Pour un sénateur, la “logique d’économies” à l’ONACVG “a atteint ses limites”

Pour un sénateur, la “logique d’économies” à l’ONACVG “a atteint ses limites”

Le sénateur Marc Laménie alerte sur la situation financière de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG).

Drapeaux d'anciens combattants lors d'une cérémonie aux Invalides. (Photo L'Essor)

Drapeaux d’anciens combattants lors d’une cérémonie aux Invalides. (Photo L’Essor)

 

par Pierre-Marie Giraud – L’Essor de la Gendarmerie nationale – publié le 29 novembre 2022

https://lessor.org/societe/pour-un-senateur-la-logique-d-economies-a-l-onacvg-a-atteint-ses-limites


Le sénateur Marc Laménie (apparenté LR), rapporteur spécial de la commission des finances sur le programme 169 de “reconnaissance et réparation en faveur du monde combattant”, s’inquiète “vivement” de la situation financière de l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG).

Il vient en effet de réaliser un contrôle budgétaire sur l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG), dont le rôle historique et premier est “d’exprimer et de mettre en œuvre la reconnaissance de la Nation envers les anciens combattants qui se sont battus pour elle”. Dans son rapport d’information, il relève que l’ONACVG connait depuis dix ans une diminution régulière de ses crédits, car les anciens combattants, âgés d’au moins de 80 ans pour ceux de la Guerre d’Algérie, sont de moins en moins nombreux (deux millions en 2021). Pour autant, relève Marc Laménie, si la mission historique de l’Office décroit, ce n’est pas le cas de ces autres compétences. Il cite notamment le guichet unique des aides pour les rapatriés, le travail de mémoire sur la guerre d’Algérie et les Opex ou l’accompagnement des pupilles de la Nation et de la République.

Un nouveau nom en 2023

Le contrat d’objectifs et de performance (COP) de l’Office prévoit le développement des ses moyens informatiques et la réduction de ses effectifs (baisse de plus de 12% sur sept ans). Il compte habituellement 400 agents répartis sur un réseau de 104 antennes locales. Le rapporteur spécial estime que les moyens de l’Office atteignent un niveau plancher en dessous duquel son fonctionnement serait remis en cause. Il recommande de renforcer ses compétences s’agissant de la conservation et de la transmission de la mémoire, ainsi que les liens avec la jeunesse et la communication autour du Bleuet de France, et de sanctuariser ses moyens.

L’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre (ONACVG) change de nom et deviendra le 1er janvier 2023 l’Office national des combattants et des victimes de guerre. Son budget de fonctionnement courant est d’un peu plus de 55 millions d’euros annuels.

PMG

Un rapport parlementaire insiste pour doter la Marine nationale de deux porte-avions de nouvelle génération

Un rapport parlementaire insiste pour doter la Marine nationale de deux porte-avions de nouvelle génération

par Laurent Lagneau – Zone militaire – publié le 6 novembre 2022

http://www.opex360.com/2022/11/06/un-rapport-parlementaire-insiste-pour-doter-la-marine-nationale-de-deux-porte-avions-de-nouvelle-generation/


 

Il y a une cinquantaines d’années, la Marine nationale alignait trois porte-avions, le Foch et le Clemenceau côtoyant alors l’Arromanches, lequel servait surtout à la qualification des pilotes à l’appontage. Et, à l’époque, un tel format permettait d’envoyer un groupe aéronaval à l’autre bout du monde [dans l’océan Pacifique, en l’occurrence] pendant plusieurs mois.

Ainsi, après le Foch [en 1966], le Clemenceau appareilla de Toulon en mars 1968 pour former, avec son escorte, le « groupe Alfa » dont la mission consistait à surveiller les essais nucléaires français en Polynésie. Il revint à son port base en décembre de la même année, après avoir franchi le Cap Horn et visité l’Argentine, le Brésil, le Gabon [où ses avions embarqués firent des démonstrations aériennes au profit des autorités gabonaises] et le Sénégal. Le commandant Ramon Josa, figure de l’aéronavale, a d’ailleurs raconté les détails de ce périple dans son autobiographie [« Marin & pilote – Servir en mer et dans les airs« , ndlr].

