Des liens plus étroits entre logisticiens français et américains

Des liens plus étroits entre logisticiens français et américains


Quelque peu bousculé par la crise sanitaire, le partenariat entre unités logistiques françaises et américaines est reparti de plus belle depuis le printemps dernier. Un volet parmi d’autres d’un effort conjoint poursuivi par le Commandement des forces terrestres (CFT) et le Commandement de l’US Army en Europe et en Afrique (USAREUR-AF).

Le 7 mars 2020, le CFT et l’USAREUR-AF actaient leur rapprochement par l’entremise de leur commandant respectif, les généraux Vincent Guionie et Christopher Cavoli. Formalisée au travers de l’ « Unit Partnership Program », la collaboration a pour enjeu principal de renforcer l’interopérabilité entre unités françaises et américaines dans tout le spectre d’opérations bilatérales et multilatérales.

Sur le volet logistique, par exemple, le Commandement de la logistique des forces (COMLOG) et le 21e Commandement de soutien de théâtre (21st TSC) se sont retrouvés fin août à Wiesbaden (Allemagne) pour discuter d’opérations conjointes et progresser vers les objectifs stratégiques fixés pour 2028. Un nouveau point d’étape après celui organisé en avril dernier par le COMLOG à Monthléry (Essonne).

Le COMLOG et le 21st TSC « s’efforceront de synchroniser leurs efforts pour établir des capacités homogènes dans tous les domaines et la possibilité de se déployer et de se soutenir mutuellement à l’échelle mondiale », explique l’US Army dans un communiqué. Des systèmes aux tactiques et procédures, les entraînements croisés contribueront ainsi à faciliter le soutien d’armée à armée.

Français et Américains ont notamment abordé la question de la transparence des outils logistiques de l’OTAN et la mutualisation du transport de matériels lourds. La France avait notamment fourni une aide logistique importante quelques mois après l’entrée en vigueur du partenariat. C’était en juillet 2020 à La Rochelle pour l’opération Mousquetaire, une manœuvre de débarquement d’équipements américains en appui du 21st TSC.

L’accord bilatéral facilite par ailleurs l’échange d’officiers. Un lieutenant du COMLOG aura par exemple participé à l’exercice Saber Junction 2022 dans les rangs du 21st TSC. Mené du 6 au 16 septembre, Saber Junction réunissait 4400 militaires de 14 pays membres ou partenaires de l’OTAN à Grafenwoehr et Hohenfels, dans le sud-est de l’Allemagne.

Le lieutenant Marc aura contribué aux processus décisionnels et fourni un soutien logistique au sein du centre opérationnel aux côtés du lieutenant-colonel John Abella, chef de corps de l’un des bataillons du 21st TSC.

D’autres rendez-vous sont attendus. Selon l’US Army, le COMLOG dispensera bientôt des cours sur la suite d’outils C2 logistiques LOGFAS de l’OTAN. Les exercices français majeurs Monsabert 2023 et Orion 2023 comprendront à leur tour un volet d’échange de personnels « afin de renforcer les liens, améliorer la logistique de l’OTAN et atteindre à terme un niveau adapté d’interopérabilité ».

La 3e division accueille un nouveau numéro 2 américain

La 3e division accueille un nouveau numéro 2 américain

par – Forces opérations Blog – publié le

Le général américain Andrew Gainey a été officiellement accueilli le 7 septembre par l’état-major de la 3e division de l’armée de Terre. Il y occupera le poste de général adjoint opérations, poursuivant par là une politique d’échanges entamée en 2019.

Lors de cette cérémonie, le général Gainey s’est vu confié « l’entière responsabilité de la préparation opérationnelle » par le commandant de la 3e division, le général Hubert Cottereau. Les défis dans ce domaine ne manquent pas, à l’heure où l’armée de Terre durcit ses entraînements et se rapproche de l’exercice majeur Orion, au cours duquel la division aura un rôle central à jouer.

Promu brigadier général en mai 2021, le nouveau n°2 de la 3e division était auparavant commandant adjoint opérations de la 1ère division d’infanterie (1 ID) américaine. Diplômé du Marine Corps War College, il aura servi deux fois en Afghanistan et une fois en Irak ainsi qu’au sein de l’état-major de la 1 ID en Pologne.

« Partenaires historiques, les deux pays ont souvent œuvré côte à côte dans des affrontements majeurs », rappelait la 3e division.  « C’est pour maintenir cette vocation opérationnelle que la ‘Strategic Vision Statement’ a été signée en 2015 par les chefs d’état-major des deux armées et le programme MPEP (Military Personnel Exchange Program) mis en place », poursuivait-elle.

Ce n’est que la deuxième fois qu’un officier général américain est intégré à l’état-major d’une division française. Ce cycle d’échanges avait été inauguré par le général Todd Wasmund, accueilli en France début 2020, et le général Hubert Cottereau, intégré à la 3e division d’infanterie de l’US Army en juillet 2019.

