Vous avez dit : International Security Force For Ukraine ?

Vous avez dit : International Security Force For Ukraine ?

par Blablachars – publié le 12 mars 2025

https://blablachars.blogspot.com/2025/03/vous-avez-dit-international-security.html#more


Au lendemain de la réunion à Paris des chefs d’état-major des armées (CEMA), les « garanties de sécurité » occidentales à l’Ukraine restent floues selon les termes employés par plusieurs médias. Parmi le « panel d’options » évoqué par le CEMA français figure la possible constitution d’une « International Security Force for Ukraine » selon les termes d’un « responsable militaire français. » Une telle force serait à dominante franco-britannique, stationnée dans un pays de l’Otan, à proximité de l’Ukraine, pour pouvoir s’y déployer rapidement si nécessaire. La création d’une telle force et son possible engagement en Ukraine ne manquent pas de soulever plusieurs interrogations relatives à sa composition, son stationnement et les moyens dont elle pourrait disposer. 

Sur le plan politique, l’ossature franco-britannique de cette force est quasiment imposée par le  refus de la Pologne, de l’Italie et de l’Allemagne de participer à une telle force, la privant de moyens conséquents dont un certain nombre de blindés qui pourraient se révéler fort utiles dans cet environnement. La position allemande illustrée par les propos d’Eva Högl, commissaire parlementaire aux forces armées, pour laquelle il est « prématuré » d’évoquer l’envoi de troupes en Ukraine pour la surveillance d’un futur cessez le feu est probablement motivée par des considérations de politique intérieure. Elle écarte aussi la perspective d’un engagement de la Bundeswehr, actuellement incapable d’envisager une telle opération au vu de situation actuelle. En effet, selon le Financial Times, une recrue sur quatre quitte l’armée six mois après son engagement, plaçant la Bundeswehr à un point de rupture et l’éloignant de son objectif de compter 203 000 soldats en 2031. 

 

Motivées par l’attitude attentiste ou opposée de plusieurs pays, c’est donc avec le Royaume-Uni que la France pourrait constituer cette force, hypothèse séduisante sur le plan politique, la coopération militaire entre les deux pays n’ayant cessé de croitre depuis la signature du Traité de Lancaster House en 2010. Cependant, l’aspect éminemment politique d’une telle éventualité ne doit pas masquer la réalité des faits et la situation dans laquelle se trouve l’armée britannique aujourd’hui. Les récentes annonces de Keir Stramer qui souhaite porter à partir de 2027, les dépenses de défense à 2,5% du PIB, pour leur permettre d’atteindre 3% dans un avenir plus lointain, ne suffisent pas à faire oublier les années de disette budgétaire et de réduction drastique des effectifs. L’augmentation annuelle du budget de la Défense de 16,1 milliards d’euros prévue par le Premier Ministre Britannique a d’ailleurs été rapidement revue à la baisse par le Secrétaire d’Etat à la Défense, John Healey qui a précisé dans un entretien à la BBC que la véritable somme serait voisine de 7 milliards d’euros en tenant compte de l’inflation. Quelle que soit la décision finale, l’armée britannique doit également composer avec son atrophie actuelle, résultat de plusieurs années de réduction d’effectifs pour arriver aujourd’hui  à un effectif voisin de 74 000 soldats, légérement supérieur à l’objectif de 72.500 hommes fixé par la revue intégrée de 2021, alors que la Revue Nationale de Stratégie de Sécurité de 2015 avait fixé à 82.000 soldats le format minimum de l’armée de terre. Sur le plan des équipements la situation de l’armée britannique n’est guère plus brillante comme l’illustrent les difficultés du  programme Ajax dont les premiers exemplaires commencent seulement à équiper les unités, quinze ans après le lancement du programme. Les revers rencontrés dans le développement de l’engin blindé ont d’ailleurs motivé Londres à prolonger la vie opérationnelle du Warrior jusqu’à 2030, alors que sa modernisation avait été abandonnée en 2021. Selon le chiffre officiel, l’armée britannique dispose encore de 213 chars Challenger 2 dont 148 doivent être portés au standard Challenger 3 par Rheinmetall BAE Systems Land (RBSL) pour équiper la 3ème Division. Cette  unité qui est la principale force déployable de l’armée britannique comprend deux régiments de chars d’active (Royal Tank Regiment et Queen’s Royal Hussars) équipés chacun de 56 Challenger 2. Ces chiffres pourraient cependant cacher une réalité légérement différente, puisque selon plusieurs médias britanniques, seuls 20 à 25 chars seraient aujourd’hui opérationnels, confrontant les tankistes locaux à une des pires crises de leur histoire. Ce chiffre tout comme celui de la vingtaine d’obusiers de 155mm AS-90 opérationnels (sur 89) rendent le déploiement d’une force britannique en Ukraine totalement irréaliste, symbole d’une capacité de réaction dont la restauration nécessitera de longues années et des investissements importants. 

 

 

Du côté français, la situation est certes meilleure mais l’absence d’une véritable composante blindée mécanisée pourrait constituer un obstacle sérieux à la réalisation de ce projet. Outre les difficultés inhérentes au terrain et l’existence de nombreux obstacles favorisant l’utilisation d’engins chenillés, ceux-ci conférerait en outre un caractère plus dissuasif à cette force, engagée dans la résolution d’un conflit qui a vu la mise en œuvre de nombreux engins blindés chenillés. Pouvant être déployée pour garantir l’observation d’un cessez le feu temporaire, cette force pourrait être confrontée à des actions de provocation, menées par l’une des deux parties en vue de discréditer l’adversaire mais aussi l’action internationale. Une telle hypothèse placerait les équipages dans des situations qui nécessiteraient une protection accrue face à des menaces de nature et d’intensité aléatoires. Dans ce domaine, les enseignements du conflit ukrainien montrent qu’en dépit des destructions subies, les blindés occidentaux fournis à Kiev ont préservé leurs équipages des effets des attaque subies, grâce à leur conception et leur fabrication. En dehors de cette mission d’interposition la « International Security Force for Ukraine » pourrait être déployée en réponse à une nouvelle agression russe, scénario qui impliquerait donc un engagement face à des moyens blindés, contre lesquels les seuls engins du segment médian pourraient ne pas faire le poids en dépit de leurs qualités et des compétences de nos soldats. Ces dernières ne seraient sans doute pas suffisantes pour compenser l’inaptitude au combat de haute intensité de ces engins, liée à leur conception placée sous le signe de la projection et de la mobilité stratégique. L’acheminement de cette force stationnée à proximité de l’Ukraine serait également source de problème, au regard des difficultés de déplacement des convois militaires en Europe, comme Blablachars l’a évoqué lundi soir sur France 2. Au-delà, des possibles difficultés que rencontrerait la mise en action de cette hypothétique force, il est fort probable que la participation française se traduirait par l’engagement d’un volume aussi significatif que possible de chars Leclerc, à l’instar de  ce qui avait été fait au Kosovo et au Sud-Liban, dans un environnement très différent. 

