Focus sur le 13ème régiment de Dragons Parachutistes

Focus sur le 13ème régiment de Dragons Parachutistes


par Jean de Saint Blancard (*)- Esprit Surcouf – publié le 12 août 2022

https://espritsurcouf.fr/defense_focus-sur-le-13eme-regiment-de-dragons-parachutistes_par_jean-de-saint-blancard-n195-12082022/


Approcher le 13ème Régiment de Dragons Parachutistes (13° RDP),  c’est s’approcher d’un régiment au fonctionnement particulier. Le « 13 » est une unité des Forces Spéciales, spécialisée dans le renseignement. Ses soldats doivent être protégés par le plus grand anonymat, pas de visage, pas de localisation, pas d’information publique sur leurs actions. Le secret est une force pour garantir le succès de leurs missions. L’auteur nous en dit un peu plus.

Le Commandement des Forces Spéciales Terre (CFST) regroupe trois régiments de l’armée de terre, le 1er Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (1° RPIMA), le 13eme régiment de Dragons parachutistes (13° RDP) et le 4eme Régiment d’Hélicoptères de Forces Spéciales (4° RHFS). Il est aux ordres du Commandement des Opérations Spéciales (COS) et de la DRM (Direction du renseignement militaire).

Ce CFST, commandement de niveau divisionnaire, est basé à Pau-Uzein, dans les Pyrénées françaises. La majorité de ses opérations sont classées « Secret Défense ». A ce jour, il compte environ 2500 hommes et femmes et dispose de 45 hélicoptères. Il ne doit pas être confondu avec le le Groupement d’Appui des Opérations Spéciales, qui permet de greffer des unités conventionnelles spécialisées (NRBC, Génie, Cyno, etc) en fonction de la mission préparée.

Un peu d’histoire…

Créé en 1676, portant successivement les noms de ses colonels sous la royauté, le régiment devient 13e régiment de dragons sous la Révolution. Il s’illustre à Valmy en 1792, puis sous l’Empire à Hohenlinden, à Austerlitz, à Iéna et à la Moskova.  Sous Napoléon lll, il devient régiment des dragons de l’Impératrice, et retrouve son numéro dès 1870. Lors du premier conflit mondial, il s’illustre à Ypres en 1914, puis à Verdun en 1916.

Durant la deuxième guerre mondiale, équipé de quatre-vingts chars, il combat du 10 mai au 25 juin sans interruption, en Belgique, à Dunkerque, puis sur le « front de Seine » où il se retrouve pratiquement anéanti. 13ème régiment de dragons parachutistes 1952, il  prend part aux opérations d’Algérie dans la 10° division parachutiste du général Massu.

Rapatrié en métropole, il est transformé en régiment interarmes de recherche et de renseignement. Il s’installe alors en Lorraine, à Dieuze, pendant 48 ans. À l’été 2011, le 13ème RDP prend ses quartiers dans le camp de Souge à Martignas-sur-Jalle, près de Bordeaux, permettant un regroupement cohérent des forces spéciales dans la région sud-ouest. La devise du régiment n’a jamais changé.

 

Le travail du « 13 »

Le 13è RDP est un système complet et autonome de renseignement. Les Dragons recueillent, traitent et diffusent l’information. Toujours en uniforme, ils utilisent tous les moyens de pénétration imaginables au service d’un seul et même objectif : le renseignement humain.

« Voir sans être vu » pourrait être leur devise, car leur régiment n’est pas là pour faire le coup de force, mais tout au contraire pour s’infiltrer en profondeur dans les lignes ennemies sans se faire repérer. Les progressions se font toujours dans un silence absolu et tous les ordres sont donnés par gestes et signaux. Les groupes de reconnaissance et d’observation sont peu armés, ils sont munis le plus souvent de pistolets mitrailleurs Uzi ou MP5, toujours dotés de silencieux. La seule utilisation de ces armes ferait échouer la mission et conduirait tout le groupe à une mort certaine.

Les hommes peuvent se terrer plusieurs semaines, c’est pour cela qu’ils emportent avec eux vivres et matériels qui pèsent au total une soixantaine de 60 kilos. Ils disposent de caméras numériques associées à des intensificateurs de lumière pour observer des camps ou bases ennemis à plusieurs centaines de mètres, et de nuit. Ils sont dotés de tous les moyens nécessaires pour pouvoir transmettre au commandement,  situé à plusieurs centaines de kilomètres en arrière. Toutes les communications sont évidemment codées et les radios n’envoient que des informations compressées, selon des fréquences variables.

La mission peut être aussi de désigner au laser des cibles à l’aviation. Et ils sont bien sûr capables de poser des charges, sur des antennes de télécommunications par exemple, dans des zones où l’aviation ne pourrait pas intervenir.

Il s’agit donc de faire la guerre autrement. Réussir une mission demande aux dragons d’accumuler un grand nombre de qualités : résistance physique, rusticité, adaptabilité, grande intelligence de situations, sang-froid, courage et force mentale.

Les escadrons du « 13 ».

Le régiment a la particularité de se décliner en plusieurs escadrons, dont sont spécialisés dans la recherche humaine en tous milieux. A ce titre ils suivent des entraînements dans le monde entier, comme à Djibouti, en Guyane, en Suède ou ailleurs le « 13 » a été projeté sur les cinq continents et dans plus de trente pays

Les 7 escadrons spécialisés sont les suivants : le 1er escadron est celui de l’instruction, c’est donc l’académie de formation du 13ème RDP ; le 2ème escadron est spécialisé dans les milieux nautiques et détient une expertise jungle. A cet effet il regroupe des nageurs- palmeurs, plongeurs et des navigateurs qui sont en mesure de se déplacer et d’intervenir discrètement, à proximité immédiate d’une façade maritime ou de réseaux fluviaux.

Le 3ème escadron est spécialisé dans les milieux montagnes et détient l’expertise grand froid ;le 4ème escadron est spécialisé dans les milieux désertiques et détient l’expertise mobilité ; le 5ème escadron est spécialisé dans les milieux urbains, avec une expertise dite troisième dimension, donc la possibilité d’effectuer des sauts en parachute à très grande hauteur, avec masque à oxygène et pilotes biplaces ; le 6ème escadron sert d’appui technique ; le 7ème escadron se consacre au traitement et à l’analyse du renseignement. Il existe enfin un dernier escadron, l’ECL (Escadron de Commandement et de Logistique).

Volontaires pour servir au « 13 ».

Chaque année, le régiment recrute une centaine de jeunes. Ils viennent d’autres régiments de l’Armée de Terre ou du monde civil. Dans ce dernier cas, le candidat doit être âgé de 18 à 27 ans, être de nationalité française, jouir de ses droits civiques, présenter un casier judiciaire vierge, avoir effectué sa journée Défense et Citoyenneté (JDC), être en bonne condition physique à la date de signature du contrat, avoir réussi des tests de sélection ainsi que des tests d’agrément technique « unités spéciales ».  Les qualités souhaitées sont la motivation et la volonté, la rusticité et l’endurance, l’autonomie et le sens des responsabilités.

Chaque volontaire commence par suivre une formation initiale mois, qui permet d’obtenir le brevet parachutiste. Certains seront alors dirigé vers des régiments plus classiques, d’autres enchaîneront sur la « filière forces spéciales » pendant 13 mois. Cela consiste en des aguerrissements longs et des spécialisations approfondies en techniques de combat commando, une initiation au tir toutes armes, notamment à longue distance, en corps-à-corps, en identification de matériels adverses, en survie, en techniques secrètes d’infiltration et de renseignement chez l’ennemi, en informatique, en dépiégeage, en techniques de photo-vidéo, en camouflage, en langues rares, etc…

Il est aussi possible de s’engager dans d’autres formations plus pointues telles que celle d’équipier SIC (cyber guerre), de traitant et d’analyste renseignement, d’expert en géopolitique et en investigations, à des fins par exemple d’identification et de localisation des réseaux ennemis.

Ce parcours très exigeant est caractérisé par sa durée mais aussi par le niveau de son instruction qui impose un travail et un investissement personnels quasi quotidiens…

Encore plus loin

À l’occasion d’un entraînement organisé à « Bordeaux Lac » début décembre 2021,  permis d’approcher des équipiers de recherches spécialement formés pour s’infiltrer discrètement par voies nautiques, ceux du 2ème escadron dont la devise est « Encore plus

loin… ».

