L’Europe voulait la paix, mais doit préparer la guerre

L’Europe voulait la paix, mais doit préparer la guerre

 

par Pierre d’Herbès – Revue Conflits – publié le 24 janvier 2023

https://www.revueconflits.com/leurope-voulait-la-paix-mais-doit-preparer-la-guerre/


L’invasion russe de l’Ukraine a brutalement confronté l’Europe à sa propre impuissance. Réduites au rang de quasi-spectatrices du conflit, les nations du continent n’ont d’autre choix que le réarmement et la coopération militaire. Une situation qui régénère, de facto, l’OTAN dans sa vocation défensive. Même si les défis opérationnels de l’Alliance sont aujourd’hui nombreux. Du côté français, la conjoncture ouvre des opportunités alors que les forces de Paris accentuent leur manœuvre en Roumanie et dans les pays baltes.

La réalité, glaciale, s’est définitivement imposée en février dernier, lors de l’invasion russe de l’Ukraine. L’Europe ne dispose pas de suffisamment de capacités coercitives aptes à dissuader l’action d’un belligérant sur son sol. Malgré les difficultés éprouvées par la Russie face à la défense ukrainienne – appuyée par l’aide internationale- aucun pays d’Europe ne serait en possibilité de mener une contre-attaque décisive contre les forces de Moscou ; il en irait de la même manière dans le reste de l’Europe orientale. C’est la raison pour laquelle l’OTAN, auparavant abondamment critiquée, voit maintenant sa légitimité se raffermir.

L’Alliance est-elle en mesure d’assurer durablement la sécurité de l’Europe ? De fait, aucun pays d’Europe de l’Est ne serait capable d’assurer seul sa défense face à Moscou. A contrario, la tendance à se reposer sur les capacités de l’OTAN, et donc sur l’armée américaine, a largement grevé les capacités militaires des pays européens. Une donnée qui doit dorénavant pousser les pays du continent au réarmement et à la résolution de leurs lacunes capacitaires. L’enjeu réside autant dans la montée en puissance de l’OTAN que dans la sortie de la dépendance militaire à Washington. Cette dernière, d’ici quelques années, du fait de son basculement de puissance vers l’Indopacifique, ne sera plus en mesure d’assigner qu’une part minoritaire de ses forces à l’Alliance.

L’impérative montée en puissance

La plupart des pays du continent ne disposent que d’une autonomie stratégique réduite, voire nulle. Leur engagement en opération est alors conditionné à l’intervention d’un État disposant des moyens logistiques (production, stockage, transport, MCO, etc.) et opérationnels (renseignement, projection de forces et de puissance, ouverture de théâtre, etc.) adéquats, dans les quatre dimensions, terre, mer, air et espace. Un rôle assumé depuis 30 ans, en coalition, par les États-Unis ; et dont est aussi capable, à une plus petite échelle, la France, comme en ont témoigné avec succès les opérations Eufor, Barkhane ou encore Takuba.

Or, l’Europe doit faire face aujourd’hui à l’éventualité d’autres attaques russes à l’Est de son territoire. Sans compter les menaces réelles d’autres états belligérants comme la Turquie ou même l’Azerbaïdjan. Peu de pays européens seraient en mesure de leur imposer leur volonté, même un aussi petit État que Bakou. La question d’un réarmement massif, visant l’ensemble du spectre capacitaire, apparaît donc comme un impératif stratégique.

Après l’électrochoc ukrainien, plusieurs pays ont ainsi annoncé des politiques de défense ambitieuses, notamment l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Pologne. Cette dernière affiche, toutes proportions gardées, le plus gros effort du continent : passage progressif du budget militaire à 3% du PIB, commandes exponentielles de matériel (blindés, chasseurs, armement anti-char, hélicoptères de combat, artillerie lance-roquette, etc.) et augmentation de la dimension de ses forces. Varsovie veut s’imposer comme une puissance militaire incontournable en Europe. C’est l’un des principaux soutiens à l’Ukraine sur le continent.

La logistique : un point saillant

Depuis la fin de la guerre froide, les capacités logistiques des pays de l’OTAN n’ont pas vu leurs capacités évoluer, voire se sont érodées. Cela malgré l’ouverture progressive de l’Alliance aux pays d’Europe centrale et orientale, anciens membres du pacte de Varsovie. En cause, les faiblesses capacitaires décrites plus haut, mais aussi le manque d’infrastructures. Les pays d’Europe de l’Est, les « neuf de Bucarest », se caractérisent ainsi par un faible coefficient de mobilité, du fait d’une faible infrastructure ferroviaire, routière et aéroportuaire. Ces lacunes auraient un impact direct délétère sur les capacités de projection, de mobilité et de résilience des forces de l’Alliance, dans le cadre d’une riposte à une attaque russe. C’est donc bien la capacité de l’OTAN à générer, transporter et ravitailler (régénérer) ses forces, dans toutes les dimensions, qui est ici remise en question.

Plusieurs initiatives doivent apporter une réponse à cette faiblesse structurelle. La coopération structurée permanente (CSP) européenne poursuit un programme de construction de réseaux d’hubs logistiques militaires en Europe. Le projet est mené par l’Allemagne, la France et Chypre. Complémentaire et très prometteur, le chantier du « Solidarity Transport Hub » (CPK en polonais) mené par Varsovie intéresse l’OTAN de prés. Le CPK sera un complexe de transport multimodal aéroportuaire, ferroviaire et autoroutier. Situé au carrefour des grands axes de communication d’Europe de l’Est, il fera de la Pologne le point nodal de la mobilité centrale-européenne : notamment dans le cadre du nouveau corridor de transport (marchandises et passagers) : « mer Baltique – mer Noire – mer Égée » encouragé par l’UE. L’envergure du CPK en fait un candidat idéal pour être le hub logistique militaire d’Europe de l’Est. Il imposera la Pologne comme un pilier stratégique de la sécurité européenne.

Une carte à jouer pour la France

Dotée d’une armée opérationnelle, autonome et expérimentée, la France est en mesure d’exercer un vrai leadership dans la montée en puissance des armées européennes. Même si, parallèlement, Paris doit aussi travailler à la massification, et à la conversion partielle, de son outil de défense aux nouvelles exigences de la haute intensité. Celui-ci s’était forgé, depuis 30 ans, dans une logique expéditionnaire adaptée à des conflits de basse à moyenne intensité. Elle y a affiné ses doctrines de projection de force et de puissance : des capacités maitrisées par un club très restreint de puissances.

