Comment Nexter se réorganise pour pouvoir produire huit CAESAR par mois

Comment Nexter se réorganise pour pouvoir produire huit CAESAR par mois

– Forces opérations Blog – publié le

 

Difficile de manquer cette pièce d’artillerie CAESAR trônant en fin de ligne sur le site roannais (Loire) de Nexter (KNDS). Il sera le premier exemplaire parmi les 30 livrés à l’armée de Terre en remplacement d’autant de pièces données à l’Ukraine. Il est aussi la partie visible d’une démarche d’accélération engagée il y a un an par Nexter et ses partenaires, alors qu’apparaissait la notion d’économie de guerre. 

« La ligne CAESAR est en cours d’aménagement pour que nous soyons en capacité de produire huit exemplaires par mois », relevait ce mardi Olivier Bonfils, directeur des productions pour Nexter Systems. Soit le double du volume maximal actuel, ou l’équivalent d’un véhicule assemblé tous les deux ou trois jours. En parallèle, le cycle de production d’un CAESAR diminue drastiquement. D’une trentaine de mois avant l’éclatement du conflit en Ukraine, celui-ci approche désormais les 17 mois. Et l’effort se poursuivra pour le descendre à terme à 12 mois. 

Garantir ces délais et volumes ne dépend pas que de Roanne et relève en réalité d’un véritable travail de fond mené depuis un an avec les sous-traitants. Il s’agissait de s’assurer de la robustesse de chaque maillon de la chaîne et de basculer progressivement d’une logique de flux vers une logique de stock. Certains composants clés sont désormais anticipés. Par exemple auprès d’Aubert et Duval, fournisseur des ébauchés de canon et d’Arquus, à l’origine du châssis. Des ébauchés, Nexter en stocke désormais plusieurs dizaines dans sa canonnerie de Bourges pour répondre à l’attrition provoquée par le conflit en Ukraine et être prêt à enclencher la seconde si un client le demande. 

Dernier maillon de la chaîne industrielle, la ligne d’intégration de Roanne non seulement redémarre pour recompléter le parc français, mais se réorganise aussi entièrement pour « produire plus et plus vite », principal objectif du principe d’économie de guerre défendu par le ministère des Armées. Exit la logique de « box » qui prévalait jusqu’alors et par laquelle un CAESAR était entièrement assemblé sur un emplacement fixe et par la même équipe. 

Désormais, le « flux tiré » prime. Dans cette nouvelle ligne « taktée » inspirée de celles des véhicules du programme SCORPION, la vingtaine d’opérateurs est répartie en stations successives. Chacune aura son rôle, autant d’étapes parcourues et cadencées selon un cycle bien précis. La contrainte horaire qui en découle imprimera une dynamique de mouvement nécessaire pour tenir les engagements. « Cette ligne a été faite pour livrer des volumes plus importants et plus rapidement. Elle s’inscrit parfaitement dans le cadre de l’économie de guerre », résume Olivier Bonfils. 

Cette refonte complète, Nexter entend l’achever d’ici à septembre. Pour autant, cela ne signifie pas que huit CAESAR sortiront de Roanne à la prochaine rentrée scolaire. Car, si l’entreprise sera alors « en mesure de », toute montée en cadence effective reste conditionnée à la décision d’un client.

Polyvalente, cette ligne intègre autant les CAESAR Mk I 6×6 et 8×8 qu’elle anticipe les travaux à venir sur le CAESAR Mk II. Celui-ci disposera d’une nouvelle cabine blindée produite par Nexter, opération qui nécessitait qu’on lui alloue dès maintenant un espace dédié. Derrière les commandes belge et lituanienne, le France doit encore acter l’acquisition des 109 CAESAR Mk II (ou NG) prévus. La démarche pourrait constituer un premier « stress test » intéressant pour les équipes de Roanne au vu de l’enjeu inscrit dans la loi de programmation militaire pour 2024-2030. Selon celle-ci, l’ensemble serait en service avant 2030, avec une année d’avance sur le calendrier initial.

En attendant, il s’agit de recompléter au plus vite le parc pour revenir au format dont l’armée de Terre a besoin pour se former, s’entraîner et se projeter. Des trente CAESAR Mk I neufs commandés pour la France, les premiers seront présentés aux opérations de vérification de la Direction générale de l’armement (DGA) avant la fin de l’année. Les autres suivront d’ici l’été 2024.

Le Griffon en version « observation d’artillerie » a été testé lors de l’exercice Royal Blackhawk 23

Le Griffon en version « observation d’artillerie » a été testé lors de l’exercice Royal Blackhawk 23

https://www.opex360.com/2023/06/27/le-griffon-en-version-observation-dartillerie-a-ete-teste-lors-de-lexercice-royal-blackhawk-23/


« Depuis 20 ans nous faisions ce que l’on appelle de la contre-insurrection, face à un adversaire mobile, faiblement armé. La guerre en Ukraine nous oblige à nous adapter à un conflit à haute intensité, face à un ennemi qui dispose des mêmes capacités que nous, lourdement armé. Presque une guerre de position. L’environnement de combat n’est plus le même », a ainsi expliqué le lieutenant-colonel Antoine, chef du bureau « opérations/instruction » du 1er RA, auprès de France 3 Bourgogne/Franche-Comté.

L’exercice Royal Blackhawk a mobilisé plusieurs centaines de militaires, des hélicoptères français et britanniques, des Rafale, des Mirage 2000D ainsi qu’un avion de patrouille maritime Atlantique 2 de la Marine nationale. Des unités belges, allemandes, croates et néerlandaises ont également été sollicitées.

