L’Otan fait le point sur les contributions annoncées par certains de ses membres pour renforcer son flanc oriental

L’Otan fait le point sur les contributions annoncées par certains de ses membres pour renforcer son flanc oriental

 

http://www.opex360.com/2022/01/24/lotan-fait-le-point-sur-les-contributions-annoncees-par-certains-de-ses-membres-pour-renforcer-son-flanc-oriental/


Le 21 janvier, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’est dit « convaincu » que la Russie ne lancera pas d’offensive contre l’Ukraine, malgré les manœuvres de ses troupes observées depuis plusieurs semaines près de la frontière. « J’espère fermement avoir raison », a-t-il dit, estimant que la « diplomatie est le moyen de résoudre les problèmes »

Mais à condition que les deux parties fassent chacune des concessions pour arriver à un accord. Or, pour le moment, les discussions que la Russie a pu avoir avec les États-Unis et l’Otan au sujet des garanties « juridiques » qu’elle réclame n’ont rien donné, ses revendications ayant été jugées inacceptables.

En attendant, les États-Unis ont ordonné aux familles de ses diplomates en poste à Kiev de quitter le pays « en raison de la menace persistante d’une opération militaire russe ». Et le département d’État a aussi estimé que les les ressortissants américains résidant en Ukraine « devraient envisager maintenant » d’en faire de même par des vols commerciaux ou « d’autres moyens » de transport.

« La situation sécuritaire, notamment le long des frontières ukrainiennes […] est imprévisible et peut se détériorer à tout moment. […] Les ressortissants américains en Ukraine devraient savoir qu’une opération militaire russe où que ce soit en Ukraine affecterait gravement la capacité de l’ambassade américaine à fournir des services consulaires, y compris une assistance aux citoyens américains quittant l’Ukraine », a fait valoir le département d’État.

Ce 24 janvier, le Royaume-Uni a également le retrait d’une partie de son personnel diplomatique d’Ukraine, « en réponse à la menace croissante de la Russie ». Cependant, a ajouté le Foreign Office, « l’ambassade [britannique à Kiev] reste ouverte et continuera à mener ses tâches essentielles ».

Pour le moment, l’Union européenne [UE] n’envisage pas de prendre de telles mesures pour le moment. « Je pense qu’il ne faut pas dramatiser la situation et que nous devons quitter l’Ukraine, à moins que les États-Unis ne nous fournissent des informations qui justifient cette décision », a déclaré Josep Borrell, son haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

De son côté, l’Otan a fait le point sur les contributions annoncées [ou envisagées] de certains de ses membres pour renforcer son flanc oriental, via un communiqué publié ce 24 janvier.

« L’Otan continuera de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger et défendre tous les Alliés, y compris en renforçant la partie orientale de l’Alliance. Nous répondrons toujours à toute détérioration de notre environnement de sécurité, notamment en renforçant notre défense collective », a fait valoir Jens Stoltenberg, son secrétaire général.

Ainsi, comme l’avait déjà annoncé l’Allied Air Command [Aircom] la semaine passée, le Danemark va renforcer la mission Baltic Air Policing avec l’envoi de quatre avions F-16 en Lituanie.

Ces appareils y « rejoindront les F-16 polonais et belges » déjà déployés dans la région et « fourniront à l’Otan une capacité accrue de police du ciel […] pour assurer la dissuasion et la défense du flanc nord-est de l’Otan », a expliqué le communiqué de l’Aircom. Par ailleurs, le Danemark a également annoncé l’envoi d’une frégate dans la mer Baltique.

Selon M. Stoltenberg, « l’Espagne envoie des navires rejoindre les forces navales de l’Otan et envisage d’envoyer des avions de combat en Bulgarie » tandis que la « France s’est déclarée prête à envoyer des troupes en Roumanie sous le commandement de l’Otan » et que les Pays-Bas vont envoyer deux F-35A en Bulgarie à partir du mois d’avril.

En outre, a encore précisé le secrétaire général de l’Otan, les forces néerlandaises vont aussi mettre « un navire et des unités terrestres en attente pour la NRF [Nato Response Force, force de réaction rapide de l’Otan, ndlr]. Enfin, a-t-il continué, les « États-Unis ont également clairement indiqué qu’ils envisageaient d’accroître leur présence militaire dans la partie orientale de l’Alliance ».

