Joe Biden et les relations transatlantiques

Joe Biden et les relations transatlantiques


par Le Club des Vingt (*)
Think Tank spécialisé en Relations internationales

– publié sur le site Esprit Surcouf le 17 mai 2021

https://espritsurcouf.fr/le-billet-defense_joe-biden-et-les-relations-transatlantiques_par_le-club-des-vingt/

 

« America is back ». Après quatre années d’une politique oscillant entre isolationnisme et agressivité, la France et l’Europe ont retrouvé un président et une administration au langage et aux pratiques plus civils, animée par une volonté de multilatéralisme. Mais les temps ont changé, et il semble nécessaire de repenser le lien transatlantique.

L’arrivée aux USA d’une nouvelle administration est l’occasion de mettre en perspective dans le contexte international actuel notre situation et nos intérêts par rapport à ce grand pays partenaire. Quelques chiffres nous permettent de mesurer l’importance stratégique et économique des États-Unis pour la France : aujourd’hui, 1 600 filiales d’entreprises américaines sont implantées en France, 4 500 entreprises françaises sont contrôlées par des investisseurs américains, et 450 000 Français sont employés par ces dernières. Les relations d’interdépendance évoluent généralement vers une forme de dépendance. Pour autant, cette tendance ne doit pas empêcher une recomposition des relations franco-américaines, qui, de toute façon, parait inévitable.

Refonder le lien transatlantique


Le concept d’alliance a correspondu à un moment du système international, au cours duquel dominaient les enjeux politiques et militaires, et non économiques et sociaux comme c’est le cas aujourd’hui, et une forme de frontalité dans les rapports entièrement couverts par le seul conflit Est-Ouest.

Aujourd’hui, l’identification de l’ennemi éventuel est devenue trop incertaine, complexe et changeante pour que l’alliance tienne le même rôle qu’autrefois. C’est pour cette raison que le Président Macron s’est inquiété, à juste titre, que l’alliance soit « en état de mort cérébrale ». Se borner à rester dans l’ancien contexte, ravivé par le retour de la France dans l’OTAN, risque d’entraver l’autonomie de nos choix, plus exigeante et nécessaire que jamais.

De fait, la France, l’UE et les États-Unis témoignent de divergences stratégiques et de projections internationales parfois antagonistes. Des tensions se déploient, dans le domaine de  l’autonomie stratégique et énergétique par exemple. Sur certains équipements militaires, la France dépend de 60 à 70% de composants américains que la législation rend très difficile à contourner. Il n’en demeure pas moins que Français et Allemands travaillent ensemble, aujourd’hui, à la conception d’avions de chasse de cinquième génération dans une perspective qui doit progressivement mener à une autonomie stratégique de l’Europe.

Sur le plan énergétique, des tensions existent également autour du gazoduc de GNL Nord Stream 2, fondamental pour l’Allemagne, à propos duquel le secrétaire d’État Antony Blinken est particulièrement virulent (il s’agit d’un gazoduc par lequel le géant russe Gazprom doit acheminer annuellement 55 milliards de mètres cubes vers l’Allemagne). Les impératifs de cette Europe de l’énergie, dans ses différentes composantes, doivent être clairement présentés à nos partenaires américains, levant ainsi les ambigüités et les risques de divergence.

 

Le gazoduc Nord Stream serpente au fond de la mer baltique sur 1 200 kilomètres de long. Carte ES

D’autres divergences


Les stratégies américaines vis-à-vis de la Chine, de la Russie et de l’ensemble Asie-Pacifique peuvent être en contradiction avec les intérêts français et européens dans ces dossiers. La Chine est presque exclusivement perçue comme une menace par les États-Unis, après avoir été longtemps conçue comme une opportunité. Elle est, pour l’Europe, un « rival systémique », un concurrent, mais aussi un partenaire, comme l’affirme la Commission européenne. La France, en particulier, a en Chine des intérêts industriels et technologiques anciens. Nos relations avec Pékin doivent être clairement définies, hors de tout fatalisme conflictuel et en prenant en compte, certes sans complaisance, des approches nouvelles du jeu international telles qu’elles sont élaborées par nos partenaires chinois. La France se doit d’avoir, sur ce dossier, un regard renouvelé qui ne doit en aucun cas être dépendant des vicissitudes du bilatéralisme sino-américain.

