Le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Suffren achève son premier déploiement opérationnel au sein du groupe aéronaval 

Le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Suffren achève son premier déploiement opérationnel au sein du groupe aéronaval 

Admis au service actif le 1er juin 2022, le SNA Suffren (équipage bleu) a achevé le 4 janvier 2023 son premier déploiement opérationnel au sein du groupe aéronaval. Déployé en mer Méditerranée, le SNA Suffren a participé à la mission ANTARÈS pour la défense des intérêts français et européens.

Au cours de ce déploiement, il a contribué à la connaissance et à l’anticipation des crises dans les zones d’intérêts stratégiques, concourant ainsi à la capacité autonome de décision de la France. Par ces missions et sa contribution avec les autres unités déployées, le Suffren a participé à la préparation des futures opérations de la Marine dans la région.

Sous l’autorité de l’état-major de la Task force 473, le SNA Suffren a également validé sa capacité à conduire une frappe contre terre au missile de croisière naval (MdCN), coordonnée avec les autres unités du groupe, particulièrement les frégates multimissions et Rafale Marine.

Lors de ce déploiement opérationnel, l’équipage a effectué une escale à La Sude (Grèce) avant de repartir à la mer lors des fêtes de fin d’année. Achevant une mission débutée le 22 novembre dernier, les membres de l’équipage du SNA Suffren ont retrouvé leurs familles à leur arrivée à quai. Le bâtiment va entamer sa période d’entretien annuel.

Ce déploiement opérationnel ponctue trois cycles réalisés par les deux équipages du bâtiment depuis sa sortie de bassin (pour entretien) en avril 2022. Depuis, le sous-marin aura été disponible près de 240 jours dont 190 jours navigués. Il a durant ce temps achevé la validation de ses capacités opérationnelles avant d’être admis au service actif.

Les SNA de type Suffren effectuent les mêmes missions que les SNA de type Rubis (protection d’unités précieuses, connaissance & anticipation, intervention) avec des capacités différenciantes supérieures (rapidité, endurance, mise en œuvre de forces spéciales, capacité de frappe contre terre au MdCN).

                                                                     Crédit : Marine nationale.

Le porte-avions, assurance-vie des outremers

Le porte-avions, assurance-vie des outremers

Alors que la nouvelle loi de programmation militaire est en discussion et que se pose la question des modalités de remplacement du porte-avions nucléaire « Charles de Gaulle », les débats reviennent sur la pertinence du groupe aéronaval dans son format actuel, face à des menaces censément nouvelles et au regard de technologies « de rupture » qui permettraient, à moindre coût et à moindre risque, de disposer de capacités équivalentes. Si les arguments pour ou contre le porte-avions sont souvent assez convenus, il en est un qui est assez peu mis en avant par ses promoteurs, alors qu’il devrait être au cœur de notre stratégie de défense : le groupe aéronaval constitue aujourd’hui la principale assurance vie des outremers, la traduction concrète de l’effort de défense nationale pour des millions de Françaises et de Français qui partagent notre communauté de destin, loin de la métropole.

Il en va du porte-avions comme du char d’assaut : depuis sa création à la fin de la Première Guerre mondiale, ses opposants n’ont eu de cesse de proclamer sa mort ou son inutilité à chaque conflit, à chaque apparition d’un système nouveau pouvant soit le remplacer soit le condamner. Critiques d’autant plus audibles que son coût va croissant et devient en apparence exorbitant. Pourtant, il demeure. Non pas comme un éléphant blanc inactif dans un port, mais comme l’outil privilégié des opérations de projection des grandes marines océaniques, cœur de groupes aéronavals qui ont pris depuis un siècle des formes très variées pour des missions dont le spectre a concerné tous les milieux, toutes les politiques et toutes les situations possibles, de la lutte antinavire à la frappe des littoraux ou dans la profondeur, en passant par le blocus maritime, la lutte anti sous-marine, l’escorte de convois ou encore la mise en œuvre de la dissuasion nucléaire. Il n’est pas un État, ancien ou émergent, qui tente d’en faire l’économie une fois que sa marine a atteint un certain développement. Chine, Corée du sud, Espagne, États-Unis, Inde, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie et Turquie sont dans ce constat qu’il leur faut disposer d’au moins un groupe aéronaval mettant en œuvre des avions embarqués, même si les questions de la forme du navire et de la composition de son groupe aérien demeurent ouvertes, entre ambitions, moyens, doctrines, limitations politiques et compétences nationales, innovations et obsolescences.

Bien entendu, le fait que de nombreuses marines restent convaincues de son utilité n’est pas suffisant en soi pour affirmer que la France a besoin d’un groupe aéronaval. D’autres formats de marine existent, qui renvoient à d’autres missions et d’autres ambitions. À un moment où la guerre revient à grande échelle sur le sol européen et où la montée de crises climatiques, énergétiques, économiques et sociales menace le continent, la tentation pourrait être grande de « faire l’économie » du groupe aéronaval, pour redéployer des crédits vers l’aviation basée au sol, la défense territoriale, les stocks de munitions… Les arguments « traditionnels » de défense du porte-avions trouvent ici leurs limites : focalisés autour de la question de la projection de puissance en coalition, le plus souvent avec l’apriori tacite du contexte d’interventions internationales en situation de crise dans les pays émergents, ils limitent souvent le porte-avions à un instrument de prestige basé sur la visibilité et la liberté de navigation, qui permet à la France de « tenir son rang », sans qu’il soit toujours très évident de mesurer, par ce prisme d’analyse, l’apport concret du groupe aéronaval par rapport au déploiement de forces aériennes projetées depuis une base amie ou à la présence de moyens de frappe navals dans la profondeur (frégates et sous-marins porteurs de missiles de croisière). Alors que la France ne se pense plus comme un Etat devant être appelé à agir seul en dehors du cadre de la mise en œuvre de sa dissuasion nucléaire, on pourrait même considérer que, l’alliance américaine étant maintenant une question de survie en Europe, il y aurait une forme de logique d’économie de coûts par rapport aux effets obtenus de la part d’un pays qui s’ambitionne comme un « allié exemplaire », à devenir de simples supplétifs au sein d’un des groupes aéronavals de l’U.S. Navy.

Si on veut saisir le rôle crucial du groupe aéronaval dans la politique de défense nationale, il faut sans doute revenir aux fondements de celle-ci, telle que décrite par l’article 1 du Code de la défense : « assurer l’intégrité du territoire et la protection de la population contre les agressions armées ». Cette quête, basique mais cruciale, de la sanctuarisation du territoire et de ses populations, a pris des formes très diverses au fil des siècles. La situation née du tournant de la guerre froide est à ce titre une forme d’aboutissement historique du dilemme entre les menaces et les moyens de parade : jamais jusqu’alors la France n’avait pu être menacée d’un anéantissement total en quelques minutes. Et jamais elle n’avait disposé, en même temps, des moyens de dissuader une telle menace de manière aussi fiable et autonome. La dissuasion nucléaire nous a fait sortir d’un cycle de menaces sur le sanctuaire national qui avait duré « de Bouvines à la ligne Maginot ».

