Rapport sur les réserves de l’Assemblée nationale présenté le 19 mai 2021

Rapport sur les réserves de l’Assemblée nationale présenté le 19 mai 2021

Ce rapport est présenté par MM. Christophe Blanchet et Jean-François Parigi, Députés

La mission d’information sur les réserves est composée de : MM. Christophe Blanchet et Jean-François Parigi, rapporteurs, MM. Alexis Batut, Alexis Corbière et Jean-Pierre Cubertafon, Mme Marianne Dubois, MM. Thomas Gassilloud et David Habib, Mmes Manuela Kéclard-Mondésir et Florence Morlighem, membres.Introduction

Introduction

Le 28 octobre 2020, la commission de la Défense nationale et des forces armées a décidé la création d’une mission d’information sur les réserves et en a désigné MM. Christophe Blanchet et Jean-François Parigi, rapporteurs.

Les rapporteurs ont conduit une quarantaine d’auditions et de tables rondes en visioconférence, observant rigoureusement les règles imposées par l’épidémie de Covid-19. Un seul déplacement a pu être organisé avec le concours de la gendarmerie nationale, au camp de Beynes, pour assister à une demi-journée de formation de futurs réservistes de la garde républicaine. Les rapporteurs tiennent à remercier toutes les personnes qui ont pris la peine de répondre à leurs questions et de participer à leur réflexion.

Les rapporteurs ont décidé de conduire une consultation citoyenne via le site Internet de l’Assemblée nationale. Cette consultation citoyenne, la première organisée à l’initiative et pour le compte de commissaires chargés de la défense, a permis de collecter près de 10 000 réponses en trois semaines, ce qui en fait la quatrième consultation la plus populaire depuis l’inauguration de ce type d’exercice, après la consultation portant sur le changement d’heure, la consultation relative à l’usage récréatif du cannabis et la consultation sur les moyens des forces de sécurité. Le rapport propose quelques extraits des données recueillies. L’ensemble des données, anonymes, sera disponible sur le site de l’Assemblée nationale en open data, afin de nourrir la réflexion et le débat public sur les réserves. Les rapporteurs espèrent, à l’instar de plusieurs personnes qu’ils ont entendues en audition, que davantage de travaux d’évaluation seront conduits à l’avenir sur les réserves.

Des questionnaires écrits ont été adressés à cinq ministères et deux services de renseignement. Si les rapporteurs ont obtenu la plupart des réponses, quoique rarement dans le temps imparti, ils déplorent l’absence totale de réponse de la direction générale de la sécurité extérieure, avec laquelle un contact téléphonique avait pourtant été établi, et pour un questionnaire qui ne présentait a priori pas de difficulté particulière. Leurs demandes d’informations se sont par ailleurs souvent heurtées à l’absence de données sur les réserves, ce qui constitue un enseignement en soi sur les lacunes du suivi des réserves.

Les rapporteurs ne prétendent pas à l’exhaustivité ou à ce que leur rapport fasse référence en dehors du champ des réserves militaires. Travailler sur l’ensemble des réserves n’allait pas de soi pour des rapporteurs de la commission chargée de la défense, tant les « réserves » recouvrent des réalités différentes relevant de champs ministériels différents. Ce travail de comparaison a toutefois eu l’intérêt de montrer que les réserves militaires pouvaient être affectées par les évolutions d’autres dispositifs appelés « réserves » ou non, et relevant d’autres ministères que celui des armées. Cette étude transversale invite ainsi à remettre de l’ordre dans les réserves pour éviter des phénomènes de concurrence délétères entre dispositifs. Elle met aussi en lumière des bonnes pratiques qui pourraient être étendues à l’ensemble des réserves et souligne des enjeux de coordination et de coopération entre les ministères pour un fonctionnement plus efficient.

Les rapporteurs espèrent que ce rapport contribuera à alimenter la réflexion de leurs collègues parlementaires, et au-delà un débat public plus informé sur des dispositifs qui constituent une chance pour la résilience et la cohésion nationale, véritablement un trésor, qu’il convient de préserver.

Lire et télécharger le rapport :

Rapport sur les réserves de l’Assemblée nationale 19 05 2021

 

 

L’audace de servir ou la découverte des civils de l’ESM4 de Coëtquidan

L’audace de servir ou la découverte des civils de l’ESM4 de Coëtquidan

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Par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 21 avril 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/

Saint-Cyr forme aussi des officiers cadres civils, rappelle mon camarade et confrère à Ouest-France Eric de Grandmaison. Il vient de terminer un ouvrage rédigé par le capitaine Guillaume Malkani, qui signe le premier livre sur le 4e bataillon de Saint-Cyr Coëtquidan, dit l’ESM4. C’est ce bataillon, qui va changer de nom et percevoir une nouvelle tenue (la ministre sera au rendez-vous), qui forme depuis des décennies à Coëtquidan (Morbihan), dans la lande bretonne, les officiers de réserve.

Voici le compte-rendu de lecture qu’Eric de Grandmaison m’a proposé de publier:

Guillaume Malkani.jpgQui sont ces cadres civils qui ont choisi de servir la Nation sous l’uniforme sans forcément être militaires de carrière ? L’armée professionnelle emploie toujours dans ses rangs de nombreux officiers à temps partiel ou sous contrats courts ou longs. Le capitaine Guillaume Malkani (photo ci-contre), lui-même officier sous contrat, titulaire d’un Master 2 en Sciences Humaines, a choisi de mettre sous les feux de la rampe cet aspect méconnu de l’armée française : il vient de signer le premier livre sur le 4e bataillon de Saint-Cyr Coëtquidan, dit l’ESM4. Il forme depuis des décennies à Coëtquidan (Morbihan), dans la lande bretonne, les officiers de réserve.
« C’est une école à part entière au sein de Coëtquidan, qui dispense ainsi une formation d’officier à une population arrivant directement du monde civil, » explique le capitaine Mathieu, diplômé d’études politiques, qui a rejoint l’arme des transmissions.
Le livre est préfacé par le général de division Patrick Collet, commandant les écoles de Saint-Cyr Coetquidan.