Dans une intervention télévisée, au début du mois de mars, le président Macron rappelait la nécessité de disposer d’une défense européenne autonome. Le retour en force de l’OTAN n’est pas nécessairement contradictoire avec cette doctrine. D’autant que le contexte européen, après huit mois de guerre, l’y contraint diplomatiquement. Parallèlement, la volonté d’autonomie stratégique européenne voulue par la France a, in fine, buté sur l’atlantisme britannique et germanique. Un changement d’approche s’impose même si la finalité ne change pas.

Avec l’échec maintenant consommé du couple franco-allemand, la France aurait une carte à jouer en s’investissant, via l’OTAN, puis de manière bilatérale, en direction des PECO (Pays d’Europe centrale et orientale). Notamment la Pologne, dont les achats successifs à l’industrie de défense américaine sont probablement moins le résultat d’un atlantisme à tout crin que de son isolement politique au sein de l’Union européenne. Une double politique de coopération militaire appuyée, et d’investissement dans les secteurs critiques attenants, dont les infrastructures logistiques, procurerait à Paris une position de force en Europe de l’Est. In fine, c’est potentiellement par l’OTAN que la France pourrait continuer le développement de son propre système d’alliance. Celui-ci s’étend déjà à la Grèce et poursuit son développement outre-mer (Émirats arabes unis, Indonésie, etc.).  L’investissement estonien dans le Sahel ne serait-il d’ailleurs pas la réciproque du déploiement de la mission française Lynx sur son territoire depuis 2017 ? À ce titre, le déploiement de la mission Aigle en Roumanie, depuis février 2022, va dans le bon sens, mais doit être amplifié.

M. Lecornu : le président Macron a demandé « l’instruction de la cession de chars Leclerc » à Kiev

M. Lecornu : le président Macron a demandé « l’instruction de la cession de chars Leclerc » à Kiev

https://www.opex360.com/2023/01/19/m-lecornu-le-president-macron-a-demande-linstruction-de-la-cession-de-chars-leclerc-a-kiev/


 

« La Crimée est notre terre, notre territoire, notre mer et nos montagnes. Donnez-nous vos armes et nous récupérerons nos terres », a lancé M. Zelenski. Et cela alors que, la veille, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, avait assuré que les Alliés fourniraient à l’Ukraine des armes « plus lourdes et plus modernes » pour l’aider à se défendre contre la Russie.

Après avoir obtenu des systèmes d’artillerie avancés, comme le M142 HIMARS américain, le PzH2000 allemand ou encore le CAESAr français, ainsi que des batteries de défense aérienne Patriot [et peut-être Mamba], l’Ukraine insiste désormais pour disposer de chars de conception occidentale. Et la France lui a promis de lui livrer, d’ici deux mois, des AMX-10RC… tandis que le Royaume-Uni lui enverra 14 Challenger 2, avec une trentaine d’obusiers automoteurs AS-90 et d’autres véhicules blindés.

Seulement, et au-delà des problèmes logistiques [l’AMX-10 RC et le Challenger 2 n’utilisent pas de munitions aux normes de l’Otan] et de maintien en condition opérationnelle [MCO], cela reste insuffisant… Reste que la Pologne est prête à livrer 14 Leopard 2 [de fabrication allemande] à l’Ukraine. De même que la Finlande, voire le Danemark. Sauf que, pour cela, une autorisation de Berlin est nécessaire. Or, le chancelier Olaf Scholz, n’est pas enclin à la donner… Comme du, reste, 43% des Allemands, à en croire un sondage de la Deutsche Presse-Agentur [cela étant, 37% sont favorables à la livriaosn de Leopard 2 et 16% sont indécis].

D’après le Wall Street Journal, qui cite des responsables allemands, M. Scholz pourrait autoriser l’envoi de Leopard 2 en Ukraine qu’à la condition que les États-Unis livrent également des chars M1 Abrams. Or, pour Washington, il en est hors de question.

« Je ne pense pas que nous en soyons là », a déclaré Colin Kahl, le numéro trois du Pentagone, alors qu’il était interrogé sur ce sujet. « Le char Abrams est un équipement très compliqué. Il est cher, il requiert une formation difficile […]. Je crois qu’il consomme 11 litres de kérosène au km », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas le système le plus facile à entretenir », a-t-il ajouté, sans pour autant exclure une évolution de la position américaine.

En attendant, et après les cinquante véhicules de combat d’infanterie [VCI] Bradley promis à Kiev le 5 janvier [en plus des quarante Marder allemands dont la livraison a été annoncée le même jour, ndlr], les États-Unis devraient débloquer une nouvelle tranche d’aide, d’un montant de 2,5 milliards de dollars. Et dans la liste des équipements susceptibles d’être fournis à l’armée ukranienne figureraient une centaine de blindés de transport d troupes Stryker.

Si obtenir des Leopard 2 et des M1 Abrams est difficile pour Kiev, qu’en est-il des chars Leclerc? L’idée d’en livrer à l’armée ukrainienne a été avancée dans une tribune publiée en septembre dernier dans les pages du quotidien Le Monde par Pierre Haroche, un expert en sécurité internationale passé par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire avant d’atterrir à l’Université Queen Mary de Londres.

Depuis, l’ambassadeur de France en Ukraine, Étienne de Poncins, a confirmé l’intérêt de Kiev pour le char Leclerc lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 9 novembre. Puis, un peu plus d’un mois après, alors qu’il était en visite officielle à Paris, le Premier ministre ukrainien, Denys Shmyhal, a affirmé que les Ukrainiens seraient « très reconnaissants » si la France leur en livrait…

En tout cas, l’exécutif français examine la question. C’est en effet ce qu’a affirmé Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, lors de la dernière séance des questions au gouvernement au Sénat, le 18 janvier, dans une réponse au sénateur François Bonneau [Union centriste].

« La France conforte son aide militaire en livrant des chars de combat légers AMX-10 RC. Nous saluons ce geste, mais il est impossible de différer davantage la livraison de matériels blindés plus performants – chars lourds, missiles, lanceurs sol-air – , pour mieux protéger les civils. […] Allez-vous compléter ces livraisons par des chars Leclerc et des systèmes anti-missiles? », avait demandé le parlementaire.

