Le Suffren, premier sous-marin nucléaire français nouvelle génération, mis en service à Brest ce vendredi

Le Suffren, premier sous-marin nucléaire français nouvelle génération, mis en service à Brest ce vendredi

  • La cérémonie officielle de mise à l'eau du Suffren à Brest, en présence d'Emmanuel Macron, le 12 juillet 2019.
    La cérémonie officielle de mise à l’eau du Suffren à Brest, en présence d’Emmanuel Macron, le 12 juillet 2019. AFP – LUDOVIC MARIN
La Dépêche – Publié le

Le premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) français de nouvelle génération, le Suffren, sera mis en service à Brest ce vendredi 3 juin. Il sera inauguré en présence du nouveau ministre des Armées Sébastien Lecornu.

C’est le dernier-né de la flotte sous-marine française. Ce vendredi 3 juin verra se tenir à Brest (Bretagne) l’admission au service actif du premier sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de nouvelle génération, le Suffren. Inauguré en présence du ministre des Armées Sébastien Le Cornu, le Suffren est le premier de sa génération, conçu dans le cadre du programme Barracuda.

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Long de 99 mètres pour un diamètre de 8,8 mètres, ce bâtiment à propulsion nucléaire, lourd de 5300 tonnes, peut accueillir jusqu’à 65 hommes à son bord et dispose d’une autonomie de 70 jours. Il embarque aussi tout un arsenal dernier cri : missiles de croisière navale, antinavires, torpilles lourdes, mines… Néanmoins, contrairement aux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), le Suffren ne transporte pas d’arme nucléaire.

Six nouveaux bâtiments

Ce bâtiment s’inscrit dans un projet à long terme de renouvellement de la flotte française, comme l’explique sur franceinfo Vincent Groizeleau, rédacteur en chef du site meretmarine.com : “Jusqu’ici, la Marine avait des sous-marins qui datent pour les plus anciens – les sous-marins d’attaque – du début des années 1980. Donc il devenait urgent de les remplacer. Cette nouvelle génération, six nouveaux bâtiments qui vont remplacer les anciens, sont carrément d’une autre gamme.”

Mis à l’eau en 2019 à Cherbourg, il a fallu 3 ans au Suffren pour être admis au sein du service actif de la flotte française. Cinq autres sous-marins du programme Barracuda devraient bientôt prendre la mer. Le second SNA de la classe Barracuda, le Dugay-Trouin, devrait être mis à l’eau d’ici la fin de l’été prochain, et pourrait être livré à la Marine nationale au mieux d’ici 2023.

Embarquez à bord du Suffren, le nouveau sous-marin nucléaire d’attaque français lancé aujourd’hui

Embarquez à bord du Suffren, le nouveau sous-marin nucléaire d’attaque français lancé aujourd’hui

  • Le Suffren est le premier d'une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque.
    Le Suffren est le premier d’une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque. PHOTO DR NAVAL GROUP
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https://www.ladepeche.fr/2019/07/12/embarquez-a-bord-du-suffren-le-nouveau-sous-marin-nucleaire-dattaque-francais-lance-aujourdhui,8309454.php

 

C’est le premier lancement de sous-marin français depuis plus de dix ans: Emmanuel Macron a célébré vendredi matin à Cherbourg la fin de la construction du Suffren, premier d’une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), plus discrets et polyvalents. 

La cérémonie sur le site du constructeur français Naval Group à Cherbourgs’est déroulé en fin de matinée en présence du chef de l’Etat, qui a prononcé à cette occasion une allocution consacrée à la Défense. 

Vous construisez ici notre indépendance, notre souveraineté, notre liberté d’action. Au nom de tout le pays, je veux vous dire ma fierté et vous remercier”, a lancé le président aux collaborateurs de Naval Group.

Le monstre d’acier noir de 99 mètres de long tient son nom de Pierre-André Suffren, un amiral qui s’est illustré face aux Anglais au XVIIIe siècle. Il repose en ce moment sur son dispositif de mise à l’eau, sorte d’ascenseur à bateau. La mise à l’eau proprement dite n’aura lieu que fin juillet, avec trois ans de retard, avant des essais à quai, puis en mer, et sa livraison à la Marine nationale à Toulon avant l’été 2020. 