Duel pour Kharkov

Duel pour Kharkov

 

par Michel Goya – La Voie de l’épée – publié le 24 janvier 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


La Russie organise-t-elle une opération militaire contre l’Ukraine ? Oui, c’est évident. Se prépare-t-elle à envahir ce pays ? Pas forcément, car ce serait à l’encontre de sa pratique habituelle. Non pas que la vieille Russie n’ait pas l’habitude d’envahir, mais elle le fait simplement rarement de cette façon. Petit retour en arrière.

Depuis la destitution de Viktor Ianoukovytch en février 2014, la Russie a mené six opérations militaires contre l’Ukraine. Une de ces opérations était froide, c’est-à-dire sans combat, et consistait sous couvert initial de grand exercice à rassembler très vite une puissante force conventionnelle à la frontière ukrainienne. Avec la 41armée combinée complète au nord susceptible de foncer sur Kiev et les 20e et 8e armées prêtes à pénétrer facilement dans l’Est ukrainien depuis Voronej et Rostov, tout le monde a été pris de court, en Ukraine comme en Occident.

L’armée ukrainienne n’était qu’une armée Potemkine et les pays occidentaux n’ont pas osé faire la seule chose possible pour contrer la menace : lancer, à la demande du nouveau gouvernement de Kiev, une opération de déploiement-dissuasion rapide sur le territoire, à la manière de la brigade française et de l’escadre aérienne déployés en quelques jours au Tchad en août 1983. Les pays occidentaux, du moins ceux qui combattent parfois, n’ont pas osé pour deux bonnes raisons : la peur et l’incapacité. Il y a bien longtemps qu’on ne sait plus faire ce que l’on faisait dans les années 1980.

Cette inhibition était le premier objectif de l’opération de déploiement russe. Le second était de servir de base arrière à des opérations limitées mais chaudes. La première a été la saisie-éclair de la Crimée, la seconde fut l’appui masqué aux mouvements séparatistes du Donbass. D’un côté la vitesse, de l’autre la dissimulation, mais dans les deux cas, une même volonté de limiter l’empreinte politique et de rester sous le seuil de la guerre ouverte, bon exemple de « guerre avant la guerre » pour reprendre l’expression du chef d’état-major des armées, le général Burkhard.

Cela n’a pas empêché l’État ukrainien de, logiquement et légitimement, tenter de rétablir son autorité sur l’ensemble de son territoire, y compris par l’engagement de son armée. Le succès, difficile mais réel, de cette « offensive anti-terroriste » a provoqué à son tour trois nouvelles opérations russes, qui marquaient incontestablement une escalade. Il y eu ainsi l’offensive d’artillerie de juillet 2014 où les lance-roquettes multiples russes ont méthodiquement écrasé les bataillons ukrainiens sur la frontière entre la Russie et le Donbass, puis deux raids massifs de plusieurs groupements interarmes (GTIA) russes enrobés de miliciens séparatistes et de mercenaires. Un GTIA russe, c’est un groupement de 600 à 800 soldats, avec une force lourde blindée-mécanisée à l’avant et une force de frappe d’artillerie derrière. La première de ces attaques en août 2014, engageait l’équivalent de tout ce que la France possède en chars, véhicules blindés de combat d’infanterie et artillerie. La seconde, en janvier 2015, était encore plus puissante, mais comme là encore il n’y avait pas de drapeaux russes, tous les sympathisants pouvaient relayer les négations du Kremlin.  À chaque fois, les forces ukrainiennes ont subi des défaites cinglantes.

Ce n’était pas l’application d’un grand plan, mais une succession de coups au risque politique très calculé et qui a finalement atteint l’objectif premier de la Russie qui était la neutralisation stratégique de l’Ukraine. La Crimée est annexée et les deux républiques autoproclamées du Donetsk et de Louhansk sont indépendantes de fait sous protectorat russe et quasi annexées par la naturalisation massive de ses habitants. Chacune de ces trois zones prises à l’Ukraine est occupée par un corps d’armée russe. Surtout, plus personne dans les pays occidentaux n’a osé apporter une aide militaire sérieuse à l’Ukraine, on ne parle pas ici de livraisons de petits matériels et de quelques dizaines de conseillers, ni bien sûr évoqué une alliance militaire. La Russie aurait préféré une Ukraine sous influence, mais elle se contente d’une Ukraine « finlandisée ».