Ces militaires opèrent soit en surface à l’aide de palmes ou d’embarcation, soit sous l’eau en plongée, équipés de respirateurs à circuit fermé. Certains sont qualifiés « Plongeurs Offensifs » et peuvent mener des infiltrations subaquatiques en toute discrétion et sur de longues distances. Les insertions nautiques sont généralement menées de nuit.

Au cours de l’exercice, ont été utilisés des embarcations et du matériel adaptés aux opérations spéciales, des Kayaks, des propulseurs sous-marins, le « Squale ». L’adaptation des modes opératoires et des matériels est une exigence primordiale répondre aux attentes du COS et de la DRM, car le « 13 » est un maillon essentiel du renseignement et de la lutte antiterroriste en opérations extérieures.

***

(*) Jean de SAINT VICTOR de SAINT BLANCARD est à la fois plongeur et photographe. Plongeur, il l’est depuis 1974 après un baptême de plongée dans la piscine de l’Université de Paris X lorsqu’il était étudiant en droit… Il a effectué son Service National « palmes aux pieds » comme « plongeur de l’armée de terre » et a poursuivi avec une formation pédagogique pour enseigner la plongée. Il est moniteur Fédéral 1er degré, Moniteur Nitrox confirmé FFESSM.

Photographe, évidemment spécialisé dans les prises de vues subaquatiques, il a reçu de multiples récompenses dans les concours et compétitions organisées par les fédérations de l’image. Il collabore à plusieurs magazines de plongée et expose régulièrement ses clichés lors de manifestations culturelles.

Le ministère des Armées passe à la vitesse supérieure en matière d’intelligence artificielle

Le ministère des Armées passe à la vitesse supérieure en matière d’intelligence artificielle

http://www.opex360.com/2022/07/11/le-ministere-des-armees-passe-a-la-vitesse-superieure-en-matiere-dintelligence-artificielle/


 

« Le traitement massif des données, c’est le nouveau nerf de la guerre. C’est ce qui nous permettra de prendre la bonne décision. Aussi, nous ne pouvons donc dépendre de personne », avait ainsi résumé Florence Parly, alors ministre des Armées.

Après une première phase compétitive et la mise en place un « écosystème » constitué de PME, de jeunes entreprises innovantes et de laboratoires spécialisés dans le traitement des données et l’intelligence artificielle, la Direction générale de l’armement [DGA] confia ce programme au tandem Thales et Atos, via leur co-entreprise Athea, avec Cap Gemini et Sopra Steria comme sous-traitants.

Cette seconde phase devait permettre de développer des « démonstrateurs » pour les six cas d’usage prévus par ARTEMIS.IA.

Pour rappel, intitulé « aide à l’exploitation des données massives, hétérogènes », le premier doit aboutir à un « outil d’exploitation permettant le croisement de données structurées et non structurées » permettant d’effectuer des « analyses multidimensionnelles sur la base de critères géographiques, temporels, relationnels ou statistiques ». Le second concerne la cybersécurité, avec la capacté de détecter des anomalies dans de « grands volumes d’évènements journalisés » tandis que le troisième s’intéresse au suivi de la santé des militaires.

Le quatrième cas d’usage, appelé « intelligence technique et économique », vise à faciliter la recherche d’informations dans de grandes masses de données et d’en faire la synthèse. Dans le même ordre d’idée, il est également question de mettre au point un « outil d’élaboration de la situation maritime, tirant parti du croisement de différentes sources de données » pour avoir la capacité de repérer et d’identifier des « modèles de comportement y compris anormaux et dans la prédiction de la situation maritime future ». Enfin, le sixième domaine couvert par ARTEMIS.IA est celui du Maintien en condition opérationnelle [MCO], avec l’élaboration d’un système d’analyse prévisionnelle et de gestion des flottes [véhicules, aéronefs].

A priori, les démonstrateurs mis à l’épreuve par des « utilisateurs opérationnels » au cours de ces derniers mois ont donné pleinement satisfaction. Ce qui a motivé le ministère des Armées à passer la vitesse supérieure.

En effet, via un communiqué publié dans la soirée du 10 juillet,la DGA a indiqué que le projet ARTEMIS.IA venait d’entrer dans une phase d’industrialisation, avec le déploiement prévu d’une première plateforme opérationnelle de traitement massif de données, la réalisation de standards successifs, la formation et le soutien pour une durée de trois ans.

Plus précisément, cette première application concernera l’exploitation d’information multi-sources à des fins de renseignement. Elle sera livrée en 2023. « Le marché prévoit également le déploiement de futures capacités qui répondront aux spécificités d’autres domaines métiers, élargissant ainsi l’emploi d’ARTEMIS.IA à toutes les entités du ministère des Armées », a détaillé la DGA, pour qui ce programme « constituera plus largement un socle technique de référence, hautement sécurisé et souverain, susceptible d’irriguer à terme d’autres projets étatiques dans le domaine de l’intelligence artificielle. »

Effectivement, un tel projet doit répondre à des impératifs de sécurité… Comme l’avait souligné l’ex-député Fabien Gouttefarde, dans un avis budgétaire publié en octobre 2021, il doit « prendre en compte les nombreuses spécificités du monde de la Défense que sont la protection des données, la multiplicité des réseaux et des niveaux de classification, la gestion du besoin d’en connaître, l’accès aux algorithmes et aux données, tout en répondant aux problématiques de distribution géographique des données et des utilisateurs raccordés au travers de moyens de télécommunications militaires souvent contraints en termes de bande passante et de débit ».

Dans cet avis, M. Gouttefarde s’inquiétait du fait que le ministère des Armées était « en train de concevoir un super système d’analyse des données qui ne fonctionnera que dans 3 ans au plus tôt, c’est-à-dire à un moment où quasiment toutes les technologies impliquées auront évolué ».

Sur ce point, la DGA fait justement valoir qu’ARTEMIS.IA a été conçu « comme une plateforme modulaire », ce qui lui permettra de « bénéficier des avancées technologiques à venir dans le domaine du big data et de l’intelligence artificielle » afin de toujours « mieux répondre à l’évolution des besoins du ministère ».

L’état-major russe a diffusé des images présentées comme étant celles des rescapés du croiseur Moskva

L’état-major russe a diffusé des images présentées comme étant celles des rescapés du croiseur Moskva

http://www.opex360.com/2022/04/17/letat-major-russe-a-diffuse-des-images-presentees-comme-etant-celles-des-rescapes-du-croiseur-moskva/


 

« Nous estimons qu’ils l’ont touché avec deux Neptune, » a en effet indiqué un haut responsable du Pentagone à la presse, le 15 avril. Ce qui contredit la version avancée par Moscou, qui, avant de reconnaître le naufrage du Moskva, avait parlé d’un incendie provoqué par la « détonation de munitions » survenue à bord du navire.

Pour rappel, long de 186,4 mètres pour 12’500 tonnes de déplacement, le Moskva était surtout utilisé pour établir une « bulle de protection » aérienne pour les autres navires russes présents en mer Noire, notamment grâce à ses 64 missiles surface-air S-300F [SA-N-6 Grumble]. Étant donné que la marine russe est censée avoir la maîtrise des approches maritime ukrainiennes, la perte de ce croiseur peut être vu comme un camouflet.

« C’est un gros coup dur symboliquement », a estimé le responsable du Pentagone. Et sa perte « crée un vide en termes de capacités militaires », a-t-il ajouté. Et cela d’autant plus que ce vide ne pourra pas être comblé étant donné que, conformément à la convention de Montreux, la Turquie « n’autorise pas les navires de guerre à entrer dans la mer Noire, et [les Russes] ne pourront donc pas le remplacer avec l’un des autres navires de la classe Slava qui leur restent », a-t-il fait valoir.

Mais au-delà la perte matérielle, aucun bilan humain n’a été avancé après le naufrage du Moskva, l’état-major russe ayant seulement assuré que son équipage – soit 510 marins – avait été évacué. « Nous pensons qu’il y a eu des victimes, mais il est difficile d’évaluer combien », a dit le responsable du Pentagone, avant de préciser que des survivants avaient été « récupérés par d’autres navires russes croisant dans les parages ».