 

Le Suffren est le premier d'une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque.
Le Suffren est le premier d’une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque. PHOTO DR NAVAL GROUP

 

D’un coût de 9,1 milliards d’euros, le programme Barracuda, dont le Suffren est le premier exemplaire, vise à remplacer les six sous-marins de classe Rubis entrés en service à partir du début des années 1980. Un premier Rubis, le Saphir, vient de rejoindre Cherbourg pour y être désarmé. 
Les Barracuda, dont le dernier devrait entrer en service en 2030, sont beaucoup plus imposants que leurs prédécesseurs –5.300 tonnes en plongée contre 2.670 pour les Rubis– et offrent un “vrai saut générationnel” à la Marine nationale, observe Patrick van den Ende, spécialiste des sous-marins. 
“C’est un outil militaire qui arrive à un moment absolument indispensable”, estime le chef d’état-major interarmées, le général François Lecointre. “On passe de la (Peugeot) 207 à la Formule 1”, se félicite le capitaine de vaisseau Bertrand Dumoulin, porte-parole de la Marine nationale. 

Un sous marin sans périscope ni missile nucléaire

Particularité du Suffren : il n’a pas de périscope, élément emblématique de la guerre sous la mer. Pour voir ce qu’il se passe à la surface, plus de tube coulissant traversant la coque, ce qui en faisait un point de vulnérabilité, mais des caméras placées en haut d’un mât qui retransmettent les images sur les écrans des sous-mariniers. 

 

Le Suffren est le premier d'une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque.
Le Suffren est le premier d’une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque. PHOTO DR NAVAL GROUP

 

Les SNA n’emportent pas de missiles nucléaires, contrairement aux quatre sous-marins lanceurs d’engins français (SNLE) qu’ils sont notamment chargés de protéger. Ils sont qualifiés de “sous-marins nucléaires” car leur propulsion provient d’un réacteur nucléaire compact, qui leur assure autonomie et discrétion acoustique par rapport aux sous-marins conventionnels à propulsion diesel-électrique. 

 

Le Suffren est le premier d'une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque.
Le Suffren est le premier d’une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque. PHOTO DR NAVAL GROUP

Cette discrétion devrait être “presque 10 fois” supérieure à celle des Rubis, selon Bertrand Dumoulin. 
La mission du SNA consiste à protéger les bâtiments précieux comme le porte-avions  Charles-de-Gaulle et les SNLE, traquer les sous-marins ennemis et recueillir du renseignement au plus près des côtes ennemies. Le Suffren pourra aussi déployer des forces spéciales via un hangar de pont amovible.  
“C’est une base avancée secrète et immergée pour les nageurs de combat et leur équipement, dont un mini-sous-marin”, explique Bertrand Dumoulin. 
Et il aura enfin la capacité de tirer des missiles de croisière navals (MdCN), d’une portée de 1.000 kilomètres, contre des cibles terrestres.  

70 jours d’autonomie

 

Le Suffren est le premier d'une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque.
Le Suffren est le premier d’une série de six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque. PHOTO DR NAVAL GROUP

 

“S‘il devait se reproduire un raid du type de celui que nous avons dû conduire lors de l’opération Hamilton, commandée par le président de la République l’an dernier contre des installations chimiques en Syrie, on pourrait employer ce type d’armes tirées à des centaines de kilomètres depuis le dessous de la mer”, selon le général Lecointre. Le Suffren pourra naviguer jusqu’à 70 jours en parfaite autonomie à 350 mètres de profondeur, selon la Direction générale de l’Armement. 

Son lancement intervient dans un contexte d’augmentation mondiale du nombre de sous-marins (+6% en 5 ans). Il y en aujourd’hui plus de 450. Si les États-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni sont les seuls avec la France à être dotés de SNA, de nombreux pays renouvellent leur flotte conventionnelle (Inde, Australie) et d’autres s’en dotent pour la première fois (Malaisie, Bangladesh, Vietnam). 
“En Asie du Sud et du Sud-Est, la menace chinoise incite les Etats à se doter de ces capacités parce qu’elles constituent un excellent moyen de défense, de déni d’accès et de protection des infrastructures stratégiques”, explique Patrick van den Ende. Proposé aux Pays-Bas, le Barracuda est déjà un succès à l’export dans une version à propulsion diesel-électrique: 12 exemplaires ont été vendus à l’Australie.

Conservatoire Historique de l’Aéronautique Navale à Nîmes (C.H.A.N.)