Crédits image : 3e division

Le drone stratosphérique Zephyr d’Airbus est resté en vol pendant 64 jours lors d’une évaluation de l’US Army

Le drone stratosphérique Zephyr d’Airbus est resté en vol pendant 64 jours lors d’une évaluation de l’US Army

http://www.opex360.com/2022/08/23/le-drone-stratospherique-zephyr-dairbus-est-reste-en-vol-pendant-64-jours-lors-dune-evaluation-de-lus-army/


 

En février 1959, les aviateurs américains Robert Timm et John Cook réussirent l’exploit de voler pendant 64 jours 22 heures 19 minutes et 5 secondes à bord de leur Cessna 172 Skyhawk, ravitaillé en carburant par un tuyau relié à un camion roulant à la même vitesse sur une route rectiligne. Ce record, qui tient depuis 63 ans, aurait pu être battu par le drone stratosphérique Zephyr S d’Airbus, dans le cadre d’une évaluation menée à partir du polygone d’essais de Yuma [Arizona] par l’US Army Futures Command, c’est à dire le commandement de l’armée américaine dédié à l’innovation.

En effet, le Zephyr S a décollé le 15 juin dernier pour atteindre une altitude comprise entre 60’000 et 70’000 pieds [soit 18-21 km]. Initialement, la mission qu’il devait réaliser devait durer une trentaine de jours, l’objectif étant d’établir le record du vol le plus long jamais réalisé par un drone. Record, au passage, dont un modèle précédent de l’appareil d’Airbus Defence & Space était alors le détenteur.

Finalement, les plans ont changé en cours de route… Et, à la fin du mois de juillet, le Zephyr S était toujours en vol. Évoluant à une altitude où il ne risquait pas d’interférer avec le trafic aérien civil, ce drone stratosphérique survola plusieurs États américains pour s’aventurer dans le golfe du Mexique et atteindre le Belize.

D’une masse de seulement 75 kg pour une envergure de 25 mètres, le Zephyr peut voler jusqu’à 76’100 pieds [23,2 km]. Son moteur est alimenté en électricité par une batterie Li-S [lithium et soufre], rechargée durant le jour par des panneaux solaires. Quant à sa vitesse, elle n’a pas été précisée par Airbus. Mais celle du Zephyr 7, de dimensions plus réduires, était de l’ordre de 30 nœuds [56 km/h]. Enfin, son fuselage central contient sa charge utile, laquelle peut être constituée de liaisons de données, de systèmes de guerre électronique, d’un radar à ouverture synthétique, d’un LIDAR [Laser Imaging Detection And Rangin] et autres capteurs optroniques.

« Le Zephyr est capable de se concentrer sur une zone d’intérêt spécifique [d’une superficie de plusieurs centaines de kilomètres, le cas échéant], tout en fournissant des communications pseudo-satellitaires et des services d’observation de la Terre [avec une meilleure granularité] sur de longues périodes et sans interruption », fait valoir Airbus. D’où l’intérêt que l’US Army lui porte.

Quoi qu’il en soit, après 64 jour de vol, la mission du Zephyr S a fini par être interrompue. Le site spécialisé « Simple Flying » a en effet rapporté que le drone stratrosphérique s’était écrasé. Du moins, c’est ce que suggèrent les données d’ADSB Exchange.

Ayant l’indicatif « ZULU82 », l’appareil survolait le désert de l’Arizona, le 19 août, à une altitude moins élevée que d’habitude [environ 45’000/50’000 pieds]. Puis après une manœuvre en forme de S, il brutalement décroché de 20’000 pieds, avant de prendre de la vitesse, son taux de descente étant alors de 4544 pieds par minute [1385 mètres par minute]. « Bien que non confirmé par Airbus, il semble que le Zephyr a connu une fin peu glorieuse », en a déduit Simple Flying.

L’US Army Futures Command n’a pas explicitement confirmé la perte du drone d’Airbus. « Après 64 jours de vol stratosphérique et la réalisation de nombreux objectifs au cours de sa mission, le Zephyr a connu des circonstances qui ont mis fin à sa campagne de vol », a-t-il affirmé.

« Nos équipes analysent actuellement plus de 1500 heures de données de missions stratosphériques. L’expérience de ce vol d’ultra longue endurance s’est avérée précieuse pour la plate-forme à haute altitude de l’US Army. Une fois la récupération de l’appareil et l’analyse des données effectuées, plus d’informations seront disponibles », a-t-il ajouté. A priori, il était prévu de réaliser une autre évaluation du Zephyr S, cette fois au-dessus de l’océan Pacifique.

L’US Army n’est pas la seule à étudier les potentialités offertes par des drones de type HAPS [High Altitude Platform System], que l’on appelle aussi « pseudo-satellites », car ils « combinent la persistance d’un satellite et la flexibilité d’un drone ». La Royal Air Force s’y intéresse [d’ailleurs, le Zephyr S est produit au Royaume-Uni, ndlr], de même que, en France, la Marine nationale.

Un tel engin « vole à 30.000 mètres d’altitude et peut rester des semaines en l’air. Il avance assez lentement, sa charge utile est assez faible, mais il va à la vitesse d’un bateau : il pourrait donc suivre une force navale, me servir, de façon assez discrète, de relais de télécommunications, mais aussi, de point d’observation afin de relever tous les transpondeurs, en voyant plus loin », avait ainsi expliqué l’amiral Christophe Prazuck, l’ex-chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], lors d’une audition parlementaire. « Ce peut être un outil moins onéreux, plus mobile et peut-être plus discret qu’un satellite », avait-il aussi souligné.