L’Arromanches ayant été désarmé en 1974 et alors que la Force aéronavale nucléaire [FANu] venait d’être créée, il fut alors question de remplacer le Foch et le Clemenceau par deux porte-avions à propulsion nucléaire. La telle décision fut même prise lors du Conseil de défense du 23 septembre 1980. La suite est connue : les restrictions budgétaires et la fin de la Guerre Froide eurent raison de ce projet… Et, seul le « Charles de Gaulle » a été construit.

Depuis, le projet de revenir à un format de deux porte-avions revient régulièrement dans le débat. Avancé au moment de l’élaboration de la Loi de programmation militaire 2003-08, il fut renvoyée à plus tard. Puis, alors qu’une coopération avec le Royaume-Uni était évoquée, il fut confirmé par le président Sarkozy en 2007 [et par Hervé Morin, alors ministre de la Défense, pour qui la décision était même « actée »].

Finalement, les crises financières qui éclatèrent à partir de 2008 en eurent raison. Et, d’ailleurs, même si elle profita d’un plan de relance de l’économie pour se doter d’un troisième porte-hélicoptères amphibie [le Dixmude], la Marine nationale dut se plier à un nouvelle réduction de son format, le nombre de ses navires dits de premier rang devant alors passer de 18 à 15.

Cela étant, les chefs d’état-major de la Marine [CEMM] qui se sont depuis succédé ont quasiment tous plaidé en faveur d’un second porte-avions [et aussi pour plus de frégates]. Sans succès jusqu’à présent, même si il leur a été régulièrement répondu que la question « restait ouverte ».

Cependant, avec le programme PA NG [porte-avions de nouvelle génération], certains voient l’occasion de trancher [enfin] le débat. En juillet 2020, les sénateurs Olivier Cigolotti et Gilbert Roger, avancèrent plusieurs arguments en faveur d’un second porte-avions [économies d’échelle, prise en compte de possibles « imprévus », comme l’épidémie de covid-19 à bord du Charles de Gaulle ou l’incendie du sous-marin Perle et, surtout, nécessité de disposer d’une d’une permanence d’alerte, à ne pas confondre avec le concept de permanence à la mer].

« Ce second porte-avions permettrait d’être plus réactif, plus résilient, d’agir davantage dans la durée », avaient-ils résumé.

En outre, l’évolution de la situation internationale, marquée par le retour de la guerre en Europe et les tensions dans la région Indo-Pacifique, donne un argument supplémentaire à la construction de deux PA NG. C’est, en tout cas, ce qu’avance le député Yannick Chenevard [Renaissance], dans son avis budgétaire sur les crédits de la Marine nationale pour 2023.

Estimant que la France sera durablement exposée à des menaces qui ne pourront que s’accentuer dans les années à venir, le député plaide pour donner une « nouvelle ambition » à la Marine ». Mais d’abord, il faudrait, selon lui, répondre à trois questions : « que doit-elle être capable de faire? », « doit-elle être capable de le faire seule ou en coopération? » et, enfin, « quels doivent être ses moyens? »

Selon M. Chenevard, « la réponse à cette dernière question, qui implique des choix capacitaires et technologiques structurants, est évidemment étroitement dépendante de celle apportée aux deux précédentes », qui seront probablement tranchées par la prochaine revue nationale stratégique, laquelle sera dévoilée par le président Macron le 9 novembre, à Toulon [faut-il y voir un signe?].

Quoi qu’il en soit, pour le député, le format actuel de la flotte de surface, qui repose sur un porte-avions et quinze frégates [mais pas seulement] est insuffisant. « Il n’est clairement pas adapté à la menace actuelle et encore moins future, tout en exposant la Marine, dans l’accomplissement de ses missions, à une suractivité qui épuise marins et matériels », soutient-il.