Plus noble que le capitalisme

Extérieurement, rien ne les distingue de leurs camarades d’active, dont ils portent strictement le même uniforme. Sur leur galon, « la crevette », chevron indiquant qu’ils sont élèves officiers de réserve. Dans le civil, ils sont cadres, souvent titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur et de grandes écoles. Ces hommes et femmes, choisissent de servir pendant leurs congés ou dans une carrière à durée déterminée, au côté de leurs camarades d’active.
« J’adorais mon boulot, explique Benoît, capitaine parachutiste, ancien cadre dans l’aéronautique. Mais souhaitais voir autre chose, m’investir autrement, servir à quelque chose qui me paraissait plus noble que le capitalisme pur et dur. » Jeune officier, Louis, issue de Polytechnique, explique que « c’est la période où l’on se découvre soi-même. ». Et le capitaine Antoine, docteur es-lettres et civilisation, y voit une occasion de « quitter ces voies pavées de certitudes pour s’engager sur des routes sinueuses semées d’embûches. En chemin, on rencontrera le froid, la faim, la peur, le dépassement, le doute aussi… »

« Pas de différence »

Certains resteront tout au long de leur vie civile dans la réserve opérationnelle. Qualifiés de « militaires à temps partiel » ou en CDD sous l’uniforme, ils sont tout autant engagés sur tous les théâtres d’opération, souvent à l’intérieur du territoire mais aussi en missions extérieures, de Vigipirate à Sentinelle puis des Balkans à Barkhane en passant par l’Afghanistan. « La volonté de servir est la même pour tous et pour tout type d’officier, il n’y a pas de différence, » explique Yoan, diplômé d’école de commerce, capitaine dans l’arme blindée cavalerie.
Dans tous ses centres opérationnels, l’armée mêle ses cadres d’active avec des officiers de réserve qui jonglent entre armée et vie civile où ils sont assureurs, banquiers, enseignants, commerciaux ou archéologues…. « Accepter de mettre entre parenthèses sa vie privée, ses loisirs et une partie de sa carrière professionnelle pour suivre un idéal », c’est ainsi que le lieutenant Ugo, directeur des affaires juridiques dans le civil, résume son engagement. Cette réserve opérationnelle est une tradition de l’armée française depuis le XIXe siècle.
L’armée professionnelle tient à conserver ainsi un lien avec la Nation et entretient un vivier de cadres apportant une ouverture de la société civile au monde militaire. « Une étape marquante » Le 4e bataillon forme un amalgame de futurs meneurs d’hommes et de managers. Manifestement un « plus » dans le CV de cadres civils qui apprennent ici le sens de l’effort, l’esprit d’équipe, la résilience et les valeurs de la nation. Elle les conduit vers une expérience de vie qu’ils ne trouveront jamais à l’identique dans la vie civile.
Le lieutenant-colonel Pierre, aujourd’hui diplômé de l’enseignement supérieur militaire, considère « mon passage à Coëtquidan comme une étape marquante de mon parcours professionnel. »
Ces jeunes officiers de réserve volontaires sont les héritiers des dizaines de milliers d’officiers appelés qui ont servi sous l’uniforme pendant le temps de la conscription. Et la suppression, en 1997, du service militaire par le président de la République, Jacques Chirac, lui-même officier de réserve, n’a pas sonné le glas de cette filière spécifique.
Le livre du capitaine Malkani compile en une quarantaine de témoignages des retours d’expériences de cette population d’officiers-citoyens, pour qui le service du pays passe par les rangs de l’armée, tous rassemblés autour d’une devise fédératrice : l’audace de servir. Des prémices de la Grande Guerre au Chemin des Dames, jusqu’à la campagne de France en 1940, puis des rizières indochinoises jusqu’au djebel algérien, ces officiers de réserve forment une longue lignée de cadres civils sous l’uniforme. Pour les plus illustres, l’on y retrouve Maurice Genvoix, Guillaume Appolinaire, Alain Fournier ou Jean Lartéguy. 

L’Audace de servir. Des officiers appelés de la Grande Guerre aux officiers sous contrat d’aujourd’hui,  Guillaume Malkani – 294 pages. Éditeur : Books on Demand, 14,99 € ou 7,99 € (e-book)

Reconstruire la défense du territoire

Reconstruire la défense du territoire

 

Par le Général (2s) Vincent Desportes (*) – Février 2021
*Ancien directeur de l’Ecole de Guerre.

Il y a quelques semaines, le général Desportes nous alertait sur le risque croissant d’un conflit de haute intensité (voir le numéro 150 d’ESPRITSURCOUF). Poursuivant son analyse, il en vient à souhaiter la résurrection d’un ancien concept, qu’on appelait autrefois la D.O.T. : la Défense Opérationnelle du Territoire.

Nos belles armées ont d’immenses qualités, dont celle de l’excellence. Elles ont quelques défauts, le moindre n’étant pas leur manque d’épaisseur, donc leur manque de résilience et de capacité à durer dès lors que les opérations changeraient de nature, de volume et de rythme.

Mais elles ont un autre défaut, beaucoup plus grave. Le système de forces est organisé sur un modèle dépassé, dont l’économie générale n’a pas varié depuis un quart de siècle. L’environnement, lui, a changé, profondément. Les risques ont grandi et muté, drastiquement. Pourtant, le modèle d’armée est resté identique, ne subissant que de marginales évolutions, techniques et non stratégiques.

Nos forces armées doivent changer rapidement d’échelle, à l’instar des menaces, mais également intégrer, non par défaut mais par volonté, la menace directe sur le territoire national, avérée et permanente aujourd’hui, menace qui d’ailleurs s’amplifierait dramatiquement en cas de conflit de haute intensité.

Il faut donc revaloriser l’idée de défense opérationnelle du territoire. Elle est devenue aujourd’hui un concept creux, sans substance, puisque dépouillé de moyens d’action sérieux. La puissance de nos armées doit au contraire reposer sur une base arrière solide, dotée de forces d’active dédiées à sa protection.


DES MODÈLES DÉPASSÉS

Quel est le problème des armées françaises, qui est en fait celui de la France ? C’est que leur modèle, inchangé depuis la professionnalisation il y a vingt-cinq ans, est fondé sur un monde qui a aujourd’hui disparu.