Vladimir Poutine a beau être un « killer without a soul » pour Joe Biden, il est aussi un partenaire potentiel pour les Européens pour qui il est un voisin direct. Une sorte de culture politique américaine tend à reconstruire les vieux schémas de la guerre froide faisan de Moscou l’ennemi naturel. Nous ne pouvons pas nous aligner sur ce schéma trop simple et dépassé par la complexité des relations internationales post-bipolaires. Le président Emmanuel Macron appelle ainsi, en 2019, à la construction d’une nouvelle architecture européenne de sécurité en incluant la Russie. Par-delà les crispations du moment, il s’agit là d’une orientation à construire et à préciser.

La politique française dans la zone Asie-Pacifique ne saurait simplement consister à contenir la Chine : elle doit viser à résister à toute forme d’hégémonie. Elle doit prendre la mesure de l’impressionnante intégration économique qui y règne de manière croissante, au-delà des oppositions et des tensions politiques classiques. De ce point de vue, une lecture trop naïve en termes essentiellement militaires et de « cordon sanitaire » risque de se révéler inopportune, surtout depuis la conclusion du récent traité RCEP couvrant 40% du commerce mondial incluant notamment Chine, Japon, Corée du Sud et Australie, dégageant des modes d’intégration économiques régionaux puissants qui surclassent une lecture uniquement construite en termes géopolitiques.

Une autre divergence stratégique existe dans les dossiers africains et moyen-orientaux sur lesquels la France et les Européens ont des positionnements différenciés pour des raisons certes géographiques et historiques classiques, mais aussi liées à leurs choix propres dans la gestion des relations internationales. Les Européens ont notamment perdu une part importante de leur influence diplomatique en ne sachant pas se distinguer des États-Unis sur les dossiers israélo-palestiniens ou iraniens.

 

L’Europe a un rôle à jouer

 

Comme on le voit, les divergences entre les États-Unis et leurs partenaires européens concernent ou peuvent concerner des sujets majeurs de la vie internationale. L’ensemble de ces différences d’approche doit faire l’objet de débats avec nos partenaires américains, cas par cas, l’une après l’autre. Des rapprochements sont évidemment possibles dès lors que Washington acceptera d’ouvrir ces débats de manière pragmatique. C’est à ce prix que la refondation du lien transatlantique prendra du sens.

C’est bien entendu à un niveau européen approprié que ces questions devraient être abordées. Certes, l’aptitude des Européens à engager une démarche commune reste à prouver. Mais la relation franco-allemande peut s’avérer motrice. La priorité atlantiste traditionnelle de l’Allemagne a été remise en cause par une série de faits au cours des années précédentes. La question du gazoduc Nord Stream 2, les rapports avec la Chine, le retrait de troupes américaines par Donald Trump sans consultation en 2020, les écoutes d’Angela Merkel par la NSA, entre autres, ont alimenté la réflexion à Berlin et modifié l’appréciation portée par l’Allemagne sur la relation avec les USA. Le cadre et les modalités d’un dialogue fondateur avec les États-Unis devraient être définis dans des échanges bilatéraux franco-allemands.

 

C’est une entreprise Suisse, propriétaire de ce navire de pose, qui a déroulé le gazoduc Nord Stream presqu’entièrement achevé et qui  devait entrer en service à la fin 2020. Photo Allseas.

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, nous avons adhéré sans réserve au projet d’une alliance du monde libre alors représentée par l’Europe de l’Ouest adossée aux États-Unis, soutenue et protégée par leur puissance aussi bien militaire que politique, économique et culturelle. 75 ans plus tard, il faut regarder les réalités avec lucidité. Sans rien vouloir bouleverser inutilement et sans méconnaitre ce qui nous rapproche, force est de reconnaitre qu’Européens et Américains sont désormais dans des situations bien différentes. Nous sommes toujours liés à plusieurs égards, mais nos routes ne sont pas vraiment, ni toujours les mêmes.

Dans ce contexte, construire un partenariat aussi étroit que possible, valoriser nos convergences, mais reconnaitre nos désaccords et travailler à les résoudre quand cela est possible, voilà la refondation du lien transatlantique telle que nous devrions l’ambitionner.
Cette refondation est nécessaire. Le moment, en tout cas, est particulièrement opportun. Elle devrait être l’objectif de la diplomatie française pour les prochaines années.

