2022, les Troupes de marine ont 400 ans

2022, les Troupes de marine ont 400 ans


Les Troupes de marine, anciennement Troupes coloniales et « Arme » faisant partie de l’Armée de terre, ont commémoré ces 31 août et 1er septembre 2022, non seulement comme chaque année à Fréjus les combats de Bazeilles, village près de Sedan, mais aussi les 400 ans de leur création par le cardinal de Richelieu.

Ce grand rassemblement de 2022 a regroupé 2000 Marsouins, Bigors et Sapeurs de marine, en activité ou pas et près de 20 drapeaux avec leurs gardes respectives. Il est le symbole exactement des valeurs partagées par les Troupes de marine : fraternité d’arme créée par les liens entre les générations, entre les soldats quel que soit leur grade, partage de la mémoire combattante et bien sûr engagement total au service de la France dans toutes ses opérations militaires, y compris aujourd’hui en Roumanie face à la Russie.

Les combats de Bazeilles, fait héroïque exemplaire

Ces combats ont affirmé le courage et l’héroïsme de la division coloniale (ou division bleue) qui reprit à plusieurs reprises les 31 août et 1er septembre 1870 le village de Bazeilles occupé par les Bavarois après avoir reçu l’ordre initial de ne pas l’occuper, erreur funeste du commandement français (Cf. Mon billet du 7 avril 2021. « Commandement et héroïsme à travers l’histoire militaire : une réflexion pour aujourd’hui ? »).

Le dernier acte se joue dans la maison Bourgerie ou « maison de la dernière cartouche », où une poignée de Marsouins encerclés résiste et tire la dernière cartouche avant de se rendre aux Allemands. Cette bataille aura coûté la vie 2 655 Marsouins dont 100 officiers et 213 sous-officiers. Les soldats bavarois en perdirent plus du double.

Dès le lendemain des affrontements, les soldats bavarois se livrent à d’atroces représailles contre la population de Bazeilles dont une partie avait pris part aux combats aux côtés des Troupes coloniales. Le village est incendié, certains habitants fusillés, brûlés vifs ou arrêtés puis déportés. Des habitants servirent aussi de « boucliers humains » aux soldats bavarois lors des combats. On dénombra ainsi plus d’une quarantaine de victimes civiles dans le village. Cent cinquante autres devaient mourir au cours des six mois suivant du fait des sévices endurés. Cette résistance héroïque valut à Bazeilles d’être décoré de la Légion d’honneur en 1900.

Le retour de l’urne contenant les ossements de nos anciens morts au combat

Ce quatre-centième anniversaire a donc représenté un moment important pour les 17 000 marsouins, bigors et « sapeurs de marine » d’aujourd’hui. La cérémonie dans les arènes de Fréjus est aussi l’intronisation publique de près de deux cents officiers et sous-officiers qui rejoignent « l’Arme ».

 

Le musée des troupes de marine de Fréjus (Cf. Musée des TDM), créé en 1981, a aussi été réouvert après plusieurs années de rénovation. Doté de riches collections, son objectif est de faire connaître l’implication des Troupes de marine dans l’histoire militaire de la France et dans la construction de son empire tout en témoignant de leurs sacrifices.

La crypte du Musée dédiée aux 400 000 soldats des Troupes de Marine morts pour la France a accueilli à nouveau l’urne funéraire qui comporte des ossements ayant appartenu aux marsouins tués à Bazeilles. Après une imposante cérémonie militaire rassemblant tous les drapeaux des régiments TDM, elle avait été déposée une première fois lors de l’inauguration du Musée de Fréjus le 2 octobre 1981.

Cette cérémonie a été renouvelée. Cette fois-ci, l’urne ne fut pas transportée par un VAB mais un blindé de type Griffon baptisé lui aussi « Bazeilles » qui équipe désormais le régiment.

 

Le président des lieutenants du 21e régiment d’infanterie de marine (21ème RIMa), une équipe de marsouins et moi-même avons déposé à nouveau cette urne dans la crypte en présence des hautes autorités militaires.

 

Cette cérémonie a été précédée par une messe ordonnée par Monseigneur Antoine de Romanet, évêque aux armées, et animée par la magnifique chorale aux sonorités martiales et viriles d’une promotion de saint-Cyr, baptisée en juillet du nom de « Colonel Lecocq », méhariste de renom, exécuté par les Japonais en Indochine en 1945 et dont la garnison de Fréjus porte le nom.

Garder la mémoire de nos anciens et l’honorer sont des valeurs essentielles pour la famille coloniale.

Que retirer personnellement de ces commémorations en 2022 ?

Ce fut d’abord un retour à mes premières années dans une unité de combat professionnelle. Le 21e RIMa était un régiment atypique. Interarmes avant l’heure, il était composé de deux compagnies d’infanterie sur VAB, de deux escadrons de blindés légers sur AMX10RC (blindé léger de reconnaissance armée d’un canon de 105 mm, toujours en service 41 ans après) sur lequel je venais d’être formé au 2e régiment de Hussards pour former à mon tour l’escadron où je servais, d’une batterie d’artillerie de 155 mm, d’une section du génie, d’une section de mortiers lourds de 120 mm, d’une section de missiles Milan antichars, d’une section de  canons de 20 mm anti-aériens. Trop bel outil interarmes pour qu’il dure au-delà de quelques années !

Pourquoi aussi un général pour cet événement au Musée ? En réalité, cette cérémonie militaire symbolise le lien des générations, entre un lieutenant d’hier et un lieutenant d’aujourd’hui. En 1980, première mutation après l’école d’application de la cavalerie et des blindés de Saumur, je suis affecté comme lieutenant au 21e RIMa. Le colonel Accary, à l’époque chef de corps du régiment, me désigne pour ramener le 28 août 1981 cette urne funéraire de Bazeilles.