Selon les explications données par M. Lecornu, tout cession éventuelle d’armes à l’Ukraine est évaluée selon trois critères. « Premièrement, qu’elle réponde à une logique défensive, pour maîtriser l’escalade. Deuxièmement, qu’elle ne détériore pas notre modèle de sécurité et de défense […]. Troisièmement, le maintien en condition opérationnelle de ce qui a déjà été livré à l’Ukraine », a-t-il dit, avant de faire observer que la maintenance des Leclerc « est une question très sensible ».

Cela étant, a poursuivi M. Lecornu, « le Président de la République a demandé au Gouvernement de fournir une réponse rapide, d’où la livraison des chars AMX-10, saluée par l’Ukraine », et « il a également souhaité l’instruction de la cession de chars Leclerc à l’aune de ces trois critères ».

Pour rappel, l’armée de Terre ne comptera que 200 chars Leclerc portés au standard XLR à l’horizon 2030, sur les 406 lui ont été livrés à partir des années des 1990. Et ceux qui ont été mis sous cocon ont été « cannibalisés » pour faire fonctionner ceux en première ligne. Qui plus est, les équipages sont loin du compte, s’agissant des heures d’entraînement, avec seulement 54 heures par an alors que l’objectif fixé par la LPM 2019-25 est de 115 heures…

La livraison de radars GM-200 et le soutien des CAESAr ont été au menu de la visite de M. Lecornu à Kiev

La livraison de radars GM-200 et le soutien des CAESAr ont été au menu de la visite de M. Lecornu à Kiev

http://www.opex360.com/2022/12/29/la-livraison-de-radars-gm-200-et-le-soutien-des-caesar-ont-ete-au-menu-de-la-visite-de-m-lecornu-a-kiev/


 

En revanche, ce déplacement a été l’occasion pour M. Lecornu d’évoquer avec Oleksii Reznikov, son homologue ukrainien, ainsi qu’avec le président Volodymyr Zelenski, les capacités qui font actuellement défaut aux forces ukrainiennes.

Il s’est agi de « bâtir un agenda de soutien militaire de la France à l’Ukraine pour les prochaines semaines et les prochains mois. J’ai des propositions à faire au président de la République, d’une part, et d’autre part, […] on a créé un fonds de soutien, assez inédit d’ailleurs [car] on est le seul pays à l’avoir mis en place, de 200 millions d’euros […] qui permettra à l’Ukraine de directement s’approvisionner auprès des industries de défense françaises. C’était l’occasion de faire un point d’étape important sur ce sujet », a en effet expliqué M. Lecornu, sur les ondes de RTL, ce 29 décembre.

Mais au-delà d’éventuelles livraisons d’équipements militaires, l’un des enjeux majeurs est d’assurer le maintien en condition opérationnelle [MCO] de ceux qui ont déjà été envoyés aux forces ukrainiennes. À commencer par les 18 Camions équipés d’un système d’artillerie [CAESAr], prélevés sur la dotation de l’armée de Terre française. Or, ces pièces d’artillerie ont été intensivement utilisées.

« Certains dégâts deviennent sérieux sur les CAESAr », a admis M. Lecornu, d’après Le Figaro. Et leur taux de disponibilité « inquiète » l’armée ukrainienne. On savait que l’un d’entre-eux avait récemment été touché par une munition rôdeuse russe de type « Lancet » [et il est désormais hors d’usage]. Mais d’autres, avance le quotidien, sont « immobilisés pour maintenance ». Et d’ajouter : « La partie ‘camion’ a souffert. Des tourelles doivent parfois être remplacées. Les tubes des canons vont aussi bientôt devoir être réparés ».

A priori, l’idée est de permettre à l’Ukraine, quand c’est possible, d’assurer elle-même la maintenance des CAESAr. Sur ce point, M. Reznikov a dit souhaiter « davantage de coopération avec les entreprises françaises pour faciliter les réparations » sur place.

Cela étant, et comme l’a encore montré la nouvelle vague de 120 missiles russes tirés contre des infrastructures essentielles ukrainiennes, ce 29 décembre, l’urgent pour Kiev est de renforcer ses capacités de défense aérienne. Déjà, l’Ukraine a déjà reçu des systèmes IRIS-T SLM, Hawk et NASAMS de la part de certains de ses partenaires. Et les États-Unis lui ont promis une batterie Patriot PAC-3 qui ne sera cependant opérationnelle d’ici plusieurs semaines.

« On a besoin de donner des moyens de légitime défense à l’Ukraine. On n’est pas sur des moyens offensifs mais bien sur des moyens défensifs », a fait valoir M. Lecornu auprès de RTL. « Donc, on l’a fait avec des batteries de missiles CROTALE récemment [deux unités, pour la défense à courte portée, ndlr] ainsi qu’avec des missiles MISTRAL [à très courte portée, ndlr] », a-t-il ensuite rappelé.

Ces moyens devraient être complétés par au moins un radar de détection aérienne GM-200 [ou Ground Master 200], produit par Thales. En tout cas, Kiev en a fait la demande auprès de la France.

« On a évidemment des discussions sur les radars de longue portée, comme le radar de Thales GM-200. C’est un des dossiers qu’on a fait aboutir lors de ce déplacement à Kiev », a affirmé le ministre des Armées.

Selon Thales, le GM-200 est un radar de moyenne portée qui « couvre une gamme complète de menaces, depuis les engins volant à faible vitesse et basse altitude, jusqu’aux objectifs furtifs et hautement manœuvrants » et il « peut également détecter les hélicoptères dissimulés derrière le relief ou la végétation et pouvant surgir inopinément ».

Ce radar, basé sur le GM400α [de longue portée, ndlr], possède de « capacités de détection et d’alerte » offrant aussi aux combattants une « protection face aux roquettes, aux tirs d’artillerie et de mortiers ». En outre, il permet également de disposer « simultanément des coordonnées des tirs et des impacts pour de multiples menaces ».

Par ailleurs, l’Ukraine souhaite également obtenir au moins un un système franco-italien Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre [SAM/T] « Mamba ». Récemment, M. Reznikov a assuré que « Paris avait réagi positivement » à cette demande… Mais qu’il restait à convaincre l’Italie, qui n’en possède que cinq exemplaires.