(*) Le Club des Vingt.
Des personnalités ayant exercé d’importantes responsabilités dans le domaine des relations internationales ont créé « le Club des Vingt ». Libre d’attaches partisanes, il procède à des analyses de la situation internationale et publie des avis et des recommandations. Il a été créé par Francis Gutmann, Ambassadeur de France (décédé en juin 2020)

Hervé de CHARETTE –président du Club-, Roland DUMAS (anciens ministres des Affaires Étrangères), Sylvie BERMANN, Maurice GOURDAULT-MONTAGNE, Gabriel ROBIN (Ambassadeurs de France), Général Henri BENTEGEAT, Bertrand BADIE (Professeur des Universités), Denis BAUCHARD, Claude BLANCHEMAISON, Jean-Claude COUSSERAN, Dominique DAVID, Régis DEBRAY, Yves DOUTRIAUX, Alain FRACHON, Anne GAZEAU-SECRET, Jean-Louis GERGORIN, Renaud GIRARD, Bernard MIYET, Jean-Michel SEVERINO, Pierre-Jean VANDOORNE.

NOTA : ESPRITSURCOUF publie régulièrement les analyses du Club des Vingt
Toutes les Lettres d’Information du Club des Vingt, depuis la première, peuvent être consultées sur le site : https://clubdesvingt.home.blog

Berlin veut ouvrir le projet de char franco-allemand à d’autres pays de l’UE, de l’Otan et « d’ailleurs »

Berlin veut ouvrir le projet de char franco-allemand à d’autres pays de l’UE, de l’Otan et « d’ailleurs »

 


http://www.opex360.com/2021/05/15/berlin-veut-ouvrir-le-projet-de-char-franco-allemand-a-dautres-pays-de-lue-de-lotan-et-dailleurs/


Temps de travail des militaires: le Haut comité d’évaluation de la condition militaire s’en mêle

Temps de travail des militaires: le Haut comité d’évaluation de la condition militaire s’en mêle

 

Par Philippe Chapleau – Lignes de défenses – publié le 15 avril 2021

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/04/14/temps-de-travail-des-militaires-22047.html


L’éventualité de la reconnaissance par la Cour de justice de l’Union européenne de l’applicabilité de la directive du 4 novembre 2003, dite “du temps de travail”, aux militaires a provoqué pas mal d’émoi. Ce qui a conduit le Haut comité d’évaluation de la condition militaire à formuler un avis.

J’avais, le 31 janvier, consacré un post à cet avis de la Cour de justice de l’UE. Il est à lire ici

Le 9 avril, le HCECM a donc diffusé une note mise en ligne le 13. Elle est à lire ici

Le HCEM rappelle que parce qu’elles seraient “incompatibles avec la nécessaire libre disposition de la force armée, les règles fixant la durée de travail tant des salariés que des fonctionnaires ne sont pas applicables aux militaires”. 

L’application de la directive européenne aux forces armées serait aussi de nature à entraîner les conséquences suivantes :
une remise en cause des fondements de l’état militaire, qui “exige en toute circonstance esprit de sacrifice, pouvant aller jusqu’au sacrifice suprême … disponibilité…”;
des modifications substantielles de l’organisation et du fonctionnement des forces armées pour des raisons étrangères aux objectifs de défense ;
– une baisse de la capacité et de l’efficacité opérationnelle des forces armées.

Enfin, le Haut comité considère que la détermination et l’organisation du temps de service des militaires, dans ses principes comme dans ses modalités, doivent relever des seules autorités responsables de la sécurité nationale.

” L’Europe, l’Europe, toujours l’Europe …” : Lettre ASAF du mois de mars 2021

L’Europe, l’Europe, toujours l’Europe …” : Lettre ASAF du mois de mars 2021

 

Les incertitudes qui, il y a encore quelques semaines, planaient sur l’avenir à moyen terme de l’opération Barkhane, semblent avoir été levées lors du sommet du G5 Sahel à N’Djamena le 15 février dernier.

" L’EUROPE, L’EUROPE, TOUJOURS L’EUROPE …" : Lettre ASAF du mois de mars 2021

Les incertitudes qui, il y a encore quelques semaines, planaient sur l’avenir à moyen terme de l’opération Barkhane, semblent avoir été levées lors du sommet du G5 Sahel à N’Djamena le 15 février dernier. Pour autant, la question de la suffisance des moyens dédiés à ce qui est aujourd’hui l’engagement majeur de l’armée française reste posée et ne paraît pas devoir être résolue rapidement d’autant qu’elle revêt une dimension européenne.