Aussi, « dans ces conditions, le retour au format d’avant le livre blanc de 2013 – dix-huit frégates de premier rang – apparaît comme le strict minimum » et « au-delà des frégates, l’une des questions majeures à trancher dans les prochaines années sera celle d’un deuxième porte-avions identique au PA-NG », avance M. Chenevard.

« Les porte-avions sont en train de retrouver leur rôle dans le combat naval. Le réarmement naval actuel recentre en effet le porte-avions sur son rôle tactique de ‘système d’armes de supériorité navale’, notamment par sa capacité à frapper vite et loin des objectifs navals. Il n’est pas aujourd’hui possible, dans une guerre de haute intensité face à un ennemi puissamment armé, de remporter un combat naval sans supériorité aérienne », relève le député, reprenant ainsi les arguments développés par l’amiral Pierre Vandier, l’actuel CEMM.

En outre, ajoute-t-il, le porte-avions est « un outil stratégique sans équivalent au service d’une volonté politique pour peser dans les crises », dans la mesure où « l’appareillage du groupe aéronaval est un message puissant qui peut être mis en œuvre dans des délais relativement courts ».

Ceci ayant été rappelé, M. Chevenard souligne que disposer d’un seul porte-avions revient à « ne pouvoir l’utiliser qu’entre 65 et 70 % du temps compte tenu de ses opérations régulières de maintenance [arrêt technique majeur de deux ans, arrêts intermédiaires de six mois…] » et qu’une partie de ce temps doit être dédiée à la formation et à la qualification de l’équipage et des pilotes.

« Pour ces raisons, un seul porte-avions n’est pas suffisant et notre pays […] se doit de retrouver la capacité qui était la sienne jusqu’au début des années 2000, c’est-à-dire deux porte-avions. Toutefois, votre rapporteur tient à préciser qu’il s’agirait bien de deux porte-avions et non de deux groupes aéronavals, même si quelques appareils supplémentaires, voire une flottille de plus, auraient évidemment toute leur place dans cette configuration », écrit le député.

Selon lui, la décision de construire un second PA-NG ne doit pas être repousée au-delà de 2027, notamment pour des raisons financières et industrielles. « Plus la commande » d’un deuxième navire « sera proche de celle du premier, plus il sera possible de faire des économies d’échelle et, par conséquent, de réduire son prix mais également le coût du Maintien en condition opérationnelle », argumente M. Chevenard.

Enfin, celui-ci a produit un autre argument « fort ». Étant donné que le Charles de Gaulle quittera le service actif en 2038, un « tuilage » devra être fait avec le PA-NG, ce qui nécessitera deux équipages vers 2035.

« Pendant deux ou trois ans, notre pays disposera ainsi de deux porte-avions et de deux équipages mais à l’issue de ce tuilage, une fois le Charles-de-Gaulle retiré du service, l’un d’entre eux se retrouvera affecté ailleurs, à moins de disposer d’un deuxième porte-avions », en conclut le député.

Économie de guerre : Un député appelle à cesser de faire adopter aux armées des normes issues du monde civil

Économie de guerre : Un député appelle à cesser de faire adopter aux armées des normes issues du monde civil

 

http://www.opex360.com/2022/10/31/economie-de-guerre-un-depute-appelle-a-cesser-de-faire-adopter-aux-armees-des-normes-issues-du-monde-civil/


 

En effet, il ressort des auditions qu’il a menées pour les besoins de son rapport que « l’inflation normative et les contraintes entraînées par celle-ci sur le développement des programmes d’armement génèrent des coûts et des délais supplémentaires… Et cela alors que, pour la plupart, ces normes « ne sont pas nécessairement adaptées aux équipements militaires ».