Guam: la vulnérable sonnette américaine à la porte d’entrée du Pacifique

Guam: la vulnérable sonnette américaine à la porte d’entrée du Pacifique

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 19 août 2022

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C’est une île de 550 km2 (avec 170 000 habitants) à la lisière du Pacifique qui, et c’est surprenant, est totalement absente du techno-triller La Flotte fantôme (voir mon post). Mais Guam n’est aussi citée qu’à une seule reprise dans l’étude récente intitulée “The Return of Great Power War Scenarios of Systemic Conflict Between the United States and China“, rédigée pour la Rand Corporation par Timothy R. Heath, Kristen Gunness,et Tristan Finazzo.

Pourtant, Guam est un site crucial dans la stratégie US dans le Pacifique (photo ci-dessus DoD). L’amiral Harry Harris, ancien patron du Pacific Command et ex-ambassadeur US en Corée, estime ainsi que Guam serait même la “première cible” en cas d’attaques contre les USA.

Les tensions actuelles entre Chinois et Américains ont poussé ces derniers à mieux s’intéresser à cette île trop éloignée des Etats-Unis et trop proche de la Chine (dont les missiles DF-26 menacent l’île) et qui est souvent estimée comme perdue d’avance en cas de conflit sino-américain (carte ci-dessous historicair). 

 

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Les opinions ont évolué. L’Indo-Pacific Command considère Guam comme une position à partir de laquelle on peut combattre  (“fight from”) mais aussi pour laquelle il faut se battre (“fight for”). Guam, comme le rappelait le site War in the Rocks en 2021, abrite une base aérienne (Anderson Air Force Base), une base sous-marine, une base de l’USMC et des stocks prépositionnés (le Maritime Prepositioning Ship Squadrons 3 ou MPSRON3). Ce sont des forces qui doivent conserver leurs capacités de combat et donc être mieux protégées des possibles attaques navales et aériennes chinoises, attaques qui pourraient aussi viser les îles Mariannes du Nord.

Comment défendre Guam et comment en faire une pièce de la stratégie de défense/dissuasion de Taïwan ou du Japon?

La seconde mission paraît improbable du fait de l’éloignement. En 2021, la Rand Corporation a publié une étude de Jeffrey W. Hornung (“Ground-Based Intermediate-Range Missiles in the Indo-Pacific Assessing the Positions of U.S. Allies“) où l’auteur estime inutile de doter Guam d’un solide arsenal de GBIRM (ground-based intermediate-range missiles) du fait de la portée insuffisante des missiles de type SM-6.

En revanche, pour défendre l’île, est préconisé un panachage de missiles Patriot, de Terminal High Altitude Area Defense (déjà en place, voir photo ci-dessus DoD)), de SM-2, SM-3 et SM-6, une telle architecture hybride devant neutraliser la menace aérienne chinoise. Mais ça ne sera pas la panacée, préviennent certains experts et militaires US. 

Pour l’heure, même si le budget 2023 prévoit des crédits à cet effet (892 millions de dollars dont 539 pour la défense anti-missiles, selon la Pacific Deterrence Initiative), les décisions se font attendre. Selon le vice-amiral Jon Hill, de la Missile Defense Agency, le programme de défense en est encore au stade des études de “l’architecture de base du système”. Des études d’impact ont été lancées pour déterminer les sites susceptibles d’accueillir les radars et postes de tir (42 plateformes au total) qui devraient être opérationnels d’ici à 2028. Une date déjà critiquée par les analystes comme Brent Sadler, du Center for National Defense. Il estimait, dans une contribution du 18 juillet dernier, que tout doit être prêt avant 2027. D’autres analystes estiment que l’IOC (l’Initial Operational Capability) doit être atteinte en 2024 avec le déploiement de croiseurs Aegis en attendant l’entrée en service des équipements terrestres.

L’US Army a de sérieux problèmes de recrutement

L’US Army a de sérieux problèmes de recrutement

 

http://www.opex360.com/2022/07/23/lus-army-a-de-serieux-problemes-de-recrutement/


Ainsi, en 2016, le chef du Pentagone, qui était alors Ashton Carter, lui avait demandé de revoir ses « normes de recrutement » afin de s’assurer qu’elles n’étaient pas « trop restrictives », notamment s’agissant du surpoids, de la forme physique, de tatouages et de consommation passée de marijuana. Faute quoi, avait-il dit, l’US Army « risquerait de s’isoler du reste de la population ».

En outre, M. Carter avait expliqué qu’il était de plus en plus difficile de recruter de nouveaux soldats dans les États du nord-est… alors que les forces armées amériaines avaient moins de peine à trouver des candidats à un engagement dans leurs « viviers traditionnels », à savoir le monde rural et les États du sud.

Et M. Carter de souligner que les « enfants de militaires » avaient deux fois plus de chance que les autres de s’engager dans l’US Army, qui, selon ses termes, « commençait à ressembler à une entreprise familiale ». D’où la nécessité pour celle-ci, avait-il estimé, d’avoir une approche « moins décourageante vis-à-vis de certaines catégories de personnes dont le nombre croît rapidement ».

Six ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée… Et elle risque même de se dégrader davantage, selon le général Joseph Martin, chef d’état-major adjoint d l’US Army.

