Faut-il remettre en cause la deuxième section des officiers généraux? [MàJ]

Faut-il remettre en cause la deuxième section des officiers généraux? [MàJ]

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L’audace de servir ou la découverte des civils de l’ESM4 de Coëtquidan

L’audace de servir ou la découverte des civils de l’ESM4 de Coëtquidan

Couverture L'Audace_de_servir.jpg

Par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 21 avril 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/

Saint-Cyr forme aussi des officiers cadres civils, rappelle mon camarade et confrère à Ouest-France Eric de Grandmaison. Il vient de terminer un ouvrage rédigé par le capitaine Guillaume Malkani, qui signe le premier livre sur le 4e bataillon de Saint-Cyr Coëtquidan, dit l’ESM4. C’est ce bataillon, qui va changer de nom et percevoir une nouvelle tenue (la ministre sera au rendez-vous), qui forme depuis des décennies à Coëtquidan (Morbihan), dans la lande bretonne, les officiers de réserve.

Voici le compte-rendu de lecture qu’Eric de Grandmaison m’a proposé de publier:

Guillaume Malkani.jpgQui sont ces cadres civils qui ont choisi de servir la Nation sous l’uniforme sans forcément être militaires de carrière ? L’armée professionnelle emploie toujours dans ses rangs de nombreux officiers à temps partiel ou sous contrats courts ou longs. Le capitaine Guillaume Malkani (photo ci-contre), lui-même officier sous contrat, titulaire d’un Master 2 en Sciences Humaines, a choisi de mettre sous les feux de la rampe cet aspect méconnu de l’armée française : il vient de signer le premier livre sur le 4e bataillon de Saint-Cyr Coëtquidan, dit l’ESM4. Il forme depuis des décennies à Coëtquidan (Morbihan), dans la lande bretonne, les officiers de réserve.
« C’est une école à part entière au sein de Coëtquidan, qui dispense ainsi une formation d’officier à une population arrivant directement du monde civil, » explique le capitaine Mathieu, diplômé d’études politiques, qui a rejoint l’arme des transmissions.
Le livre est préfacé par le général de division Patrick Collet, commandant les écoles de Saint-Cyr Coetquidan.

Plus noble que le capitalisme

Extérieurement, rien ne les distingue de leurs camarades d’active, dont ils portent strictement le même uniforme. Sur leur galon, « la crevette », chevron indiquant qu’ils sont élèves officiers de réserve. Dans le civil, ils sont cadres, souvent titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur et de grandes écoles. Ces hommes et femmes, choisissent de servir pendant leurs congés ou dans une carrière à durée déterminée, au côté de leurs camarades d’active.
« J’adorais mon boulot, explique Benoît, capitaine parachutiste, ancien cadre dans l’aéronautique. Mais souhaitais voir autre chose, m’investir autrement, servir à quelque chose qui me paraissait plus noble que le capitalisme pur et dur. » Jeune officier, Louis, issue de Polytechnique, explique que « c’est la période où l’on se découvre soi-même. ». Et le capitaine Antoine, docteur es-lettres et civilisation, y voit une occasion de « quitter ces voies pavées de certitudes pour s’engager sur des routes sinueuses semées d’embûches. En chemin, on rencontrera le froid, la faim, la peur, le dépassement, le doute aussi… »

« Pas de différence »