 

 

En évoquant ce possible déploiement, Blablachars ne peut s’empêcher d’avoir une pensée émue pour les partisans d’un « geste fort »qui en septembre 2022 prônaient le transfert de 50 Leclerc à l’Ukraine. Cette initiative (quasi suicidaire pour notre Cavalerie blindée) qui ne fut heureusement pas suivie d’effet aurait eu le mérite de nous priver aujourd’hui d’un quart de nos chars en parc et de pratiquement la moitié de nos chars disponibles. Avec les 25 Challenger 2 britanniques à nos côtés, cette force serait plus symbolique qu’efficace et surtout quasiment incapable de réagir efficacement à une dégradation significative de la situation. Il est donc heureux que les initiateurs de ce geste fort n’aient pas trouvé l’écho espéré, restant depuis cette date, comme ces dernières années, étonnamment silencieux sur la faiblesse de notre segment de décision. 

Les jours qui viennent seront déterminants pour la résolution du conflit en cours, qui pourrait mettre fin à un affrontement dont le côté technologique fait parfois oublier qu’il se déroule à hauteur d’homme avec tout ce que cela comporte. La constitution d’une force adéquate destinée à garantir le respect des dispositions adoptées pourrait nous placer en face des conséquences des choix effectués depuis plusieurs années, qui ont fait de l’armée de terre un roi nu, ne possédant que peu de moyens adaptés à une intervention en haute intensité sur un terrain difficile et truffé d’obstacles de toute nature. Il reste à espérer que l’évocation de création de cette force et son hypothétique déploiement puissent initier un véritable changement dans des mentalités encore tournées vers des opérations lointaines, désormais remplacées par des préoccupations plus continentales, nécessitant des moyens adaptés.

 

Pourquoi un sous-marin Barracuda français a-t-il fait surface au Canada ?

Pourquoi un sous-marin Barracuda français a-t-il fait surface au Canada ?

La présence du sous-marin français FS Tourville au Canada intrigue. Test stratégique ou démonstration de force ? Décryptage des enjeux derrière cette apparition.

par Jean-Baptiste Leroux – armees.com -publié le

Un sous-marin Barracuda a effectué sa première traversée transatlantique. Defense.gouv
Un sous-marin Barracuda a effectué sa première traversée transatlantique. Defense.gouv | Armees.com

L’apparition d’un sous-marin d’attaque français Barracuda dans un port canadien a suscité de nombreuses interrogations. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient, certains y voient un signal politique fort. Mais la vérité se trouve ailleurs : cette opération s’inscrit dans une démarche purement technique et industrielle.

Un test grandeur nature pour le FS Tourville

La présence du FS Tourville à Halifax, en Nouvelle-Écosse a suscité de vives réactions dans le contexte international actuel. Pourtant, elle répond à un objectif clair : démontrer les capacités des sous-marins français. Ce navire de la classe Barracuda, conçu par le groupe français Naval Group, a effectué sa première traversée de l’Atlantique pour tester ses performances en conditions réelles.

Le Canada prévoit en effet de moderniser sa flotte sous-marine avec l’acquisition de six à douze nouveaux sous-marins d’ici 2035. En février dernier, Ottawa a sollicité plusieurs constructeurs, dont Naval Group, pour obtenir des informations sur leurs modèles. Face à cette opportunité commerciale majeure, estimée à 40 milliards d’euros, la France a donc décidé de mettre en avant son expertise.

Le Barracuda, Un atout technologique pour le Canada

Les exigences canadiennes sont particulièrement élevées. Le pays, qui possède le plus long littoral du monde, recherche des sous-marins capables de naviguer sous la banquise arctique et d’opérer dans des conditions extrêmes.

Le Barracuda présente plusieurs atouts qui pourraient convaincre la Marine royale canadienne. Doté d’un système de propulsion avancé et d’une autonomie prolongée, il est conçu pour des missions de longue durée. De plus, sa furtivité et ses capacités en matière de renseignement en font un outil stratégique de premier plan.

Une compétition internationale acharnée

La France n’est pas seule dans cette course. D’autres acteurs européens et asiatiques sont en lice pour répondre à l’appel d’offres canadien. En octobre dernier, le ministre de la Défense canadien, Bill Blair, a confirmé que plusieurs pays étaient sollicités pour ce projet.

Naval Group peut cependant s’appuyer sur un succès récent : la vente de quatre sous-marins Barracuda aux Pays-Bas pour près de 5 milliards d’euros. Un précédent qui pourrait jouer en faveur de la France et renforcer ses chances d’emporter le contrat canadien.

Une opération sous haute surveillance

L’épreuve de test du FS Tourville ne s’arrête pas à Halifax. Le sous-marin doit encore effectuer des exercices en conditions réelles dans les eaux froides du Grand Nord. Des essais d’endurance et de navigation sous la glace sont prévus pour prouver la capacité du Barracuda à répondre aux exigences canadiennes.

Quelle stratégie nucléaire européenne ?

Quelle stratégie nucléaire européenne ?

Par François Gere* -Diploweb – publié le12 mars 2025

https://www.diploweb.com/Quelle-strategie-nucleaire-europeenne.html

*Agrégé et docteur habilité en histoire (Paris 3 Sorbonne nouvelle). Président du Cercle des amis du général Lucien Poirier (2019 – ). F. Géré a présenté l’ouvrage posthume du Général Lucien Poirier, « Éléments de stratégique ». , éd. Economica, Ministère des Armées, 2023. François Géré a consigné avec Lars Wedin, L’Homme, la Politique et la Guerre, éd. Nuvis, 2018. François Géré a publié, « La pensée stratégique française contemporaine », Paris, Economica, 2017.


Française ou européenne, la stratégie de dissuasion nucléaire n’échappe pas à une règle absolue : elle n’est pas une fin en soi mais un moyen de la politique en sorte que l’on ne saurait mettre la charrue atomique avant les bœufs politiques.

POUR éviter un unième enlisement en de vaines palabres sur une dissuasion nucléaire européenne, rappelons les principes fondamentaux de cette stratégie.

La dissuasion est un mode d’action à but négatif aussi ancien que la guerre. Visant à interdire les velléités offensives d’un adversaire, il a été pratiqué avec plus ou moins de succès en raison de son caractère aléatoire. Il repose sur le calcul des probabilités. Ordinairement si un agresseur prenait le risque de transgresser la dissuasion fondée sur des forces conventionnelles et que son entreprise tournait mal, il avait joué et perdu subissant au pire l’humiliation d’une défaite. Avec les armes nucléaires, la dissuasion revêt désormais une toute autre dimension car la probabilité d’occurrence de la riposte nucléaire comporte le risque d’une perte exorbitante, dite insupportable, dépassant la valeur de l’enjeu.

La stratégie de dissuasion nucléaire n’est pas la paix. Elle ne saurait éviter ni les conflits régionaux limités ni supprimer l’action terroriste. Elle ne peut en effet s’exercer que dans le cas d’une attaque massive, quelle qu’en soit la nature, contre les intérêts vitaux du pays attaqué.

La stratégie de dissuasion nucléaire repose sur cinq principes identifiés.

