Des liens plus étroits entre logisticiens français et américains

Des liens plus étroits entre logisticiens français et américains


Quelque peu bousculé par la crise sanitaire, le partenariat entre unités logistiques françaises et américaines est reparti de plus belle depuis le printemps dernier. Un volet parmi d’autres d’un effort conjoint poursuivi par le Commandement des forces terrestres (CFT) et le Commandement de l’US Army en Europe et en Afrique (USAREUR-AF).

Le 7 mars 2020, le CFT et l’USAREUR-AF actaient leur rapprochement par l’entremise de leur commandant respectif, les généraux Vincent Guionie et Christopher Cavoli. Formalisée au travers de l’ « Unit Partnership Program », la collaboration a pour enjeu principal de renforcer l’interopérabilité entre unités françaises et américaines dans tout le spectre d’opérations bilatérales et multilatérales.

Sur le volet logistique, par exemple, le Commandement de la logistique des forces (COMLOG) et le 21e Commandement de soutien de théâtre (21st TSC) se sont retrouvés fin août à Wiesbaden (Allemagne) pour discuter d’opérations conjointes et progresser vers les objectifs stratégiques fixés pour 2028. Un nouveau point d’étape après celui organisé en avril dernier par le COMLOG à Monthléry (Essonne).

Le COMLOG et le 21st TSC « s’efforceront de synchroniser leurs efforts pour établir des capacités homogènes dans tous les domaines et la possibilité de se déployer et de se soutenir mutuellement à l’échelle mondiale », explique l’US Army dans un communiqué. Des systèmes aux tactiques et procédures, les entraînements croisés contribueront ainsi à faciliter le soutien d’armée à armée.

Français et Américains ont notamment abordé la question de la transparence des outils logistiques de l’OTAN et la mutualisation du transport de matériels lourds. La France avait notamment fourni une aide logistique importante quelques mois après l’entrée en vigueur du partenariat. C’était en juillet 2020 à La Rochelle pour l’opération Mousquetaire, une manœuvre de débarquement d’équipements américains en appui du 21st TSC.

L’accord bilatéral facilite par ailleurs l’échange d’officiers. Un lieutenant du COMLOG aura par exemple participé à l’exercice Saber Junction 2022 dans les rangs du 21st TSC. Mené du 6 au 16 septembre, Saber Junction réunissait 4400 militaires de 14 pays membres ou partenaires de l’OTAN à Grafenwoehr et Hohenfels, dans le sud-est de l’Allemagne.

Le lieutenant Marc aura contribué aux processus décisionnels et fourni un soutien logistique au sein du centre opérationnel aux côtés du lieutenant-colonel John Abella, chef de corps de l’un des bataillons du 21st TSC.

D’autres rendez-vous sont attendus. Selon l’US Army, le COMLOG dispensera bientôt des cours sur la suite d’outils C2 logistiques LOGFAS de l’OTAN. Les exercices français majeurs Monsabert 2023 et Orion 2023 comprendront à leur tour un volet d’échange de personnels « afin de renforcer les liens, améliorer la logistique de l’OTAN et atteindre à terme un niveau adapté d’interopérabilité ».

Le front de Kherson

Le front de Kherson

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 27 juillet 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


L’organisation de la défense russe

La zone tenue par les Russes au nord du Dniepr est une poche de 20 à 50 km de large au-delà du fleuve et de 150 km de Kherson à Vysokopillya, la petite ville la plus au nord, soit environ 5 000 km2 et l’équivalent d’un département français. Cette tête de pont forme à la fois une zone de protection de la zone conquise au sud du Dniepr et de la Crimée, mais aussi une éventuelle base de départ pour d’éventuelles futures offensives russes, en particulier en direction d’Odessa. 

Le front de Kherson est tenu par la 49e armée russe venue du Caucase via la Crimée. Elle y a relevé la 58e armée qui avait conquis la zone au tout début de la guerre. La 49e armée ne comprend normalement que deux brigades d’infanterie motorisée (34e et 205e) et la 25e brigade de reconnaissance en profondeur (Spetsnaz), ainsi que ses brigades d’appui et une brigade logistique. En arrivant sur la zone au mois de mars, la 49e armée a pris sous son commandement le 22e corps d’armée fort de la 126e brigade de défense de côte, la 127e brigade de reconnaissance (les deux sensiblement organisées comme des brigades motorisées) et la 10e brigade de Spetsnaz, ainsi que la 7e division et la 11e brigade d’assaut aérien. Elle a reçu en renfort la petite 20e division d’infanterie motorisée (deux régiments) en provenance de la 8e armée ainsi peut-être qu’une brigade indépendante (4e) et surtout la 98e division aéroportée. En cas d’urgence, la 49e armée pourrait être renforcée de quelques brigades ou régiments de la 58e armée au repos dans la région de Melitopol, à 200 km de Kherson et avec le risque de dégarnir un front de Zaporijjia déjà peu dense.  

Comme toujours dans ce conflit et des deux côtés, on se retrouve avec un capharnaüm d’unités disparates : états-majors d’armée, de corps d’armée, de divisions ou de brigades autonomes, brigades et régiments motorisés, brigades et régiments d’assaut aérien ou aéroportés. Dans l’absolu c’est un ensemble assez puissant avec a priori 14 brigades ou régiments de combat répartis entre le commandement direct de la 49e armée à Kherson et celui du 22e corps d’armée plus au nord à Nova Kakhovka-Tavriisk, l’autre point de passage sur le Dniepr. Cette force de combat rassemble en théorie plus de 20 000 hommes. En réalité, beaucoup d’unités ont été engagées dans le secteur depuis le début de la guerre et ne disposent plus qu’au mieux 50 % de leur potentiel. Les unités nouvellement arrivées, comme la 98e division aéroportée, sont moins usées.

 

Comme partout ailleurs en Ukraine, le point fort russe dans le front de Kherson est la force de frappe à longue distance. La 49e armée dispose de ses deux brigades d’artillerie (artillerie automotrice, lance-roquettes multiples et antiaérienne), les trois divisions de leur régiment d’artillerie et chaque brigade indépendante ont un bataillon. On peut estimer que les Russes disposent d’environ 200-250 pièces d’artillerie diverses qui permettent pour les LRM de frapper depuis l’arrière du Dniepr jusqu’à 20-30 km au-delà de la ligne de front dans la profondeur du dispositif ukrainien. Les obusiers peuvent pour la plupart appuyer la défense du compartiment Sud depuis le sud du Dniepr alors qu’ils doivent être au nord pour appuyer celle des compartiments Centre et Nord, ce qui implique de faire traverser le fleuve aux camions d’obus. Les forces russes bénéficient également d’une capacité de plusieurs dizaines de sorties quotidiennes d’avions et d’hélicoptères d’attaque au-dessus de leur zone.