Certains resteront tout au long de leur vie civile dans la réserve opérationnelle. Qualifiés de « militaires à temps partiel » ou en CDD sous l’uniforme, ils sont tout autant engagés sur tous les théâtres d’opération, souvent à l’intérieur du territoire mais aussi en missions extérieures, de Vigipirate à Sentinelle puis des Balkans à Barkhane en passant par l’Afghanistan. « La volonté de servir est la même pour tous et pour tout type d’officier, il n’y a pas de différence, » explique Yoan, diplômé d’école de commerce, capitaine dans l’arme blindée cavalerie.
Dans tous ses centres opérationnels, l’armée mêle ses cadres d’active avec des officiers de réserve qui jonglent entre armée et vie civile où ils sont assureurs, banquiers, enseignants, commerciaux ou archéologues…. « Accepter de mettre entre parenthèses sa vie privée, ses loisirs et une partie de sa carrière professionnelle pour suivre un idéal », c’est ainsi que le lieutenant Ugo, directeur des affaires juridiques dans le civil, résume son engagement. Cette réserve opérationnelle est une tradition de l’armée française depuis le XIXe siècle.
L’armée professionnelle tient à conserver ainsi un lien avec la Nation et entretient un vivier de cadres apportant une ouverture de la société civile au monde militaire. « Une étape marquante » Le 4e bataillon forme un amalgame de futurs meneurs d’hommes et de managers. Manifestement un « plus » dans le CV de cadres civils qui apprennent ici le sens de l’effort, l’esprit d’équipe, la résilience et les valeurs de la nation. Elle les conduit vers une expérience de vie qu’ils ne trouveront jamais à l’identique dans la vie civile.
Le lieutenant-colonel Pierre, aujourd’hui diplômé de l’enseignement supérieur militaire, considère « mon passage à Coëtquidan comme une étape marquante de mon parcours professionnel. »
Ces jeunes officiers de réserve volontaires sont les héritiers des dizaines de milliers d’officiers appelés qui ont servi sous l’uniforme pendant le temps de la conscription. Et la suppression, en 1997, du service militaire par le président de la République, Jacques Chirac, lui-même officier de réserve, n’a pas sonné le glas de cette filière spécifique.
Le livre du capitaine Malkani compile en une quarantaine de témoignages des retours d’expériences de cette population d’officiers-citoyens, pour qui le service du pays passe par les rangs de l’armée, tous rassemblés autour d’une devise fédératrice : l’audace de servir. Des prémices de la Grande Guerre au Chemin des Dames, jusqu’à la campagne de France en 1940, puis des rizières indochinoises jusqu’au djebel algérien, ces officiers de réserve forment une longue lignée de cadres civils sous l’uniforme. Pour les plus illustres, l’on y retrouve Maurice Genvoix, Guillaume Appolinaire, Alain Fournier ou Jean Lartéguy. 

L’Audace de servir. Des officiers appelés de la Grande Guerre aux officiers sous contrat d’aujourd’hui,  Guillaume Malkani – 294 pages. Éditeur : Books on Demand, 14,99 € ou 7,99 € (e-book)

Temps de travail des militaires: le Haut comité d’évaluation de la condition militaire s’en mêle

Temps de travail des militaires: le Haut comité d’évaluation de la condition militaire s’en mêle

 

Par Philippe Chapleau – Lignes de défenses – publié le 15 avril 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/04/14/temps-de-travail-des-militaires-22047.html


L’éventualité de la reconnaissance par la Cour de justice de l’Union européenne de l’applicabilité de la directive du 4 novembre 2003, dite “du temps de travail”, aux militaires a provoqué pas mal d’émoi. Ce qui a conduit le Haut comité d’évaluation de la condition militaire à formuler un avis.

J’avais, le 31 janvier, consacré un post à cet avis de la Cour de justice de l’UE. Il est à lire ici

Le 9 avril, le HCECM a donc diffusé une note mise en ligne le 13. Elle est à lire ici

Le HCEM rappelle que parce qu’elles seraient “incompatibles avec la nécessaire libre disposition de la force armée, les règles fixant la durée de travail tant des salariés que des fonctionnaires ne sont pas applicables aux militaires”. 

L’application de la directive européenne aux forces armées serait aussi de nature à entraîner les conséquences suivantes :
une remise en cause des fondements de l’état militaire, qui “exige en toute circonstance esprit de sacrifice, pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême … disponibilité…”;
des modifications substantielles de l’organisation et du fonctionnement des forces armées pour des raisons étrangères aux objectifs de défense ;
– une baisse de la capacité et de l’efficacité opérationnelle des forces armées.

Enfin, le Haut comité considère que la détermination et l’organisation du temps de service des militaires, dans ses principes comme dans ses modalités, doivent relever des seules autorités responsables de la sécurité nationale.

Ensemble tout devient plus lent

Ensemble tout devient plus lent

par Michel Goya – La Voie de l’épée – Publié le 24 février 2021

https://lavoiedelepee.blogspot.com/


Dans The Mythical Man-Month: Essays on Software Engineering (1975) Frederick Brooks décrit son expérience du développement informatique chez IBM. Il montre en particulier les effets de l’accroissement du nombre de personnels travaillant sur un projet sur ses délais de réalisation. Sa conclusion est simple : l’accroissement de ressources humaines commence par accélérer le projet par la simple division du travail puis, à partir d’un certain seuil, la complexité du projet impose des délais de formation aux nouveaux et, surtout, le nombre oblige à l’augmentation exponentielle des interactions. Pour un groupe de 10 le nombre d’interactions possibles 2 à 2 est de 45. Pour 100, il est de 4 950. Bien sûr, tous les personnels n’ont pas besoin de se rencontrer mais on conçoit bien qu’avec l’accroissement du nombre, la part des informations de coordination (mais aussi de formation pour les nouveaux) s’accroit aussi. Une grande partie du temps est alors passé en réunions formelles ou non, communications diverses par téléphone ou mails, etc. au détriment du travail directement utile.