A priori, la président du conseil italien, Georgia Meloni, qui vient de débloquer une nouvelle aide de 10 millions d’euros en faveur de l’Ukraine, a promis des systèmes de défense aérienne à M. Zelensky. Mais sous réserve, à précisé son ministre de la Défense, Guido Crosetto, que cela « n’affaiblisse pas les capacités » des forces transalpines.

En tout cas, selon M. Lecornu, des discussions sont encore en cours avec l’Italie sur ce sujet. Mais, a-t-il dit, « il est encore trop tôt pour se prononcer ». Cela étant, a-t-il continué, le président Macron « nous a justement demandé des schémas du possible mais ce sont des unités dont a besoin pour protéger le sol et le ciel français ». Pour rappel, l’armée de l’Air & de l’Espace ne dispose que de huit systèmes Mamba.

Les vestes thermiques de l’armée de Terre fournies par Marck, Leo Minor et Goldteck Textil

Les vestes thermiques de l’armée de Terre fournies par Marck, Leo Minor et Goldteck Textil

 

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 20 décembre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Adieu la polaire! L’armée française a enfin attribué à trois sociétés le contrat pour la fabrication de ses futures vestes thermiques polyvalentes . La valeur totale de ce marché hors TVA est de 22 941 000 euros.

Ont été retenus:
– Marck et Balsan pour un marché de 11 778 000 € (photo ci-dessous)
– Leo Minor pour un marché de 4 233 000 €
– Goldeck Textil gmbh pour un marché de 6 930 000 € (photo ci-dessus). L’Autrichien Goldeck Textil fournira 90 000 vestes thermiques polyvalentes de la marque Carinthia, développées pour les opérations hivernales ou en zones climatiques froides.

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Ce contrat va permettre à l’armée de Terre va dire adieu à la polaire, jugée trop lourde et trop épaisse. Elle sera remplacée par une “veste thermique polyvalente”. J’ai consacré deux posts à ce remplacement: voir mon post du 23 septembre 2020 et celui du 17 décembre 2021

La France bonne élève d’une NATO Response Force en pleine évolution

La France bonne élève d’une NATO Response Force en pleine évolution

 

– Forces opérations blog – publié le

Une année d’effort exceptionnel au profit de la NATO Response Force (NRF) s’achève pour la France. L’engagement a été tenu à la lettre dans un contexte marqué par le conflit russo-ukranien et alors que s’amorce une évolution profonde du principal instrument militaire de l’Alliance.

La France, « bonne élève » de la NRF

Contrat rempli pour les plus de 8000 militaires mobilisés cette année par la France au profit de la NRF. Cette contribution française « était particulièrement élevée par l’effet du cycle rotationnel », déclarait ce jeudi le général François-Marie Gougeon, chargé de mission auprès du chef d’état-major des Armées (CEMA). Au moment où le conflit en Ukraine éclate, elle commande en effet les piliers terrestre et aérien de la NRF et arme l’essentiel de la Very High Readiness Joint Task Force (VJTF) et de la Task Force NRBC. Activée pour la première fois depuis sa création, la NRF est alors la seule force opérationnelle dont dispose le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), le général américain Tod D. Wolters.

« Fiable, crédible et solidaire », le partenaire français actuellement près de 3000 militaires à terre, en mer et dans les airs pour renforcer la façade orientale de l’Europe. Les premiers, des éléments belges et français du bataillon fer de lance de la NRF, sont arrivés en Roumanie moins de quatre jours après le déclenchement du conflit russo-ukrainien. En parallèle, la France actait d’autres décisions, à l’instar du maintien d’une présence dans les États baltes plutôt que de poursuivre l’alternance avec d’autres armées alliées.

Le sommet de Madrid de juin dernier aura ensuite renforcé la posture en engageant les États à renforcer « leur » bataillon jusqu’au niveau de la brigade en cas de détérioration de la situation. Depuis, un élément avancé de poste de commandement de brigade a été envoyé en Roumanie, détachement préfigurateur renforçable sur très court préavis et dont la mise en place s’est terminée il y a peu.

La force de ce bataillon multinational désormais installé dans la durée ? Le choix d’une structure qui s’appuie d’abord sur des partenaires belge et néerlandais « avec lesquels on s’entraîne et que nous connaissons », relevait le général Gougeon. L’interopérabilité est dès lors particulièrement élevée, au bénéfice de l’efficacité opérationnelle. « D’autres partenaires sont étudiés, en fonction des contributions qu’ils souhaitent amener », complétait-il lors d’un point presse du ministère des Armées, le premier consacré à l’OTAN depuis mars.

Loin des classements sur l’aide matérielle apportée à l’Ukraine, la France aura assumé ses responsabilités à la lettre vis-à-vis de la NRF. Comparaison n’est pas raison, mais « toutes les nations armant la VJTF n’ont pas fait l’effort qu’a réalisé la France pour armer l’intégralité des composantes de cette VJTF », ajoutait le général Gougeon, celui précisant que  « par volonté délibérée de la France, le taux d’armement de la NRF a été particulièrement élevé ». De l’ordre de 95%, un résultat certainement dicté par le contexte sécuritaire dégradé mais néanmoins « salué par SACEUR parce qu’il était inhabituellement haut par rapport aux années précédentes ».

« L’objectif pour le chef d’état-major des Armées était d’être certain de pouvoir disposer d’une force qui soit opérationnellement crédible et fiable ». Objectif à première vue atteint. Cette contribution française se poursuivra en 2023. Elle conservera une prise d’alerte mais avec un délai différé, cédant son rôle de premier plan dans la VJTF à une brigade sous commandement allemand. Un engagement réaffirmé, à l’heure où se poursuit la construction d’un nouveau modèle de force au sein de l’OTAN.  

La France maintient un SGTIA de 300 militaires sur le sol estonien, dont une partie a été engagée sur l’exercice ORKAAN 16 (Crédits : EMA)

De l’expéditionnaire à la défense collective

« Comme cela a été démontré en début d’année, faire reposer la réponse de l’Alliance sur une force unique face à une menace venant potentiellement de plusieurs directions et ne prenant pas en compte les forces nationales alors que ce sont elles qui sont sensées absorber le premier choc était un non-sens stratégique », relevait le général Gougeon. Après s’être focalisé depuis deux décennies sur la contre-insurrection et la lutte contre le terrorisme, le dispositif militaire de l’OTAN a été revu en profondeur lors des réunions de Bruxelles et de Madrid.