Le modèle de la Guerre froide, c’était trois éléments. Un : l’outil central de la dissuasion nucléaire dans ses différentes composantes avec leurs vastes soutiens. Deux : quelques moyens destinés aux opérations extérieures liées, soit à nos responsabilités africaines ou moyen-orientales, soit aux manœuvres de contournement périphériques soviétiques. Trois : un corps de bataille capable d’arrêter (très hypothétiquement) un flux blindé soviétique qui aurait percé les forces alliées dans la « bataille de l’avant », ou bien destiné à être détruit de manière à justifier aux yeux du monde et des générations futures le déclenchement de l’Apocalypse. On conserva quelque temps des forces dites de Défense opérationnelle du territoire, qui avaient toute leur nécessité mais qui, pour préserver l’essentiel supposé et moderniser les parcs et les flottes, furent bientôt offertes en sacrifice aux comptables de Bercy.
Retournement complet de situation à la chute du mur de Berlin. D’une part l’ennemi n’est plus à « une étape du tour de France », selon l’expression du général De Gaulle. D’autre part, le constat est fait que les armées françaises se battront désormais à l’extérieur du territoire national pour des enjeux qu’il sera difficile de présenter comme vitaux aux citoyens-électeurs. Les présidents Mitterrand (à l’occasion de la Guerre du Golfe) et Chirac prennent acte du fait que le modèle de la conscription est momentanément condamné, d’autant qu’aucune menace ne vise plus directement le territoire national et sa population. En 1996, décision est prise, à juste titre dans les circonstances du moment, de professionnaliser l’armée. Et d’en réduire drastiquement le format. D’abord parce que les temps sont aux illusoires « dividendes de la paix ».  Ensuite parce qu’une armée professionnelle coûte beaucoup plus cher qu’une armée de conscription. Enfin pour préserver les moyens de tenir notre rang, en particulier vis-à-vis de notre grand protecteur d’outre atlantique, dans la course ruineuse à l’hyper-technologie.

Une armée professionnelle, mais à effectifs limités. Photo DR

Année après année nos forces perdent de l’épaisseur, avec deux décrochages terribles sous les présidences Sarkozy et Hollande. Qui pourrait s’y opposer ? Il est impossible de prouver que leur volume est insuffisant pour les opérations somme toute modestes dans lesquelles elles sont engagées. Le modèle est donc celui d’une dissuasion nucléaire réduite mais maintenue, ce qui est parfaitement raisonnable, et d’un corps expéditionnaire à trois composantes – terre, air, mer – apte à mener à bien des engagements interarmées mineurs, mais incapable de conduire des opérations d’ampleur et même de protéger l’intégralité de l’espace national, qu’il soit terrestre ou maritime.


UN PROBLÈME DE VOLUME

Le modèle qui vient d’être décrit n’a pas changé mais, pour leur part, les circonstances ont profondément évolué.

Il existe d’abord un problème de volume. Nous l’avons dit, nos forces conventionnelles ont d’ores et déjà un format inadapté à la montée des menaces et à la guerre qui vient. Les volumes qui peuvent être engagés à l’instant « T » sont certes à peu près appropriés à nos opérations courantes. Mais ils ne le sont pas du tout à celles que nous pourrions avoir à conduire dans un avenir, peut-être plus proche qu’on ne le pense. Elles manquent d’épaisseur pour être capables de faire face et de durer, d’encaisser le premier choc puis de rebondir afin d’assurer leur mission première de protection de la France et des Français.

Elles ne sont plus « résilientes » parce que la résilience suppose de l’épaisseur et qu’elles n’en ont pas ; or, la résilience est la vertu capitale des armées qui doivent continuer à opérer dans les pires conditions, lorsqu’autour d’elles plus rien ne fonctionne. Les armées doivent être dissuasives – cela dépasse de très loin la force nucléaire qui n’est qu’une composante du système de dissuasion globale – pour prévenir le danger mais être également capables de s’engager en force dans un conflit de haute intensité. Nous en sommes tellement loin que de simples adaptations incrémentales seraient irréalistes : il faut désormais changer d’échelle.

On peut jurer comme le ministre de la guerre de Napoléon III à la veille de l’infamante défaite de 1870 : « Nous sommes prêts et archi-prêts. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats ». Ou encore affirmer haut et fort à l’instar du Président du Conseil Paul Reynaud en septembre 1939 (au moment où la France, malgré son armée inadaptée à la confrontation imminente, vient de déclarer la guerre à l’Allemagne) : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». Ces déclarations tonitruantes ne remplacent ni la clairvoyance ni les efforts ; La France, inclinant aisément à la posture de l’autruche en ce qui concerne ses politiques militaires, doit s’en rappeler. Maintenant !


UN PROBLÈME DE MODÈLE

Il y a ensuite ce problème de modèle. Les armées actuelles ont été construites à partir de 1996 sur la présupposition qu’il n’y avait pas, et qu’il n’y aurait pas, de menaces internes, et qu’elles n’auraient donc pas à s’engager sur le territoire national. Sauf à la marge. Dans ce cas, la ponction minime pratiquée sur les forces expéditionnaires n’en affecterait ni les capacités opérationnelles, ni l’entraînement. Ce postulat est faux désormais.

L’opération sentinelle, en France, mobilise quelques 10 000 hommes. Photo MinArm

 

D’abord parce que la menace terroriste, loin de s’estomper, a changé de nature. Elle s’est déployée sur l’intégralité du territoire national et pérennisée sous la forme de frappes individuelles imprévisibles. Cette situation conduit aujourd’hui les armées à immobiliser soit directement sur le terrain, soit en réserve immédiate ou stratégique, dix mille hommes environ. Ce prélèvement, bien qu’utile et légitime, diminue d’autant la capacité d’intervention externe. Mais surtout, en ce temps d’opérations extérieures permanentes, altère profondément la capacité à maintenir l’entraînement au niveau qu’exigent les opérations du moment, sans parler de celles, beaucoup plus violentes et massives, qui sont à venir.

Ensuite, on ne peut imaginer un conflit de haute intensité qui se contenterait d’être un affrontement de laboratoire, hors sol, entre deux forces de haute technologie, un moderne « combat des Trente ». Immédiatement, l’ensemble du territoire national serait affecté. Il deviendrait la proie d’attaques ponctuelles dans la profondeur et le terrain de crises humanitaires volontairement déclenchées par la cyber-altération des réseaux, voire la cible d’éventuelles agressions d’une « 5ème colonne » dont on aurait tort d’affirmer l’impossible émergence.


UN PROBLÈME DE FORCES

Le gouvernement devrait assurer la défense aérienne et la défense maritime, mais également déployer sur de vastes zones des volumes de forces importants pour assurer l’ordre sur le territoire et la survie des populations, la sauvegarde des organes essentiels à la défense de la nation, le maintien de sa liberté et la continuité de son action.