En 1982, durant la guerre des Malouines/Falklands, le torpillage du croiseur ARA General Belgrano, comparable, par ses dimensions, au Moskva, mais avec un équipage deux fois plus important, avait fait 323 tués. Soit 30% des marins à bord. Ce qui peut donner une idée des pertes subies par la marine russe.

Quoi qu’il en soit, le 16 avril, le minstère russe de la Défense a produit une vidéo censée montrer les rescapés du Moskva.

 

« Le commandant en chef de la marine, l’amiral Nikolaï Iévménov, et le commandant de la flotte en mer Noire ont rencontré l’équipage du croiseur Moskva à Sébastopol », en Crimée, a-t-il précisé. Et d’ajouter : L’amiral « a informé l’équipage du croiseur que les officiers, les aspirants et les marins continueraient de servir dans la marine », précisant que les « traditions du Moskva seront soigneusement préservées ».

Selon ces images, dont l’authenticité reste à confirmer [il se peut qu’elles soient antérieures à la perte du croiseur, ndlr], l’analyste américain HI Sutton estime qu’environ 240 marins du Moskva ont survécu au naufrage. Dont 90 officiers et officiers-mariniers ainsi que 130 matelots. Pour autant, cela ne veut pas dire que leurs camarades ne figurant pas sur cette vidéo ont péri, un certain nombre d’entre-eux peuvent avoir été blessés.

Guerre en Ukraine : Le directeur du renseignement militaire français poussé vers la sortie

Guerre en Ukraine : Le directeur du renseignement militaire français poussé vers la sortie



Que savaient les autorités françaises de la situation militaire à la frontière ukrainienne quelques jours avant le début de l’offensive russe, le 24 février, en fonction des renseignements dont elles disposaient alors? Une partie de la réponse a été donnée par Florence Parly, la ministre des Armées, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, une semaine plus tôt [le compte-rendu a fini par être publié un mois après…].

« Nous disposons bien de moyens de renseignement souverains qui nous permettent de développer nos propres analyses sur la situation en Ukraine. Nous avons renouvelé la totalité de nos capacités satellitaires d’observation, d’écoute et de communication, et nous utilisons les avions de reconnaissance et d’écoute, les Atlantique 2 et les Gabriel, ainsi que les Rafale [qui ont escorté les Mirage 2000D dotés de la nacelle ASTAC, ndlr], qui permettent aussi d’apprécier des situations, ou encore les navires qui ont été déployés dans la mer Noire », a d’abord rappelé Mme Parly, précisant que ces capteurs avaient été « orientés » vers l’Ukraine « depuis l’automne » 2021.

« La question qui se pose ne concerne pas tant ce que nous observons que les conclusions à en tirer. Si nous voyons les mêmes choses que nos partenaires, nous n’en tirons pas nécessairement les mêmes conclusions. C’est pour mener nos propres analyses que nous continuons d’investir dans des capacités souveraines », a enchaîné la ministre.

Et celle-ci de conclure : « Nous avons le sentiment qu’il [le président Poutine] n’a pas encore pris sa décision. Je reste prudente : ce n’est pas une science exacte. […] Une attaque est-elle possible? Oui. Est-elle plausible? Oui, compte tenu des moyens acccumulés. Est-elle imminente? Je ne le sais pas ».

Sur ce dernier point, les États-Unis et le Royaume-Uni ont estimé que l’offensive russe qui se préparait était effectivement imminente. D’où le retrait de leurs instructeurs militaires et de leur personnel diplomatique ainsi que l’évacuation de leurs ressortissants.

Le 6 mars, dans un entretien au quotidien Le Monde, le général Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées [CEMA], a admis une divergence d’appréciation de la situation avec le américain.

« Les Américains disaient que les Russes allaient attaquer, ils avaient raison. Nos services pensaient plutôt que la conquête de l’Ukraine aurait un coût monstrueux et que les Russes avaient d’autres options », a en effet affirmé le général Burkhard.

Pour rappel, il revient à la Direction du renseignement militaire [DRM] de collecter les informations sur les forces en présence, les capacités susceptibles d’être mises en œuvre, la nature des unités et des matériels engagés. Tenter de savoir ce qu’il se passe dans l’entourage d’un chef d’État et d’identifier les personnes influentes dans les cercles du pouvoir relève de la Direction générale de la sécurité extérieure [DGSE] et du… ministère des Affaires étrangères, via ses représentations diplomatiques.

Cela étant, l’évaluation de la situation avant l’invasion de l’Ukraine par les « services » du ministère des Armées était-elle vraiment erronée? Ce n’est pas si simple… sachant que, par exemple, en matière de combat urbain, il faut engager 6 soldats pour en combattre un retranché dans une ville. Ou qu’il aura fallu près de neuf mois pour reprendre Mossoul à l’État islamique, en 2017, alors que la supériorité aérienne était acquise aux forces irakiennes grâce à l’appui de la coalition dirigée par les États-Unis. Aussi, les affirmations selon lesquelles l’objectif du Kremlin était de s’emparer de Kiev pouvaient sembler excessives, les généraux russes étant supposés être au fait de ces réalités. Et, d’ailleurs, à moins de faire partie de l’entourage du président russe, il était difficile de connaître ses véritables intentions.

Quoi qu’il en soit, ce qui est décrit comme un « raté » du renseignement français ne sera pas sans conséquence. Selon une information de L’Opinion, confirmée par l’AFP, le général Éric Vidaud, qui avait été nommé à la tête de la DRM il y a sept mois, après avoir dirigé le Commandement des opérations spéciales [COS] vient d’être remercié.

Selon une source militaire sollicitée par l’AFP, des bruits de coursives sur la possible éviction du général Vidaud couraient depuis « quelques jours ».

Quoi qu’il en soit, l’an passé, et selon les rumeurs qui circulaient avant le traditionnel « mercato » estival des généraux, le général Vidaud était pressenti pour prendre les rênes de la Direction de la sécurité et du renseignement de défense [DRSD] et non celles de la DRM, ce poste devant revenir au général Bertrand Toujouse, qui en avait été le numéro deux. Finalement, celui-ci fut nommé à la tête du COS. À l’époque, le site spécialisé Intelligence Online avait parlé d’une « ingérence inédite de l’Élysée » dans ce processus des nominations.

Du Génie dans les opérations en Ukraine (en cours)

Du Génie dans les opérations en Ukraine (en cours)

publié le 7 mars 2022 par – Mars attaque

http://mars-attaque.blogspot.com/2022/03/du-genie-dans-les-operations-en-ukraine.html#more


Réserves introductives d’usage évidemment : avec le brouillard de la guerre obscurcissant des pans entiers des opérations, un manque de recul surtout sur les aspects micro-tactiques des opérations (et une meilleure visibilité – toute relative – sur le niveau opératif et stratégique), de nombreux biais possibles d’analyse, une situation dynamique et évolutive, des courbes d’apprentissage en cours des deux côtés…

Le Génie est une arme servant, à la pelle, à garantir la liberté d’action des forces amies et à réduire la capacité de manœuvre adverse. Elle peut, en théorie, mettre à disposition de la force, en phase offensive comme en phase de stabilisation, une boite à outils de capacités extrêmement variées.

Intégrant les composantes “combat” et “infrastructures” (qui sont séparées en France), l’arme du Génie dans les forces armées russes est une subdivision propre, qui a, comme d’autres composantes, connue une modernisation relative au cours des dernières années (en quantité et en qualité), notamment matérielle (nouveaux robots, ponts, blindés de bréchage…).

Crédits : Oryx. Protection sommaire sur un moyen de franchissement du Génie de l’armée russe.

Les unités russes du Génie, au déclenchement de la nouvelle phase d’invasion de l’Ukraine en février, bénéficient, en théorie, du retour d’expérience des opérations menées en Ukraine depuis quelques années (avec un fort focus sur la partie protection de la force) et en Syrie (avec un fort focus sur la partie déminage / dépollution).