Si l’on s’arrête au problème des hélicoptères, vitaux en bande sahélo-saharienne (BSS) compte tenu des dimensions du théâtre et de la nature des opérations, l’observateur ne peut que s’étonner de leur faible nombre : seize français (transport et combat) et cinq gros porteurs (trois britanniques et deux danois). Cela amène à s’interroger sur le rapport, qui a tout de même une valeur indicative, entre le montant actuel des dépenses annuelles de défense des pays de l’Union européenne, soit environ 280 Md€, et le niveau de leur engagement au Sahel.

D’évidence, ce constat reflète, du point de vue des opérations en Afrique, une inégalité dans le partage du fardeau qui, hormis des pétitions de principe et des regrets de circonstance, ne suscite en réalité pas grand débat chez nous comme chez nos partenaires de l’Union, si ce n’est peut-être dans quelques cénacles experts.

Or, cette réalité malgré tout dérangeante tranche avec les incantations sur la Défense européenne dont nous sommes bercés depuis très longtemps. À cet égard, il faudra suivre avec beaucoup d’attention l’évolution du dossier du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF). En effet, celui-ci, par les ruptures technologiques qu’il comporte, sera un élément essentiel de la capacité aérienne européenne à l’horizon 2040, moment à partir duquel devrait s’effectuer le remplacement des Rafale et des Typhoon. Encore dans ses prémisses, ce programme, qui devrait coûter à la France de 50 à 80 Md€ selon le Sénat, a vu ces dernières semaines les deux partenaires principaux, français et allemand, via leurs industriels Dassault et Airbus, s’opposer notamment sur la question des droits de propriété intellectuelle.

Dans la mesure où la réalisation de ce type de programme est dorénavant hors de portée dans un cadre uniquement national, il y a donc un caractère impératif à trouver un accord, de même que pour les programmes relatifs au futur char de combat (MGCS), à l’Eurodrone et au Tigre Mark 3, et ce avant l’entrée de l’Allemagne en période préélectorale en juin prochain, une Allemagne dont le Parlement s’impliquera dans ces «grandes manœuvres militaro-industrielles» via le suivi régulier de la gestion des programmes SCAF et MGCS. Compte tenu de la dimension stratégique et économique de ces derniers, il ne serait pas incongru d’imaginer que notre représentation nationale s’inspire de cet exemple d’outre-Rhin et s’investisse dans un suivi qui aille au-delà des traditionnelles auditions en commissions ou de l’examen a posteriori des documents budgétaires.

Ainsi, les mois à venir seront décisifs pour l’avenir de ces programmes alors même que l’actualisation stratégique conduite par le ministère des Armées et que nous évoquions le mois dernier fait, avec force, état de la communauté d’intérêts des pays de l’UE et de son impact sur les politiques de défense. Une actualisation dont il faut vivement souhaiter qu’elle contribue à alimenter les débats qui devraient, dans le pays de l’Union européenne le plus concerné par les questions militaires, accompagner les préliminaires d’une campagne présidentielle où il faudra bien, enfin, évoquer sans ambages ni tremblements la défense de la France et les moyens qu’on doit y consacrer. Or, force est de constater que si, selon les enquêtes d’opinion, les Français sont attachés à leur armée et la placent haut dans leur estime, ils ne sont pourtant jamais enclins, dans les mois qui précèdent l’élection à la magistrature suprême, à transformer cet attachement en questionnement incisif et vigoureux relatif à la Défense auprès des prétendants à l’Élysée. Pourtant, le vainqueur ne tarde jamais à mesurer l’importance de la puissance militaire dans l’affrontement permanent des États et de leurs intérêts.

Dans ce contexte, le pays n’aurait rien à gagner du silence de ceux qui ont directement en charge les armes de la France et qui voient monter les risques d’affrontements à haute intensité aux périphéries de l’Europe. En revanche, en partageant avec simplicité et lucidité les problèmes qu’ils ont à affronter, ils pourraient donner à beaucoup de Français le souci de leur défense.

La RÉDACTION de L’ASAF
www.asafrance.fr

Un entretien pour que MGCS puisse passer la seconde

Un entretien pour que MGCS puisse passer la seconde



Les ministres de la Défense de France et d’Allemagne s’entretiendront demain [reprogrammé au jeudi 18/02 selon l’agenda ministériel] par téléphone, dans la foulée du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité (CFADS) du 5 février. Pour les deux ministres, il s’agira de progresser dans la réalisation des programmes industriels binationaux, à commencer par le système de combat terrestre principal (MGCS).

