Les défis des ports européens face aux réseaux de trafiquants

Les défis des ports européens face aux réseaux de trafiquants

 

par Marie-Emilie Compes (SIE27 de l’EGE) – École de Guerre économique – publié le 15 février 2024

https://www.ege.fr/infoguerre/les-defis-des-ports-europeens-face-aux-reseaux-de-trafiquants


Les ports européens, véritables pivots de la logistique reliant l’Europe au reste du globe, symbolisent l’ouverture commerciale du continent. Cependant, derrière le tumulte du commerce international se cache une réalité inquiétante : ces ports sont devenus des cibles privilégiées pour les réseaux criminels, qui exploitent astucieusement les vulnérabilités de leurs systèmes de sécurité.

Chaque année, ces ports brassent un volume colossal de marchandises, dépassant les 90 millions de conteneurs. Le port de Rotterdam, leader incontesté, a traité 13,4 millions de TEU (Twenty-foot Equivalent Unit) en 2020, suivi par Anvers (12,0 millions de TEU) et Hambourg (8,8 millions de TEU). Malgré ce flux massif, seuls entre 2 à 10 % des conteneurs sont soumis à des inspections. Cette faible proportion, conjuguée au rythme effréné du trafic quotidien, rend extrêmement ardue la détection des marchandises illicites dissimulées dans ces conteneurs[i].

Si cette ouverture des ports européens est une aubaine pour le commerce mondial, elle est également une opportunité pour la criminalité organisée. Elle est une force, mais elle représente également une vulnérabilité bien assimilée par les trafiquants qu’ils exploitent à leur avantage. Cette criminalité a pris une ampleur considérable dans les ports européens et devient un véritable fléau pour les autorités qui tentent de lutter tant bien que mal.

Nous pouvons, par ailleurs noter quelques chiffres intéressants pour appuyer ces propos :

. En janvier 2022, à Anvers 2,4 tonnes de cocaïne ont été intercepté par les autorités Belges sur un porte-conteneurs. De même en 2022 à Marseille, Les autorités français ont saisie 1,7 tonnes de cocaïne dans des conteneurs de déménagement. Tandis qu’au Havre, ce sont près de 10 tonnes de cocaïne qui ont été saisies l’année dernière[ii].

. S’il est indéniable que le trafic de drogue reste la principale activité illégale dans ces ports, il n’est pas le seul : nous pouvons également mentionner les contrefaçons, la contrebande et d’autres activités illicites. Par exemple, à Marseille c’est 25 tonnes de tabac de contrebande et 500.000 articles de contrefaçon qui ont été trouvé[iii].

. Les ports européens représentent une opportunité inestimable pour ces criminels, grâce à la facilité de circulation entre les différents pays membres de l’espace Schengen. La libre circulation des biens et des personnes au sein de l’Union européenne offre aux criminels un terrain fertile pour leurs opérations, mettant ainsi en lumière l’ampleur du défi auquel les autorités européennes sont confrontées dans leur lutte contre ces activités illégales. De plus, la demande de tous types de marchandises illégales (drogue, contrefaçon, contrebande…) étant très forte en Europe, cela accroît l’attrait pour les criminels d’opérer dans cette région.

Vulnérabilités

La taille des ports et le volume de marchandises qui circulent en permanence sont des facteurs de vulnérabilité ainsi que leur ouverture et leur accessibilité 7j/7, 24h/24.  Une autre vulnérabilité que nous pouvons souligner concerne la cohabitation dans les ports entre le secteur privé et le secteur public. Nous pouvons aussi souligner la vulnérabilité que représente cette cohabitation, car même s’ils partagent le même espace portuaire, il y a peu de communication entre ces deux secteurs. Cela favorise la corruption et peut également permettre le passage involontaire de marchandises illégales[iv].

Les groupes criminels saisissent ces opportunités pour infiltrer les services de contrôle et de sécurité, tout en utilisant la corruption sur les agents du terrain. Ces derniers, leur fournissent des informations capitales pour faire passer leurs marchandises. Cette corruption s’étend à divers secteurs portuaires, impliquant des travailleurs jusqu’aux opérateurs de grues, facilitant ainsi l’infiltration des réseaux criminels à différents niveaux de la chaîne logistique.