Actuellement, la France métropolitaine n’est en aucune façon menacée dans ses frontières nationales. Sa situation est très différente de celle de l’Ukraine et infiniment plus confortable. Non seulement en raison de la dissuasion nucléaire qui nous permet d’éviter toute menace ou tout chantage de la part d’une puissance nucléaire tout en élevant le coût stratégique d’une attaque sur nos frontières ; mais surtout sans doute en raison de la paix historique dont nous bénéficions. La profondeur des liens économiques, politiques, culturels et — malgré toutes les crises — amicaux entre la France et ses voisins européens constitue une des meilleures garanties de sécurité territoriale de son histoire alors que, il y a moins d’un siècle, deux de ceux-ci, l’Allemagne et l’Italie, nous envahissaient. Ces liens sont sans commune mesure avec l’interdépendance que l’Allemagne a recherché — en vain — avec la Russie, ils sont constitutifs d’une véritable communauté de valeurs et de destin, qui rend d’ailleurs toute idée de « neutralité » aussi dangereuse qu’irréaliste. Cette sécurité à nos frontières est une des raisons pour lesquelles il ne faut pas s’empresser de copier l’exemple ukrainien d’une défense territoriale massive, en métropole. En revanche, il faut admettre la vulnérabilité inédite d’une grande part des territoires et des populations françaises, outre mer, face à l’émergence de nombreuses puissances qui pourraient vouloir les menacer et en ont maintenant les moyens navals, aériens et amphibies.

La France est, il faut le souligner, dans une situation unique dans le monde. Pas tellement d’ailleurs pour des raisons uniquement territoriales. C’est un biais d’analyse récurrent, des rapports parlementaires aux publications de think-tanks : le lieu commun du « deuxième domaine maritime mondial ». Mais, au fond, cela ne fait pas de notre pays un cas unique et cela fonde une analyse « coûts-bénéfices » pour défendre ce que nous avons, comme si l’outre-mer était une « possession » de la France.

Or ce qui fonde l’exception française, ce sont les populations ultramarines. Aucun autre pays dans le monde ne compte des populations se chiffrant en millions d’individus, sur l’ensemble du globe, vivant au sein de territoires de pleine souveraineté. Il n’est pas inutile d’en rappeler le détail :

Les outremers français – une emprise territoriale et humaine unique au monde

Pris ensemble, les DROM-COM représentent une population qui les situerait au neuvième rang des régions françaises, entre Midi-Pyrénées et les Pays de la Loire. Bien entendu, ils ne constituent pas un bloc homogène, ni sur le plan social ni sur le plan géographique. Mais il faut admettre l’importance de ces populations dans la cohésion nationale, tout en soulignant encore leur spécificité mondiale. En effet, si d’autres pays européens ont parfois des territoires insulaires dont la population peut être significative — les îles Canaries espagnoles comptent ainsi plus de 2,27 millions d’habitants — aucun ne dispose de territoires aussi peuplés, variés et surtout éloignés de l’espace européen. L’ensemble des British Overseas Territories ne regroupe ainsi que 273 000 habitants, dix fois moins. Les autres territoires européens situés « loin de la métropole » sont les territoires néerlandais aux Antilles (un peu plus de 292 000 habitants) et les archipels portugais (Açores 237 000 habitants, Madère 270 000 habitants).

Or ces populations françaises, qui partagent notre communauté de vie et de destin, sont exposées à des vulnérabilités spécifiques. La défense des outremers est un sujet complexe, longtemps négligé et trop souvent réduit de facto à l’action de l’État en mer. De manière simplifiée et un peu provocante, on peut dire que la France, puissance nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies, s’accommode bien de l’idée que l’arme principale des navires positionnés outre-mer est le drapeau français. Cette approche, au début du XXIe siècle, est caduque. L’offensive russe contre l’Ukraine menée depuis 2014, d’abord de manière limitée et non assumée puis de manière ouverte et massive, a montré la réalité des risques d’une utilisation de l’arme nucléaire par une puissance qui en est dotée et qui est prête à s’approcher du seuil d’emploi pour sanctuariser ses actions de manière agressive. À l’opposé du spectre de la puissance, les menaces hybrides, constituées de groupes armés, de « milices navales » et autres trafiquants, l’arrivée promise des drones dans les espaces maritimes, la fragilité croissante des chaines d’approvisionnement, le déploiement de vastes champs éoliens en mer et la volonté affichée par de nombreux Etats d’exploiter les fonds marins sont autant de défis qui pèsent sur la défense des outremers français et (surtout) de leurs populations.

Ces territoires, lointains et aux voies de communication fragiles, admettons-le, ne bénéficient que bien incomplètement de la dissuasion nucléaire. Face à une puissance nucléaire qui déciderait de s’emparer par la force d’un territoire français en Océan Indien ou Pacifique, l’idée serait-elle envisageable de recourir au feu nucléaire ? Serait-il crédible, sur la scène mondiale ou dans l’opinion, de prétendre « mettre en danger Paris pour sauver Nouméa » ? Un agresseur disposant de l’arme nucléaire pourrait tout à fait baser sa stratégie sur la conviction que ce n’est pas le cas. La conséquence est qu’il faut disposer d’autres options, pour préserver notre liberté d’action. La dissuasion nucléaire est utile à l’outre-mer dans la mesure où elle nous permet de contrer tout chantage ou intimidation du même ordre. C’est patent dans la crise ukrainienne et cela pourrait l’être demain dans une « crise calédonienne » : si nous pouvons ignorer les rodomontades nucléaires périodiques du pouvoir russe, c’est précisément parce que ce « chantage à l’emploi » ne fonctionne pas entre puissances nucléaires, il ne peut intimider que les États qui en sont dépourvus.

De même, l’appartenance de la France à l’OTAN n’est qu’une garantie imparfaite. On se souviendra que, en 1982, les États-Unis avaient signalé à Londres que, en vertu du Traité de l’Atlantique Nord, les îles Falklands n’étaient pas considérées comme « couvertes » par l’Alliance atlantique. Le texte du traité de 1949 fixe une limite géographique claire, dans l’article 6. Sont concernés « les territoires situés en Europe ou Amérique du Nord » et « les îles placées sous la juridiction de l’une des parties dans la région de l’Atlantique Nord au nord du Tropique du Cancer ».

Publication de l’OTAN de 1952 montrant la zone défendue par l’Alliance. L’extension à l’Est n’a que peu changé l’aspect maritime (en dehors de la mer Baltique et des rivages de la Mer Noire) — les outremers français sont largement exclus de la protection de l’Alliance.

Il en résulte que seule Saint-Pierre et Miquelon est « protégée » par l’Alliance atlantique qui, en l’occurrence, s’avère plus protectrice pour l’Alaska que pour la Martinique. Dans ces conditions, et vu le peu d’empressement historique des autres nations européennes à participer aux missions françaises au Sahel, est-il raisonnable de compter sur nos alliés pour défendre l’outre-mer ? Sans doute pas, en dehors de l’espoir de bénéficier de leur soutien logistique, comme cela avait été fait en 1982, lorsque la France avait permis au Royaume-Uni d’utiliser la base de Dakar, par laquelle environ 40% du flux logistique de l’opération britannique avait transité. Pour le reste, il faudrait sans doute se « débrouiller seuls ». C’est d’autant plus vrai que l’invasion russe de l’Ukraine a aussi montré les limites du Conseil de sécurité des Nations unies, facilement paralysé par la Chine ou la Russie, ainsi que l’apathie d’un nombre important de nations de l’Assemblée générale, qui refusent par principe de se positionner dans un conflit qui en apparence ne les concerne pas, même s’il s’agit d’une agression violant de nombreux principes de la Charte.