On est donc en présence d’un réseau de défense de 14 unités de manœuvre de 800 à 1 500 hommes qui tiennent un front de 150 km, soit une dizaine de kilomètres pour un millier d’hommes. C’est une densité assez faible qui est compensée par un terrain globalement favorable à la défense et qui est désormais aménagé depuis plusieurs mois. La défense est organisée en deux grands secteurs coupés par la rivière Inhulets.

Kherson est défendue en avant sur une ligne de contact de 40 km de la côte à l’Inhulets et 15 km de profondeur. Les Russes appuient leur défense sur plusieurs lignes successives organisées sur l’échiquier de villages transformés en points d’appui répartis tous les 2-3 km. Le secteur n’est traversé que de trois routes pénétrantes qui vont de Mykolayev et de Snihourivka vers Kherson, dont une, au centre, assez étroite. Hors de ces axes, des petites routes et un terrain ouvert de champs dont on ne sait trop s’il est praticable aux engins blindés.

Le secteur de Nova Kakhovka est un rectangle grossier de 50 km sur 100 qui s’appuie au sud et à l’ouest par la rivière Inhulets, avec la petite ville de Snihourivka comme point d’inflexion et tête de pont russe au-delà de la rivière et un espace plus ouvert d’Ivanivka au Dniepr. La défense russe s’appuie sur l’Inhulets et les petites villes qui le longent, puis sur un autre échiquier de villages moins dense qu’au sud, à raison d’un tous les 5 km. Le point d’entrée ukrainien de ce compartiment de terrain est le couple Davydiv Brid-Ivanika sur l’Inhulets d’où partent les seules routes pénétrantes vers le Dniepr vers Nova Kakhovka.

En résumé, le font russe est constitué d’une série de plusieurs dizaines de points d’appui de bataillons ou compagnies appuyés par une puissante artillerie, au sud du Dniepr pour le secteur Kherson et au nord pour celui de Nova Kakhovka, avec ce que cela implique comme flux logistiques. Le terrain est très plat et ouvert. Toute manœuvre un peu importante et impliquant des véhicules de combat est donc assez facilement depuis le sol ou le ciel, et frappable en dix minutes par l’artillerie ou les feux aériens. Le terrain ouvert et cloisonné en quelques grands axes étroits et droits est aussi un parfait terrain à missiles antichars. En fond de tableau, le Dniepr est un obstacle considérable, impossible à franchir à son embouchure complexe et très large par ailleurs. On ne peut le franchir qu’en s’emparant de Kherson (300 000 habitants avant-guerre) ou de Kakhovka-Tavriisk (100 000 habitants) qui peuvent constituer de solides bastions. Si les ponts sur le Dniepr sont rares, les Russes bénéficient cependant de deux rocades qui longent le fleuve au nord et au sud.

Possibilités et difficultés ukrainiennes

Le commandement ukrainien dispose de son côté d’un ensemble de forces tout aussi disparate. La 241e brigade territoriale, une petite brigade de marche d’infanterie navale et la 28e brigade mécanisée font face au compartiment Sud russe. Un deuxième groupement fort de trois brigades de manœuvre (36e infanterie navale, 14e mécanisée et 61e motorisée), une brigade territoriale (109e), le 17e bataillon de chars indépendant et un bataillon de milice font face aux forces russes du compartiment centre. Le compartiment Nord est de son côté abordé par la 108e territoriale, la 63e mécanisée et la 60e motorisée. On compte également deux groupements de réserve, le premier fort de deux brigades territoriales (123e, 124e) est à Mykolaev, le second est à Kryvyi Rhi à quelques dizaines de kilomètres au nord du front avec la 21e brigade de garde nationale surtout la 5e brigade blindée. 

Le commandement ukrainien, comme celui des Russes, gagnerait à réorganiser ses forces en divisions cohérentes regroupant des brigades plus homogènes. Cela viendra sans doute fait dès qu’il sera possible de préparer des forces plus en arrière.

Au total, les Ukrainiens alignent 15 brigades ou équivalents. Ces brigades ukrainiennes sont plutôt moins usées que les russes et d’un effectif généralement plus élevé (environ 2 000 hommes, parfois plus) mais pour autant le rapport de forces n’est pas très avantageux. Six de ces quinze brigades sont composées de territoriaux et gardes nationaux plutôt légèrement équipés et surtout bien moins encadrés et formés qu’une brigade de manœuvre. Restent neuf brigades de manœuvre et la 1ère brigade de forces spéciales. C’est peu pour 150 km de front.

L’artillerie ukrainienne est répartie dans les unités à raison d’un bataillon par brigade de manœuvre avec sans doute le renfort de la brigade du commandement de la région Sud. Ses équipements sont proches de ceux des Russes, mais de moindre volume (aux alentours de 150 pièces) et bénéficiant de moins d’obus. Le secteur de Mykolaev regroupe également la presque totalité des hélicoptères disponibles par les Ukrainiens et d’une escadrille de drones armés Bayraktar TB2, difficilement utilisable dans un ciel très défendu par les brigades antiaériennes russes. La grande nouveauté est l’arrivée croissante de l’artillerie occidentale, disparate, mais globalement d’une plus grande précision et parfois d’une plus grande portée que l’artillerie russe. La batterie de lance-roquette multiple HIMARS placée dans la région de Voznesensk est capable de frapper avec précision pourvu que l’on dispose de renseignement sur toute la zone russe et même au sud du Dniepr.

Comme sur les autres fronts ukrainiens, mais peut-être plus qu’ailleurs encore du fait de l’ouverture et de la visibilité du champ d’opération du bassin du Dniepr, il est difficile de concentrer des moyens sans être rapidement frappé et ce jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres au-delà de la ligne de contact. Cela limite considérablement les possibilités de manœuvre. Là comme ailleurs à Kharkiv, il serait possible pour les Ukrainiens de chercher à inverser d’abord le rapport de puissance de feu à longue portée grâce à l’aide occidentale avant de lancer des attaques de grande ampleur. Cela peut demander des mois, en admettant que ce soit possible.

À défaut, si le commandement ukrainien veut malgré tout récupérer la zone de Kherson au plus vite, il reste deux possibilités.