Alors que les moyens du Génie étaient bien observés (notamment via le renseignement d’origine image des satellites) dans la phase de montée en puissance/pré-positionnement/entraînements pré-déclenchement des opérations, il y a, à ce jour, une très faible observation depuis de l’engagement de moyens Génie : rares ponts mobiles (sur camions ou blindés, type TMM-3 ou PMP) – peu ou pas utilisés, peu ou pas de blindés de déminage/bréchage, peu de moyens d’aménagement du terrain type tracteurs, bulldozers, etc. (des KamAZ, ou BAT-2), peu de moyens de déminage portatifs, etc. Que cela soit dans les images/vidéos des pertes sur le terrain, des convois circulant en territoire ukrainien, des images de la communication opérationnelle russe (plus nombreuses depuis quelques jours pour reprendre l’offensive aussi dans ce domaine), etc.

Une impression et des observations venant plutôt rejoindre l’analyse d’une surprenante faible intégration interarmes, relevée depuis le lancement des opérations, dans les détachements russes. Avec des colonnes de moyens infanterie/cavalerie, avec peu ou pas de moyens Génie d’appui au combat, et, au final, un manque d’indices sur une utilisation effective du Génie en phase offensive.

Sur-utilisant les axes (potentiellement pour diverses raisons, notamment : climatiques (boues, pluies et neiges), réflexion tactique relative, absence de besoin de contourner des dispositifs adverses…), les détachements russes cherchent peu ou pas à déboucher “dans la verte” et à couper à travers champs ou à passer les coupures humides hors des ouvrages d’art. N’utilisant donc pas les moyens de franchissement, pourtant plutôt nombreux aux frontières de l’Ukraine au déclenchement de l’offensive.

Face aux embuscades, simples ou sophistiquées (avec obstacles piégés, abattis, bouchons de mines, etc.), les capacités en ouverture d’itinéraires semblent être peu/pas utilisées (des capacités qui, si elles ralentissent le rythme de la manœuvre – ce qui est de moins en moins recherchée comme un préalable une fois la surprise passée, garantissent pourtant une meilleure sureté).

Sur les toutes 1ères bases avancées russes installées sur le territoire ukrainien, peu ou pas de postes de tirs protégés sont visibles, ni systèmes de fortifications plus ou moins développés (à base de bastion walls, abris, postes de tirs aménagés, etc.), les blindés ne sont pas embossés en phases de stationnement, etc. Des mesures de protection sommaire à confirmer, avec les possibles futures contre-attaques, attaques de postes, opérations spéciales sur les arrières, fronts qui se figent, etc.

Des zones de mises en batterie d’artillerie (pour la partie artillerie de courte/moyenne portée) aux protections elles aussi relativement sommaires, avec peu de zones protégées pour les mises en batterie des pièces, pour enterrer les réserves de munitions, se protéger des tirs de contre-batterie, pour les postes de commandement enterrés, etc.

Plusieurs hypothèses à cela (avec une liste non exhaustive, mais alors, vraiment non exhaustive).

1/ Cf. les réserves en introduction. Le manque d’informations, à chaud, conduit-il à des observations biaisées que le temps long de l’analyse rétrospective viendra contredire ? Avec notamment des informations (relatives) disponibles surtout (globalement) sur le front Nord/Est plus que sur le front Sud (et des physionomies peu similaires entre les deux axes d’efforts).

2/ Les possibles futurs combats en zone urbaine à grande échelle, notamment pour la partie déminage/dépiégage/dépollution, pourraient obliger à une utilisation plus forte des moyens (particuliers) du Génie (surtout avec l’utilisation possible de pièges, IEDs ou autres, qui semblent apparaitre plus depuis quelques jours, en villes, mais pas seulement).

3/ Les transitions en cours, entre la phase de poussée initiale (plutôt désordonnée) et la phase secondaire (un nouvel échelon envoyé, une approche plus méthodique, un plus fort appui des moyens d’artillerie, des opérations face aux « kystes urbains », des lignes qui à certains endroits se figent en zones péri-urbaines…), avec en parallèle la transition vers la techno guérilla côté ukrainien, pourrait changer la donne concernant le Génie, et contraindre à des évolutions. Faute de quoi…

4/ Les moyens Génie russes sont, historiquement, plutôt rattachés au niveau des grandes unités (avec des bataillons / régiments du Génie au niveau des corps/groupes d’armée ou divisions), gérant (au moins lors des grands exercices vitrines) des opérations propres. Des séquences plutôt peu ou pas combinées avec les autres armes, par étapes, en détachant peu ou pas de capacités au niveau des unités en-dessous (bataillons/compagnies). Soit une intégration interarmes encore perfectible pour vraiment apporter toute sa plus-value. Cela sera-t-il amené à changer ?

Fin, mais loin d’être la fin (car il est évidemment trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur les capacités des uns et des autres, leur utilisation, leur niveau de déploiement en quantité, de juger au-delà des séquences de mise en valeur de quelques exemplaires de matériels, etc.). A suivre donc…

Les forces russes prétendent avoir détruit deux blindés ukrainiens ayant franchi la frontière; Kiev dément

À l’issue de l’entretien entre MM. Poutine et Macron, il y a deux semaines, Moscou avait assuré que ses troupes déployées en Biéolorussie regagneraient leurs casernes à la fin de leurs manœuvres menées conjointement avec leurs homologues biélorusses, le 20 février. Seulement, ce jour-là, Minsk a annoncé que ces exercices vont finalement se prolonger jusqu’à une date non précisée… et qu’ils porteraient sur de nouveaux domaines.

« La décision de prolonger les manœuvres a été prise en raison d’une activité militaire accrue près des frontières de la Russie et de la Biélorussie et d’une escalade […] dans la région ukrainienne du Donbass », a justifié le ministère biélorusse de la Défense, via un communiqué.

Effectivement, et alors que la Russie annonçait le retrait de quelques unités de blindés de Crimée – annonce dont la portée a été amoindrie avec l’arrivée d’autres capacités militaires près de l’Ukraine -, la situation s’est subitement dégradée dans le Donbass, où les forces gouvernementales ukrainiennes sont aux prises avec les séparatistes pro-russes des républiques populaires auto-proclamées de Donetsk et de Louhansk.

Ainsi, la Mission spéciale d’observation déployée en Ukraine par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe [OSCE] a constaté 1566 violations du cessez-le-feu [théoriquement imposé par les accords de Minsk 2, signée en février 2015] pour la seule journée du 18 février, contre « seulement » 153 trois jours plus tôt. Dans son dernier rapport, celle-ci s’attarde surtout sur les moyens mis en œuvre par les séparatistes, affirmant avoir observé la présence de 30 lance-roquettes multiples BM-21 Grad ainsi qu’une dizaine d’obusiers dans les zones que ces derniers contrôlent, à proximité de la ligne de contact.

Dans ce contexte, les autorités des deux républiques séparatistes ont décrété la mobilisation générale, tout en ordonnant l’évacuation des civils vers la Russie. Une décision qui a été qualifiée de « manœuvre cynique » par Washington, pour qui il s’agit de « préparatifs » avant une offensive lancée par Moscou.

La confusion aidant, tous les éléments sont réunis pour provoquer un incident susceptible d’avoir les plus graves conséquences. Voire pour mener une opération sous fausse bannière, ce qui ne peut être exclu… D’autant plus que la situation rappelle – de loin – celle qui prévalait entre la Finlande et l’Union soviétique en 1939.

À l’époque, Helsinki et Moscou étaient liés l’accord de Tartu de 1920 et un pacte de non-agression signé en 1932 [et renouvelé en 1934]. Seulement, des manœuvres furent menées à partir de mars 1938 par l’Armée rouge, près de la Finlande, alors que les Soviétiques voulaient établir une zone tampon pour protéger Leningrad [Saint-Petersbourg aujourd’hui]

Ce fut dans le cadre de celles-ci que des obus tombèrent dans les environs du village soviétique de Mainila. Les forces finlandaises en furent tenues pour responsables par Moscou, alors que, de par leur position, leurs pièces d’artillerie n’avaient pas la portée suffisante pour un tel bombardement. Une propagande savamment orchestrée fit le reste, avec son lot d’agressions [fictives] imputées aux Finlandais.

L’incident de Mainila servit de prétexte à l’Union soviétique pour rompre ses relations diplomatiques avec la Finlande… et pour lancer la « guerre d’hiver », qui se solda le traité de Moscou, lequel fut signé aux dépens de la Finlande, malgré les succès tactiques de son armée.