Pour la « petite histoire », le hasard veut que Bazeilles soit à 40 km du village de Chauvancy-le-Château (fief existant depuis le milieu du XIe siècle et donnée par l’Espagne à la France lors du traité des Pyrénées de 1659 écrit à l’époque « Chavancy-le-Chasteau », histoire toujours) pour reprendre l’orthographe d’avant 1914. La partie de ma famille encore lorraine à l’époque avait aussi tout laissé pour ne pas être allemande après la défaite. Le corps colonial prendra aussi position à Chauvancy le 18 août 1914, autre clin d’œil… Les liens historiques et familiaux, ou simplement les coïncidences, sont parfois bien surprenant.

J’ai aussi eu le plaisir de retrouver mes anciens sous-officiers et caporaux-chefs de mon temps de lieutenant. C’est aussi la joie de retrouver ces officiers avec qui j’étais en opération en ex-Yougoslavie en 1992, il y a juste trente ans. Jeunes capitaines, ils sont généraux aujourd’hui.

Musique des TDM, chants entonnés par les différentes compagnies et haka exécuté par nos ultramarins animaient comme à l’accoutumée les parties conviviales de ce rassemblement. Effectivement, la grande famille coloniale était bien là et l’hymne martial des Troupes de marine a bien sûr retenti à de multiples reprises.

Oserai-je dire « et au nom de Dieu, vive la coloniale ! » Eh bien oui.

Non-lieu dans l’enquête sur l’armée française au Rwanda : “On a une responsabilité accablante, mais il n’y a pas de responsable”, regrette un ex-militaire

Non-lieu dans l’enquête sur l’armée française au Rwanda : “On a une responsabilité accablante, mais il n’y a pas de responsable”, regrette un ex-militaire

 

Alors que l’armée française bénéficie d’un non-lieu dans l’enquête sur les massacres de Bisesero, en juin 1994, Guillaume Ancel assure qu'”il y a des responsabilités qui n’ont pas encore été établies”.

Des Hutus rwandais accueillent un détachement de marines français alors qu'ils traversent un camp de réfugiés à l'extérieur de Butare, le 3 juillet 1994. (HOCINE ZAOURAR / AFP)

“On a une responsabilité accablante, mais il n’y a pas de responsable”, a regretté jeudi 8 septembre sur franceinfo, Guillaume Ancel, ancien officier et auteur de Rwanda, la fin du silence publié aux éditions Belles Lettres (2018), alors que l’Armée française bénéficie d’un non-lieu dans l’enquête sur les massacres de Bisesero, au Rwanda, en juin 94. Plusieurs associations de rescapés du génocide rwandais accusaient la mission française Turquoise de complicité de génocide, reprochant aux militaires d’avoir sciemment abandonné pendant trois jours les civils réfugiés dans les collines de Bisesero, dans l’ouest du pays. “Les gens qu’on soutenait étaient des génocidaires”, a-t-il expliqué. “C’est l’Élysée qui pilotait tout à l’époque”, a-t-il souligné, regrettant que “le secrétaire général de l’Élysée de l’époque, Hubert Védrine” n’ait pas été interrogé “sur son rôle dans cette affaire”. Dix-sept ans après l’ouverture de l’information judiciaire, les juges ont suivi le parquet et ordonné un non-lieu général, estimant qu’il n’y avait aucune preuve d’une éventuelle complicité de l’armée française. Pourtant, selon lui, “il y a des responsabilités qui n’ont pas encore été établies”.

franceinfo : Quelle est votre réaction après l’annonce de ce non-lieu ?

Guillaume Ancel : J’en suis désolé et, en même temps, je le comprends. Je suis un peu désolé parce que c’était un moment clé pour montrer qu’elle avait été la responsabilité du commandement militaire. Je le comprends parce que le rapport Duclert qui avait été demandé par le président de la République, Emmanuel Macron, a clairement déterminé que notre intervention au Rwanda était un désastre français et que la responsabilité politique était lourde et accablante. Mais ce qui est dommage, c’est que la justice n’a sanctionné personne. On a une responsabilité accablante, mais il n’y a pas de responsable. Par exemple, on n’a jamais interrogé le secrétaire général de l’Élysée de l’époque, Hubert Védrine, sur son rôle dans cette affaire. Bisesero est emblématique de la duplicité de l’intervention militaire française : on a affiché au monde entier que c’était une opération humanitaire, alors qu’en fait, on était là uniquement pour se battre, pour remettre en place le gouvernement qu’on soutenait depuis quatre ans et qui était en train de commettre le génocide.

Quel a été le rôle des militaires à Bisesero ?

C’est anormal que le commandement militaire n’ait pas compris, quand on a été face à des rescapés sur les collines de Bisesero, qu’on ne pouvait pas raconter au monde entier, qu’on était là pour s’en occuper et les a abandonnés à leur sort. Je rappelle quand même, parce que c’est un point qui n’est pas dit par les juges, que c’est la désobéissance de certains de mes compagnons d’armes qui a permis de sauver les derniers rescapés. Le commandement ne voulait pas qu’on s’en occupe. Ils étaient tellement taraudés par les ordres de Paris d’aller se battre contre les soldats d’en face qu’ils ne comprenaient même pas ce qu’on voyait, nous, de nos yeux, c’est que les gens qu’on soutenait étaient des génocidaires.

Les militaires étaient-ils conscients de ce qu’ils ne faisaient pas ?

Oui, très clairement. C’est le premier jour de l’intervention militaire Turquoise. On est au 75e jour du génocide. Mes compagnons d’armes, des soldats des forces spéciales, traversent les collines de Bisesero. On leur a dit qu’ils avaient sans doute des espions du Front patriotique rwandais, l’armée de Paul Kagamé en face. En réalité, ce qu’ils croisent, ce sont des rescapés de massacres atroces. Et c’est seulement trois jours après, le 30 juin, que plusieurs de mes camarades ont décidé de désobéir sans le dire et qu’ils ont amené des journalistes sur le lieu pour obliger le commandement français à réagir face à l’opinion internationale. C’est seulement à ce moment-là qu’on va s’occuper des rescapés. Je suis dans une unité de combat, la Légion étrangère, qui est à quelques dizaines de kilomètres du lieu de Bisesero. Nous sommes mobilisés non pas pour aller nous occuper des rescapés de Bisesero, mais pour continuer à aller nous battre contre le FPR parce que, en réalité, la France a demandé un mandat humanitaire pour aller mener une action de guerre au Rwanda au profit des génocidaires.