« Le pilier opérationnel de l’Alliance est aujourd’hui engagé dans une phase de transition vers un nouveau modèle consacré par le sommet de Madrid en juin dernier », explique le chargé de mission. « L’idée générale, c’est de prendre en compte non plus seulement une force de réaction – la NRF – mais aussi l’ensemble des forces disponibles dans les nations » pour concevoir un nouveau modèle « plus adapté à la défense collective et à la haute intensité ». Quand cette NRF permettait de mobiliser jusqu’à 40 000 militaires, le modèle en construction – particulièrement ambitieux – entreprend de porter le réservoir de force à 800 000 soldats.

Ce réservoir sera structuré selon trois échelons progressifs de réactivité, en misant en particulier sur les armées « qui seraient amener à encaisser le premier choc en cas d’attaque russe ». Les deux échelons initiaux, les Tier 1 et Tier 2, activeraient environ 300 000 soldats en 30 jours, dont 100 000 en moins de 10 jours issus des pays frontaliers de la Russie et des forces de l’OTAN qui y sont présentes. Un bataillon comme celui dirigé par la France en Roumanie devra donc être en mesure de réagir en moins de 10 jours. « Avec des implications sur leur autonomie opérationnelle et sur leur réactivité », garanties au travers d’une préparation continue et conjointe.

Le Tier 3, grosso modo « le reste des forces disponibles dans l’Alliance » et « en particulier celles qui pourraient venir du continent américain », gonflerait le volume d’au moins 500 000 soldats supplémentaires en l’espace de six mois. Des forces qui viendront « soit défendre, soit restaurer la souveraineté des pays de l’OTAN sur leur territoire ». À terme, l’OTAN aura évolué d’un modèle dit de régénération de force à celui d’une « mobilisation différenciée ».

Les bataillons multinationaux établis dans huit pays de la façade orientale de l’Europe, des structures préfiguratrices du nouveau modèle de force de l’OTAN (Crédits : EMA)

Réponses à la mi-2023

Cette transition est « la plus importante transformation militaire engagée par l’Alliance depuis 1949 », relevait le président du comité militaire de l’OTAN, l’amiral néerlandais Rob Bauer, cet été à Madrid. L’enjeu dans les prochains mois sera de parvenir à convaincre, toute capacité de réponse continuant de dépendre de la bonne volonté des États membres à y contribuer. « C’est l’objet des discussions qui ont lieu actuellement entre les nations au SHAPE et au siège de l’OTAN »et dont l’aboutissement sera détaillé via des déclarations nationales volontaires. Ce faisant, les armées « s’engageront à tenir les délais et s’exerceront, s’entraîneront sur ces dispositifs ».

Cette posture renforcée aura forcément des conséquences sur les attentes de l’OTAN vis-à-vis de ses membres « en termes de capacité, de réactivité, de posture ou de responsabilités ». Le défi est notamment logistique. Ce futur dispositif repose autant sur une réponse initiale robuste que sur un renforcement rapide depuis la « profondeur européenne ». Il exige donc « une organisation dont nous avions perdu l’habitude qui est celle de la mobilité opérative à l’intérieur du territoire européen », rappelait le général Gougeon.

Renforcer la mobilité militaire, l’Europe s’y est engagée dans le cadre du projet « Military Mobility » de la Coopération structurée permanente (CSP). Un projet visant à moderniser les infrastructures et à faciliter les procédures interétatiques, et d’emblée ouvert aux États tiers. Les États-Unis, la Norvège, le Canada l’ont déjà rejoint. Le Royaume-Uni a reçu l’aval récemment, tandis que la candidature de la Turquie progresse dans la bonne direction. Le sursaut est également financier, avec 292 M€ investis l’an prochain et près de 1,7 Md€ sur la période 2021-2027.

Ces travaux portant sur l’organisation, les processus et les modèles auront par ailleurs des conséquences sur la transformation capacitaire de l’Alliance, « puisque va s’ouvrir en 2023 un nouveau cycle capacitaire ». Soit, des décisions qui se traduiront par de nouvelles cibles capacitaires attribuées à chaque nation, elles mêmes fonctions d’une directive politique en théorie validée en juin lors d’une ministérielle OTAN. Avec, à la clef, l’identification de carences et de rééquilibrages qui, côté français, pourraient influencer l’écriture de la prochaine loi de programmation militaire.

Quelle part y prendra la France ? Cette transition d’une logique expéditionnaire à celle d’une défense collective devrait être achevée en 2023, annonçait l’OTAN en juin. « Il y a encore beaucoup de travail en cours », indique le général Gougeon, et il est donc trop tôt pour préjuger de l’ampleur de la contribution française. Des décisions importantes sont attendues au premier semestre de l’année prochaine. Elles culmineront avec le sommet de l’OTAN organisé les 11 et 12 juillet 2023 à Vilnius, en Lituanie. D’ici là, le dispositif renforcé tel qu’il se présente aujourd’hui est finalement « un assez bon préfigurateur des décisions qui seront prises ». Il met en tout cas « le doigt sur un certain nombre de sujets qui seront traités par ces décisions ».

Guerre en Ukraine : Les stratégies de stockage des armées françaises

Guerre en Ukraine : Les stratégies de stockage des armées françaises

GUERRE EN UKRAINE : Les stratégies de stockage des armées françaises
par ASAF et IFRI – publié le mardi 06 décembre 2022

Stocks militaires : une assurance-vie en haute intensité ?

La guerre en Ukraine rappelle la place de l’attrition d’un conflit en haute intensité à des armées européennes taillées au plus juste après trois décennies de réduction budgétaire. L’ensemble des forces européennes ont dû réduire leurs stocks au strict minimum. En conséquence, le soutien à l’Ukraine s’est traduit par d’importants prélèvements sur leurs capacités opérationnelles. Une quantité non négligeable de systèmes retirés du service a également été donnée, par manque d’épaisseur des parcs opérationnels.

La Russie a, quant à elle, mobilisé les vastes stocks hérités de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) pour soutenir son effort de guerre après l’échec initial de son « opération militaire spéciale ». Le processus de rénovation des systèmes les plus anciens est également accru, alors que la production russe de matériel moderne reste insuffisante.