L’automatisation croissante dans les ports visant à améliorer l’efficacité représente une énorme vulnérabilité pour nos ports européens. Les réseaux criminels sont, sans surprise, des professionnels du piratage informatique. Avec le développement de ces systèmes de sécurité informatique, les criminels n’auront plus besoin de recourir à la corruption ou à l’intimidation pour accéder à certaines données. Un réseau d’hackers compétents leur suffit pour pénétrer l’intérieur d’un port. La cybersécurité s’avère par conséquent facilement contournable pour ces criminels. À titre d’exemple, dans son dernier rapport, Europol décrit les méthodes récentes employées par les réseaux criminels. Celles-ci consistent à repérer les codes de référence des conteneurs légaux afin de les utiliser pour leurs propres conteneurs illégaux[v].

De plus, les réseaux du crime organisé ont élargi leurs méthodes d’opération en incluant désormais l’intimidation comme moyen pour atteindre leurs objectifs. Cette stratégie émergeante est de plus en plus visible pour le grand public, révélant un visage encore plus sinistre de la criminalité. Le recours à la violence s’est intensifié, affectant particulièrement les zones environnantes des ports et entraînant des conséquences tragiques pour les populations qui vivent aux alentours : agressions, menaces, et même des pertes de vies humaines. Nous pouvons, par exemple, observer des actes de violence à l’encontre des chauffeurs de camions, transportant involontairement des conteneurs contenant des marchandises illicites, ainsi que des attaques visant le personnel travaillant dans les entreprises d’importation[vi]. Également les cas tragiques d’enfants décédés dans diverses villes d’Europe à cause de règlements de comptes liés au trafic de drogue sont à déplorer. Nous pouvons également évoquer entre autres les menaces d’enlèvement dont a été victime le ministre de la Justice belge, Vincent Van Quickenborne[vii].

Solution et réponses des autorités

Europol propose plusieurs solutions pour contrer les vulnérabilités exploitées par les trafiquants. Il suggère notamment de limiter l’accès aux données logistiques, d’améliorer la traçabilité de l’accès aux bases de données contenant des informations sensibles grâce à la mise en place de systèmes d’alerte pour détecter les éventuelles irrégularités et de renforcer la cybersécurité[viii].

Une solution pour lutter contre la corruption et le trafic de marchandises qui passent à travers les mailles du filet réside dans l’échange d’informations, la sensibilisation et la coopération entre les agents publics et privés qui se côtoient quotidiennement dans les zones portuaires. Cette approche serait efficace contre le trafic illégal[ix].

Un autre point soulevé par Europol concerne la coopération entre les États membres de l’UE, avec une meilleure communication des informations stratégiques et des découvertes en matière de trafic illégal. Une simple lutte à l’échelle nationale n’est plus suffisante. Il est crucial de renforcer les liens entre les États pour agir contre la criminalité. Cela permettrait d’agir plus rapidement et de combler d’éventuelles failles[x].

Concrètement, il faudrait renforcer la coopération à l’échelle du port (agents publics et privés) et entre les États, mais il faudrait également renforcer les collaborations internationales entre les différents ports mondiaux. Par exemple, entre les ports d’Amérique latine, principaux producteurs de drogue tels que le cannabis et la cocaïne, avec les ports du nord de l’Europe tels qu’Anvers, Rotterdam et Le Havre, qui sont parmi les plus impactés par le trafic illégal.

Europol souligne également la nécessité de sensibiliser les agents des différents ports pour limiter au maximum cette tendance à la corruption. D’autres propositions plus indirectes concernent l’identification et le démantèlement des réseaux criminels, ainsi que la lutte contre les trafics en ligne, présents sur les réseaux sociaux, Internet, voire dans certains cas sur le darknet[xi].

Un meilleur contrôle est également demandé pour limiter les trafics. Pour renforcer les contrôles, plusieurs mesures sont suggérées : augmenter le nombre de contrôles ; idéalement, effectuer un contrôle total des marchandises à l’arrivée, même si cela semble être un objectif difficile à atteindre ; identifier les différentes méthodes utilisées par les réseaux pour pouvoir les anticiper ou cibler les contrôles de manière plus efficace[xii].

Rapport de force 

D’un côté, nous avons les criminels qui contournent les lois et profitent de l’économie et du marché, tandis que de l’autre, les autorités cherchent des solutions pour contrer les techniques utilisées par ces réseaux. Les criminels ont souvent une longueur d’avance sur les autorités, ce qui indique un déséquilibre dans leur rapport de force.