“Les gens sont couverts de blessures. Ce sont des fantômes, des zombies. Quand ils demandent de les secourir, le commandement français évacue les soldats français et leur interdit de revenir sur cette zone.”

Guillaume Ancel, ancien officier

à franceinfo

Vous visez directement l’Élysée ?

Bien sûr, c’est l’Élysée. C’est l’Élysée qui pilotait tout à l’époque. Et d’ailleurs, c’est ce qu’a établi le rapport Duclert. Ce que je trouve dommage, c’est qu’il n’y ait pas de sanctions qui soient prises contre les gens qui sont responsables de ce que la Commission d’historiens a qualifié de désastre français. Il aurait fallu qu’il y ait aussi des sanctions contre certains militaires parce que, oui, ils ont obéi. Mais depuis la jurisprudence Nuremberg, il est établi qu’un officier est responsable des ordres qu’il donne. Il ne peut pas dire ‘j’ai simplement obéi à l’Élysée’. Il n’avait pas à obéir à l’Élysée pour des ordres pareils.

Les associations font appel de ce non-lieu prononcé par la justice. Est-il encore temps d’établir des responsabilités ?

Il y a des responsabilités qui n’ont pas encore été établies. Les juges vont trop vite quand ils disent qu’on ferme le sujet parce qu’il n’y a pas d’intention de participer au génocide. C’est évident. Ce n’était pas la question. Je n’ai jamais eu un compagnon d’armes qui avait l’intention de participer au génocide. Par contre, à Bisesero, le fait qu’on a abandonné 2 000 rescapés à leur sort et que, quand on réintervient beaucoup trop tard, trois jours après, il n’en reste plus que 700, c’est une responsabilité du commandement français. Pourquoi est-ce qu’ils ont pris ces décisions ? En réalité, on le sait, c’est parce que l’Élysée leur a imposé. Mais justement, c’est d’aller chercher les responsabilités et de les sanctionner pour que ça serve de référence pour la suite. Que demain, quand un officier français recevra un ordre qui est totalement déconnant, qu’il puisse dire, ‘il n’est pas question que je fasse ça parce que je ne veux pas être un jour sanctionné par la justice’. C’est cela qui manque dans l’affaire Bisesero, c’est une condamnation pour l’exemple.

Le Mali dit qu’il pourrait faire usage de la force en cas de violation de son territoire par l’armée française

Le Mali dit qu’il pourrait faire usage de la force en cas de violation de son territoire par l’armée française

http://www.opex360.com/2022/08/17/le-mali-dit-quil-pourrait-faire-usage-de-la-force-en-cas-de-violation-de-son-territoire-par-larmee-francaise/


 

Dans sa lettre, M. Diop a fait état de « plus de 50 cas délibérés de l’espace aérien malien par des aéronefs étrangers, notamment opérés par les forces françaises sous différentes formes ». Ce qui n’est pas nouveau : en avril, le colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale et porte-parole du gouvernement de transition, avait porté les mêmes accusations, après la mise en échec d’une tentative d’attaque informationnelle contre Barkhane, qui venait alors de quitter la base opérationnelle avancée de Gossi.

Pour rappel, grâce au survol de cette emprise par un drone Reaper, l’État-major des armées [EMA] avait pu diffuser des images montrant des « soldats de type caucasiens », appartenant très vraisemblablement au groupe paramilitaire Wagner, en train d’enterrer des cadavres dans une fosse commune alors que, via les réseaux sociaux, de faux profils commençaient à prétendre que militaires français avaient quitté Gossi en laissant un charnier derrière eux.

Visiblement, la mise en échec de cette tentative de manipulation fut difficile à avaler pour la junte malienne, qui promit alors une enquête… tout en accusant Barkhane de mener des actions de « subversion » dans le but de ternir l’image des Forces armées maliennes [FAMa]. Dans sa lettre, M. Diop reprend donc exactement les mêmes éléments de langage qu’en avril dernier…

Cependant, il avance d’autres faits, impossibles à vérifier en l’état… quand ils ne sont pas tout bonnement improbables. Ainsi est-ce le cas des allégations concernant l’attaque jihadiste de Tessit [où un quarantaine de soldats maliens ont perdu la vie], le 7 août dernier. Pour rappel, les FAMa affirmèrent, peu après, que les assaillants avaient bénéficié d’un « appui majeur et d’une expertise extérieure ».

Le chef de la diplomatie malienne en a dit davantage… quitte à se risquer à « mouiller » les forces britanniques. « Le 8 août, à 37 km de Tessit, un hélicoptère Chinook a survolé les renforts FAMa de Gao en mouvement vers Tessit, dans la direction opposée de progression. Le Chinook, surpris dans ses activités, a subitement repris de l’altitude. Les recoupements du Poste de commandement interarmées de théâtre [PCIAT] Est auprès des partenaires n’ont pas permis de confirmer l’origine de l’appareil », a-t-il écrit.

Seulement, les forces françaises ne possèdent pas de CH-47D Chinook [et elles le regrettent d’ailleurs…]. Et les seuls qui en disposent au Mali sont les militaires britanniques, pour appuyer leur contingent mis à la disposition des Nations unies. Cela étant, il est vrai aussi que la Royal Air Force a engagé ses appareils au profit de Barkhane.

Plus généralement, M. Diop assure que Bamako dispose de « plusieurs éléments de preuve que ces violations flagrantes de l’espace aérien malien ont servi à la France pour collecter des renseignements au profit des groupes terroristes opérant dans le Sahel et pour leur larguer des armes et des munitions ».

Quoi qu’il en soit, pour la diplomatie malienne, ces actes qu’elle prête à la France « constituent une agression ». Et d’ajouter : « En cas de persistance dans cette posture qui porte atteinte à la sécurité de notre pays, le gouvernement du Mali se réserve le droit de faire usage de la légitime défense, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies ». Pour le moment, Paris n’a pas réagi.