Conservatoire Historique de l’Aéronautique Navale à Nîmes (C.H.A.N.)

                                                    

 

Par le Lieutenant de Vaisseau (H) Yannick RUELLAN – publié le 11 avril 2022,

En 1961, était créée sur le plateau de Garons entre Nîmes et Saint-Gilles une base Aéronautique navale pour accueillir les formations de retour d’Algérie. Pendant 50 ans cette base opérationnelle a fonctionné jusqu’au 1er juillet 2011. Après sa fermeture, l’Armée de Terre y a installé une Base de Défense et le 503ème Régiment du Train et l’ex-BAN est devenue le Quartier El Parras. Pendant ces 50 années d’existence, beaucoup de personnels se sont établis localement, à Nîmes et dans les villages environnants, à l’issue d’un contrat avec la Marine ou pour prendre leur retraite. Une amicale des Anciens de l’Aéronautique Navale les a regroupés, comptant jusqu’à 350 membres. Un certain nombre d’entre eux, soucieux de la survie du patrimoine aéronautique a mis sur pied le « Conservatoire Historique de l’Aéronautique Navale à Nîmes » en octobre 2010.

Cette association loi 1901 a pour objet :

  • D’assurer, dans le cadre de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine historique militaire, l’entretien des aéronefs mis à sa disposition par la Marine sur décision du Ministre des Armées, et de leurs zones d’exposition afin qu’ils restent en bon état de conservation et de présentation.
  • De concourir au rayonnement de l’Aéronautique Navale, de la Marine et des Armées par une présentation de ces aéronefs à un public aussi large que possible.

Deux avions mythiques de l’Aéronautique Navale les Breguet 1050 Alizé N°48 et 1150 Atlantic N°31 ont été sauvegardés en leur évitant le parc à ferraille. Ces 2 aéronefs sont exposés à l’intérieur de l’enceinte militaire, pour l’Alizé face à la stèle à la mémoire des équipages disparus devant la chapelle et pour l’Atlantic le long de la route départementale 42 bien visible des touristes y circulant.

                        

 

Il a fallu convaincre les autorités militaires du bien-fondé de ce conservatoire et dépenser beaucoup d’énergie avant d’obtenir enfin l’autorisation ministérielle.

Au cours des 11 dernières années il a fallu à une vingtaine de membres bénévoles particulièrement enthousiastes et motivés de la Section Patrimoine Aéronautique beaucoup de travail pour mettre en place ces avions, rapatrier et rechercher les pièces et équipements manquants, réparer les affres du temps, peindre les cellules. Un travail qui n’est jamais terminé car il manque toujours quelques précieuses pièces intérieures et c’est ainsi qu’en ce début avril, une équipe est partie à la base de Lann-Bihoué pour compléter les manques.

Mais les avions grâce à ce travail régulier ont fière allure et ont été présentés aux autorités Marine de passage. Des visites sont régulièrement organisées par les bénévoles de l’association au profit des stagiaires de la Préparation Militaire Marine, des élèves du Brevet d’Initiation Aéronautique, des militaires de l’Armée de Terre, d’écoles ou d’associations… Ces visites sont possibles uniquement par l’intermédiaire du CHAN.

Dernières précisions concernant ces aéronefs :

Le Breguet Br 1150 Atlantic est un avion bi-turbopropulseur de patrouille maritime qui a commencé à voler en 1961 pour être livré à la Marine fin 1965. Cinq pays (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas et Pakistan) ont utilisé les 87 exemplaires de série. Il a été remplacé par l’Atlantique qui arme les Flottilles basées sur la BAN Lann-Bihoué à Lorient.

Le Breguet Br 1050 Alizé est un avion de surveillance maritime et de détection de sous-marins, embarqué sur porte-avions qui a volé de 1956 à 2000. Un de ces aéronefs, le N°59 est maintenu en état de vol et présenté lors de meetings aériens par une association « Alizé Marine » basée à Nîmes Garons.

                                   

Par ailleurs le CHAN est membre fondateur de la fédération « Les Marins du ciel » qui regroupe les amicales d’anciens marins de l’aéronautique navale ainsi que les marins du ciel d’active.

Des visites sont possibles uniquement par l’intermédiaire du CHAN, pour prendre contact :

soit sur le site du CHAN : https://chan-nimes.org/)

soit par mail : president@chan-nimes.org  et/ou secretaire@chan-nimes.org.