C’est probablement pour maintenir ces acquis que sept ans plus tard, on assiste à une nouvelle montée en puissance russe le long de la frontière. Montée en puissance, pas véritable mobilisation, puisqu’on réalité les forces mises en place en 2014 n’avaient jamais été retirées complètement. Concrètement, il y a le long de la frontière une trentaine de GTIA complets présents en permanence, le double de ce que la France serait capable de déployer au maximum. Il y a aussi de nombreux dépôts permettant d’équiper également une trentaine d’autres GTIA à partir des forces venues de l’intérieur, ce qui est fait régulièrement lors des grands exercices. Ces renforts sont arrivés ces derniers mois, à un rythme relativement lent et on notera cet indice clé, à observer de très près, qu’il manque encore les éléments logistiques permettant de mener de grandes opérations sur la longue durée.

Avec environ 110 000 combattants, on se retrouve donc à peu près au volume du printemps 2014, mais avec des forces qualitativement plus modernes, un peu techniquement, mais surtout humainement. L’armée russe de 2022, dont la majorité des cadres a été engagée en Syrie, est capable de monter des opérations aéroterrestres plus complexes qu’en 2014. Dans le même temps, l’Ukraine, peu aidée et toujours structurellement faible n’a pas fait le même effort. Autrement dit, le rapport de forces de 2022 est encore plus favorable pour les Russes qu’en 2014 et dans tous les domaines, en particulier dans le ciel où la supériorité russe est écrasante. Cela fait à nouveau très peur et pousse à un intense dialogue diplomatique, au moins entre la Russie et les Etats-Unis.

Rappelons, si cela n’était pas clair, que la culture stratégique russe est active mais prudente, ce qui ne veut pas dire que les Russes reculent devant le risque en soi mais qu’ils reculent presque toujours devant le risque qu’ils ne peuvent réduire à un niveau jugé acceptable. Il y a fondamentalement deux moyens pour réduire ce risque : la surprise et la masse. Les deux ne sont pas forcément compatibles. Surprendre suppose de se dissimuler et d’agir vite, généralement à partir des moyens immédiatement disponibles à proximité de l’objectif. Agir avec une grande supériorité de moyens suppose au contraire une montée en puissance préalable souvent peu discrète.

Les Russes ont ainsi mené de nombreuses opérations rapides chaudes ou froides de déploiement, saisie ou raid, depuis le blocus de Berlin en 1948 jusqu’au déploiement eu Syrie en 2015 en passant par l’envoi de missiles nucléaires à Cuba en 1962, d’une division aérienne en Egypte en 1970, de l’attaque de la présidence à Kaboul en 1979, de l’assaut sur Grozny en 1994 ou encore de la guerre contre la Géorgie en 2008. On notera au passage que risque calculé et surprise n’empêchent pas toujours l’erreur sur les réactions de l’autre et l’échec.

Les opérations du deuxième type, celle où néglige les réactions possibles pour privilégier un rapport de forces écrasant sont plus rares. Même lors des grandes opérations de reprise de contrôle des pays protestataires du Pacte de Varsovie, en 1953, 1956 et 1968, les Russes ont privilégié la surprise tout en profitant de la puissance des forces proches disponibles. On peut citer comme opération puissante et non surprenante l’entrée de la 40e armée soviétique en Afghanistan au début de 1980, et encore, ou la seconde guerre de Tchétchénie à partir de l’été 1996.

Tout cela nous ramène à la situation actuelle. Avec les forces immédiatement disponibles le long de la frontière, les Russes seraient capables de mener des opérations rapides et limitées. Ils ont choisi de procéder à une mobilisation visible des forces. Ce qui amène deux hypothèses.

Il peut effectivement s’agir aussi d’une opération de grande ampleur où on se moque de la réaction internationale et destinée à « punir » l’Ukraine, détruire une partie conséquente de son potentiel militaire et peut-être occuper les provinces russophones, voire chercher à remettre en place à Kiev un régime plus favorable. Pour atteindre les deux premiers objectifs, ils peuvent lancer une campagne aérienne sous un prétexte quelconque, mais ce serait une vraie nouveauté pour la Russie, et dans ce cas là pas besoin de renforcement des forces terrestres à la frontière sauf pour ajouter de la pression. Plus classiquement, ils peuvent lancer des raids aéroterrestres à partir du Donbass, des raids aéromobiles ou amphibies le long de la côte à partir de la Crimée ou de la région de Rostov. Ils peuvent surtout faire pénétrer les colonnes de la 3e division motorisée et de la 4e division blindée vers Kharkov ou Poltava, deux hauts lieux de l’histoire militaire russe, ou encore celles de la 144e division motorisée depuis Koursk et la Biélorussie en direction de Kiev. Soyons clairs, rien ne pourrait les arrêter sur le terrain. La seule crainte, mais elle est de taille, serait de pousser l’escalade trop loin, de susciter une réprobation et des sanctions internationales de grande ampleur, et surtout un raidissement de l’Europe de l’Est avec à la clé un renforcement paradoxal de l’OTAN et de la présence militaire américaine dans la région.