Outre les Tigre et les Gazelle du 1er Régiment d’Hélicoptères de Combat [RHC] et les derniers lance-roquettes unitaires [LRU] que possède le 1er RA, l’armée de Terre y a engagé des détachements du 2e Régiment de Hussards [RH], du 3e RH, du 53 Régiment de Transmissions [RT], du 13e Régiment du Génie [RG] et des 40e et 61e RA.

« Une force amie restreinte à des moyens d’artillerie et de renseignement s’est confrontée à un adversaire équipé de moyens modernes et puissants. Le scénario a pris en compte les retours d’expérience des conflits récents dans lesquels la supériorité aérienne n’est pas acquise. Ainsi, les aéronefs français et britanniques ont volé dans un milieu non permissif face à la défense sol-air et aux aéronefs ennemis », a expliqué l’armée de Terre, dans un compte-rendu relatif à ces manoeuvres.

Celles-ci ont notamment porté sur la coordination des « différents feux dans la profondeur », que ce soit avec les chasseurs-bombardiers, les hélicoptères d’attaque, les LRU ou bien encore les mortiers de 120 mm.

 

« De nombreux drones tactiques ont été utilisés par les équipes déployées sur le terrain pour faciliter leur progression, acquérir et désigner des cibles », a indiqué l’armée de Terre, sans donner davantage de détails. Mais cet exercice a aussi permis aux « équipes d’observation d’artillerie et JTAC [guetteurs aériens tactiques avancés] belges et français » de tester la version ‘observation d’artillerie’ [VOA] du Véhicule blindé multi-rôles [VBMR] Griffon dont « ils seront bientôt dotés », a-t-elle ajouté.

 

En avril, le centre d’expertise et d’essais « Techniques Terrestres » de la Direction générale de l’armement [DGA] avait indiqué qu’il était en train d’éprouver les performances du Griffon VOA en matière de détection, de reconnaissance et d’identification des cibles potentielles. « Les essais menés ont principalement porté sur la qualité d’images des voies visibles et infra-rouges », avait-il précisé. Et, à cette occasion, il avait donné un premier aperçu de cet engin en publiant plusieurs photographies.

Le Griffon VOA est notamment équipé d’un viseur optronique Paséo [fourni par Safran] qui, monté sur un mât télescopique, intégre un système de navigation inertielle issu de la gamme Sigma 20. Et celui lui donnera ainsi une capacité « de localisation de cibles répondant aux meilleurs standards de l’Otan ». Il est également doté du radar MURIN [Moyen de surveillance Utilisant un Radar d’observation des Intervalles], qui est en mesure de repérer, identifier et surveiller pratiquement tout ce qui bouge, roule ou vole dans un rayon de 24 km [et à 500 m d’altitude].

Photo : 1er RA

Nexter prend les rênes du projet de canon électromagnétique européen

Nexter prend les rênes du projet de canon électromagnétique européen

par – Forces opérations Blog – publié le

La Commission européenne a validé hier une deuxième tranche de 41 projets de R&D soutenus via le Fonds européen de la défense (FED). L’un d’entre eux acte la poursuite du développement d’un canon électromagnétique européen, projet piloté par Nexter (KNDS). 

Gagner en maturité

Baptisé « Technology for Electromagnetic Artillery » (THEMA), l’effort verra Nexter Systems et ses partenaires s’attacher à faire monter en maturité les composants critiques du système, à commencer par l’apport en énergie, le canon proprement dit et le projectile hypervéloce. À terme, cette arme « offrira un intercepteur hypersonique avec une précision et une létalité améliorées », relève la Commission européenne. 

Pour les instances européennes, il s’agira de plancher en priorité sur une solution moyen calibre opérée dont la mission primaire relèvera de la défense anti-aérienne au profit de forces navales et terrestres. « Le canon électromagnétique devrait compléter d’autres moyens défensifs comme les missiles et les canons, et pourrait être adapté à diverses plateformes navales et systèmes de défense aérienne terrestres ». Les applications contre des cibles de surface ne viennent qu’en second lieu. 

THEMA s’inscrit dans la continuité du projet PILUM, lancé en 2021 via le dispositif d’action préparatoire sur la recherche en matière de défense (PADR). À supposer que le calendrier annoncé au lancement de PILUM soit respecté, THEMA devrait ouvrir la voie au démonstrateur complet attendu pour 2028. 

Quand PILUM rassemblait sept acteurs de quatre pays pour un budget de 1,5 M€, THEMA est d’un tout autre calibre. Cette fois, 14 entreprises, laboratoires et autres instituts de neuf pays vont se partager près de 15 M€ pour poursuivre les recherches durant quatre ans. L’équipe de PILUM est entièrement reconduite, et si le cabinet de conseil parisien Erdyn n’apparaît plus, il aura néanmoins participé au montage du projet avec Nexter et reste partie prenante au titre de sous-traitant. L’implication majeure de la France n’a rien d’anodin, cette technologie étant l’une de celles inscrites dans le volet innovation de la prochaine loi de programmation militaire pour 2024-2030. 

La BITD française dans 80% des projets

La quarantaine de projets bientôt soutenus représente un coup de pouce de 832 M€. « Le résultat des appels lancés en 2022 montre une fois de plus que le FED contribue à l’autonomie stratégique de l’UE ainsi qu’à la création d’une base industrielle et technologique de défense européenne plus compétitive et plus intégrée », estime la Commission. 

« Les consortiums sélectionnés rassemblent 550 entités de toute l’UE et de Norvège; les PME sont fortement représentées puisqu’elles représentent 39 % des entités participantes », ajoute-t-elle. La Commission va maintenant entamer les négociations avec les différents groupements en vue de parvenir à la signature d’accords avant la fin de l’année. 