Aussi, le bombardement d’un poste-frontière russe signalé par le FSB [le renseignement intérieur russe, ndlr], ce 21 février, est-il bien le fait des forces ukrainiennes, comme le sous-entend Moscou [ce que Kiev conteste]? Ou entre-t-il dans le cadre d’une opération sous fausse bannière, comme cela fut le cas pour le village de Mainila?

« Le 21 février, à 09h50, un obus de type non identifié tiré depuis le territoire de l’Ukraine a complètement détruit le point des gardes-frontières dans la région de Rostov, à une distance d’environ 150 mètres de la frontière russo-ukrainienne », a en effet déclaré le FSB. « Il n’y a pas eu de victime, les démineurs travaillent sur le site », a-t-il précisé.

« On ne peut pas les empêcher de produire ces fausses informations […] mais nous insistons sur le fait que nous ne tirons sur aucune infrastructure civile ou sur la région de Rostov », a rétorqué Pavlo Kovalchuk, un porte-parole des forces armées ukrainiennes, auprès de l’AFP. Et d’insister : « Il n’y a pas de tirs d’artillerie sur les forces d’occupation » russe [dans le Donbass].

Après que le FSB a fait état du bombardement de ce poste frontière de la région de Rostov, l’armée russe a affirmé avoir tué « cinq saboteurs » ayant franchi la frontière près de la localité Mitiakinskaïa.

« Lors de combats, cinq personnes appartenant à un groupe de saboteurs et de renseignement ayant violé la frontière de la Russie ont été éliminés », a affirmé un communiqué émis par le district militaire sud. Deux véhicules de combat d’infanterie [VCI], présumés ukrainienset dont la type n’a pas été précisé, auraient été détruits « à l’aide d’armes antichars ».

« Pas un seul de nos militaires n’a franchi la frontière avec la Fédération de Russie, et pas un seul d’entre eux n’a été tué aujourd’hui [21/02] », a assuré Anton Gerachtchenko, un haut responsable du ministère ukrainien de l’Intérieur.

À peine l’affirmation russe démentie par Kiev, Alexandre Bortnikov; le chef du FSB, en a lancé une nouvelle, lors d’une réunion du Conseil de sécurité convoquée par le président Poutine pour évoquer la situation en Ukraine. « Cette nuit, deux groupes de saboteurs de l’armée ukrainienne se sont rendus à la frontière russe […]. Suite à des affrontements, ces deux groupes de saboteurs ont été détruits. L’un des militaires ukrainiens a été capturé », a-t-il déclaré.

Lors de ce même conseil, le chef du Kremlin a estimé que « l’utilisation de l’Ukraine comme instrument de confrontation » avec la Russie « représente une menace sérieuse, très grande », assurant que la priorité de Moscou n’est « pas la confrontation mais la sécurité ».

La force Barkhane a « neutralisé » 40 jihadistes impliqués dans des attaques au Bénin

La force Barkhane a « neutralisé » 40 jihadistes impliqués dans des attaques au Bénin

 

http://www.opex360.com/2022/02/12/la-force-barkhane-a-neutralise-40-jihadistes-impliques-dans-des-attaques-au-benin/


« Ces attaques […] ont entraîné au total, la mort de quatre Rangers béninois d’African Parks et de deux chauffeurs d’African Parks [dont les noms seront annoncés une fois que tous les proches auront été avisés], de l’Instructeur Responsable de l’application de la loi d’African Parks et d’un soldat des Forces Armées Béninoises, ainsi que l’hospitalisation de douze blessés », a précisé l’ONG, via un communiqué publié le 11 février.

Pour rappel, l’instructeur évoqué dans le texte était un ancien sous-officier du 1er Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine [RPIMa], âgé de 50 ans. Cela a motivé l’ouverture une enquête par le Parquet national antiterroriste [PNAT] pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Les investigations ont été confiées à la Direction générale de la sécurité intérieure [DGSI].

Cela étant, quelques heures après ces trois attaques, la force française Barkhane a été sollicités par les autorités béninoises et burkinabè afin de localiser leurs auteurs. Des capacités aériennes de renseignement ont ainsi été mobilisées, a indiqué, ce 12 février, l’État-major des armées [EMA].

C’est ainsi que, le 10 février, le groupe suspect a été repéré alors qu’il se trouvait encore près de la zone où les attaques venaient de se produire. Puis, s’étant déplacé au Burkina Faso, et « en accord et en coordination permanente avec les autorités burkinabè », souligne l’EMA, un drone MQ-9 Reaper a procédé à une frappe contre une première colonne terroristes, neutralisant ainsi une dizaine de jihadistes [ainsi que cinq motos].

Puis, peu après, une patrouille de Mirage 2000 a été engagée pour effectuer trois autres frappes contre des « regroupements terroristes à proximité » du lieu où la première avait été réalisée par le MQ-9 Reaper. « Au cours de cette action, plus d’une trentaine de terroristes ont été neutralisés, un pick-up et plus d’une dizaine de motos ont été détruits », a indiqué l’EMA.

Il est probable que le groupe terroriste mis hors de combat par Barkhane appartienne au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM, lié à al-Qaïda], et plus précisément à la katiba Macina, active dans le parc national du W.

Ces frappes aériennes ont été effectués deux jours après une opération menée par Barkhane dans le nord du Burkina Faso. Opération au cours de laquelle une dizaine de jihadistes du groupe Ansarul Islam ont été neutralisés, après de « violents combats » ayant impliqué des commandos français.

Colonel Paul PAILLOLE : Regard sur le renseignement français

Colonel Paul PAILLOLE : Regard sur le renseignement français


 

Sorti de St Cyr en 1927, affecté en 1935 au service de renseignement et de contre-espionnage militaire, le colonel Paul Paillole a dirigé l’activité du service clandestin de contre-espionnage français pendant la première phase de l’occupation, de 1940 à 1942.

Après l’invasion de la zone libre, il s’évade via l’Espagne, Gibraltar et Londres, pour rejoindre l’Afrique du Nord où il prend, en 1943, la direction de la Sécurité Militaire à Alger. A la tête de cet organisme, il maintient les liaisons avec les réseaux implantés en France occupée, renseigne les services anglo-américains, contribue à induire les Allemands en erreur sur les intentions des Alliés et prépare la remise en ordre de la métropole au moment de la Libération. Il sera le seul officier français à participer aux réunions préparatoires du Débarquement en Normandie.

En novembre 1944, ne pouvant accepter la réorganisation du contre-espionnage et le démantèlement de son service, alors que la guerre n’est pas terminée, il préfère démissionner.

La paix revenue, il occupera d’importantes fonctions au sein d’une grande société, et sera également maire de la commune de La-Queue-les-Yvelines pendant de nombreuses années.

En 1953, il fonde, avec d’autres ex-membres des services français pendant la guerre, l’Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale (ASSDN) dont il sera le Président pendant près de 50 ans.

Le colonel Paillole est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le renseignement français de la Seconde Guerre mondiale[1].

Il est décédé le 15 octobre 2002.

Propos recueillis en 1999 par Eric Denécé[2]

* * *

Mon colonel, il ressort clairement aujourd’hui que le gouvernement et le haut commandement français étaient, dès le milieu des années 1930, parfaitement informés par vos services des intentions de Hitler. Avec du recul, quel regard portez-vous sur leur attitude afin d’éviter le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ?

Il est vrai que l’inertie du pouvoir avant 1939 était très marquée, que cela soit le gouvernement (Daladier, Sarrault) ou le haut commandement (Gamelin). L’un et l’autre se sont d’ailleurs, après la guerre, renvoyé les responsabilités du désastre que nous avons vécu. Daladier se plaignait que le commandement soit resté inerte, tandis que Weygand affirmait que le gouvernement n’avait pas écouté l’état-major. Mais pourquoi le commandement n’a-t-il pas démissionné s’il considérait que les renseignements qu’il transmettait au gouvernement n’étaient pas pris en compte ? D’autant qu’après la guerre, Daladier et Weygand ont reconnu l’un et l’autre qu’ils avaient été bien informés et que nos services avaient entièrement joué leur rôle.