Ainsi, a-t-il dit lors d’une audition parlementaire, cette semaine, 10’000 recrues vont manquer à l’appel pour l’exercice 2022. Et, selon des projections pour 2023, le déficit devrait s’aggraver, avec plus de 28’000 postes qui ne seraient pas pourvus. Au total, et si ces prévisions se révèlent exactes, cela équivaut à l’effectif de neuf à dix brigades [Brigade Combat Team, BCT] de l’armée américaine… Ce qui est significatif.

Pour expliquer cette situation, le général Martin a évoqué les conséquences de la pandémie de covid-19, la concurrence du secteur privé et la réduction du vivier de recrutement, la part de la population potentiellement apte pour s’engager étant passée de 29 à 23%. Et il a aussi souligné le fait que de « moins en moins d’Américains manifestent un intérêt à servir ». En clair, le « vivier » de candidats potentiels – que se partagent aussi l’US Navy, les Marines et l’US Air Force – se réduit comme peau de chagrin.

S’agissant de l’impact de la crise covid, et au-delà des aspects économiques, l’US Army fait valoir que l’enseignement à distance s’est traduit par une « baisse du niveau académique et de la forme physique », ce qui joue évidemment sur l’aptitude des candidats potentiels à un engagement.

D’après CNN, l’armée américaine pourrait baisser une nouvelle fois ses normes de recrutement, l’idée de ne plus exiger un diplôme d’études secondaires pour s’engager ayant été avancée. Cependant, cette orientation n’est pas privilégiée. C’est ce qu’a en effet laissé entendre Christine Wormuth, la secrétaire à l’US Army, dans un entretien donné à l’Associated Press.

« Nous sommes confrontés à une question fondamentale : devons-nous abaisser les normes pour atteindre nos objectifs ou devons-nous revoir nos objectifs pour maintenir une force professionnelle de qualité? », a demandé Mme Wormuth. Et pour elle, la qualité doit primer sur la quantité. Sauf que cela ne résoud pas le problème, sauf à réduire le format de l’US Army, ce qui aurait des conséquences capacitaires et opérationnelles.

De la Finlande à l’Ukraine, vers un nouveau “mur” entre Ouest et Est

De la Finlande à l’Ukraine, vers un nouveau “mur” entre Ouest et Est

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 24 mai 2022

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Les effectifs des forces américaines en Europe sont passés de 78 000 hommes en 2021  (67 000 au plus bas,  en 2019) à 102 000 en 2022, a précisé lundi le général Milley (le CEMA américain, devant les élèves officiers de West Point, avait, la veille, prédit de pertes américaines conséquentes : “des dizaines de milliers de morts américains”, en cas de conflit avec la Russie et la Chine).

Pour en revenir avec les forces terrestres US en Europe, elles sont réparties au sein de 6 brigades de combat (Brigade Combat Teams) , de deux divisions et d’éléments de deux corps d’armée.

Du côté des forces navales (en Méditerranée et dans la Baltique), sont déployés 15 000 marins, 24 navires de surface (contre six en fin d’année 2021) et 4 sous-marins.

Les forces aériennes ne sont pas en reste avec 12 escadrons de chasse et deux brigades d’hélicoptères de combat, toujours selon Milley. 

On est certes loin des effectifs et des moyens de l’époque de la guerre froide (400 000 hommes en 1953) mais la tendance est résolument d’une part au renforcement en hommes et en moyens et d’autre part à la mise en place d’une barrière défensive le long de la frontière avec la Russie. L’activité ISR alliée de la Baltique à la mer Noire (hors survol de l’Ukraine que l’Otan évite) en témoigne, comme le montre cette carte:

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Faut-il craindre qu’en cas d’enlisement en Ukraine et l’avènement d’un front figé, un nouveau “mur” entre l’Ouest et l’Est soit mis en place, comme au “bon vieux” temps de la Guerre froide (1400 km de frontière fortifiée entre 1950 et 1990)? Si ce scénario se concrétisait, la nouvelle frontière fortifiée du nord de la Finlande à la mer Noire, parallèlement aux frontières russe, biélorusse et probablement de l’Ukraine sécessionniste, courrait sur au moins 4000 km.

L’US Army choisit le groupe français Thales pour le renouvellement de ses radios tactiques

L’US Army choisit le groupe français Thales pour le renouvellement de ses radios tactiques

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« Le système IMBITR est la première radio portative bicanal offrant aux combattants des moyens de transmissions tactiques critiques en bande étroite, ainsi qu’un second canal à large bande qui génère une forme d’onde WREN-TSM extrêmement performante et fiable. L’ensemble de ces capacités permet la mise en réseau de communications voix, données et vidéo simultanées et sécurisées, améliorant l’appréciation de la situation et la prise de décision en temps réel », avait alors expliqué l’industriel, en se félicitant du « franc succès » de son produit, notamment auprès des brigades Stryker de l’US Army.

Puis, en octobre de la même année, l’US Army commanda à Thales des radios bi-voies AN/PRC-148D Leader Radio et monovoie AN/PRC-170 Javelin Radio.