Où trouverait-il ces volumes de forces ? Ils n’existent pas ! Deux solutions s’offriraient alors à lui. Ou bien effectuer des prélèvements importants sur le corps expéditionnaire et de ce fait, le rendre inapte à sa mission première alors qu’il n’est pas préparé pour une bataille de haute intensité (les armées de terre, de l’air et la marine ont commencé à « durcir » leurs entrainements). Ou bien « laisser tomber l’arrière », ce qui se traduirait à court terme par l’effondrement de l’avant. Pour sortir de ce dilemme, il faut adapter le modèle.

Dans une logique purement comptable, nous avions, pendant la Guerre froide, préféré faire l’impasse sur les forces du territoire en niant une menace pourtant avérée, celle des Spetsnaz, ces forces spéciales russes entraînées en nombre et que la doctrine soviétique prévoyait de déployer chez l’ennemi dès le début d’un conflit pour y assassiner les responsables et y semer le chaos et la panique. Notons au passage que ces forces d’élite existent toujours et qu’elles ont récemment fait merveille tant en Géorgie, en Crimée, en Ukraine qu’au Moyen-Orient.

Peut-on reconduire aujourd’hui la même tromperie ? Porter nos maigres forces au niveau qui leur permettrait de conduire efficacement leurs combats de haute intensité, sans se préoccuper du problème de l’arrière ? Autant imaginer qu’un boxeur peut se passer de ses jambes !

Nos forces doivent donc être rapidement restructurées autour de trois composantes : nucléaire, expéditionnaire « de haute intensité » avec leurs trois dimensions terre, air, mer, et défense opérationnelle du territoire. Seul ce système ternaire, coordonné avec les remarquables capacités complémentaires de la gendarmerie dans le domaine de la défense intérieure, est adapté à la réalité des menaces, donc à la dissuasion globale, à la résilience et à l’action. C’est possible, pour un coût minimal. Voici comment.


QUELLES FORCES, QUEL VOLUME, QUEL ÉQUIPEMENT ?

Photo JPF

 

L’effet à obtenir est de déployer sur très court préavis des troupes suffisantes, organisées, sur un terrain reconnu afin de pouvoir quadriller, circonscrire, contrôler, éventuellement réduire, ou bien tenir jusqu’à l’arrivée de forces plus puissantes. Il faut donc des forces territoriales, connaissant parfaitement leur terrain (campagne et agglomérations), rustiques et robustes, autonomes, équipées d’un matériel performant mais sans sophistication inutile.

Le couple cavalerie légère/infanterie motorisée, accompagné de ses appuis organiques (artillerie, génie, transmission) est adapté à ces missions. Ces forces pourraient être regroupées soit en régiments interarmes, soit en régiments d’armes embrigadés, dotés de matériels performants mais rustiques, véhicules 4×4, mortiers, camionnettes et automitrailleuses en particulier. Il serait dans un premier temps raisonnable de disposer dès que possible du volume d’une demi-brigade à deux régiments et leurs appuis pour chacune des sept zones de défense et de sécurité. Elles seraient placées sous le commandement des officiers généraux de zone de défense et de sécurité (OGZDS) pour la conduite de la défense d’ensemble, les cinq zones ultramarines faisant l’objet d’adaptations locales. La force ainsi constituée serait, dans un premier temps, de l’ordre de la vingtaine de milliers d’hommes.

Le CENZUB (centre d’entrainement en zone urbaine) dans les camps de Champagne. On y a construit de toutes pièces un gros bourg avec immeubles pour entrainer l’armée de Terre aux combats en ville. Photo JPF

 

D’OÙ PROVIENDRAIENT CES FORCES ?

La solution la moins onéreuse serait, comme d’habitude en France, de faire appel à des réservistes locaux convoqués régulièrement pour entraînement. C’est parfaitement illusoire. Tous ceux qui ont vécu la chimère des régiments dérivés connaissent ce qu’ils coutaient en temps et en substance aux régiments dérivants. Ils savent que leur valeur opérationnelle était extrêmement faible, voire nulle, qu’ils étaient équipés de matériels le plus souvent parfaitement vétustes et que leurs tableaux d’effectifs étaient aussi indigents que leur entrainement. Par ailleurs, si haute intensité il y a, elle sera par nature brutale, foudroyante, ce qui est incompatible avec les délais de montée en puissance des régiments de réserve.

Méfions-nous, donc : la France a déjà trop souffert de sa croyance dans les réserves. En 1940, c’était « nous tiendrons ; en cas de percée allemande, il y aura une deuxième Marne ; nous nous rétablirons ; à l’abri de nos casemates, nous monterons en puissance avec nos réserves pendant un à deux ans avant de refaire du Foch jusqu’à la victoire ». Terrible illusion : le 24 mai 1940 à l’aube les chars allemands étaient devant Dunkerque, le 14 juin le gouvernement français était à Bordeaux, le 16 juin Philippe Pétain devenait président du Conseil. On connait la suite. Évacuons l’hypothèse.

Ces forces de défense opérationnelles du territoire doivent être opérationnelles d’emblée, ce qui ne veut pas dire qu’elles doivent être professionnelles. La France compte en général sur sa chance mais c’est un pari risqué. « Ce n’est pas moi qui ai gagné la bataille de la Marne, c’est Von Kluck qui l’a perdue » avouait le Maréchal Joffre. Il serait criminel de jouer à chaque fois le destin de la France sur la désobéissance d’un général ennemi …

On ne peut guère douter aujourd’hui que le rétablissement d’un service militaire volontaire, même limité à une quinzaine de milliers de recrues sélectionnées par an, trouverait un écho favorable à la fois dans le corps électoral et chez la jeunesse qui viendrait sûrement en nombre sous les drapeaux. L’exemple de la Suède est parlant. Prenant acte de la montée des menaces, la monarchie a non seulement décidé de gonfler ses dépenses de défense de 85% en 10 ans (2014-2025) mais elle a rétabli le service militaire en 2017. Celui-ci n’a rien d’obligatoire, mais fournit sans difficulté le complément de forces dont la Suède a besoin. Le coût est faible : chaque recrue reçoit 500 euros par mois plus une prime de 5000 euros à la fin du contrat.