La conclusion de Brooks est donc que pour améliorer la performance d’un groupe de production d’idées, un état-major par exemple, il faut le réduire. Or, le réflexe est plutôt de faire l’inverse et de renforcer un groupe visiblement saturé. Le gain immédiat du renforcement dans la cellule donnée occulte alors les effets négatifs sur l’ensemble de la structure, comme la nécessité de créer de nouvelles cellules de coordination ou de « cohérence ». Des effets de seuil peuvent alors apparaître comme l’apparition de cadres d’un échelon élevé pour diriger les nouvelles structures de commandement, avec adjoint, secrétaire et parfois chauffeur. A ce seuil hiérarchique s’ajoute bientôt un seuil mémoriel lorsque les membres de la structure, en perpétuel renouvellement, ont oublié qu’à une certaine époque celle-ci fonctionnait mieux avec moins de membres. Le phénomène s’auto-entretient alors et on abouti ainsi, par exemple, à une multiplication par 25 du nombre d’officiers dans un état-major britannique de brigade de 1918 à 2003, avec certes des fonctions nouvelles à remplir mais qui sont loin de justifier une telle inflation.

Après le renforcement par le nombre, l’autre solution « évidente » pour résoudre le problème de saturation est l’adoption de nouvelles technologies permettant d’accroitre considérablement le débit de l’information. Là encore, l’effet provoqué est souvent inverse car devant le choix entre une plus grande vitesse pour un même volume et une plus grande quantité pour un même délai, les organisations les plus lourdes prennent presque toujours la seconde option. L’information à gérer devient alors étouffante.

Dans Command in war, Martin Ven Creveld décrit ainsi les états-majors américains de la guerre du Vietnam, de loin les plus modernes du monde avec leurs ordinateurs, leurs photocopieurs et leurs postes à transistor. Le problème est que le service de tous ces systèmes d’informations et de communications (SIC) finit par absorber une quantité importante de personnels (23 000 hommes à la 1ère brigade de transmission, en charge des transmissions intra-théâtre, et un homme sur cinq dans chaque division). Les lignes de communications deviennent si encombrées que chaque service tente de contourner la difficulté en créant son propre réseau et un PC opérations d’un état-major de division finit ainsi par comprendre pas moins de 35 lignes différentes. Cet engorgement, associé à la complexité des structures, a pour première conséquence de ralentir considérablement la planification. Une opération offensive de 30 000 hommes comme Cedar Falls en 1967 demande quatre mois de préparation. La deuxième conséquence est que pour comprendre ce qui se passe, les chefs sont obligés d’aller voir sur place. Il n’est donc pas rare de voir un capitaine accroché par l’ennemi et cherchant à organiser les appuis de voir apparaître au dessus de lui l’hélicoptère de son chef et souvent aussi celui du chef de son chef, qui tous lui demandent des explications et contribuent encore au ralentissement de la manœuvre et à la perte d’initiative.

Dans The human face of war, Jim Storr décrit de son côté le fonctionnement des premiers états-majors numérisés lors de l’opération Telic en Irak en 2003 avec des ordres d’opérations de brigades de 25 pages où la mission n’apparaît qu’à la dixième page. Beaucoup d’ordres de conduite qui auraient pu être réduits à 10 lignes font 3 ou 4 pages. Au lieu de se réduire avec le temps puisque certains éléments de situation sont identiques d’un bout à l’autre de la campagne, le volume et le délai d’élaboration des ordres augmentent. Les brigades britanniques reçoivent ainsi cinq ordres préparatoires de la division … un jour après le début de l’action. En revanche, après la prise de Bassorah, les mêmes brigades évoluent pendant 15 jours sans aucun ordre, l’état-major de la division ne parvenant pas à suivre le rythme.

Il est intéressant de noter que pendant ce temps, les grandes unités indiennes ont conservé les structures héritées de l’armée britannique de 1945 auxquelles elles ont simplement ajouté les technologies du XXIe siècle. Elles conçoivent les ordres quatre fois plus vite que les unités équivalentes de Sa majesté. Rappelons aussi que lors de l’opération Market Garden, en septembre 1944, les Alliés ont été stoppés, et détruits à Arnhem, par un corps d’armée blindée allemand d’un volume de forces équivalent à celui des forces de Telic. L’état-major du corps a donné ses ordres oraux en une heure et l’ordre écrit (deux pages avec quelques annexes) en trois heures et l’ordre a été valable pendant toute la durée des combats.

La campagne de la Journée nationale du réserviste 2020

La campagne de la Journée nationale du réserviste 2020

Par le lieutenant-colonel (h) Jean-Marc Noegelen – publié le 9 février 2021

Face à un contexte difficile de situation sanitaire grave comportant des contraintes superposées, la campagne J.N.R. 2020, programmée entre le 10 octobre et le 12 novembre, s’est déroulée néanmoins avec un succès relatif.