La « moisson » est à nouveau impressionnante pour la filière française. Celle-ci prendra part à plus de 80% des projets adoptés et en conduira près du tiers, tant par l’entremise de grands noms qu’au travers de petites structures. 

La filiale française d’Airbus Defense and Space, par exemple, coordonnera une étude de faisabilité en vue du potentiel développement d’un nouvel avion de transport tactique médian. Un projet de 18 mois financé à hauteur de 30 M€, baptisé « Future Air System for European Tactical Transportation » (FASETT) et directement lié au programme FMTC de la Coopération structurée permanente, également sous pilotage français. 

Crédits image : Le canon électromagnétique de l’ISL – Institut franco-allemand de Recherches de Saint-Louis.

Comment fonctionne un obus de canon Caesar ?

Comment fonctionne un obus de canon Caesar ?

par Revue Conflits – publié le 13 juin 2023

Rotation, précision, mécanique des forces, un obus de canon Caesar est un concentré de technologies qui nécessite de nombreuses compétences. Explications sur le fonctionnement des obus

Hervé Le Breton est directeur établissement chez Nexter

Dans le fonctionnement d’un Caesar, il faut tout d’abord déterminer où se trouvent les cibles à traiter. Cela se traduit finalement par des coordonnées GPS.

Ces coordonnées sont entrées dans l’ordinateur du Caesar qui va calculer la hausse du canon et la propulsion nécessaire. Afin d’obtenir la bonne propulsion, l’ordinateur va indiquer le nombre de charges modulaire à introduire après l’obus.
Une charge modulaire, c’est une grosse boite de camembert chargé en poudre propulsive, on peut en placer de 1 à 6 en fonction de la distance à atteindre.
Ces charges modulaires sont initiées par une étoupille qui permet de les allumer toutes simultanément (on parle en ms).
Afin d’augmenter encore un peu la portée de l’obus, on peut y adjoindre un base bleed. Ce n’est pas une propulsion additionnelle type missile, mais un dispositif de réduction de trainée.
Pourquoi : c’est le fameux phénomène d’aspiration qu’utilisent les Formules 1 pour doubler. Étant donné sa vitesse, l’obus génère une dépression derrière lui qui a tendance à le freiner. On va donc contrebalancer cette dépression en générant une pression à l’arrière de l’obus.

Une fois l’obus parti, il tourne très vite grâce à la ceinture qui lui a permis de prendre les rayures du canon. C’est indispensable que l’obus soit gyrostabilisé en rotation pour obtenir la précision finale.
Comme il tourne plus vite qu’une roue de voiture lancée à très grande vitesse, il faut que celui-ci soit très bien équilibré (vous avez déjà roulé avec une roue mal équilibrée, ça vibre).

Lorsque l’obus arrive vers sa cible, la fusée (qui a été préalablement programmée) va donner le signal de commencer le boulot.
La charge d’expulsion, située à l’avant de l’obus, va générer une forte pression et utiliser les cannisters comme piston et cisailler l’arrière de l’obus.
Des ailettes vont alors se déployer et freiner aérodynamiquement la tête militaire en rotation.
Lorsque la vitesse de rotation désirée est atteinte, le module d’attaque est alors à son tour expulsé.
Le module est alors à quelques centaines de mètres de ses cibles. Ce module intègre un capteur infra-rouge et un capteur laser. Ces deux capteurs, couplés à un ordinateur intégré, permettent de discriminer les cibles à détruire et les véhicules à éviter. De plus, le capteur infrarouge permet d’éviter de tirer sur une cible déjà détruite. Lorsque la cible est identifiée, le module d’attaque initie en détonation le pain d’explosif. La forme de l’onde de choc associée à la nature et la forme du revêtement permettent de créer un noyau métallique projeté à très grande vitesse.
C’est ainsi qu’à plus de 100 m, on fait un petit trou dans la carapace d’un char, mais de gros dégâts à l’intérieur.

Notre métier est vraiment trop passionnant.

Katana

Katana est la nouvelle génération d’obus d’artillerie piloté et guidé, c’est à dire avec un GPS et un park-assist en série.

À partir de coordonnées GPS indiquées à l’obus, celui-ci va être capable de voler, planer, corriger sa trajectoire puis se garer non pas entre deux véhicules, mais pile sur le véhicule.
La première difficulté consiste à ne pas faire tourner l’obus trop vite. Pour cela, on utilise une ceinture dérapante qui garantit l’étanchéité au tir, mais n’entraine pas trop l’obus en rotation (oui, je vous ai dit le contraire juste avant).

L’empennage arrière se déploie immédiatement et stabilise l’obus en rotation. Puis ce sont les canards situés à l’avant qui se déploient à leur tour.
Le pilotage de ces canards va permettre à la munition de corriger sa trajectoire en temps réel. Le guidage sera assuré par une technologie GPS ou interne.
Lorsque l’obus arrive sur sa cible (ou la détecte), les canards vont faire basculer l’obus et le faire fondre dessus.
C’est ainsi qu’il sera bientôt possible d’obtenir une précision métrique à 60 km de distance.

Vous allez me dire que la cible peut être mouvement, oui on le sait ….
Pour arriver à de tels concentrés de technologie, il faut des experts en :

Balistique intérieure (faire partir l’obus à la bonne vitesse sans rien casser) ;
Balistique du vol (aérodynamique) ;
Balistique terminale ;
Détonique ;

Électronique (il faut développer des cartes électroniques qui tiennent aux accélérations) ;
Informatique (ils sont hallucinants) ;
En sureté de fonctionnement (sécurité des servants de pièces et fiabilité de la munition) ;
Et des architectes qui ont le rôle de chef d’orchestre.