Pour la défense du territoire, une force non professionnelle, mais disponible d’emblée, entrainée et aguerrie. Photo MinArm.

Sur les volumes évalués supra, cela ferait moins de 200 millions d’euros par an, auquel il convient d’ajouter le coût de l’encadrement d’active, celui de la vie courante, de l’entraînement et de l’équipement (dont une bonne part peut initialement venir des parcs stockés). Coût global : après un faible investissement initial, probablement entre 0,6 à 0,8 milliards d’euros par an, un coût modéré comparé au risque mortel de l’impasse sur cette assurance « défense dans la profondeur ». Les préposés aux finances n’auront aucune difficulté à préciser ces chiffres.

 

CE QUI COMPTE, C’EST LE SYSTÈME

Le modèle proposé n’est pas glamour, il est juste nécessaire. Il ne permet pas de concevoir et construire de superbes programmes d’armement de haute technologie. Il permet juste que ceux que nous possédons soient utiles, que nos superbes forces expéditionnaires puissent conduire leur mission sans qu’à la moindre alerte on prélève sur leur chair les besoins nécessaires sur le territoire, qu’elles puissent gagner la nouvelle « bataille de l’avant » sans que celle de l’arrière soit automatiquement perdue.

Il ne s’agit pas non plus d’une armée « à deux vitesses ». Le slogan en sera vite brandi bien sûr. De même que l’argument du coût qui détournerait dangereusement, au profit d’un combat sale et rustique, des budgets indispensables pour rester dans la course, de plus en plus onéreuse, aux technologies dernier cri.

Ce qui compte, ce ne sont pas les éléments, c’est le système. A quoi serviraient une marine remarquable, mais condamnée à trouver sa fin à Mers el Kébir ou à Toulon, une force aérienne de tout premier plan, mais obligée de se réfugier sur des plateformes ultramarines, une armée de terre fantastique mais sans arrière pour s’y régénérer ?

Notre superbe armée, capable chaque jour du meilleur, doit changer d’échelle : c’est le premier pas. Le second est d’adopter un nouveau modèle adapté à la réalité de la menace et d’assurer, par des forces d’active, conséquentes et robustes, la défense dans la profondeur. Sortons la tête du sable avant que la vague ne déferle !

https://espritsurcouf.fr/defense_reconstruire-la-defense-du-territoire_par_le-general-2s-vincent-desportes/

Cet article vient d’être publié dans le numéro 837- février 2021 de la Revue Défense nationale.
La RDN est répertoriée dans la rubrique Revues et Lettres de la « Communauté Géopolitique, Économie, Défense et Sécurité » d’ESPRITSURCOUF 

Expérimentation – Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

Expérimentation – Vers une réserve de l’armée de Terre plus active ? (+ MAJ)

Mars attaque – paru le 12 févrieer 2021

http://mars-attaque.blogspot.com/2021/02/reserves-armee-de-terre-vision-strategique-defense-operationelle-territoire-reservistes-territoire-national.html

Faut-il des batteries d’artillerie, des escadrons de transport logistiques, des escadrons de reconnaissance et d’investigation armés par des réservistes ?“, s’interrogeait le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Thierry Burkhard, lors d’une audition parlementaire en juin 2020. “Il faut prendre le temps de la réflexion avec le ministère et avec vous“, ajoutait-il ensuite. Si une réponse définitive ne semble pas avoir encore été apportée à la question, des expérimentations sont menées pour éclairer les choix.

Amener la réserve “à maturité“, pour disposer d’ “une masse de réserve”

Dans la Vision stratégique “Supériorité opérationnelle 2030” de l’armée de Terre dévoilée fin 2020, il est indiqué que : “L’armée de Terre doit disposer d’une réserve opérationnelle massive et engagée, sur laquelle repose davantage la contribution terrestre aux missions de protection du territoire national“. Un peu plus loin, parmi les 12 projets principaux dévoilés dans le document d’orientation, le n°2 (dans la catégorie “Des hommes à la hauteur des chocs futurs“), précise les axes de l’ambition opérationnelle pour la réserve (“qui nécessite une rénovation profonde“) :
  • Une masse de manœuvre plus nombreuse, plus autonome, mieux territorialisée ;
  • Une offre d’engagement mieux adaptée à la variété des modes de vie (urbains/ruraux, étudiants/vie active, mobilité géographique) ;
  • Une ambition haute : être apte à couvrir si nécessaire le contrat opérationnel “territoire national” et à s’engager à terme au-delà de la fonction protection“.

Dans des auditions parlementaires qui suivirent la publication (notamment en juin 2020), le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Thierry Burkhard, a précisé l’état de la réflexion sur le sujet du rôle envisageable pour les réserves : “soit la maintenir dans des missions de sécurisation du territoire, soit lui demander de faire quelque chose du type de la défense opérationnelle du territoire – ce qui nécessiterait de la former à d’autres missions, comme se battre contre un ennemi infiltré, des parachutistes, par exemple, ou défendre des points sensibles – soit être intégrée pour partie dans la relève des unités engagées dans un combat de haute intensité. […] Mais si des unités de réservistes devaient être engagées en opération en haute intensité, il faudrait les former et les équiper comme des soldats d’active, ce qui devrait être pris en compte dans la Loi de Programmation Militaire (LPM) suivante. Pour l’heure, la LPM actuelle ne le prévoit pas“. Ayant rappelé en préambule que : “Faute de moyens suffisants, il convient d’agir successivement. L’objectif à court terme est la remontée en puissance de l’armée d’active et c’est là-dessus que je fais porter mon effort. Dans cet intervalle, le meilleur appui que puisse m’apporter la réserve, c’est de continuer à fonctionner durant deux à trois ans en remplissant avec l’armée d’active les mêmes missions qu’aujourd’hui. Ce délai permettra de réfléchir au rôle qu’elle sera amenée à jouer dans un conflit de haute intensité“.

 

Il précisait ensuite dans une autre enceinte : “Nous ferons des propositions. Nous pouvons ne rien changer, avec une réserve maintenue dans un rôle de protection, et une formation militaire assez basique. Au contraire, nous pouvons souhaiter qu’elle s’engage plus avant. Nous reviendrions alors à des missions comparables à celles de la Défense opérationnelle du territoire (DOT), avec des régiments plus équipés et mieux entrainés. Enfin, nous pouvons envisager que dans la haute intensité, la réserve, au moins en partie, soit un complément à l’armée d’active. Cela impliquerait un effort budgétaire particulier dans la future LPM. La création d’une éventuelle batterie d’artillerie de réservistes exigerait par exemple des canons, des obus pour s’entraîner, et des formations spécifiques“. Une réflexion qui s’appuiera sur des expérimentations actuellement menées, qui permettent de tirer des enseignements, peser les avantages, les opportunités, les contraintes et les coûts.