Il peut s’agir aussi et à nouveau d’une opération froide destinée à court terme à faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle renonce à toute velléité de nouvelle « offensive anti-terroriste » contre les républiques séparatistes et à dissuader les Occidentaux d’accroître leur présence en Ukraine. À long terme, de neutraliser définitivement l’Ukraine, en attendant mieux. Si on reste dans la pratique russe, c’est l’hypothèse de loin la plus probable. Quand les Russes veulent réellement combattre, ils ne s’agitent pas auparavant pour convaincre Congrès et opinion publique comme aux États-Unis. Quand ils s’agitent, c’est qu’ils veulent obtenir des gains diplomatiques. Mais il peut arriver que l’on finisse par rompre avec les habitudes. Le déploiement dans les semaines à venir de nombreux hôpitaux de campagne, une ressource rare que l’on ne peut maintenir très longtemps sans être utilisée, sera le vrai indicateur que Vladimir Poutine envisage de verser beaucoup de sang. 

L’Union européenne déplore d’être tenue à l’écart des discussions sur les garanties de sécurité exigées par Moscou

L’Union européenne déplore d’être tenue à l’écart des discussions sur les garanties de sécurité exigées par Moscou

http://www.opex360.com/2021/12/29/lunion-europeenne-deplore-detre-tenue-a-lecart-des-discussions-sur-les-garanties-de-securite-exigees-par-moscou/

 


« L’Europe, très bien, mais quel numéro de téléphone? » aurait demandé Henry Kissinger, quand il était conseiller à la sécurité nationale du président américain Richard Nixon, au début des années 1970. Mais les choses ont évolué car, depuis 2010, l’Union européenne [UE] dispose désormais d’un président du Conseil européen ainsi que d’un Service européen d’action extérieure [SEAE], lequel relève du Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

Pour autant, l’UE sera tenue à l’écart des discussions qu’aura, début janvier, la Russie avec les États-Unis et l’Otan au sujet des garanties de sécurité que Moscou réclame… Et cela, alors qu’elle sera concernée par les décisions qui seront éventuellement arrêtées à cette occasion. Le numéro de Josep Borrell, l’actuel chef de la diplomatie européenne, a-t-il été perdu?

En tout cas, dans un entretien donné au quotidien allemand Die Welt, l’intéressé a déploré que l’UE soit tenue à l’écart des débats sur la refonte de l’architecture de sécurité en Europe, faisant observer que « plusieurs de ses membres ne font pas partie de l’Otan », comme par exemple la Suède et la Finlande, qui ont également des préoccupations concernant les activités militaires russes. En clair, M. Borrell ne veut pas d’une réédition de la Conférence de Yalta [au cours de laquelle le sort du Vieux Continent après la défaite de l’Allemagne nazie s’était joué, ndlr] mais retrouver plutôt l’esprit des accords d’Helsinki

« Si Moscou […] a l’intention de discuter de l’architecture de sécurité en Europe et des garanties de sécurité [qu’elle exige], alors cela ne concerne pas seulement les États-Unis et la Russie. L’UE doit être impliquée dans ces négociations », a fait valoir M. Borrell, notant au passage que le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, partage ce point de vue.

« Nous ne voulons pas et ne devons pas être un spectateur indifférent derrière le dos duquel les décisions sont prises », a insisté le Haut représantant. Les États-Unis et la Russie sont « deux acteurs qui se partagent des sphères d’influence entre eux. Moscou veut parler de l’architecture de sécurité européenne sans implquer l’UE. C’est absurde. Nous n’acceptons pas cela », a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, pour M. Borrell, le fait que la Russie ait posé ses exigences dans deux projets de traité [l’un pour les États-Unis, l’autre pour l’Otan] est inédit. « C’est la première fois que les Russes mettent leur agenda sur la table, par écrit, sous la forme d’un véritable traité. Cela n’est jamais arrivé auparavant. Seuls les vainqueurs font cela », a-t-il noté, avant d’affirmer que les revendications russes sont « totalement inacceptables ».