Ce « périmètre du vital » ne doit pas être défini précisément, restant à l’appréciation du chef de l’État de manière à placer le candidat agresseur dans l’incertitude. La stratégie de dissuasion nucléaire repose sur cinq principes identifiés, théorisés en France par les généraux Gallois [1] et Poirier. [2]

. Principe de crédibilité : la dissuasion nucléaire exige la création et la démonstration de capacités techniques. C’était le rôle des essais suspendus pour une durée indéterminée en 1994 et interdits par un traité (TICE).

. Principe de permanence : la SDN est assurée par le chef de l’État, seul décideur, disposant 24h/24 des codes électroniques et des moyens de transmission aux forces stratégiques aériennes en veille et aux sous-marins en patrouille.

. Principe d’incertitude : « l’effet dissuasif résulte de la combinaison d’une certitude et d’incertitudes dans le champ mental d’un candidat agresseur : certitude quant à l’existence d’un risque inacceptable… incertitudes sur les conditions exactes d’application du modèle en cas d’ouverture des hostilités. »

. Principe de suffisance : pour une puissance moyenne comme la France en quantité et en qualité ni trop, ni trop sophistiqué.

C’est ce que l’on nommait durant la Guerre froide « dissuasion du faible au fort » (le Fort était l’Union Soviétique que les dirigeants français eurent la sagesse de ne jamais nommer explicitement). Pour éviter de se lancer dans une ruineuse course aux armements, il faut et il suffit de satisfaire à deux conditions

. a. Détenir une force nucléaire invulnérable capable de riposter en cas d’agression (les sous-marin nucléaires lanceurs d’engins – SNLE – sont durablement indétectables). Il est indispensable de prévoir une redondance en cas de défaillance humaine ou technique.

. b. Avoir la capacité à traverser les défenses adverses.

Quelle stratégie nucléaire européenne ?
La force océanique stratégique, l’une des deux composantes de la force de frappe nucléaire française
Avec l’autorisation de l’auteur, Ewan Lebourdais, photographe maritime. Crédit photo Ewan Lebourdais www.ewan-photo.fr
Ewan-Lebourdais
 

L’interception à 100% n’existe pas. Le dommage reste tolérable si les charges explosives sont classiques mais si elles sont nucléaires le problème change complètement. Une salve de SNLE envoie 96 charges pouvant « vitrifier » potentiellement autant de cibles. Aucune défense ne parviendrait à les intercepter quels que soient les progrès réalisés. D’autant plus que ces têtes sont environnées de leurres, manoeuvrantes (changement de trajectoire) et furtives (faible signature radar). Cette supériorité durable de l’agression sur la protection fait donc de la SDN l’unique parade.

.Principe de proportionnalité  : le volume des destructions dites « insupportables » est rapporté à la valeur de l’enjeu ; en l’occurrence l’invasion et la conquête de la France valent-elles l’anéantissement d’un ou plusieurs centres vitaux de l’agresseur ?

Dès lors que cibler ? Anticités (les hommes) ou antiforces (les armes) ? Les progrès de la précision permettent un ciblage plus fin sur des surfaces réduites. Le discours officiel affiche que la France ne vise plus les villes mais les centres de commandement des forces nucléaires et les centres politiques décisionnels. Toutefois, on relèvera que de telles cibles se situent rarement au cœur des déserts mais ont le mauvais goût de se trouver profondément enfouies au beau milieu de zones densément peuplées.
La création d’une dissuasion stratégique nucléaire européenne devra donc souscrire à l’ensemble de ces principes. Comment et avec quels aménagements ?
La valeur de l’enjeu pour l’agresseur changerait de dimension. Des intérêts vitaux de la France seule, on passerait à ceux de l’ensemble des États membres de l’Union européenne ou, à tout le moins, de ceux qui consentiraient à se joindre.

Le calcul de la proportionnalité s’en trouverait affecté se répercutant ipso facto sur le principe de suffisance. En raison de sa souplesse et de sa visibilité La composante aérienne doit-elle être développée ? En conséquence, la quantité d’armes nucléaires devra-t-elle augmenter ? Le positionnement territorial doit-il s’étendre, où et jusqu’où ?
La France pourrait-elle étendre une dissuasion nucléaire élargie aux intérêts de ses partenaires européens ? Le « parapluie » nucléaire déclaré par les dirigeants des États-Unis depuis Mc Namara, ministre de la défense de Kennedy a fait souvent l’objet d’un scepticisme sur sa crédibilité, à commencer par celui du général de Gaulle. Donald Trump expose ouvertement le caractère éminemment égoïste de l’arme nucléaire. Qui peut encore croire aujourd’hui que ce Président et ses successeurs sacrifieraient New York pour Varsovie, Berlin ou Paris ? A fortiori les citoyens des pays de l’Europe sont-ils prêts à faire dépendre leur existence de la décision du seul président français ? Qui pourrait croire qu’il sacrifierait Paris pour Tallin ? En vérité si les alliés (européens et asiatiques) ont pensé pouvoir se fier à l’engagement des États-Unis c’est en raison de la puissance grandissante des forces conventionnelles américaines capables de s’opposer efficacement à des agressions non-nucléaires.

Toute comparaison avec les États-Unis relève donc de l’absurde. Ensemble, les États de l’UE disposent-ils de 11 porte-avions ? De 14 sous-marins-nucléaires stratégiques ? Leurs marines verrouillent-elles les voies du commerce mondial ? Contrôlent-ils l’Espace ? La petite grenouille européenne n’atteindra pas l’énormité du bœuf américain. Mais serait-ce bien nécessaire dès lors que leurs gouvernements procèderaient à une évaluation objective de la menace réelle, exempte de préjugés idéologiques et d’intérêts corporatistes ?

Venons-en au nerf de la dissuasion à savoir le coût : ce « partage du fardeau », tracas permanent de l’OTAN. Des États comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne sont-ils disposés à payer pour l’édification d’une dissuasion nucléaire dite européenne sans pour autant disposer de l’accès à l’ultime décision ?

L’argent c’est aussi du temps.

Une stratégie nucléaire unique multi-étatique ne s’improvise pas du jour au lendemain. Oublie-t-on que certains membres de l’UE ne perçoivent pas la Russie comme une menace ; que d’autres, comme l’Autriche, sont leaders en faveur de l’interdiction des armes nucléaires ? Enfin, et ce n’est pas peu, où viendrait se loger le Royaume-Uni post-Brexit dans ce dispositif ?

Quand bien même la volonté serait forte et largement partagée, de mettre sur pied politiquement, financièrement et techniquement une dissuasion nucléaire rassemblant certains États européens cette entreprise prendra du temps, de l’ordre de plusieurs années. A quoi ressemblera la Fédération de Russie, comment aura évolué la compétition américano-chinoise d’ici cinq à dix ans ?

C’est au pied de la guerre que l’on voit le véritable allié, quand le réalisme égoïste reprend ses droits glacés.

Les déclarations (franco-allemandes, franco-britanniques) du temps de paix n’expriment souvent que de grandes illusions ou des vœux pieux qui ne coûtent rien. C’est au pied de la guerre que l’on voit le véritable allié, quand le réalisme égoïste reprend ses droits glacés. Or depuis vingt ans, à chaque crise (financière, migratoire, sanitaire – Covid- et militaire – Ukraine-) l’UE a exhibé son impréparation, sa lenteur de réaction et surtout ses divisions. La création d’une DNE crédible entre en donc en flagrante contradiction avec l’existence même de l’UE sous sa forme et son fonctionnement actuels.