Haute intensité : Le ministère des Armées se veut rassurant au sujet de l’état des stocks de munitions

Haute intensité : Le ministère des Armées se veut rassurant au sujet de l’état des stocks de munitions

http://www.opex360.com/2022/03/21/haute-intensite-le-ministere-des-armees-se-veut-rassurant-au-sujet-de-letat-des-stocks-de-munitions/

 

 

                   Tir ASTER 30 le 27 janvier 2021, à bord de la FREMM Normandie.

Après avoir affirmé que les forces françaises manquaient « d’épaisseur » en matière de munitions pour soutenir un conflit de « longue durée » lors d’un entretien diffusée par RFI, le président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense, Christian Cambon [LR] a récidivé quelques jours plus tard, à l’antenne de CNews/Europe1.

« Les Russes eux-mêmes commencent à être en difficulté sur certaines munitions. Tous les pays sont confrontés à ça. Il faut savoir passer du temps de paix au temps de guerre, on ne l’a pas fait pendant 75 ans », a répondu M. Cambon alors qu’il était interrogé par Jean-Pierre Elkabbach. Et d’insister : « Nous n’avions pas des munitions en quantité suffisante pour un très long conflit ».

Puis, estimant que les forces françaises pourraient être à court de munitions « en seulement quatre jours de conflit de haute intensité », quatre députés [Julien Aubert, Laurence Trastour-Isnart, Bernard Bouley et Claude de Ganay, ndlr], ont interpellé Florence Parly, la ministre des Armées, en lui demandant de préciser les « mesures engagées » pour remédier à une telle situation.

Cependant, le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean s’est voulu rassurant. Ainsi, a-t-il rappelé, dans le cadre de la Loi de programmation militaire [LPM] 2019-25, une enveloppe de 7 milliards d’euros a été prévue pour acquérir des munitions. Et cet effort sera accentué, avec 110 millions de plus, après l’ajustement de cette même LPM, décidé l’an dernier [sans que le Parlement en soit saisi, ndlr].

« Plusieurs catégories de munitions ont été recomplétées pour éviter les ruptures capacitaires : armement air-sol et obus de 155 mm notamment », a précisé M. Grandjean, qui a également souligné que les « filières souveraines de production des bombes A2SM [Armement Air Sol Modulaire] et des corps de bombe de forte puissance ont été sécurisées ». Et cela, grâce aux investissements consentis par le groupe Rafaut pour l’usine « 4.0 » de Prouvy Rouvignies, inaugurée par Mme Parly en octobre 2019.

Par ailleurs, le porte-parole du ministère des Armées a fait valoir que des « opérations de rénovation pyrotechnique » ont permis de « consolider » le potentiel des munitions dites complexes, comme le missile de croisière SCALP, le missile anti-navire Exocet, le missile surface-air Aster et le missile air-air MICA.

« De nouvelles munitions sont en cours de développement [MICA NG, Aster 30 B1NT] , d’autres ont été développées et les stocks correspondants sont en cours de constitution [missile de croisière naval, missile moyenne portée] », a continué M. Grandjean, pour qui « nos armées sont donc prêtes à défendre nos intérêts, quel que soit le type de conflit, de basse ou de haute intensité ». Et de rappeler aussi que « c’est aussi en ce sens que la France est dotée de la dissuasion nucléaire, l’assurance-vie de la Nation ».

Sur ce point, la dissusion ne dispense pas de disposer de stocks suffisants de munitions, le recours à l’arme nucléaire ne pouvant être envisagé qu’en cas d’atteinte aux intérêts vitaux de la Nation.

En outre, M. Grandjean a aussi souligné que la France a « l’habitude et la volonté d’agir en coalition », ce qui fait que les « planifications en matière d’équipements et de munitions en tiennent naturellement compte ». Enfin, il a terminé son propos par une série de questions. « Les armées françaises ne tiendraient que quelques jours en cas de conflit? Mais contre qui? Sur quel terrain? Selon quel scénario? La remontée en puissance de nos stocks de munitions s’apprécie à l’aune d’un contexte d’emploi », a-t-il ainsi conclu.

Cela étant, et comme l’ont mis en avant les députés Jean-Louis Thiériot et Patricia Mirallès dans leur rapport sur la haute intensité, il y a un lien entre la préparation opérationnelle et les munitions, notamment « complexes ».