Et de donner quelques exemples assez éloquents. « Est-il indispensable d’équiper le canon Caesar de la solution AdBlue, additif anti-pollution? », a ainsi demandé le député, qui s’interroge aussi sur la « certification de nature civile pour le parachutage militaire depuis un A400M » ou encore sur la qualification du drone tactique Patroller [destiné à l’armée de Terre] sous la norme dite Stanag 4671.

Sur ce dernier point, celle-ci vise à permettre aux aéronefs télépilotés d’opérer dans l’espace aérien d’autres membres de l’Otan. Ce qui n’est pas forcément inutile… En revanche, d’autres réglementations, comme l’arrêté du 24 décembre 2013, lequel impose « que tout drone de plus de deux kilogrammes soit certifié dès lors qu’il est opéré en dehors de la portée visuelle de son téléopérateur ».

Selon le M. Belhamiti, une telle exigence « conduit à devoir appliquer un processus de certification complet pour des drones dont la mission ne les conduira à survoler aucune population, telles que par exemple les drones utilisés par la marine ».

Toujours dans le même domaine, le député appelle à revoir les règles de navigabilité qui, issues du monde civil, s’imposent aux aéronefs militaires, comme le prévoit un décret publié en avril 2013 [et ayant depuis fait l’objet de six arrêtés].

« Cette réglementation est génératrice d’une grande complexité en ce qu’elle a été appliquée rétroactivement à des aéronefs qui n’étaient pas conçus initialement pour répondre à de telles exigences. Ainsi, un grand nombre de pièces d’aéronefs ne sont pas conformes aux exigences de la réglementation navigabilité », souligne M. Belhamiti.

Ainsi, s’agissant des seuls Mirage 2000, 215’000 pièces – neuves – seraient devenus inutilisables depuis que cette réglementation est entrée en vigueur. « Cette immobilisation des stocks conduit à multiplier les prélèvements des pièces compatibles avec la réglementation navigabilité sur d’autres aéronefs, ce qui affecte au final la disponibilité globale des avions », note le député.

Aussi, avance-t-il, cet exemple est « symptomatique des contraintes que nous nous sommes auto-imposées, et ce pour une faible valeur ajoutée » étant donné qu’il y a « fort à parier que le Mirage 2000 volerait dans des conditions de sécurité appropriées avec ses 215 000 pièces non reconnues par la nouvelle réglementation ».

Selon M. Belhamiti, si de telles normes pouvaient se justifier quand il s’agissait de « profiter des dividendes de la paix », elles constituent désormais un « véritable frein pour la mise en place d’une économie de guerre ». Et d’insister sur le fait que ces « contraintes auto-imposées » et souvent non justifiées, génèrent « non seulement des délais supplémentaires – plus d’une année pour la certification de certains drones par exemple –, mais constitue également un facteur de coûts non négligeable ».

Aussi plaide-t-il pour une réforme qui donnerait plus d’autonome aux « autorités d’emploi », en particulier en matière de navigabilité aérienne, les forces armées étant les mieux placées pour « décider si un aéronef est apte au vol, nonobstant le fait que certains éléments conformes dudit aéronef ne soient pas strictement conformes aux exigences de la réglementation ».

Plus généralement, le député estime nécessaire de « modifier notre culture du risque », en « passant du ‘zéro risque’ à une approche fondée sur une maîtrise raisonnée du risque ». En clair, il faudrait « réinterroger les contraintes imposées lors de la qualification du matériel à l’aune des conditions d’emploi dudit matériel », précise-t-il, soulignant que les travaux sur l’économie de guerre sont une « véritable opportunité pour changer de paradigme » et « mettre fin à cette inflation normative ».

Cela étant, le problème soulevé par le parlementaire n’est pas nouveau… Et il avait même été évoqué, en des termes plus généraux, par la Revue stratégique actualisée [en janvier 2021, ndlr], celle-ci ayant souligné que les armées étaient de « façon croissante assujetties à des normes de droit qui ignorent parfois la singularité du métier militaire ».