Reste que la propagande anti-française, probablement inspirée par Moscou, fait des émules. Ainsi, les autorités nigériennes ont interdit une manifestation devant être organisée par le mouvement M62 pour demander le départ de Barkhane du pays.

 

Barkhane: le combat continue en BSS avec un nouveau dispositif

Barkhane: le combat continue en BSS avec un nouveau dispositif

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 17 août 2022

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/


Les derniers militaires de la force Barkhane ont quitté le hub logistique de Gao, au Mali, lundi (voir mon post). Un “pion” de 150 militaires français a assuré la garde du camp avant de l’évacuer dans la nuit du 14 au 15 et de rejoindre le Niger vers 13h lundi (heure de Paris).

Ce “défi militaire logistique majeur, relevé en bon ordre et en sécurité et en transparence”, a eu lieu dans un “contexte politique jugé incompatible”, selon l’EMA.

Ce même EMA précise que le combat continue contre les GAT avec un nouveau dispositif sur quatre pays de la BSS où désormais quelque 3 000 soldats français de la force Barkhane sont encore présents: 

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Sur le plan logistique, cette réarticulation a été réalisée via 150 convois aériens impliquant plusieurs vols à chaque fois (l’EMA précise en particulier que 400 vols environs d’A-400M français ont été réalisés).

Les convois ont aussi terrestres (60) et maritimes (5).

Une analyse de l’engagement militaire français au Sahel

Une analyse de l’engagement militaire français au Sahel

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 16 août 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


Le Sahel occidental a longtemps été une zone de faible présence française, du fait de la proximité hostile de l’Algérie, mais surtout d’un rejet plus fort qu’ailleurs de l’ancien colonisateur. La France n’y est intervenue militairement qu’en 1978-1979 en Mauritanie.

De l’arrivée d’AQMI à Serval

Les choses évoluent avec l’implantation au nord du Mali au début des années 2000 des Algériens du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui devient Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en 2007 et organise des attaques contre les pays voisins et les intérêts français dans la région (prises d’otages).

La réponse française est discrète, misant sur l’action clandestine de la DGSE du Commandement des opérations spéciales (COS) qui installe la force Sabre près de Ouagadougou en 2009. Cet engagement s’inscrit dans un « plan Sahel » où il s’agit d’aider les armées locales à lutter contre les groupes djihadistes et à intervenir pour tenter de libérer les otages. Le plan Sahel a peu d’impact, sauf en Mauritanie où le président Aziz, restructure efficacement son armée et développe une stratégie intelligente de lutte contre les djihadistes. Le Mali néglige la proposition française, alors que le nord est devenu une zone franche pour toutes les rébellions.

La situation prend une nouvelle tournure fin 2011 avec la remontée en puissance au Mali du mouvement touareg, renforcé par le retour de combattants de Libye, mais aussi la formation de nouveaux groupes djihadistes comme Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali, et le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO, futur Al-Mourabitoun). Début 2012, toutes ces organisations s’emparent du nord du Mali.

Critiquant l’inaction du gouvernement, un groupe de militaires maliens organise un coup d’État en mars 2012. Commence alors une longue négociation pour rétablir des institutions légitimes au Mali et leur autorité sur l’ensemble du pays. La France saisit l’occasion pour se placer en soutenant l’idée d’une force interafricaine de 3 300 hommes et d’une mission européenne de formation militaire (European Union Training Mission, EUTM) destinée à reconstituer l’armée malienne. La France annonce qu’elle appuiera toutes ces initiatives, mais sans engagement militaire direct (« La France, pour des raisons évidentes, ne peut être en première ligne » Laurent Fabius, 12 juillet 2012).

L’attaque djihadiste de janvier 2013 prend tout le monde de court. On redécouvre alors que la France est la seule « force de réaction rapide » de la région. À la demande du gouvernement malien, le président Hollande décide d’engager des bataillons au combat, une première en Afrique depuis 1979. L’opération Serval est alors un succès. En deux mois, et pour la perte de six soldats français, nous éliminons 400 combattants, libérons toutes les villes du nord et détruisons les bases. Les trois organisations djihadistes sont neutralisées jusqu’en 2015. Dans la foulée, des élections présidentielles et législatives sont organisées, tandis qu’EUTM et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), qui remplace et absorbe la force interafricaine, sont mises en place.

On aurait pu retirer nos forces et revenir à la situation antérieure. On décide de rester militairement au Mali, au cœur de nombreux problèmes non résolus, dans un pays parmi les plus sensibles à son indépendance et avec déjà l’accusation de partialité vis-à-vis des Touaregs.

L’opération Barkhane : un pari risqué

La nouvelle mission des forces françaises est de «contenir l’activité des “groupes armés terroristes (GAT)” à un niveau de menace faible jusqu’à ce que les forces armées locales puissent assurer elles-mêmes cette mission dans le cadre d’une autorité restaurée des États ».

L’équation militaire française consiste donc en une course de vitesse entre l’érosion prévisible du soutien des opinions publiques française et régionales à l’engagement français et l’augmentation rapide des capacités des forces de sécurité locales.

Comment contenir un ennemi désormais clandestin ? Il n’y a que deux méthodes possibles :

–       La recherche et la destruction des bandes ennemies (par des raids au sol ou par hélicoptères) et des frappes aériennes. On parlera alors de pression.

–        L’accompagnement des troupes locales au combat pour les aider à contrôler le terrain.

On choisit la première méthode qui paraît moins risquée et plus adaptée à nos moyens matériels et nos faibles effectifs. Nous cherchons donc à éliminer le plus possible de combattants ennemis. Cette approche ne fonctionne que si on élimine suffisamment de combattants pour écraser l’organisation ennemie et l’empêcher de capitaliser sur son expérience. En dessous d’un certain seuil en revanche, l’ennemi tend au contraire à progresser. Jusqu’en 2020, nos pertes sont faibles (un mort tous les quatre mois, souvent par accident) mais nous n’exerçons pas assez de pression, car nos forces sont dispersées dans le monde et dans Sentinelle.