Six mois plus tard, l’industriel a de nouveau décroché une commande outre-Atlantique. En effet, ce 16 mai, via un communiqué, Thales a fait savoir qu’il est l’un des deux industriels [avec L3Harris Technologies, ndlr] à avoir été choisi pour fournir une « solution de radio logicielle sécurisée destinée à moderniser le parc actuel de l’US Army », dans le cadre d’un contrat de type IDIQ [livraisons et quantités indéterminées] plafonné à 6 milliards de dollars et prévoyant une « période de base de cinq ans, suivie d’une seconde période de cinq ans, facultative ».

Ce contrat « constitue un volet essentiel des efforts de modernisation du réseau tactique intégré de l’armée américaine », laquelle entend remplacer son système SINCGARS [Single Channel Ground and Airborne Radio System], et « prolonge le partenariat fructueux » avec cette dernière « en matière de systèmes de communication prêts au combat », fait valoir Thales.

L’électronicien français aura donc à fournir à l’US Army une évolution de la radio tactique AN/PRC-148 IMBITR.

« Cette radio tactique logicielle flexible et sécurisée permettra à l’armée américaine de remplacer peu à peu son parc de radios R/T1523. Elle restera compatible avec la forme d’ondes existante SINCGARS, mais de nouvelles formes d’ondes pourront s’ajouter, ainsi que des capacités renforcées pour faire face aux besoins en évolution », explique Thales.

« La radio de Thales s’aligne parfaitement avec la volonté de l’US Army d’intégrer les produits matures et éprouvés au sein de son architecture de connectivité au service des unités tactiques. Conçue pour une intégration aisée dans les systèmes du combattant, [elle] s’adapte parfaitement au réseau tactique intégré de l’armée américaine », a commenté Mike Sheehan, le Pdg de Thales Defense and Security Inc, la filiale américaine du groupe français.

33 sites pour stocker le matériel de guerre prépositionné par le Pentagone

33 sites pour stocker le matériel de guerre prépositionné par le Pentagone

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par Philippe Chapleau – Lignes de défense – publié le 29 novembre 2021

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L’annonce britannique de l’envoi des matériels d’une brigade blindés en Allemagne m’incite à refaire le point sur les fameux “pre-positioned war reserve materiel” (PWRM) américains. On lira ici un document doctrinal US sur ces stocks.

Ces stocks prépositionnés d’armement, munitions, carburant, véhicules (comme ces 650 JLTV en Allemagne, photo ci-dessus) et pièces de rechange constituent un des trois vecteurs de renforcement US avec les vecteurs aériens et maritimes qui permettent d’acheminer hommes et équipements sur des théâtres d’opération et d’y renforcer les moyens déjà déployés. 

Actuellement, il existe 33 sites de PWRM comme le montre cette carte du CRS:

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L’USMC en dispose de trois dont un en Norvège et deux embarqués dans les navires des maritime prepositioning ship squadrons (un MPSRON dans l’océan Indien, l’autre dans le Pacifique).

L’US Army dispose de 7 Army Pre-Positioned Stocks (APS):
– le 1 aux USA
– le 2 en Europe de l’Ouest (pour l’année fiscale 2022, l’US Army va consacrer 1,2 milliard de $ à cet APS)
– le 3 embarqué, dans l’océan Indien
– le 4, au Japon et en Corée
– le 5, au Koweït et au Qatar
– le 6 dans les Caraïbes
– le 7 en Italie, au profit de l’US Army Africa.

L’USAF (les points bleus sur la carte) a aménagé 23 sites de prépositionnement. Pas d’aéronefs dans ces sites, mais du matériel roulant, de levage, de ravitaillement, du carburant etc. Pour les sites de l’USAF, lire le récent rapport de la Rand Corporation. Il s’intitule: “Analysis of Global Management of Air Force War Reserve Materiel to Support Operations in Contested and Degraded Environments”.

Un rapport du GAO de mars 2021: “DOD Needs a Complete Picture of the Military Services’ Prepositioning Programs“, détaille les stocks du DoD, tout en avertissant que leur gestion n’est pas toujours satisfaisante (une critique émise à plusieurs reprises et déjà dans un rapport de ce même GAO en 2005), que la disponibilité de certains équipements n’est pas bonne et que le stockage est parfois insuffisant ou inadapté…

Externalisation
Dernier point à rappeler: la gestion et l’entretien de ces réserves sont externalisés. 

Ainsi, l’APS-2 (Allemagne) et l’APS-5 (Koweït et Qatar) sont en partie gérés par l’entreprise britannique M&E Global. L’APS-2 est également soutenu par des personnels d’Amentum (photo ci-dessous) et d’URS Federal Services Inc.

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KBR se charge de l’APS-3 et de certaines opérations à l’APS-4.

APAGAN : Face au risque d’attaque, un A400M français largue des leurres anti-missiles en décollant de Kaboul

APAGAN : Face au risque d’attaque, un A400M français largue des leurres anti-missiles en décollant de Kaboul

http://www.opex360.com/2021/08/23/apagan-face-au-risque-dattaque-un-a400m-francais-largue-des-leurres-anti-missiles-en-decollant-de-kaboul/


L’Afghanistan, vingt ans de guerre contre-insurrectionnelle, tout cela pour çà !

L’Afghanistan, vingt ans de guerre contre-insurrectionnelle, tout cela pour çà !