Il faut donc revenir aux fondements du projet communautaire.
Ceux des pays de l’Europe qui partageraient une conception rigoureusement identique de leur situation mondiale au point de fusionner leurs intérêts vitaux auront à s’accorder sur un cadre politique durable définissant des buts communs, dans une sorte de Charte ; à se doter en conséquence d’une alliance militaire telle qu’une Société européenne de Défense aussi longtemps que jugé nécessaire ; à se garantir par une Communauté européenne de Renseignement.

Française ou européenne, la stratégie de dissuasion nucléaire n’échappe pas à une règle absolue : elle n’est pas une fin en soi mais un moyen de la politique en sorte que l’on ne saurait mettre la charrue atomique avant les bœufs politiques.

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Dossier géopolitique et stratégique : Le nucléaire

La bascule stratégique en cours depuis février 2025 replace la dissuasion nucléaire au coeur de la garantie de sécurité française, voire européenne.

Le nucléaire, civil et plus encore militaire, est un sujet stratégique par excellence. Raison pour laquelle il s’agit d’un tabou ? Ce dossier aide à saisir toute la mesure de la rupture stratégique amorcée en 1945. Conçu par Pierre Verluise, ce dossier du Diploweb.com vous présente plus de 30 documents de référence : études, articles, vidéos, cartes et même une émission de radio pour vous permettre de croiser des opinions d’experts.


[1] NDLR : Voir aussi Vidéo. Un stratège français d’envergure : P.-M. Gallois et le nucléaire, Diploweb.com, 2017 https://www.diploweb.com/Un-stratege-francais-d-envergure-P-M-Gallois-et-le-nucleaire.html

[2] NDLR : Voir aussi Vidéo. Lucien Poirier, stratège français de la dissuasion nucléaire, Diploweb.com, 2017 https://www.diploweb.com/Video-Lucien-Poirier-stratege-francais-de-la-dissuasion-nucleaire.html

Défense : la dépendance des Européens aux armes américaines, « un très gros problème collectif »

Défense : la dépendance des Européens aux armes américaines, « un très gros problème collectif »

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« Les Européens ont volontairement créé cette dépendance en achetant américain, car ils voulaient s’assurer de la protection américaine », explique la sénatrice PS Hélène Conway-Mouret. Une situation symbolisée par l’avion F35, acheté par de nombreux pays d’Europe. « S’il n’est pas régulièrement mis à jour », explique Léo Péria Peigné de l’Ifri, « alors il peut perdre rapidement en performance, voire même perdre en capacité ».

Le changement de ligne, pour ne pas dire le renversement de stratégie des Etats-Unis, avec un Donald Trump qui se rapproche de la Russie de Poutine sur la guerre en Ukraine, change complètement la donne d’un point de vue militaire en Europe. Outre les implications sur la question du parapluie nucléaire américain, il y aussi de lourdes conséquences sur l’emploi des armes, du matériel. Car depuis des décennies, les Européens ont globalement fait, à l’exception notable de la France pour l’essentiel, le choix d’acheter « made in USA ». Une dépendance aux armes américaines voulue, qui risque aujourd’hui de se retourner contre les acteurs européens.

François Bayrou a résumé la situation, le 5 mars dernier, répondant à une question de la présidente du groupe RDSE, Maryse Carrère, lors des questions d’actualité au gouvernement à la Haute assemblée. « Autonomie stratégique, ça veut dire que nous pouvons décider de nous défendre par nos propres forces, sur notre propre décision », souligne le premier ministre Or François Bayrou rappelle que « l’autonomie stratégique n’est pas acquise car il existe une disposition du droit américain, qui fait que des équipements, des armes, acquis auprès des Etats-Unis, ne peuvent pas être déclenchées s’il y a un veto des Etats-Unis. Or les deux tiers des armements au sein de l’Union européenne sont acquis auprès des Etats-Unis. On voit, avec le recul, la justesse des positions françaises, qui depuis de Gaulle, ont défendu sans cesse l’idée que l’armement des Européens devait être européen. Ce à quoi beaucoup de nos partenaires européens ont renoncé ».

« Mettre toutes ses billes dans les mains des Américains a des conséquences »

Aujourd’hui, le réveil est difficile. « Il y a un certain nombre de pays qui ont construit leur défense sur du matériel américain, lié au fait que les Américains leur ont assuré une sécurité du quotidien, en contrepartie de l’achat de matériels américains », explique Cédric Perrin, président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. La nouvelle donne « démontre aux Européens que mettre toutes ses billes dans les mains des Américains a des conséquences, car ils maîtrisent l’usage de ces matériels », ajoute le sénateur LR.

« C’est un très gros problème collectif », confirme la sénatrice PS Hélène Conway-Mouret, « car les Européens ont volontairement créé cette dépendance en achetant américain, car l’offre européenne n’était pas forcément celle qu’ils souhaitent, mais surtout car ils voulaient s’assurer de la protection américaine ».

« Quand ces pays ont acheté américain, c’était sûrement pour acheter des armes. Mais c’était aussi acheter une présence, une implication dans un système de défense plus large, dans l’Otan, et montrer sa loyauté entre alliés. Mais ça allait avec une certaine certitude qu’on aurait l’aide des États-Unis, si besoin », explique Léo Péria Peigné, chercheur à l’Ifri (Institut français des relations internationales) sur l’armement et l’industrie de défense. Mais aujourd’hui, « quel est l’intérêt d’acheter américain, si c’est juste avoir des armes très chères, certes très performantes, quoique pas toutes, mais sans garanties d’avoir le soutien voulu le moment voulu ? » demande le chercheur, auteur de « Géopolitique de l’armement » (Ed. Cavalier Bleu).

« La défense antiaérienne, les missiles Patriots, l’avion de combat avancé F35, certains blindés lourds sont concernés »

Les matériels concernés sont nombreux : « Défense antiaérienne, les missiles Patriots, l’avion de combat avancé F35, certains blindés lourds », explique le chercheur. Mais le matériel qui symbolise peut-être le plus cette dépendance, c’est le F35, conçu par Lockheed Martin. Il a notamment été acheté par l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, l’Italie, la Suisse, le Royaume-Uni, la Norvège, la Finlande ou encore la Pologne, pour des milliards d’euros de commandes.

On évoque la possibilité, pour les Américains, de clouer au sol l’avion furtif, à distance. En réalité, c’est un peu plus compliqué que cela. Mais ils ont bien la capacité d’agir. « Il y a certains systèmes très avancés, notamment sur le F35. S’il n’est pas régulièrement mis à jour, s’il perd l’accès à certains services de données, alors il peut perdre rapidement en performance, voir ses performances dégradées, voire même perdre en capacité », explique Léo Péria Peigné. « C’est le cas aussi sur des avions plus anciens, avec le F16. Les Etats-Unis ont ainsi coupé l’accès à certains services aux Ukrainiens. Les systèmes de brouillage antiradar sont beaucoup moins performants et plus faciles à contourner pour les Russes », ajoute le chercheur de l’Ifri.