Face aux risques d’invasion ou d’isolation des territoires ultramarins et de mise en danger des populations, et compte tenu du déséquilibre entre les capacités conventionnelles de la France et celles de certains agresseurs potentiels, il faut bien admettre que toute défense « en avant » est vouée à l’échec. Il faut certes sans doute renforcer les forces de souveraineté, qui sont actuellement fort diminuées. Déployer des moyens de « déni d’accès » dans les DROM-COM les plus exposés (en Indopacifique) serait utile pour élever le seuil d’engagement d’un éventuel agresseur, pour un coût limité pour la France : batteries de missiles antiaériens ou antinavires, patrouilleurs armés complétés de drones navals et aériens, voire capacité à déployer des champs de mines navales protecteurs, permettraient de nous assurer que nos populations ne peuvent être menacées par des incursions de simples forces auxiliaires ou par des « coups de main » aéroportés opportunistes. Ces collectivités devraient en outre être les terrains privilégiés d’expérimentation de réserves militaires territoriales. Pouvoir armer « 1% de la population » en cas de crise permettrait, pour compléter les forces d’active pré-positionnées, de disposer de 2 700 hommes en Nouvelle Calédonie et de près de 9 000 à la Réunion. Munis d’armes légères, de missiles portables, mortiers et véhicules légers, ces forces seraient à même de contrer toute opération aéroportée ou raid amphibie, feraient planer la menace d’une guérilla permanente en cas d’invasion et donneraient à la métropole le temps nécessaire pour réagir.

Cette réaction ne serait possible qu’avec un groupe aéronaval, complété d’un groupe amphibie en cas de besoin de renforcement au sol ou de libération par reprise de vive force. C’est le grand enseignement de la campagne britannique de 1982 : si la défense des Îles lointaines est impossible « en avant », leur libération demeure possible à condition de disposer d’un outil aéronaval complet et à même de garantir avec une réactivité suffisante, dans la durée et en permanence la maîtrise d’une bulle d’espace aéromaritime autour du territoire contesté, afin de pouvoir soumettre les forces ennemies qui y seraient déployées à un blocus, à des frappes, puis à l’attaque soutenue d’une force terrestre. Or, aujourd’hui, il n’y a aucune alternative au porte-avions pour être le cœur de ce groupe aéronaval. Aucun autre bâtiment ne peut assurer la « synthèse » de l’ensemble des moyens tout en assurant disponibilité, récurrence et puissance des moyens de frappe, à la main du contrôleur opérationnel, au plus près des objectifs. Si les raids lointains de l’Armée de l’air et de l’espace seraient possibles, tout comme la Royal Air Force frappait Port Stanley depuis l’île de l’Ascension au prix de 15 000 kilomètres de vol, ces opérations ne peuvent avoir qu’une utilité limitée, soit en démoralisant l’adversaire soit en le privant, provisoirement, de capacités cruciales (radars, centres de commandement), mais sans en aucun cas pouvoir défendre dans la durée le territoire ni le reprendre en cas d’invasion. Il en va de même pour les sous-marins ou pour tout groupe de surface. Seul le porte-avions peut s’adapter à tout type de menace sur les territoires ultramarins. Il peut forcer un éventuel blocus, porter des moyens de patrouille anti-sous-marine (à condition de disposer de tels aéronefs), frapper une force hostile ayant envahi le territoire, participer à son ravitaillement naval et aérien, soutenir l’évacuation de blessés et de civils exposés, interdire l’approche des forces hostiles dans les trois dimensions et même, par la force aéronavale nucléaire (FaNU) mettre en œuvre une composante de la dissuasion qui donnerait, sur le théâtre, une souplesse d’engagement du feu nucléaire qui serait appréciable car à la fois plus réactive qu’un raid aérien depuis la métropole et moins définitive que l’usage d’un SNLE. La vulnérabilité du porte-avions, à telle ou telle composante, n’est que la fonction de l’adéquation de la mobilité qui lui est conservée et des moyens défensifs qui lui sont donnés, sous la forme de ses escortes aériennes, navales et sous-marine. Plus que jamais, en 2022, le porte-avions en lui-même n’est qu’un grand navire vulnérable, mais le groupe aéronaval est un outil sans rival.

Renforcer en moyens navals lourds positionnés en permanence outre-mer est en revanche une fausse bonne idée pour de nombreuses raisons. Militairement, cela éparpillerait nos forces, violant le principe de concentration nécessaire à l’obtention de résultats décisifs. Sur le plan du soutien, cela supposerait l’expansion d’infrastructures locales à un coût très élevé. Sur le plan humain, cela obligerait la Marine nationale à trouver des équipages disponibles, ce qui est déjà compliqué pour les formats actuels qui suscitent peu de volontaires, notamment pour les postes « un an sans famille ». Enfin, cela perturberait le cycle opérationnel, atomiserait la force d’action navale en trop de sous-groupes pour qu’il soit possible de maintenir un niveau d’entrainement homogène et, au final, ne ferait qu’exposer à l’attaque surprise d’un éventuel adversaire des forces qui seraient plus utiles regroupées pour une contre-attaque. Au bout du compte, la communauté nationale aurait sans doute dépensé plus d’argent et d’efforts que n’en coute le maintien d’un groupe aéronaval, pour un rendement moindre.

Esquisse du futur porte-avions de nouvelle génération (PANG). illustration : ministère des Armées – Naval Group.

Bien entendu, le format du porte-avions, de son groupe embarqué et de son escorte doivent évoluer. Drones navals, aériens et sous-marins doivent compléter les aéronefs classiques. Le Rafale devra être remplacé, et une capacité embarquée de lutte anti-sous-marine à voilure fixe restaurée. La question de la permanence de l’alerte par la construction de deux navires se pose (pour un seul groupe embarqué). Mais, au final, ce ne sont que des aménagements de la seule plateforme qui peut constituer l’assurance vie de près de trois millions de nos compatriotes et qui concrétise l’engagement de la nation qu’ils seront défendus au même titre que Bastia, Dunkerque ou Paris.

On le voit, cette question de la défense des outremers français est à la fois cruciale pour la communauté nationale et impossible sans groupe aéronaval. Elle impose sans doute deux changements de paradigme : l’un à propos du porte-avions, et l’autre à propos des outremers. Le porte-avions doit être (re)découvert comme un outil participant, d’abord et avant tout, à la politique de défense de la France, de ses populations et territoires. Son rôle de projection de puissance en coalition dans des crises n’impliquant pas nos intérêts vitaux n’est qu’accessoire et son maintien, couteux, ne doit pas reposer sur cet usage ancillaire. Concernant l’outremer enfin, il faut sortir de l’idée qu’il faut défendre ce que nous avons, mais admettre que défendre l’outremer, c’est d’abord défendre ce que nous sommes.

*Stéphane AUDRAND est consultant indépendant spécialiste de la maîtrise des risques en secteurs sensibles. Titulaire de masters d’Histoire et de Sécurité Internationale des universités de Lyon II et Grenoble, il est officier de réserve dans la Marine depuis 2002. Il a rejoint l’équipe rédactionnelle de THEATRUM BELLI en décembre 2019.