« L’intégrité territoriale d’un pays et le droit d’un État souverain de décider de sa propre coopération avec d’autres pays ou alliances – ces principes ne sont pas négociables », a ainsi fait valoir le responsable européen.

Pour rappel, Moscou veut notamment la fin de l’élargissement de l’Otan et limiter les activités militaires de celle-ci dans les pays qui l’ont rejoint après 1997.

Enfin, M. Borrell a estimé que les discussions devraient également porter sur les « toutes les violations » commises par la Russie depuis l’adoption des accords d’Helsinki, lesquels ont fixé dix principes régissant les relations entre les signataires [dont l’inviolabilité des frontières, l’intégrité territoriale des États, la non-intervention dans les affaires intérieures, non recours à la menace ou au à la force, respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, etc]. « Nous sommes en désaccord avec de nombreux développements de la politique étrangère russe et certains événements que Moscou considère comme ses affaires intérieures », a-t-il ainsi rappelé.

La France aux commandes du “fer de lance” de l’OTAN en 2022

La France aux commandes du “fer de lance” de l’OTAN en 2022



Dans deux jours, la France prendra le commandement de la « Force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation » (VJTF) de l’OTAN. Elle succèdera à la Turquie, à la tête du dispositif durant toute l’année 2021.

Créée en 2014 notamment suite à l’agression perpétrée par la Russie contre l’Ukraine, la VJTF est le « fer de lance » de la Force de réaction rapide de l’OTAN (NRF). Elle repose principalement sur une brigade terrestre multinationale d’environ 5000 soldats dont les éléments de tête doivent pouvoir être déployés en deux à trois jours.

« La Force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation contribue de manière substantielle à notre défense collective, et le leadership qu’assure la France est une démonstration forte de son engagement et de ses capacités. Dans une période où les défis de sécurité sont sans précédent, il ne saurait y avoir aucun malentendu sur la détermination de l’OTAN : nous sommes unis pour défendre et protéger l’ensemble des Alliés », déclarait le secrétaire général de l’Organisation, Jens Stoltenberg, dans un communiqué.

La Brigade franco-allemande, forte de 3500 militaires, constituera le noyau dur de cette prise d’alerte. Celle-ci s’appuiera sur les 1er régiment d’infanterie et 3e régiment de hussards. Unité d’appui divisionnaire, le 2e régiment de dragons en dirigera la composante NRBC.

Le mois dernier, l’état-major de la BFA avait conduit un séminaire d’intégration de la VJTF, avec pour objectif  de « mettre à jour le corpus doctrinal régissant l’organisation de la brigade ». La contribution française sera complétée d’éléments en provenance d’Espagne, de Pologne, du Portugal et de Belgique. Quelques 280 personnels de la Composante Terre belge, en majorité issus du 1/3 bataillon de Lanciers, formeront un sous-GTIA mis à disposition du commandement français.

Cet ensemble de « plusieurs milliers de soldats » sera dirigé par l’état-major du Corps de réaction rapide – France (CRR-Fr) installé à Lille. En 2022, la NRF sera commandée par le Commandement allié de forces interarmées de Brunssum, aux Pays-Bas.

Entre autres rendez-vous majeurs, la VJTF 22 participera aux exercices multinationaux Brilliant Jump et Cold Response organisés en février-mars en Norvège. Le premier testera la capacité de projection dans le sud de la Norvège, le second rassemblera près de 30 000 militaires placés sous commandement norvégien. La France passera le témoin à l’Allemagne en 2023.

Les forces russes donnent le coup d’envoi à un nouvel exercice aéroporté près de l’Ukraine

Les forces russes donnent le coup d’envoi à un nouvel exercice aéroporté près de l’Ukraine

 


 

 

Après avoir organisé un exercice aéroportée en Biélorussie, à deux pas de la frontière ukrainienne, en novembre dernier, l’état-major s’apprête à en lancer un second, cette fois en Crimée ainsi que dans la région de Krasnodar, précisément à Novorossiysk.

Selon l’agence Interfax, ces nouvelles manœuvres vont mobiliser, à compter de ce 23 decembre, 1200 parachutistes [probablement du 56e régiment d’assaut aéroporté qui vient de prendre ses quartiers Feodossiia [Crimée], ainsi que 250 véhicules et aéronefs. Elles viseront notamment à simuler la « capture d’une zone », via un assaut héliporté, afin de préparer le terrain pour une « offensive rapide ».

