“Une vision pour la France de demain : la grande absente du débat présidentiel” : Lettre ASAF du mois de mai 2022

 

Une vision pour la France de demain : la grande absente du débat présidentiel” : Lettre ASAF du mois de mai 2022

 

Le pouvoir d’achat, l’âge de la retraite, le prix de l’énergie et des produits alimentaires, le poids de la fiscalité, certes, voilà des sujets qui intéressent le quotidien des Français. Mais, nous aurions aimé que les candidats à l’élection présidentielle et, en particulier, les deux finalistes, nous parlent aussi de la France et nous décrivent les contours envisagés …

"Une vision pour la France de demain : la grande absente du débat présidentiel" : Lettre ASAF du mois de mai 2022

Le pouvoir d’achat, l’âge de la retraite, le prix de l’énergie et des produits alimentaires, le poids de la fiscalité, certes, voilà des sujets qui intéressent le quotidien des Français. Mais, nous aurions aimé que les candidats à l’élection présidentielle et, en particulier, les deux finalistes, nous parlent aussi de la France et nous décrivent les contours qu’ils envisageaient pour elle à un horizon de cinq, dix ou quinze ans.

Aujourd’hui la France représente moins de 1 % de la population mondiale et moins de 5 % des richesses produites sur la planète. Mais on ne peut résumer le rang d’un pays dans le monde à partir de ces seules données quantitatives. Pour ce qui concerne notre pays, détenteur de l’arme nucléaire et membre permanent du Conseil de sécurité, il pèse plus, aujourd’hui, que le poids de ces simples chiffres. Il est, en réalité, une puissance moyenne ou, plus exactement, une puissance médiane.

En effet, notre pays bénéficie, avec six ou sept autres, du fait de leur poids économique, de leur rayonnement culturel, de leurs capacités militaires ou encore de leur appartenance au G8 ou au Conseil de sécurité, d’un facteur démultiplicateur par rapport à sa puissance stricto sensu. La liste de ces pays pourrait inclure, outre les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Russie, la Chine, le Japon, voire l’Inde. Mais certains d’entre eux pourraient ne pas faire éternellement partie de ce cénacle et nous n’avons pas entendu nos candidats nous proposer les politiques qui nous permettraient de toujours appartenir à ce club restreint à moyen ou long terme.

Les atouts de la France, unanimement reconnus, à quelques exceptions près, par le reste du monde, sont, outre son armement nucléaire, son indépendance, l’influence qu’elle exerce dans un esprit de recherche d’équilibre et l’universalité de son discours qui a la particularité d’être audible par tous. Aucun des candidats à l’élection présidentielle n’a développé les possibilités ouvertes par l’utilisation, à bon escient, de ces outils qui permettent à notre pays de tenir une place singulière dans le monde.

Il est apparu parfois à l’étranger et, en particulier, chez certains de nos partenaires, notamment lorsque le général de Gaulle était président de la République, que la France péchait par excès de prétention. Ce « péché » a toutefois permis à notre pays de se reconstruire tout en se dotant de l’arme nucléaire et de devenir une puissance économique en trente ans (« Les trente glorieuses »). À l’époque du général de Gaulle, ce péché d’orgueil reposait sur un axiome cher à ce dernier qui ne manquait pas de lucidité : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Cette prise en compte du principe de réalité est en effet un préalable à toute action efficace. Mais aujourd’hui, nous sommes tombés dans l’excès inverse, celui de l’auto-dépréciation qui fait les délices des partisans de la repentance.

Les questions (qui d’ailleurs n’ont pas été posées) et leurs réponses, que les citoyens français soucieux de l’avenir de leur pays et faisant passer l’intérêt général avant les intérêts catégoriels qu’une période électorale a pour naturelle vocation à mettre en exergue, attendaient, sont les suivantes : quels intérêts doit défendre notre pays ? Quelles positions doit-il faire valoir, et quelles valeurs doit-il promouvoir ? Enfin, quels moyens doit-il mettre en œuvre pour y parvenir ?

Ces questions et leurs réponses sont d’autant plus prégnantes qu’une guerre de haute intensité entre deux États à la frontière de l’Europe, que d’aucuns croyaient à jamais éradiquée, a surgi. Dans ce contexte, comment la France qui a toujours plaidé en faveur d’une « Europe puissance », terme qu’elle a inventé, qui ne se limiterait pas à ses seules dimensions économique et commerciale mais manifesterait une véritable volonté politique à peser sur les affaires du monde, compte-t-elle favoriser sa réalisation ?

Dans le domaine de la Défense, nous aurions aimé entendre les prétendants à la fonction suprême de chef des Armées françaises nous livrer leurs intentions quant à un nécessaire véritable réarmement de notre pays exigeant une hausse significative du budget de la Défense à l’instar de ce que nos amis allemands ont décidé dès l’attaque de l’Ukraine par la Russie. De même, nous aurions aimé connaître leur sentiment sur la notion d’Europe de la défense, serpent de mer qui alimente les gazettes spécialisées depuis des lustres. Sont-ils contre ou sont-ils pour et, dans ce cas, jusqu’à quel degré d’intégration ? Considèrent-ils que cette Europe de la défense doit être autonome, non dépendante de l’OTAN, ou, au contraire, qu’elle doit en constituer l’un des deux piliers, l’autre étant américain ?

Une autre question néanmoins plus ou moins connexe se pose : dans quelle mesure les textes et les institutions forgés dans la seconde moitié du XXe siècle et qui furent les conséquences de la Seconde Guerre mondiale sont-ils encore pertinents pour traiter les problèmes du monde d’aujourd’hui ? L’attitude de la Russie démontre, s’il en était besoin, que les imperfections de ces instruments constituent un prétexte pour rejeter le système de sécurité collective existant et ainsi légitimer des logiques de puissance unilatérale. Comment faire en sorte que les seules règles du jeu jusqu’ici communément admises, comme celles de la Charte des Nations unies, demeurent pertinentes et donc respectées ? La question corollaire est celle de l’emploi de la force. Peut-on ou doit-on rejeter toujours l’usage préventif de la force quand il s’agit de protéger des populations dont la survie est menacée ?

Quand un pays victime d’une agression comme l’Ukraine voit ses villes détruites et sa population mourir sous les bombardements, alors il mesure combien les petites querelles politiciennes sur le montant des retraites ou la fiscalité sur le carburant sont dérisoires. « La défense ! C’est la première raison d’être de l’État. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même [1]».

D’une réflexion approfondie sur ces problématiques et alors que les problèmes de sécurité dans le  monde sont graves et que les menaces n’ont jamais été si pressantes, la campagne présidentielle a été privée. Une élection présidentielle devrait être pourtant un moment de réflexion collective face à la complexité croissante du monde et portant sur la cohérence et l’efficacité de nos outils. Au contraire, celle que nous venons de vivre a donné le sentiment que, frappés par l’accélération de l’Histoire, les candidats étaient démunis et que les événements semblaient leur échapper.

Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, nous devons nous souvenir que rien ne nous est dû et que  notre place  dans le monde sera de plus en plus fonction de ce que nous ferons, de ce que nous serons et de moins en moins de ce que nous sommes.

 

[1] Charles de Gaulle – Deuxième discours de Bayeux-1952. 

 

La RÉDACTION de l’ASAF
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