Le général Schill précise la nouvelle organisation des brigades interarmes de l’armée de Terre

Le général Schill précise la nouvelle organisation des brigades interarmes de l’armée de Terre

https://www.opex360.com/2023/05/05/le-general-schill-precise-la-nouvelle-organisation-des-brigades-interarmes-de-larmee-de-terre/


 

Cependant, lors de son passage devant les députés de la commission de la Défense, le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre [CEMAT], a donné une autre justification au report des livraisons de 1200 blindés [Griffon, Jaguar, Serval et autres Leclerc portés au standard XLR].

« Pour ce qui concerne […] le programme SCORPION, les cibles ne sont pas réduites et notre objectif à terminaison reste d’atteindre les volumes précédemment définis. L’atteinte de ces cibles est néanmoins reportée au-delà de 2030. Nous devions faire un choix et je l’assume totalement, même si dans un monde idéal, j’aurais évidemment souhaité à la fois maintenir le rythme prévu et acquérir des capacités supplémentaires qui n’étaient pas prévus que nous avons pu financer », a d’abord expliqué le général Schill.

« J’ai proposé moi-même que les munitions téléopérées, les charges actives cyber, certains blindés destinés à notre défense sol-air, l’accélération de la lutte antidrones et les unités de robots soient financées en contrepartie d’un lissage du programme SCORPION », a-t-il ensuite affirmé.

Plus précisément, ces nouvelles capacités réclamées par le CEMAT se traduiront par la livraison de munitions téléopérées, de 24 Serval équipés d’une tourelle MISTRAL [missile transportable anti-aérien léger] et de 12 Serval de lutte anti-drone qui viendront complérer 12 Véhicules de l’avant blindé [VAB] de type ARLAD. Il est aussi question d’acquérir de nouveaux radars de détection afin de « maitriser l’espace et les menaces aériennes au-dessus des forces terrestres ».

Plus généralement, l’armée de Terre va de nouveau se « transformer », selon le plan « Une armée de Terre de combat« , que le général Schill a succinctement évoqué sur les réseaux sociaux. Et, lors de son audition, il a livré quelques éléments supplémentaires.

« Ma priorité portera sur le commandement : en veillant à ce que chaque échelon soit à sa bonne place, en donnant de l’autonomie, en réintroduisant de la subsidiarité, c’est-à-dire en tendant vers le respect du triptyque ‘une mission, un chef, des moyens’ pour mieux fonctionner. La maîtrise du risque, l’obligation de résultat et le succès de la mission sont la contrepartie à la subsidiarité », a-t-uil fait valoir.

Ainsi, le commandement des forces terrestres [CFT] va être réorganisé, en vue d’obtenur un « gain de cohérence », ce qui passera, a détaillé le CEMAT, par un « poste de commandement de niveau corps – le CRR-FR – et deux PC de division, chaque division possédant en propre son bataillon de commandement et de quartier général, en mesure de préparer le combat et le diriger ».

En outre, a-t-il poursuivi, il y aura « trois commandements pour apporter aux divisions les capacités nécessaires dans les domaines du renseignement, des opérations dans la profondeur, des actions spéciales, de l’hybridité, du cyber, des appuis et de la logistique ». Et le tout reposera sur « des brigades interarmes et spécialisées, plus autonomes ».

Parmi celle-ci, les régiments d’infanterie verront leur format réduit… mais leurs capacités seront « significativement renforcées […] dans tous les champs », a indiqué le général Schill. Ainsi, et comme l’a déjà suggéré M. Lecornu lors de ses récents déplacements, ils compteront une section de mortiers de 120 mm ainsi qu’une section « d’attaque électronique » [et non pas « d’appui électronique]. En outre, ils disposeront d’unités dotés de « munitions téléopérées, de robots terrestres » et de « capacités anti-char » renforcées.

« Bien sûr, les Griffon et les Serval continueront à remplacer les véhicules d’ancienne génération. Demain, la transition de la [Peugeot] ‘205’ à la voiture connectée sera achevée. Cela fait plus de 40 ans que les VAB équipent nos régiments d’infanterie, les GRIFFON et SERVAL arrivent et sont dès à présent déployés en Roumanie et en Estonie », a assuré le CEMAT.

Quant aux régiments de l’Arme Blindée Cavalerie [ABC], leurs « capacités d’agression » seront renforcées, avec, là aussi, des munitions téléopérées. Il en ira de même pour leurs moyens de renseignement [drones, radars]. Enfin, ils diposeront eux aussi e nouvelles unités dédiées à la guerre électronique et/ou au renseignement technique. « Une majeure partie de nos chars Leclerc [160 sur 200, ndlr] sera rénovée autour d’une pérennisation de leur motorisation, d’une meilleure protection, d’une connectivité modernisée et de nouveaux viseurs », a promis le général Schill.

Par ailleurs, l’artillerie pourra remplacer ses 13 LRU [dont au moins deux ont été cédés à l’Ukraine] par autant de lanceurs de nouvelle génération d’ici 2030. Cette dotation pourrait doubler en 2035. Mais, d’après le CEMAT, chacun de ses régiments disposera de 16 CAESAr NG [Camions équipés d’un système d’artillerie de nouvelle génération], de 8 motiers embarqués sur Griffon pour l’appui au contact [MEPAC] et de munitions téléopérées de type LARINAE à l’horizon 2028. Et sans oublier de « nouveaux moyens d’acquisition et de renseignement avec une quinzaine de véhicules d’observation artillerie, des radars de surveillance terrestre, et des drones SDT-L complémentaires aux SMDR [Système de mini-drones de renseignement] déjà livrés et au SDT du 61e régiment d’artillerie ».