Le conflit en cours voit donc s’affronter des parcs mixtes composés de systèmes très modernes et d’autres beaucoup plus anciens – voire obsolètes – issus de stocks de long terme. Cette situation incite à s’interroger sur les stratégies de stockage des armées françaises et à les comparer à celles qui existent ailleurs.

 

Focus stratégique n° 113 ci-joint ou disponible à l’adresse suivante : https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/peria-peigne_stocks_militaires_2022.pdf

Lire et télécharger : Stocks militaires une assurance-vie en haute intensité IFRI 12 2022

Roumanie: pas d’étoiles pour Cincu au “Michelin” des camps militaires

Roumanie: pas d’étoiles pour Cincu au “Michelin” des camps militaires

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 8 novembre 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Dans un article du 3 novembre paru sur Mediapart, ma consœur Justine Brabant affirme que “les soldats français déployés en Roumanie ont froid et faim” (c’est le titre de son sujet). Elle y décrit le quotidien, pas très enviable, des quelque 700 soldats tricolores qui stationnent sur le camp de Cincu (photos AFP).

Les témoignages de soldats font état de couchage déplorable, de nourriture chiche, d’une hygiène défaillante. Le tout exacerbé par les défaillances de l’Etat hôte. Cincu aurait tout d’un bivouac improvisé.

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La réplique de l’EMA, alors que le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, se rendait à Cincu, n’a pas tardé sur les réseaux sociaux (voir ci-dessous). Il s’agissait de montrer que les conditions s’amélioraient et que les critiques n’avaient plus lieu d’être. Tout y est passé: l’ordinaire plus copieux, le logement mieux adapté, l’assainissement et l’énergie plus efficaces… Tant mieux, surtout si ces améliorations se poursuivent et que l’accueil devient rapidement satisfaisant.

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Au-delà de l’article et  des mises au point officielles, voici quelques réflexions personnelles:
qu’on laisse de côté la rhétorique de la rusticité et les remarques du genre “ils sont là pour en chier” trop souvent entendues. Un peu de dignité et de confort ne font pas de mal.

ce n’est pas la première fois qu’il faut regretter les mauvaises conditions de vie de soldats français déployés hors de leur garnison. Deux exemples: Sangaris et Sentinelle. Pour ces deux missions (opex pour l’une, opint pour l’autre), des militaires ont exprimé leurs griefs, relayés par les médias, dénonçant des locaux insalubres, des sanitaires déficients et une nourriture indigne. Prenons Sangaris: le 8 avril 2014, j’ai rédigé un post titré “L’opération Sangaris: entre rusticité et indigence“. Lire aussi ici.
Prenons Sentinelle: le président du Haut comité d’évaluation de la condition militaire, Bernard Pêcheur, avait dénoncé les conditions “parfois très incorrectes” d’hébergement des soldats à Paris au début de l’opération de sécurisation intérieure.  

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– l’Etat hôte a-t-il failli? En Estonie, sur le camp de Tapa, les débuts ont été difficiles pour le bataillon franco-britannique. Mais grâce à une copieuse enveloppe US, les Estoniens ont pu construire des zones techniques et des zones de vie adaptées et performantes. L’allié roumain a clairement été dépassé par cet afflux de soldats et de matériel.
D’où la nécessité de penser/anticiper des réponses nationales en amont d’un tel déploiement.
On peut en effet s’interroger sur l’impréparation français et le manque d’anticipation. Ce n’est pas la première fois qu’une projection est décidée inopinément. Il n’existerait donc pas de structures prêtes en permanence (des camps clés en main existent et les prestataires civils ont démontré leur réactivité) pour accueillir dignement des soldats envoyés sur un théâtre étranger? Si, bien sûr la capacité existe (voir un de mes posts de 2013 sur un exercice otanien et l’externalisation par l’EdA des fonctions hébergement et restauration).
Faut-il attendre un nouvel appel d’offres et sa longue concrétisation pour disposer d’une réponse satisfaisante? Non.
Pour rappel, l’un des maîtres-mots du ministre des Armées, c’est l’autonomie… Donc évitons de trop compter sur les autres, même pour les fonctions de base.

– je ne suis pas allé sur place à Cincu en dépit de deux propositions de l’EMA que j’ai dû décliner pour des questions d’agenda. Mais mes interlocutrices de l’EMA m’avaient bien précisé que je devrais me rendre à Cincu par mes propres moyens et me débrouiller pour me loger. Ce qui dénote clairement un manque d’infrastructures d’accueil dans le camp, manque exacerbé bien sûr par l’arrivée des moyens blindés supplémentaires français.
J’ai eu une expérience similaire en 2006 au Liban lors de l’arrivée des renforts français envoyés par le président Chirac. La présence des Casques bleus français n’était pas récente (la FINUL date de 1978) mais l’arrivée de troupes et de matériels supplémentaires a induit un stress réel sur les capacités existantes (les soldats dormaient sous des bâches tendues entre les AMX-10P). D’où la nécessité pour mon photographe et moi de nous nourrir et de nous loger par nos propres moyens, à Tyr, très en dehors des emprises françaises.

– par ailleurs, je suis allé en Slovaquie en reportage au sein du bataillon otanien installé dans le massif de Lest. Ce bataillon, comme celui de Roumanie, est installé dans un camp d’entraînement où stationnait habituellement une présence permanente minime. Or, il a fallu en quelques semaines recevoir des contingents envoyés par les Tchèques (450 hommes), les Allemands (100), les Slovaques (40), les Slovènes (115) et les Américains (300). Vu l’état de certains bâtiments du camp, les conditions d’accueil initiales ont dû être minimales, du style camping rudimentaire. L’officier tchèque commandant le bataillon otanien n’a pas caché qu’il a dû relever un sacré défit pour héberger et nourrir ses hommes. Or ce spécialiste de la logistique a clairement choisi le welfare comme priorité. On peut critiquer la cuisine slovaque mais, lors de mon passage, le mess en dur fonctionnait parfaitement et les soldats ne se plaignaient pas de l’ordinaire (mais davantage de l’éloignement du premier bourg).