La première est d’essayer d’obtenir un affaiblissement général du dispositif ennemi par un harcèlement à grande échelle et de stériliser toute capacité offensive (objectif russe) ou d’imposer un repli (objectif ukrainien) à la manière de ce qui s’est passé autour de Kiev au mois de mars. Ce harcèlement consiste en une série de raids au sol par de petites unités de combat à pied ou en véhicules s’infiltrant dans le dispositif ennemi pour y effectuer des dégâts ou par une multitude de frappes (artillerie, drones, hélicoptères, avions) précises sur des objectifs identifiés. Ce mode d’action nécessite cependant beaucoup d’actions, et donc beaucoup de moyens, pour espérer obtenir un effet par ailleurs assez aléatoire et rarement rapide. En clair, il faudrait que les Ukrainiens frappent jour et nuit le dispositif russe avec tout ce qu’ils ont d’armes de précision et attaquent l’ensemble de la ligne toutes les nuits avec des dizaines de commandos pour rendre la vie intenable aux Russes au-delà du Dniepr au bout de plusieurs semaines. Les Ukrainiens n’ont ni les moyens, ni le temps d’y parvenir. Cela viendra peut-être par la suite, mais pour l’instant ce n’est pas le cas.

La seconde, par incompatible avec la première si on dispose de moyens adaptés, est de créer des espaces de manœuvre en neutralisant momentanément la puissance de feux adverses, par une contre-batterie efficace ou la destruction de la logistique ainsi que l’interdiction du ciel sur un espace donné par la concentration de batteries antiaériennes sur plusieurs couches, puis en « encageant » une zone cible (en coupant les ponts et les routes des renforts possibles), neutralisant la défense par des feux à plus courte portée (mortiers- tirs directs) et enfin en attaquant brutalement la position avec un ou deux bataillons. La zone conquise, généralement un village, est ensuite immédiatement organisée défensivement pour faire face aux contre-attaques. C’est la méthode des boîtes d’attaque utilisée par les Russes dans le Donbass, à cette différence près que les Ukrainiens ne peuvent ravager les villages ou les villes par leur artillerie avant de les attaquer. Contrairement à la première méthode, dont un espère voir émerger d’un seul coup un effet par cumul de petites actions indépendantes, il s’agit là d’agir en séquences de coups, chaque coup dépendant du résultat précédent. Autrement dit, il s’agit de marteler intelligemment le front en créant des poches de quelques dizaines de kilomètres carrés qui finiront par rendre des zones intenables pour l’ennemi sous peine d’encerclement. Les poches réunies deviennent alors des zones de centaines de kilomètres carrés et de zones en zone on peut ainsi avancer jusqu’à l’objectif final, en l’occurrence le Dniepr pour les Ukrainiens.

Pour cela, à défaut d’une supériorité numérique plus marquée, il n’est pas d’autre solution que de jouer sur une meilleure économie des forces en réunissant les bataillons d’artillerie de brigades dans un ou deux grands groupements d’appui à 20 km et en regroupant sous un même commandement cinq des neuf brigades de manœuvre face à un seul compartiment donné : face à Kherson au sud, au centre dans la région de la tête de pont de Davydiv Brid ou encore sur la limite nord. En restant sur la défensive ailleurs et en acceptant même de perdre du terrain dans les zones d’intérêt secondaire, il serait possible de ainsi espérer progresser village par village par un martèlement continu d’attaques de bataillons avec peut-être parfois des effets d’accélération si les avances d’encerclement des unités russes et les poussent au repli. Bien entendu ce processus ne se passera pas sans réaction russe, par un renforcement du secteur, peut-être des contre-attaques importantes, ou simplement en attaquant à nouveau dans le Donbass et placer ainsi les forces ukrainiennes sous tension avec l’obligation de venir renforcer le secteur Sloviansk-Kramatorsk.

Si les séries d’attaques ukrainiennes finissent par rencontrer une forte résistance, où en arrivant aux abords de Kherson ce qui nécessitera une reconfiguration des forces ukrainiennes en mode « combat urbain », le groupement d’artillerie d’appui doit pouvoir basculer très vite avec deux brigades de manœuvre sur un autre point d’attaque sur le front. S’il n’est possible de lancer de grandes attaques, il faut multiplier les petites actions que ce soit des attaques ou des manœuvres latérales. L’essentiel est de conserver l’initiative. À ce prix, les forces ukrainiennes peuvent seulement espérer atteindre le Dniepr à la fin du mois d’août. La prise de Kherson ou le franchissement du fleuve par ailleurs constitueront d’autres défis à relever, mais l’approche de l’artillerie à longue portée du fleuve ouvrirait de nouvelles perspectives et constituerait déjà une grande victoire. Ce sera cependant très difficile.

Au Sahel, l’armée française sera désormais “en soutien”

Au Sahel, l’armée française sera désormais “en soutien”

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 5 juillet 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Voici la transcription d’un entretien réalisé par Daphné Benoit de l’AFP avec le général Laurent Michon, le commandant de l’opération Barkhane. L’armée française compte changer de mode d’action au Sahel après son retrait du Mali, offrant désormais d’intervenir “en soutien” et non plus en substitution des armées locales, selon le commandant de la force française Barkhane. Les militaires français ne seront plus que 2 500 environ au Sahel à l’issue de ce repli, qui ouvre une phase de coopération renforcée avec les autres pays de la région, en fonction de leurs besoins.

Près de cinq mois après la décision de la France de retirer ses troupes du Mali, où en est-on de ce désengagement hors norme?
Nous estimons que nous serons capables de quitter le Mali d’ici la fin de l’été comme demandé par la président de la République. Nous avons démonté les camps de Gossi et Ménaka et sommes passés en-dessous de 2 000 hommes au Mali. Et nous sommes maintenant en train de désengager la base de Gao. Au total, 4 000 containers et un peu moins d’un millier de véhicules doivent partir du Mali. Le dispositif de recueil au Niger est en place. Il ne s’agit pas de redéployer Barkhane au Niger, mais sur le plan logistique, on a besoin de passer par ce pays. La menace terroriste n’est pas si importante sur l’axe Gao-Niamey. Les groupes armés reprennent du poil de la bête, notamment l’EIGS (Etat islamique au Grand Sahara) car nous n’agissons plus contre sa colonne vertébrale. Donc la menace existe toujours, mais elle est plus maîtrisable car ce corridor est très fréquemment utilisé par la Minusma, l’armée malienne et (la force française antijihadiste) Barkhane. Pour moi, ce désengagement n’est pas un échec. Repartons des missions confiées: mettre l’ennemi à la portée des forces maliennes. L’armée malienne est passée de 7 000 à 40 000 hommes et Barkhane a participé à cette montée en gamme, tout en aidant à ce que les garnisons (…) cessent d’être submergées par les groupes terroristes, à qui nous avons fait baisser la tête.

 

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Comment va évoluer la présence militaire française au Sahel et en Afrique de l’Ouest?