Crédit photo : US Army.

Le régime afghan s’écroule peu à peu devant l’insurrection talibane pachtoune, une minorité ethnique, à forte identité tribale et religieuse (Cf. Mon interview du 7 aout 2021 sur RT) à moins qu’un sursaut bien peu vraisemblable change l’issue de cette campagne militaire. Jour après jour, 20 ans après le 11 septembre qui a conduit à la chute des Taliban, ceux-ci reviennent irrésistiblement au pouvoir par les armes.

Un constat dévastateur

Au bilan, près de 1 700 milliards d’euros ont été dépensés en Afghanistan par les Etats-Unis soit près de six fois le budget annuel de la France, près de 2500 Américains tués et 20 000 blessés, pour leurs alliés, quelques centaines de tués (France, 89, Royaume-Uni 453) et des milliers de blessés souvent amputés.

Les forces armées afghanes devaient compter 352 000 hommes au 1er octobre 2012 (Cf. Mon billet du 27 mai 2012, « La France et l’OTAN : quelle stratégie d’influence après Chicago et le retrait d’Afghanistan ? »).

Le coût annuel de son soutien était estimé à 3,6 milliards d’euros à partir de 2015, principalement assuré les Etats-Unis à 75% car l’Afghanistan ne pouvait financer que 450 millions d’euros. Aujourd’hui, l’effectif total des forces de sécurité nationales afghanes s’élevait à environ 307 000 fin avril 2021, avec des forces de combat d’environ 180 000 personnels. Cependant, elle a subi de lourdes pertes et a un fort taux de désertions. Les attentats contre les forces de sécurité sont nombreux comme en témoignent les éliminations physiques des pilotes afghans, déjà en nombre limité, qui auraient pu donner l’ascendant dans les combats. En avril 2021, les forces de sécurité ont perdu 68 000 militaires et policiers en pertes cumulées.

Selon l’ONU en 2020, les combattants talibans étaient estimés entre 55 000 et 85 000 hommes, leurs ressources financières évaluées annuellement entre 300 et 1,2 milliard d’euros Les insurgés bénéficient notamment de l’exploitation de la drogue notamment dans la province du Helmand. Les talibans auraient perdu plus de 51 000 combattants.

Enfin, 47 000 civils afghans dont beaucoup de femmes et d’enfants ont été tués. De nombreux Afghans ont fui le pays constituant par exemple la 2e communauté à déposer des demandes d’asile dans l’Union européenne.

Un bilan donc peu reluisant.

Les causes de cet échec ?

Plusieurs causes peuvent être identifiées.

Au niveau international, le Pakistan persiste à jouer un double jeu mais c’est aussi la réalité de l’Etat multiethnique qu’est l’Afghanistan. Les frontières politiques, si intangibles qu’elles paraissent aujourd’hui, sont-elles toujours pertinentes au XXIe siècle ? Les pachtounes sont un peuple séparé comme d’autres peuples de la région et aspirent à une forme d’unité. Le droit international et son processus de négociation ont aussi montré leur incongruité notamment avec une incapacité notoire à imposer une décision venant de l’extérieur du pays concerné. Comment croire qu’une armée même insurgée et à l’équipement militaire limité, vainqueur sur le terrain, accepterait les solutions négociées que l’on entend aujourd’hui ? Comme en 1975 au Viet-Nam, l’abandon des Etats-Unis dont je peux comprendre la lassitude en Afghanistan, a créé en toute connaissance de cause la dynamique de la victoire presqu’annoncée des Talibans (Cf. Lire aussi cet article très complémentaire de Renaud Girard paru dans le Figaro du 12 juillet 2021).

 

 

Quant à l’Union européenne, symbole de tous les aveuglements utopiques, je citerai Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne : « Nous voulons aider à construire un Afghanistan souverain, unifié et démocratique, sur la voie de la prospérité et de l’autonomie. La trajectoire de l’Afghanistan, à l’avenir, doit préserver les droits humains et les avancées démocratiques acquis depuis 2001, notamment en ce qui concerne les droits des femmes et des enfants. » (9 juin 2021) L’Union européenne comme toujours ne voit que l’exportation de son idéologie, y compris là où cela n’a que peu de sens. Sa seule crainte est l’arrivée d’un nouveau flot de migrants qu’elle ne saura pas encore gérer.

Au niveau de la politique intérieure afghane, l’importation d’un modèle occidental a montré à nouveau son échec. Imposer une gouvernance peu conforme aux traditions locales permettait de justifier une intervention internationale. Aujourd’hui, comme dans d’autres Etats, qui peut croire que le gouvernement afghan actuel pourra résister, malgré des élections répétées représentant en soi un succès mais qui ne satisfaisaient que la communauté internationale dans sa volonté de promouvoir droits de l’homme et changements de la société locale ? Malgré l’assistance occidentale et des Nations unies, les réformes ont eu peu d’effets sur la justice, la police, l’armée dès lors que la corruption reste endémique et le double discours des dirigeants locaux permanent.