– à Cincu, des travaux d’aménagement sont en cours. C’est indiscutable. Ils portent sur les infrastructures d’accueil des matériels (dont les Leclerc qui auraient du mal à rejoindre la Roumanie). Voir mon post ici. Ils portent aussi sur l’accueil des soldats et leurs conditions de vie.
Preuve de cette volonté d’améliorer les conditions de vie: le maintien du contingent belge sur place. Selon mon camarade de l’agence Belga, Gérard Gaudin, “l’armée belge devrait prolonger d’un mois la mission d’une quarantaine de ses militaires – principalement du génie – présents en Roumanie pour construire, en collaboration des Français et des Néerlandais, des blocs de logements pour les troupes de l’Otan déployées dans ce pays du flanc oriental de l’Otan“. La mission belge, qui concerne une soixantaine de personnes, avait débuté le 8 juillet et devait se terminer fin octobre.  Mais la France, qui dirige le “groupement tactique de présence avancée” (BGFP) multinational de l’Otan en Roumanie, a demandé la poursuite de la mission, au moins pour une partie du détachement”. Dernière précision du cabinet de la ministre belge de la Défense en date de lundi: “La raison de cette prolongation est due à un retard d’avancement du projet de construction en raison de circonstances imprévues (conditions météorologiques défavorables et livraisons retardées des matériaux de construction)”.

– ce mardi à 16h30 lors du bureau de la commission de la Défense, deux élus LFI entendent saisir le président de la commission. Bastien Lachaud et Aurélien Saintoul estiment que “l’Assemblée doit s’emparer du sujet“.

Le mot de la fin est pour Sébastien Lecornu. Pour Ouest-France, le ministre des Armées a précisé ses exigences (voir son entretien paru dimanche sur ouest-france.fr).
Dans le cadre de la haute intensité, il s’agit de “ne manquer de rien sur les fonctions basiques et vitales. C’est par exemple le Service de santé des Armées, la restauration, la logistique qui ne peuvent pas être négligés. Sans oublier les munitions. On voit en Ukraine que ces fonctions-là ont une importance majeure sur la ligne de front.

Logistique, logistique… 

Jusqu’à quatre ans pour régénérer les matériels revenus de Barkhane

Jusqu’à quatre ans pour régénérer les matériels revenus de Barkhane


Après le défi logistique de la réarticulation de Barkhane, celui de la régénération des matériels désengagés du théâtre sahélien. Ceux du volet terrestre de l’opération nécessiteront parfois plus de quatre années de travail avant d’être à nouveau confiés aux régiments.  

D’après le directeur central de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT), le général Christian Jouslin de Noray, plus de 700 matériels ont été identifiés et étaient en cours de tri sur place. À la mi-octobre, 180 avaient été rapatriés en France en priorisant ceux dont les forces ont le plus besoin, expliquait-il au cours d’une audition parlementaire sur le projet de loi de finances pour 2023.

« La réarticulation de l’opération Barkhane devrait redonner des marges de manœuvre à l’armée de Terre en termes de disponibilité des hommes et des matériels. Toutefois, l’état-major de l’armée de Terre anticipe d’importants surcoûts et un cycle de retrait et de régénération des véhicules très long », relève le député Renaissance François Cormier-Bouligeon dans un rapport pour avis sur le PLF 2023.

De fait, ces opérations de régénération pourraient prendre « entre 4 ans et 4 ans et demi », complète le député, chargé d’émettre un avis sur la préparation et l’emploi des forces terrestres. Principale cause avancée, la conjonction entre un terrain sahélien très abrasif, l’intensité et la durée des opérations et l’âge avancé de certaines flottes. La vitesse d’évacuation du théâtre, de même que les capacités des industriels à traiter les demandes sont d’autres facteurs qui peuvent peser sur le rythme de réinjection.

D’un parc à l’autre, les délais vont fortement varier. Si le cas du VAB est souvent cité, la patience est de mise en ce qui concerne VBCI, « dont un volume important projeté lors de l’opération Barkhane est en attente de régénération ». A contrario, les 32 Griffon envoyés au Sahel devraient être plus rapidement disponibles car ceux-ci n’ont été engagés qu’à partir de l’été 2021. Selon le rapporteur, la réinjection des matériels au sein des forces devrait débuter courant 2024.

La refonte toujours en cours de l’engagement au Sahel redonnera un peu de souffle à l’armée de Terre. Elle a déjà facilité l’envoi de moyens en Roumanie, « notamment des VBCI qui vont pouvoir être réinjectés plus facilement dans l’opération Aigle », et d’aborder plus sereinement un exercice Orion appelé à mobiliser beaucoup de potentiel.

Derrière, l’armée de Terre poursuit son effort d’amélioration de la disponibilité technique opérationnelle de ses matériels (DTO). Malgré « une légère atténuation de la cible cette année », le niveau de DTO s’élève à plus de 90% en moyenne en OPEX et plus de 70% en métropole. Et si des fragilités subsistent, celles-ci seront progressivement atténuées par des commandes de pièce de rechange, les nouveaux contrats de soutien et la poursuite des livraisons de véhicules SCORPION. L’effort est aussi financier, avec 184 M€ de crédits supplémentaires fléchés vers l’EPM en 2023.

Crédits image : EMA

Le renouvellement de la logistique ferroviaire dans le viseur de la DGA

Le renouvellement de la logistique ferroviaire dans le viseur de la DGA

– Forces opérations Blog – publié le

Entre une activité opérationnelle accrue, l’expérience du conflit ukrainien et l’arrivée de véhicules de nouvelle génération, la logistique est une fonction toujours plus cruciale pour les armées. La question est au coeur d’une nouvelle demande d’informations de la Direction générale de l’armement (DGA) axée sur le renouvellement des moyens de transport ferroviaire utilisés par les forces françaises.

Derrière cette DI baptisée « Wagons NG » et diffusée mi-octobre, un double constat. D’une part, « les transports ferroviaires représentent une part croissante et indispensable des acheminements stratégiques des armées sur le théâtre européen ». Le déploiement des véhicules SCORPION, par exemple, se traduit par « une augmentation des mouvements par voies ferrées au profit : des opérations, de partenaires internationaux ainsi que d’exercices de préparation opérationnelle en France et à l’étranger ». 