Le SDT-L [Système de drones tactiques légers] ne figure pas dans le projet de LPM 2024-30. Cependant, la Direction générale de l’armement [DGA] a émis une demande d’information [RFI] pour un drone à décollage vertical [si possible] de moins de 150 kg et d’une autonomie de 14 heures et capable d’assurer des missions de renseignement image et électronique, voire de désignation laser.

Enfin, le Génie va être réorganisé, tout en bénéficiant d’un renforcement de ses effectifs. Cela « lui permettra de recréer des unités disparues spécialisées dans le minage, le contre-minage et le franchissement » ainsi que « de densifier des capacités échantillonnaires aujourd’hui comme l’ouverture d’itinéraire, le franchissement fluvial », a expliqué le général Schill. Et d’ajouter : « En plus des premiers engins du combat du génie et des 8 premières portières de franchissement SYFRALL, l’arrivée des GRIFFON et SERVAL Génie assurera la mise sous blindage des unités de combat du génie ».

L’objectif de cette réorganisation est « d’accroître l’autonomie » des brigades interarmes, composées pour la plupart de trois régiments d’infanterie, deux de cavalerie, d’un d’artillerie et d’un du génie, en vue de « déployer une unité de combat opérationnelle sur le terrain ». Et cela selon trois axes.

Le premier portera sur le « ciblage tactique », grâce à la mise en réseau des moyens de renseignement » [grâce aux drones et aux radars] ainsi qu’aux capacités d’action afin d’établir « une chaîne de frappe efficace ». Le second se contrera sur l’hybridité, avec « pour objectif de progresser dans l’action spéciale terrestre, l’influence, le partenariat et les actions de déception, pour fournir aux divisions ou aux corps d’armée déployés des capacités accrues et plus cohérentes dans ce domaine ».

Enfin, a expliqué le CEMAT, le troisième axe concernera la logistique « au sens large ». Et c’est une leçon rappelée par la guerre en Ukraine. « Il faut sortir de l’idée que ‘la logistique suivra’ » et il est « primordial que notre capacité d’autonomie et de soutien logistique monte en gamme pour construire une véritable manœuvre », a-t-il soutenu.

Safran propose une version sol-sol de l’A2SM pour la capacité de frappe à longue portée de l’armée de Terre

Safran propose une version sol-sol de l’A2SM pour la capacité de frappe à longue portée de l’armée de Terre

 

 

 

Lors de son audition à l’Assemblée nationale dans le cadre de l’examen du projet de Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, a dit ne pas exclure une solution « souveraine » pour le remplacement des Lance-roquettes unitaires [LRU] de l’armée de Terre, un investissement de 600 millions d’euros étant prévu pour moderniser et renforcer les capacités de frappe à longue portée de cette dernière.

Et, citant « MBDA, Ariane et Safran », M. Chiva a indiqué que la Direction générale de l’armement [DGA] avait déjà engagé des « discussions pour une solution nouvelle », qui présenterait « l’avantage de préserver notre souveraineté » tout en renforçant « notre base industrielle, qu’elle soit française ou européenne ».

Évidemment, compte-tenu de ses savoir-faire, MBDA semble le mieux placé pour proposer une solution de frappe à longue portée. D’ailleurs, auditionné le lendemain [le 3 mai, ndlr] par les députés de la commission de la Défense, son Pdg, Éric Béranger, s’est félicité des investissements envisagés par le projet de LPM 2024-30 dans ce domaine. Toutefois, il s’est gardé d’esquisser une solution que son groupe serait susceptible de proposer à la DGA, se contentant seulement d’évoquer le Futur missile antinavire/Futur missile de croisière [FMAN/FMC], lequel fait l’objet d’une coopération entre la France et le Royaume-Uni.

En revanche, lors d’une audition réalisée le même jour, le Pdg de Safran Electronics & Defense, Franck Saudo, a été beaucoup plus loquace au sujet de la solution défendue par son groupe.

« Le besoin de frappe dans la profondeur est désormais avéré. La proposition de Safran est à la fois pragmatique et simple : elle est de s’appuyer sur un système démontré, existant, aux performances avérées et qui est un succès à l’exportation : l’A2SM [Armement Air-Sol Modulaire] », a en effet affirmé M. Saudo.

Selon lui, le dialogue qui a été engagé avec la DGA est « intense » et « extrêmement constructif », ce qui laisse entendre que l’adaptation de l’A2SM « des frappes sol-sol de longue portée » suscite un certain intérêt.

En tout cas, pour le Pdg de Safran, cette solution est un « cas d’école de l’application dde l’économie de guerre », avec une « modalité de développement à la fois agile et rapide, une solution pragmatique et également compétitive puisque, plutôt que de développer un nouveau système, on concilierait l’adaptation d’un système existant tout en étant dans l’autonomie stratégique »

Toujours d’après M. Saudo, il y aurait « beaucoup d’écoute et d’envie autour de cette solution pragmatique » qui « reste à concrétiser » avec les partenaires de Safran, dont Thales.

Pour rappel, l’A2SM [ou ASSM Hammer] est une munition qui été mise en service il y a environ 15 ans au sein de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] et de l’Aéronautique navale. D’une portée de 15 à 70 km [cela varie en fonction de l’altitude à laquelle elle est tirée], elle affiche un taux de réussite de 99%. En outre, elle est très précise grâce à ses kits de guidage [intertiel/GPS, Inertiel/GPS/Infrarouge et Inertiel/GPS/Laser].

Le projet de LPM prévoit l’acquisition d’au moins 13 nouveaux systèmes avant 2030 afin de remplacer les LRU. Et 13 autres entreront en dotation d’ici 2035.