Le problème majeur de l’équation militaire reste cependant que l’absence de « relève ». Malgré des moyens considérables, la MINUSMA est incapable de faire autre chose que se défendre et n’a donc aucun impact sur la situation sécuritaire. Les Forces armées maliennes (FAMa) évoluent peu depuis 2014 malgré la mission EUTM car personne ne touche vraiment à la faiblesse structurelle, pour ne pas dire la corruption, de leur infrastructure administrative. Il ne sert à rien de former des soldats, s’ils ne sont pas payés et équipés correctement. La Force commune du G5-Sahel créée en 2017 et qui s’efforce de coordonner l’action des armées locales autour des frontières, mène très peu d’opérations.

Dans ces conditions, et compte tenu par ailleurs de l’incapacité des États à assurer leur mission d’administration et de justice, malgré toutes les promesses de l’aide civile internationale, les organisations djihadistes ou autres s’implantent dans les zones rurales par la peur mais aussi par une offre alternative d’administration. L’aide humanitaire ne change rien.

Malgré les accords d’Alger de 2015, le conflit du nord Mali contre les séparatistes touaregs reste gelé. De nouvelles organisations djihadistes apparaissent sur de nouveaux espaces comme le Front de libération du Macina (FLM) actif au centre du Mali, qui finit par s’associer aux groupes historiques pour former en 2017 le Rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans (RVIM ou Groupe de Soutien IM). On voit apparaître également l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dont l’action s’étend dans la zone des « trois frontières » entre le Mali, Niger et Burkina Faso. Par contrecoup, on voit également se multiplier des milices d’autodéfense nourries par les tensions socioethniques croissantes.

L’année 2019 est une année noire. La violence contre la population double par rapport à l’année précédente. Les armées locales subissent des coups très forts et sont au bord de l’effondrement. Dans le même temps, l’image de la France se dégrade. Elle se trouve accusée simultanément de protéger les séparatistes de l’Azawad, de soutenir des gouvernements corrompus et surtout d’être impuissante à contenir le développement des djihadistes malgré tous ses armements modernes.

La France attend finalement la mort de 13 soldats français (accident d’hélicoptères) le 25 novembre 2019 pour réagir. Le sommet international de Pau en janvier 2020 conclut qu’il faut augmenter les moyens (600 soldats de plus, drones armés) et l’activité de Barkhane. On annonce la mise en place de la Task Force Takuba composée d’équipes de conseillers issues des forces spéciales européennes. Avec ces nouveaux moyens et une plus grande prise de risques (dix soldats français tués en 2020), Barkhane exerce une pression beaucoup plus forte qu’auparavant sur l’ennemi. Abdelmalek Droukdel, leader d’AQMI est tué en juin 2020. On s’approche de la neutralisation de l’EIGS et peut-être aussi d’AQMI. Le discours du RVIM change, expliquant que leur combat est local et qu’il n’est pas question d’attaquer en Europe.

On ne sait pas exploiter politiquement cette nouvelle victoire, alors que l’on sait qu’il n’est plus possible de continuer très longtemps Barkhane à un tel coût humain et financier (un milliard d’euros par an). Il faut à ce moment-là faire évoluer l’opération pour la rendre plus durable. On tarde trop. L’idée de remplacer les bataillons français par Takuba est bonne, mais réalisée en coalition européenne sa constitution prend des années et son objectif n’est pas très clair pour les Maliens (aide véritable ou opération intra- européenne ?).

Surtout, cette évolution militaire s’effectue dans un cadre diplomatique rigide et maladroit. Plusieurs chefs d’État, comme le président Kaboré (Burkina Faso) ont critiqué « la forme et le contenu » du sommet de Pau, qui sonnait comme une convocation autoritaire et qui selon lui « ont manqué de tact ». Le gouvernement de Bamako est obligé de rappeler son ambassadeur à Paris en février 2020 après des propos jugés offensants. Il se trouve au même moment empêché de négocier avec certains groupes djihadistes locaux, jusqu’à ce que le nouveau pouvoir installé par la force à Bamako en août 2020 passe outre et négocie la libération de Soumaïla Cissé, et de la Française Sophie Pétronin, contre la libération de 200 prisonniers.

La décision de transformation de l’opération Barkhane est finalement annoncée le 10 juin 2021 par le président de la République. Il aurait sans doute été préférable de le faire en février à l’issue du sommet de N’Djamena, et elle est mal présentée. Tout le monde interprète la « fin de Barkhane » (alors qu’il aurait fallu parler de transformation) comme une décision unilatérale en représailles au nouveau coup d’État à Bamako en mai 2021. Le Premier ministre Maïga se plaint alors à la tribune des Nations-Unies d’être placé devant le fait accompli sans concertation, parle alors d’« abandon en plein vol » et de son intention de faire appel à d’autres partenaires, c’est-à-dire la Russie, ce qui suscite une nouvelle crise. Au lieu de s’en accommoder, la France s’en offusque inutilement puisque les Russes arrivent quand même. Après plusieurs échanges aigres, l’ambassadeur de France est renvoyé fin janvier 2022 et le gouvernement malien impose des restrictions d’emploi aux forces européennes sur le territoire du pays. Il est alors décidé de mettre fin à Takuba tandis que la transformation de Barkhane, se poursuit.

Et maintenant

La guerre continue. Les trois dernières bases au Mali (Gao, Gossi, Ménaka) vont être évacuées, ce qui va prendre plusieurs mois. Le centre de gravité de l’effort de Barkhane est désormais à Niamey, où se trouvent la force aérienne de combat (drones, Mirage 2000) et un bataillon qui accompagne les forces nigériennes. La force Sabre continue ses opérations. Il reste à déterminer ce que nos aéronefs seront autorisés à faire au Mali. Faudra-t-il répondre aux appels au secours des FAMa ? Pourra-t-on mener un raid de forces spéciales pour éliminer un leader ennemi ? Faudra-t-il demander des autorisations de vol pour appuyer la MINUSMA ?

On ne voit pas très bien comment les choses vont évoluer au Mali entre un long statu quo de pays fragmenté, une reconquête effective (peu probable) ou au contraire un effondrement de cet État. Il n’est pas exclu que l’on nous appelle alors encore au secours.