Le F35 bloqué à distance ?

Concrètement, « le F35 ne peut peut-être pas être empêché de décoller à distance, mais si vous n’avez pas accès à une mise à jour hebdomadaire, au bout de quelques mois, il perdra son intérêt. Il ne fera pas tout ce qu’il peut faire. Pour un avion aussi cher, ça rend l’investissement beaucoup moins intéressant », précise Léo Péria Peigné, qui ajoute qu’« il y a aussi les enjeux de quelles armes il peut emporter. Est-ce que les armes européennes peuvent être intégrées dessus, si on veut remplacer les armes américaines ? »

Hélène Conway-Mouret ajoute de son côté que Lockheed Martin a la capacité de « bloquer le plan de vol, qui est entré avant le décollage », et « si une panne, qui est normalement envoyée au constructeur, ne peut être identifiée, l’appareil peut être cloué au sol. Il y a un vrai levier de blocage », soutient la sénatrice socialiste, vice-presidente de la commission des affaires étrangères et de la défense.

« La France a le même problème avec le drone Reaper »

La France a développé de son côté le Rafale, avec Dassault, et échappe ainsi à ce problème pour ses avions de combat. Mais le pays est aussi, dans une bien moindre mesure, concerné par ses liens avec l’armement américain. « La France a le même problème avec le drone Reaper. Ils sont utilisés par la France mais mis en œuvre par les Américains, pour les faire décoller, atterrir, pour leur entretien. Et la propriété des images est américaine », pointe Cédric Perrin, « et les endroits où on fait voler le drone est soumis à autorisation du Congrès ».

L’armée française compte aujourd’hui « une douzaine de drones Reaper », selon le président de la commission. La solution serait de développer un drone européen équivalent. « Cela aurait un prix plus important, mais nous donnerait une autonomie stratégique. Mais je ne sais même pas s’il verra le jour », craint le sénateur LR du Territoire de Belfort.

Conséquences de cette dépendance sur le théâtre des opérations

Pour les Européens, les conséquences de cette dépendance au F35 ou aux F16 pourraient être très concrètes sur le théâtre des opérations, comme l’explique Léo Péria Peigné : « Si on décide de faire une no fly zone au-dessus de l’Ukraine pour empêcher que les Russes tirent avec des missiles, et qu’on déploie des avions autour, si les États-Unis ne sont pas d’accord et qu’ils décident de mettre un handicap sur les avions dépendant de leur propre système, au bout de quelque temps, est-ce qu’ils pourront tirer aussi bien, communiquer aussi bien ? »

Hélène Conway-Mouret pense qu’« il est fort probable, sans qu’il y ait un traité de non-agression, que les États-Unis décident que la Russie est leur allié, et donc, s’il devait y avoir une agression russe envers un pays européen, je ne suis pas convaincue que les États-Unis voudront protéger les Européens. Nous avons énormément de problèmes à accepter ce que dit Trump, que l’engagement américain n’est plus automatique. Mais si l’Estonie est attaquée par exemple, il peut décider que ça ne mérite pas l’engagement américain contre les Russes », pense Hélène Conway-Mouret.

Y a-t-il une prise de conscience chez nos partenaires européens ? En Suisse, certains responsables posent des questions. En Allemagne, Wolfgang Ischinger, président de la conférence de sécurité de Munich, a mis les pieds dans le plat. « Si nous craignons que les États-Unis fassent aux avions de combat allemands F-35 la même chose qu’ils ont fait à l’Ukraine, nous devrions envisager d’annuler le contrat », a-t-il lancé dans Bild.

« Annuler les commandes serait un très gros pas »

« Annuler les commandes serait un très gros pas. Cela aurait des implications très importantes », note Léo Péria Peigné de l’Ifri. Mais on n’y est pas. « Il faudrait une vraie volonté politique dans tous ces pays, qui repose aussi sur un changement culturel. Mais ça, c’est compliqué », prévient Hélène Conway-Mouret. Et pour se passer des Etats-Unis, il faudra des alternatives européennes. « On a des solutions en Europe, sauf peut-être pour le F35, mais est-ce qu’on a besoin d’appareils aussi contraignants pour battre les Russes ? Ce n’est plus sûr », avance le spécialiste de l’Ifri. Reste que la dépendance des Européens aux Américains a encore quelques beaux jours devant elle.

Guerre en Ukraine : Emmanuel Macron réunit les chefs d’état-major de l’UE et de l’Otan, sans les USA

Guerre en Ukraine : Emmanuel Macron réunit les chefs d’état-major de l’UE et de l’Otan, sans les USA

Emmanuel Macron réunit ce mardi 11 mars à Paris les chefs d’état-major des armées de l’Union européenne et de l’OTAN. Une rencontre qui a pour but de définir les garanties de sécurité à fournir à l’Ukraine en cas de cessez-le-feu et renforcer la défense de l’Europe.

Le président français Emmanuel Macron s’est exprimé lors d’une cérémonie marquant la 21e Journée européenne du souvenir des victimes du terrorisme, à Strasbourg (Bas-Rhin), mardi 11 mars 2025.
Le président français Emmanuel Macron s’est exprimé lors d’une cérémonie marquant la 21e Journée européenne du souvenir des victimes du terrorisme, à Strasbourg (Bas-Rhin), mardi 11 mars 2025. | TERESA SUAREZ / AFP

Une réunion de la plus haute importance. Le président de la République, Emmanuel Macron va s’exprimer, ce mardi 11 mars 2025, devant « les chefs d’état-major des pays qui souhaitent prendre leurs responsabilités » et qu’il a conviés à Paris.

Cette réunion comprendra des responsables militaires de 30 pays appartenant à l’UE et/ou à l’Otan. Elle se fera « en étroite coordination » avec « le commandement militaire de l’Otan qui sera aussi associé à cette démarche », selon le chef de l’État français.

Une réunion avec le Canada et l’Australie mais sans les États-Unis

La réunion aura lieu en marge du Paris Defence and Strategy Forum organisé sur trois jours dans la capitale française par l’Académie de défense de l’École militaire. Les chefs d’état-major sont des militaires chargés de diriger les armées de leur pays. En France, depuis 2021, le chef d’état-major est Thierry Burkhard.

Le plus haut gradé de l’armée française participera à la réunion en compagnie des chefs d’état-major allemand, Carsten Breuer, italien, Luciano Portolano, britannique, Tony Radakin ou canadienne, Jennie Carignan. L’Australie a également annoncé qu’elle enverrait un haut représentant à la réunion. Mais le grand absent de cette rencontre est les États-Unis.

Accompagner l’armée ukrainienne

Cette réunion intervient alors qu’une délégation ukrainienne retrouve une équipe américaine en Arabie saoudite pour discuter des moyens de mettre fin à la guerre entre l’Ukraine et la Russie, trois ans après l’invasion russe de sa voisine. Le but de la rencontre est de discuter d’un possible envoi de troupes en Ukraine, d’évaluer la menace russe en Europe et de continuer d’établir les contours d’une défense européenne commune, après la signature d’un plan de 800 milliards d’euros la semaine dernière.