Après le retrait du Mali, il devait rester environ 2 500 soldats français au Sahel à la fin de l’été. Mais cela dépendra avant tout des souhaits des Etats africains (…). Des échanges sont en cours entre les capitales africaines, Paris et les capitales européennes. Nous et les Européens allons vers davantage d’opérations de coopération, conditionnées de façon plus stricte aux demandes des pays africains, et qui viendront +en soutien de+ et non pas +à la place de+. Le Mali est un bon exemple: nous avons certes fait monter en puissance l’armée malienne (…) mais nous avons parfois agi à sa place. On a créé en mars un PC de partenariat à Niamey, qui a pour but de travailler avec des officiers africains insérés. C’est une forme de continuité, en réalité. Au Niger, cela fait plus d’un an qu’il y a un groupement français (à la frontière malo-nigérienne, ndlr) sous les ordres du général nigérien qui commande cette zone d’opération.

S’agit-il de moins prêter le flanc à des critiques contre l’ancienne puissance coloniale ?

La manipulation des populations existe, des mensonges énormes sont répandus selon lesquels nous armerions les groupes terroristes, nous kidnapperions des enfants, nous laisserions des charniers. Il est facile d’agiter un bouc émissaire auprès de personnes qui vivent des situations extrêmement difficiles sur le plan sécuritaire et humanitaire. Il y a eu une manœuvre de désinformation sur les réseaux, avec des mercenaires de Wagner qui ont enfoui des cadavres à Gossi (pour accuser les militaires français, ndlr). Pour la première fois, l’armée française a décidé d’expliquer comment les choses se passent en vrai, en déclassifiant et en montrant des images de drone. Ils vivent sur le pays, pillent, commettent des exactions, ont mis la main sur l’appareil de commandement de l’armée malienne et font des choses dans le dos des chefs. La meilleure réaction (…), c’est le respect de nos propres valeurs, c’est être clairs sur ce qu’on fait et laisser les journalistes africains et européens venir voir, faire du fact-check. La meilleure arme, c’est l’information vérifiée, recoupée.

La France va livrer un nombre « significatif » de Véhicules de l’avant blindé à l’Ukraine


 

« Pour se déplacer rapidement dans des zones sous le feu ennemi, les armées ont besoin de véhicules blindés. La France va livrer, dans des quantités significatives, des véhicules de transport de ce type, des VAB, qui sont armés », a en effet affirmé le ministre.

Mis en service il y a plus de quarante-cinq ans au sein des forces françaises [et de l’armée de Terre en particulier], qui en ont reçu plus de 4000 exemplaires, le VAB se décline en plusieurs versions, dont celle dite ULTIMA, mise au point dans les années 2010. A priori, les blindés portés à ce standard ne font pas partie de ceux envoyés en Ukraine. Du moins, c’est ce que suggère la vidéo prise en Slovaquie.

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La flotte de VAB utilisés par l’armée de Terre se réduit d’année en d’année. Si certains de ces véhicules ont été cédés à la Gendarmerie nationale lors de l’engagement de celle-ci en Afghanistan, d’autres ont été détruits en opération quand ils n’ont pas été trop usés par les rigueurs de l’environnement sahélien. En outre, ils sont progressivement remplacés par les Véhicules blindés multi-rôles [VBMR] Griffon et Serval, dans le cadre du programme SCORPION. Ainsi, au 1er juillet 2021, il ne restait plus que 2500 exemplaires encore en service.

Par ailleurs, M. Lecornu a évoqué la livraison de CAESAr [Camions équipés d’un système d’artillerie de 155 mm] à l’Ukraine. « L’artillerie dans ce conflit est […] centrale : aussi, les canons français CAESAr – dont la réputation n’est plus à faire par leur précision et leur mobilité sur un théâtre d’opérations – ont été livrés. C’est la principale demande que les autorités ukrainiennes nous avaient formulée. Avec ces 18 canons, cela forme une unité d’artillerie complète », a-t-il soutenu.

Quant aux conséquences de ces livraisons sur les capacités de l’armée de Terre, le ministre a fait valoir que « jamais nous ne prendrions une décision qui priverait la nation française d’éléments décisifs à sa défense ». Et d’ajouter : « Ces 18 canons CAESAr peuvent contribuer à changer la vie des Ukrainiens… pour l’armée française, cela la prive d’une fraction limitée de matériels [près de 25% tout de même, ndlr] pour le cycle d’entraînement de court terme. C’est pourquoi nous demandons à nos industries de défense de se placer dans une ‘économie de guerre’ afin de reconstituer les stocks ».

En outre, et s’agissant toujours de l’Ukraine, M. Lecornu a dit avoir deux priorités. La première est d’aider l’armée ukrainienne « à tenir dans la durée ». Et, a-t-il dit, cela passe par les « stocks de munitions ».

Un sujet également sensible pour les forces françaises… qui préoccupe les parlementaires, dont Christian Cambon, le président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense. En décembre dernier, celle-ci avait tiré le signal d’alarme en affirmant qu’en matière de munitions, les forces françaises ne disposaient que du « strict nécessaire ».

Plus récemment, dans leur rapport – remarqué – sur l’engagement de haute intensité, les députés Jean-Louis Thiériot et Patricia Mirallès qui, dans un rapport sur la « haute intensité », ont préconisé un « effort financer immédiat » pour reconstituer les stocks de munitions.

Quoi qu’il en soit, pour M. Lecornu, « la coordination entre alliés, notamment dans le cadre de l’Otan mais aussi de l’UE, est très importante ». Au passage, il a précisé que la possibilité de livrer à l’Ukraine des missiles anti-navires Exocet était à en cours d’examen. Et cela alors que la Marine nationale a régulièrement dit manquer de « munitions complexes » pour faire face au « durcissement des opérations navales ».

Enfin, la seconde priorité de M. Lecornu est la formation des soldats ukrainiens à « certaines techniques de combat et au renseignement militaire ». Ce qui, explique-t-il, est « primordial, car cela permet de bien utiliser les armes livrées et d’optimiser la performance des combattants, et donc de préserver leur vie ».

À noter que, sur ce point, et lors d’une visite à Kiev, le 17 juin, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a proposé de former jusqu’à 10’000 soldats ukrainiens tous les 120 jours au Royaume-Uni.

Photo : Archive

Mali : Un nouveau groupe russe Wagner s’installe dans une ancienne base militaire française

Mali : Un nouveau groupe russe Wagner s’installe dans une ancienne base militaire française

GUERRE INFORMATIONNELLE La France craint des tentatives de manipulations de l’information pour nuire au pays et à ses troupes qui ont quitté les lieux



Les troupes françaises ont quitté la base militaire de Ménaka en début de semaine — AFP

 

De nouveaux Russes ont posé le pied dans le Nord-est du Mali. « Plusieurs dizaines » de mercenaires du groupe paramilitaire Wagner sont arrivés mercredi à Ménaka. Ils ont pris place sur la base militaire rétrocédée lundi à l’armée malienne par les Français. Ces derniers s’attendent à une nouvelle tentative de manipulation de l’information pour leur nuire, a appris l’AFP de sources concordantes.