La Marine nationale a toujours des soucis de disponibilité avec ses hélicoptères NH-90 Caïman

La Marine nationale a toujours des soucis de disponibilité avec ses hélicoptères NH-90 Caïman

 

http://www.opex360.com/2022/12/08/la-marine-nationale-a-toujours-des-soucis-de-disponibilite-avec-ses-helicopteres-nh-90-caiman/


 

Étant donné que le ministère des Armées ne communique plus que la disponibilité technique opérationnelle [DTO], laquelle correspond au nombre d’aéronefs disponibles par rapport à celui nécessaire pour honorer le scénario le plus dimensionnant des contrats opérationnels, il est désormais compliqué d’avoir une idée précise de la situation des NH-90 de la Marine nationale.

Cela étant, le 6 janvier dernier, et alors qu’un 27e NH-90 Caïman venait d’être livré à l’aéronautique navale, la Direction de la maintenance aéronautique [DMAé] avait indiqué que sept hélicoptères étaient désormais disponibles à cette date. Ce qui était encore nettement insuffisant. Et d’expliquer cette situation par des « rénovations en cours » et « mises à niveau » [vers le standard MR1] nécessitant des « immobilisations importantes » ainsi que par une corrosion « très importante » apparaissant « au bout de quelques années ». Un problème qui avait déjà été souligné maintes fois par l’état-major de la Marine.

Puis, à la même époque, Florence Parly, alors minsitre des Armées, tança Airbus Helicopters [membre du consortium NHIndustries, ndlr] pour la faible disponibilité des NH-90 NFH. « Il ne suffit pas de concevoir, de construire et d’assembler des hélicoptères, car une fois sortis de l’usine encore faut-il les entretenir pour pouvoir les faire voler », avait-il dit, après avoir officialisé la commande de 169 hélicoptères interarmées légers [HIL] « Guépard » auprès de l’industriel.

D’autres pays clients du NH-90 NFH ont montré moins de patience… Comme l’Australie et la Norvège… Ou encore comme la Suède, qui a récemment fait part de son intention de remplacer les exemplaires en service au sein de ses forces armées.

Quoi qu’il en soit, en juin, via la NATO Helicopter Management Agency [NAHEMA], un contrat a été attribué à NHIndustries pour le compte de la France et de l’Allemagne, afin d’obtenir « immédiatement de rechanges pour la maintenance et les réparations », avec l’objectif d’atteindre « 50% de disponibilité » dès 2023. Visiblement, les résultats ne sont pas immédiats, à en juger par ce qu’a dit l’amiral Vandier, lors d’une nouvelle audition au Sénat [le compte-rendu vient d’être publié, ndlr].

« S’agissant du MCO aéronautique et naval, je note que les progrès sont énormes sur la verticalisation des contrats. Partout où cette verticalisation a été appliquée, elle a donné de bons résultats », s’est d’abord félicité le CEMM… avant d’aborder le sujet qui fâche.

« La flotte des hélicoptères reste celle pour laquelle les difficultés sont les plus importantes, en particulier pour le NH90 », a dit l’amiral Vandier. « J’ai rencontré le dirigeant d’Airbus Hélicopters, qui m’a assuré de son investissement total sur ce sujet. Une assistance technique renforcée va être mise en place sur les bases aéronavales de Lanvéoc et Hyères. Ces hélicoptères ont plus de 8 ans de service, avec un univers logistique qui manque de performance et qu’il faut faire évoluer », a-t-il expliqué.

Quoi qu’il en soit, et selon le projet annuel de performance pour le programme 178 « Préparation et emploi des forces », publié par le ministère de l’Économie et du Budget dans le cadre du projet de lou de finances 2023, il ne faudra pas s’attendre à un miracle à brève échéance, la « disponibilité des matériels par rapport aux exigences des contrats opérationnels » étant attendue en baisse l’an prochain pour les hélicoptères de la la Marine.

« La cible 2023 est revue à la baisse, principalement en raison d’un fort taux d’immobilisation au Soutien Industriel [retards persistants des chantiers capacitaires], auquel s’ajoutent les retards de livraison de la flotte intérimaire [H160, ndlr] et, pour la flotte Caïman, la lourdeur du plan de maintenance et des difficultés technico-logistiques notamment liées à la corrosion », lit-on dans ce document. Cependant, poursuit-il, « au regard de cette situation et en dépit de la baisse évoquée, l’objectif de disponibilité envisagé correspond cependant aux attentes fortes d’une amélioration des résultats ».

Un député a déposé une proposition de loi visant à lutter contre le recrutement d’ex-militaires par des entités étrangères

Un député a déposé une proposition de loi visant à lutter contre le recrutement d’ex-militaires par des entités étrangères

http://www.opex360.com/2022/11/27/un-depute-a-depose-une-proposition-de-loi-visant-a-lutter-contre-le-recrutement-dex-militaires-par-des-entites-etrangeres/


 

Cet ancien pilote est « responsable d’avoir vendu la technologie et la propriété intellectuelle américaines à la Chine. Ce crime a été commis par un ancien membre de l’armée américaine qui a préféré l’argent liquide à son entreprise et à son pays », a justifié l’avocat général durant le procès.

Cette affaire est assez classique… En revanche, le recrutement d’anciens pilotes militaires occidentaux par l’Armée populaire de libération [APL] l’est moins. Alors que Shapour Moinian était jugé à San Diego, un ancien aviateur de l’US Marine Corps [USMC] Daniel Edmund Duggan attendait d’être fixé sur son sort, la justice australienne devant se prononcer sur son éventuelle extradition vers les États-Unis. En effet, il lui est reproché d’avoir mis ses compétences et son expérience au service de la Chine.

Selon l’agence Reuters, pendant un temps, cet ancien pilote d’AV-8 Harrier II aurait été en lien avec la Test Flying Academy of South Africa [TFASA], laquelle a travaillé pour la société Lode Technologies, alors dirigée par l’homme d’affaires chinois Su Bin. Or, celui-ci a été arrêté au Canada en 2014, avant d’être condamné aux États-Unis pour une affaire d’espionnage informatique s’étant intéressée à la conception d’avions militaires américains.

Cela étant, fin octobre, Londres a fait part de son intention de mettre un terme au recrutement d’anciens pilotes des forces armées britanniques par… la Chine. D’après la presse d’outre-Manche, Pékin aurait ainsi recruté une trentaine d’ex-pilotes militaires en qualité d’instructeur, en leur proposant des salaires très alléchants d’environ 240’000 livres sterling par an. Et, apparemment, la TFASA aurait servi d’intermédiaire dans cette entreprise.

L’APL cherche « des pilotes occidentaux ayant une grande expérience pour l’aider à développer des tactiques et les capacités de ses forces aériennes. Et ceux qui ont accepté un tel emploi contribuent à améliorer les connaissances et les capacités militaires de la Chine », avait alors expliqué un responsable britannique. Également concernés par ce phénomène, l’Australie et le Canada ont ouvert des enquêtes.

Quant à la France, où d’anciens pilotes militaires, notamment de la Marine nationale, ont été approchés par la Chine, comme l’ont révélé le site spécialisé Intelligence On Line et le quotidien « Le Figaro » [mais aussi un vidéo ayant circulé sur les réseaux sociaux, ndlr], la discrétion semble de mise… D’où la question écrite adressée au ministère des Armées par le député Jean-Louis Thiériot [LR], le 1er novembre dernier.

« La presse a révélé que la République populaire de Chine attirait, par le biais d’une entreprise sud-africaine [Test Flying Academy of South Africa], d’anciens pilotes occidentaux notamment britanniques, australiens mais aussi français avec des contrats à plus de 20’000 euros/mois aux fins d’instruire les futurs pilotes de son armée », a d’abord rappelé le député.