Les industriels en ordre de bataille pour offrir un successeur au LRU

Les industriels en ordre de bataille pour offrir un successeur au LRU


Priorité parmi d’autres de la prochaine loi de programmation militaire pour 2024-2030, le renforcement des feux dans la profondeur au profit de l’armée de Terre est d’ores et déjà dans le collimateur de l’industrie de défense française. Celle-ci a une carte à jouer, à condition d’être au rendez-vous fixé par les armées.

« Compte tenu des retours d’expérience que nous observons dans le contexte de l’Ukraine, cette modernisation de la capacité de frappe longue portée est évidemment indispensable », déclarait ce mardi le délégué général pour l’armement, Emmanuel Chiva, en audition parlementaire. L’enjeu est d’autant plus grand que le lance-roquettes unitaire (LRU) encore en service au 1er régiment d’artillerie arrive « dans les dernières étapes de son cycle de vie ». Une perspective d’obsolescence encore renforcée par des dons à l’Ukraine qui ont réduit le parc à neuf exemplaires.

« Nous avons des travaux en cours sur la détermination du réel besoin opérationnel », annonçait Emmanuel Chiva. Une enveloppe de 600 M€ est prévue sur la période de la LPM pour doter l’armée de Terre de 13 systèmes « dès 2028 » et garantir « une cible finale qui pourrait atteindre plusieurs dizaines [d’unités] ». 

Deux scénarios sont envisagés : soit acquérir une solution étrangère sur étagère, soit développer un système souverain. Le premier repose sur un système américain HIMARS « qui a l’avantage d’être une solution existante mais qui introduit un risque de dépendance ». Le second misera sur les compétences détenues par les industriels français et européens. « Dans tous les cas, il y a un choix à faire [en matières] de délais et de coûts », pointe le DGA. Le premier point de passage est fixé à 2027, date à laquelle il faudra statuer entre le traitement des obsolescences du LRU ou son retrait définitif au profit d’une nouvelle capacité. Dit autrement, il resterait moins de quatre ans pour construire l’argumentaire qui fera pencher la balance en faveur de la seconde option.

Message reçu dans les rangs industriels. Certains n’ont pas attendu l’expression de besoin pour lancer les travaux et s’assurer d’être force de proposition le moment venu. La DGA est déjà en discussion avec certains grands noms comme Safran, ArianeGroup et MBDA, détaille Emmanuel Chiva. À côté d’un axe de défense sol-air « bien documenté », MBDA a bien pris en compte celui de la frappe dans la profondeur, soulignait hier son PDG, Éric Béranger, lors d’une audition à l’Assemblée nationale conduite en compagnie d’autres grands patrons. « On voit qu’au niveau mondial, c’est le premier axe de développement des États-Unis », poursuit Éric Béranger. Sans nommer les potentielles déclinaisons terrestres, ce dernier estime néanmoins que « la France a vraiment raison d’investir sur cet axe ». 

Même son de cloche du côté de Nexter et Arquus. « Nous ferons, nous avons fait et nous continuerons à faire, avec nos partenaires industriels, des propositions cohérentes avec le besoin et les délais exprimés par les armées », déclarait le PDG du groupe Nexter, Nicolas Chamussy. À la tête d’Arquus, Emmanuel Levacher relève lui aussi « des perspectives intéressantes dans le domaine de l’artillerie ». « Nous sommes le fournisseur du châssis du CAESAR de Nexter et nous comptons aussi nous positionner, pourquoi pas, sur les porteurs pour de l’artillerie longue portée », indique-t-il.

« Le besoin de développement agile pourrait être le symbole du ‘faire autrement’ souhaité par le ministre [des Armées] », poursuit Nicolas Chamussy. Au vu de son calendrier et de sa complexité, la succession du LRU a en effet tout d’un premier test pour des industriels à qui il est demandé de prendre des risques et pour une DGA qui se transforme pour gagner en performance et en agilité.

La DGA n’exclut par une solution « souveraine » pour la future capacité de feux dans la profondeur de l’armée de Terre

La DGA n’exclut par une solution « souveraine » pour la future capacité de feux dans la profondeur de l’armée de Terre

 

https://www.opex360.com/2023/05/03/la-dga-nexclut-par-une-solution-souveraine-pour-la-future-capacite-de-feux-dans-la-profondeur-de-larmee-de-terre/


 

D’après le rapport mis en annexe du projet de Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30, les préoccupations exprimées par le général Schill ont été prises en compte puisqu’il y est en effet question de doter l’armée de Terre « d’au moins » treize nouveaux systèmes de frappes dans la profondeur d’ici 2030… et de porter cette dotation à 26 exemplaires à l’horizon 2035.

Cela étant, le sujet du remplacement des LRU n’est pas nouveau. En janvier 2021, dans une réponse à une question écrite d’un député, le ministère des Armées avait expliqué que le renouvellement de cette capacité allait se faire dans le cadre d’un « dialogue » avec l’Allemagne [alors dotée d’un système similaire], tout en soulignant les projets européens FIRES [Future Indirect fiRes European Solutions] et E-COLORSS [European COmmon LOng Range indirect Fire Support System], le second devant permettre de « préparer une solution européenne pour le remplacement du châssis et de la conduite de tir LRU à l’hozizon 2030 ».

La guerre en Ukraine a modifié ces plans… Ainsi, en Allemagne, Krauss-Maffei Wegmann s’est associé à l’israélien Elbit Systems pour proposer un lance-roquette multiple « européen », basé sur le PULS [Multi-Purpose Universal Launching System ou système de lancement universel polyvalent]. Lequel PULS a récemment été choisi par le Danemark et les Pays-Bas. De son côté, Rheinmetall a conclu un accord avec Lockheed-Martin pour produire le M142 HIMARS [High Mobility Artillery Rocket System].