« Au terme des premières années de la LPM, les résultats en matière de préparation opérationnelle sont encore mitigés […]. L’intensité opérationnelle, la mutualisation des parcs d’entraînement, l’indisponibilité des matériels en rupture temporaire de capacité ou en maintenance et le manque d’heures de potentiel ou de munitions sont les quatre facteurs explicatifs les plus souvent cités à propos de cette sous-performance assez prévisible en début de LPM », ont écrit les deux députés.

« Dans la Marine, des stocks de munitions suffisants permettraient de s’entraîner dans de bonnes conditions, de vérifier que les systèmes fonctionnent de façon nominale », ce qui est un enjeu pour la confiance des équipages », ont-ils ainsi souligné.

Aussi, Mme Mirallès et M. Thiériot ont estimé nécessaire la reconstitution des « stocks de munitions pour faire face à un conflit de haute intensité mais aussi et avant tout pour permettre un entraînement suffisant ». Un nécessité « évoquée avec une remarquable unanimité au cours des auditions », ont-ils assuré.

Et d’expliquer : « L’effort de réparation poursuivi par la LPM s’est certes traduit par la programmation de 6,5 milliards d’euros entre 2021 et 2030. Mais pour tenir l’ensemble des contrats opérationnels des trois armées en 2030, le besoin financier complémentaire est évalué à 3,5 milliards d’euros auxquels il faut ajouter 350 millions d’euros par an pour l’entretien de ces stocks. En effet, les munitions se périment, notamment la pyrotechnie. Les munitions non utilisées doivent donc être détruites ou rénovées tous les dix ans. Et il faut en moyenne trois ans pour reconstituer des stocks ».

La France va-t-elle être obligée de revoir le format de ses forces stratégiques?

La France va-t-elle être obligée de revoir le format de ses forces stratégiques?

http://www.opex360.com/2022/03/07/la-france-va-t-elle-etre-obligee-de-revoir-le-format-de-ses-forces-strategiques/


 

 

Depuis l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la Guerre Froide, le format des forces stratégiques françaises, sur lesquelles reposent la dissuasion nucléaire, a drastiquement été réduit. Le programme de missile à courte portée Hadès [successeur du Pluton] fut dans un premier temps réduit, puis totalement abandonné en 1996. Même chose pour les missiles balistiques à portée intermédiaire sol-sol S3 mis en œuvre depuis le plateau d’Albion par l’armée de l’Air [et de l’Espace].

Quant à la Force océanique stratégique [FOST], elle reçut quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins [SNLE] de type « Le Triomphant » au lieu des six initialement prévus. Cependant, la Marine nationale put conserver la Force aéronavale nucléaire [FANu], qui est dite « intermittente » car seulement employable quand un porte-avions est en mer.

Puis, à la fin des années 2010, et alors qu’elles se composaient de 9 unités dotées de bombardiers Mirage IV à la fin des années 1970, il fut décidé que les Forces aériennes stratégiques [FAS] ne compterait plus que deux escadrons dotés du missile ASMP-A [Air Sol Moyenne Portée Améliorée] à la faveur du remplacement du Mirage 2000N par le Rafale B, contre trois jusqu’alors.

Par ailleurs, en 1992, la France finit par rejoindre le Traité de non prolifération nucléaire [TNP], alors qu’elle en respectait les dispositions depuis 1968. Puis elle ratifia, comme le Royaume-Uni, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires [TICEN], le programme « Simulation » devant alors prendre le relais des expérimentations réalisées à Mururoa. Enfin, elle cessa la production de matières fissiles pour les armes nucléaires.

Avec ces mesures, la France compte actuellement moins de 300 têtes de nucléaires, trois lots de 16 missiles M51 destinés aux SNLE et 54 ASMP-A. Tels sont les chiffres qui avaient été rendu publics en 2015 par le président Hollande.

La dissuasion nucléaire française repose sur cinq principes qui concourent à sa crédibilité : la permanence, l’indépendance nationale [ou autonomie stratégique], la défense des intérêts vitaux, lesquels doivent être assez flous pour un adversaire potentiel mais dont on sait, depuis le discours prononcé par M. Macron à l’École militaire en février 2020, qu’ils ont désormais une « dimension européenne », capacité à infliger des « dommages inacceptables » et, enfin, la notion « stricte suffisance ».