Et de demander au ministre des Armées, Sébastien Lecornu, si la Direction générale de la sécurité extérieure [DGSE] était « informée de cette offensive chinoise » et s’il existait des « dispositions interdisant aux anciens militaires de proposer leurs services auprès de puissances étrangères et de délivrer des secrets sur les techniques opérationnelles des forces armées ».

Les réponses aux questions écrites adressées par les parlementaires au gouvernement tardant toujours à venir, M. Thiériot a, sans attendre, pris l’initiative de déposer une proposition de loi visant à « lutter contre le recrutement par des entités étrangères d’anciens militaires de l’armée française ».

« Alors que la France offre un précieux vivier d’anciens officiers maîtrisant la délicate technique de décollage par catapulte et d’appontage, qu’elle sera bientôt la seconde puissance militaire [occidentale, ndlr] après les États‑Unis à utiliser la technologie des catapultes électro‑magnétiques dont est équipé le Fujian – troisième porte‑avions chinois – et que des pilotes de l’aéronavale témoignent être approchés par la Chine […], il est urgent de mettre en place un plan de lutte contre le recrutement d’anciens militaires de nos forces armées par des entités étrangères et le transfert de compétences sensibles qui en résulte », est-il expliqué dans l’exposé des motifs de cette proposition de loi.

Celle-ci propose de compléter l’article R4139-17 du code de la Défense par une disposition instituant une « commission au sein de la DGSE » chargée de « contrôler les engagements au service d’une entité étrangère ou d’un État étranger des anciens militaires de l’armée française avec la mise en place d’une procédure spécifique d’autorisation préalable ».

Normalement, une telle prérogative devrait théoriquement revenir à la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense [DRSD], dont l’une des missions est de contrer les ingérences étrangères. Sans doute que ce point sera évoqué lors de l’examen de cette proposition de loi par la commission de la Défense.

Bagad de Lann Bihoué

Bagad de Lann Bihoué

 

Le bagad de Lann-Bihoué est un ensemble de musique bretonne, un bagad, de la Marine nationale . Cette formation représente la Marine nationale et la France dans diverses manifestations nationales et internationales. Elle a joué à plusieurs reprises dans le cadre de ses activités devant des chefs d’État. Il est une source d’influence culturelle en Bretagne comme dans le reste de la France.

Il a vu le jour en 1952 sur la base d’aéronautique navale de Lann-Bihoué près de Lorient. Après avoir frôlé la dissolution à deux reprises en 1969 et en 2000, il connaît en 2001 une étape de consolidation en devenant une organisation de professionnels sous contrat (avant 2001, le bagad était composé principalement de conscrits au service militaire). Le bagad a enregistré une quinzaine d’albums lors de ses soixante ans d’existence et participé à plusieurs morceaux ou albums d’autres artistes.

Les trente sonneurs, qui signent un contrat d’un an renouvelable trois fois, écrivent et arrangent eux-mêmes les 90 minutes du répertoire du bagad, en apportant toute leur personnalité et leurs connaissances dans leur terroir de prédilection, ou dans un style de musique particulier.

Un exercice de sécurité nucléaire en presqu’île de Crozon pour tester la pression médiatique et sociétale

Un exercice de sécurité nucléaire en presqu’île de Crozon pour tester la pression médiatique et sociétale

 

par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 17 novembre 2017

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Le mercredi 23 et le jeudi 24 novembre, un exercice national de sécurité nucléaire organisé conjointement par le préfet du Finistère, l’autorité de sûreté nucléaire de défense (ASND) et la Marine nationale, se déroulera sur la base opérationnelle de l’Île Longue, en presqu’île de Crozon.

Le but d’un tel exercice de sécurité nucléaire est d’entraîner l’ensemble des services concernés par une éventuelle situation accidentelle à appliquer les plans d’urgence prévus par les pouvoirs publics pour protéger les populations et l’environnement, en cas d’accident sur un réacteur ou sur une arme nucléaire. Ces exercices permettent, en particulier, de vérifier l’aptitude de l’organisation de crise à en contrôler et en limiter les conséquences. La gravité de ces scénarios est volontairement portée à son plus haut niveau, pour pouvoir mettre en œuvre toute la gamme des moyens existants, ceux des Armées comme ceux des autres ministères : industrie (CEA), Intérieur (Sécurité civile) et santé (IRSN) notamment.

Voir cet article paru dans Ouest-France, dans les pages finistériennes:

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A cette occasion sera évaluée la stratégie de communication adaptée à la situation, les actions de communication, les productions orales et écrites produites par les cellules joueuses, la capacité à répondre aux journalistes en leur donnant des contenus adaptés etc. L’évaluation portera également sur la manière de répondre à la pression sociétale.

Ce volet Communication de l’exercice sera joué par la société Crisotech à qui le marché de 700 000 euros a été attribué (voir mon post de septembre). A l’équipe de Chrisotech de mettre en place “une pression médiatique simulée, pendant une demi-journée d’environ quatre heures, sur la cellule communication du site nucléaire impliqué. Cette pression médiatique est relative au niveau de gravité de l’accident retenu dans le scénario. Elle vise à tester la résilience des équipes de communication, notamment en termes de gestion du stress et de capacité de réaction.”

Guerre informationnelle : La Marine nationale veut brouiller les cartes en cachant le nom de ses navires

Guerre informationnelle : La Marine nationale veut brouiller les cartes en cachant le nom de ses navires

 

http://www.opex360.com/2022/11/16/guerre-informationnelle-la-marine-nationale-veut-brouiller-les-cartes-en-cachant-le-nom-de-ses-navires/


« L’idée pour nous c’est de prendre l’initiative en réponse à l’extension des conflits dans le champ de l’information. C’est cohérent avec les annonces du président de la République [faites à Toulon le 9 novembre] et nous pensons que l’incertitude sur l’identité des navires peut apporter un avantage tactique », a indiqué l’état-major de la Marine nationale.

D’ailleurs, celui-ci est resté vague sur le profil de la mission Antarès, dont le lancement a été annoncé le 15 novembre. Ainsi, par exemple, la composition exacte du groupe aéronaval formé autour du porte-avions Charles de Gaulle n’a pas été communiquée. Pas plus que le nombre d’aéronefs [Rafale F3R et E-2C Hawkeye] embarqués. En revanche, l’accent a été mis sur « l’imprévisibilité », qui est un « atout majeur pour garantir la liberté d’action et celle de manœuvre en haute mer, y compris dans les zones contestées ».

Cette « imprévisibilité » a également été mise en avant dans la réponse faite par la Marine nationale à l’AFP, qui l’interrogeait sur cette anonymisation de ses navires… Anonymisation qui, par ailleurs, ne concerne pas la seule FREMM DA Alsace mais aussi la frégate de défense aérienne [FDA] « Forbin », comme en témoigne une photographie publiée sur les réseaux sociaux à l’occasion du départ du groupe aéronaval. Pour rappel, la seconde FDA, le « Chevalier Paul », accompagne actuellement le porte-avions américain USS Gerald Ford.

 

Cette mesure, expérimentale pour le moment, a été prise « dans le cadre du renforcement des capacités françaises en matière de lutte informatonnelle », a dit le porte-parole de la Marine nationale.