Beaucoup d’historiens considèrent aujourd’hui que, jusqu’en mars 1936, la France aurait pu tenter quelque chose contre Hitler avec de fortes chances de succès. En réalité, il était déjà trop tard. La décision d’une intervention militaire française en Rhénanie était très difficile à prendre, car elle risquait de provoquer le déclenchement du conflit sans pour autant déloger la Wehrmacht de la rive gauche du Rhin. Or, le gouvernement de 1936 sentait que le pays ne voulait pas la guerre et refuserait la mobilisation. De plus, la Wehrmacht était déjà puissante à cette date. Dès 1934/35, l’essentiel de l’implantation militaire allemande en Rhénanie était préparé. Le consul de France à Cologne — un de nos honorables correspondants de l’époque — en témoignait régulièrement dans ses messages. En mars 1936, Hitler avait de quoi faire face à une intervention française dans la Ruhr et en Rhénanie. L’armée française n’était pas prête pour la guerre et nos alliés britanniques l’étaient encore moins. Les Anglais étaient très opposés à un affrontement et leur position a confirmé la France à ne pas s’engager. Par leur attitude, ils ont de lourdes responsabilités sur la suite des événements. Je ne crois pas qu’Hitler aurait fait marche arrière en cas d’une intervention française symbolique et isolée.

Avec le temps, mon opinion a évolué et mon jugement est aujourd’hui moins critique qu’auparavant. Bien qu’il ait été informé par nos services, le gouvernement de l’époque n’avait pas les moyens d’agir rapidement avec une force militaire suffisante. La résistance aux actes de force des nazis apparaissait – dans le contexte de l’époque – comme une mission impossible.

Pourtant, on continue de faire du syndrome de Munich un slogan facile, aujourd’hui repris par nos dirigeants pour justifier une intervention au Kosovo. Nous mêmes, au service de renseignement (SR) de l’époque, n’étions nullement convaincus qu’il faille alors entrer en guerre, notamment parce que, comparée à son adversaire allemande, l’armée française n’était pas au point. Les politiques ont pris l’habitude, depuis 1918, de signer des traités à travers lesquels chacun s’engage, sans avoir les moyens de faire respecter les engagements. C’était notre cas, en 1939, vis-à-vis de la Tchécoslovaquie et de la Pologne.

Si l’histoire politique et militaire de la Seconde Guerre mondiale est aujourd’hui bien connue, vous militez, mon colonel, pour une véritable reconnaissance du rôle des services français. Pouvez-vous évoquer la contribution de nos compatriotes au renseignement allié pendant le conflit ?

J’ai appartenu à des organismes qui n’ont pas l’habitude de faire parler d’eux, tout en faisant correctement leur travail. Je commence à en avoir assez de voir certains s’attribuer tous les mérites et les historiens anglo-saxons tirer la couverture à eux. Le rôle des services secrets français pendant le conflit demeure largement méconnu ou sous-évalué. C’est la conséquence d’une éthique rigoureuse et de traditions fondamentales qui les contraignent au devoir de réserve, sinon au silence absolu.

Trop peu de gens savent qu’entre 1940 et 1945, une somme considérable d’informations a été délivrée aux Alliés par nos services. Ils s’en sont largement servi pour préparer leurs opérations, dont le débarquement, comme pour induire les Allemands en erreur. Or certains Français, à Londres à cette époque, nient l’existence de liens étroits entre les services spéciaux français et l’Intelligence service (MI 6). Il est vrai que ces liens étaient rigoureusement secrets.

Depuis la fin de la guerre des lettres personnelles du général Stewart Menzies, alors patron du MI 6 et du colonel Cawghill, mon homologue de l’époque, rendent un vibrant hommage à nos actions et à la collaboration que nous avions établie pendant toute cette période. Les Britanniques y reconnaissent pleinement notre efficacité, leurs dettes à l’égard des services français et l’excellent résultat de notre collaboration avant et pendant le second conflit mondial.

Il existe par ailleurs une seconde idée contre laquelle je m’insurge. Certains auteurs continuent de faire le procès des services de renseignement et de contre-espionnage militaires de 1939. Nous sommes en effet accusés d’avoir intrigué pour assurer toutes les missions de renseignement et de sécurité. Si une telle situation s’est effectivement produite, c’est que les informations dont nous disposions via nos réseaux nous faisaient percevoir l’imminence de la catastrophe ; or personne ne réagissait. Il nous a fallu prendre les choses en main avec d’autant plus de facilité que le pouvoir ne donnait au renseignement et au contre-espionnage qu’une importance secondaire.

Est-ce la raison qui est à l’origine de la création de l’Association des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale (ASSDN) ?

L’AASSDN est née du désir de rétablir la vérité, mais aussi de continuer à honorer la mémoire de ceux des nôtres qui sont morts pour la France. Il convenait de faire reconnaître ce pourquoi ils ont donné leur vie. L’AASSDN se fait un devoir impérieux de promouvoir la culture du renseignement en France. Dans cet esprit, nous avons signé en 1997 un partenariat avec les écoles de St Cyr-Coëtquidan et créé un prix d’histoire du renseignement militaire. Les premiers lauréats ont été récompensés en début d’année. Je veux témoigner de la qualité des travaux de ces jeunes sous-lieutenants sur la riche histoire de nos services spéciaux dans le second conflit mondial, mais aussi sur les tribulations de ces services depuis l’affaire Dreyfus. 

Aujourd’hui, lorsqu’un chercheur se penche sur l’histoire des services de renseignement français, de quelles sources peut-il disposer ?

À l’heure actuelle, outre les archives personnelles de certains acteurs, les seules archives disponibles sur l’action des services français pendant la Seconde Guerre mondiale sont celle du Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de Londres. Daniel Cordier fut chargé par Dewawrin, en 1946, de mettre de l’ordre dans les archives du BCRA et les a déposées aux archives nationales en 1947 ou en 1948. Il eut été légitime, me semble-t-il, qu’elles fussent déposées au service historique des armées au fort de Vincennes. Ces archives ont été largement consultées à l’occasion de l’affaire Jean Moulin. Elles sont malheureusement aujourd’hui dans un grand désordre ; à tel point qu’un journal a récemment publié une note datant de 1943, provenant du poste TR 120 de Tunis, relative aux activités allemandes vues depuis la Tunisie. Or ce poste ne dépendait en aucune façon du BCRA.

Les archives du BCRA ne donnent qu’une vision partielle de l’action d’ensemble des services français pendant la guerre. Les autres archives, celles de la Direction générale des services spéciaux (DGSS) de Jacques Soustelle – qui comportaient celles de la Direction de la Sécurité Militaire (DSM) à Alger de 1939 à 1945 et des SR traditionnels — demeurent aujourd’hui introuvables, ce qui est scandaleux et représente une grave lacune de la mémoire nationale.

Comment expliquez-vous que l’administration du ministère de la Défense ait perdu la trace de ces archives ?

Je l’ignore mais n’ai de cesse de les rechercher. D’autant que c’est moi qui, en avril 1944, avait été chargé par le Général de Gaulle du regroupement de toutes les archives des services de sécurité français : Londres et Alger, réseaux TR et Kléber, autres services et réseaux… Fin août 1944, j’ai fait rapatrier en France libérée la totalité des archives de la DSM. Il y avait plusieurs tonnes de documents dont 20 000 à 30 000 fiches. Les archives particulières de mon réseau SSMF/TR suivirent la même voie.

Or ces archives demeurent aujourd’hui introuvables, alors même qu’elles représentent un fond essentiel pour la connaissance de l’histoire du renseignement et de la sécurité pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est là quelque chose de regrettable. Ceux qui les détiennent se doivent les déposer au service historique des armées. J’ai alerté les autorités à cet égard. Seul le Secrétariat général de la Défense nationale (SGDN) a répondu, par l’intermédiaire du général de Costedoat, en soulignant les difficultés d’une opération d’envergure pour mettre de l’ordre dans les archives dépendant de la Défense. Il reste que la question est posée.

Mon colonel, quel est votre jugement quant à la qualité des services de renseignement français aujourd’hui ?

L’évolution de la DGSE et son adaptation au nouveau contexte international parait bonne. Les problèmes militaires n’ont plus la priorité qui fut longtemps la leur et le service travaille de plus en plus sur l’économie, la politique, le terrorisme, etc. Je remarque par ailleurs que la recherche secrète du renseignement est bien faite. Il ne faut donc pas critiquer les services sur ce point. Leurs résultats sont globalement satisfaisants à ma connaissance.