Et d’autre part, le parc actuellement en service « est constitué de vecteurs vieillissants qui s’avèrent inadaptés pour certains véhicules et matériels récemment mis en service dans les forces ». Ces wagons « ne permettent par le transport de conteneurs de type ’20 pieds’ », nécessitant de passer par une location auprès du secteur privé. 

Bien que non mentionné dans la DI, le conflit russo-ukrainien vient à son tour cristalliser les limites de l’outil ferroviaire français. Les Russes, de par les moyens logistiques « diversifiés et nombreux » dont ils disposent, peuvent réaliser des bascules d’effort et « relancer l’action offensive en fonction des choix tactiques ou des opportunités opérationnelles qui se présentent à eux », relevait l’état-major de l’armée de Terre dans un document publié en juillet dernier. Sans surprise, l’EMAT y place l’appui à la mobilité à côté des feux dans sa liste des « capacités à acquérir en nombre suffisant ». 

L’heure est dès lors au renouvellement et à la complétion des vecteurs existants par des « wagons polyvalents interarmées ». Des wagons doubles surbaissés aptes, a minima, au transport de conteneurs 20 pieds et de véhicules à roues Jaguar, Griffon, Serval, VBCI, CAESAR et PPT et l’ensemble de leurs variantes. Des plateformes qui doivent pouvoir être transportés même s’ils sont en panne ou victimes de dommages de guerre.

Sur le plan technique, ces wagons présenteront une largeur minimale de 3,1 m pour une charge utile minimale de 66 tonnes. De quoi permettre l’emport de deux véhicules blindés « suivants leurs dimensions » ou de quatre conteneurs 20 pieds. Un panachage véhicule-conteneurs n’est pas exclu. Ils seront par ailleurs dotés à terme d’un attelage automatique, un dispositif qui permet notamment de « numériser » le partage d’informations sur l’état de santé du train et de ses composantes.

S’il n’est nullement question d’une contractualisation pour l’instant, la DGA estime le besoin à 250 wagons à livrer en trois ans, au plus tard entre 2027 et 2029. Leur soutien sera assuré par la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT). Conçus pour pouvoir circuler partout en Europe, ils resteront en service dans les forces durant 40 ans, estime la DGA.

L’usage de plateformes surbaissées rappelle l’obligation de compiler avec le gabarit en croissance des véhicules de nouvelle génération. Le Griffon et le Jaguar du programme SCORPION, pour ne citer que ceux perçus par les régiments, dépassent leurs successeurs d’un bon mètre pour culminer à 3,6 m dans le cas du premier. Une donnée qui a déjà entrainé une évolution capacitaire dans le domaine du transport routier avec la fourniture de porte-engins blindés surbaissés (PEBS) aux régiments du train.

Le gain de réactivité est bien réel : le PEBS diminue la hauteur du convoi, qui n’est plus considéré comme exceptionnel et ne nécessite donc plus d’établir une demande administrative chronophage. Un PEBS a ainsi acheminé son premier Griffon début octobre à Versailles par l’entremise du 516e régiment du train. Un total de 40 PEBS seront livrés d’ici à juin 2023, et au moins autant viendront compléter cette dotation initiale.

Crédits image : CTTS

Un premier palier franchi en 2023 dans le remplacement des flottes logistiques ?

Un premier palier franchi en 2023 dans le remplacement des flottes logistiques ?

par – Forces opérations Blog – publié le

Après son apparition l’an dernier, le programme « flotte tactique et logistique terrestre » de remplacement des camions 4-6 t des armées disposera l’an prochain d’une ligne budgétaire. De quoi, sauf écueil majeur, permettre de notifier un premier incrément.

Comme expliqué l’an dernier, le programme FTLT adoptera une approche incrémentale « pour s’adapter à l’évolution du besoin capacitaire, de la menace, du vieillissement du parc en service et l’arrivée des nouvelles technologies ». Et comme expliqué l’an dernier, le premier incrément vise l’acquisition de camions citernes de nouvelle génération (CC NG). Les autres besoins feront l’objet d’incréments ultérieurs.

Le projet de loi de finances pour 2023 contient une ligne de 192 M€ pour amorcer ce renouvellement. La moitié de l’enveloppe sera engagée l’an prochain pour permettre la commande de camions citernes protégés au profit du Service des énergies opérationnelles (SEO). De source industrielle, entre 250 à 300 véhicules devraient être acquis au cours de cette phase. Le calendrier sera fixé lors du lancement en réalisation. Une quatrième performance opérationnelle majeure est par ailleurs venue s’ajouter à l’occasion du PLF, celle de parvenir à « garantir la compatibilité des véhicules avec la politique de carburant des armées ».

Cet incrément n’est qu’un segment minoritaire de l’appel d’offres « camions remorques nouvelles générations », volet contractuel de FTLT prévoyant l’attribution d’un accord-cadre sur 17 ans pour la livraison et le soutien 9400 camions et leurs remorques. Un seul opérateur sera sélectionné pour réaliser l’ensemble du marché.

Au moins trois entreprises ou groupements industriels sont attendus dans les starting-blocks : Scania, un duo Soframe-Iveco et Arquus. Le premier a investi pour établir un nouveau pôle défense sur son site d’Angers, inauguré l’an dernier en présence de l’ex-ministre des Armées, Florence Parly. Il dispose d’une première expérience avec le SEO, notamment grâce aux camions CARAPACE et CCP10.

Le second, titulaire du marché « porteur polyvalent terrestre, peut jouer la carte de la continuité et de la cohérence. Arquus, enfin, mise sur sa gamme de camions 4×4, 6×6 et 8×8 ARMIS. Le groupe français a profité du dernier salon Eurosatory pour dévoiler son offre : une version « citernier » de son 8×8 conçue en partenariat avec TITAN Défense, le spécialiste des solutions d’avitaillement. Hormis une cabine blindée et un tourelleau téléopéré Hornet, il emporte une citerne de 18 m3 fournie par TITAN Défense.

Le conflit en Ukraine n’aura fait que produire des retours d’expérience motivant le renouvellement rapide du parc logistique français, rappelle un document émis en juin dernier par l’état-major de l’armée de Terre. Hormis les feux, la mobilité et la contre-mobilité, le sujet FTLT est placé dans les capacités à acquérir en nombre suffisant pour assurer la soutenabilité en carburant, munitions et maintenance et l’appui à la mobilité tactique et opérative.

Crédits image : SEO