Rapport d’information sur la préparation à la haute intensité (Assemblée nationale, 17 février 2022)

Rapport d’information sur la préparation à la haute intensité (Assemblée nationale, 17 février 2022)

 

L’hypothèse d’un conflit de haute intensité ne peut plus être exclue. En toute rigueur, elle n’est pas non plus la plus probable. Mais elle constitue un repère structurant pour guider les décideurs dans l’orientation de l’appareil de défense et de sécurité. Les rapporteurs concluent du développement sans précédent de pratiques dites « hybrides » (manipulation l’opinion publique par de fausses nouvelles, attaques cyber non revendiquées, recours à des acteurs par procuration, arsenalisation des dépendances, notamment économiques, instrumentalisation du droit) que le renforcement des capacités de renseignement restera un impératif pour dissiper ce qu’ils appellent « le brouillard des intentions ». Au plus vite. Car c’est notamment dans ce brouillard, que la violence pourra prospérer.

Les rapporteurs ont listé cinq caractéristiques des conflits de haute intensité : outre le brouillard des intentions, ils signalent :

  • la fin d’un relatif confort opératif, avec la perte de la supériorité aérienne et la généralisation des pratiques de brouillage des signaux électroniques et satellitaires sur les théâtres ;
  • une forte attrition en hommes et en matériel, en rupture avec les données de la planification depuis trente ans ; révélée par des conflits comme celui du Haut-Karabakh ou des exercices interalliés comme Warfighter (1 700 morts) ou Polaris (400 marins tués ou disparus) ;
  • une incertitude quant à la durée de la confrontation, le conflit pouvant s’éterniser, traverser d’autres phases ;
  • une population civile à la fois victime et instrument de la guerre, par le truchement des réseaux sociaux et d’autres outils d’influence.

La perspective d’un conflit de haute intensité éclaire donc d’un jour nouveau les évolutions souhaitables de la défense. Les rapporteurs ont identifié neuf enjeux pour vaincre dans les conflits de haute intensité :

  • l’anticipation, autrement dit le « gagner la guerre avant la guerre » du chef d’état-major des armées ;
  • la réactivité, puisqu’il apparaît qu’on n’« aura pas six mois » ;
  • l’interopérabilité, pour continuer à pouvoir intervenir avec des alliés qui seuls pourront apporter toute la masse nécessaire ;
  • la masse pour permettre dès aujourd’hui un meilleur entraînement, donner de la résilience et éviter d’être étiré sur plusieurs fronts au prix de la victoire ;
  • l’épaisseur, autrement dit notre capacité à durer ;
  • l’arbitrage entre technologie et rusticité, autrement dit le mix capacitaire ;
  • la synchronisation des effets, censée être permise par le « combat collaboratif » ;
  • les compétences, dont les armées auront besoin ;
  • les forces morales, des militaires et de la Nation dans son ensemble.

 

Lire et télécharger le Rapport d’information

Rapport-information en conclusion des travaux d’une mission d’information (1)sur la préparation à la haute intensité 17 02 2022

Un rapport plaide pour un sursaut capacitaire de la Marine nationale afin de faire face aux défis en Méditerranée

Un rapport plaide pour un sursaut capacitaire de la Marine nationale afin de faire face aux défis en Méditerranée



 

Disputes territoriales alimentées par les convoitises de ses ressources, notamment d’hydrocarbures, durcissement des politiques d’affirmation de puissance, qui va de pair avec un réarmement significatif de certains pays riverains, instabilité dû à la situation en Libye et des conflits gelés [comme au Sahara occidental], risque de terrorisme maritime, instrumentalisation des flux migratoires dans le cadre d’une stratégie dite de « guerre hybride », trafics de drogue et d’armes, remise en cause du droit international, questions environnementales… « La zone Méditerranée sera le défi des prochaines années tant les facteurs de crise qui s’y conjuguent sont nombreux », avait affirmé le président Macron, en juillet 2020. Et, sur ce point, il est difficile de lui donner tort.

