui a à sa tête un nouveau tsar dont l’obsession est de reconstituer l’Empire soviétique, attaque l’Ukraine et menace la paix globale en Europe. Comble d’ironie, il s’agit bien de la Russie dont l’effondrement trop tôt considéré comme définitif avait fourni le prétexte aux fameux « dividendes de la paix ».

L’attaque de l’Ukraine par la Russie était écrite depuis 2014 avec la crise du Donbass voire depuis 2008 avec l’exemple géorgien. Cependant, la diplomatie française et le président de notre République ont inutilement gesticulé devant monsieur Poutine oubliant un adage toujours démontré dans l’Histoire : quand un dictateur parle de paix, il ment, quand il parle de guerre, il dit la vérité.

À l’inverse de tous ces dénis de la réalité, dès son accession à sa précédente  fonction de chef d’état-major de l’armée de Terre, en 2019, l’actuel chef d’état-major des Armées, le général Thierry Burkhard, n’a cessé d’alerter sur le probable retour de conflits où l’on assisterait à une résurgence du combat de haute intensité. Il nous faut, n’a-t-il cessé de répéter, « gagner la guerre avant la guerre ».  Cette forme de dissuasion « classique » sous-entend un effort considérable de « réarmement » comme ce fut le cas pour la mise en place de notre dissuasion nucléaire. On est bien loin des « dividendes de la paix », formule dont l’inanité nous est cruellement démontrée par monsieur Poutine.

Aujourd’hui, les hypothèses du général Burkhard se vérifient. Dès lors, que peut faire la France au plan militaire ? Elle matérialise sa présence dans l’OTAN en éparpillant quelques poignées d’hommes et de femmes dans des pays membres de l’OTAN et frontaliers avec la Russie ou l’Ukraine : présence de 300 hommes et d’un escadron de chars en Estonie, envoi de 500 hommes en Roumanie. On voit bien qu’il s’agit là de gestes symboliques, mais, à la vérité, pourrait-on vraiment faire plus ? Avec une armée de Terre taillée au plus juste depuis sa professionnalisation et ne comptant aujourd’hui que 121 000 personnes (guère plus que la Gendarmerie qui en totalise 101 000), par ailleurs déjà très engagée, pas seulement au Sahel mais armant des bases permanentes en Afrique et déployant des forces de souveraineté Outre-mer, celle-ci est en limite de rupture. Ce qui sera mis là sera forcément pris ailleurs.

À terme quelle est l’issue ? Si l’Union soviétique comptait 360 millions de ressortissants, les Russes ne sont plus aujourd’hui que 144 millions soit l’équivalent des populations cumulées de l’Allemagne et de la France. Par ailleurs la Russie, avec un PIB équivalent à celui de l’Espagne, est un pays pauvre alors que l’Union européenne est la première puissance économique du monde.

Il n’est donc pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que le salut ne peut venir que de là. D’ailleurs, monsieur Poutine, lui, l’a très bien compris. Il s’oppose de toutes ses forces à cette UE démocratique dont le possible effet de contagion sur ses peuples lui fait peur. C’est parce que la démocratie avait atteint l’Ukraine qu’il a décidé de  l’éradiquer.

Par son impuissance face à un homme qui ne raisonne qu’en terme de  rapport de force, l’Europe paie aujourd’hui le relâchement dont elle a fait preuve, collectivement, en matière d’effort de défense pendant des décennies.  Consacrer les moyens nécessaires à sa défense, c’est faire un investissement en faveur de la paix. Les dividendes de la paix dont parlait monsieur Fabius, c’est monsieur Poutine qui aujourd’hui les empoche.

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“La résilience, c’est pour le jour d’après” : Lettre ASAF du mois de février 2022

La résilience, c’est pour le jour d’après” : Lettre ASAF du mois de février 2022

 

Le 25 mars 2020, au titre de sa contribution à l’engagement interministériel contre  la propagation de l’épidémie de la Covid-19 dont nous n’étions, hélas,  qu’aux prémices, l’armée française menait une opération militaire sur le territoire national baptisée Résilience.

"La résilience, c’est pour le jour d’après" : Lettre ASAF du mois de février 2022

Le 25 mars 2020, au titre de sa contribution à l’engagement interministériel contre  la propagation de l’épidémie de la Covid-19 dont nous n’étions, hélas,  qu’aux prémices, l’armée française menait une opération militaire sur le territoire national baptisée Résilience. Cela ne fit que conforter, dans l’esprit de nos concitoyens, l’assimilation de ce terme avec l’idée de résistance, de réaction face à l’adversité dans le moment présent. Or, il s’agit là d’une acception partiellement erronée de ce mot, car la résilience, c’est surtout la reprise d’un nouveau développement, d’une nouvelle marche en avant, après un traumatisme auquel, en effet, il a fallu préalablement résister.