Le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale de 2008 donne une définition précise de cette notion, qui sera reprise par celui de 2013. « La France continuera à maintenir ses forces nucléaires à un niveau de stricte suffisance. Elle les ajustera en permanence au niveau le plus bas possible compatible avec sa sécurité. […] Le niveau de ses forces ne dépendra pas de celui des autres acteurs dotés de l’arme nucléaire, mais seulement de la perception des risques et de l’analyse de l’efficacité de la dissuasion pour la protection de nos intérêts vitaux ».

Et d’ajouter : « Le niveau de suffisance continuera à faire l’objet d’une appréciation à la fois quantitative, concernant le nombre de porteurs, de missiles, d’armes, et qualitative, prenant en compte des défenses susceptibles d’être opposées à nos forces. Cette appréciation est régulièrement présentée au Président de la République et actualisée dans le cadre du conseil de défense restreint sur les armements nucléaires ».

En clair, la France entend maintenir sa dissuasion nucléaire au plus bas niveau possible au regard de son évaluation du contexte stratégique.

Dans son livre « Opération Poker », le général Bruno Maigret, ancien commandant des Forces aériennes stratégiques, souligne que le « concept de stricte suffisance prévient tout risque de course aux armements qui pourrait faire perdre à la France son équilibre doctrinal comme financier ». Plus loin, il ajoute, en citant M. Macron : « La stricte suffisance des forces nucléaires n’est pas dimensionnée par l’arsenal des autres acteurs, mais bien par l’impératif du « maintien de leur crédibilité opérationnelle dans la durée, au niveau […] requis par l’environnement international’. Cela signifie que ce qui dimensionne nos forces aujourd’hui et demain est le niveau de la défense adverse qu’elles devront savoir percer ».

Le contexte international doit donc être pris en compte pour déterminer le niveau de « stricte suffisance ». Du moins fait-il partie de l’équation… Or, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec la menace nucléaire agitée par Moscou rebat les cartes. En outre, de nouvelles puissances nucléaires sont apparues depuis le début des années 1990, dont le Pakistan, la Corée du Nord et l’Inde. D’autres pays ont tenté de développemer un arsenal nucléaire… Et la Chine a visiblement l’intention d’accroître significativement le sien. Qui plus est, les armes hypersoniques ont fait leur apparition, certaines passant pour être opérationnelle. Et il faut composer avec les défenses antimissiles, le traité ABM [Anti-Ballistic Missile, signé à Moscou en 1972, ndlr] ayant été dénoncé par les États-Unis en 2002.

Étant allé beaucoup plus loin que la France en matière de désarmement nucléaire, avec une dissuasion ne reposant plus que sur une composante océanique [dont l’existence est « garantie » par les États-Unis], le Royaume-Uni a pris la mesure de cette évolution en annonçant, en mars 2021, son intention d’augmenter la taille de son arsenal nucléaire de 40%, le nombre de ses armes « stratégiques » devant ainsi passer de 180 à 260. Durant la Guerre Froide, les forces britanniques disposaient de 500 têtes nucléaires…

Pour justifier cette annonce, venue après une reprise en main de son industrie nucléaire, Londres avait mis en avant une « panoplie croissante de menaces technologiques et doctrinales » et une « menace active » incarnée par la Russie ainsi qu’un « défi systémique » posé par la Chine. Et d’ajouter : « Une dissuasion nucléaire minimale, crédible et indépendante, affectée à la défense de l’Otan, reste essentielle pour garantir notre sécurité ».

Dans ces conditions, l’évolution du contexte international invite-t-elle à reconsidérer le seuil de « stricte suffisance »? La France devrait-elle revoir le format de ses forces stratégiques, en profiter de la modernisation de ses deux composantes nucléaires, avec le SNLE de 3e génération et le missile ASN4G? Le développement d’une arme hypersonique – comme le V-MAX – peut-elle être une réponse?

Sans doute que la campagne électorale qui s’ouvre permettra d’aborder ce sujet, la dissuasion nucléaire étant du seul ressort du président de la République. En attendant, il se dit qu’un deuxième SNLE a quitté la base de l’Île-Longue peu après l’invasion de l’Ukraine. Cela ne s’était plus vu depuis la crise des Euromissiles, au début des années 1980.