Au niveau économique et du développement, la société afghane a sans doute changé pour se rapprocher de quelques normes occidentales comme par exemple l’accès à l’éducation pour les filles et la question de leur place dans la société afghane, grande sinon seule préoccupation du parlement européen ce qui n’est certainement pas le problème majeur de l’Afghanistan. Pourtant l’Afghanistan n’a pas été abandonnée. Elle a bénéficié depuis 2001 de plus de 35 milliards d’euros en aide civile par des donateurs bilatéraux et multilatéraux (Banque mondiale, Banque asiatique de développement notamment). L’économie locale a été le centre d’intérêt d’acteurs étrangers (Cf. Mon billet du 4 mars 2012 sur le rapport Hostalier). Les résultats paraissent cependant plutôt minces, au bénéfice des villes et non des campagnes, terreau du recrutement taliban. Le trafic de drogue qui fournit plus de 50% de l’héroïne mondiale reste une des grandes richesses « agricoles » de ce pays.

Ce constat certes lapidaire explique aujourd’hui l’effondrement probable du régime afghan, finalement pourri de l’intérieur, ce qui n’était pas ignoré par les occidentaux notamment ayant combattu en Afghanistan.

Des enseignements à tirer ?

Sans aucun doute après ces vingt ans de guerre depuis le 11 septembre 2001. Je les situerai dans les trois lignes d’opération que les occidentaux ont mises en œuvre à travers le concept qui a été appelé « l’approche globale » : la gouvernance, l’économie et la sécurité.

Dans le domaine de la gouvernance, il est temps de cesser d’exporter notre « modèle » de gouvernance. On n’impose pas d’une manière idéologique et artificielle dans un pays en guerre une démocratie de type occidental sous prétexte de légitimer une action internationale nécessaire du point de vue sécuritaire. Comme au Mali, vouloir changer de l’extérieur la perception politique des peuples surtout quand ils ne sont pas homogènes, et c’est bien souvent le cas dans les Etats créés après 1945, révèle l’utopie de la communauté internationale sinon la prétention notamment des démocraties, les autres Etats n’en ayant cure. La Chine vient de le montrer en ouvrant une porte diplomatique aux Taliban s’ils arrivaient au pouvoir.

Concernant le développement, se donner bonne conscience, notamment par l’humanitaire, sans réelle contrepartie, devrait être une position à revoir. Que ce soit en Afghanistan, au Mali, en Irak, l’aide au développement a été soumise à la corruption, à son inadéquation aux besoins et finalement à une mise sous perfusion de l’économie locale qui s’est bien adaptée à cette manne inespérée. Il suffit de lire les rapports de l’inspecteur général américain spécial pour la reconstruction afghane (SIGAR). Depuis 2002, l’UE a fourni environ de cinq milliards d’euros d’aide au développement et pour quelle efficacité ? Elle renouvelle néanmoins tous les quatre ans une aide économique d’1,5 milliard d’euros ce qui fait de cet Etat le premier bénéficiaire d’aide publique au développement dédiée à 80% pour le long terme et 20% à l’humanitaire. N’est-il pas temps de laisser ces pays résoudre seuls leurs problèmes intérieurs sauf si la situation menace nos intérêts correctement identifiés ?

Enfin concernant la sécurité locale ou régionale, est-il bien acceptable que les occidentaux finissent toujours par faire la guerre pour des causes qui ne sont pas directement les leurs, à leurs frais, au prix de la vie de leurs soldats (Cf Mon billet du 11 août 2019, « David Galula et la théorie de la contre-insurrection – un ouvrage à lire ») ? Comment comprendre que les Afghans migrants soient bien souvent des jeunes hommes en âge de porter une arme pour défendre leur pays contre l‘obscurantisme taliban mais il est vrai qu’il n’est pas correct selon nos normes d’imposer à quelqu’un de se battre pour son pays, au nom de la liberté de conscience… À ce titre, une réforme du droit d’asile devrait être engagée avec ce critère sélectif : tout ressortissant susceptible d’être un combattant pour le gouvernement d’un pays reconnu par la communauté internationale devrait être débouté du droit d’asile et y être expulsé.

D’un point de vue strictement militaire, la question qui demeure aujourd’hui n’est pas celle de savoir s’il fallait combattre en Afghanistan mais comment cette guerre devait être menée. Pour ma part, je considère que ce conflit a permis à l’armée française de sortir de son confort notamment après l’embuscade d’Uzbin et de se préparer réellement au moins à cette forme de guerre. Je me souviens de cette réunion peu de temps après où le commandement était désemparé. Il avait été fait appel pour une fois au centre interarmées de doctrine, là où on écrit le « comment faire la guerre ». Nous avons donné des pistes de réflexion compte tenu de notre recul par rapport aux « opérationnels », ce qui était logique. Il a fallu cependant des mois pour qu’elles soient exploitées et qu’elles contribuent en partie au retour d’une armée d’emploi dans ce contexte particulier. Je n’en ai pas moins regretté une trop lente réactivité mais je ne doute pas que les tergiversations politiques ont entravé l’efficacité militaire.