 

Parallèlement, le document conceptuel Action terrestre future (ATF) retenait “la masse” parmi les 8 facteurs de supériorité opérationnelle (FSO) du combat aéroterrestre : “Au-delà du seul rapport de force, la masse se comprend comme la capacité à générer et entretenir les volumes de forces suffisants pour produire des effets de décision stratégique dans la durée, prenant en compte les impératifs dictés par le cadre espace/temps spécifique à chaque opération“. 

Explorer la voie de blinder la réserve

L’expérimentation actuelle menée par le 6ème escadron du 501ème régiment de chars de combat (RCC) de Mourmelon-le-Grand (rattaché à la 2ème brigade blindé (BB) d’Illkirch), avec la mise sur pied depuis l’année dernière d’une patrouille sur blindés légers de type VBL, est à ce titre particulièrement illustratif. Unité d’intervention de réserve (UIR) des “As de Champagne“, l’escadron (ex 5ème escadron depuis sa recréation en 1997 et jusqu’à la réorganisation des régiments dotés de chars Leclerc et l’ajout d’un escadron supplémentaire de reconnaissance) poursuit en 2021 l’expérimentation : après la patrouille aujourd’hui formée, il devrait être formé un peloton de recherche et d’investigation (PRI) pour fin 2021, avant la bascule en 2022 en escadron de recherche et d’investigation de réserve.

 

 

L’escadron de réserve du 501ème RCC reprend les traditions du 21ème bataillon de chars de combat (BCC). Son insigne intègre la Croix de Lorraine argentée rappelant les origines de son régiment de base (le 507e régiment de chars de combat, ayant tenu garnison à Montigny-lès-Metz), couvrant le heaume et les canons croisés de l’arme de la Cavalerie, et surmontant la devise de ce bataillon “Je passe”, avec un écu de 3 chiffres 7 (anagramme pour 21).

L’escadron est constitué à ce jour de trois pelotons de combat (la patrouille formée étant au sein du 1er peloton), d’un peloton d’instruction et d’un peloton de commandement et de logistique, avec environ 180 réservistes sous contrat (avec une forte montée en puissance (puisque comptant environ 130 réservistes fin 2019). Depuis 2020, au sein de son 1er peloton, est donc lancée une expérimentation de patrouille sur VBL. Pour cela, plusieurs formations collectives et individuelles ont eu lieu, comme des formations d’adaptation complémentaire qualifiante (FACQ) pour les adjoints de patrouille (brigadiers ou brigadiers chefs), avec des camarades d’active en juillet 2020. Ainsi que des exercices en terrain libre ou des exercices lors de rotations d’unités d’active au Centre d’entrainement au combat (CENTAC) à Mailly-le-Camp. Suite à cette première étape, jugée concluante, la décision a été prise de transformer progressivement cet escadron blindé de réserve (EBR) en escadron porté pour constituer un escadron de recherche et d’investigation de réserve, apte à mettre en œuvre des modes d’action et employer des matériels jusque-là réservés à des unités d’active.

Les défis à relever et les points à explorer sont nombreux en termes de formations et de qualifications individuelles ou collectives (pilote, tireur, maintenancier…), de rétention des réservistes et évitement d’une trop forte déperdition, intégration de militaires d’active (ayant l’avantage d’être déjà en partie formés) en fin de contrat (et donc l’éventuel lien avec la réserve opérationnelle de second niveau (RO2), composée des ex-militaires d’active, soumis à l’obligation de disponibilité pendant les 5 années suivant leur départ de l’armée de Terre), poursuite des autres activités (renforts de service au régiment, opérations Sentinelle ou Cuirasse, etc.) en parallèle de la montée en compétences, disponibilité des véhicules et équipements en nombre suffisant, gestion des priorités active/réserve, gestion des délai, alertes et réactivité, etc. Une bascule pour le moment relativement inédite au sein de l’armée de Terre, allant de pair avec une montée en compétences des ressources internes de l’escadron (moniteurs / instructeurs qualifiés) pour gagner en autonomie. Mais une bascule qui, si elle se révélait pertinente, pourrait en amener d’autres, par exemple, au niveau des batteries de réserve des régiments d’artillerie pour le service de pièces de mortiers, des compagnies de réserve des régiments d’infanterie pour du combat embarqué sous blindage, etc.

 

 

Combinaison de tankiste et béret noir à larges bords de tradition pour les chefs de corps montant et descendant du 501ème RCC. Porté depuis 1917, le béret noir n’est officiellement reconnu qu’en août 1919. Le général Estienne, premier directeur de “l’artillerie spéciale” (puis de “l’artillerie d’assaut” et enfin de “la cavalerie blindée”), voulait reconnaitre l’artilleur spécial ou le tankiste au premier coup d’œil, et dota ses équipages de bérets noirs brochés de la bombarde (“la puissance de l’artillerie avec la rapidité de la cavalerie”). 

MAJ : Du côté du 3ème régiment d’artillerie de Marine (RAMa) de Canjuers, la 5ème batterie de réserve monte également en gamme depuis l’année dernière, avec des périodes de service des pièces de mortiers de 120 mm Rayé Tracté.

 

 

Vers une DOT 2dot0 ?

Le cadre d’emploi possible et probable est un champ encore largement ouvert. Il sera, par exemple, apte à participer, notamment, à la Défense Opérationnelle du Territoire (DOT), conception datant de 1962. Selon le code de la défense (version du 16 novembre 2020), “La DOT, en liaison avec les autres formes de la défense militaire et avec la défense civile, concourt au maintien de la liberté et de la continuité d’action du Gouvernement, ainsi qu’à la sauvegarde des organes essentiels à la défense de la nation. Les autorités militaires auxquelles incombe son exécution ont pour mission :

  1. En tout temps, de participer à la protection des installations militaires et, en priorité, de celles de la force nucléaire stratégique ;
  2. En présence d’une menace extérieure reconnue par le conseil de défense et de sécurité nationale ou d’une agression […], d’assurer au sol la couverture générale du territoire national et de s’opposer aux actions ennemies à l’intérieur de ce territoire ;
  3. En cas d’invasion, de mener les opérations de résistance militaire qui, avec les autres formes de lutte, marquent la volonté nationale de refuser la loi de l’ennemi et de l’éliminer“.