Le ministre des Armées s’est exprimé sur l’entretien des chefs d’état-major à l’Assemblée nationale ce mardi. « Nous refuserons toute démilitarisation de l’Ukraine qui serait un scandale absolu et ouvrirait la voie à une insécurité pour l’ensemble du continent européen ». Une des priorité de cette réunion est « le format de cette armée, la formation, l’équipement et comment nous pouvons l’accompagner », a souligné Sébastien Lecornu.

Un possible envoi de troupes ?

Paris et Londres sont étroitement impliqués dans les discussions sur la mise en œuvre d’un possible envoi de troupes, « pour observer un accord de paix », a précisé le ministre des Armées lors de son intervention à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre britannique Keir Starmer organise à son tour samedi une réunion virtuelle avec les dirigeants des pays prêts à aider à empêcher une reprise des hostilités en Ukraine en cas de cessez-le-feu.

Avant d’envisager de déployer des troupes, il faut définir les contours de ce que serait la mission de cette coalition de volontaires, a affirmé le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, dans le journal La Tribune Dimanche : « Troupes de paix à des fins d’observation, de réassurance ou de déconfliction… La réunion des chefs d’état-major mardi va permettre de nourrir cette réflexion », selon lui.

Le ministre français réunira ensuite mercredi ses homologues du groupe E5 (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Pologne), ainsi que des représentants de l’Union européenne et de l’Otan et, en visioconférence, le ministre ukrainien de la Défense.

Réarmement européen : une industrie de défense sur une ligne de crête

Réarmement européen : une industrie de défense sur une ligne de crête

par Hélène Masson – Fondation pour la recherche stratégique – publié le 7 mars 2025

https://www.frstrategie.org/publications/recherches-et-documents/rearmement-europeen-une-industrie-defense-sur-une-ligne-crete-2025


Introduction 

L’Europe se réarme. Engagé par les pays de l’Est dès 2014, ce réarmement s’accélère et s’étend à l’ensemble du Vieux Continent depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Véritable choc, cette guerre a sonné comme un sévère rappel à l’ordre pour les États européens les plus inconséquents en matière de défense. 

Resserrement du lien transatlantique, multiplication des coopérations intergouvernementales, montée en puissance de la Commission européenne dans le domaine de l’armement, la scène européenne est entrée en mouvement sur la période 2022-2024. Mais l’année 2025 s’ouvre sur une Europe déstabilisée par les nouvelles orientations de politique extérieure décrétées par le président américain nouvellement élu, Donald Trump, entre guerre commerciale et désengagement militaire.

Dans cet environnement instable, les États européens sont contraints de repenser certains fondamentaux, à commencer par la relation transatlantique, et de réévaluer les moyens consacrés à leur défense. Les stratégies d’acquisition et de coopération engagées au niveau national et européen seront également déterminantes eu égard aux défis technologiques et industriels à relever. L’objectif de ce travail est ainsi de mieux appréhender les contours de cette « Europe de l’armement » en pleine transformation, sous l’angle des politiques publiques et des stratégies industrielles.

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Le Griffon MEPAC délivre ses premiers feux dans l’armée de Terre

Le Griffon MEPAC délivre ses premiers feux dans l’armée de Terre

– Forces opérations Blog – publié le

Dans le mille pour la version « mortier embarqué pour l’appui au contact » (MEPAC) du Griffon, point d’orgue d’une démonstration organisée la semaine dernière sur le camp de Canjuers (Var). Une séquence réussie devant 11 armées étrangères et un prélude aux premières perceptions par les régiments d’artilleri

« Feu ! ». L’ordre aura retenti une dizaine de fois en l’espace d’une minute, le temps pour l’équipage du Griffon MEPAC de tirer autant d’obus de 120 mm avant de plier bagage. Dernier arrivé dans la famille de véhicules blindés SCORPION, ce Griffon conçu autour du mortier semi-automatique 2R2M de Thales était livré il y a peu à la Section technique de l’armée de Terre (STAT) pour lui permettre de mener une évaluation technico-opérationnelle (EVTO).

Lancée il y a deux semaines, cette EVTO est désormais achevée en ce qui concerne le système principal. Pour les experts de la STAT, il s’agissait de se rapprocher d’un environnement opérationnel pour vérifier point par point si le MEPAC répond aux exigences exprimées en 2018 par l’état-major de l’armée de Terre, nombreuses séquences de tirs à la clef. 

D’autres évaluations auront lieu de manière décentralisée. La décontamination, par exemple, sera conduite en mai-juin avec l’appui des spécialistes NRBC du 2e régiment de dragons de Fontevraud. Des essais par temps froid et temps chaud seront potentiellement réalisés à la faveur d’exercices interalliés ou de projections parmi les forces françaises stationnées en dehors de l’Hexagone. Mais la poursuite de l’évaluation ne devrait pas empêcher l’EMAT de prononcer l’autorisation d’emploi d’ici peu.

Engagé en 2018, le développement du Griffon MEPAC se poursuivait en 2022 avec des essais industriels puis étatiques. Actée en décembre 2024, sa qualification aboutit aujourd’hui à « une arme extrêmement intéressante, nouvelle pour l’armée de Terre », expliquait le lieutenant-colonel Jean-Marie, officier de marque au sein de la STAT. « Ce sont les capacités dont nous avons besoin », complétait le général de division Alain Lardet, sous-chef d’état-major « plans et programmes » de l’EMAT, devant une famille de véhicules SCORPION au garde-à-vous.

Cette variante spécifique allie en effet la précision du CAESAR et la mobilité du Griffon pour au final offrir « une extrême rapidité de mise en œuvre et de rupture de contact », comme démontré sur le site varois de Ranguis. Contrairement à son équivalent tracté, le MEPAC dispose d’une centrale inertielle équivalente à celle du CAESAR. Un outil qui permet de réduire le temps de mise en batterie tout en apportant une précision de l’ordre du millième de radian. Moins d’une minute suffit en effet au MEPAC pour s’arrêter et tirer son premier obus, un délai presque dix fois inférieur à celui du mortier tracté Mo 120. 

Avec 12 coups tirés en 90 secondes, le MEPAC permet également de gagner en cadence de tir. Identique à celui du Mo 120 RT F1, son portfolio de munitions l’amènera lui aussi à cibler prioritairement l’infanterie débarquée et les blindés légers mais en bénéficiant cette fois d’une réelle protection. Le tout pratiquement à 360°, l’armée de Terre s’interdisant d’orienter le tube vers l’avant du véhicule pour éviter que le souffle n’endommage le tourelleau téléopéré qui y est installé. 

« C’est un atout extraordinaire pour un chef interarmes que de pouvoir délivrer des feux aussi précis aussi rapidement. Dans le combat moderne, il faut augmenter la létalité et la survivabilité », observait le GDI Lardet, selon qui « un MEPAC, cela vaut bien deux ou trois mortiers tractés »

Le Giffon MEPAC « reste un mortier avant tout », note pour sa part l’officier supérieur de la STAT. Un fonctionnement dégradé restera possible. Sans centrale inertielle, par exemple, compensée par le goniomètre utilisé par les artilleurs du mortier tracté. Et si l’asservissement hydraulique du mortier devient défaillant, il restera toujours un circuit de secours pour pointer la pièce à l’aide d’une pompe manuelle. 