Avant son départ de la base avancée de Ménaka lundi, avant-dernière étape du départ de la force antidjihadiste Barkhane du pays, l’armée française avait prévenu qu’elle serait « très vigilante aux attaques informationnelles ». Elle soupçonnait de possibles manœuvres pour nuire à son image, incluant l’organisation de manifestations anti-françaises, des accusations de collusion entre Barkhane et les djihadistes ou encore l’enfouissement de corps pour faire croire à des exactions commises par les Français.

Le départ français « en bon ordre, en sécurité et en toute transparence »

Au lendemain de la précédente rétrocession d’une base française, en avril à Gossi, l’état-major français avait diffusé des vidéos tournées par un drone montrant selon lui des paramilitaires de la société russe Wagner en train d’enterrer des corps non loin de l’emprise, en vue de faire accuser la France de crimes de guerre.

Le départ français lundi de la base avancée de Ménaka « a été conduit en bon ordre, en sécurité et en toute transparence, dans un contexte où la force Barkhane fait face à des attaques informationnelles régulières visant à entacher son action et sa crédibilité », avait commenté en début de semaine le porte-parole de l’état-major, le général Pascal Ianni.

Les rapports entre la junte au pouvoir à Bamako et Paris, ancienne puissance coloniale, se sont brutalement dégradés ces derniers mois, en particulier depuis l’arrivée au Mali de paramilitaires du groupe Wagner, poussant les deux pays à la rupture après neuf ans de présence française ininterrompue pour lutter contre les djihadistes.

La base de Ménaka se situe dans la région dite des trois frontières, aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso, dans laquelle les militaires français se sont longtemps battus pour entraver l’implantation des groupes djihadistes affiliés à l’Etat islamique (EI).

Eurosatory 2022 : l’obus LU 220 de Nexter Arrowtech, un coup de punch pour l’artillerie de 155 mm

Eurosatory 2022 : l’obus LU 220 de Nexter Arrowtech, un coup de punch pour l’artillerie de 155 mm


Un peu plus loin et deux fois plus détonant. Voici les évolutions proposées par le nouvel obus d’artillerie de 155 mm LU 220 HE dévoilé par Nexter durant le salon Eurosatory, une évolution majeur du LU 211 HE en service depuis une quinzaine d’années en France.

Une évolution de l’obus LU211

Derrière la LU220 HE, un effort de renouvellement de la munition LU 211 HE, livré à 150 000 exemplaires au cours de la dernière décennie. Des munitions essentiellement utilisées par l’armée de Terre, qui en a exploité tout le potentiel en Afghanistan, en Irak et au Mali. L’une de ses variantes, le LU 211 HE, emporte une poudre spécifique permettant sa « muratisation », autrement dit son insensibilité à une agression extérieure. Une poudre dont la capacité de détonation se trouvait néanmoins amoindrie. L’enjeu pour Nexter Arrowtech était dès lors de parvenir à maximiser à nouveau l’effet terminal tout en augmentant sensiblement la portée au passage. Une équation résolue en retravaillant la forme de l’obus sans occasionner de « prise de poids » conséquente. 

À première vue, différencier le LU 220 HE du LU 211 HE s’avère compliqué. Le premier est pourtant reprofilé. Plus long de quelques centimètres, il profite d’un corps plus effilé qui permet de réduire la trainée et, in fine, d’augmenter la portée maximale. « Nous avons travaillé le profil aérodynamique pour que la dispersion reste identique à celle du LU 211 », nous explique-t-on. Résultat : une portée validée à 44 km lors des premiers tirs d’expérimentation, contre 40 km pour le LU 211 HE. Le tout, sans diminuer la précision et augmentant sensiblement l’effet terminal. 

Influer positivement sur la logistique

Si cette nouvelle munition ne double pas la portée, elle est par contre « deux fois plus efficace », avance Nexter. Autre conséquence de ce changement de profil, l’obus LU 220 HE emporte en effet d’avantage de poudre explosive, 11 kg contre 8,8 kg pour la LU 211 HE. De quoi compenser l’usage d’explosif insensible, nécessaire pour « muratiser » la munition mais diminuant le pouvoir détonant. 

En résulte une surface moyenne effective multipliée par deux lors de la détonation. Nexter Arrowtech est donc parvenu à compenser la perte de pouvoir brisant d’un explosif insensible et à dépasser l’efficacité constatée avec le LU 211 HE. Néanmoins, « ce que l’on cherche, ce n’est pas de créer un cratère deux fois plus large, mais de tirer deux fois moins d’obus ». Une meilleure performance induit directement une économie logistique, un atout lorsqu’on souhaite mener des feux de saturation gourmands en munitions.

Bien entendu, le diamètre du LU 220 HE ne change pas pour répondre au standard JB MOU (Joint Ballistic Memorandum of Understanding) de l’OTAN et rester parfaitement compatible avec les pièce de 155 mm / 52 cal aujourd’hui en service, comme les CAESAR, RCH 155 et PzH 2000 produits par KNDS.

Troisième en partant de la gauche, l’obus LU 220 HE en cours de développement chez Nexter Arrowtech

Objectif 2025

Soutenu par la Direction générale de l’armement (DGA), le développement du LU 220 « a fait l’objet de tests poussés au cours des deux dernières années », explique Nexter. Plusieurs ont eu lieu l’été dernier au Bofors Test Center (BTC) de Karlskoga, en Suède, et à DGA Techniques Terrestres. Cette munition atteint maintenant un niveau de maturité TRL 6. La phase d’étude menée pour et avec la DGA est maintenant achevée et doit prochainement livrer des résultats qui alimenteront la suite du développement.

Nexter Arrowtech est cependant déjà disposé à accepter des commandes. « Tous les choix technologiques et la maturité sont actés, il n’y a plus qu’à appuyer sur le bouton pour finaliser le développement », souligne le munitionnaire. Un produit final pourrait être livré aux armées françaises et étrangères à l’horizon 2025.   

L’histoire de la « famille LU » n’est pas achevée. Derrière, Nexter Arrowtech planche sur un obus LU 320, un nouvel ajout qui permettrait, « avec un ceinturage de nouvelle définition d’envisager des vitesses de bouche supérieures à 1000 m/s et une portée de 50 km avec une correction de trajectoire ».