Une nouvelle étape franchie d’ici peu

Le ton avait été donné par la ministre des Armées, Florence Parly, fin janvier lors de ses vœux aux armées : que ce soit pour MGCS, piloté par l’Allemagne, ou pour le système de combat aérien du futur (SCAF), confié à la France, « l’objectif est de pouvoir contractualiser la phase suivante de ces projets au plus tard mi-2021. Les mois à venir seront décisifs, je compte sur l’engagement de toutes les personnes impliquées pour y parvenir. L’Histoire nous regarde. »

Un échéancier ambitieux, reprécisé deux semaines plus tard par le président Emmanuel Macron à l’issue du CFADS. « Nous sommes confiants que dans les 15 prochains jours, nous pourrons marquer une nouvelle étape », déclarait-il le 5 février.

« Cet échange téléphonique sera l’occasion pour les deux ministres de maintenir cette impulsion et de faire en sorte que les résultats demandés par les chefs soient à la hauteur et à la date dite », soulignait ce jeudi le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean. Soit, des résultats attendus d’ici la fin de la semaine prochaine et qui permettront à chaque programme d’enclencher la seconde et de se sanctuariser davantage.

Passer la seconde avant l’été

Si les mois à venir s’annoncent si déterminants pour MGCS, c’est parce qu’ils préludent au franchissement d’un jalon majeur dans la phase dite de « démonstration technologique » (TDP). Les premiers travaux d’architecture système (SADS 1) avaient été confiés en mai 2020 au consortium (ARGE) formé par Nexter, Rheinmetall et KMW, avec un premier jalon contractuel atteint en août 2020.

Financé à hauteur de 30 M€, le marché SADS 1 livrera ses premiers résultats cette année. Cette étude durera entre 18 et 20 mois et s’achèvera donc à l’horizon 2022. Elle laissera place à une nouvelle phase (SADS 2), que la France et l’Allemagne prévoient d’alimenter à hauteur de 200 M€ répartis à parts égales entre les deux pays. Cette enveloppe soutiendra la réalisation de 14 « Main Technological Demonstrators » (MTD, démonstrateurs d’équipements majeurs).

Une fois conclus les arbitrages industriels, encore faudra-t-il décrocher l’aval du parlement allemand, indispensable pour tout programme d’armement supérieur à 25 M€. Conformément au souhait de Mme Parly, tout l’enjeu sera d’obtenir ce feu vert suffisamment tôt que pour pouvoir finaliser la notification des contrats avant la fin de la session parlementaire allemande, en juin prochain.

La population allemande étant appelée aux urnes en septembre pour les élections fédérales, l’absence de contractualisation avant l’été engendrerait en effet un retard conséquent dans le processus de décision politique, voire une paralysie potentiellement fatale. Et cela, sans compter l’immobilisme que pourraient engendrer les élections présidentielles françaises d’avril 2022.

Les industriels allemands dans les starting-blocks

Un alignement rapide des planètes, synonyme d’ambitions et de financements à la hausse, permettra au trio industriel de changer d’échelle et d’ouvrir davantage le champ aux filières nationales. Côté français, seul Thales a jusqu’à présent été mandaté pour l’intégration de MGCS au sein de la bulle Scorpion.

Confortés par le leadership allemand, les industriels d’outre-Rhin ont ouvertement commencé à se positionner en vue de l’élaboration de certaines briques. La dernière sortie en date provient d’Hensoldt, entreprise de défense spécialisée dans les capteurs et détenue minoritairement par le ministère de la Défense allemand depuis décembre dernier.

La « vision » promue par Hensoldt, dont le responsable France occupe un siège au comité exécutif, s’appuie principalement sur la fusion multi-senseurs et les réseaux de capteurs. Selon l’entreprise, un tel réseau reliant les différentes plateformes de MGCS et soutenu par une intelligence artificielle constituerait une rupture en matière de reconnaissance, d’acquisition de cible et de transfert de données.

Un autre, Diehl Defence, lorgne sur le volet protection. Dès l’an dernier, cette filiale du groupe Diehl axée sur les missiles et munitions, avançait son système de protection active AVePS (Active Vehicule Protection System) et l’intégration de contre-mesures passives multispectrales. Enfin, la filiale allemande du missilier européen MBDA, par la voix de son PDG Thomas Gottschild, a d’emblée considéré MGCS comme un programme essentiel à sa stratégie de développement.