Ainsi, les combattants de nos armées respectives ont fait le « job » et plutôt bien. L’armée afghane reconstruite à l’occidental, mais cela n’était pas apparemment la bonne solution, assistée par nos conseillers militaires, par des aides matérielles et militaires, a fait ce qu’elle a pu. Il faut constater aujourd’hui comme d’autres armées soutenues par l’occident dans le monde qu’elle est incapable de vaincre. Compte tenu de la sélection initiale nécessaire, évoquer en outre aujourd’hui dans les combats contre les Taliban l’engagement de 50 000 « forces spéciales » afghanes, une solution « miracle », avec ce qui représente 15 à 45% des forces militaires, montre qu’il s’agit d’abord de forces mieux entraînées et non de « forces spéciales » dont l’intitulé signifierait des « super-rambo » capables de changer le sens de la guerre.

Pour conclure

L’engagement militaire contre une insurrection conduit à une réflexion, certes rapide à la fois sur la stratégie et sur la guerre de contre-insurrection, toujours facile à énoncer à Paris ou ailleurs. La stratégie du « containment » telle qu’elle a été pratiquée au XXe siècle trouverait une certaine pertinence et résumerait la stratégie à développer dans ces Etats fragiles. Il est vrai que le monde « politico-économico-associatif » déclare souvent « qu’il n’y a pas de solution militaire ».  Les militaires en sont bien convaincus. Une action militaire directe reste coûteuse mais agir indirectement, y compris par des actions militaires ponctuelles pourrait s’avérer utile. Il est temps d’infirmer cette idéologie dominante de complaisance et d’aveuglement qui s’abrite derrière les mots « développement » et « humanitaire ». N’a-t-on pas appris depuis l’Afghanistan, l’Irak, sinon le Mali que le développement n’est pas non plus une réponse pour amener la paix quand la sécurité n’existe pas et que l’humanitaire ne résout pas les conflits mais finit par les entretenir ?

Cette stratégie renouvelée du « containment » répondrait à ces guerres insurrectionnelles qui ne sont pas nouvelles et dont les réponses pour les résoudre sont similaires : un personnel politique local légitime et donc soutenu, une guerre mobile, agressive et permanente avec du personnel militaire local et rustique convaincu de la justesse de la cause, du renseignement, une capacité d’adaptation et bien sûr des moyens suffisants éventuellement conventionnels pour gagner, une assistance étrangère limitée. Cependant, dès lors qu’une force étrangère assure une grande partie de la mission, obtenant des résultats mitigés en raison des multiples contraintes qui lui sont imposées (moyens restreints et souvent insuffisants, processus décisionnel en partie ou totalement multinational, droit international et ses avatars sur la conduite d’une guerre, respect de la souveraineté locale…).

Sur cet engagement de forces étrangères qui peut s’avérer nécessaire, il semblerait opportun désormais de n’agir militairement que ponctuellement pour obtenir un effet militaire unique dans le cas où nos intérêts sont menacés et des états d’âme limités que ce soit en politique intérieure ou internationale. Un ancien CEMA évoquait cette vision militaire de l’engagement il y une dizaine d’années, le « first in, first out » (« premier arrivé, premier parti »). Nul doute que le politique dans ses calculs bien souvent alambiqués ait modifié cette approche raisonnée pour y inclure l’utopie des changements démocratiques et du développement. À nouveau, l’Afghanistan montre que cela ne fonctionne pas et qu’il faudrait peut-être même écouter les chefs militaires pour éviter des guerres longues dont le seul intérêt positif est celui d’entraîner nos forces. Il n’y en a qu’en faisant la guerre qu’on apprend à la faire mais autant que cet « entraînement » réel affiche de réels succès et son utilité géopolitique.

 

* Saint-cyrien, breveté de l’École de guerre, docteur en sciences de l’information et de la communication (CELSA), titulaire d’un troisième cycle en relations internationales de la faculté de droit de Sceaux, le général (2S) François Chauvancy a servi dans l’armée de Terre au sein des unités blindées des troupes de marine. Il a quitté le service actif en 2014. Il est expert des questions de doctrine sur l’emploi des forces, sur les fonctions ayant trait à la formation des armées étrangères, à la contre-insurrection et aux opérations sur l’information. A ce titre, il a été responsable national de la France auprès de l’OTAN dans les groupes de travail sur la communication stratégique, les opérations sur l’information et les opérations psychologiques de 2005 à 2012. Il a servi au Kosovo, en Albanie, en ex-Yougoslavie, au Kosovo, aux Émirats arabes unis, au Liban et à plusieurs reprises en République de Côte d’Ivoire où, sous l’uniforme ivoirien, il a notamment formé pendant deux ans dans ce cadre une partie des officiers de l’Afrique de l’ouest francophone. Il est chargé de cours sur les questions de défense et sur la stratégie d’influence dans plusieurs universités. Il est l’auteur depuis 1988 de nombreux articles sur l’influence, la politique de défense, la stratégie, le militaire et la société civile. Coauteur ou auteur de différents ouvrages de stratégie et géopolitique., son dernier ouvrage traduit en anglais et en arabe a été publié en septembre 2018 sous le titre : « Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d’influence, affrontement économique ». Il a reçu le Prix 2010 de la fondation Maréchal Leclerc pour l’ensemble des articles réalisés à cette époque. Il est consultant régulier depuis 2016 sur les questions militaires au Moyen-Orient auprès de Radio Méditerranée Internationale. Animateur du blog « Défense et Sécurité » sur le site du Monde depuis août 2011, il a rejoint depuis mai 2019 l’équipe de Theatrum Belli.