Il existe certes des rivalités et des redondances entre les différents services spéciaux dont notre pays dispose et la coordination en est toujours difficile. Le général Rondot peut en témoigner. Mais le véritable problème se situe à mes yeux au niveau de l’utilisation qui est faite de ces renseignements par le pouvoir politique. D’une certaine façon, nous retrouvons la situation observée en 1939.

Que pensez-vous du principe de la mise en place d’une commission de contrôle parlementaire du renseignement ?

J’ai eu récemment l’occasion de m’en entretenir avec un parlementaire proche de Paul Quilès. Il estime indispensable de mettre en place une commission parlementaire de contrôle de l’exploitation du renseignement. Je partage ce point de vue, mais il me semble que l’activité devrait s’y concentrer, avec discrétion et prudence, sur deux points : le contrôle de la réalité et de la qualité de l’effort de renseignement, c’est à dire vérifier le bon usage des fonds publics ; et surtout, le contrôle de l’utilisation du renseignement qui est faite par les autorités gouvernementales. Il me parait nécessaire qu’une commission issue de la représentation nationale veille à ce que nos dirigeants prennent des mesures adéquates face à des événements dont les services ont décelé l’occurrence.

L’exploitation du renseignement par les responsables politiques : là est le nœud gordien du problème. Il faut que l’utilisation des informations secrètes échappe à la seule responsabilité des patrons des services spéciaux. En effet, lorsque le gouvernement est informé, que fait-il ? Que faire lorsque le Directeur général de la sécurité extérieure n’arrive pas à convaincre le gouvernement de réagir devant la certitude de l’imminence d’une crise ? Il n’a guère d’autre solution que de peser de toute sa détermination (mais là se pose le problème du poids du DG dans la hiérarchie gouvernementale) ou de démissionner. Il est à mes yeux essentiel que la représentation nationale soit informée de ces situations et puisse éventuellement réagir en toute connaissance de cause.

Ma conviction est donc qu’en matière d’exploitation du renseignement on ne peut échapper à un contrôle parlementaire, à l’image de ce qui s’est fait pour le Secret Défense. En revanche, il ne me parait pas opportun que les parlementaires se mêlent du fonctionnement intérieur des services spéciaux. Certes, l’orientation de la recherche devrait être davantage guidée, mais les SR doivent rester maîtres de leurs méthodes de travail et assumer à cet égard leurs responsabilités.

Pensez-vous qu’une telle commission aurait pu éviter les événements de 1939 ?

Si l’on imagine qu’un tel système ait existé en mars 1936, je suis à peu près sûr que les choses n’auraient pas été différentes. Compte tenu du climat politique de l’époque, le parlement n’aurait probablement pas voté l’intervention en Rhénanie devant les risques de conflit. L’utilisation du renseignement doit être entièrement tributaire de la volonté politique. Les élus ne sont que le reflet de l’électorat ; si la nation baisse les bras, il n’y a rien à faire que de le constater par le vote de ses représentants. Par contre, si l’on prend l’exemple de l’affaire Greenpeace, il est probable que les députés consultés auraient exigé des mesures différentes de celles qui ont été prises et peut-être ainsi évité les dérapages.

Le nouveau contexte international entraîne, on l’observe chaque jour, une évolution des conditions dans lesquelles s’exercent les métiers du renseignement. Mon colonel, pensez-vous qu’il faille en revenir à une unification des différents services s’occupant de contre-espionnage ?

Ne parler que de contre-espionnage (CE) est insuffisant. Ce qui doit être assuré, c’est la sécurité au sens large, face à toutes les menaces extérieures qui pèsent sur notre pays.

En matière de contre-espionnage stricto sensu ce qui est essentiel, c’est de pénétrer l’adversaire, car les sources du danger sont toujours à l’extérieur du pays. Au sein du service, le rôle du CE n’est pas de surveiller le travail du SR. Il revient aux officiers traitants de vérifier qu’ils ne se font pas intoxiquer par leurs sources, parmi lesquelles pourraient se trouver des agents doubles. Si l’on considère qu’ils n’en sont pas capables, où va-t-on ! Le CE doit se borner à tenter d’éclaircir les situations anormales que signalent les responsables du SR.

Au cours des années 1937/38, avec notre patron le général Schlesser, nous nous étions attachés à une définition plus « scientifique » du rôle et de l’organisation des services de sécurité. En juin 1940 tout a été laminé et il a fallu rebâtir. J’ai alors appliqué l’organisation issue de nos réflexions. En juillet 40, lorsque j’ai créé les réseaux clandestins, je n’ai pas voulu que la recherche (SR) et le CE soit regroupés dans une même équipe. Le réseau des « travaux ruraux » (TR), couverture de départ du service de sécurité, était donc indépendant de celui du SR (réseau Kléber). Les TR ne surveillaient pas Kléber mais pénétraient l’Abwehr pour s’opposer à ses visées, notamment en Afrique du Nord.

L’Intelligence service avait la même conception de la répartition des rôles mais travaillait différemment. Le MI 6 avait en son sein son propre service de recherche et de sécurité, dirigé par le colonel Cawghill, mon homologue. En revanche, c’est le MI 5 qui avait la responsabilité du traitement des agents de pénétration allemands. 

Le fait que le contrôle des agents de pénétration ait été confié au MI 5, au lieu de l’être au MI 6, correspondait-il selon vous aux mesures à prendre dans une situation d’exception ?

Vous soulevez là un aspect essentiel. Les problèmes sont totalement différents selon que le pays se trouve en situation de paix, de crise ou de guerre. D’où l’importance de préparer dès le temps de paix un dispositif adapté à un conflit, sinon, il est toujours trop tard.

Etant l’auteur du décret interministériel de 1939, qui précise les attributions respectives des ministères de la Défense et de l’Intérieur, je peux dire qu’avant l’entrée en guerre, rien n’avait été envisagé pour préparer une telle situation. D’où les conflits d’autorité qui apparurent entre les armées et le ministère de l’Intérieur. Il est important de rappeler que nous nous trouvions alors sous le coup de la loi de 1849 sur l’état de siège. Celle-ci confère, en situation de guerre, la responsabilité des services de police aux armées sur le territoire national. Mais l’autorité militaire n’ayant pas l’habitude d’exercer ce type de responsabilité, nous n’avons pas su faire respecter cette loi. Ainsi, pendant la « drôle de guerre », nous voulions que les consulats italiens dans la zone des armées soient fermés car ils étaient de véritables nids d’espions au service de l’Abwehr. Le ministère des Affaires étrangères s’y est opposé et le ministère de l’Intérieur a refusé de nous suivre. Nous n’avons rien pu faire. Je me permets de faire remarquer que cette loi de 1849 n’a jamais été abrogée. Elle reviendrait donc en vigueur si la France connaissait de nouveau une situation similaire à celle de 1940. J’espère que l’on en a conscience en haut lieu !

Pour revenir à votre question, mon sentiment est qu’il faut, dans les situations d’exception un organisme de sécurité unique. J’ai eu la chance de mettre en œuvre un tel organisme centralisé à partir de 1942, à Alger. D’Astier de la Vigerie et Jean-Pierre Pierre-Bloch — commissaires à l’Intérieur du Comité National — étaient en parfaite adhésion avec moi, en considération de la situation dans laquelle nous nous trouvions. Cela me permit de participer en mai 1944 à Londres, dans le cadre de l’état-major du général Eisenhower, à la préparation des opérations de débarquement et de libération, en pleine souveraineté dans le domaine de la sécurité. Le problème en France reste de donner la priorité, en cas de crise à une organisation unique et centralisée de sécurité. Mais j’insiste : le plus urgent demeure la mise en place d’un système de contrôle de l’exploitation du renseignement.

Au cours du second conflit mondial, les Britanniques ont choisi de créer, pour l’action clandestine un service spécifique : le Special Operations Executive (SOE). Or, de nos jours, la quasi-totalité des pays ont intégré cette mission au sein de leur services dits de renseignement. Comment jugez-vous cette évolution ?