Seulement, pour faire face à de telles menaces, les forces françaises souffrent de déficits capacitaire qu’il devient urgent de combler, même si le renouvellement de certains moyens a déjà été engagé à la faveur de l’actuelle Loi de programmation militaire [LPM]. C’est en tout cas l’appel lancé par les députés Jean-Jacques Ferrara et Philippe Michel-Kleisbauer, dans un rapport qu’ils viennent de publier au nom de la commission de la Défense nationale.

Ces déficits capacitaires ont été mis en exergue par l’important exercice naval Polaris, qui, organisé par la Marine nationale, a eu lieu en Méditerranée, entre le 27 novembre et le 3 décembre 2021, avec une vingtaine de navires, dont le porte-avions Charles de Gaulle et le porte-hélicoptères amphibie [PHA] Tonnerre. Des forces navales étrangères y avaient été conviées.

Cet exercice reposait sur un scénario de « guerre complète entre deux forces symétriques déployées dans un affrontement de haute intensité, plongeant les unités dans la fulgurance des frappes ainsi que le brouillard de la guerre, épaissi par les attaques cyber, la désinformation, les brouillages radio, radar ou GPS ou encore la perte des communications satellites ».

Un précédent rapport, dédié à l’engagement de haute intensité, avait déjà indiqué que, à l’issue de cet exercice, huit navires avaient été fictivement mis hors de combat. Celui de MM. Ferrara et Michel-Kleisbauer livre d’autres détails.

Ainsi, citant le contre-amiral Emmanuel Slaars, les deux députés expliquent que Polaris 21 « a confirmé l’importante valeur ajoutée du groupe aéronaval, ainsi que la complémentarité entre l’aviation embarquée et les hélicoptères, en dépit des problèmes de disponibilité bien connus des NH-90 » et que la capacité d’embarquer des drones à bord des navires constituerait un « un atout stratégique » dans un conflit de haute intensité. Mais cet exercice a aussi permis de constater que les « axes principaux de développement » à privilégier portent sur les « capacités de nos missiles anti-navires, le volume de nos stocks de munitions ainsi que la nécessité de renforcer la sécurité de nos systèmes de communication ».

« En cas de conflit de haute intensité, l’exercice Polaris a rappelé combien nos missiles anti-navires, tels que l’Exocet, étaient devenus peu compétitifs face aux missiles supersoniques de nos compétiteurs », a d’ailleurs insisté M. Michel-Kleisbauer, lors de l’examen du rapport en commission.

Plus généralement, les rapporteurs estiment que, pour être en mesure d’anticiper et de prévenir les crises, il est nécessaire de faire un effort supplémentaire en matière de renseignement, qu’il soit d’origine humaine [ROHUM] ou d’origine électro-magnétique [ROEM].

« Il y a d’abord urgence à accroître les capacités de renseignement d’origine électromagnétique des drones Reaper actuellement en parc. Sans cesse retardé, l’ajout d’une charge utile de renseignement d’origine électromagnétique est d’autant plus nécessaire que l’actualisation de la programmation militaire décidée par le gouvernement au printemps 2021 s’est accompagnée du retrait anticipé des C-160 Transall Gabriel, dont l’efficacité était unanimement reconnue, y compris par nos alliés les plus exigeants », affirment en effet les deux députés.

Or, selon eux, l’engagement d’un MQ-9 Reaper de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] dans l’opération européenne Irini, lancée pour surveiller l’embargo sur les armes destinées à la Libye, n’aurait pas donné « satisfaction lors des phases de survol de la mer ». Aussi, il « convient, d’une part, d’en accroître les performances et, d’autre part, de veiller à ce que le développement de l’Eurodrone tienne compte des besoins de survol maritime », font-ils valoir.