La force Barkhane est sur le point de transférer la base avancée de Ménaka à l’armée malienne

La force Barkhane est sur le point de transférer la base avancée de Ménaka à l’armée malienne

http://www.opex360.com/2022/06/07/la-force-barkhane-est-sur-le-point-de-transferer-la-base-avancee-de-menaka-a-larmee-malienne/


 

En effet, le 6 juin, le colonel Tassel, l’actuel chef du groupe européen de forces spéciales « Takuba », qui relève de Barkhane, a reçu le colonel malien Bagayoko pour « l’état des lieux de la BOA de Ménaka », a indiqué l’EMA, via Twitter. « Le désengagement de la force Barkhane s’effectue en bon ordre, en sécurité et de manière maîtrisée », a-t-il assuré. En outre, le transfert de cette base avancée aux FAMa ne devrait plus tarder [ce qui pourrait donner lieu à une nouvelle tentative d’attaque informationnelle contre les militaires français, comme après celui de Gossi].

Pour rappel, conséquence du recours de la junte malienne au groupe paramilitaire russe Wagner, le président Macron avait annoncé, le 17 février, la « ré-articulation » des forces françaises au Sahel et de leur désengagement du Mali. Et, à l’époque, celui-ci avait estimé que le retrait de Barkhane prendrait entre quatre et six mois, compte-tenu de la complexité d’un tel retrait d’un point de vue logistique, avec le risque d’attaques contre les convois et la perspective de la saison des pluies, qui commence généralement vers la fin juin.

Cela étant, et alors que Bamako a dénoncé les accords de défense conclus avec Paris, ce qui empêche désormais tout soutien français aux FAMa, la région de Ménaka est actuellement sous la pression de l’État islamique au grand Sahara [EIGS] qui, ces dernières semaines, y a multiplié les exactions contre les civils [entre 250 et 500 tués, selon diverses estimations]. Et seuls deux groupes armés signataires des accords d’Alger, le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés [GATIA] et le Mouvement pour le salut de l’Azawad [MSA] l’ont combattu jusqu’à présent. Du moins était-ce le cas jusqu’à ces derniers jours.

En effet, le Groupe tactique interarmes n°8 [GTIA 8] es FAMa s’est joint à ces deux formations pour tenter de chasser l’EIGS de la localité d’Anderamboukane. Si les débuts de cette offensive conjointe ont été leur avantage, les choses se sont compliquées par la suite, l’EIGS ayant a priori regagné le terrain qu’il avait perdu, à l’issue de plusieurs heures de combat.

Quoi qu’il en soit, la Mission des Nations unies au Mali [MINUSMA] a fait part, via son chef civil, El-Ghassim Wane, de sa préoccupation au sujet de la situation sécuritaire dans la région de Ménaka. Et d’annoncer des « mesures » pour y faire face, comme l’intensification des patrouilles de Casques bleus dans la ville et ses environs.

D’ailleurs, dans un rapport remis au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a estimé que le retrait de Barkhane du Mali allait « probablement créer un vide dans certaines régions, qui risque d’être exploité par des groupes terroristes armés »… Et cela, alors que la MINUSMA s’est récemment alarmée de la hausse « exponentielle » des exactions commises contre les civils tant par les forces maliennes [associées aux mercenaires de Wagner] que des organisations jihadistes.

Vide-caserne en BSS: le redéploiement militaire français se poursuit

Vide-caserne en BSS: le redéploiement militaire français se poursuit

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par Philippe Chapleau – Lignes de Défense – publié le 6 juin 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Alors qu’approche la saison des pluies dans la bande sahélo-saharienne, les forces françaises du Mali poursuivent leur désengagement. Après Gossi, c’est la base de Ménaka qui est en cours de “vidage” pour être transférée aux forces armées maliennes (FAMa) début juillet.

Le plus “gros morceau” de cette manoeuvre de redéploiement est en cours. Il s’agit d’une part de déconstruire une partie des installations de la plateforme opérationnelle désert de Gao (PfOD):

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Il s’agit aussi de vider cette PfOD où ont été stockés, triés et reconditionnés les matériels sortis de Tessalit, Kidal, Tombouctou, Gossi et Ménaka.

Ces équipements ont commencé à être évacués de Gao dans le cadre d’une manoeuvre multimodale.

Elle est à la fois aérienne, avec des vols d’A400M et de C-17 dont les capacités permettent le déplacement de véhicules comme des VBL (ci-dessous). A noter que les VBCI et les Griffon sont en cours de transfert hors de la BSS.

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Elles est aussi terrestre comme le montrent des communiqués de l’EMA.

Du 11 au 21 mai, plus de 130 camions civils ont permis l’acheminement de près de deux mille tonnes de matériels depuis Ménaka et Gao, hors du Mali, sous la surveillance armée des Mirage 2000 de la BAP de Niamey.

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Plus récemment, deux nouveaux convois à destination de Niamey ont été escortés par le groupement tactique désert logistique Phénix, toujours appuyé par les Mirage 2000:

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Cette partie terrestre prend la direction du Niger où une petite partie sera mise à la disposition des forces françaises sur place dont le GTD de partenariat de combat qui est localisé depuis l’an dernier. Les effectifs, selon l’EMA, ne vont y augmenter qu’à la marge. Le reste des équipements envoyés vers le Niger va prendre la route des ports de Cotonou et d’Abidjan pour y être chargé sur des affrétés à destination de la métropole.

Si toutes les conditions restent optimales, cette manœuvre “coordonnée et assez vive” sera complète “en fin d’été”.

Point de situation des opérations en Ukraine 15 mai 2022

Point de situation des opérations en Ukraine 15 mai 2022

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 15 mai 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


Un mois après le début de la phase « décisive » de l’offensive pour la conquête complète du Donbass, les forces russes ont conquis une poche de 15 km à l’Ouest et de 20 km au Sud d’Izyum face à quatre brigades ukrainiennes. Elles semblent marquer un arrêt dans cette zone, renonçant à s’emparer de Barvinkove, point clé à 40 km à l’Ouest de Sloviansk. Combinée à la stérilité des attaques venant du Sud et notamment de la ville de Donetsk, la possibilité d’une grande « tenaille » encerclant l’oblast de Donetsk n’est plus crédible actuellement.