Il convient d’éviter le mélange des genres. Entre l’action clandestine et les activités de renseignement, il ne saurait y avoir confusion et interférence ! Avant la guerre le service Action (SA) n’existait pas. Nous estimions que ce type d’opérations n’était pas de notre ressort. Dans les premiers jours de 1940, nous avions demandé à l’amiral Darlan de mettre en oeuvre les moyens de stopper la navigation fluviale sur le Danube, afin de limiter le ravitaillement de l’Allemagne en pétrole. La réponse fut négative. On en est resté là.

Pendant l’occupation, de 1940 à 1944, il était inévitable de passer à « l’action » contre l’occupant. Tout le monde le faisait. Mais à cette différence près que les Britanniques avaient créé un organisme spécifique, le SOE. L’Intelligence service ne faisait pas ce genre de choses. Il considérait que cela portait préjudice à sa mission de renseignement. Côté français, le BCRA regroupait les deux métiers. Une fois cette coutume prise, elle est restée et, depuis la guerre, le SA est demeuré une constante du service, rattaché à la recherche.

Je suis pour ma part convaincu qu’il faut établir une distinction entre ces deux activités. Des actions violentes commanditées par l’Etat sont concevables, mais elles doivent avoir lieu en dehors des activités de renseignement. Recherche et contre-espionnage sont des missions tellement complexes par elles-mêmes qu’il ne faut les mélanger avec l’action. Si la recherche a recours parfois à des procédés à la limite de la morale (chantage, manipulation …), il ne faut pas aller plus loin. L’action secrète, dont je ne discute pas la nécessité, est une opération éminemment politique. Si l’on considère l’affaire Greenpeace, l’échec du SA a porté tort à l’ensemble de la DGSE. D’où, à mon sens, l’importance de séparer les deux. Le service de renseignement peut suggérer, voire même proposer des « actions » sur des cibles données, mais l’exécution devrait en être confiée à des organismes extérieurs spécialisés.

Les services spéciaux ont souvent tendance à faire autre chose que ce pourquoi ils ont été désignés. Ce fut, hélas, le cas fréquent pendant l’occupation. Cela fut généralement sanctionné par une répression impitoyable.

Mon colonel, si l’on considère la situation actuelle au Kosovo, ne croyez-vous pas qu’une action secrète à l’encontre de Slobodan Milosevic aurait pu éviter l’engrenage actuel ?

La question s’était déjà posée pour Hitler. En 1938, un certain organisme était venu demander ce que le service penserait d’un attentat contre Hitler. Cela n’était pas de notre compétence. Nous avons donc posé la question au gouvernement, en l’occurrence à Daladier. Il nous a répondu « gardez-vous en bien, vous en feriez un martyr ! ». En l’état actuel des événements dans l’ex-Yougoslavie et de la popularité de Milosevic chez les Serbes, il ne me semble pas opportun d’envisager une action de ce genre.

 

  1. Services Spéciaux (1935-1945), Robert Laffont, 1975 ; Notre espion chez Hitler, Robert Laffont, 1985 ; L’homme des services secrets : Entretiens avec Alain-Gilles Minella, Julliard, 1995.
  2. Interview initialement publiée dans la revue Renseignement et opérations spéciales, n°2, juillet/août 1999, CF2R/L’Harmattan.

Mme Parly a posé la première pierre du futur siège du contre-espionnage militaire français

Mme Parly a posé la première pierre du futur siège du contre-espionnage militaire français

http://www.opex360.com/2022/01/06/mme-parly-a-pose-la-premiere-pierre-du-futur-siege-du-contre-espionnage-militaire-francais/

 

 

Avec plus de 350’000 enquêtes administratives réalisées en 2021 [soit un millier par jour], la Direction du renseignement et de la sécurité de défense [DRSD], dont les missions portent sur le contre-espionnage et la contre-ingérence, est sans conteste le premier service enquêteur de France.

 

Pour faire face à cette activité qui ne risque pas de s’amoindrir dans les années à venir au regard du contexte international et de l’extension des champs de conflictualité, la DRSD a engagé une transformation de son organisation, avec pas moins d’une trentaine de chantiers « innovants » en cours. L’objectif est de gagner en cohérence, de simplifier ses processus « métiers », d’améliorer ses capacités de recueil et d’analyse du renseignement et de mettre l’accent sur la cybersécurité et les nouvelles technologies.

Parmi ces chantiers, en collaboration avec Airbus Defence & Space, la DRSD développe une « nouvelle base de souveraineté » qui, appelée SIRCID, vise à lui permettre de stocker et d’exploiter les renseignements à partir d’une solution logicielle 100% française. Devant entrer en service en 2022, son coût est de 18,69 millions d’euros. Selon son directeur, le général Éric Bucquet, il s’agit de la « première solution souveraine en matière de système d’information de contre-ingérence d’un service de renseignement ».

Par ailleurs, en juillet 2021, son logiciel SOPHIA [synergie pour l’optimisation des procédures d’habilitation des industries et de l’administration] a été mis à jour pour prendre en compte les nouvelles dispositions de l’Instruction générale interministérielle [IGI] 1300 sur les nivaux de classification, traiter les obsolescences et ajouter de nouvelles fonctionnalités. D’autres outils ppur renforcer la fiabilité des avis de sécurité, notamment en automatisant les recherches d’informations sur les candidats, sont en cours de développement.

Cette transformation s’accompagnant d’une nouvelle hausse de son effectif [+200 agents sur la période 2019-25], il est apparu nécessaire de doter la direction centrale de la DRSD d’un nouveau siège. D’où la hausse significative [+92%] de ses crédits de paiement, ceux-ci passant de 18,4 à 35,4 millions d’euros en 2022. Au total, 82 millions d’euros seront investis dans ce nouveau bâtiment, dont la première pierre a été posée par Florence Parly, la ministre des Armées, ce 6 janvier.

« Dès 2024, il concentrera les services experts et opérationnels dans un même lieu. Tout a été pensé pour que l’information circule de la manière la plus fluide possible entre les services. Il s’agit donc d’un véritable bâtiment opérationnel, doté de toutes les fonctionnalités qu’est en droit d’exiger une direction centrale d’un service de renseignement de premier rang », a rappelé la ministre lors de son allocution prononcée devant le personnel de la DRSD, au Fort de Vanves.

Dans un avis budgétaire publiée par l’Assemblée nationale, l’automne dernier, il est précisé que ce nouveau siège permettra de « regrouper les activités ‘cœur de métiers’ de la DRSD au sein d’un bâtiment unique accueillant 646 places en anticipant les évolutions d’effectifs de chacune des divisions », de « proposer des espaces flexibles s’adaptant à l’évolution des organisations, des modes de travail et des métiers, tout en répondant aux besoins de proximités fonctionnelles des divisions les unes par rapport aux autres et au sein des divisions », de « tenir compte des exigences techniques et réglementaires pour tous les espaces, et en particulier pour les ateliers », d’installer de « nouvelles capacités » et d’ »appliquer les réglementations liées à la sûreté à l’échelle du bâtiment et aux locaux ».

Quoi qu’il en soit, Mme Parly a insisté sur la « croissance importante des menaces d’ingérences étrangères » pour mieux souligner la mission de la la DRSD. « Nous voyons une résurgence des actions décomplexées de nos compétiteurs. Face à ces tentatives d’espionnage, d’entrave et de discrédit de notre action, vous agissez : vous détectez, vous investiguez, vous identifiez et si cela s’avère nécessaire, vous vous assurez de contrecarrer ces actions malveillantes », a-t-elle dit.

Aussi, a poursuivi la ministre, « je compte sur vous pour être particulièrement vigilants en matière de contre-ingérence économique » car « c’est un champ qui est de plus en plus investi, nous en avons encore eu la preuve assez récemment ». Était-ce une allusion au contrat des sous-marins australiens, ravi au nez et à la barbe de la France par les États-Unis et le Royaume-Uni?

En tout cas, a fait valoir Mme Parly, la « guerre économique, à la croisée des rapports de force géopolitiques et des négociations commerciales, est un champ de conflictualité que nous ne devons pas sous-estimer : il a la particularité de nier les alliances au profit des intérêts ». Et de conclure : « Dans le champ de la compétition économique, il n’y a qu’une seule règle, celle du ‘chacun pour soi’. Et le ‘chacun pour soi’, cela signifie pouvoir compter sur vous, sur votre excellence, la pertinence de vos capteurs et votre capacité de discernement ».