À l’instar des autres versions du Griffon, les 54 MEPAC attendus à l’horizon 2028 seront réceptionnés par le 1er régiment de chasseurs d’Afrique, unité chargée de conduire la les vérifications de bon fonctionnement puis de livrer les véhicules aux régiments concernés. Les deux prochains exemplaires seront livrés en avril et mai au profit de l’École de l’artillerie de Draguignan et de l’École du matériel de Bourges pour commencer au plus tôt l’appropriation par les chefs de pièce et la formation des maintenanciers. 

Huit autres sont attendus pour commencer à doter les régiments d’artillerie, bigors en tête. « La production est lancée, et c’est le 3e régiment d’artillerie de marine qui va recevoir les premiers mortiers embarqués », annonçait le GDI Lardet. Complémentaire plutôt qu’antinomique de la technologie, « la masse est importante ». « Nous réfléchissons – l’armée de Terre – à augmenter cette dotation », annonçait-il. Idem pour des Griffon « équipés de moyens d’observation pour l’artillerie » que le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, citait fin 2024 comme exemple d’autre cible à rehausser.

Quelle est la puissance militaire des cinq plus grandes armées européennes et peuvent-elles rivaliser ensemble avec la Russie?

Quelle est la puissance militaire des cinq plus grandes armées européennes et peuvent-elles rivaliser ensemble avec la Russie?

© Fotomontage HLN, Belga, ELVIRA URQUIJO A., Adobe Stock

Alors que le grand plan de réarmement de l’Europe a obtenu son premier feu vert, l’idée d’une “coalition des volontaires fait également son chemin, parallèlement. Une solution défensive envisagée pour contenir la Russie et la contraindre à respecter un (toujours hypothétique) traité de paix avec l’Ukraine. Mais de quels moyens militaires disposeraient les cinq plus puissantes forces européennes et seraient-elles capables de rivaliser ensemble avec l’armée russe?

Massacres des alaouites en Syrie : l’illusion se dissipe

Massacres des alaouites en Syrie : l’illusion se dissipe

Photo: Moawia Atrash/dpa – urn:newsml:dpa.com:20090101:250309-911-012065 – //DPAPICTUREALLIANCE_DPA2780/Credit:Moawia Atrash/DPA/SIPA/2503091746

par Revue Conflits – publié le 11 mars 2025

https://www.revueconflits.com/massacres-des-alaouites-en-syrie-lillusion-se-dissipe/


Le 4 mars 2025, la Syrie bascule dans une nouvelle spirale de violences. À Lattaquié, Hayat Tahrir al-Sham (HTS) frappe durement les bastions alaouites, accusés de rébellion. Massacres, pillages et représailles sectaires se multiplient, tandis que le pays, livré à l’anarchie, menace de sombrer dans une guerre sans fin.

Le 4 mars 2025, la fragile illusion de stabilité en Syrie post-Assad a volé en éclats. À Lattaquié, ville côtière emblématique, un affrontement meurtrier a éclaté lorsque des membres de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), le groupe islamiste sunnite dominant désormais le gouvernement de transition syrien, ont été tués près de Daatour, un quartier majoritairement alaouite.

La riposte fut rapide et impitoyable : HTS a encerclé la zone et déclenché un déluge d’armes lourdes à l’aube. Des témoignages oculaires et des images bouleversantes montrent des pick-up islamistes, hérissés d’armes, parcourant les rues à vive allure, tirant sans distinction sur les habitations et insultant les habitants. Dès le lendemain, la violence s’est intensifiée : des hélicoptères ont largué des bombes sur Dalieh, un village alaouite à l’est de Banias, lieu de pèlerinage réputé pour ses mausolées et son importance spirituelle, sans lien notable avec l’appareil militaire de l’ancien régime Assad.

Il ne s’agissait pas d’un simple accrochage isolé. Le 6 mars, HTS et ses alliés ont lancé une offensive à grande échelle le long de la côte ouest syrienne, visant les communautés alaouites de Tartous, Banias et les villages montagneux autour de Qadmous. Le prétexte invoqué était l’émergence d’une prétendue « insurrection alaouite » dirigée par Ghiath al-Dali, ancien général sous les ordres de Maher al-Assad, qui a annoncé la formation d’un « Conseil militaire » pour résister au nouveau régime. Mais cette rébellion naissante, limitée à des embuscades menées par des vestiges des forces d’Assad, n’a ni l’ampleur ni les moyens de contrôler la région. Elle a plutôt servi de justification commode à HTS pour orchestrer une campagne de vengeance sectaire, faisant des centaines de victimes civiles – hommes, femmes et enfants confondus.

La brutalité est sidérante. Dans le quartier al-Qoussour de Banias, un véritable pogrom s’est déroulé, avec des familles entières massacrées et des maisons pillées. À Qadmous, des convois pouvant atteindre 200 véhicules se scindent en unités plus petites pour envahir les villages, exterminant les habitants et dépouillant leurs foyers. Même les familles chrétiennes de Tartous n’ont pas été épargnées ; un prêtre et les siens figurent parmi les victimes. Les alaouites, secte musulmane hétérodoxe qui formait l’épine dorsale du régime de Bachar al-Assad, sont les cibles principales, perçus par les factions sunnites radicales comme des apostats méritant l’anéantissement.

Un vide de pouvoir engendre l’anarchie

Trois mois après la chute d’Assad le 8 décembre 2024, la Syrie a sombré dans un abîme sans loi. Le gouvernement de transition, dirigé par Ahmad al-Sharaa – plus connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Jolani, ancien cadre d’al-Qaïda – n’a pas réussi à instaurer l’ordre. HTS, qui se présente comme l’armée de facto de la Syrie, manque de formation, de cohésion et de légitimité. Ses rangs sont renforcés par des combattants étrangers venus d’Albanie, d’Égypte, d’Algérie et même de France, signe que le régime repose sur des réseaux jihadistes extérieurs plutôt que sur une force nationale unifiée. Pendant ce temps, le système judiciaire s’est effondré : il n’existe ni codes juridiques, ni tribunaux opérationnels, ni cadre pour garantir la responsabilité. L’anarchie est totale.

Ce chaos tranche avec l’ère Assad. Malgré sa brutalité – massacres, élections truquées, répression omniprésente – le régime maintenait une relative sécurité intérieure et assurait une représentation des diverses communautés syriennes, incluant alaouites, chrétiens, druzes et kurdes. Aujourd’hui, cet équilibre précaire a disparu. Des groupes radicaux, se drapant du manteau de libérateurs, imposent leurs normes violentes, ciblant ceux qu’ils considèrent comme des obstacles à leur vision d’un État islamique sunnite.

Les alaouites : isolés et incompris

Les alaouites, environ 1,7 million de personnes soit 9 % de la population syrienne, sont particulièrement vulnérables. Retranchés dans les montagnes côtières, ils résistent avec des armes stockées avant la chute d’Assad. Leurs croyances religieuses – vénération d’Ali, incorporation d’éléments de la Trinité, rejet de pratiques comme le ramadan – les distinguent tant des sunnites que des chiites. Ils consomment de l’alcool, accordent une grande liberté aux femmes et partagent des affinités théologiques avec le christianisme, notamment une croyance en la vie éternelle. Ces différences alimentent depuis longtemps l’hostilité des musulmans orthodoxes, qui les qualifient d’hérétiques.