Sur ce point, M. Ferrara a indiqué qu’il est « envisagé d’acquérir sur étagère des drones, en attendant que soit disponible le drone MALE européen » car « il y a certainement une urgence dans ce domaine ».

Toujours en matière de drones, les rapporteurs recommandent l’accélération le programme SDAM [système de drone aérien marine], afin de permettre à la Marine nationale de « rattraper le retard qu’elle a accumulé en la matière sur certains de ses concurrents ».

Quant aux capacités de combat, la question du format de la flotte de surface de la Marine devra, à un moment ou un autre, être posée… tant il est évident que le nombre de quinze frégates de premier rang est insuffisant. Les rapporteurs notent d’ailleurs qu’un tel débat a été tranché en Italie.

« En 2030, les Italiens auront ainsi 19 frégates, tandis que la France n’en aura que 15. Il est donc nécessaire de rester au niveau des Italiens, voire de les dépasser », a estimé M. Michel-Kleisbauer, devant ses collègues. « Une réflexion sur l’accroissement du nombre de nos bâtiments de premier rang, notamment les frégates, parait nécessaire en vue de consolider la position de la marine nationale, au regard du réarmement naval des puissances en Méditerranée », lit-on également dans le rapport.

Celui-ci plaide également pour accélérer la commande et la livraison des patrouilleurs océaniques, les avisos [ou patrouilleur de haute-mer] qu’ils doivent remplacer étant à bout de souffle alors que leur mission principale et de sécuriser les approches maritimes. « Au titre de la préservation de nos capacités de projection, l’accélération du programme des bâtiments ravitailleurs de force [BRF] serait opportune, afin de remédier à la réduction de capacité de 50 % des bâtiments de commandement et de ravitaillement [BCR] jusqu’en 2027 », ajoute-t-il.

Et dire qu’à la fin des années 2000, il était question de doter la Marine nationale de 17 frégates multimissions [FREMM], qui se seraient ajoutés aux deux frégates de type Horizon… Et que le programme BATSIMAR [Bâtiments de surveillance et d’intervention maritime] devait permettre le renouvellement des patrouilleurs outre-Mer et celui des patrouilleurs de haute-mer [des navires essentiels à la dissuasion nucléaire puisqu’une de leurs missions est « blanchir » les approches de l’Île-Longue, où sont basés les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ndlr]. Pour des raisons budgétaires, les objectifs furent revus à la baisse ou repoussés à des jours meilleurs. Et comme le dit la fable, « la Cigale, ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue »…

Porte-avions de nouvelle génération : Rapport du Sénat du 24 juin 2020

Porte-avions de nouvelle génération : Rapport du Sénat du 24 juin 2020


Après 18 mois d’études sur le porte-avions de nouvelle génération, le dossier est aujourd’hui sur le bureau du Président de la République. Or ce choix concerne la sécurité des Français : il est urgent d’associer le Parlement et les citoyens au débat. C’est l’objet de ce rapport.

Facteur d’autonomie stratégique, le porte-avions est un outil politique, diplomatique et militaire sans équivalent. Il participe au maintien du rang de la France comme puissance diplomatique et militaire de premier rang, capable d’intervenir en opération pour défendre ses intérêts et de jouer un rôle actif dans des coalitions internationales. Avec la dissuasion nucléaire, c’est un symbole de l’exercice par la France de sa souveraineté.

Mondialisation, rivalités de puissances, « maritimisation » de l’économie : les tendances géostratégiques plaident pour ne pas désarmer en mer. La construction d’un – ou de deux – nouveaux porte-avions est probablement la première réponse, la plus significative, celle autour de laquelle doivent s’organiser toutes les autres. Dans ce rapport qui expose les enjeux, le Sénat apporte de premières réponses à un débat qui doit être ouvert.

Rapport d’information – Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées Sénat sur le porte-avion nouvelle génération 24 06 2020