Le thème proposé par les autorités « Fiers d’être réservistes et fiers de nos réservistes » correspondait bien à notre promotion de la réserve pour nos armées.

3 trois types d’activités étaient retenus par les responsables nationaux de la J.N.R. :

  • Interventions en établissements scolaires,
  • Journées de présentation en unités,
  • Interventions en entreprises.

Il s’agissait donc pour les intervenants interarmées du Gard de construire une nouvelle approche de la campagne en raison notamment des nominations récentes des responsables locaux en la matière :

  • Le lieutenant-colonel David Mazel entrait en fonctions de chef de la Délégation militaire départementale le 1er août 2020,
  • Monsieur Philippe Maheux, nouveau Directeur académique des services de l’Education nationale du Gard, avait été nommé le 1er juin 2020,
  • Le capitaine de corvette ® Pascal Anselme prenait en charge la coordination des actions à mener pour les trois armées en succédant au lieutenant-colonel (h) Jean-Marc Noegelen.

Le temps était donc compté pour la mise en place départementale de la campagne raccourcie de surcroit par les vacances scolaires de la Toussaint.

A cet effet, une réunion d’information eut lieu le 18 septembre à la D.M.D. afin de définir les axes d’interventions des  autorités citées plus haut :

  • Programmation du calendrier,
  • Présentation des séances dans les établissements scolaires.

Puis ce fut rapidement la phase des prises de contacts avec les proviseurs et chefs d’établissements visés (36 lycées). Il s’avérait alors nécessaire de recourir à une prolongation de la période définie en raison des contraintes sanitaires et des obligations de plannings des services de l’Education nationale du Gard.

Toutes ces démarches de préparation aboutirent à une programmation d’interventions auprès de 17 établissements et permirent le démarrage de l’opération dès le 13 octobre.

 

Comme les années précédentes, les représentants des armées étaient prêts à s’engager   dans cette action de rayonnement :

  • Le chef de la D.M.D.,
  • L’A.D.O.R.A.C., par son président,
  • l’A.N.O.R.A.A., par son président régional en zone Sud et membre du Secteur Gard-Lozère, et  par le trésorier du Secteur, 
  • L’adjoint au COMAR de Marseille, responsable des Préparations militaires Marine en Languedoc,
  • Les officiers adjoints réserves du 503èmeT., du 4ème R .Mat, du 1er R.E.G., du 2ème R.E.I.
  • Le directeur de la Préparation militaire marine du Gard et 10 stagiaires de la promotion 2020-2021.

Le bilan de la campagne, impacté par la conjoncture,  n’a pas permis  d’atteindre les objectifs, et a abouti aux  résultats suivants :

  • 19 réunions d’information tenues par un chef d’équipe assisté d’intervenants d’une durée d’une heure en moyenne avec :
  • Présentation de l’équipe,
  • Projection d’un diaporama de 20 minutes « La Garde nationale » et « le monde des réserves » avec courtes vidéos illustratives,
  • Témoignages de réservistes et de professeurs réservistes,
  • Réponses aux questions des élèves,
  • Entretiens particuliers avec les jeunes intéressés par un méfier de la Défense,
  • Distributions de documents et flyers « Réserves dans le Gard ».

      – Près de 1000  personnes rencontrées dont 979 élèves,

      – 41 proviseurs et chefs d’établissements et professeurs présents,

      – 1 militaire d’active, 20 réservistes opérationnels, 3 réservistes citoyens, 2 associations (A.N.O.R.A.A. et A.D.O.R.A.C.) intervenants,

  • 223 contacts sérieux ont été pris avec les lycéens. Parmi eux, 108 se déclaraient intéressés par la réserve militaire ou un engagement dans les armées  suivant la répartition :
  • Terre + Légion : 50 %,
  • AIR : 10 %,
  • Marine : 20 %
  • Service de santé : 1 %,
  • Gendarmerie : 8 %,
  • Réserves en général : 11 %.

Une campagne difficile marquée par la situation délicate  vécue (pandémie, terrorisme,….).

L’implication des unités, des réservistes, des associations, du D.A.S.E.N., n’aura pas résolu les obstacles rencontrés (période prescrite très courte et mal située dans le calendrier scolaire, priorités des établissements). Un besoin de souplesse d’action (meilleur créneau début/fin d’année) est ressenti par toutes les parties.

Malgré de nombreuses contraintes,  la campagne J.N.R. 2020 a été réalisée avec une complicité naturelle qui démontre le lien étroit existant entre les armées, la Nation et l’Education nationale du département du Gard.