La résilience, ce sera donc surtout pour le jour d’après, quand nous serons sortis de l’épidémie ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui.  Dès le début de celle-ci, c’est-à-dire il y a maintenant près de deux ans, nous écrivions : « Après des morts nombreux et, tant au niveau des certitudes de chacun que des relations entre le citoyen et l’État, il faudra reconstruire et réapprendre à vivre. Peut-être aussi notre société devra-t-elle inventer une nouvelle culture ? Alors, il faut s’y préparer dès maintenant. »

Pour l’heure, rien n’a véritablement changé et nous n’en sommes pas encore  là. Alors, espérons que demain, après l’épidémie dont on nous annonce chaque mois la fin pour le mois suivant, nous aurons pris conscience de nos excès souvent liés à notre individualisme pour aller vers, précisément, une résilience collective. Peut-être s’interrogera-t-on sur notre désir d’accumuler sans cesse des objets souvent venus d’ailleurs, sur nos habitudes alimentaires ayant conduit à une agriculture excessive avec des élevages industriels disproportionnés ? On y regardera peut-être à deux fois avant de sauter dans un avion pour aller passer une semaine de vacances en Thaïlande ou au Mexique. On se posera aussi certainement la question de savoir pourquoi, alors qu’en Occident les conditions matérielles de vie n’ont jamais été aussi favorables, il n’y a jamais eu autant de dépressions et de maladies psychiatriques diverses.

En France, le concept de résilience a été introduit dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale dès 2008 et repris dans celui de 2013, ce qui  a conféré à ce mot de la  visibilité voire une certaine notoriété. Dans ces documents, il est écrit  qu’au niveau de la nation entière « la résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile toute entière ».

L’accroissement de la résilience sociétale a été défini comme l’un des objectifs de la stratégie de sécurité nationale française. Dans une certaine mesure, les armées peuvent y participer. Leur apport est d’autant plus intéressant que les sociétés modernes semblent avoir développé une aversion à certains risques comme  le montre le développement excessif du principe de précaution. Or, la résilience est fondée sur une modification des logiques de lutte contre les risques et les menaces ; il ne s’agit plus d’appliquer le principe du « risque zéro » en tentant d’anticiper tous les problèmes potentiels, mais bien de lui substituer une logique du risque accepté car estimé assimilable par le pays.

Face à la survenue d’événements de grande ampleur sur le territoire national, la participation des armées est souvent limitée à la mise à disposition de moyens, matériels et humains, au profit des gestionnaires de crise. Cette dimension est particulièrement importante pour trois raisons. La première réside dans le fait que les  armées et services du ministère des Armées sont parfois les seuls (ou presque) à disposer de certains équipements et compétences spécifiques. Secondement,  le statut général des militaires impose une sujétion en tout temps et en tout lieu des personnels, fort utile dans ces contextes particuliers. Enfin, et surtout, les soldats sont pour la plupart des individus habitués et préparés à agir en période de crise. Les différents plans adoptés dans notre pays prévoient ainsi la possibilité de réquisitionner personnels et matériels militaires.

Mais limiter la contribution des armées au renforcement de la résilience nationale à leur seule participation à la gestion de crises particulièrement aiguës a pour conséquence de  se priver des autres ressources dont elles disposent et qui pourraient utilement être mises au profit de la société en de nombreuses autres circonstances. Cela existe d’ailleurs déjà à travers des unités militaires spécialisées comme la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, le bataillon de marins- pompiers de Marseille, les unités d’instruction et d’intervention de la sécurité civile ou encore les hôpitaux d’instruction des Armées. Il suffirait pour cela de consentir une augmentation des effectifs et du budget des armées permettant de couvrir ces dépenses nouvelles.

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Lettre questionnaire aux candidats à la présidence de la République

Lettre questionnaire aux candidats à la présidence de la République

 

En cohérence avec ses statuts, l’ASAF estime de son devoir d’informer ses adhérents et sympathisants sur les orientations que donnerait à notre Défense chacun des candidats déclaré pour l’élection à la  présidence de la République  s’il était élu à la fonction suprême devenant ainsi chef des Armées.

Lettre questionnaire aux candidats à la présidence de la République

En cohérence avec ses statuts, l’ASAF estime de son devoir d’informer ses adhérents et sympathisants sur les orientations que donnerait à notre Défense chacun des candidats déclaré pour l’élection à la  présidence de la République  s’il était élu à la fonction suprême devenant ainsi chef des Armées.

Voici ci-dessous, le document qui sera envoyé aux candidats et qui a été réalisé en étroite coopération avec le Centre de réflexion interarmées (CRI) et l’association nationale des officiers de carrière en retraite (ANOCR).

 

 

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 ASAF – publié le 12 janvier 2022

https://www.asafrance.fr/item/lettre-questionnaire-aux-candidats-a-la-presidence-de-la-republique.html       


Neuf questions sur la Défense aux candidats à la fonction de neuvième  Président de la V° République. 

 Madame, Monsieur, 

          Vous avez décidé de vous porter, pour la première fois, ou une nouvelle fois, candidat à la présidence de la République. Vous vous êtes donc préparé à assumer la lourde responsabilité que vous confie la Constitution, celle de garantir la souveraineté de la France, qui, selon la place et le rôle que vous entendez être celui de notre pays dans le monde, dépend également des missions et moyens attribués à la Défense nationale. Des décisions du gouvernement, que vous aurez nommé et que vous aurez à orienter, dépendront alors la protection des Français, l’indépendance de notre pays, voire sa survie, et la vie d’hommes et de femmes qui le servent dans nos Forces Armées.