Les derniers chiffres révélant les quantités astronomiques de marchandises illégales saisies montrent également que les autorités réagissent et qu’elles identifient de plus en plus les failles de ces réseaux. Ces dernières années, les autorités européennes ont intensifié leurs actions pour contrer ces réseaux. Bien que l’opinion publique puissent trouver alarmant de découvrir des tonnes de marchandises illégales dans les ports depuis plusieurs années, cela démontre que les autorités parviennent à trouver des solutions pour intercepter ces trafics. C’est à la fois alarmant de découvrir de telles quantités et de constater que les trafiquants ont trouvé des astuces pour transporter autant de marchandises illégales à travers le monde. Néanmoins, ces efforts ne sont pas suffisants, et cela peut être préoccupant. Si de telles quantités ont été découvertes, nous pourrions nous interroger sur la quantité réelle en circulation.

La préoccupation majeure doit se focaliser en priorité, c’est que ce sont les marchandises qui sont le plus souvent découvertes, et non les réseaux criminels. Bien que la découverte des marchandises saisis soit un succès pour les autorités européennes, cela ne représente que le début du processus pour éradiquer le problème. Il est crucial que les autorités se concentrent également sur le démantèlement de ces groupes, qui trouveront toujours des moyens de contourner les lois et d’utiliser les processus légaux à des fins illégales.

Le mélange entre légal et illégal constitue le cœur du problème. Les professionnels travaillant dans ces ports peuvent avoir une activité légale complétée par des activités illégales, ce qui s’avère très attrayant[xiii]. Cela pose un problème majeur pour l’économie et les autorités. La corruption découle du renforcement des contrôles, les réseaux criminels exploitent le facteur de vulnérabilité humaine pour contourner ces contrôles.

Le facteur humain dans les ports peut être à la fois une force et une faiblesse. Étant la principale cible des réseaux criminels, des moyens assez efficaces sont mis en place pour les corrompre. Cependant, l’élément humain peut également constituer une force. La sensibilisation est primordiale pour que les individus ne se laissent pas corrompre, car ils deviennent ainsi une barrière efficace pour stopper les trafiquants. L’enjeu réside dans le fait de garantir que le personnel devienne une force et non une faiblesse pour les ports. Cela pourrait inverser le rapport de force entre les ports et les réseaux criminels.

La solution pourrait se trouver dans la diversification des mesures mises en place, car une simple sensibilisation risque de ne pas être suffisante compte tenu des gains alléchants proposés par les réseaux criminels. Il faudrait trouver des incitations encore plus attractives. Il n’est pas nécessaire d’opter systématiquement pour une augmentation de salaire comme solution. D’autres alternatives peuvent être explorées pour offrir des incitations plus attractives que les gains obtenus par la corruption, comme promouvoir un fort sentiment patriotique ou se concentrer sur le tri des informations sensibles et confidentielles.

Malheureusement, cela nécessitera le déploiement de moyens importants pour permettre une lutte efficace, même si cela peut sembler quelque peu utopique. Les avancées technologiques et l’automatisation qui seront déployées dans les ports européens pourraient ne pas nécessairement être à l’avantage des autorités. Cela ne supprimera pas la corruption (et donc les vulnérabilités du facteur humain), mais déplacera le problème vers d’autres formes de criminalité. Les cyberattaques et les infiltrations technologiques seront de plus en plus présentes et pourrait poser un réel problème pour les ports. Ces formes de criminalité ne sont pas nouvelles pour ces derniers. Cela ne leur demandera pas beaucoup d’efforts pour recruter davantage de hackers ayant des compétences élevées en cyberattaque. Cela mettra en évidence une fois de plus la force de ces réseaux criminels.

Une fusion entre le facteur humain et le système informatique permettrait-elle de freiner les trafics illégaux. En conservant un aspect significatif du facteur humain, sensibilisé et combiné à un système informatique difficilement intrusif, nous pourrions potentiellement renforcer la sécurité dans les ports. Mais renforcer les contrôles entraînera en parallèle le renforcement des activités criminelles, telles que la corruption. Il faut admettre que les trafiquants font preuve d’une grande créativité pour contourner les contrôles mis en place.

Si la voie maritime parvient à être totalement contrôlée et que le trafic maritime illégale se voit supprimé, cela ne résoudra en aucun cas le problème du trafic de marchandises illégales et illicites. Une fois de plus, cela ne fera que déplacer le problème, car les réseaux trouveront d’autres moyens pour faire passer les marchandises, tels que l’intensification de l’utilisation des voies terrestres ou aériennes.

Du point de vue économique, leurs activités rapportent énormément et créent un marché parallèle immense, ce qui constitue un réel problème pour l’économie légale. D’une part, c’est de l’argent qui n’entrera pas ou entrera peu dans l’économie légale et les caisses des États. De plus, les conséquences de cette criminalité entraînent des dépenses astronomiques pour contrer, surveiller et embaucher au sein des autorités. À titre d’exemple, les Pays-Bas ont alloué 500 millions d’euros pour lutter contre la criminalité organisée, tandis qu’en Belgique, un montant de 2,7 milliards d’euros a été dédié au renforcement du contrôle des conteneurs en provenance d’Amérique latine.

Par ailleurs, le chiffre d’affaires européen du marché illégal des drogues était estimé à 30 milliards d’euros en 2017.  Ces dépenses incluent également la prise en charge des victimes des violences pour citer un exemple ce qui suppose un budget supplémentaire considérable.  Ces mesures financières témoignent de l’importance capitale que les autorités accordent à la lutte contre ces activités illicites, tout en reconnaissant l’impact financier que cela engendre[xiv].

Selon Europol, une meilleure coopération entre les États membres de l’Union européenne dotés de ports pourrait s’avérer très pertinente dans la lutte contre la criminalité[xv]. Cependant, cela risque d’être considéré comme un danger pour chaque État. Sans céder à la paranoïa, l’échange de certaines informations, notamment stratégiques et confidentielles, pourrait compromettre leurs souverainetés nationales. Si tel était le cas, cela pourrait effectivement dissuader les États de partager ces informations, ce qui serait préjudiciable à la coopération européenne.

Le démantèlement des réseaux peut être une piste à envisager pour tenter de résoudre le problème, mais ces réseaux s’avèrent profondément enracinés et très soucieux de leur anonymat, ce qui complique considérablement la traque des réseaux. Comme l’indique Europol, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur avec un peu plus de 5000 organisations avec au moins 40 000 criminels impliqués de 180 nationalités différentes. Ces chiffres sont la preuve des défis auxquels font face les autorités[xvi].

Il est indéniable que le rapport de force semble malheureusement déséquilibré, malgré les efforts constants des autorités pour contrer les techniques des criminels. La domination persistante des réseaux de trafiquants criminels est prévisible, compte tenu de leur capacité d’adaptation aux politiques mises en place par les autorités. Ce déséquilibre est accentué par leur habileté à utiliser des moyens légaux pour mener à bien des actions illégales. Ce constat souligne la nécessité impérieuse d’une coopération étroite entre les forces de l’ordre, les autorités ainsi que les différents états membres de l’Union Européenne afin de trouver des réponses efficaces aux défis individuels et globaux auxquels font face les ports européens. Ce jeu de forces est loin d’être terminé, mais nous espérons qu’il évoluera en faveur des autorités à l’avenir.


Sources

Notes

[i] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[ii] Neumann, L. (2023). Trafic de drogue dans les ports européens : Un rapport dévoile l’ampleur du phénomène.

[iii] Neumann, L. (2023). Trafic de drogue dans les ports européens : Un rapport dévoile l’ampleur du phénomène.

[iv] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[v] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[vi] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[vii] RTS. (2022). Le ministre de la Justice en Belgique menacé d’enlèvement par des trafiquants.

[viii] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[ix] European forum for Urban Security. (2022). Lutter contre la criminalité organisée dans les ports européens en renforçant les partenariats public-privé : l’expérience de Rotterdam.

[x] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[xi] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[xii] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[xiii] Roks, R., Bisschop, L., & Staring, R. (2021). Getting a foot in the door. Spaces of cocaine trafficking in the Port of Rotterdam. Trends in Organized Crime24, 171-188.

[xiv] Gandilhon, M. (2023). Le crime organisé dans l’Union européenne : une menace stratégique ?. Politique étrangère, , 163-174.

[xv] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

[xvi] Europol. (2023). Criminal Networks in EU Ports: Risks and Challenges for Law Enforcement: Focus on the Misappropriation of Container Reference Codes in the Ports of Antwerp, Hamburg, and Rotterdam.

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