L’objectif, a-t-il précisé est de « chercher l’imprévisibilité » et « entretenir le brouillard de guerre informationnelle ». Et, a-t-il continué, « si on voit une plus-value, il n’y a pas de raison qu’on ne continue pas […] la Marine de demain pourrait ne pas avoir de numéro de coque ». A priori, une telle pratique « respecte le droit international » et ne pose « aucun risque pour la sécurité de la navigation ».

Pour rappel, le nombre de navires de premier rang en service au sein de la Marine est limité à quinze. Et elle dispose actuellement de six frégates multimissions [FREMM], deux FREMM DA, deux FDA et, bientôt, de trois frégates légères furtives rénovées, dans l’attente des cinq frégates de défense et d’intervention [FDI]. Et tous ces différents types de bâtiments sont faciles à reconnaître… Aussi, probablement que cette idée aurait du sens pour les huit FREMM… Pour les autres, l’intérêt de masquer leur identité reste à démontrer. En outre, l’US Navy ne l’a pas envisagé alors qu’elle possède 70 « destroyers » de type Arleigh Burke.

Par ailleurs, rendre anonyme un navire supposerait de restreindre la communication sur les activités de la Marine afin d’empêcher un observateur lambda de faire des recoupements sur les mouvements de ses navires. Et ceux-ci n’auraient forcément plus à utiliser le système d’identification automatique [AIS], dont l’intérêt est de renforcer la sécurité de la navigation maritime. Cependant, ce dispositif n’est pas obligatoire pour les bâtiments militaires.

Reste que, en matière de guerre informationnelle, l’AIS a fait l’objet de nombreuses manipulations, ces dernières années étant donné que ses données servent aussi à suivre le trafic maritime. En 2021, le « destroyer » britannique HMS Defender et la frégate néerlandaise HNMLS Evertsen en ont d’ailleurs fait les frais, ces deux navires ayant été signalés dans les eaux de la Crimée… alors qu’ils étaient amarrés à Odessa.

La Marine nationale a aussi eu des démêlés avec le système AIS. Ainsi, en août 2021, la FREMM Provence avait été signalée à Taïwan alors qu’elle était en mission ailleurs. Mais sans doute qu’un autre navire français s’y trouvait bel et bien, les garde-côtes taïwanais s’étant d’ailleurs emmêlés les pinceaux dans cette histoire.

La Marine nationale sera-t-elle la première à recevoir les chasseurs de nouvelle génération du SCAF?

La Marine nationale sera-t-elle la première à recevoir les chasseurs de nouvelle génération du SCAF?

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le  8 novembre 2022

http://www.opex360.com/2022/11/08/la-marine-nationale-sera-t-elle-la-premiere-a-recevoir-les-chasseurs-de-nouvelle-generation-du-scaf/


 

Le programme SCAF [Système de combat aérien du futur], mené en coopération par la France, l’Allemagne et l’Espagne, est organisé selon plusieurs piliers, savoir l’avion de combat de nouvelle génération [NGF pour New Generation Fighter], les moteurs, les effecteurs connectés, le cloud de combat, la furtivité et les capteurs.

Pour le moment, ce projet n’est pas encore passé à la phase 1B [qui doit ouvrir la voie à un démonstrateur], faute d’un accord entre Dassault Aviation, maître d’œuvre pour l’avion de combat, et Airbus. Fin octobre, il a été rapporté que les positions des deux groupes avaient fini par se rapprocher… Depuis, aucune annonce officielle n’a été faite pour le confirmer.

Par ailleurs, et même si le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, reste optimiste sur l’avenir de cette coopération, tel n’est pas le cas de certains députés de la majorité.

« Ne soyons pas naïfs face aux difficultés rencontrées. Notre volontarisme ne doit pas nous conduite à ignore les risques d’échec des coopérations engagées, a fortiori lorsqu’elles se heurtent à des blocages qui se multiplient. Tout plan A doit être assorti d’un plan B et je retiens des contacts établis dans le cadre de cette mission budgétaire que nos industriels et nos états-majors en ont pleinement conscience », a ainsi affirmé le député Mounir Belhamiti, rapporteur pour avis de la commission de la défense nationale et des forces armées, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2023, le 27 octobre dernier.

Un plan B? Tout en défendant le principe des coopérations, le député Christophe Plassard [Horizon], rapporteur spécial sur le budget de la mission Défense « Préparation de l’avenir » au nom de la commission des Finances, en a aussi parlé lors de la même séance. « Il est important de veiller à ce que les avantages tirés de la coopération soient supérieurs aux inconvénients. Nous ne devons pas être naïfs sur les intentions de nos partenaires et nous devons préparer des plans B. […] Nous devons être lucides », a-t-il lâché.

Quoi qu’il en soit, la phase 1B du SCAF aurait dû être lancée il y a plus de 14 mois, après la signature de l’Arrangement d’application n°3 par la France, l’Allemagne et l’Espagne. Et sous réserves de nouvelle complications avec un éventuel accord entre Dassault Aviation et Airbus, ce programme ne devrait pas aboutir avant 2050. Du moins est-ce l’avis d’Éric Trappier, le Pdg de l’industriel français. D’où, d’ailleurs, l’importance de développer un Rafale F5… voire F6.

En tout cas, ces retards ne font pas les affaires de l’Aéronautique navale… D’ailleurs, il n’est fait que très peu de cas de la version embarquée du NGF. Dans son avis budgétaire sur la Marine nationale, le député Yannick Chenevard n’en a ainsi pas dit un mot.

Pourtant, l’avenir de la chasse embarquée risque de poser quelques soucis, étant donné qu’elle a été la première à recevoir des Rafale Marine [cinq ans avant l’armée de l’Air & de l’Espace] et que, depuis, aucun avion neuf ne lui a été livré.

« La Marine garde ses avions depuis le début de leur mise en service et n’a pas eu d’avions neufs. Toutes la mise à niveau de notre flotte de Rafale s’effectue par retrofit. [Ce qui fait] qu’il y aura des effets de ciseau à l’horizon 2030/35 », avait ainsi expliqué l’amiral Pierre Vandier, le chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM].

L’armée de l’Air & de l’Espace n’est pas dans la même situation : d’une part, elle pourra remplacer les Rafale transférés à la Grèce et à la Croatie. Et en plus, elle recevra d’autres avions neufs dans les années à venir.

« L’âge moyen de la flotte de l’armée de l’Air est en train de diverger avec notre flotte. Nous allons avoir beaucoup de vieux avions par rapport à ceux de l’armée de l’Air. Pour rester dans la course des standards, nous devons donc retrofiter plus d’appareils », avait d’ailleurs souligné l’amiral Vandier, lors d’un entretien accordé à La Tribune.

Interrogé sur ce sujet lors de son dernier passage devant la commission de la Défense, à l’Assemblée nationale, le CEMM a rappelé que « le dimensionnement » du parc Rafale de la Marine est « intimement lié au calendrier de déploiement du système de combat aérien du futur, qui comporte une dimension aéronavale ».

Et d’ajouter : « En fonction du biseau, c’est-à-dire de la date à laquelle les premiers SCAF seront livrés aux forces armées, la question du vieillissement du parc de Rafale va se poser, avec une particularité pour la marine : elle a été la première à être, rapidement, dotée, et sera donc la première à être ‘dé-dotée’ selon un rythme tout aussi rapide ».