Cet exercice va se tenir alors que les tensions entre Moscou et Kiev sont d’autant plus élevées que d’importants mouvements de troupes russes sont observés aux abords du territoire ukrainien depuis plusieurs semaines. Ce qui suggère que l’état-major russe se prépare à mener une offensive contre l’Ukraine si le président Poutine lui en donne l’ordre.

En tout cas, plusieurs scénarios possibles sont évoqués. Et l’un d’eux repose sur l’hypothèse que les forces russes pourraient lancer une attaque contre l’Ukraine depuis la Crimée afin d’avancer jusqu’au fleuve Dniepr.

Un tel mouvement leur permettrait de prendre le contrôle d’un territoire allant du Donbass jusqu’à la hauteur de la ville de Kherson. Ainsi, la Russie pourrait asseoir sa mainmise sur la totalité de la mer d’Azov, tout en sécurisant l’accès de la Crimée… et le canal qui alimente la péninsule en eau, le débit de celui-ci ayant été réduit de plus de 85% par Kiev.

En outre, une telle offensive, si elle était victorieuse, consoliderait le pouvoir des séparatistes pro-russes du Donbass, région où ils sont aux prises avec les forces gouvernementales ukrainiennes depuis 2014. Or, ces derniers temps, les autorités russes accusent Kiev d’y préparer une offensive, avec l’appui de société militaires privées américaines. C’est en effet ce qu’a affirmé Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, sans toutetois apporter d’éléments concrets pour appuyer ses allégations.

En tout cas, et selon les médias locaux, l’armée ukrainienne a récemment effectué, et pour la première fois, des exercices près du Donbass avec des missiles anti-char Javelin fournis par les États-Unis. Selon la chaîne de télévision Channel 5, le but était de rappeler que les soldats ukraniens disposaient de matériels performants pour faire face aux unités blindées russes.

 

Quoi qu’il en soit, évoquant les revendications adressées par la Russie à l’Otan et aux États-Unis en vue d’obtenir des « garanties juridiques » pour sa sécurité, le président Poutine s’est montré particulièrement offensif lors de sa conférence de presse annuelle, donnée ce 23 décembre.

« On nous avait dit dans les années 1990 qu’il n’y aurait pas d’élargissement [de l’Otan], pas d’un seul pouce, vers l’Est. Et qu’ont fait les Occidentaux? Ils ont triché. Triché! Ils nous ont trompé d’une façon grave! Cinq vagues d’expansion de l’Otan… Et voilà qu’en Roumanie et en Pologne, des systèmes militaires [des systèmes de défense antimissile, ndlr] apparaissent… Donc comprenez moi bien, ce n’est pas nous qui menaçons quelqu’un! Ce sont eux qui nous disent : ‘l’Ukraine va entrer dans l’Otan’. Et donc il y aura des missiles dans ce pays aussi. Ce n’est pas une simple adhésion à l’Otan, mais aussi des bases bilatérales et des missiles. Voilà de quoi il s’agit! », s’est emporté le chef du Kremlin.

En outre, pour M. Poutine, la politique « anti-russe » de Kiev et de « ses alliés occidentaux », en particulier dans le cadre du conflit au Donbass, constitue une « menace » pour la Russie. « On doit penser à notre sécurité, pas seulement pour aujourd’hui, ni pour demain. Nous ne pouvons vivre en regardant au-dessus de notre épaule en se disant : ‘que va-t-il se passer? quand vont-ils cogner?’ », a-t-il lancé.

En attendant, les revendications russes ont été jugées en grande partie « inacceptables » par les États-Unis et plusieurs autres pays, dont l’Allemagne et la Suède [qui n’est pourtant pas membre de l’Otan, ndlr]. Notamment celles exigeant l’arrêt de l’élargissement de l’Alliance [en particulier vers l’Ukraine] et un droit de regard sur tout renforcement militaire dans les anciens pays du Pacte de Varsovie qui ont intégré l’organisation au cours des vingt dernières années.

« Tous les pays ont le droit de décider de leur propre avenir et de leur politique étrangère sans être soumis à une influence extérieure », a fait valoir Washington. Cependant, le chef du Kremlin s’est félicité de l’ouverture de négocations, à Genève, début janvier, avec les États-Unis. « Nous voyons une réaction positive. Nos partenaires américains nous disent qu’ils sont prêts à commencer cette discussion », a-t-il dit.