Au Niger, le combat continue mais avec deux problèmes : le Niger fait face à d’autres organisations armées (ISWAP, Boko Haram) que celles que nous combattons, va-t-on s’engager contre elles ? Ne peut-on craindre aussi à terme un rejet de la « greffe française » si la situation ne s’améliore pas ou si le pouvoir, pour l’instant favorable, change de main. Le nouveau régime au Burkina Faso paraît actuellement, et c’est nouveau, demandeur de l’aide française.

Il faut expliquer que nous trouvons face à une situation complexe et mouvante qui le restera longtemps par l’action de multiples facteurs. Nous avons affaire à des États qui luttent pour éviter d’être débordés par cette entropie et doivent faire face à des alternatives de société (émirats). La question est de savoir dans quelle mesure nous voulons et nous pouvons participer à cette guerre, avec cet atout que nous sommes toujours l’acteur militaire le plus efficace dans la région et cet inconvénient que notre position d’ancien colonisateur rend sensible tout engagement dans la durée.

Si nous choisissons de poursuivre la guerre, il convient de le dire clairement en expliquant qu’il s’agit d’un engagement de très longue durée et de la faire correctement, c’est-à-dire de la manière la moins coûteuse possible, en termes de pertes humaines, mais aussi d’image, de dépenses financières, d’usure d’équipements précieux.

Il conviendra d’être prudent et respectueux des États locaux, ce sont eux qui décident ou non de la poursuite de notre action, bien plus que l’ennemi. Il faut moins donner de leçons et plus écouter. Moins appliquer nos solutions que de s’adapter aux leurs.

Il conviendra d’être plus cohérent, en réunissant sous un même commandement, toutes les forces françaises en Afrique occidentale et centrale. Dans l’idéal, il conviendrait d’y intégrer nos instruments d’influence et de puissance, qui fonctionnent parfois de manière concurrente (les militaires français gardent un mauvais souvenir des relations avec l’AFD). Il serait bon aussi que l’on soit enfin capable de combattre dans le champ de l’information.

On pourra s’inquiéter de notre absence de diplomatie d’armements. Faute de pouvoir leur proposer des équipements low cost et rustiques adaptés aux conditions de la guerre dans le Sahel et des budgets réduits, les États locaux achètent russe, chinois et lorsqu’ils découvriront qu’ils peuvent disposer de drones armés turcs à un ou deux millions d’euros, ils feront appel aux Turcs. Nous ne sommes plus sur ce terrain d’influence.

Il faut réfléchir également à comment être sur le terrain en étant moins visible. Il faut certainement refaire un effort sur la formation des armées locales à partir de nos bases en Côte d’Ivoire, Sénégal et Gabon. Il faut accroître notre capacité à accompagner, et même vivre avec, les forces locales. La fusion de troupes françaises et de troupes locales, reste à ce jour la méthode qui a fait le plus ses preuves. Il faut sans doute envisager de le faire aussi avec des sociétés privées françaises, par exemple dans des forces aériennes low cost, sous uniforme et commandement local mais avec un contrôle français sur les règles d’engagement. 

Si nous voulons continuer la guerre, il faut innover.

L’armée française quitte le Mali après plus de neuf ans d’intervention

L’armée française quitte le Mali après plus de neuf ans d’intervention

 

L'armee francaise quitte le Mali apres plus de neuf ans d'intervention
L’armée française quitte le Mali après plus de neuf ans d’intervention © AFP/Archives/FLORENT VERGNES

Le point – Source AFP Publié le

Barkhane : Le Groupement tactique « Monclar » déjoue une attaque jihadiste sur l’axe Gao-Niamey

Barkhane : Le Groupement tactique « Monclar » déjoue une attaque jihadiste sur l’axe Gao-Niamey

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 13 août 2022

http://www.opex360.com/2022/08/13/barkhane-le-groupement-tactique-monclar-dejoue-une-attaque-jihadiste-sur-laxe-gao-niamey/


 

Peu avant de céder le commandement de la force Barkhane au général Bruno Baratz, le général Laurent Michon avait dit craindre un « coup d’éclat » des groupes armés terroristes [GAT] dans les derniers jours du retrait des troupes françaises du Mali.

Ce 13 août, et alors que celui-ci est sur le point de s’achever [avec, la semaine passée, le transfert de 150 conteneurs et d’un quarantaine de véhicules de Gao vers Niamey, au Niger], le Groupement tactique « Monclar », armé par la 13e Demi-Brigade de Légion étrangère [DBLE] a repéré un groupe de combattants jihadistes dans les environs de la localité de Tassiga, située sur à une quarantaine de kilomètres de la frontière nigérienne.

Armés de fusils-mitrailleurs et se déplaçant à motos, les jihadistes cherchaient à se renseigner sur le dispositif de sécurité déployé par les militaires français dans le secteur. Mais ils n’ont guère eu le temps de poursuivre leur activité. Une fois repérés, ils ont ouvert le feu sur les légionnaires du GTD Monclar, qui ont immédiatement riposté.

« Dans sa riposte, Barkhane a mis hors de combat deux d’entre-eux, n’essuyant aucune perte de son côté », a indiqué l’État-major des armées [EMA], peu après cet accrochage. Et d’ajouter : « La mission première de Barkhane de lutter contre les groupes armés terroristes se poursuit aux côtés de ses partenaires sahéliens, en parallèle de la ré-articulation en bon ordre et en sécurité de son dispositif hors du Mali ».

Il s’agit de la seconde intervention de Barkhane contre un GAT en une semaine. En effet, dans la soirée du 6 août, la force française a mené une opération dans la région de Talataï, située à environ 200 km au nord-est de Gao, pour « neutraliser » un cadre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM, JNIM ou RVIM, lié à al-Qaïda].