Mais encore faut-il que le SCAF aboutisse, tout en ayant à l’esprit que l’Allemagne et l’Espagne ne sont pas intéressées sa « dimension aéronavale », laquelle concerne non seulement l’avion de combat de nouvelle génération mais aussi les effecteurs connectés et les drones susceptibles d’être embarqués à bord d’un porte-avions.

Naval Group met à flot la première frégate de défense et d’intervention (FDI) de la Marine nationale

Naval Group met à flot la première frégate de défense et d’intervention (FDI) de la Marine nationale


 

La première frégate de défense et d’intervention (FDI) commandée par la Direction générale de l’Armement (DGA) et destinée à la Marine nationale, a été mise à flot aujourd’hui à Lorient. Baptisée Amiral Ronarc’h, cette première FDI sera livrée en 2024.

Lundi 7 novembre, la première frégate de la série des FDI, l’Amiral Ronarc’h, a été mise à l’eau sur le site Naval Group de Lorient, en présence de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, de Nikolaos Panagiotopoulos, ministre de la défense de la République hellénique, et de hautes autorités du ministère des Armées notamment Emmanuel Chiva, délégué général pour l’armement, Thierry Carlier, ingénieur général de l’armement et directeur général adjoint de la DGA, et François Moreau, vice-amiral d’escadre et major général de la Marine.

Pierre Éric Pommellet, Président-Directeur général de Naval Group a déclaré : « Nous sommes fiers d’être présents ici à Lorient aujourd’hui pour célébrer ce jalon important pour l’Amiral Ronarc’h, première de la série FDI, la nouvelle génération de frégates de premier rang de la Marine nationale. La mise à l’eau d’un navire de guerre est aussi l’occasion de rappeler que l’outil industriel français est au service de nos forces armées, engagé dans l’économie de guerre. Dès 2025, le site Naval Group de Lorient réalisera ainsi jusqu’à deux bateaux par an. Aujourd’hui, nous célébrons également l’avenir du programme FDI avec la présence du ministre Nikolaos Panagiotopoulos, l’occasion de rappeler l’importance de la coopération militaire et industrielle en Europe, la FDI associant déjà de nombreux industriels grecs dans la réalisation du programme pour la Grèce ».

Les premiers essais en mer de la FDI débuteront en 2023 pour une livraison en 2024. La livraison des quatre autres navires de la série FDI s’échelonnera jusqu’à la fin de la décennie. Durant cette période, Naval Group produira également trois FDI pour la Grèce, une quatrième étant actuellement prévue en option.

Une performance industrielle locale et nationale

Le site industriel de Naval Group à Lorient dispose, grâce aux investissements de ces dernières années, d’infrastructures industrielles modernes, qui permettent de répondre aux défis techniques et technologiques en matière de conception et de construction en série de navires militaires. Grâce à une nouvelle organisation industrielle performante qui optimise les délais de construction, Naval Group sera en mesure d’accélérer sa production et de produire ainsi jusqu’à deux bateaux par an sur son site de Lorient dès 2025.

De nombreux savoir-faire sont mobilisés par le programme FDI. Les métiers de la production notamment nécessitent des compétences spécifiques et rares, qui résultent de longues années d’expérience dans les métiers de la construction navale militaire : charpentier-tôlier, formeur-dresseur, soudeur coque ou tuyauteur, entres autres.

Pour assurer la pérénisation de ces compétences de pointe au service des programmes navals, Naval Group favorise le recrutement des jeunes talents. Naval Group recrute plus de 500 alternants et plus de 1500 nouveaux collaborateurs cette année.

La réalisation de la FDI permet de soutenir l’emploi de toute la chaîne industrielle de la construction navale en France, du site Naval Group de Lorient comme de tout le bassin lorientais. Chez Naval Group, ce sont ainsi plus de 1200 personnes et plus de 400 sous-traitants qui travaillent à temps complet sur le programme. Le programme FDI associe de très nombreux partenaires français et grecs, au premier rang desquels se trouvent Thales et MBDA.

La FDI, première frégate de combat multi rôles, innovante, 100 % numérique et cyber-sécurisée

Les FDI sont des navires de haute mer polyvalents, endurants et capables d’opérer, seuls ou au sein d’une force navale, dans tous les domaines de lutte : antinavire, anti-aérien, anti-sous-marin, menaces asymétriques et projection de forces spéciales. Rassemblant sur une plateforme compacte le meilleur des technologies navales françaises, la FDI est une frégate puissante et innovante, conçue pour faire face à l’évolution permanente des menaces.

Conçues et produites à l’aide d’outils numériques de dernière génération, ce sont également les premières frégates à bénéficier à bord d’une architecture numérique qui leur permettra de s’adapter en continu aux évolutions technologiques et opérationnelles. Ainsi, les FDI seront capables de faire face aux menaces du haut du spectre actuelles et futures, avec une couverture à 360° dans toutes les bandes de fréquence, et d’assurer le traitement de données de plus en plus nombreuses.

Les FDI seront également les premières frégates françaises nativement protégées contre la menace Cyber, avec une architecture informatique redondée autour de deux Data Centers qui hébergent, de manière virtualisée, une grande partie des applications informatiques du navire. Au titre de l’innovation opérationnelle, les FDI inaugurent le concept de passerelle dédiée à la lutte contre la menace asymétrique. Ce système permettra la coordination et la conduite de la lutte contre les menaces aériennes et de surface proches et de petites tailles, notamment les embarcations piégées.

Fortement armées (missiles antinavires Exocet MM40, missiles antiaériens ASTER, torpilles anti-sous-marines MU90, artillerie), les FDI peuvent embarquer un hélicoptère lourd (classe 10t, comme le NH90) ou le futur Guépard Marine et un drone aérien (jusqu’à 700 kg), mais aussi mettre en œuvre des forces spéciales avec deux embarcations pour commandos. Elles sont équipées du radar Sea Fire à quatre panneaux fixes, de nouvelle génération, développé par Thales, qui leur confère, associé au système de mise en œuvre des missiles, des capacités de défense de zone.

Caractéristiques techniques

  • Déplacement : classe 4 500 tonnes
  • Longueur : 122 mètres
  • Largeur : 18 mètres
  • Vitesse : 27 nœuds
  • Autonomie : 45 jours
  • Capacité de logement : équipage de 125 personnes + 28 passagers

Marine & Océans

Marine & Océans

La revue trimestrielle “Marine & Océans” a pour objectif de sensibiliser le grand public aux grands enjeux des mers et des océans. Informer et expliquer sont les maîtres mots des contenus proposés destinés à favoriser la compréhension d’un milieu fragile. Même si plus de 90% des échanges se font par voies maritimes, les mers et les océans ne sont pas dédiés qu’aux échanges. Les ressources qu’ils recèlent sont à l’origine de nouvelles ambitions et peut-être demain de nouvelles confrontations.

Un rapport parlementaire insiste pour doter la Marine nationale de deux porte-avions de nouvelle génération

Un rapport parlementaire insiste pour doter la Marine nationale de deux porte-avions de nouvelle génération

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 6 novembre 2022

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Il y a une cinquantaines d’années, la Marine nationale alignait trois porte-avions, le Foch et le Clemenceau côtoyant alors l’Arromanches, lequel servait surtout à la qualification des pilotes à l’appontage. Et, à l’époque, un tel format permettait d’envoyer un groupe aéronaval à l’autre bout du monde [dans l’océan Pacifique, en l’occurrence] pendant plusieurs mois.