C’est pourquoi, l’ASAF, association strictement apolitique, qui regroupe des citoyens français, civils et militaires, étudiants, actifs et retraités, l’ANOCR qui rassemble les officiers de carrière à la retraite et leurs veuves, appartenant aux trois armées et à la Gendarmerie et le CRI, organisme de réflexion indépendant de militaires à la retraite, vous invitent à répondre aux questions ci-dessous, afin de pouvoir informer leurs membres, mais aussi tous les Français s’intéressant aux questions de Défense, sur vos intentions et vos objectifs relatifs à des sujets estimés essentiels, malheureusement trop peu abordés lors des débats des campagnes présidentielles.

Vos réponses seront mises en ligne sur le site de l’ASAF (www.asafrance.fr)  et publiées dans les lettres que l’association diffuse mensuellement via internet et les réseaux sociaux, ainsi que sur le site de l’ANOCR (www.anocr.org).

1- L’article 15 de la Constitution stipule que le président de la République est le chef des Armées.

Quelle réflexion avez-vous développée sur cette responsabilité de chef des Armées ?

2- Le général de Gaulle a écrit que « la Défense est le premier devoir de l’État ».

Partagez-vous cette priorité et, plus généralement, comment entendez-vous que celle-ci s’inscrive dans la politique globale de votre gouvernement ?

3- La part du PIB consacrée à la Défense était en 2020 de 1,86 % (hors pensions).

Pensez-vous que la cible des 2 % (hors pensions) pour 2025 (50 Mds d’euros) soit suffisante pour faire face à toutes les menaces suscitées par le caractère de plus en plus conflictuel des relations internationales et permettre ainsi aux armées de remplir leurs missions ? Êtes-vous déjà disposé à respecter la loi 2018-607 sur la programmation militaire promulguée le 13 juillet 2018 ?

4- À l’heure où les cinq puissances officiellement dotées de l’arme atomique s’engagent dans une déclaration commune à « prévenir la poursuite de la dissémination », et affirment « qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée »

Quelle est votre position sur la dissuasion nucléaire, en particulier sur la modernisation de ses deux composantes dans la décennie à venir ?

5- Actuellement, les ventes d’armement à l’étranger se font souvent au détriment de l’équipement de nos propres forces. L’armée de l’Air et de l’Espace aura 10 à 20 avions Rafale de moins dans la période 2023-2025, par rapport aux objectifs fixés dans la loi de programmation militaire 2019-2025, et la Marine atteindra le format défini dans le Livre Blanc de 2013 seulement en 2030.

Or les menaces se sont accrues depuis 2013 et ont parfois changé de nature. Avez-vous l’intention de faire un nouveau Livre Blanc pour répondre à ce défi ou de revoir l’ambition opérationnelle 2030 fixée par la revue stratégique de défense et de sécurité nationale pour nos armées ?

6- La France, membre fondateur de l’OTAN, a réintégré son commandement militaire en 2009. Elle est aujourd’hui à la tête de la « force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation » (VJTF) de l’OTAN, et de ce fait, pourrait être placée en demeure d’intervenir malgré elle dans un conflit qui ne correspondrait pas à ses intérêts, ni à ceux de l’Europe.

Quelle position la France doit-elle adopter face au nouveau concept stratégique de l’OTAN (OTAN 2030) lors du prochain sommet de juin 2022 à Madrid? Quelle politique générale envisagez-vous pour  la France vis-à-vis de la Russie et de la Chine ?

7- L’engagement de nos troupes à l’extérieur du territoire national sans que soit défini un objectif politique clair présente le risque d’un retrait des forces dans la précipitation avec  pour conséquence une possible humiliation de nos armées.

Quelle serait la politique à conduire dans ce domaine au Moyen-Orient et surtout en Afrique où notre influence est contrecarrée  par d’autres puissances étrangères ?

8- Il existe aux États-Unis une garde nationale, véritable armée dont le budget est d’ailleurs équivalent à celui de notre Défense. La garde nationale créée en France n’est autre qu’un changement de vocable pour parler des réservistes servant au sein des trois Armées, de la Gendarmerie et de la Police.

Face aux menaces internes à notre pays (islamisme radical, zones de non-droit) qui fragilisent la cohésion de notre société, comment, selon vous, devrait être organisée la défense opérationnelle du territoire, si nos forces devaient être en même temps engagées à l’extérieur de nos frontières ?

9La conscription a été suspendue en 1997 par la volonté du président Chirac.  On en mesure aujourd’hui les conséquences sur l’état d’esprit de nos jeunes concitoyens dont certains ne respectent plus les valeurs de la France, ni de la République.

Envisagez-vous la création d’une nouvelle forme de service national obligatoire? De quelle nature, civile ou militaire ? Avec quelle finalité ? Si non, pourquoi ?

 

En vous remerciant à l’avance de l’attention que vous voudrez bien porter à ce questionnaire, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.

 

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