Par ailleurs, selon le dernier compte-rendu hebdomadaire des opérations de l’EMA, le GTD Monclar a mené, la semaine passée, une opération de sécurisation de la ville de Gao et de ses alentours, l’objectif étant de « protéger la force, dans le cadre de la ré-articulation du dispositif, ainsi que la population contre de potentielles exactions des GAT présents dans la région ». Cette mission a reposé un « dispositif léger et discret », composé de deux groupes d’infanterie et d’une unité de tireurs d’élité, appuyé par un hélicoptère d’attaque Tigre.

« Si la réarticulation prend du temps, c’est parce que nous souhaitons le faire en sécurité, en bon ordre et selon le mode d’action que nous avons déterminés, nous ne nous faisons rien imposer. […] Nous faisons les choses extrêmement sereinement », a récemment fait valoir le général Pascal Ianni, le porte-parole de l’EMA, à l’antenne de franceinfo.

Photo : État-major des armées

Ancien du 1er RPIMa, le général Bruno Baratz prend la direction des opérations françaises au Sahel

Ancien du 1er RPIMa, le général Bruno Baratz prend la direction des opérations françaises au Sahel

http://www.opex360.com/2022/07/29/ancien-du-1er-rpima-le-general-bruno-baratz-prend-la-direction-des-operations-francaises-au-sahel/


 

Dégradation des relations entre Paris et Bamako, arrivée du groupe paramilitaire russe Wagner, sollicité par la junte malienne, lutte informationnelle quasiment incessante contre Barkhane, avec des conséquences sur le terrain, illustrées par la difficile progression d’un convoi logistique français entre Abidjan et Gao ou encore par la mise en scène macabre à Gossi, montée en puissance de certaines organisations jihadistes, à commencer par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM ou JNIM, lié à al-Qaïda], décision de M. Macron de retirer les troupes françaises du Mali, etc. Si sa prise de commandement devait intervenir à un moment « essentiel », probablement que le général Michon ne soupçonnait pas l’ampleur des difficultés qu’il allait devoir affronter.

Et nul doute que la partie ne sera pas plus facile par son successeur, le général Bruno Baratz, à qu’il vient de transmettre la direction des opérations françaises au Sahel.

« C’est avec une grande fierté que j’ai l’honneur de prendre le commandement de l’opération Barkhane. La période qui s’ouvre, plus incertaine que jamais, nous exhorte à l’humilité et à l’audace », a d’ailleurs déclaré le général Baratz, au moment de prendre ses nouvelles fonctions.

 

Fils d’un gendarme originaire d’Oloron Sainte-Marie et passé par l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan [promotion « général Georges Hamacek » – 1989-92] puis par celle de l’École d’application de l’Infanterie [alors implantée à Montpellier, ndlr], le général Baratz a accompli l’essentiel de sa carrière militaire dans les forces spéciales, plus précisément au sein du 1er Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine [RPIMa] dont il devint le chef de corps en 2010.

Engagé à plusieurs reprises dans les Balkans, en Afrique, en Afghanistan et en Guyane [au titre de l’opération Harpie, menée contre l’orpaillage clandestin], le général Baratz a exercé différentes fonctions en état-major.

Breveté de l’enseignement militaire supérieur et titulaire d’un « master » spécialisé en management des risques internationaux obtenu en 2005 à HEC, Bruno Baratz a notamment été chef de cabinet du chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT] et commandant des Éléments français au Sénégal, avant de prendre la tête du Commandement des forces spéciales Terre [CFST] en 2020. À noter qu’il a publié deux livres : « Le business en Irak, entre risques et opportunités » et « L’économie mondiale en mouvement, vers un nouvel environnement géo-économique ».

Le général Baratz prend les rênes de Barkhane à un moment où le retrait du Mali est sur le point de s’achever, où les attaques de GSIM se rapprochent de Bamako et où la menace jihadiste s’étend au golfe de Guinée… Mais surtout, il lui reviendra d’appliquer une nouvelle feuille de route pour les opérations françaises au Sahel, avec un effectif réduit à 2’400 militaires.

« Nous opérons une réarticulation de notre dispositif en nous retirant du Mali parce que le cadre politique n’est plus là […], pour élargir notre dispositif, au-delà du Sahel, au golfe de Guinée et les pays de la deuxième ceinture qui ont à faire face maintenant à des groupes terroristes qui sont en train de s’étendre et de bousculer toute la région », a encore expliqué le président Macron, lors de son déplacement à Yaoundé [Cameroun], le 26 juillet.

Sur une base nigérienne reculée, les légionnaires français se font discrets

Sur une base nigérienne reculée, les légionnaires français se font discrets



Sur une base nigérienne reculée, les légionnaires français se font discrets
©   AFP/BERTRAND GUAY

Le Point – Source AFP – Publié le https://www.lepoint.fr/monde/sur-une-base-nigerienne-reculee-les-legionnaires-francais-se-font-discrets-16-07-2022-2483473_24.php


Présence militaire française en Afrique : comment la France compte réellement s’y prendre

Présence militaire française en Afrique : comment la France compte réellement s’y prendre

TOURNANT. Dans une déclaration au ministère des Armées, la veille du 14 Juillet, le président Macron a ouvert la porte à une offre militaire française rénovée en Afrique.

Dans le nord du Mali, les soldats francais de l'operation Barkhane ont laisse les cles de la base de Tombouctou aux Forces armees maliennes fin decembre 2021, mettant fin a neuf annees de presence. La ville avait ete liberee par les Francais en 2013.
Dans le nord du Mali, les soldats français de l’opération Barkhane ont laissé les clés de la base de Tombouctou aux Forces armées maliennes fin décembre 2021, mettant fin à neuf années de présence. La ville avait été libérée par les Français en 2013.  © FLORENT VERGNES / AFP


Par Le Point Afrique – Publié le

https://www.lepoint.fr/afrique/presence-militaire-francaise-en-afrique-comment-la-france-compte-reellement-s-y-prendre-14-07-2022-2483266_3826.php


Un coup d’accélération. Le président français, Emmanuel Macron a ouvert la porte mercredi, à la veille du 14 Juillet, à une transformation de l’offre militaire française en Afrique, vers un dispositif plus discret, qui imposera de fait de revoir l’ensemble des dispositifs français en Afrique. Ce changement de cap intervient alors que l’armée française est en passe de quitter le Mali à la fin de l’été et qu’elle a des milliers de militaires impliqués dans la lutte antidjihadiste au Sahel.