Ainsi, après le Foch [en 1966], le Clemenceau appareilla de Toulon en mars 1968 pour former, avec son escorte, le « groupe Alfa » dont la mission consistait à surveiller les essais nucléaires français en Polynésie. Il revint à son port base en décembre de la même année, après avoir franchi le Cap Horn et visité l’Argentine, le Brésil, le Gabon [où ses avions embarqués firent des démonstrations aériennes au profit des autorités gabonaises] et le Sénégal. Le commandant Ramon Josa, figure de l’aéronavale, a d’ailleurs raconté les détails de ce périple dans son autobiographie [« Marin & pilote – Servir en mer et dans les airs« , ndlr].

L’Arromanches ayant été désarmé en 1974 et alors que la Force aéronavale nucléaire [FANu] venait d’être créée, il fut alors question de remplacer le Foch et le Clemenceau par deux porte-avions à propulsion nucléaire. La telle décision fut même prise lors du Conseil de défense du 23 septembre 1980. La suite est connue : les restrictions budgétaires et la fin de la Guerre Froide eurent raison de ce projet… Et, seul le « Charles de Gaulle » a été construit.

Depuis, le projet de revenir à un format de deux porte-avions revient régulièrement dans le débat. Avancé au moment de l’élaboration de la Loi de programmation militaire 2003-08, il fut renvoyée à plus tard. Puis, alors qu’une coopération avec le Royaume-Uni était évoquée, il fut confirmé par le président Sarkozy en 2007 [et par Hervé Morin, alors ministre de la Défense, pour qui la décision était même « actée »].

Finalement, les crises financières qui éclatèrent à partir de 2008 en eurent raison. Et, d’ailleurs, même si elle profita d’un plan de relance de l’économie pour se doter d’un troisième porte-hélicoptères amphibie [le Dixmude], la Marine nationale dut se plier à un nouvelle réduction de son format, le nombre de ses navires dits de premier rang devant alors passer de 18 à 15.

Cela étant, les chefs d’état-major de la Marine [CEMM] qui se sont depuis succédé ont quasiment tous plaidé en faveur d’un second porte-avions [et aussi pour plus de frégates]. Sans succès jusqu’à présent, même si il leur a été régulièrement répondu que la question « restait ouverte ».

Cependant, avec le programme PA NG [porte-avions de nouvelle génération], certains voient l’occasion de trancher [enfin] le débat. En juillet 2020, les sénateurs Olivier Cigolotti et Gilbert Roger, avancèrent plusieurs arguments en faveur d’un second porte-avions [économies d’échelle, prise en compte de possibles « imprévus », comme l’épidémie de covid-19 à bord du Charles de Gaulle ou l’incendie du sous-marin Perle et, surtout, nécessité de disposer d’une d’une permanence d’alerte, à ne pas confondre avec le concept de permanence à la mer].

« Ce second porte-avions permettrait d’être plus réactif, plus résilient, d’agir davantage dans la durée », avaient-ils résumé.

En outre, l’évolution de la situation internationale, marquée par le retour de la guerre en Europe et les tensions dans la région Indo-Pacifique, donne un argument supplémentaire à la construction de deux PA NG. C’est, en tout cas, ce qu’avance le député Yannick Chenevard [Renaissance], dans son avis budgétaire sur les crédits de la Marine nationale pour 2023.

Estimant que la France sera durablement exposée à des menaces qui ne pourront que s’accentuer dans les années à venir, le député plaide pour donner une « nouvelle ambition » à la Marine ». Mais d’abord, il faudrait, selon lui, répondre à trois questions : « que doit-elle être capable de faire? », « doit-elle être capable de le faire seule ou en coopération? » et, enfin, « quels doivent être ses moyens? »

Selon M. Chenevard, « la réponse à cette dernière question, qui implique des choix capacitaires et technologiques structurants, est évidemment étroitement dépendante de celle apportée aux deux précédentes », qui seront probablement tranchées par la prochaine revue nationale stratégique, laquelle sera dévoilée par le président Macron le 9 novembre, à Toulon [faut-il y voir un signe?].

Quoi qu’il en soit, pour le député, le format actuel de la flotte de surface, qui repose sur un porte-avions et quinze frégates [mais pas seulement] est insuffisant. « Il n’est clairement pas adapté à la menace actuelle et encore moins future, tout en exposant la Marine, dans l’accomplissement de ses missions, à une suractivité qui épuise marins et matériels », soutient-il.

Aussi, « dans ces conditions, le retour au format d’avant le livre blanc de 2013 – dix-huit frégates de premier rang – apparaît comme le strict minimum » et « au-delà des frégates, l’une des questions majeures à trancher dans les prochaines années sera celle d’un deuxième porte-avions identique au PA-NG », avance M. Chenevard.

« Les porte-avions sont en train de retrouver leur rôle dans le combat naval. Le réarmement naval actuel recentre en effet le porte-avions sur son rôle tactique de ‘système d’armes de supériorité navale’, notamment par sa capacité à frapper vite et loin des objectifs navals. Il n’est pas aujourd’hui possible, dans une guerre de haute intensité face à un ennemi puissamment armé, de remporter un combat naval sans supériorité aérienne », relève le député, reprenant ainsi les arguments développés par l’amiral Pierre Vandier, l’actuel CEMM.

En outre, ajoute-t-il, le porte-avions est « un outil stratégique sans équivalent au service d’une volonté politique pour peser dans les crises », dans la mesure où « l’appareillage du groupe aéronaval est un message puissant qui peut être mis en œuvre dans des délais relativement courts ».

Ceci ayant été rappelé, M. Chevenard souligne que disposer d’un seul porte-avions revient à « ne pouvoir l’utiliser qu’entre 65 et 70 % du temps compte tenu de ses opérations régulières de maintenance [arrêt technique majeur de deux ans, arrêts intermédiaires de six mois…] » et qu’une partie de ce temps doit être dédiée à la formation et à la qualification de l’équipage et des pilotes.

« Pour ces raisons, un seul porte-avions n’est pas suffisant et notre pays […] se doit de retrouver la capacité qui était la sienne jusqu’au début des années 2000, c’est-à-dire deux porte-avions. Toutefois, votre rapporteur tient à préciser qu’il s’agirait bien de deux porte-avions et non de deux groupes aéronavals, même si quelques appareils supplémentaires, voire une flottille de plus, auraient évidemment toute leur place dans cette configuration », écrit le député.

Selon lui, la décision de construire un second PA-NG ne doit pas être repousée au-delà de 2027, notamment pour des raisons financières et industrielles. « Plus la commande » d’un deuxième navire « sera proche de celle du premier, plus il sera possible de faire des économies d’échelle et, par conséquent, de réduire son prix mais également le coût du Maintien en condition opérationnelle », argumente M. Chevenard.

Enfin, celui-ci a produit un autre argument « fort ». Étant donné que le Charles de Gaulle quittera le service actif en 2038, un « tuilage » devra être fait avec le PA-NG, ce qui nécessitera deux équipages vers 2035.

« Pendant deux ou trois ans, notre pays disposera ainsi de deux porte-avions et de deux équipages mais à l’issue de ce tuilage, une fois le Charles-de-Gaulle retiré du service, l’un d’entre eux se retrouvera affecté ailleurs, à moins de disposer d’un deuxième porte-avions », en conclut le député.