Les forces russes concentrent désormais leur effort simultanément mais séparement sur les villes de Sloviansk et de Severodonetsk. Dans le premier cas, la 2e division d’infanterie motorisée de la garde placée dans la poche d’Izyum à l’Ouest de Sloviansk presse par le feu la 81e brigade d’assaut aérien mais sans attaquer. L’effort principal est porté au Nord-Est de Sloviansk sur l’axe d’Oleksandrivna à la tête de pont d’Ozerne, le long du parc naturel Sviati Hory et de la rivière Donets. Au nord de l’arc protégeant Sloviansk, la 57e brigade motorisée ukrainienne a reculé d’une dizaine de kilomètres en une semaine et il sera bientôt difficile de tenir la ville de Lyman. Dans le second cas, les forces russes multiplient les attaques en périphérie de Severodonetsk et de Lysychansk. Le franchissement de la rivière Donets dans la zone du village de Bilohorivka s’est achevé le 13 mai par un désastre russe avec l’équivalent d’un groupement tactique de la 35e brigade motorisée entièrement détruit par l’artillerie ukrainienne. On note au passage dans cet épisode le peu de progrès tactique réalisé par certaines forces russes incapables de sécuriser et d’organiser une zone de franchissement. Les Russes ont plus un peu plus de succès au Nord de Popasna, en direction, encore lointaine de Lysychansk.

En résumé, l’offensive russe se concentre de plus en plus strictement sur la conquête de Sloviansk et du couple Severdonetsk-Lysychansk, se contentant de procéder à des attaques limitées et beaucoup de frappes le long du reste de l’arc du Donbass et à se placer en posture défensive dans les régions de Kharkiv et Kherson. Les Russes progressent très lentement, au prix de pertes sensibles et quand on perd beaucoup d’hommes et d’équipements pour conquérir peu de terrain, la bataille de manœuvre tend à devenir une bataille d’usure.

Alors que les forces d’appui et de logistique russes sont moins touchées que lors de la bataille de Kiev (meilleure protection et moins de harcèlement sur les axes arrière), on peut estimer que les Russes perdent l’équivalent d’un bataillon blindé-mécanisé (la composante « choc » des groupements tactiques, soit environ 40 chars et véhicules blindés d’infanterie) tous les trois jours dans cette zone de combat. Cela fait donc l’équivalent d’un cinquième des groupements tactiques engagés dans la zone déjà neutralisés (10 sur 48 en comptant la zone de Popasna) et un potentiel de quelques semaines de combat à ce rythme et à ce taux de pertes, toutes autres choses égales par ailleurs.

Pour l’instant, si les Ukrainiens reculent, ils échangent surtout du terrain contre du temps gagné et des pertes russes, que l’on peut estimer au double des leurs, en considérant le rapport des pertes documentées en véhicules de combat (de l’ordre de 1 pour 4 en faveur des Ukrainiens sur le site Oryx, mais sans doute sous-évalué en faveur des Ukrainiens). Que peuvent donc espérer les forces russes dans le mois à venir dans ce secteur ?

La dislocation des forces ukrainiennes au nord de Sloviansk est peu probable, au mieux pour les Russes ils assisteront à leur repli sur la ville. Les Russes peuvent donc être aux abords Nord de Sloviansk à la fin du mois ou au début du mois de juin, avec des forces épuisées. Leurs perspectives sont plus favorables pour Severodonetsk où ils sont déjà aux abords de la ville. Ils peuvent espérer au mieux avoir encerclé la ville à la fin du mois. Il faudra ensuite combattre à l’intérieur de bastions-urbains qui, à l’inverse de Marioupol attaquée dès le début de la guerre, se préparent maintenant depuis plus de deux mois,

Mais les choses ne sont pas égales par ailleurs. En premier lieu, les deux adversaires peuvent renforcer ou relever leurs forces dans le secteur. Les forces russes disposeraient d’une vingtaine de groupements tactiques en réserve à Belgorod, pour la plupart issus du repli de la région de Kiev. Peut-être ont-ils pu être reconstitués et seraient donc susceptibles d’être engagés, dans la zone ou ailleurs car les besoins ne manquent pas. Les forces ukrainiennes disposent encore de quelques brigades comme la 45e brigade d’assaut aérien à Poltava. En cas d’urgence, elles peuvent également transférer trois ou quatre brigades des secteurs de Kharkiv ou Kherson. Les Ukrainiens ont reçu et reçoivent aussi beaucoup d’équipements occidentaux, plus de 240 chars et 400 véhicules blindés d’infanterie au début du mois de mai, soit déjà plus que ce qu’ils ont perdu au combat depuis le début de la guerre, et peut-être surtout 200 pièces d’artillerie, obusiers de 152 ou 155 mm ou lance-roquettes multiples. Au moins aussi important dans l’immédiat, ils reçoivent du carburant et des munitions. Il y a là de quoi alimenter les unités de secteur mais surtout, à plus long terme, de former de nouvelles unités.

Mais preuve de leur confiance dans la capacité de résistance du secteur SKS (Sloviansk-Kramatorsk-Severodonetsk), les Ukrainiens consacrent leurs forces de réserve pour attaquer ailleurs. Ils ont beaucoup progressé cette semaine au Nord de Kharkiv où les forces ne tiennent plus pour l’instant qu’une petite poche de 10 km de large au-delà de la frontière de Kozacha Lopan jusqu’à Vesele. Les forces russes, couvertes par des bataillons de la République de Donetsk laissés sur place, peuvent considérer être en sécurité au-delà d’une frontière que les Ukrainiens peuvent difficilement franchir, au moins ouvertement, sous peine de susciter probablement une déclaration de guerre officielle de la Russie. Cette progression à l’Est d’abord puis au Nord de Kharkiv par quatre brigades ukrainiennes (dont une de territoriaux) a pour premier effet d’écarter de la grande ville la menace de l’artillerie russe. Elle permet au contraire de menacer le grand axe logistique de Belgorod à Izyum via Voltchansk, par une attaque terrestre (Voltchansk est en Ukraine, à 15 km des troupes ukrainiennes les plus proches), par infiltrations, même si l’axe semble protégé par les brigades de spetsnaz et peut-être surtout par l’artillerie précise à longue portée (M-777 américain ou Caesar français). 

La menace a obligé le commandement russe à retirer une partie des forces de la poche d’Izyum (et étonnamment non de Belgorod semble-t-il) pour venir protéger Voltchansk. Plusieurs groupements d’artillerie russes ont été déplacés sur la frontière pour effectuer des « diversions par le feu » notamment du côté de Soumy.

Les forces ukrainiennes ne progressent pas en revanche du côté de Kherson où elles disposent de cinq brigades de manœuvre appuyées par deux brigades territoriales/Garde nationale face à sept brigades/régiments russes affaiblis. Le rapport de forces est plus équilibré que dans la région de Kharkiv, mais c’est là que le potentiel stratégique en cas de succès tactique (menace sur la Crimée, reprise de toute la zone Sud mal défendue) est le plus grand.

Si le front du Donbass continue de résister, c’est peut-être de ce côté qu’il faudra que les Ukrainiens portent leur effort. De la même façon, si le front du Nord-Donbass est bloqué, c’est peut-être dans la zone Zaporijjia-Donetsk que les Russes ont le plus de potentiel face à des forces ukrainiennes peu denses. Cela expliquerait peut-être le renforcement des positions russes dans la région à partir de forces du Donetsk ou de Marioupol, où les combats continuent.