Sous Assad, les alaouites jouissaient d’une influence disproportionnée, héritage des politiques coloniales françaises qui avaient promu cette minorité pour contrebalancer la majorité sunnite. Leur soutien à Assad était toutefois pragmatique, non idéologique. Son alliance avec l’Iran et le Hezbollah, conclue par nécessité, ne reflète pas leur position. L’Iran représente même une menace pour leur autonomie, une subtilité que HTS et ses soutiens ignorent, assimilant la communauté aux choix géopolitiques d’Assad.

Indifférence régionale et mondiale

La réaction internationale est, au mieux, timorée. Lorsqu’Assad est tombé en décembre dernier, les médias arabes, notamment des pays du Golfe, ont salué l’ascension de HTS comme une victoire sur la tyrannie, masquant l’agenda islamiste. La Russie, ancien parrain d’Assad, a réclamé une réunion à l’ONU, mais l’Europe est restée muette, voulant croire en l’évolution démocratique d’al-Sharaa. Seuls Israël et les États-Unis ont exprimé un soutien aux minorités syriennes, après avoir contribué à faire tomber Assad.

Appelé au secours, Tel-Aviv conditionne son aide à la garantie que les alaouites n’entretiennent aucun lien avec le Hezbollah ou l’Iran – des liens que la plupart n’ont pas.

Les druzes et les kurdes, autres minorités, observent avec méfiance mais impuissance. Les druzes soutiennent les alaouites mais manquent de moyens pour intervenir, tandis que les kurdes se concentrent sur la défense de leurs propres villages. Face à cette tragédie, la communauté internationale doit agir : envoyer des observateurs pour documenter les exactions et déployer une force d’interposition, comme au Liban, pour garantir la sécurité. Sans État de droit, la Syrie risque de devenir un terrain fertile pour une guerre sectaire sans fin.

Des pays européens s’interrogent sur leur possible recours à des munitions prohibées

Des pays européens s’interrogent sur leur possible recours à des munitions prohibées

Déminage en cours dans le village de Davydiv Brid, dans la region de Kherson, le 27 novembre 2024. (Photo by Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

C’est effectif depuis le 6 mars: en se retirant de la Convention sur les armes à sous-munitions, la Lituanie est devenue le premier État à quitter la convention conclue à Dublin le 30 mai 2008 et entrée en vigueur le 1er août 2010.

Pour rappel, le 18 juillet 2024, le Parlement lituanien avait voté pour confirmer la décision du gouvernement de se retirer de la Convention sur les fameuses armes à sous-munitions qui font des ravages tant parmi les combattants que parmi les populations civiles de pays en guerre. Le processus de retrait a commencé lorsque, le 6 septembre suivant, la Lituanie a officiellement notifié aux Nations unies son intention de se retirer. Conformément aux règles de la convention, tout retrait prend effet six mois après la notification, ce qui fixait la date effective au 6 mars 2025.

Cette décision lituanienne pourrait ouvrir la voie à une tendance dangereuse.

Comme le regrette Handicap International, « la décision de la Lituanie intervient à un moment où la stigmatisation de ces armes a été affaiblie : des armes interdites, comme les armes à sous-munitions et les mines antipersonnel, ont été largement utilisées dans des conflits tels que l’Ukraine et la Syrie, causant de nombreuses victimes et souffrances parmi les civils. Elle fait également suite à la décision des États-Unis de livrer des armes à sous-munitions à l’Ukraine en 2023″.

D’autres pays d’Europe de l’est et du nord envisagent aussi de se retirer de certains traités limitant le recours à certains types d’armes.

La Finlande a signé la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel en juillet 2012. Helsinki a depuis détruit la totalité de son stock de mines antipersonnel, soit un million d’exemplaires. Mais la Finlande estime que la situation sécuritaire n’est plus la même aujourd’hui. C’est pourquoi les forces de défense finlandaises envisagent de réintroduire les mines antipersonnel dans leur arsenal. Le 23 novembre 2024, le chef d’état-major des armées, le général Janne Jaakkola, s’exprimant sur la télé MTV, avait estimé que son pays devrait réfléchir à l’emploi des mines antipersonnel. Une étude en ce sens a donc été lancée, tout comme une pétition pour le retrait de la Convention d’Ottawa qui a recueilli, entre le 6 et le 10 décembre, dernier 50000 signatures.

L’Estonie envisage aussi de se retirer de la Convention d’Ottawa et le pays Balte qui s’alarme des appétits russes se disait en novembre dernier prêt à suivre l’exemple finlandais.

La Lettonie, en revanche, reste opposée à un retrait de la Convention. Toutefois, le débat est lancé au sein de la classe politique.

Un démineur de l’ONG HALO Trust, près de Mykolaiv, en juin 2024. (Photo by Genya SAVILOV / AFP)

Plus vite et plus loin

Sur ces questions de retrait des conventions internationales, la Pologne pourrait devancer la Finlande et l’Estonie.

Dans un discours au Parlement, vendredi 7 mars, le chef du gouvernement polonais, le pro-européen Donald Tusk, a annoncé qu’il allait « recommander un avis favorable au retrait de la Pologne de la Convention d’Ottawa et éventuellement de la Convention de Dublin ».

« Je parle ici des mines antipersonnel et des armes à sous-munitions », a-t-il précisé, avant d’ajouter: « Nous devons être conscients que la Pologne doit exploiter les possibilités les plus modernes, y compris en ce qui concerne les armes nucléaires et les armes modernes non conventionnelles ».

Tentation européenne

En février, le think tank britannique RUSI (Royal United Services Institute) a publié une étude intitulée « Tactical Developments During the Third Year of the Russo–Ukrainian War. «Il y est recommandé que les membres européens de l’OTAN « régénèrent leurs capacités à déployer des mines AT [antitanks] et AP [antipersonnel]. » L’étude avertit que si les armées européennes ne retrouvent pas cette capacité à stocker et à déployer des mines pour une future guerre terrestre, elles « risquent de ne pas avoir la létalité nécessaire pour combattre efficacement ».

David Galbreath va plus loin. Lui qui enseigne les questions militaires et technologiques à l’Université britannique de Bath, estime que « tout traité sur la réduction des armements qui pénaliserait les actions défensives doit être remis en question quand c’est la défense qui l’emporte sur toute autre considération ». Il estime aussi que, depuis la décision américaine, en 2024, de livrer des mines antipersonnel aux Ukrainiens, « le tabou sur le recours aux mines a été levé ».

Il y a donc fort à craindre que le gel des positions des armées russes et ukrainiennes sur l’actuel front, ainsi que la construction de murs et de réseaux défensifs de la Finlande à l’Ukraine, face à la Russie et à la Biélorussie, ne s’accompagnent d’un recours massif  aux mines AP (antipersonnel) et AT (antitanks) pour fortifier les frontières. Et pour dissuader le Kremlin de se lancer dans toute nouvelle manœuvre impérialiste.