Il s’agira de juger de la pertinence de faire de la réserve opérationnelle un apport d’Ultima ratio de la Nation en assurant la défense militaire du territoire, contribution différente en ambition du niveau d’emploi moyen actuel de 1.000 réservistes par jour participant aux opérations Sentinelle (protection du territoire), Cuirasse (protection des emprises militaires) et Résilience (crise sanitaire du Covid-19). Un emploi aujourd’hui en défense civile, c’est-à-dire un engagement sur la base d’une réquisition émise par l’autorité civile pour intervenir en appui des forces de sécurité intérieure ou des forces de sécurité civile. Une contribution majoritairement à des missions de protection, notamment dans la posture interarmées dite de posture de protection terrestre (PPT) qui recouvre l’ensemble des dispositions permanentes ou conjoncturelles prises par les armées dans le cadre de la fonction stratégique “protection” pour le milieu terrestre, et qui permet notamment de réagir en cas de crise majeure sur le territoire national (TN), en métropole et outre-mer. La participation des réservistes opérationnels représente à ce jour en moyenne 10% de l’engagement TN de l’armée de Terre (jusqu’à 20% en période estivale), engagement s’inscrivant dans la durée, avec des exigences fortes en termes de préparation opérationnelle. Les réflexions menées à ce jour consisteraient à dépasser la recherche d’une simple hausse des effectifs, en bâtissant une force de réserve plus agile, pouvant aller jusqu’à être capable d’un engagement opérationnel massif sur court préavis. A ce titre, le volet “réserves” de l’exercice Orion de niveau division prévu en 2023 (cf. article précédent à ce sujet) sera également un révélateur du niveau d’ambition.

 

Un axe majeur pour le commandement Terre pour le Territoire National (COMTN), créé officiellement en octobre 2017, l’un des 12 commandements divisionnaires du modèle d’armée de Terre “Au contact“. Ce récent état-major a pour ambition d’incarner “le rééquilibrage stratégique de l’armée de Terre” au profit de la protection du territoire national décidé notamment par les précédents chef d’état-major des armées et chef d’état-major de l’armée de Terre, notamment au travers de la posture de protection terrestre (PPT) : “de la défense de l’avant à la protection des Français sur le territoire national“. Le COMTN œuvrant à ce que l’armée de Terre soit “organisée, acculturée et préparée à un engagement sur le TN“, en se dotant d’une capacité d’anticipation et de transformation pour répondre au mieux aux exigences d’une crise majeure affectant la métropole comme les Outre-mer. Le COMTN est ainsi le réfèrent pour la réserve opérationnelle de l’armée de Terre (le Délégué aux réserves de l’armée de Terre, étant l’adjoint du COMTN), et participe à l’évolution de la réserve. Et pas uniquement en volume, même si des résultats ont été obtenus au cours des dernières années. Au 31 décembre 2019, 41.047 personnes avaient intégré la réserve opérationnelle de premier niveau, contre environ 26.000 en 2016, dont 24.885 pour l’armée de Terre (avec environ 41,6 jours/hommes réalisés). Ils étaient, fin 2018, 22.728 réservistes au sein de l’armée de Terre (et 38.529 au total), selon les Chiffres clés de la Défense. En parallèle, le budget des réserves (interarmées et interservices) est passé de 70 millions d’€ en 2016 à 170 millions d’€ en 2020.

Équilibre intervention / spécialisation

Dans le cadre du projet Réserve 2019 qui, en 2017, rénovait l’emploi des réservistes pour répondre aux besoins des armées face aux enjeux sécuritaires (et qui pourrait mériter d’être mis à jour avec les réflexions en cours), un des axes d’efforts portait sur les Unités Spécialisées de Réserve (USR), réparties notamment dans les régiments de Génie, du Train ou dans d’autres unités aux compétences particulières (par exemple : lutte nucléaire, radiologique, biologique ou chimique (NRBC), transit maritime, ou maintenance). A leur niveau, ces USR partagent des missions similaires à celles des unités d’active au sein de leur régiment d’appartenance, par exemple : travaux de chantier ou franchissement pour les USR des régiments du Génie, circulation ou transport routier pour les USR des régiments du Train, etc. A ce jour, l’armée de Terre en compte 16.

 

Ainsi, la 25ème compagnie de franchissement de réserve (CFR) du 6ème régiment du génie (RG) d’Angers, constitué d’une centaine de personnels, maitrise la mise en œuvre du pont flottant motorisé (PFM). Elle doit aussi être capable d’intervenir au profit de la population (dispositif Orsec) en cas de catastrophe naturelle ou d’inondation majeure (plan Neptune). Pour monter en compétences, elle renforcera la 23ème compagnie d’appui amphibie et de franchissement (CAAF) du 6ème RG pour des exercices interalliés en Belgique ou en Italie. Au sein du 19ème régiment du génie (RG) de Besançon, régiment d’appui de la 1ère division pour l’appui Génie au combat et l’appui au déploiement, la 53ème compagnie spécialisée de réserve, forte de 150 réservistes, est l’une des deux compagnies de réserve du régiment (en plus d’une UIR plus classique). En plus de l’entraînement et du développement des compétences militaires de base, elle est l’unique compagnie de réserve spécialisée dans les travaux de création/rénovation de routes civiles et militaires, création/rénovation de bâtiments, d’ouvrages et d’infrastructures (postes de combat, FOBs…), création/rénovation de voies ferrées, etc. Pour cela, elle est composée de 5 sections ayant chacune leurs spécificités : 1 section commandement, 1 section Route, 1 section ADL (Aide au Déploiement Lourd), 1 section VF (Voie Ferrée), 1 section Ouvrage, et 1 section Instruction (notamment pour les qualifications sur les engins bien particuliers). Les questions logistiques s’étant relevées prégnantes dans l’opération Résilience, l’apport de escadrons de circulation et d’escorte de réserve (ECE-Rés) de régiments du Train, comme au 503ème régiment du Train (RT) de Nimes ou 511ème RT d’Auxonne, sont également des sujets d’intérêts dès lors qu’ils sont convenablement dotés en véhicules (camions / moyens de chargement-déchargement, notamment).