Si autre solution – le K239 Chunmoo sud-coréen, déjà choisi par la Pologne – est sur le marché, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, n’a évoque que le M142 HIMARS pour remplacer le LRU.

« Le principe est qu’on achète français mais il y a toujours eu des exceptions depuis le début de la Ve République », avait dit le ministre, à l’occasion d’une audition parlementaire, en janvier dernier. Et, citant le LRU, « qui n’est pas de marque française », son « remplaçant est plutôt le HIMARS », avait-il ajouté.

À l’Assemblée nationale, le 2 mai, le Délégué général pour l’armement [DGA], Emmanuel Chiva, a confirmé l’intérêt pour le M142 HIMARS… tout en esquissant une possible solution « souveraine », qu’elle soit « nationale » ou « européenne ».

« Compte-tenu du retour d’expérience de l’Ukraine, cette modernisation de la capacité de frappe longue portée est évidemment indispensable, d’autant plus que cette capacité LRU française arrive dans les dernières étapes de son cycle de vie et sera bientôt frappée d’obsolescence. Et nous acccentuons cela avec la cession d’un certain nombre de systèmes à l’Ukraine. Donc, bien évidemment, nous avons des travaux en cours sur la détermination du réel besoin opérationnel », a d’abord expliqué M. Chiva.

Pour répondre à ce besoin, a-t-il poursuivi, « nous aurons deux solutions : une première qui consisterait à prendre sur étagère le HIMARS américain », qui a l’avantage d’être sur le marché mais qui « introduit un risque de dépendance », ou de « développer une solution souveraine nationale ou européenne » puisque « nous avons, dans notre Base industrielle et technologique de défense [BITD] des compétences qui existent dans ce domaine ».

Et M. Chiva de citer « MBDA, Ariane et Safran » avec qui la Direction générale de l’armement [DGA] est « déjà en discussion pour une solution nouvelle », laquelle présenterait « l’avantage de préserver notre souveraineté et également de renforcer notre base industrielle, qu’elle soit française ou européenne ».

Quoi qu’il en soit, selon M. Chiva, la décision se fera en fonction des délais et des coûts. « On va demander à nos industriels de faire leur meilleure proposition en fonction de l’expression des besoins pour une solution souveraine. Et nous aurons un point de passage en 2027 », a-t-il dit.

« En tout état de cause, ce qui est prévu, c’est d’avoir 600 millions d’euros consacrés à ce sujet sur la période de la LPM, avec 13 systèmes disponibles dès 2028 et une cible finale qui pourrait atteindre plusieurs dizaines », a ensuite indiqué le Délégué général pour l’armement. En tout cas, a-t-il conclu, « notre savoir-faire sur les programmes des segments de frappe longue portée ‘air’ et ‘naval’ pourrait nous apporter une technologie souveraine pour la frappe longue portée terrestre ».

L’Europe part en recherche de munitions d’artillerie

L’Europe part en recherche de munitions d’artillerie

– Forces opérations Blog – publié le

Qui fournira rapidement des obus d’artillerie de 155 mm à 22 pays européens et à la Norvège ? C’est l’objet d’une demande d’informations (RFI) lancée fin mars par l’Agence européenne de défense (AED), premier jalon vers l’achat conjoint de munitions au profit des stocks nationaux et de l’Ukraine. 

Pas de temps à perdre pour les 24 nations désormais engagées dans une procédure d’acquisition rapide de munitions d’artillerie pilotée par l’AED. Le plan adopté le 20 mars vise en effet à fournir au moins un million de munitions aux forces ukrainiennes dans les 12 mois. Des munitions qu’il faudra en partie produire via l’enveloppe de 1 Md€ débloquée le mois dernier pour réaliser des achats groupés synonymes d’économies d’échelle.

Active jusqu’au 17 avril, cette RFI doit participer à établir un panorama précis des capacités européennes de production. Nul appel d’offres pour l’instant donc, mais plutôt une analyse des marchés européen et norvégien afin d’identifier les industriels susceptibles de participer à l’effort.

Les capacités de l’outil industriel, l’historique des fournitures, la chaîne de sous-traitance, la conformité au Joint Ballistic Memorandum of Understanding (JMBOU) et à d’autres standards OTAN sont scrutés, de même que l’activité au cours des trois dernières années.

La comptabilité avec certains systèmes d’artillerie est en toute logique étudiée de près. Seules quatre références, toutes fournies à l’Ukraine, sont citées : le PzH 2000 allemand, le CAESAR français, le Krab polonais et les Zuzana 2 et 2000 slovaques. Mais un élargissement à d’autres systèmes, tels que l’Archer et l’AS-90, n’est pas exclu.

Le tout permettra à l’EDA de se faire une idée de la solidité financière, du degré de souveraineté et de réactivité d’un fournisseur. La liste d’ « élus » qui en ressortira servira de base de travail pour entamer les négociations en vue de marchés attribués sans passer par une mise en concurrence.

Une LPM « plancher » entre continuité, nouveaux efforts et décalages capacitaires

Une LPM « plancher » entre continuité, nouveaux efforts et décalages capacitaires

par – Forces opérations Blog – publié le

Le projet de loi de programmation militaire pour 2024-2030 sera présenté demain en Conseil des ministres. Un projet « à 413 Mds€ » qui actera les évolutions capacitaires nécessaires au vu du contexte et de l’apparition de nouvelles menaces. Et si le document ne contient aucun renoncement, il entérine par contre certains décalages, notamment au détriment du programme SCORPION. 