Pour l’US Marine Corps, les pertes russes en Ukraine justifient l’abandon de ses chars M1A2 Abrams

Pour l’US Marine Corps, les pertes russes en Ukraine justifient l’abandon de ses chars M1A2 Abrams

 

 

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 10 mai 2022

http://www.opex360.com/2022/05/10/pour-lus-marine-corps-les-pertes-russes-en-ukraine-justifient-labandon-de-ses-chars-m1a2-abrams/


Dévoilé en mars 2020 et faisant régulièrement l’objet de mises à jour, le plan « Force Design 2030 » vise à restructurer d’une manière radicale l’US Marine Corps, afin de permettre à celui-ci de disposer d’unités plus légères et réactives. L’objectif est de « se concentrer sur la guerre maritime, en refusant l’utilisation des mers aux adversaires et en garantissant la liberté d’action des forces américaines », en particulier en Indo-Pacifique. En clair, il s’agit avant tout de contrer les visées chinoises dans la région.

Aussi, ce plan prévoit une réduction des effectifs de l’USMC [ainsi que, paradoxalement, leur fidélisation, l’idée étant de disposer de combattants expérimentés] et la suppression de capacités « traditionnelles » jugées « trop lourdes », tout en misant sur de nouvelles capacités reposant sur des technologies émergentes.

L’une des mesures emblématiques de ce plan est la dissolution des unités mettant en oeuvre des chars lourds M1A2 Abrams, ceux-ci étant jugés inadaptés pour reprendre de vive force des îles tombées aux mains de l’Armée populaire de libération [APL] chinoise. Un tournant pour l’USMC qui se dota pour la première fois de chars en 1923 [des Renault FT en l’occurrence, ndlr].

Cependant, cette restructuration n’est pas du goût de tout le monde. Et trois anciens officiers de premier plan de l’USMC, dont le général Charles Krulak [qui en fut le commandant entre 1995 et 1999], le général John Sheehan [ex-Commandant suprême allié de l’Atlantique ou SACLANT] et le général Anthony Zinni [ex-chef de l’US CENTCOM], en ont dit tout le mal qu’ils en pensaient dans une tribune publiée par le Washington Post en avril dernier.

« Le plan reflète certaines notions erronées sur l’avenir de la guerre. En termes simples, c’est de la folie de miser sur la technologie qui nous permettrait de mener des batailles à distance. La guerre est inévitablement une sale affaire, et la guerre en Ukraine est un exemple de ce que nous pourrions rencontrer à l’avenir. La technologie n’a pas éliminé le besoin en capacités d’artillerie et de blindés », ont-ils ainsi fait valoir.

Et d’insister : « La guerre est aussi souvent inattendue : Force Design 2030 prépare les Marines à un ensemble restreint de conflits possibles – mais le monde pourrait tout aussi bien nous lancer une balle courbe [une référence à un type de lancer au base ball, ndlr]. Les menaces à la sécurité mondiale sont à la fois variées et étendues, et elles ne se limitent pas à la Chine et à la Russie. La Corée du Nord, l’Iran et des acteurs non étatiques du monde entier ont le potentiel de transformer les tensions et les désaccords en conflits. »

En outre, ces trois généraux ont aussi mis en doute l’affirmation selon laquelle les unités légères de Marines décrites dans le plan puissent rester discrètes alors qu’elles auront à se déplacer, à se réapprovisionner et à communiquer avec le commandement. Cela « ne tient pas compte tenue de la technologie dont dispose la Chine. Dès que les hostilités commenceront, il va de soi que l’ennemi les visera avec une force écrasante », ont-ils estimé.

Enfin, « placer de petits groupes de Marines sur des îles pour attendre que les navires ennemis passent à leur portée n’est pas une innovation. Réduire les capacités de combat importantes qui peuvent être nécessaires dans tous les théâtres pour développer des capacités douteuses sur un théâtre n’est pas une innovation », ont conclu ces trois anciens généraux de l’USMC.

Pour autant, ceux qui ont concocté ce plan de transformation voient dans la guerre ukraine la confirmation de leurs intuitions. Tel est le cas du général Karsten Heckl, le commandant adjoint de l’USMC, qui s’en est récemment expliqué lors d’une intervention devant le le Center for International and Strategic Studies et l’US Naval Institute.

S’agissant des chars Abrams, « je n’en vois tout simplement pas le besoin » [en Indo-Pacifique], a affirmé le général Heckl. « Et quand vous considérez l’environnement opérationnel dans cette région, où voyez-vous que les chars peuvent être utiles? Taïwan? Ok. Où d’autres? », a-t-il ensuite demandé.

« Les chars sont, comme on l’a vu avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ont d’énormes besoins en carburant. Nous avons appris, il y a longtemps, en Irak et en Afghanistan, que les camions-citernes sont des cibles. Nous devons trouver les moyens de réduire notre dépendance car c’est maintenant une faiblesse. C’est devenu une vulnérabilité importante », a justifié le général Heckl, en faisant allusion aux problèmes rencontrés par les blindés russes face aux forces ukrainiennes.

En effet, des centaines de chars russes, principalement des T-72, ont été détruits ou capturés quand d’autres ont été abandonnés sur le terrain, faute d’essence [et une chaîne logistique défectueuse]. Cela étant, et au-delà de l’efficacité des missiles anti-chars fournis aux Ukrainiens, le T-72 a un point faible : les obus qu’il transporte sont stockés « en collier », au niveau de sa tourelle, là même où la protection est minimale…

Cependant, l’USMC aura toujours besoin de blindés… Et même s’il pourra éventuellement compter sur les Abrams de US Army dans le cadre d’une manœuvre interarmées, il mise sur le véhicule blindé amphibie ACV-30, lequel doit remplacer les AAV, dont l’emploi a été restreint après un accident qui a coûté la vie à huit des siens ainsi qu’à un membre de l’US Navy, en juillet 2020.

Quoi qu’il en soit, le char de combat a régulièrement été remis en cause depuis son apparition sur le champ de bataille, durant la Première Guerre Mondiale…. Mais ses détracteurs n’ont jamais eu gain de cause jusqu’ici. Cependant, les pertes subies par les forces russes en Ukraine ont rouvert le débat, alors qu’il faudrait sans doute considérer les déficiences de ces dernières… Ainsi que celles des engins qu’elles utilisent… D’ailleurs, les Philippines viennent à nouveau de se doter d’un bataillon de chars – légers – de type Sabrah, conçu par Elbit Systems.