Comme les autres unités de réserve, ces unités au format ProTerre ont pour vocation d’intervenir en cas de crise ou de catastrophe naturelle survenant sur le territoire national. Elles sont en mesure de remplir des missions d’aide à la population, d’appui à la sécurité générale et de protection de points d’intérêts vitaux. Pour les 86 autres unités élémentaires d’intervention (dont 4 appartenant au 24ème régiment d’Infanterie, unique régiment de réserve de l’armée de Terre) de type Proterre, pour “PROjection pour accomplir des missions principalement de PROtection, de PROfessionnels de l’armée de TERRE“, capables de renforcer toute unité pour des missions de sécurisation d’emprise ou du territoire national, les réflexions sont donc aussi ouvertes. En les rapprochant des spécificités de leur régiment d’appartenance, ou dans le cadre d’une plus forte spécialisation (logistique, maintenance, renseignement…). Sans forcément révolutionner les procédés génériques (escorte, patrouiller…) maitrisés dans le cadre des Missions Communes à l’Armée de Terre (MICAT) misent en œuvre : Surveiller, Soutenir, Boucler une zone, Tenir et Interdire. Un avenir à écrire pour la réserve opérationnelle de l’armée de Terre, 2nde composante, en termes d’effectifs, de la Garde nationale.

Remise du fanion à la Préparation militaire Marine

Remise du fanion à la Préparation militaire Marine

par le Lieutenant-colonel (h) Jean-Marc Noegelen – publié le 13 février 2021

Enfin, une cérémonie ouverte aux associations patriotiques le 30 janvier dernier à Saint Laurent d’Aigouze où la promotion P.M.M. 2020-2021 recevait le fanion.

A l’initiative de l’EV1 ® Paul Badre, initiative  fort bien accueillie par monsieur le maire Thierry Féline, la traditionnelle cérémonie eut lieu dans les arènes de la ville sous un ciel menaçant et avec une forte participation.

C’est ainsi que 24 stagiaires reçurent le fanion, symbole de la cohésion et de la solidarité de ses membres.

A l’issue d’une revue du dispositif, la promotion a été baptisée « Georges Cornu », maître compétent et sérieux qui a servi la Marine nationale durant de longues années.

Les stagiaires ont été accueillis par monsieur le maire, les membres du conseil municipal, le président de Terre Camargue Robert Crauste, le maire honoraire René Audemard, les sénateurs Vivette Lopez et Laurent Burgoa, et le député Nicolas Meizonnet.

Assistaient à la cérémonie les représentants du conseil municipal des jeunes, les délégations des armées et anciens combattants dont le président d’honneur de l’ADORAC Pierre Longobardi et le président, les porte drapeaux des associations patriotiques, les familles des stagiaires et la population de Saint Laurent d’Aigouze.

Le fanion fut remis solennellement par le LV Fabrice Gouezou, représentant le contre-amiral commandant la Marine nationale de Marseille.

Une remise de lettre de félicitations a été effectuée au profit de Thyffaine Vandenstraetten, matelot de 1ère classe, instructeur de la P.M.M., pour son exemplarité et sa participation active à la campagne J.N.R. 2020.

Une belle cérémonie gage de continuité du service à la patrie.

 

 

Biographie du parrain PMM 2020-2021 Maître Georges Cornu

Georges Cornu est né le 10 mars 1932 à Macon. Il choisit de s’engager à 17 ans dans la Marine nationale en juillet 1949. Après le Centre de formation maritime de Mimizan, il rejoint l’Ecole de manœuvre à Bret sur le « Tourville ». Matelot gabier, il se porte volontaire pour l’Indochine en juillet 19590 où il est affecté sur les engins d’assaut maritime des flottilles amphibies au Tonkin. Remarqué par sa combativité et ses qualités de pilote, il effectue en Cochinchine le cours accéléré de fusilier-marin commando. Il va ainsi servir au sein des commandos « Crève Cœur », « François » et « De Montfort ». Il participe pendant deux campagnes, soit près de cinq années dont six mois en baie  d’Ha Long, à de multiples opérations pour lesquelles il reçoit deux citations comportant l’attribution de la Crois de guerre TOE avec étoiles de bronze.

De retour en France en janvier 1955, George Cornu est affecté comme pilote aux Forces maritimes du Rhin et navigue en patrouille sur le fleuve comme chef d’embarcation. En janvier 1958, il embarque sur le destroyer « Somali » qu’il quittera en en juin 1959 pour rejoindre les opérations en Afrique du nord. Dans un premier temps au Maroc, il participe à la protection défense de l’unité marine Casablanca puis de la Base d’aéronautique navale de Port Lyautey sous les ordres du CC Langlet dit « Le Crabe tambour ». De juin 1961 à juin 1963, sur la Base d’aéronautique navale de Lartigue en Algérie près d’Oran, il assure cette même mission jusqu’à son retour en France. Par décret du 07 juillet 1964, la Médaille militaire est concédée à Georges Cornu.

En métropole, il est muté sur la Base d’aéronautique navale de Nîmes-Garons. Le maître Georges Cornu quitte l’uniforme le 1er décembre 1966 totalisant près de 18 ans de service actif. Il intègre au même lieu le contingent civil de la base en tant qu’ouvrier de la base, pour en devenir le responsable. Il dirigera en même temps l’école de conduite pour tout type de véhicule équipant le parc. Il quitte pour la seconde fois la Marine en 1992 après 43 années au sein de l’institution. Il laissera un souvenir indélébile d’un homme compétent, sérieux, disponible, aux valeurs intrinsèques exceptionnelles. Ses pairs et ses supérieurs lui auront assuré estime et respect. Il rejoint rapidement diverses associations patriotiques, maritimes ou autres, car très attaché à la condition militaire et fidèle à son passé. Il sera parmi d’autres prérogatives porte-drapeau départemental des Médaillés militaires du Gard, fonction qu’il assurera durant 25 ans avec dévouement et constance. Le maître Georges Cornu est fait chevalier de la Légion d’honneur le 31 mai 2007 le récompensant de l’ensemble des services rendus à son pays. Il s’éteint le 29 janvier 2017 à l’âge de 85 ans à Nîmes.

Source : EV1 Paul Badre.