Un socle plutôt qu’un plafond

Après une année de travaux, une dizaine de réunions de haut niveau à l’Élysée et deux grands discours présidentiels de cadrage, la 14e loi de programmation militaire française est prête à entamer le processus d’adoption parlementaire qui devrait l’amener à être proclamée d’ici au 14 juillet prochain. 

L’effort s’articulera autour de quatre axes : consolider le cœur de souveraineté, faire face à un conflit majeur, s’adapter aux nouveaux espaces de conflictualité et repenser et diversifier les partenariats stratégiques. Ceux-ci ont été déclinés en une vingtaine de « patchs », des « focus spécifiques dans différents domaines », précise l’entourage du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Ce sont des pointes d’effort sur l’innovation, le spatial, les drones, la défense sol-air, le renseignement, ou encore le modèle RH et le renforcement des soutiens. 

Créditée d’une enveloppe de 413 Mds€, cette LPM « va constituer une augmentation du budget des armées sans précédent », souligne le cabinet ministériel. Les marches successives sont connues : + 3,1 Mds€ l’an prochain, puis des paliers à 3 Mds€ entre 2025 et 2027 et de 4,3 Mds€ à compter de 2028. En fin de LPM, les dépenses militaires françaises atteindront 69 Mds€, près du double de celles allouées en début d’exercice précédent. 

« Cette trajectoire budgétaire est véritablement conçue désormais comme une trajectoire plancher ». Hors de question de rogner les annuités, il s’agira plutôt de maintenir l’exemplarité de la LPM en voie d’achèvement. Voire, parfois, de faire mieux en cours d’exécution en fonction des aléas et besoins. Ce sera déjà le cas cette année, avec une marche à 3 Mds€ que le ministre proposera de rehausser d’1,5 Md€. L’encre n’est pas tout à fait sèche, mais ce premier bonus devrait servir à appuyer le durcissement des armées, notamment par de nouveaux achats de munitions

Plusieurs grands chapitres se précisent. L’innovation, par exemple, sera créditée d’environ 10 Mds€ sur la période. Une enveloppe de 100 Md€ sera fléchée vers les ressources humaines. Si les armées augmenteront légèrement leurs effectifs, c’est bien « la bataille des compétences et la fidélisation » qu’il faudra gagner. Celle de la réserve aussi, avec 40 000 réservistes à engager pour atteindre l’objectif de dédoublement du dispositif. Dernier exemple, une volonté de recomplétion des stocks de munitions créditée de 16 Mds€ sur la période. 

L’investissement financier, sur fonds d’inflation et de crise sociale, n’est pas mince. « Le ministère a parfaitement conscience de l’effort considérable que la nation fait » et entend veiller à ce que cette manne soit « la mieux employée possible ». Le ministre l’a plusieurs fois répété : les industriels devront participer à la dynamique globale pour « que tout cela soit au bon prix et dans des calendriers les plus raisonnables ».

L’artillerie renouvelée, SCORPION décalé

Si l’enveloppe capacitaire n’a pas été détaillés, ce volet majeur sera marqué par « le retour de menaces que l’on a cru un certain temps disparues et, à travers ces menaces, l’apparition de très nombreux sauts technologiques dans certains domaines. Ces sauts technologiques ont malheureusement un coût ».

Côté terrestre, la prévalence porte en grande partie sur le segment de décision. Les travaux relatifs au programme MGCS, potentiel successeur au char Leclerc, se poursuivront. Il s’agira ensuite de muscler et de moderniser « rapidement » l’artillerie grâce à la prochaine génération de canons CAESAR et au renouvellement des feux longue portée. Différents scénarios restent à l’étude pour remplacer des lance-roquettes unitaires (LRU) dont l’obsolescence interviendra en 2027. Aucun scénario n’est écarté, que ce soit l’achat de systèmes HIMARS américain ou la recherche d’une solution souveraine. « Nous faisons travailler nos industriels », explique le cabinet.

La prochaine LPM entérinera par ailleurs l’accélération de la feuille de route « lutte anti-drones », la consolidation du bouclier antiaérien, le développement de la « dronisation » et la poursuite du renouvellement des parcs d’hélicoptères. L’armée de Terre bénéficiera ainsi de 12 Serval LAD en complément des 12 VAB ARLAD déjà en service. S’y ajouteront 24 Serval Mistral pour reconstituer un embryon de défense sol-air terrestre d’accompagnement. En interarmées, le programme PARADE débouchera sur la fourniture de 15 systèmes, soit neuf de plus qu’en fin d’année 2023. Des 5 Mds€ consacrés au renseignement, une partie participera à accélérer le plan d’équipement de l’armée de Terre et à doter le système de drone tactique (SDT) Patroller d’une charge de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM). Toujours dans les airs, l’Aviation légère de l’armée de Terre disposera « de nouveaux Tigre, NH90 et HIL ».

« Même si on abandonne rien, on priorise certains sujets », relève cependant le cabinet ministériel. Pas de renoncements donc, mais « des révisions de cadencement ». Si les cibles restent « quasiment » à l’identique, certaines d’entre elles vont donc s’étaler dans le temps. Comme pressenti, le programme SCORPION de l’armée de Terre n’est pas épargné. Sur les 300 Jaguar attendus, une centaine ne seront pas livrés dans les délais fixés au lancement du programme. Idem pour quelques centaines de Griffon et de Serval dont la livraison est au mieux repoussée à la prochaine LPM. Pour réaliser la soudure, l’armée de Terre devra miser sur l’infovalorisation et l’entrée dans la bulle SCORPION de certains AMX-10RC et VAB Ultima.