Dans sa traditionnelle allocution au ministère des Armées, le chef de l’État français a affirmé sa volonté de « réussir à bâtir dans la durée une intimité plus forte avec les armées africaines, reconstruire une capacité à former, ici et là-bas », tout en restant en deuxième ligne, et alors que Paris veut préparer ses armées aux conflits de haute intensité comme celui d’Ukraine. Le président Macron a par ailleurs évoqué la nécessité d’un « continuum entre notre offre diplomatique, nos actions rénovées pour le partenariat africain, nos actions de développement » en Afrique. « C’est un changement de paradigme profond », a-t-il martelé.

Les ministres des Armées, Sébastien Lecornu, et des Affaires étrangères, Catherine Colonna, sont attendus dès le 15 juillet au Niger pour expliquer aux différents partenaires les grandes lignes de la nouvelle stratégie. M. Lecornu se rendra le lendemain en Côte d’Ivoire. Avant un déplacement, fin juillet, du président Macron dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne.

En effet, la France, ancienne puissance coloniale d’une partie des pays du continent, y maintient une forte présence militaire. Outre son engagement au Sahel, en pleine restructuration, elle a des éléments déployés au Sénégal, au Gabon, en Côte d’Ivoire et à Djibouti.

Changement de paradigme

Alors que le chantier d’une refondation de la stratégie militaire française en Afrique est en cours d’élaboration depuis de longs mois, le bras de fer entre Paris et Bamako, puis la guerre en Ukraine sont devenus des facteurs d’accélération de la réflexion. La France entend tirer les leçons de son engagement au Mali, notamment pour éviter les écueils passés. « Nous avons certes fait monter en puissance l’armée malienne, mais nous avons parfois agi à sa place. C’est terminé », a récemment confié à l’AFP le commandant de Barkhane, le général Laurent Michon, qui sera remplacé en août par le général Bruno Baratz.

Hier partenaire clé de Bamako, la France, ancienne puissance coloniale, est désormais persona non grata. La junte au pouvoir depuis 2020 a poussé dehors l’armée française et a fait appel aux Russes, via la sulfureuse société paramilitaire Wagner, même si Bamako s’en défend. Le bilan est mitigé : si l’opération Barkhane, qui a succédé à l’opération Serval en 2013, a obtenu de beaux succès tactiques en supprimant de nombreux chefs djihadistes et en entravant la marge de manœuvre des groupes armés, l’État malien n’a jamais transformé l’essai en apportant des réponses politiques. Conséquence : les violences continuent de s’intensifier et le sentiment antifrançais a gagné du terrain.

« On change de paradigme, avec une présence partenariale plus discrète. Aujourd’hui, se déployer avec une armada n’est plus dans l’air du temps », résume le colonel Hubert Beaudoin, sous-chef opérations de Barkhane.

Désormais, l’armée française offrira son soutien, mais en deuxième ligne. Une manière de réduire la visibilité de son action, qui agit comme un irritant dans les sociétés africaines, tout en maintenant une présence dans cette zone d’influence historique.

Une nouvelle feuille de route qui reste à définir

Une fois désengagée du Mali, la France aura divisé par deux sa présence au Sahel en ne maintenant que 2 500 militaires environ dans la région. Mais Paris affirme depuis des mois ne pas renoncer à la lutte antiterroriste et discuter avec les pays du Sahel et du golfe de Guinée pour préparer de nouvelles formes d’intervention.

Au Niger, les Français maintiendront un PC dédié avec plus d’un millier d’hommes et des capacités aériennes pour fournir un appui feu et du renseignement dans le cadre d’un « partenariat de combat » avec les forces armées nigériennes (FAN), déployées avec 250 soldats français à proximité de la frontière avec le Mali face aux djihadistes liés à Al-Qaïda ou au groupe État islamique. « Aujourd’hui, on inverse complètement la relation partenariale : c’est le partenaire qui décide de ce qu’il souhaite faire, des capacités dont il a besoin et qui commande lui-même les opérations effectuées avec notre appui », explique le général Hervé Pierre, commandant du PC Partenariat. « C’est la meilleure des voies pour continuer à agir efficacement à leurs côtés sans alimenter les délires de certains sur les réseaux sociaux », insiste-t-il.

L’état-major est en revanche peu disert sur les autres coopérations à la carte (partenariat de combat, formation, conseil, appui) proposées aux pays de la région, notamment aux pays du golfe de Guinée (Bénin, Togo…). « Des échanges sont en cours entre les capitales africaines, Paris et les capitales européennes », commente seulement le commandant de Barkhane.

L’état-major français de l’opération qui succédera à Barkhane sera pour l’heure maintenu à N’Djamena, au Tchad, avec lequel la France a un accord de défense. Mais ses effectifs seront allégés.

Quant au Burkina Faso, il est « preneur de notre aide, mais reste frileux de nous voir densifier notre présence terrestre au-delà de Sabre », un contingent de forces spéciales françaises basé dans la région de Ouagadougou, souligne un haut gradé.

Au-delà d’aider à contenir les violences djihadistes qui menacent de s’étendre jusqu’au golfe de Guinée, l’enjeu pour Paris du maintien d’une présence militaire française est d’éviter un déclassement stratégique, à l’heure d’une compétition accrue sur la scène internationale. En Afrique de l’Ouest, les Russes mènent une stratégie agressive d’influence à coups de campagnes massives de désinformation antifrançaise. « Les attaques menées par Wagner sur les réseaux sociaux dépassent largement le Mali et se répandent en Afrique », avertit le renseignement militaire de Barkhane. « On a redécouvert ce danger, mais c’est un des ressorts de la guerre. » Or, « la France, acteur diplomatique et militaire incontournable dans la région, justifie en Afrique de l’Ouest comme nulle part ailleurs dans le monde son statut de puissance moyenne d’influence globale », fait valoir dans un récent rapport Elie Tenenbaum, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri).