Les minutes du huis clos sanglant entre Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim

Les minutes du huis clos sanglant entre Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim

La cour d’assises spéciales de Paris s’est penché sur les dernières minutes de la prise d’otages du Super U de Trèbes, durant lesquelles l’officier a été touché de plusieurs balles et égorgé par le terroriste.

La cour d'assises spéciale de Paris, où se déroule depuis le lundi 22 janvier 2024, le procès de sept personnes jugées pour complicité avec le terroriste responsable des attaques de Carcassonne et Trèbes, en mars 2018. (Photo: P-M.Giraud/L'Essor)par Pierre-Marie Giraud – L’Essor – publié le 25 janvier 2024

https://lessor.org/societe/trois-calibres-differents-utilises-dans-le-super-u


La cour d’assises spéciale de Paris, où se déroule depuis le lundi 22 janvier 2024, le procès de sept personnes jugées pour complicité avec le terroriste responsable des attaques de Carcassonne et Trèbes, en mars 2018. (Photo: P-M.Giraud/L’Essor)

Pourquoi l’antenne GIGN (AGIGN) de Toulouse n’a-t-elle pas donné l’assaut dès les mots “Attaque, assaut, assaut”, criés par le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, otage depuis près de trois heures de Radouane Lakdim ? Comment et par quelle(s) arme(s) l’officier a-t-il été blessé par balles avant d’être égorgé par le terroriste ?

La cour d’assises spéciale de Paris, où sont jugés depuis lundi des proches de Radouane Lakdim, auteur des attentats de Carcassonne et de Trèbes en 2018, tente de répondre à ces questions. Mercredi en fin d’après-midi, le président Laurent Raviot a fait diffuser dans la salle l’enregistrement audio de la négociation avec Radouane Lakdim. Le 23 mars à 14h13, la cellule de négociation du GIGN central à Satory, appelle le Super U de Trèbes où se trouve le terroriste, qui a déjà tué par balles deux hommes près de trois heures auparavant.

En mars 2018, les quatorze antennes GIGN n’étaient pas rattachées – comme aujourd’hui – au GIGN central et restaient sous le commandement opérationnel des régions de gendarmerie où elles étaient implantées. Mais, pour la négociation, le GIGN de Satory prenait la main lorsque la situation s’aggravait. Le GIGN pouvait également prendre la suite de l’antennes GIGN engagée.

Radouane Lakdim se trouve dans un petit bureau face au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui a pris la place de Julie, prise en otage.”Allô, bonjour, c’est Radouane ?“, demande l’un des négociateurs. “Non, moi je suis le lieutenant-colonel Beltrame, je suis l’otage“. Le négociateur demande alors à l’officier si Radouane Lakdim accepte de parler. Celui-ci prend le combiné et exige d’une voix forte la libération de Salah Abdeslam, seul survivant des commandos des attentats du 13 novembre 2015 (130 morts). Il refuse ensuite de parler à sa mère. C’est le moment où Arnaud Beltrame crie “attaque, assaut, assaut”. Des mots que les négociateurs n’entendent pas. Pendant les minutes qui suivent, on entend les râles d’Arnaud Beltrame qui vient vient d’être égorgé de plusieurs coups de poignard après avoir été blessé par trois balles.

Arnaud c’est toi qui fais ces bruits ? Tu es blessé ? “, demande le négociateur. Il est 14h27, les gendarmes de l’AGIGN de Toulouse donnent l’assaut. Ils neutralisent le terroriste de cinq balles. Arnaud Beltrame décèdera de ses blessures quelques heures plus tard.

Trois calibres différents utilisés dans le Super U

Après le témoignage des gendarmes mardi et mercredi, c’est au tour des experts d’apporter jeudi matin leurs lumières à la cour. Un expert balistique explique qu’il a examiné “les 18 étuis percutés”, retrouvés sur les différentes scènes de crime de Carcassonne et à Trèbes. 13 balles de calibre 7,65 mm, ont été tirées, dit-il, par le pistolet semi automatique, de marque Ruby, de Radouane Lakdim. C’est une arme “très fiable”, née en 1910, utilisée durant la Grande Guerre dans les tranchées, puis par la Police et la Gendarmerie. A l’époque, il n’y avait pas de registres des armes tenus par les fabricants et, donc, pas de possibilité aujourd’hui de retracer le trajet de cette arme de catégorie B (arme de guerre) et interdite à la vente et à la revente. Selon cet expert, le Ruby du terroriste “ne présente pas d’anomalie de fonctionnement et était bien entretenu“. Cinq autres étuis de 9 mm ont été expertisés : quatre tirés par des pistolets automatiques Glock, utilisés par l’AGIGN de Toulouse et un tiré par le pistolet Sig Sauer du lieutenant-colonel Beltrame. Le dix-neuvième étui est d’un calibre de 5,56 mm (OTAN) qui alimente les fusils d’assaut HK G36, en dotation dans antennes GIGN. Par ailleurs, 39 cartouches non percutées ont été retrouvées, dont 13 de calibre 9 mm, calibre du pistolet d’Arnaud Beltrame, qu’il avait remis à Radouane Lakdim pour accompagner l’échange avec Julie.

L’officier a été touché par trois balles, vraisemblablement tirées par Radouane Lakdim : l’une au bras gauche, l’autre à la main gauche et la dernière au pied droit. Sans que l’on puisse dire à ce moment du procès si elles proviennent toutes les trois du Ruby du terroriste ou de deux armes différentes, celle de Radouane Lakdim et celle d’Arnaud Beltrame. Par ailleurs, selon une autre experte, des résidus de tirs – ces micro particules émises dans l’environnement du tireur lors d’un tir – ont été découvertes sur les mains de Redouane Lakdim, celles de Jean-Michel Mazières, première personne tuée par le terroriste au début de son périple sanglant. Une experte en empreintes digitales a d’autre part relevé les empreintes de Radouane Lakdim sur la queue de détente du Sig Sauer d’Arnaud Beltrame ainsi que sur le chargeur de cette arme qui contenait encore douze munitions.

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